Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes, ville des miracles et du beau rugby

Et si l’on parlait de rugby, même si ce n’est guère réjouissant en ce moment. C’est vrai, je ne suis pas comme les commentateurs de la télévision qui arrivent à se pâmer pour un bon coup de pied par-dessus ou pour une charge qui fait avancer de 10 mètres. J’avoue même que je ne reconnais plus le rugby français, faute de retrouver ce talent imaginatif que le monde entier lui enviait. Il est vrai que j’appartiens à une génération qui apprenait à jouer au rugby en ayant bien soin de travailler sur les fondamentaux du jeu, notamment à ne surtout pas manquer une passe en attaque, ou à ne pas se débarrasser du ballon pour le donner à l’adversaire. Si l’on donnait un coup de pied de déplacement, c’était pour faire avancer l’équipe et non pas pour essayer de repousser l’adversaire le plus loin possible. Bref, vous l’avez compris, je ne me retrouve guère dans le rugby tel qu’on le pratique aujourd’hui, notamment dans le Top 14, où on joue surtout pour ne pas perdre. Mais le problème est que l’on joue aussi pour ne pas perdre en Equipe de France…et que l’on perd très souvent. La France est, ne l’oublions pas, neuvième nation mondiale, mais combien de nations jouent au rugby dans le monde, même si officiellement il y a 102 pays comptabilisés dans le classement officiel de l’IRB ?

Quand je dis « jouent au rugby », cela signifie que ce sport est parmi les plus importants du pays, comme chez nous par exemple. La France est neuvième sur douze ou treize nations qui comptent réellement, ce qui n’a rien de glorieux. Et encore j’inclus dans ces nations l’Italie et l’Argentine…qui sont surtout de très grands pays de football. La preuve, qui connaît parmi les amateurs de rugby le nom d’un, deux ou trois clubs de ces pays ? J’ajoute aussi que, malgré tout le respect qu’on leur doit, qui peut considérer les Fidji ou Tonga comme des grandes nations, même si la semaine dernière les Fidji ont infligé au XV de France une des plus grandes désillusions de son histoire (défaite 14-21), ce qui permet à cette nation de passer au huitième rang mondial. Cela veut donc dire que la France a devant elle les trois grandes nations du Sud (Nlle-Zélande, Australie, Afrique du Sud) et les quatre nations britanniques. En fait, seule l’Argentine est derrière nous parmi les pays qui comptent dans ce sport, même si pour cette dernière c’est le cas seulement depuis le début des années 2000. Voilà le constat, le vrai, de notre place dans le monde : nous n’avons plus personne derrière nous comme « grande nation » historique, pas même l’Ecosse qui est le pays que notre XV a battu le plus souvent ces dernières années, mais qui, de nos jours, est supérieur à notre équipe nationale.

Tout cela m’amène évidemment à avoir des remarques désagréables sur les joueurs qui composent notre XV national à quelques exceptions près, à commencer par le très faible réservoir de joueurs français ayant le niveau international. Pour ce qui me concerne, le seul joueur français qui me fait réellement rêver aujourd’hui s’appelle Dupont, plus que Serin ou Teddy Thomas, qui aurait été un merveilleux ailier il y a 30 ou 40 ans. Les autres je préfère ne pas en parler, sauf quand je lis que le niveau très souvent affligeant de notre Equipe de France est dû aux absences de certains joueurs considérés comme « les patrons » de l’équipe, à commencer par l’inévitable Morgan Parra, que Brunel considère comme un élément indispensable. Quand on compare le niveau global de nos joueurs avec par exemple celui de l’Irlande, on ne peut qu’être effrayés, d’autant plus que je verrais bien les Irlandais remporter le titre au Japon l’an prochain. Même les All Blacks se sont cassés les dents sur cette équipe la semaine dernière, et ce n’était en aucun cas un coup de chance! Cela étant, quand on dispose de la meilleure charnière au monde et d’une aussi redoutable troisième ligne, auxquelles il faut ajouter d’excellents joueurs aux autres postes, sans oublier un excellent entraîneur néo-zélandais, Joe Schmidt, tous les espoirs sont permis . Entre parenthèse, pourquoi n’essaie-t-on pas nous aussi de mettre à la tête du XV de France un entraîneur étranger? Ah oui, le président de la FFR, B Laporte n’en veut pas!

