Merci aux joueurs du Sud pour le spectacle…et pour notre Top 14

nonucarterJe n’avais pas encore eu le temps de parler de la finale de la Coupe du Monde de rugby, mais ce n’était pas faute d’en avoir envie, tellement ce fut une belle finale. J’ajouterai aussi que les demi-finales furent également très excitantes, l’Afrique du Sud et l’Argentine étant loin d’être des faire-valoir. Cela me permet d’écrire, une nouvelle fois, qu’il ne faut surtout pas avoir de regrets pour le XV de France…parce qu’il était très loin du niveau requis pour briller dans cette Coupe du Monde 2015, les miracles ayant pour particularité de ne pas se renouveler. D’ailleurs au risque de me faire quelques ennemis franchouillards, je rappellerais qu’en 2011 notre équipe avait été battue à deux reprises en phase de poule, par la Nouvelle-Zélande, ce qui était logique, mais aussi par les Tonga, ce qui ne l’était pas du tout. Bref, ce fut un miracle de sortir d’une poule qui n’avait rien d’être celle de « la mort ». Et en demi-finale, les Français l’avaient emporté miraculeusement, grâce à trois pénalités contre un essai non transformé et une pénalité pour des Gallois qui ont joué plus d’une heure à 14.

Reste la finale que nos joueurs auraient pu gagner sans un arbitre plus ou moins aveugle sur les fautes néo-zélandaises, puisque le XV de France ne fut battu que d’un point par une Nouvelle-Zélande loin de pratiquer son meilleur rugby, et de surcroît handicapée par l’absence de Dan Carter. Cela étant, un grand XV de France, tel que nous en avons connu plusieurs par le passé, aurait fini par vaincre cette pâle équipe All Black…avec un jeu et un état d’esprit un peu plus ambitieux. Il fallait bien payer d’une façon ou d’une autre quatre années de difficultés avec le sélectionneur Marc Lièvremont, comme il fallait bien que l’on paie au prix fort quatre années d’errances avec l’ineffable Philippe Saint-André qui lui avait succédé en 2011. Cela ne m’empêche pas de dire, encore une fois, que la faillite de notre XV national n’est pas seulement due aux limites de nos deux derniers sélectionneurs, même si leur responsabilité est grande, car si le problème ne tenait qu’à cela, cela signifierait qu’avec Guy Novès à sa tête, le XV de France redeviendrait très vite la nation majeure de l’hémisphère Nord, et donc un candidat très crédible pour la victoire à la prochaine Coupe du Monde. Non, il y a énormément de problèmes à régler au niveau des instances dirigeantes, étant entendu qu’il y a au moins une chose dont on peut être sûr avec l’arrivée du grand technicien toulousain, c’est qu’il ne pourra pas faire plus mal que ses deux prédécesseurs.

Cela étant, force est de reconnaître que la Nouvelle-Zélande est bien le pays par excellence du rugby à XV (3 coupes du monde sur 8 éditions), comme l’Australie est la référence du rugby à XIII (9 coupes du monde sur 13), les Etats-Unis du basket (14 titres olympiques sur 17 possibles), le Brésil du football (5 coupes du monde sur 20) ou la France du handball (10 titres mondiaux ou continentaux en 25 ans). Cela situe la portée de l’exploit néo-zélandais avec ce troisième succès mondial, le deuxième consécutif, ce qui est inédit. Il est vrai que les All Blacks demeurent depuis les années 1920 au tout premier rang du rugby mondial, cette équipe étant déjà appelée « les Invincibles » en 1924, suite à une tournée victorieuse en Grande-Bretagne. Pour mémoire, il faut rappeler que la première victoire de la France sur la Nouvelle-Zélande eut lieu seulement en 1954 à Colombes, avec une ossature lourdaise (Claverie, Martine, Maurice et Jean Prat, Domec), plus des joueurs emblématiques comme son inamovible demi de mêlée Gérard Dufau, mais aussi André Boniface qui avait 20 ans à l’époque, ou encore les deuxièmes lignes Chevalier et Lucien Mias. Ensuite il a fallu attendre 1979 pour voir le XV tricolore s’imposer en Nouvelle-Zélande, grâce là aussi à la présence dans ses rangs de joueurs aussi doués que l’arrière Aguirre, le centre Codorniou, la paire de demis Gallion-Caussade, les troisièmes lignes Joinel et Rives, et une première ligne composée de Dubroca, Dintrans et Paparemborde. On notera dans les deux cas que le XV de France disposait à ces époques de joueurs de très grande classe…qui ont fait tellement défaut à l’équipe qui vient de disputer la dernière Coupe du Monde, ce qui prouve que le mal est vraiment profond, surtout si en plus on pratique un rugby de tranchées face à des équipes qui ont adopté depuis longtemps un jeu complet…comme on savait le faire dans notre pays au siècle précédent.

