Un Tour de France au goût d’inachevé pour de multiples raisons

froomeEt si nous parlions du Tour de France qui vient de s’achever ? Pour être honnête, je n’ai pas été emballé par ce Tour, comme c’est un peu le cas depuis quelques années. En fait, bientôt le Tour de France n’aura plus que son prestige à opposer aux deux autres grands tours, Giro et Vuelta, autrement plus attrayants ces derniers temps. Pourquoi ce constat ? Pour de multiples raisons, à commencer par la qualité des retransmissions du service public. Si j’évoque cela c’est parce que nombre de téléspectateurs n’ont pas la chance de pouvoir recevoir Eurosport ou ne comprennent pas l’italien. Au passage j’en profite pour rappeler que la RAI retransmet le Tour de France fidèlement chaque année, alors que le service public français ne s’intéresse absolument pas au Giro ou à la Vuelta. Voilà quelque chose de bien français, remarque valable aussi pour le tennis. A croire que notre pays est le phare de l’humanité ! Et pourtant, aucun Français n’a remporté le Tour de France depuis…1985 (Hinault), ni aucun grand tour depuis…1995 (Jalabert la Vuelta). Aucun Français n’a gagné non plus un tournoi de Grand Chelem en tennis (Noah) depuis…1983.

Ces remarques quelque peu acerbes sur mon pays, je pourrais en faire tellement d’autres, à commencer par cette forme de haine pour tout ce qui est étranger. Cela rejoint d’ailleurs ce que je disais auparavant. En effet, si Chris Froome, Nibali ou Contador font un exploit, ils sont « chargés comme des mûles », expression qui sent bon le terroir franchouillard. En revanche si Pinot ou Barguil réalisent une grande performance, c’est parce qu’ils sont plus forts que les autres. Et en cela ils sont bien aidés par le commentateur de France Télévision, lequel semble dans une sorte d’extase, quand un coureur français est en passe de remporter une victoire d’étape. Problème, ni Pinot, ni Barguil, ni aucun autre coureur français ne peut gagner à la régulière un grand tour face à des Contador, Froome, Nibali ou Quintana, dont on ne soulignera jamais qu’il n’a que 25 ans, comme Pinot. Et à 25 ans, le crack colombien a déjà remporté le Giro et a terminé deux fois deuxième du Tour de France, entre autres grandes performances. Cela étant, Pinot comme Barguil ou même Gallopin sont d’excellents coureurs, tout comme Julian Alaphilippe, deuxième de la Flèche Wallonne et de Liège-Bastogne-Liège cette année, alors qu’il n’a que 23 ans.

Quelques lignes auparavant j’évoquais le dopage, sorte de serpent de mer du cyclisme, en rappelant une nouvelle fois que le vélo est le sport le plus contrôlé qui soit, au point qu’un coureur comme William Bonnet, victime d’une grave blessure pendant le Tour de France, a été contrôlé à son domicile…alors qu’il ne courra pas au moins jusqu’au début de la prochaine saison. Cela en fera sourire certains, qui ironisent sur l’efficacité des contrôles, dans la mesure où nombre de coureurs ayant avoué s’être dopés n’ont jamais eu de contrôle positif. Néanmoins on peut penser que ces contrôles ont un minimum d’efficacité…pour des produits apparus au siècle précédent. La preuve, on arrive à détecter des quantités infinitésimales de produits détectables depuis plusieurs décennies (clembutérol 1992), sans être aucunement sûr que le champion ait voulu se doper, ces produits pouvant se trouver dans des compléments alimentaires ou de la nourriture. Mais cela ravit les contrôleurs et les pourfendeurs du vélo (surtout dans notre pays), lesquels, comme je l’écrivais précédemment, considèrent que tous les grands champions sont dopés.

Ils le sont d’autant plus que les quatre ou cinq meilleurs du peloton sont espagnols, italien, britannique ou colombien. On veut même faire généraliser les contrôles…sur les vélos. Et oui, Froome ne pouvait en aucun cas être « propre » dans la montée vers la Pierre Saint-Martin, tandis que Bardet et Pinot l’étaient obligatoirement quand ils ont gagné leur étape…parce qu’ils sont français. Pour ma part je ne risque pas de rentrer dans ces considérations, surtout en pensant que ces champions ne peuvent même pas se soigner parce que les médicaments efficaces contre nombre de maladies courantes contiennent des composants interdits. C’est pour cela que je dis bravo à Froome pour son Tour victorieux, et bravo à Pinot et Bardet qui sont de réels espoirs. Et qu’on arrête une fois pour toutes avec tous ces fantasmes sur le dopage ! Quand je pense qu’il y a des crétins qui sont prêts à cracher sur des coureurs ou à leur jeter de l’urine, sans parler de ceux qui les poursuivent avec une seringue, c’est tout simplement affligeant. Comme sont affligeants les commentaires de nombre de forumers, commentaires qui ne devraient jamais être publiés parce que le plus souvent diffamatoires, et venant de gens qui seraient incapables de monter la côte de l’église de leur village. Là aussi les Français se signalent tout particulièrement par rapport à nos voisins étrangers qui sont sur les routes du Giro et de la Vuelta, qui me paraissent à la fois beaucoup plus connaisseurs et plus sages.

