Le PSG tutoie le Gotha européen, n’en déplaise à J.M. Aulas

aulasCette fois la saison de football est bien lancée, en France et ailleurs. Ailleurs parce que même si plusieurs grands championnats n’ont pas repris, il y a les diverses coupes européennes ou nationales pour les occuper. Ainsi on a assisté hier soir à une des plus grosses surprises de ces dernières années, avec la lourde chute du FC Barcelone en finale de la Super coupe d’Espagne contre l’Athletic Bilbao (4-0 et 1-1). Preuve que le football n’est pas une science exacte, preuve aussi que le Barça ne peut pas forcément se passer impunément d’un de ses trois attaquants (Messi, Neymar et Suarez). Cette fois c’était Neymar qui était absent, mais c’est la même chose si c’est Messi et même Suarez. Ce qui est amusant c’est de voir la réaction des forumers français, trouvant presque normal que le Barça soit battu sans un de ses atouts majeurs, alors qu’ils ne soulignent jamais l’absence conjointe de Verratti, Motta, David Luiz et Ibrahimovic lors des confrontations entre le PSG et le FC Barcelone en ¼ de finale de la Ligue des Champions au printemps. Cela étant, chacun sait que dans notre pays on préfère soutenir le « gentil » Barça au « vilain » PSG, dont le principal défaut est d’être très riche…grâce aux capitaux du Qatar. Ah, la France et les Français ! Quel pays sommes-nous devenus ? Au fait, personne n’est choqué parmi ces pseudo supporters du Barça, profondément anti-PSG, de voir écrit sur le maillot de Messi et ses copains « Qatar Airways »!

Passons, et voyons à présent ce qui se passe chez nous dans notre bonne vieille Ligue 1. Déjà, on observe que le « méchant » PSG, est en tête du championnat après deux journées. Normal disent les nombreux détracteurs du club parisien, puisqu’ils ont un budget de 3 à 50 fois supérieur à celui de ses adversaires. Il a en effet nombre de joueurs de classe mondiale comme Ibrahimovic, Cavani, Pastore, Lucas, Matuidi, Verrati, Motta, Thiago Silva, David Luiz, Marquinhos, Maxwell et Aurier, et j’en oublie peut-être. Evidemment cela fait riche un tel effectif, surtout quand en plus on le renforce avec un des tous meilleurs joueurs de la dernière Coupe du Monde et de la Copa America, l’Argentin Di Maria. Là c’est le trop plein pour nos braves franchouillards, qui n’acceptent pas que les stars du ballon rond appartenant au PSG touchent entre 5 et 15 millions d’euros par an. On a même des remarques du style : « C’est une honte de donner autant d’argent à des types qui tapent dans un ballon » ! Comme si les joueurs du Real, du Barça, de Chelsea, des deux Manchester ou du Bayern ne touchaient pas des sommes de cet ordre ! Oui, certes, mais nous sommes en France, et 75% de gens préfèrent une victoire du Barça contre le PSG…ce qui est hallucinant.

Ce qui l’est encore plus, c’est que ces gens sont tellement haineux, à force sans doute d’être malheureux de leur sort individuel, qu’ils se répandent en grand nombre au moindre article sur le PSG, allant même jusqu’à regretter qu’on parle autant du club parisien. On pourrait leur rétorquer que s’ils n’aiment pas les articles sur le PSG, le mieux serait qu’ils ne les lisent pas. Mais cela semble au-dessus de leur compréhension. Ce qui est aussi incompréhensible, et je doute que cela existe ailleurs à ce point, c’est de reprocher à un joueur d’être né…à Marseille. Si j’écris cela c’est parce que dimanche soir, Stambouli, natif de la cité phocéenne, a été sifflé par des soi-disant supporters du PSG à son entrée sur le terrain. Ahurissant de bêtise et de stupidité ! C’est aussi ça la France ! Certes les siffleurs étaient sans doute une minorité, du moins il faut l’espérer, mais c’est quand même un signe que notre pays va très mal, beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Les gens du Qatar doivent quand même être interloqués devant  « une (telle) inertie mentale qui se manifeste à la fois dans les actes et les propos », pour parler comme Théophraste.