Peut-être verrait-il tout de suite que des joueurs comme Maestri ou Parra sont de bons joueurs de club, mais en aucun cas un grand deuxième ligne ou un crack comme demi de mêlée. Parra, pour ne citer que lui, n’a jamais eu et n’aura jamais la dextérité et les jambes de feu des grands demis de mêlée d’antan, ni celles de Dupont, ni même de Serin ou Bézy. Pareil pour Lopez, notre ouvreur, qui est loin du niveau mondial. Et que dire de nos trois-quarts ou arrières, peu aidés il est vrai par les joutes hebdomadaires de notre Top 14. Quant à nos avants, ils n’ont même plus ce qui a permis à notre équipe de continuer à exister jusqu’au début des années 2010, à savoir une force en mêlée qui permettait de récupérer des pénalités à bon compte, lesquelles meublaient le score grâce notamment à Parra, dont la principale qualité est la sûreté dans les tirs au but. Problème, notre mêlée aujourd’hui n’étant plus dominatrice, nos canonniers, Parra ou Lopez et plus récemment Serin n’ont plus autant de possibilités de scorer. Oui, on le voit le mal est beaucoup plus profond qu’on ne pourrait l’imaginer. Et dire que certains pensaient à la Fédération qu’il fallait construire un grand stade, alors que l’on ne remplit plus le Stade de France ou les autres quand des tests-match sont délocalisés! Apparemment l’idée est abandonnée pour le plus grand bien des finances de la FFR.

Pour tout dire, où va le XV de France ? C’est une question qu’on se pose depuis la Coupe du Monde 2007, que l’on aurait dû gagner. Oui, même si l’équipe de France n’a été battu, injustement aux dires des observateurs neutres, que d’un point en finale de la Coupe du Monde 2011, après un parcours aussi miraculeux que triste jusque-là, la meilleure chance que nous ayons eu de remporter une Coupe du Monde fut certainement celle qui s’est déroulée en grande partie chez nous, d’autant que nos tricolores avaient éliminé à Cardiff, en quart de finale, la seule équipe qui semblait légèrement au-dessus de la nôtre. Hélas, comme souvent, notre équipe s’est faite battre par celle d’Angleterre alors que les portes de la finale semblaient grandes ouvertes. On ne va pas refaire l’histoire, mais on observera que le XV de France avait en 2007 remporté le Tournoi des Six Nations, comme l’année précédente, après avoir obtenu la deuxième place en 2005, battu seulement par le Pays de Galles qui avait réalisé le grand chelem. Tout cela pour dire que cette équipe, préparée par Bernard Laporte, avait un vécu et une permanence au plus haut niveau, en plus évidemment de disposer de quelques uns des meilleurs joueurs de la planète à leur poste (Marconnet, Ibanez, Pelous, Haridornoquy, Elissalde, Michalak, Clerc et Jauzion).

Or justement, ce qui manque aujourd’hui au XV de France, c’est d’abord cette absence de victoires contre les meilleures équipes, et le manque cruel de joueurs de niveau international. Combien de joueurs du XV de France auraient de nos jours leur place dans les meilleures équipes du monde ? J’ai peur de répondre, parce que je ne vois pas un seul joueur à citer, notre rugby ne sortant plus de cracks depuis quelques années, et quand il en apparaît un, il arrive que trop souvent il se blesse gravement, comme ce fut le cas pour Dupont l’an passé. Et s’il ne se blesse pas, le manque de confiance général fait qu’il joue la peur au ventre, sachant qu’une ou deux performances en demi-teinte va lui coûter sa place. Que n’avait-on pas dit sur Bézy quand il éclaboussait le Top 14 de sa classe, avant qu’il ne disparaisse de la circulation. C’était lui le successeur de Parra aux yeux de Novès, mais ce dernier savait bien qu’on ne lui pardonnerait rien, parce que Novès devait gagner obligatoirement sous peine d’être viré. Résultat Bézy a beaucoup souffert, mettant trois ans à retrouver son niveau, et Novès a été viré, remplacé par Brunel…qui ne fait pas mieux.