Voilà le constat que l’on peut faire à la fin de la Coupe du Monde 2015, épreuve qui a eu le mérite de couronner la plus belle équipe, d’avoir en finale les deux meilleures, et en demi-finale les quatre qui le méritaient le plus…toutes appartenant à l’hémisphère Sud. Ce n’est pas une coïncidence, et cela aussi tord le cou aux remarques de ceux qui ne cessent de critiquer le Top 14 et ses étrangers, ces derniers ayant été parmi les meilleurs joueurs, qu’il s’agisse des ailiers Habana (Afrique du Sud), Mitchell (Australie) et Imhoff (Argentine) ou du centre Giteau (Australie), pour ne citer que des joueurs ayant participé aux demi-finales. Et pour ma part cela ne me dérange pas du tout, en tant que spectateur ou téléspectateur, que des stars étrangères comme Nonu, Carter, Slade, Kepu, Quade Cooper, Genia, Vermeulen, Adam Ashley-Cooper, O’Connell, Bismarck Du Plessis ou Conrad Smith débarquent en France ce mois-ci ou le mois prochain. Au contraire, même s’ils prennent la place, aux dires de certains, des joueurs français, ils peuvent donner à ceux-ci des leçons de professionnalisme, notamment aux plus jeunes. A ce propos je trouve débile d’entendre Pascal Papé, un des joueurs le plus souvent sélectionnés en équipe de France, estimer que « l’arrivée massive de joueurs étrangers majeurs dans le Top 14 est un frein au développement de l’équipe de France ». Débile pourquoi ? Parce que Papé n’a pas fait la démonstration de ses qualités pendant la Coupe du Monde, alors que ces nouveaux joueurs n’étaient pas encore arrivés. En outre, si Papé et ses copains de l’équipe de France, malgré leurs faibles performances, sont bien payés pour jouer au rugby en France, c’est aussi parce que le Top 14 génère pas mal d’argent grâce aux stars étrangères qui y jouent. Heureusement, tous les joueurs de l’équipe de France n’ont pas cette mentalité, puisque le talonneur toulonnais Guirado se réjouit de l’apport des joueurs du Sud, notamment à travers « leur conception du rugby ».

Fermons la parenthèse pour noter que parmi ces étrangers qui débarquent à Toulon, au Racing ou ailleurs, il y a déjà celui qui est considéré comme le meilleur joueur du monde, Dan Carter, en espérant qu’il aura davantage de chance au Racing que lorsqu’il est arrivé à l’USA Perpignan, club dans lequel il a joué seulement cinq matches en 2009, à cause d’une grave blessure. Ah les blessures ! Là en revanche, il y a de quoi s’inquiéter, comme je l’avais écrit dans un article en avril 2013 (Les affres du rugby professionnel…), car les impacts physiques sont de plus en plus terribles, et font de plus en plus de dégâts. Il y a aussi la vidéo, que les gens du football réclament à cor et à cri, mais qui finit par hacher le jeu à force d’y avoir recours à tout propos. Elle ne devrait être utilisée que pour valider un essai ou, très ponctuellement (j’insiste) pour permettre à l’arbitre d’éviter de faire une grosse erreur. Il y a enfin, comme je l’ai déjà évoqué précédemment, la domination très nette de l’hémisphère sud, le Nord semblant perdre de plus en plus de terrain. Même les Argentins, qui ont intégré depuis peu les compétitions du Sud, sont aujourd’hui supérieurs aux Français et aux Britanniques. On notera au passage que lesdits Argentins opèrent pour une grande majorité dans les clubs européens, à commencer par le Top 14, et que cela ne les empêche pas de progresser. Au contraire, tous reconnaissent que leurs progrès sont dus au fait de se frotter chaque semaine aux meilleurs joueurs opérant en France ou dans les Iles britanniques. D’ailleurs, comment progresseraient-ils dans leur championnat argentin ? Papé devrait y penser, plutôt qu’aller dans le sens des supporters franchouillards qui veulent moins d’étrangers. Il est vrai qu’au royaume des aveugles…

Michel Escatafal

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