Heureusement pour ces gens, pour ces Français à l’étroitesse d’esprit bien ancrée, ils ont leur héraut en la personne de l’ineffable J.M. Aulas, l’homme qui voulait récupérer les points perdus contre le RC Lens (par le biais d’un dépôt de bilan du club artésien) pour que son club, l’Olympique Lyonnais, ait quelques chances supplémentaires d’être champion de France 2014-2015. Imaginons Nasser Al-Khelaïfi, le président du PSG, faire la même démarche? Quel tollé de la part des franchouillards, chacun y allant à son tour à propos des « valeurs », mot que l’on brandit allègrement…sans en connaître le sens (même Thauvin !!! a employé ce mot à propos du PSG)  ! Problème, le président du PSG a la classe des grands dirigeants, et jamais on ne le verra se livrer à ce genre de bassesse. Lui ne s’occupe que de son club. Mieux même, il ne cherche pas à recruter les meilleurs joueurs de ses concurrents nationaux, ce qu’il pourrait facilement faire vu les moyens dont il dispose, pour les affaiblir. Non, il respecte tout le monde, se contentant de vouloir à tout prix remporter la Ligue des Champions le plus rapidement possible, rêve absolu des investisseurs qataris, parce que ça installerait définitivement leur club dans le Gotha européen. La marque PSG, qui a déjà tellement évolué depuis 2011, serait à ce moment au niveau de celle des clubs historiques, type Real, Barça ou Manchester United, la différence de palmarès étant quasiment gommée par la notoriété de Paris, troisième destination le plus visitée au monde.

Cela d’ailleurs J.M. Aulas ne semble pas le comprendre, aveuglé par son envie d’être plus important qu’il n’est… ce qui est tellement français. Des Français qui évidemment apprécient son esprit gaulois, qui le porte à affirmer qu’il refuse de s’incliner devant le pouvoir de l’argent, symbolisé par le PSG. Et encore a-t-il de la chance J.M. Aulas que l’Olympique de Marseille, seul club français à avoir remporté la C1, soit devenu un club en proie à de grosses difficultés économiques, malgré la fortune personnelle de son actionnaire, laquelle aimerait bien vendre son club…si elle trouvait un acheteur. Mais qui voudrait acheter l’Olympique de Marseille ou l’Olympique Lyonnais ? Marseille ou Lyon ne sont pas des villes connues dans le monde entier (Bordeaux l’est davantage), et la France n’est pas une terre d’accueil facile pour des investisseurs étrangers, surtout pour le football, en raison d’une fiscalité hautement dissuasive. Résultat, si la notoriété de Paris permet de dépasser ce handicap, qui s’ajoute à une passion moindre pour le football en particulier et le sport en général, ce ne peut pas être le cas pour Lyon ou Marseille. Du coup, à part le PSG qui est sur une autre sphère, tous les autres clubs français sont condamnés à vivoter et à être des clubs moyens sur le plan européen, formant des joueurs pour les vendre plus tard. Et ce n’est pas avec son « grand stade » que l’Olympique Lyonnais pourra combler l’immense fossé qui le sépare des plus grands clubs de la planète.

Ce stade d’abord il faudra le payer, et le club d’Arsenal sait que ce n’est pas une mince affaire, même pour un club londonien. Il n’y a guère que les supporters lyonnais, idolâtrant leur « très grand président », pour croire que ce fameux stade va générer des revenus tels que l’Olympique Lyonnais va très vite se retrouver dans une situation financière florissante. A ce propos, on peut aussi noter que les Qataris ont très bien négocié leur arrivée à Paris, en obtenant très rapidement la gestion exclusive du Parc des Princes pour les 30 prochaines années à partir de 2014, contre un loyer fixe de 1 million d’euros annuel plus des bonus, ce qui leur permettra de pouvoir achever les travaux de rénovation commencés depuis l’an passé, avec pour objectif de disposer d’une enceinte de 60.000 places, voire même plus, après 2016. De quoi faire enrager encore davantage J.M. Aulas, qui en est réduit à payer en plusieurs fois des transferts de l’ordre de…5 millions d’euros, et à transférer son « futur Samuel Eto’o » à Tottenham (N’jie). Au fait, combien de temps gardera-t-il Fekir, «  »son nouveau Messi », ou encore Lacazette, l’homme qui vaut plus de 100 millions d’euros, puisqu’il est « bien meilleur » que Gareth Bale ? Certes, il est quelque peu revenu sur ces déclarations, mais quand il les a faites, cet hiver ou au printemps, il n’avait pas l’excuse de la canicule de juillet.