Certains nous disent, comment se fait-il que des joueurs brillent en Top 14, soi-disant le meilleur championnat de la planète, et ne rééditent pas les mêmes performances en équipe de France ? Là nous sommes dans du concret, et c’est pour cela que la première réponse qui vient à l’esprit est que nous n’avons pas d’équipe dans la continuité. A ce propos, comme je le suggérais précédemment, comment ceux qui jouent pourraient-ils briller, sachant qu’à leur première erreur ils vont se retrouver sur le banc des remplaçants ou non sélectionnés le match suivant. Pourquoi Parra, quand il n’est pas blessé, joue à peu près toujours à son niveau (très moyen) en équipe de France ? Parce qu’il est certain d’être sélectionné sauf blessure, et donc qu’il est un des très rares à ne pas jouer avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Malheur à son remplaçant s’il rate une passe ou une pénalité !

Tout cela signifie que nous allons partir à la Coupe du Monde avec une trentaine de joueurs qui n’auront que très peu joué ensemble, alors que les rivaux du XV de France (Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud, Angleterre, Irlande, Galles, Ecosse) joueront avec des éléments qui opèrent ensemble depuis plusieurs années. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y aura pas une ou deux révélations en 2019 dans ces pays, mais le socle sera là, contrairement au XV de France qui n’en a pas. Combien de joueurs ont été « consommés » depuis huit ans? Au moins de quoi former huit ou dix équipes, ce qui laisse imaginer le handicap que nous allons subir face aux meilleurs, qui à partir d’une ossature solide font rentrer de temps en temps un ou plusieurs joueurs, ce qui assure automatiquement une bonne relève en cas de blessures, au demeurant de plus en plus graves et de moins en moins rares en raison de l’évolution négative du jeu de rugby.

En évoquant les blessures, beaucoup se posent la question de savoir pourquoi le XV de France subit une hécatombe chaque fois qu’une sélection est faite en vue des matches internationaux. Pourquoi tant de blessures ? La faute au Top 14 ? Peut-être, car il faut reconnaître que les joueurs sont très sollicités dans notre championnat ô combien rugueux, où la qualification aux demi-finales apparaît vitale à tellement de clubs, sans parler de la descente en Pro D2. Bref, notre rugby national n’a pas les moyens de son ambition, et nous allons finir comme les Anglais en football, avec des équipes de club qui se battent à longueur d’année pour remporter le titre en Premier League, mais avec une équipe nationale qui ne gagne jamais rien. Cela n’empêchera pas nos dirigeants d’être contents, car les droits télés augmenteront. Et oui, on ne peut avoir en même temps le beurre et l’argent du beurre !

Alors que faire ? Ce n’est pas à nous à décider, ce travail revenant aux dirigeants du rugby français qui sont là pour prendre des décisions, et, tant qu’à faire, les bonnes. Il y a quand même suffisamment d’anciens grands joueurs et ou de techniciens autour de cette équipe de France pour arriver à faire quelque chose avec les joueurs sélectionnables qui peuplent le Top 14. L’ennui, et je le répète, c’est qu’on a l’impression que nos joueurs ne savent plus faire certaines choses qu’on faisait avec beaucoup de naturel il y a peu de temps. Un exemple : qui n’a pas été subjugué par les passes au pied d’un Jean-Baptiste Elissalde jusqu’en 2007 ? Combien d’essais le Stade Toulousain et le XV de France ont marqué de cette manière. Si j’ai cité J.B. Elissalde, j’aurais aussi pu citer Michalak et quelques autres qui ne me viennent pas à l’esprit. Autre chose : pourquoi les Britanniques sont-ils meilleurs que les Français pour récupérer le ballon après une chandelle ? Pourtant un Dulin, à l’image de Poitrenaud avant lui, est habituellement très fort dans cet exercice, mais plus rarement en Equipe de France…quand il est sélectionné. Enfin, et c’est sans doute le plus grave, comment se fait-il que le XV de France fasse tomber autant de ballons à chacune de ses attaques ?

