Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes, ville des miracles et du beau rugby

Et si l’on parlait de rugby, même si ce n’est guère réjouissant en ce moment. C’est vrai, je ne suis pas comme les commentateurs de la télévision qui arrivent à se pâmer pour un bon coup de pied par-dessus ou pour une charge qui fait avancer de 10 mètres. J’avoue même que je ne reconnais plus le rugby français, faute de retrouver ce talent imaginatif que le monde entier lui enviait. Il est vrai que j’appartiens à une génération qui apprenait à jouer au rugby en ayant bien soin de travailler sur les fondamentaux du jeu, notamment à ne surtout pas manquer une passe en attaque, ou à ne pas se débarrasser du ballon pour le donner à l’adversaire. Si l’on donnait un coup de pied de déplacement, c’était pour faire avancer l’équipe et non pas pour essayer de repousser l’adversaire le plus loin possible. Bref, vous l’avez compris, je ne me retrouve guère dans le rugby tel qu’on le pratique aujourd’hui, notamment dans le Top 14, où on joue surtout pour ne pas perdre. Mais le problème est que l’on joue aussi pour ne pas perdre en Equipe de France…et que l’on perd très souvent. La France est, ne l’oublions pas, neuvième nation mondiale, mais combien de nations jouent au rugby dans le monde, même si officiellement il y a 102 pays comptabilisés dans le classement officiel de l’IRB ?

Quand je dis « jouent au rugby », cela signifie que ce sport est parmi les plus importants du pays, comme chez nous par exemple. La France est neuvième sur douze ou treize nations qui comptent réellement, ce qui n’a rien de glorieux. Et encore j’inclus dans ces nations l’Italie et l’Argentine…qui sont surtout de très grands pays de football. La preuve, qui connaît parmi les amateurs de rugby le nom d’un, deux ou trois clubs de ces pays ? J’ajoute aussi que, malgré tout le respect qu’on leur doit, qui peut considérer les Fidji ou Tonga comme des grandes nations, même si la semaine dernière les Fidji ont infligé au XV de France une des plus grandes désillusions de son histoire (défaite 14-21), ce qui permet à cette nation de passer au huitième rang mondial. Cela veut donc dire que la France a devant elle les trois grandes nations du Sud (Nlle-Zélande, Australie, Afrique du Sud) et les quatre nations britanniques. En fait, seule l’Argentine est derrière nous parmi les pays qui comptent dans ce sport, même si pour cette dernière c’est le cas seulement depuis le début des années 2000. Voilà le constat, le vrai, de notre place dans le monde : nous n’avons plus personne derrière nous comme « grande nation » historique, pas même l’Ecosse qui est le pays que notre XV a battu le plus souvent ces dernières années, mais qui, de nos jours, est supérieur à notre équipe nationale.

Tout cela m’amène évidemment à avoir des remarques désagréables sur les joueurs qui composent notre XV national à quelques exceptions près, à commencer par le très faible réservoir de joueurs français ayant le niveau international. Pour ce qui me concerne, le seul joueur français qui me fait réellement rêver aujourd’hui s’appelle Dupont, plus que Serin ou Teddy Thomas, qui aurait été un merveilleux ailier il y a 30 ou 40 ans. Les autres je préfère ne pas en parler, sauf quand je lis que le niveau très souvent affligeant de notre Equipe de France est dû aux absences de certains joueurs considérés comme « les patrons » de l’équipe, à commencer par l’inévitable Morgan Parra, que Brunel considère comme un élément indispensable. Quand on compare le niveau global de nos joueurs avec par exemple celui de l’Irlande, on ne peut qu’être effrayés, d’autant plus que je verrais bien les Irlandais remporter le titre au Japon l’an prochain. Même les All Blacks se sont cassés les dents sur cette équipe la semaine dernière, et ce n’était en aucun cas un coup de chance! Cela étant, quand on dispose de la meilleure charnière au monde et d’une aussi redoutable troisième ligne, auxquelles il faut ajouter d’excellents joueurs aux autres postes, sans oublier un excellent entraîneur néo-zélandais, Joe Schmidt, tous les espoirs sont permis . Entre parenthèse, pourquoi n’essaie-t-on pas nous aussi de mettre à la tête du XV de France un entraîneur étranger? Ah oui, le président de la FFR, B Laporte n’en veut pas!