Un dernier mot enfin, pour dire que je n’ai rien contre Monsieur Aulas, qui a fait du très bon travail à Lyon pour son Olympique Lyonnais, mais il gagnerait à faire preuve de plus de mesure, voire de modestie, ce qui lui permettrait de se réjouir de voir le PSG atteindre un niveau de notoriété tel que toute la Ligue 1 en profite. Qui aurait imaginé il y a cinq ou dix ans qu’on connaîtrait notre championnat en Thaïlande ou en Indonésie, voire même en Amérique du Nord? J.M. Aulas aime incontestablement la lumière, mais la lumière qu’il veut se créer semble l’aveugler au point parfois de perdre toute notion de bienséance. En outre, qu’il arrête ses tweets de gamin attardé, car ce n’est pas digne de quelqu’un comme lui. C’est bien de vouloir faire moderne, mais J.M. Aulas a 66 ans, un âge où généralement on est devenu sage. Cela étant, comme l’a écrit Pierre-Claude Nivelle de la Chaussée, « d’âge en âge, on ne fait que changer de folie ».

Michel Escatafal


Et si Purito Rodriguez gagnait enfin un grand tour?

RodriguezLe 22 août prochain va démarrer le dernier des trois grands tours du calendrier, la Vuelta, qui fêtera à cette occasion son quatre-vingtième anniversaire, la première édition ayant eu lieu en 1935 (voir mon article Tour d’Espagne : de Deloor à Cobo). Certes le Tour de France et le Giro sont encore au-dessus en termes de notoriété et de prestige, mais l’épreuve espagnole se rapproche peu à peu de ses grands frères français et italien. Il s’en rapproche d’autant plus que chaque année il nous offre un beau spectacle, supérieur à celui du Tour de France. En outre il regroupe souvent en fin de saison la quasi-totalité des meilleurs routiers de la planète, preuve que le Tour d’Espagne intéresse hautement les coureurs, et ce pour de nombreuses raisons. Parmi celles-ci, outre la préparation que certains considèrent comme idéale pour les championnats du monde, il y a aussi le fait que c’est une très belle ligne qui s’ajoute au palmarès du vainqueur. Un palmarès où l’on retrouve la quasi-totalité des grands champions du vélo depuis le début des années 60, à l’exception de Thévenet, Moser, Saronni, Roche, Fignon, LeMond, Indurain, Pantani et, plus près de nous, Armstrong et Froome.

Qu’on en juge : depuis cette époque l’ont emporté au moins une fois Anquetil, Altig, Poulidor, Janssen, Gimondi, Pingeon, Ocana, Fuente, Merckx, Maertens, Hinault, Zoetemelk, Delgado, Lucho Herrera, Kelly, Rominger, Jalabert, Zulle, Olano, Ullrich, Vinokourov, Contador, Valverde, Nibali et Heras, le recordman des victoires (4) dont la dernière lui a été rendue en décembre 2012 par un tribunal espagnol…après lui avoir été retirée en raison d’un contrôle positif. Et oui, cela peut exister ce genre de choses dans le vélo, sport qui manipule et triture les palmarès à sa guise, au point que plus personne ne sait qui a gagné quoi à certaines époques. Heureusement les vrais fans de cyclisme savent reconnaître les gagnants, tout comme les coureurs eux-mêmes qui ne sont pas dupes, y compris ceux qui bénéficient d’une décision des instances sportives.