A croire que nos joueurs en sélection ne savent plus manier un ballon, ce qui est faux évidemment…et ce n‘est pas la faute de Saint-André, Novès, Brunel ou leurs adjoints. Mais si ce n’est pas leur faute à ce propos, leur responsabilité est engagée dans la mesure où aucun d’entre eux n’a su trouver une formation type, où les sélectionnés joueraient libérés, ce qui explique le nombre considérable de joueurs utilisés entre chaque Coupe du Monde, même si ce nombre est augmenté en raison des indisponibilités. L’histoire est là pour nous rappeler que le XV de France n’a jamais été aussi faible que lorsque les sélectionneurs utilisaient un très grand nombre de joueurs, les faisant de surcroît jouer à un poste différent de celui où ils jouaient dans leur club, chose que les sélectionneurs d’aujourd’hui n’hésitent pas à faire.

Petit rappel historique : En 1957, les sélectionneurs firent n’importe quoi, modifiant à chaque match du Tournoi leur équipe, qui plus est en formant une troisième ligne (Barthe, Celaya, Baulon) contre l’Ecosse …avec des troisièmes lignes centre, et comme si ce n’était pas suffisant, on avait même osé mettre en pilier le troisième ligne centre du Stade Toulousain, Laziès. Résultat : une cuillerée de bois dans le Tournoi. Et pourtant à cette époque notre rugby était très riche en grands joueurs : la preuve, un an plus tard, la France battait les invincibles Springboks chez eux et s’imposait en 1959 dans le Tournoi des 5 nations seule, pour la première fois, avec la plupart des joueurs de 1957. Cette année marque aussi la dernière cuillère de bois du XV de France (4 défaites en quatre matches) dans le Tournoi. Cette cuillère, nous l’avons évitée en 2013, mais pas la dernière place puisque nous avons terminé le Tournoi des 6 Nations avec 3 défaites, un match nul et une victoire, en utilisant 35 joueurs.

Nous n’avons fait guère mieux en 2014, puisque notre XV a fini à la quatrième place, mais avec 3 victoires et deux défaites. En 2015, ce ne fut guère plus réjouissant avec une quatrième place grâce à deux victoires, puis une cinquième place (2 victoires) en 2016, année de l’arrivée de Novès à la tête du XV de France. En 2017, notre équipe s’est surtout signalé en réalisant lors du match contre les Gallois (20-18) le plus long match international de l’histoire (99mn et 55 s). Au moins nous détenons un record! Cette année là, nous étions troisième du Tournoi en gagnant trois matches sur cinq…ce qui n’a pas empêché Guy Novès (10 titres de champion de France et 4 titres de champion d’Europe avec le Stade Toulousain d’être viré…parce que Laporte, président de la FFR, prétendait que : « avec  Guy Novès, ça ne fonctionnait pas, c’est comme ça ». Voilà un bel argument! Est-ce que ça a mieux fonctionné en 2018 avec Brunel son remplaçant? Non, parce que notre XV a fini à la quatrième place avec 2 victoires au compteur. Voilà, comme dirait Laporte, « c’est comme ça ». On aurait presque envie de rire si ce n’était aussi triste!

Et cette année ? Déjà, avant que le Tournoi ne commence le bilan de notre série de tests de novembre n’est pas fameux, même si la victoire a été manquée de peu contre l’Afrique du Sud, mais surtout avec une défaite humiliante face aux Fidji, comme si on avait jeté tous nous feux face aux Sud Africains, loin de leur niveau habituel, et face à une faible Argentine que nos Français ont battu très difficilement. Oui, décidément ça ne s’arrange pas ! Je ne serais pas surpris si cette année nous étions éliminés avant les quarts de finale dans une poule comprenant l’Angleterre, l’Argentine, les Etats-Unis et Tonga, parce que l’Argentine disposera de ses meilleurs joueurs. Résultat, Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes en vue de cette Coupe du Monde, non pas pour voir du rugby comme à l’époque des Prat, Labazuy, Martine, Lacaze, Rancoule, Tarricq, Domec, Barthe ou Mantérola, mais pour espérer un miracle ! Un miracle auquel croit ou fait semblant de croire Laporte qui déclarait hier que « Nous serons compétitifs en 2019, j’en suis sûr ». L’espoir fait vivre…surtout si les naturalisés comme l’ailier Raka ou le deuxième ligne Willemse confirment, au niveau international, ce qu’ils font en Top 14 à des postes où on est en manque cruel de très grands joueurs.