Peut-être verrait-il tout de suite que des joueurs comme Maestri ou Parra sont de bons joueurs de club, mais en aucun cas un grand deuxième ligne ou un crack comme demi de mêlée. Parra, pour ne citer que lui, n’a jamais eu et n’aura jamais la dextérité et les jambes de feu des grands demis de mêlée d’antan, ni celles de Dupont, ni même de Serin ou Bézy. Pareil pour Lopez, notre ouvreur, qui est loin du niveau mondial. Et que dire de nos trois-quarts ou arrières, peu aidés il est vrai par les joutes hebdomadaires de notre Top 14. Quant à nos avants, ils n’ont même plus ce qui a permis à notre équipe de continuer à exister jusqu’au début des années 2010, à savoir une force en mêlée qui permettait de récupérer des pénalités à bon compte, lesquelles meublaient le score grâce notamment à Parra, dont la principale qualité est la sûreté dans les tirs au but. Problème, notre mêlée aujourd’hui n’étant plus dominatrice, nos canonniers, Parra ou Lopez et plus récemment Serin n’ont plus autant de possibilités de scorer. Oui, on le voit le mal est beaucoup plus profond qu’on ne pourrait l’imaginer. Et dire que certains pensaient à la Fédération qu’il fallait construire un grand stade, alors que l’on ne remplit plus le Stade de France ou les autres quand des tests-match sont délocalisés! Apparemment l’idée est abandonnée pour le plus grand bien des finances de la FFR.

Pour tout dire, où va le XV de France ? C’est une question qu’on se pose depuis la Coupe du Monde 2007, que l’on aurait dû gagner. Oui, même si l’équipe de France n’a été battu, injustement aux dires des observateurs neutres, que d’un point en finale de la Coupe du Monde 2011, après un parcours aussi miraculeux que triste jusque-là, la meilleure chance que nous ayons eu de remporter une Coupe du Monde fut certainement celle qui s’est déroulée en grande partie chez nous, d’autant que nos tricolores avaient éliminé à Cardiff, en quart de finale, la seule équipe qui semblait légèrement au-dessus de la nôtre. Hélas, comme souvent, notre équipe s’est faite battre par celle d’Angleterre alors que les portes de la finale semblaient grandes ouvertes. On ne va pas refaire l’histoire, mais on observera que le XV de France avait en 2007 remporté le Tournoi des Six Nations, comme l’année précédente, après avoir obtenu la deuxième place en 2005, battu seulement par le Pays de Galles qui avait réalisé le grand chelem. Tout cela pour dire que cette équipe, préparée par Bernard Laporte, avait un vécu et une permanence au plus haut niveau, en plus évidemment de disposer de quelques uns des meilleurs joueurs de la planète à leur poste (Marconnet, Ibanez, Pelous, Haridornoquy, Elissalde, Michalak, Clerc et Jauzion).

Or justement, ce qui manque aujourd’hui au XV de France, c’est d’abord cette absence de victoires contre les meilleures équipes, et le manque cruel de joueurs de niveau international. Combien de joueurs du XV de France auraient de nos jours leur place dans les meilleures équipes du monde ? J’ai peur de répondre, parce que je ne vois pas un seul joueur à citer, notre rugby ne sortant plus de cracks depuis quelques années, et quand il en apparaît un, il arrive que trop souvent il se blesse gravement, comme ce fut le cas pour Dupont l’an passé. Et s’il ne se blesse pas, le manque de confiance général fait qu’il joue la peur au ventre, sachant qu’une ou deux performances en demi-teinte va lui coûter sa place. Que n’avait-on pas dit sur Bézy quand il éclaboussait le Top 14 de sa classe, avant qu’il ne disparaisse de la circulation. C’était lui le successeur de Parra aux yeux de Novès, mais ce dernier savait bien qu’on ne lui pardonnerait rien, parce que Novès devait gagner obligatoirement sous peine d’être viré. Résultat Bézy a beaucoup souffert, mettant trois ans à retrouver son niveau, et Novès a été viré, remplacé par Brunel…qui ne fait pas mieux.