Fermons cette sombre parenthèse ridicule et revenons à cette Vuelta, qui va voir s’affronter du 22 août au 9 septembre la quasi-totalité des plus grands champions actuels, à la notable exception d’Alberto Contador, qui a déjà disputé le Giro et le Tour de France. Sinon tous les autres seront là, à commencer par le vainqueur du Tour 2015, Froome, qui aura à subir les assauts de ses dauphins, Quintana, Valverde et Nibali, mais aussi de Fabio Aru et Mikel Landa (dauphins de Contador au dernier Giro), sans oublier Purito Rodriguez, Van Garderen, Samuel Sánchez, Rafal Majka, Domenico Pozzovivo, Pierre Rolland, Fabian Cancellara, Tom Dumoulin, Jurgen Van de Broeck, Peter Sagan, Nacer Bouhanni et John Degenkolb, ces trois derniers en lice pour le maillot vert du classement par points, en notant que seules trois étapes ( Malaga, Lerida, et Madrid) seront réservées a priori aux sprinters. Que du beau monde donc ! Une participation exceptionnelle, supérieure à celle du Giro, en notant au passage que s’il apparaît impossible de nos jours de réaliser le doublé Giro-Tour, un doublé Tour-Vuelta semble moins effrayer les coureurs. Pourquoi ? Sans doute parce que Valverde et Rodriguez, voire Froome en 2012, ont accompli de très belles performances après avoir disputé le podium dans le Tour de France. Néanmoins il faut remonter à l’époque Hinault (1978) pour trouver trace de ce doublé, en rappelant qu’à ce moment la Vuelta se disputait au printemps, et qu’il y avait un délai d’un mois et demi entre la fin de la Vuelta et le début du Tour.

Sinon, le parcours de cette année sera assez classique pour un grand tour, même si l’on trouvera le prologue un peu court pour un contre-la-montre par équipes (7.4 km), sans parler des nombreux transferts. Cela dit, il y aura comme d’habitude de nombreuses arrivées au sommet, avec une étape reine courte (138 km) mais dantesque (5 cols de première catégorie ou hors-catégories) en Andorre, où les coureurs ne cesseront de monter et descendre, mais aussi un contre-la-montre presque plat de 39 km quatre jours avant l’arrivée, sans lequel un grand tour n’en est pas un, n’en déplaise aux organisateurs du Tour de France, peu soucieux de l’histoire du cyclisme. Cette étape contre-la-montre pourrait d’ailleurs déterminer le vainqueur de l’épreuve, car il semble que les difficultés à venir ne seront pas insurmontables pour les meilleurs, même si la vingtième étape compte quatre cols de première catégorie, et même si les organismes seront fatigués dans la troisième semaine de l’épreuve, d’autant que les principaux leaders (Froome, Quintana, Valverde et Nibali) auront, comme je l’ai souligné précédemment, le Tour de France dans les jambes.

Cela m’amène à évoquer le nom de celui que je considère comme le favori de cette édition 2015, Purito Rodriguez. Certes il n’aura pas l’avantage de pouvoir s’exprimer comme il sait si bien le faire dans des ascensions comme l’Angliru ou la Bola del Mundo, mais il aura en revanche l’avantage sur les autres leaders de n’avoir pas lutté jusqu’au bout pour la victoire finale ou pour s’adjuger une place sur le podium dans le Tour de France. Dans quel état vont être les quatre premiers de ce Tour, à commencer par Froome qui accumule les critériums ? Néanmoins méfions-nous de Nibali, hors de forme au début du Tour, mais qui l’a très bien fini, d’Aru aussi qui n’a guère couru depuis le Giro, sans oublier Landa…à condition que son Giro n’ait pas été qu’un simple feu de paille. Un Landa dans sa forme du Giro, et libéré de certaines contraintes de gregario, pourrait surprendre autant qu’il a surpris sur les routes italiennes, mais je n’y crois pas trop d’autant qu’il ne sera plus chez Astana l’an prochain. Après, un outsider peut toujours s’imposer comme Casero en 2001, Aitor Gonzales en 2002, Juan Jose Cobo en 2011 ou Chris Horner en 2013, mais il paraît invraisemblable que le vainqueur ne soit pas dans les coureurs que je viens de citer dans ce dernier paragraphe.