Michel Escatafal

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Petite chronique d’une saison de Formule 1 finalement assez quelconque

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En écrivant cela j’ai bien conscience que cela ne va pas nécessairement plaire à tout le monde, mais c’est mon sentiment d’amateur de sport automobile. J e dis bien amateur de sport automobile, ce qui signifie que je ne suis en aucun cas un technicien, mais un fan qui se contente de regarder les images qui lui sont proposées, contrairement à nombre de forumeurs sur les sites spécialisés qui critiquent des gens comme Jacques Villeneuve pour ses commentaires. Ces pauvres gens oublient simplement que ledit Villeneuve a remporté en 1995 les 500 miles d’Indianapolis, puis le titre de champion du monde de Formule 1 en 1997, devant Michael Schumacher. Bref, il sait quand même de quoi il parle dans ses commentaires sur Canal+, beaucoup plus que les forumeurs qui ne connaissent souvent de la F1 que les consoles de jeux. Fermons donc cette parenthèse un peu longue, pour revenir au sport, au vrai, et parler de cette saison qui s’est achevée sur une nouvelle victoire de Lewis Hamilton à Abou Dhabi (sa onzième de la saison et sa soixante treizième en carrière F1) devant celui qui a été son principal rival cette année, Sebastian Vettel.

En disant que Vettel fut le principal adversaire d’Hamilton, je voudrais souligner que la véritable adversité du quintuple champion du monde fut en fait la Scuderia Ferrari, laquelle n’a pas su concrétiser sur la piste les réelles qualités de la machine conçue à Maranello. Et quand on dit Ferrari, cela signifie à la fois la direction opérationnelle et les pilotes, plus particulièrement le pilote numéro un, Vettel, d’autant que cette année on peut se poser la question de savoir si Raikkonen n’aurait pas mérité de l’être. En tout cas, il n’a quasiment pas fait d’erreurs, alors que son équipier les a accumulées entre avril et octobre (six au total!). C’est le problème d’avoir un pilote numéro un et un numéro deux, situation dont s’est accommodé Raikkonen pendant plusieurs années, pour la simple raison que celui qu’on appelle « Iceman » a besoin, pour aller très vite, d’avoir une voiture qui lui convient parfaitement, ce qui était en grande partie le cas cette année.

En précisant cela, je montre à quel point je suis objectif, puisque c’est mon pilote préféré. Au passage je me réjouis de le  voir continuer sa carrière deux ans de plus, chez Sauber, où il avait débuté brillamment sa carrière en 2001. En tout cas, il a toujours le niveau parce que depuis Monza et sa pole position, après avoir appris sa non-reconduction chez Ferrari, il a largement fait jeu égal avec Vettel, notamment en course, remportant même une victoire pleine de maîtrise à Austin. Comme si le fait de n’être plus au service de Vettel lui avait redonné les ailes sans lesquelles il est difficile de rivaliser avec les tous meilleurs. A ce propos, le contraste est frappant avec Bottas, lequel s’est littéralement effondré à partir de la mi-saison, après avoir été frustré pour avoir manqué la victoire en Chine à cause de la voiture de sécurité et, plus encore, d’avoir obéi aux consignes pour laisser Hamilton gagner à Sotchi. Dur, vraiment d’être numéro deux!

Mais au fait, pourquoi et comment on devient numéro deux? Réponse, parce qu’il y a un pilote qui s’impose à l’autre. C’est aussi simple que cela, ce qu’il faut toutefois relativiser parce que dans le sport en général, et le sport automobile en particulier, il y a des éléments qui font que tel pilote qui paraît irrésistible à un moment ne l’est plus dans d’autres conditions. Je faisais référence à Raikkonen précédemment à propos de sa vélocité qui dépend en grande partie de la manière dont sa voiture se comporte, notamment sa sensibilité par rapport à l’avant de sa machine. Comme le racontait son ingénieur chez Mac Laren et chez Ferrari en 2014, Pat Fry, « pour tirer le meilleur de Kimi, vous devez avoir la voiture pour le faire ». C’est ce qui fit la différence entre Alonso et lui chez Ferrari en 2014, l’Espagnol ayant mieux su tirer la quintessence de la Ferrari F14T. En clair Alonso s’adapte mieux à une voiture, même mal-née, que Raikkonen. Ce sera aussi le cas pour Vettel…jusqu’à cette année.