Certains nous disent, comment se fait-il que des joueurs brillent en Top 14, soi-disant le meilleur championnat de la planète, et ne rééditent pas les mêmes performances en équipe de France ? Là nous sommes dans du concret, et c’est pour cela que la première réponse qui vient à l’esprit est que nous n’avons pas d’équipe dans la continuité. A ce propos, comme je le suggérais précédemment, comment ceux qui jouent pourraient-ils briller, sachant qu’à leur première erreur ils vont se retrouver sur le banc des remplaçants ou non sélectionnés le match suivant. Pourquoi Parra, quand il n’est pas blessé, joue à peu près toujours à son niveau (très moyen) en équipe de France ? Parce qu’il est certain d’être sélectionné sauf blessure, et donc qu’il est un des très rares à ne pas jouer avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Malheur à son remplaçant s’il rate une passe ou une pénalité !

Tout cela signifie que nous allons partir à la Coupe du Monde avec une trentaine de joueurs qui n’auront que très peu joué ensemble, alors que les rivaux du XV de France (Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud, Angleterre, Irlande, Galles, Ecosse) joueront avec des éléments qui opèrent ensemble depuis plusieurs années. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y aura pas une ou deux révélations en 2019 dans ces pays, mais le socle sera là, contrairement au XV de France qui n’en a pas. Combien de joueurs ont été « consommés » depuis huit ans? Au moins de quoi former huit ou dix équipes, ce qui laisse imaginer le handicap que nous allons subir face aux meilleurs, qui à partir d’une ossature solide font rentrer de temps en temps un ou plusieurs joueurs, ce qui assure automatiquement une bonne relève en cas de blessures, au demeurant de plus en plus graves et de moins en moins rares en raison de l’évolution négative du jeu de rugby.

En évoquant les blessures, beaucoup se posent la question de savoir pourquoi le XV de France subit une hécatombe chaque fois qu’une sélection est faite en vue des matches internationaux. Pourquoi tant de blessures ? La faute au Top 14 ? Peut-être, car il faut reconnaître que les joueurs sont très sollicités dans notre championnat ô combien rugueux, où la qualification aux demi-finales apparaît vitale à tellement de clubs, sans parler de la descente en Pro D2. Bref, notre rugby national n’a pas les moyens de son ambition, et nous allons finir comme les Anglais en football, avec des équipes de club qui se battent à longueur d’année pour remporter le titre en Premier League, mais avec une équipe nationale qui ne gagne jamais rien. Cela n’empêchera pas nos dirigeants d’être contents, car les droits télés augmenteront. Et oui, on ne peut avoir en même temps le beurre et l’argent du beurre !

Alors que faire ? Ce n’est pas à nous à décider, ce travail revenant aux dirigeants du rugby français qui sont là pour prendre des décisions, et, tant qu’à faire, les bonnes. Il y a quand même suffisamment d’anciens grands joueurs et ou de techniciens autour de cette équipe de France pour arriver à faire quelque chose avec les joueurs sélectionnables qui peuplent le Top 14. L’ennui, et je le répète, c’est qu’on a l’impression que nos joueurs ne savent plus faire certaines choses qu’on faisait avec beaucoup de naturel il y a peu de temps. Un exemple : qui n’a pas été subjugué par les passes au pied d’un Jean-Baptiste Elissalde jusqu’en 2007 ? Combien d’essais le Stade Toulousain et le XV de France ont marqué de cette manière. Si j’ai cité J.B. Elissalde, j’aurais aussi pu citer Michalak et quelques autres qui ne me viennent pas à l’esprit. Autre chose : pourquoi les Britanniques sont-ils meilleurs que les Français pour récupérer le ballon après une chandelle ? Pourtant un Dulin, à l’image de Poitrenaud avant lui, est habituellement très fort dans cet exercice, mais plus rarement en Equipe de France…quand il est sélectionné. Enfin, et c’est sans doute le plus grave, comment se fait-il que le XV de France fasse tomber autant de ballons à chacune de ses attaques ?