Pendant longtemps on a reproché aux Italiens, y compris à l’organisateur, de surprotéger leurs coureurs pendant le Giro, au point qu’il a fallu attendre 1950 pour voir un étranger (Hugo Koblet) s’imposer dans la grande course italienne. Ensuite, outre le fait pour les commissaires du Giro de fermer les yeux sur les poussettes des tifosi au seul profit exclusif des coureurs de la péninsule, ce fut au tour de l’organisateur de tracer des parcours sur mesure pour les champions italiens, notamment à l’époque Moser-Saronni (années 80), au point de défigurer le Giro en rabotant au maximum la montagne. Aujourd’hui tout cela appartient au passé, et les spectateurs sur le bord des routes ou à l’arrivée des étapes ont infiniment plus de respect pour les coureurs que dans notre pays. Ce n’est pas pour rien si Contador apprécie tellement le Giro, qu’il a remporté à trois reprises en battant Rico en 2008, Scarponi et Nibali en 2011 et Aru cette année, pour l’ambiance générale qui régit la course. Simplement les tifosi sont mieux élevés que les Français, et surtout moins fielleux. C’est ce qui s’appelle le respect et le savoir-vivre, notions qui existent de moins en moins dans le pays de Rabelais, Racine, Corneille, Molière, Voltaire ou Victor Hugo.

Un dernier mot pour demander une nouvelle fois à l’organisateur de faire en sorte que le Tour de France reste dans la tradition des grandes courses à étapes, avec des étapes de plaine, des étapes contre-la-montre en milieu et en fin de parcours, et de vraies étapes de montagnes avec arrivée au sommet. Certes la France n’a pas de cols comme le Mortirolo ou le Zoncolan, ni même l’Angliru, mais il y a quand même de quoi faire pour avoir droit à du beau spectacle…que l’on n’a pas eu cette année, parce que le Tour était terminé à l’issue de la première étape des Pyrénées, à peine à la moitié de l’épreuve. Bonjour le suspense, d’autant que les seuls vrais attaquants du vélo du nouveau siècle n’étaient pas au top. Nibali s’est complètement loupé dans son approche du Tour de France, ne retrouvant la forme qu’en dernière semaine quand il avait 8 minutes de retard au classement général, et Contador avait un Giro beaucoup plus dur qu’on ne l’imaginait dans les jambes, ce qui a fait dire à tout le monde que le doublé Giro-Tour est devenu impossible à réaliser, ce qui est faux. Contador aurait pu réaliser le doublé en 2012 (vainqueur du Giro Hesjedal et vainqueur du Tour Wiggins), mais il lui était interdit de courir pour les raisons que l’on connaît. Maintenant le prochain épisode se situe le mois prochain et le suivant avec la Vuelta, que pourraient courir Froome, Quintana, Valverde et Nibali, Contador étant lui déjà en vacances…pour mieux préparer 2016, qui devrait être sa dernière saison.

Michel Escatafal

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3 commentaires on “Un Tour de France au goût d’inachevé pour de multiples raisons”

  1. Granada2015 dit :

    Bel article, Michel, dommage que tu t’étends beaucoup sur le dopage et que la supériorité de Froomey dans le Soudet a étranglé le Tour par la suite… Mais jeter de l’urine et cracher sur le maillot jaune c’est nouveau et, jusqu’à présent, nous n’avions jamais vu cela ou alors je me suis endormi devant la télé ! Les coureurs font la course, bien entendu, mais ils devraient mieux doser leurs rapports de force sur une course de trois semaines pour faire du spectacle et non de détruire l’espoir des aficionados d’un seul démarrage…! Bonne journée à toi.

  2. Daniel D dit :

    Il est évident que si Contador avait été plus saignant, vous auriez trouvé ce tour 2015 plus palpitant !

    • msjsport dit :

      Bonjour Daniel D,
      Si je réponds à votre commentaire c’est pour confirmer ce que vous dites, à savoir qu’avec un Contador « plus saignant », le Tour de France aurait été « plus palpitant ». Le Contador du Dauphiné et de la Vuelta 2014, mais aussi celui du Mortirolo dans le dernier Giro, aurait donné infiniment plus de fil à retordre à Froome que Quintana, lequel peut s’en vouloir d’avoir adopté une tactique trop prudente pour pouvoir mettre Froome en danger. Le problème est que dans le monde du vélo, les deux seuls coureurs capables de tenter de nos jours des coups de folie dans un grand tour, pour inverser le résultat, s’appellent Contador et Nibali. Espérons pour lui que Quintana n’attende pas chaque année la dernière montée du Tour pour s’imposer. Avec cette tactique, Contador aurait 4 ou 5 grands tours en moins. Bonne soirée.


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