Le doublé Tour-Vuelta est-il possible? Réponse : sans doute

Il y a comme cela dans le vélo des doublés mythiques (Giro-Tour, Tour-Vuelta) que beaucoup considèrent de nos jours comme impossible à réaliser, et je ne sais pas pourquoi. Certes on va me faire remarquer que la lutte contre le dopage a produit ses effets et que désormais il y a des objectifs impossible à se fixer, sauf à être un doux rêveur. C’est valable en partie en athlétisme comme on peut le constater à propos de certains records du monde féminins (100m, 200m, 400m, les lancers et même les sauts), mais aussi masculins pour les lancers, qui étaient tellement surhumains que personne n’a pu les approcher. Cela dit, le vélo n’est pas l’athlétisme et si les records tombent dans ce sport, c’est aussi en raison de l’évolution de la technologie. Qui songerait à comparer les exploits de Roger Rivière en poursuite (à la fin des années 50) avec ceux de Moser (dans les années 80) ou plus récemment de Wiggins? Toutefois, une chose est certaine : le dopage dans le sport n’a pas disparu, quelles que soient les mesures qui ont été prises pour essayer de l’endiguer.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à des choses concrètes à l’approche du départ du Tour d’Espagne, qui sera marqué, je le rappelle, par le fait que l’on verra Contador pour la dernière fois sur un vélo de compétition. J’espère qu’il finira aussi bien que Mo Farah (une médaille d’or et une d’argent aux derniers championnats du monde d’athlétisme), et mieux que Bolt, foudroyé en plein vol dans la ligne droite du relais 4x100m, après avoir été dominé sur 100m. Cela pour rester dans la comparaison avec l’athlétisme. Cela étant il finira toujours mieux sa carrière que Coppi ou Merckx, voire même Anquetil, qui n’ont pas su s’arrêter à temps, et presque aussi bien qu’Hinault, Indurain ou Armstrong qui n’ont pas démérité, loin de là sur leurs dernières courses. Désolé de parler ainsi d’Armstrong, mais pour moi il n’a fait qu’avouer ce que tant d’autres ont fait avant lui (je pourrais aussi dire après), à une époque où on ne parlait pas ou si peu de dopage, et à une époque où les moyens pour contourner les règlements étaient beaucoup moins sophistiqués que de nos jours. Au fait, que je sache, Armstrong n’a jamais connu la moindre suspension pour dopage, et s’il a bénéficié d’AUT (autorisation d’usage à des fins thérapeutiques), dispositif ô combien controversé, il est loin d’être le seul. Alors pourquoi lui? Sans doute pour son histoire personnelle, mais en attendant il y en a beaucoup d’autres qui ont fait comme lui et à qui on n’a pas retiré leurs victoires, mais eux n’ont pas avoué ou l’ont fait 20 ou 30 ans plus tard, sans parler de certains laboratoires qui n’avaient pas tout à fait les mêmes capacités d’analyse que d’autres, ce qui a abouti à des résultats positifs qui ne l’auraient pas été ailleurs (cas Contador).

Fermons cette nouvelle parenthèse sur un sujet qui m’a constamment énervé, parce que comme toujours on ne sait que faire les choses à moitié, ce qui crée d’énormes injustices qui transforment les palmarès en menus à la carte, où chacun prend ce qu’il veut. Cependant essayons de voir les coureurs ayant le plus de chances de remporter la prochaine Vuelta, avec cette précision qui fait que le doublé Tour-Vuelta n’a été réalisé qu’à deux reprises avec Anquetil en 1963 et Bernard Hinault en 1978. A ce propos, on remarquera que le champion toutes catégories au palmarès des grandes épreuves, Eddy Merckx, ne l’a pas réalisé. ce qui paraît étonnant. En revanche il a fait le doublé Giro-Vuelta en 1973, tout comme Battaglin en 1981. Je ne mettrai pas sur le même plan ce même doublé Giro-Vuelta réussi cette fois par Alberto Contador en 2008, parce que jusqu’en 1994, le Tour d’Espagne se courrait juste avant le Tour d’Italie au printemps. alors qu’aujourd’hui la Vuelta se court en août et septembre, avec un délai d’un mois à peine après l’arrivée du Tour de France…ce qui pourrait expliquer que le dernier doublé Tour-Vuelta date de 1978 avec Bernard-Hinault. Cela étant on relativisera ce constat en notant que Quintana, troisième du Tour en 2016, s’est imposé quelques semaines plus tard en Espagne…en battant Froome qui venait de gagner le Tour de France.