A croire que nos joueurs en sélection ne savent plus manier un ballon, ce qui est faux évidemment…et ce n‘est pas la faute de Saint-André, Novès, Brunel ou leurs adjoints. Mais si ce n’est pas leur faute à ce propos, leur responsabilité est engagée dans la mesure où aucun d’entre eux n’a su trouver une formation type, où les sélectionnés joueraient libérés, ce qui explique le nombre considérable de joueurs utilisés entre chaque Coupe du Monde, même si ce nombre est augmenté en raison des indisponibilités. L’histoire est là pour nous rappeler que le XV de France n’a jamais été aussi faible que lorsque les sélectionneurs utilisaient un très grand nombre de joueurs, les faisant de surcroît jouer à un poste différent de celui où ils jouaient dans leur club, chose que les sélectionneurs d’aujourd’hui n’hésitent pas à faire.

Petit rappel historique : En 1957, les sélectionneurs firent n’importe quoi, modifiant à chaque match du Tournoi leur équipe, qui plus est en formant une troisième ligne (Barthe, Celaya, Baulon) contre l’Ecosse …avec des troisièmes lignes centre, et comme si ce n’était pas suffisant, on avait même osé mettre en pilier le troisième ligne centre du Stade Toulousain, Laziès. Résultat : une cuillerée de bois dans le Tournoi. Et pourtant à cette époque notre rugby était très riche en grands joueurs : la preuve, un an plus tard, la France battait les invincibles Springboks chez eux et s’imposait en 1959 dans le Tournoi des 5 nations seule, pour la première fois, avec la plupart des joueurs de 1957. Cette année marque aussi la dernière cuillère de bois du XV de France (4 défaites en quatre matches) dans le Tournoi. Cette cuillère, nous l’avons évitée en 2013, mais pas la dernière place puisque nous avons terminé le Tournoi des 6 Nations avec 3 défaites, un match nul et une victoire, en utilisant 35 joueurs.

Nous n’avons fait guère mieux en 2014, puisque notre XV a fini à la quatrième place, mais avec 3 victoires et deux défaites. En 2015, ce ne fut guère plus réjouissant avec une quatrième place grâce à deux victoires, puis une cinquième place (2 victoires) en 2016, année de l’arrivée de Novès à la tête du XV de France. En 2017, notre équipe s’est surtout signalé en réalisant lors du match contre les Gallois (20-18) le plus long match international de l’histoire (99mn et 55 s). Au moins nous détenons un record! Cette année là, nous étions troisième du Tournoi en gagnant trois matches sur cinq…ce qui n’a pas empêché Guy Novès (10 titres de champion de France et 4 titres de champion d’Europe avec le Stade Toulousain d’être viré…parce que Laporte, président de la FFR, prétendait que : « avec  Guy Novès, ça ne fonctionnait pas, c’est comme ça ». Voilà un bel argument! Est-ce que ça a mieux fonctionné en 2018 avec Brunel son remplaçant? Non, parce que notre XV a fini à la quatrième place avec 2 victoires au compteur. Voilà, comme dirait Laporte, « c’est comme ça ». On aurait presque envie de rire si ce n’était aussi triste!