Michel Escatafal


Des records stupéfiants et d’autres qui ne le sont pas…

séoul 1988Alors qu’on ne sait pas si Christophe Lemaitre sera ou non forfait pour les prochains championnats du monde d’athlétisme, ce qui ne ferait qu’un athlète français de plus incapable de participer à cette épreuve, avec Tamgho, champion du monde du triple saut en 2013, mais aussi le multiple médaillé d’or européen et médaillé d’argent olympique et mondial, Mahiedine Mekhissi, ou encore Yohann Diniz, triple champion d’Europe, tous blessés, ce sport est en train de subir un véritable cataclysme…lié à de supposées affaires de dopage. Décidément on n’en sortira pas ! Au passage on est en train de s’apercevoir qu’il n’y a pas que dans le cyclisme que sévit le dopage, ce dont nous sommes très nombreux à être persuadés. ..le sport engendrant fatalement la tentation du dopage chez certains compétiteurs. Cela dit, doit-on nécessairement remuer de la boue pour des résultats entérinés entre 2001 et 2012, soit pour certains depuis bientôt 15 ans ? Réponse non, car dans ce cas il faudrait remonter des années et des années en arrière, notamment à la « belle » époque du dopage organisé dans les années 70 ou 80, voire même avant, et cela ne servirait à rien.

Je souhaite aussi qu’on ne se ridiculise pas comme on le fait régulièrement dans le cyclisme, où l’on manipule à loisir les palmarès, pour donner parfois des titres à des gens loin d’être insoupçonnables sur le plan du dopage. Parfois même le ridicule tue froidement puisqu’on raye un vainqueur des palmarès, sans attribuer le titre…mais en gardant le reste du podium pour des coureurs suspendus par la suite. Bref, du grand n’importe quoi, ce qu’on a osé faire aussi en athlétisme, mais à une échelle beaucoup moins grande. En fait les seuls champions privés de leur titre l’ont été suite à un contrôle positif ou anormal, ce qui peut s’expliquer même si ces contrôles ne prouvent pas nécessairement qu’il y a eu prise de produit incriminé volontaire, ou suite à des aveux faits par les champions…ce qui signifie qu’ils auraient gardé leur titre s’ils n’avaient rien dit.

Mais comme rien n’est simple dans ce domaine, notamment dans le cyclisme, on peut quand même figurer dans les palmarès si on a avoué s’être dopé…après prescription des faits par le règlement. Qui peut comprendre ça ? Résultat, on a des gens dont est certain qu’ils se sont dopés figurant dans les palmarès…et des gens dont n’a jamais pu prouver qu’ils s’étaient dopés à qui on a retiré leurs titres, y compris ceux pour lesquels ils étaient régulièrement inscrits sur la liste des participants. Là ça devient carrément loufoque ! Mais on oublie aussi les cas où un champion ayant subi un contrôle positif indiscutable garde son ou ses titres, parce qu’il y a eu vice de forme dans la procédure. Là on est carrément dans le déni de justice par rapport aux autres.

Néanmoins tout cela n’est finalement que broutille dans l’histoire du sport, surtout dans un monde où tout va tellement vite que plus personne ne se souvient des résultats vingt ans auparavant. Il n’y a qu’à lire les commentaires des supporters forumers pour s’en rendre compte, certains faisant par exemple de Froome le plus grand coureur cycliste de tous les temps, la remarque valant aussi pour Messi en football ou pour Usain Bolt en athlétisme, sans parler de Federer ou Serena Williams pour le tennis, alors qu’il est déjà très difficile de déterminer le meilleur depuis le nouveau siècle. En fait, seuls les palmarès sont crédibles pour essayer de désigner les meilleurs…à condition qu’ils n’aient pas été manipulés, ou qu’on garde en mémoire le fait qu’il y ait eu jusqu’au début des années 1990 une distinction entre amateurs et professionnels (cyclisme sur piste ou tennis).