Mais Vettel lui-même fut largement dominé en 2014 (débuts du moteur hybride turbocompressé équipé d’un moteur électrique) par Ricciardo chez Red Bull, lequel termina troisième du championnat derrière Hamilton et Rosberg, année qui marqua le début de la domination de Mercedes (tous les titres mondiaux remportés depuis cette date avec quatre sacres pour Hamilton et un pour Rosberg). Est-on sûr pour cela que Ricciardo soit meilleur que Vettel, un raccourci vite fait par nombre d’observateurs et par tous les forumers? Peut-être pas. D’ailleurs Ricciardo lui-même a été globalement dominé par Max Verstappen quand les deux hommes se sont affrontés chez Red Bull, sans oublier que Vergne l’a battu en 2012 chez Toro Rosso. Alors me direz-vous, le meilleur c’est Hamilton avec ses cinq titres mondiaux, comme Fangio, avec des records personnels qui approchent de près ceux stratosphériques de Schumacher, au point de le voir les dépasser d’ici deux ou trois ans? Pas forcément, parce que Button, qui lui-même fut battu par plusieurs équipiers (Fisichella, Trulli), le battit nettement en 2011 (270 points contre 227, avec un seul abandon de différence durant la saison). L’année suivante, les deux hommes firent jeu égal (190 points pour Hamilton et 188 pour Button). Cela dit, qui oserait affirmer aujourd’hui qu’Hamilton n’est pas meilleur que ne l’a été Button? Personne, et pourtant…

Voilà quelques considérations que je voudrais tirer à titre personnel de cette saison de F1, en soulignant que l’histoire est là pour rappeler qu’il est très difficile de décider qui est le meilleur en valeur absolue de nos jours et plus encore depuis les débuts du championnat du monde en 1950. Néanmoins, on écrira que depuis cette date seuls trois pilotes ont toujours dominé leurs coéquipiers, y compris les plus prestigieux : Fangio dans les années 50, Clark dans les années 60 et Senna à la fin des années 80 et au début des années 90. Les plus jeunes diront que c’était il y a longtemps, les plus anciens que ce n’était pas le même sport que de nos jours, ce qui est vrai, mais comme je l’ai toujours dit, les statistiques ne suffisent pas pour désigner un tel ou un autre comme le meilleur, parce que chaque époque à son ou ses superchampions. Pour terminer je dirais à ce propos, que les rallyes ont eux aussi leurs superchampions et, pour une fois, deux Français sont au-dessus des autres depuis une quinzaine d’années, puisqu’ils ont remporté tous les titres mondiaux en WRC depuis 2004 (9 pour Loeb et 6 pour Ogier).

Michel Escatafal


Simon Yates : vainqueur mérité de la Vuelta 2018

Cyclisme. Tour d’Espagne : Simon Yates triomphe, Thibaut Pinot étincelant… ce qu’il faut retenir de la Vuelta