Ceci m’amène à évoquer cette Vuelta 2017 qui s’annonce passionnante avec la participation de Froome, Nibali qui a terminé troisième du Giro en mai, Aru vainqueur en 2015, sans oublier Bardet qui est de nouveau monté sur le podium du Tour (3è), le Colombien Chaves, mais aussi Warren Barguil après son très beau Tour de France même s’il affirme concourir simplement pour une victoire d’étape, son leader étant théoriquement Keldermann, le Russe Zakarin (cinquième du dernier Giro), le Néerlandais Kruijswick qui aurait dû gagner le Giro 2016 (battu sur chute après avoir dominé l’épreuve jusqu’à l’avant-dernière étape), et bien évidemment Alberto Contador qui achèvera sa brillante carrière avec le dossard numéro un. En revanche manqueront à l’appel Quintana, Uran le second du Tour de France et le vainqueur du dernier Giro, Tom Dumoulin, sans oublier Landa, Valverde, non remis de sa chute dans le Tour de France. ni Samuel Sanchez qui vient d’apprendre qu’il se serait dopé à une hormone de croissance à…39 ans, après 19 années en tant que professionnel, ce qu’il nie avec force en attendant le résultat de la contre-expertise.

Alors qui va gagner? Je parierais sur Froome, même s’il n’est pas favori comme il l’était avant le Tour de France. Il semble que ses plus belles années (depuis 2012) vont s’arrêter à la fin de cette saison, parce que je ne le vois plus aussi fort, comme l’a confirmé le Tour de France. Néanmoins avec 40 km de contre-la-montre individuel et 13 km par équipes avec sa très forte équipe Sky, il sera très difficile à battre. En plus, qui va lui prendre du temps dans les cinq étapes de montagne. Après il y a Nibali, coureur un peu atypique chez les grands, parce que bon partout mais exceptionnel nulle part. Cela ne l’a pas empêché de gagner quatre grands tours, mais qui a-t-il battu à chaque fois? En revanche il n’a jamais fait le poids face à Contador ou Froome au sommet de leur forme, et il a été incapable de battre Dumoulin cette année dans le Giro, sans oublier sa victoire miraculeuse dans le Giro 2016, que j’évoquais auparavant. Si je devais parier gros, je le ferais sur Kruijswick, en pensant à son magnifique Giro de l’an passé. Ah, si Contador était encore Contador, mais il va avoir 35 ans en décembre…et cela fait 10 ans qu’il est au sommet, période durant laquelle il a gagné trois fois chacun des grands tours, ce qui lui vaut d’être troisième dans ce classement des grands tours nationaux derrière Merckx (11) et Hinault (10), et devant Anquetil (8), Coppi, Indurain et Armstrong (7).

Et les Français me direz-vous? Et bien ils ne seront pas favoris, pas même Bardet, pour qui les 40 km contre le chrono seront rédhibitoires. Au fait depuis quand un Français n’a-t-il pas gagné la Vuelta? Réponse : depuis 1995 et la victoire de Laurent Jalabert, ce qui est quand même plus récent qu’un succès dans le Giro (Fignon 1989) ou dans le Tour de France (Hinault 1985). Terrible constat quand même, même si je suis de ceux qui pensent que Romain Bardet (bientôt 27 ans) ou Warren Barguil (presque 26 ans)peuvent relever le gant dans les années à venir. Espérons que ce sera le cas, sinon c’est à désespérer du vélo dans une nation comme la nôtre qui a eu tellement de grands champions, dont quelques uns figurent parmi les plus grands de l’histoire, notamment Bobet, Anquetil, Hinault, et à un degré moindre Poulidor, Thévenet, Fignon ou Jalabert pour ne citer que des coureurs ayant couru depuis 1946. Remarquons toutefois que les Belges ne sont pas mieux lotis que nous dans les grands tours (dernière victoire De Muynck au Giro en 1978), eux qui ont donné au cyclisme le plus grand coureur au niveau du palmarès, Eddy Merckx. Et que dire des Néerlandais qui n’ont plus eu de vainqueur du Tour de France depuis Zoetemelk en 1980, de la Vuelta depuis 1979 avec ce même Zoetemelk. Cela dit, leur très longue disette s’est arrêtée cette année avec Tom Dumoulin, vainqueur du Giro. Et si Barguil remportait cette Vuelta? Après tout il est permis de rêver!

Michel Escatafal