Décidément on n’en sort pas, d’autant que personne n’a songé à revenir en arrière, à partir de 1946 ou même avant, pour vérifier si tel coureur, athlète ou tennisman n’ avait pas des qualités supérieures aux stars d’aujourd’hui, en tenant compte aussi de la morphologie moyenne des sportifs, des conditions dans lesquelles on évoluait il y a 50 ou 100 ans, des progrès de la médecine, des progrès technologiques etc. En outre, qu’est-ce qu’on entend par produits dopants, certains se trouvant dans des médicaments utiles à la santé, d’autres dans la nourriture. La créatine par exemple, est-elle un produit dopant ? Non, répondent les spécialistes, même si le docteur Gérard Dine, spécialiste du dopage, a affirmé que « la créatine a des effets bénéfiques minimes mais réels ». D’ailleurs aucune autorisation d’emploi de ce produit en France n’a été accordée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, ce qui n’empêche pas que de nombreux sportifs ont admis l’avoir utilisée, le dernier en date étant le nageur vedette en France,  Florent Manaudou.

En tout cas, si l’on en croit les révélations faites par une chaîne de télévision allemande (ARD) et un quotidien britannique (Sunday Times) sur un fichier secret de la Fédération Internationale d’Athlétisme, « au moins un médaillé sur six dans les épreuves d’athlétisme des JO ou des Mondiaux (hors sprint), entre 2001 et 2012, présentait des résultats suspects ». En outre deux pays, le Kenya et la Russie, sont fortement montrés du doigt. Comme si le dopage ne sévissait que dans ces pays ! Accusations qualifiées de « sentationnalistes et trompeuses«  par l’IAAF (Fédération internationale d’Athlétisme), ce qui signifie qu’on n’y voit guère plus clair sur toutes ces affaires, et sur la réalité du dopage en athlétisme. Et là aussi, je pourrais écrire : Comme si le vélo et l’athlétisme étaient les deux seuls sports touchés par le dopage !

Du coup l’amateur d’athlétisme que je suis depuis mon plus jeune âge, devrait cesser de rêver en voyant les exploits réalisés par les cracks d’autrefois et d’aujourd’hui, même si quelques performances me laissent de très gros doutes…parce que jamais approchées depuis leur réalisation. Je donnerai plus loin quelques exemples pour illustrer mon propos, en notant aussi que certains exploits me paraissent tout à fait humains (El Guerrouj et ses 3mn26s au 1500m en 1998 ou les 18m29 d’Edwards au triple saut en 1995, pour ne citer qu’eux). En revanche, pour avoir vu la course à la télévision, je n’ai jamais cru à la véracité de l’exploit accompli en son temps par le Canadien Ben Johnson, qui avait réussi, le 24 septembre 1988 aux J .O. de Séoul, le temps de 9s79, qui lui avait permis de devancer largement Carl Lewis lors de la finale du 100m, avant d’être disqualifié quelques heures après son succès et banni des Jeux Olympiques. Vraiment trop beau pour être vrai!

Cela montre, comme je l’ai souvent écrit, que l’on a fait des progrès dans la lutte contre le dopage, mais pas suffisamment pour que ceux qui ont recours à la pharmacopée pour réussir des performances hallucinantes soient attrapés au moment de leurs exploits. En effet, avant de l’être ils ont pu accumuler les performances stupéfiantes…sans que les contrôles permettent de savoir si ces performances étaient normales ou pas. C’est là tout le problème du dopage dans le sport, et pas que dans le cyclisme ou l’athlétisme, puisque des champions peuvent très bien faire toute leur carrière sans jamais se faire prendre, alors que d’autres sont pris pour des traces insignifiantes de produits qui, en aucun cas, ne pouvaient améliorer leurs performances.

