Le Costaud de Vaugirard a retrouvé Maspes au paradis des sprinters

Rousseau M.La semaine dernière le monde du vélo vélo a été marqué par la mort d’un des plus grands pistards de l’histoire, même si son palmarès ne reflète pas ce que je viens d’écrire. En effet Michel Rousseau, surnommé le Costaud de Vaugirard, est décédé à l’âge de 80 ans, soit 60 ans tout juste après le titre olympique si brillamment conquis aux J.O. de Melbourne. Pourquoi l’avait-on surnommé ainsi ? Tout simplement parce qu’il était très costaud avec un gabarit imposant pour l’époque (1,73m et 81 kg) qui en faisait le sprinter type jusqu’à ce moment. Il l’était d’autant plus qu’en ces temps-là la vitesse n’était pas qu’un exercice de force, mais nécessitait à la fois d’avoir un esprit de décision et d’autorité. Ce n’était pas pour rien que les sprinters étaient appelés les aristocrates de la piste !

La carrière de Michel Rousseau avait commencé sur la route, mais il s’aperçut très vite, et ceux qui l’entouraient plus encore, qu’ elle n’aurait rien de glorieux, ce qui explique qu’il s’essaya très tôt sur la piste, où une vedette (on ne disait pas encore une star) pouvait arriver à très bien gagner sa vie, contrairement aux sprinters de nos jours, qui n’ont guère que trois ou quatre occasions dans l’année pour se montrer. Pour revenir à Michel Rousseau, la première chose qui frappa l’oeil des connaisseurs fut son finish impressionnant. Il avait le jump, et cette qualité allait lui permettre à de nombreuses reprises de gommer ses imperfections tactiques, imperfections qu’il gardera jusqu’à sa retraite, en plus de ses bravades. Néanmoins, malgré ses défauts il allait devenir un très grand sprinter, en même temps qu’un de ces personnages de légende avec son visage poupin et ses allures de titi parisien. Le type même de pistard qui manque cruellement à la piste de nos jours, ce qui explique son dénuement. Il est vrai qu’aujourd’hui, avec toutes les révélations sur des pratiques que l’on croyait à jamais bannies du vélo, il devient de plus en plus difficiles de s’extasier sur les performances des coureurs, et plus généralement de nombreux sportifs.

Fermons la parenthèse, et revenons à la carrière de Michel Rousseau pour noter qu’il remporta son premier succès en finale de la Médaille, une épreuve qui se déroulait au Vélodrome d’Hiver (le Vel d’Hiv) et qui récompensait le jeune coureur qui se montrait le plus rapide à l’issue de plusieurs tours de qualification. Cette épreuve était ouverte à tous les jeunes licenciés à partir de l’âge de 16 ans, le vainqueur recevant une médaille en or sur laquelle était gravée : « Vélodrome d’Hiver, Grande Finale de la Médaille ». Pour mémoire on trouvait au palmarès des noms comme Senfftleben (1940), Forlini (1946), Blusson (1947), Verdeun (1948), Darrigade (1949), Morettini (1951) et après Rousseau en 1956, les Italiens Bianchetto (1958) et Damiano (1959), tous à part Darrigade ayant fait une belle carrière sur la piste, notamment les six-jours. Cette même année 1956 fut pour Michel Rousseau l’année de tous les bonheurs ou presque. Presque parce qu’il fut battu en finale du championnat de France amateurs de vitesse par André Gruchet, excellent tacticien et plus âgé que lui. En revanche il s’imposa au grand prix de Paris amateurs, devint champion du monde de vitesse amateurs, titre qu’il conserva en 1957 après être devenu champion de France, et champion olympique à Melbourne en pulvérisant l’Italien Pesenti.

Pour tout le monde cette succession de victoires faisait de lui le futur grand crack de la vitesse pour la fin des années 50 et de la décennie 60, d’autant qu’il avait pour entraîneur le célèbre Louis Gérardin, qui était un champion pour exploiter les dons athlétiques des coureurs qu’il avait sous sa coupe. comme il le prouva avec Morelon et Trentin notamment. Après avoir dominé pour ne pas dire écrasé la concurrence (Pesenti, Gasparella notamment) lors des championnats du monde amateurs en 1957, il passa professionnel l’année suivante. Et immédiatement il devint le maître de la vitesse, devenant champion du monde en 1958 en jonglant avec tous ses adversaires, notamment Sacchi et Suter en série, puis Pfenninger en quart de finale, avant de battre sèchement Maspes en deux manches en demi-finale. Pour rappel Maspes fut le plus grand sprinter de la décennie 50 et même 60, en étant champion du monde chez les professionnels en 1955, 1956, 1959, 1962 et 1964. Enfin, en finale, Michel Rousseau s’imposa avec une dérisoire facilité face à Sacchi. Tous ces succès ne pouvaient qu’en appeler d’autres dans les années suivantes, d’autant que rien ne semblait atteindre le Costaud de Vaugirard. Non seulement c’était un surdoué, imbattable dans les 200 derniers mètres, mais il était aussi d’une folle décontraction. Ainsi il stupéfia l’assistance au Parc des Princes, entre les deux manches de la finale mondiale de la vitesse 1958, en dégustant tranquillement une marmelade de pommes. Plus décontracté que lui, il n’y avait pas !

Et pourtant sa carrière n’allait pas être celle que l’on attendait. D‘abord il perdit son titre mondial en 1959, en finale contre Maspes. Ce dernier, sans doute intrinsèquement moins rapide, allait néanmoins lui donner une leçon de maîtrise tactique en le privant d’une couronne qui lui tendait les bras. Ensuite ce fut de moins en moins brillant tant sur le plan national qu’international, puisque son seul fait d’armes jusqu’à sa retraite fut une finale de championnat du monde en 1961 contre ce même Maspes. Celle-ci restera toutefois dans les mémoires, peut-être pour l’éternité, parce que dans cette finale Michel Rousseau imposa à son rival italien un sur-place de trois quarts d’heure. Tout le monde pensait que l’Italien, qui approchait la trentaine, allait se consumer face au champion français qui semblait avoir retrouvé sa superbe. Erreur de jugement, en fait c’est l’influx nerveux de Rousseau qui allait le faire céder le premier et Maspes conserva son titre, alors que tout le monde était convaincu de la victoire du Français au vu des matches précédents. Ce fut le chant du cygne de Michel Rousseau, sprinter surdoué mais manquant trop de cette envie exacerbée de la victoire qui faisait la force de Maspes. Sans doute ce dernier lui a déjà rappelé cette fameuse finale de 1961 au paradis des sprinters, le crack italien étant décédé en octobre 2000.

Michel Escatafal

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2 commentaires on “Le Costaud de Vaugirard a retrouvé Maspes au paradis des sprinters”

  1. Julio Ladrondelagua dit :

    Despiértate, amigo Michel, que ya estamos en 2017 y, este año va a ser, un año ciclista de alta calidad… Alberto quiere ganar el Tour y no es cosa imposible a su edad… Conque ya sabes lo que tienes que escribir en un próximo artículo… Feliz año 2017, amigo mío.

    • msjsport dit :

      Tout d’abord cher ami je t’envoie mes meilleurs voeux pour 2017. Ensuite, je vais essayer de trouver du temps pour faire de nouveau des articles que j’espère intéressants. J’en ai fait un ce jour sur un autre sport que j’apprécie beaucoup, la Formule 1. Le prochain sera sans doute sur le vélo, avec effectivement une année passionnante où Contador va courir dans sa nouvelle équipe. A bientôt


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