Et cette année ? Déjà, avant que le Tournoi ne commence le bilan de notre série de tests de novembre n’est pas fameux, même si la victoire a été manquée de peu contre l’Afrique du Sud, mais surtout avec une défaite humiliante face aux Fidji, comme si on avait jeté tous nous feux face aux Sud Africains, loin de leur niveau habituel, et face à une faible Argentine que nos Français ont battu très difficilement. Oui, décidément ça ne s’arrange pas ! Je ne serais pas surpris si cette année nous étions éliminés avant les quarts de finale dans une poule comprenant l’Angleterre, l’Argentine, les Etats-Unis et Tonga, parce que l’Argentine disposera de ses meilleurs joueurs. Résultat, Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes en vue de cette Coupe du Monde, non pas pour voir du rugby comme à l’époque des Prat, Labazuy, Martine, Lacaze, Rancoule, Tarricq, Domec, Barthe ou Mantérola, mais pour espérer un miracle ! Un miracle auquel croit ou fait semblant de croire Laporte qui déclarait hier que « Nous serons compétitifs en 2019, j’en suis sûr ». L’espoir fait vivre…surtout si les naturalisés comme l’ailier Raka ou le deuxième ligne Willemse confirment, au niveau international, ce qu’ils font en Top 14 à des postes où on est en manque cruel de très grands joueurs.

Michel Escatafal

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Petite chronique d’une saison de Formule 1 finalement assez quelconque

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En écrivant cela j’ai bien conscience que cela ne va pas nécessairement plaire à tout le monde, mais c’est mon sentiment d’amateur de sport automobile. J e dis bien amateur de sport automobile, ce qui signifie que je ne suis en aucun cas un technicien, mais un fan qui se contente de regarder les images qui lui sont proposées, contrairement à nombre de forumeurs sur les sites spécialisés qui critiquent des gens comme Jacques Villeneuve pour ses commentaires. Ces pauvres gens oublient simplement que ledit Villeneuve a remporté en 1995 les 500 miles d’Indianapolis, puis le titre de champion du monde de Formule 1 en 1997, devant Michael Schumacher. Bref, il sait quand même de quoi il parle dans ses commentaires sur Canal+, beaucoup plus que les forumeurs qui ne connaissent souvent de la F1 que les consoles de jeux. Fermons donc cette parenthèse un peu longue, pour revenir au sport, au vrai, et parler de cette saison qui s’est achevée sur une nouvelle victoire de Lewis Hamilton à Abou Dhabi (sa onzième de la saison et sa soixante treizième en carrière F1) devant celui qui a été son principal rival cette année, Sebastian Vettel.

En disant que Vettel fut le principal adversaire d’Hamilton, je voudrais souligner que la véritable adversité du quintuple champion du monde fut en fait la Scuderia Ferrari, laquelle n’a pas su concrétiser sur la piste les réelles qualités de la machine conçue à Maranello. Et quand on dit Ferrari, cela signifie à la fois la direction opérationnelle et les pilotes, plus particulièrement le pilote numéro un, Vettel, d’autant que cette année on peut se poser la question de savoir si Raikkonen n’aurait pas mérité de l’être. En tout cas, il n’a quasiment pas fait d’erreurs, alors que son équipier les a accumulées entre avril et octobre (six au total!). C’est le problème d’avoir un pilote numéro un et un numéro deux, situation dont s’est accommodé Raikkonen pendant plusieurs années, pour la simple raison que celui qu’on appelle « Iceman » a besoin, pour aller très vite, d’avoir une voiture qui lui convient parfaitement, ce qui était en grande partie le cas cette année.

En précisant cela, je montre à quel point je suis objectif, puisque c’est mon pilote préféré. Au passage je me réjouis de le  voir continuer sa carrière deux ans de plus, chez Sauber, où il avait débuté brillamment sa carrière en 2001. En tout cas, il a toujours le niveau parce que depuis Monza et sa pole position, après avoir appris sa non-reconduction chez Ferrari, il a largement fait jeu égal avec Vettel, notamment en course, remportant même une victoire pleine de maîtrise à Austin. Comme si le fait de n’être plus au service de Vettel lui avait redonné les ailes sans lesquelles il est difficile de rivaliser avec les tous meilleurs. A ce propos, le contraste est frappant avec Bottas, lequel s’est littéralement effondré à partir de la mi-saison, après avoir été frustré pour avoir manqué la victoire en Chine à cause de la voiture de sécurité et, plus encore, d’avoir obéi aux consignes pour laisser Hamilton gagner à Sotchi. Dur, vraiment d’être numéro deux!