Puisque je parle de l’année olympique 1988, ô combien riche en exploits renversants notamment en athlétisme, qui pourrait affirmer avec certitude que Florence Griffth-Joyner a réalisé « proprement » ses 10s49 au 100m en juillet 1998 à Indianapolis, et ses 21s34 en finale des J.O. sur 200m, des temps qui n’ont jamais été approchés depuis cette date ? Pour mémoire, sur 200m la meilleure performance d’une femme après celle Flo-Jo Griffth-Joyner est détenue par…Marion Jones avec 21s62, la suivante immédiate étant Merlène Ottey avec 21s64, elle aussi ayant eu des problèmes de dopage.   Sur 100m, la femme la plus rapide est Carmelita Jeter avec 10s 64, temps réalisé en septembre 2009, donc tout à fait en fin de saison, ce qui avait aussi suscité des interrogations. Pour revenir à Flo-Jo Griffith-Joyner, on rappellera qu’elle n’a jamais confirmé ses performances de 1988, puisqu’elle a annoncé sa retraite en février 1989. Elle est décédée d’une rupture d’anévrisme quasiment 10 ans jour pour jour (21 septembre 1998) après son fabuleux record du monde du 200m (29 septembre 1998). Au fait quand ses records seront-ils battus ? Peut-être, pour ne pas dire sans doute, jamais.

Il y a aussi des  records qui tiennent depuis 25 ans et plus, et qui pourraient tenir encore un  certain temps. Citons simplement  ceux  détenus chez les hommes par l’Allemand de l’Est Schult au disque avec 74.08m   (1986), par l’Ukrainien  Sedhyk ( père de notre grand espoir Alexia) au   marteau avec 86.66m en 1986, et chez les femmes par l’Allemande de l’Est   Marita Koch sur 400m avec 47s60 (1985),    la Tchèque  Jarmila   Kratochvilova sur 800m avec un temps de 1mn53s28 (1983),  la lanceuse de poids russe (aujourd’hui   française) Natalya Lisovkaya qui a effectué un jet de 22.63m en 1987, la   lanceuse de disque est-allemande Gabriele Reinsch qui a lancé son engin à  76.50m, la sauteuse en hauteur bulgare Stefka Kostadinova dont le saut de 2.09m à Rome aux championnats du monde 1987 n’a jamais été égalé ou battu,   même si la Croate Blanka Vlasic a flirté plus d’une fois avec cette   barre ces dernières années,  sans oublier les 12s21 au 100m  haies de la Bulgare Yordanka Donkova et les 7m52 en longueur de l’Ukrainienne Galina Chistyakova en 1988 (décidément l’année des J.O. de Séoul était propice aux exploits!). Cette même année il y eut l’énorme record du 4x400m féminin de l’ex-Union   Soviétique avec un temps de 3mn15s17c, mais aussi les 7291 points à l’heptathlon de Jackie Joyner, sœur de Al Joyner (champion olympique du triple saut   en 1984 à los Angeles), lui-même époux de Florence Griffith-Joyner. Et oui, le monde de l’athlétisme est petit, et le nom de Joyner n’est pas prêt de   disparaître des annales de l’athlétisme, pas plus que celui de la Chinoise Wang Junxia, double recordwoman du monde des 3000m (8mn06s11) et du 10.000 m (29mn31s78), records battus entre les 8 et 13 septembre 1993. D’après son entraîneur, obligé de répondre à certaines interrogations des observateurs et amateurs d’athlétisme, les exploits de Wang Junxia étaient dus à son entraînement et, plus encore sans doute, au fait qu’il lui administrait comme potion magique de la soupe au sang de tortue!

Arrêtons-là et espérons, sans réellement  y croire, que le dopage disparaîtra dans l’avenir des  pistes, des routes ou vélodromes, des bassins de natation, et plus généralement de tous les autres terrains de sport. Après tout, je suis sûr et certain que les records d’Europe de Christine Arron (100m en 10s73) en 1998 ou de Stéphane Diagana (400m haies en 47s37) en 1995, pourtant très haut perchés, ont été réalisés sans le moindre doute quant à la valeur réelle de la performance. Je pourrais évidemment citer bien d’autres exemples, plus récents, par exemple les 6m16 de Renaud Lavillenie à la perche l’an passé, qui prouvent que j’ai raison de garder mes illusions et pas seulement grâce aux seuls athlètes français.

Michel Escatafal