Mais au fait, pourquoi et comment on devient numéro deux? Réponse, parce qu’il y a un pilote qui s’impose à l’autre. C’est aussi simple que cela, ce qu’il faut toutefois relativiser parce que dans le sport en général, et le sport automobile en particulier, il y a des éléments qui font que tel pilote qui paraît irrésistible à un moment ne l’est plus dans d’autres conditions. Je faisais référence à Raikkonen précédemment à propos de sa vélocité qui dépend en grande partie de la manière dont sa voiture se comporte, notamment sa sensibilité par rapport à l’avant de sa machine. Comme le racontait son ingénieur chez Mac Laren et chez Ferrari en 2014, Pat Fry, « pour tirer le meilleur de Kimi, vous devez avoir la voiture pour le faire ». C’est ce qui fit la différence entre Alonso et lui chez Ferrari en 2014, l’Espagnol ayant mieux su tirer la quintessence de la Ferrari F14T. En clair Alonso s’adapte mieux à une voiture, même mal-née, que Raikkonen. Ce sera aussi le cas pour Vettel…jusqu’à cette année.

Mais Vettel lui-même fut largement dominé en 2014 (débuts du moteur hybride turbocompressé équipé d’un moteur électrique) par Ricciardo chez Red Bull, lequel termina troisième du championnat derrière Hamilton et Rosberg, année qui marqua le début de la domination de Mercedes (tous les titres mondiaux remportés depuis cette date avec quatre sacres pour Hamilton et un pour Rosberg). Est-on sûr pour cela que Ricciardo soit meilleur que Vettel, un raccourci vite fait par nombre d’observateurs et par tous les forumers? Peut-être pas. D’ailleurs Ricciardo lui-même a été globalement dominé par Max Verstappen quand les deux hommes se sont affrontés chez Red Bull, sans oublier que Vergne l’a battu en 2012 chez Toro Rosso. Alors me direz-vous, le meilleur c’est Hamilton avec ses cinq titres mondiaux, comme Fangio, avec des records personnels qui approchent de près ceux stratosphériques de Schumacher, au point de le voir les dépasser d’ici deux ou trois ans? Pas forcément, parce que Button, qui lui-même fut battu par plusieurs équipiers (Fisichella, Trulli), le battit nettement en 2011 (270 points contre 227, avec un seul abandon de différence durant la saison). L’année suivante, les deux hommes firent jeu égal (190 points pour Hamilton et 188 pour Button). Cela dit, qui oserait affirmer aujourd’hui qu’Hamilton n’est pas meilleur que ne l’a été Button? Personne, et pourtant…

Voilà quelques considérations que je voudrais tirer à titre personnel de cette saison de F1, en soulignant que l’histoire est là pour rappeler qu’il est très difficile de décider qui est le meilleur en valeur absolue de nos jours et plus encore depuis les débuts du championnat du monde en 1950. Néanmoins, on écrira que depuis cette date seuls trois pilotes ont toujours dominé leurs coéquipiers, y compris les plus prestigieux : Fangio dans les années 50, Clark dans les années 60 et Senna à la fin des années 80 et au début des années 90. Les plus jeunes diront que c’était il y a longtemps, les plus anciens que ce n’était pas le même sport que de nos jours, ce qui est vrai, mais comme je l’ai toujours dit, les statistiques ne suffisent pas pour désigner un tel ou un autre comme le meilleur, parce que chaque époque à son ou ses superchampions. Pour terminer je dirais à ce propos, que les rallyes ont eux aussi leurs superchampions et, pour une fois, deux Français sont au-dessus des autres depuis une quinzaine d’années, puisqu’ils ont remporté tous les titres mondiaux en WRC depuis 2004 (9 pour Loeb et 6 pour Ogier).

Michel Escatafal