Bonjour à tous
Après un long repos nécéssaire pour de gros problèmes à mes yeux, je peux enfin de nouveau écrire sur mes blogs, et c’est ce que je recommence à faire aujourd’hui. En effet depuis mon dernier article beaucoup de choses se sont passées, à commencer par la victoire de l’équipe de France à la Coupe du Monde de football, sur laquelle, je ne reviendrai pas, sauf pour noter que désormais la France peut être considérée comme une grande nation du football (2 Coupes du Monde, 2 championnats d’Europe des Nations, un titre olympique), au moment où le rugby, premier sport auquel j’ai appris à jouer, poursuit sa longue descente aux enfers, surtout au niveau international, notamment en comparaison avec ce qu’on voit dans des matches comme celui ayant opposé les All Blacks aux Springboks la semaine dernière. Et je ne parle pas de notre horrible Top 14, véritable championnat d’autos tamponneuses, où opèrent des vieilles gloires de l’hémisphère Sud dont on ne veut plus en sélection, et des joueurs français qui n’ont pas le niveau international, à deux ou trois exceptions près…quand ils ne sont pas gravement blessés. Triste Top 14! En revanche, chez les treizistes, beaucoup plus agréable à regarder que les quinzistes, si notre sélection nationale reste largement en dessous de l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Grande Bretagne, nous avons à présent un club français au meilleur niveau international, grâce aux Dragons Catalans, vainqueurs de la Coupe d’Angleterre de Rugby à XIII, ce qui est historique, d’autant que les Dragons ont quand même battu Saint Helens et Warrington, les deux leaders de la super League anglaise. Et en plus, on a pu voir cet exploit à la télé grâce à beIN Sport ! Enfin pour terminer ce long préambule, je veux rajouter deux exploits en athlétisme dont on a peu parler, à savoir Mahiédine Mekhissi qui a rajouté un cinquième titre de champion d’Europe à son magnifique palmarès, en réalité un sixième puisqu’on lui en a volé un pour avoir retiré son maillot avant l’arrivée du 3000m steeple en 2014, et le record du monde du décathlon de notre champion du monde Kevin Mayer, une première pour un Français, avec le fabuleux total de 9126 points.

Voilà pour les principaux sports que j’apprécie, et place maintenant au vélo, avec la confirmation cette année que les meilleurs dans ce sport, que ce soit sur la piste et plus encore sur la route, ce sont les Britanniques. Ils ont en effet réussi un exploit incroyable à savoir gagner cette année les trois grands tours, ce qui n’avait jamais été réalisé par le passé par les grandes nations traditionnelles du vélo, à savoir la Belgique, l’Italie, la France, les Pays-Bas, la Suisse ou l’Espagne. Certes on pourra toujours relativiser en disant que jusqu’au début des années 60, les cracks Italiens par exemple ne participaient pas à la Vuelta, sans quoi on peut supposer que le tandem Coppi-Bartali aurait permis à l’Italie de s’imposer sur la Vuelta comme ils le faisaient sur le Giro et le Tour. N’empêche, pour un pays qui n’a aucune tradition cycliste, sauf sur la piste mais loin toutefois des grandes nations traditionnelles , être devenu en moins de dix ans la nation numéro un du vélo, relève de la part de la Grande Bretagne d’un exploit extraordinaire. Bravo donc à Froome, vainqueur du Giro malgré toutes les polémiques qui ont entouré cette victoire, qu’on aurait dû lui enlever si on avait été aussi sévère qu’avec Contador par exemple pour son affaire du Tour 2010, à Gerraint Thomas, gagnant du Tour, et Simon Yates lauréat de la Vuelta, qui a la particularité de ne pas appartenir à la Sky, l’équipe la plus surpuissante sans doute de l’histoire du cyclisme sur route.

De ces trois coureurs, je vous dirais que Simon Yates est celui que je préfère, parce que contrairement à des Wiggins, Froome ou Thomas, il ne sort pas de nulle part sur la route et a connu une progression linéaire qui ne suscite pas les mêmes interrogations que ses trois autres compatriotes. Pour mémoire, il a fini dans les cinq ou six premiers en 2015 (23 ans) d’épreuves comme le Tour du Pays Basque, le Dauphiné ou le Tour de Romandie, mais aussi sixième de la Vuelta 2016, sans oublier en 2017 sa victoire dans le G.P. Miguel Indurain et plus encore une septième place dans le Tour de France et le maillot de meilleur jeune. Bref, comme beaucoup de grands champions, il a brillé chez les jeunes, y compris sur la piste où il a décroché un titre mondial dans la course aux points en 2013, avant d’arriver au plus haut niveau à l’âge de 26 ans. En outre il n’a pas eu besoin de maigrir de 8 ou 10 kg pour grimper les cols, dans la mesure où il les a toujours affrontés avec succès, comme en témoignent ses victoires en montagne (Morzine et Châtel) lors du Tour de l’Avenir 2013, après avoir fini à la douzième place du Tour du Pays Basque, à ses débuts en professionnels. En somme un coureur de grand talent qui s’est révélé très jeune et n’a cessé de progresser depuis ses débuts sur la route chez les pros. Certains feront remarquer son contrôle positif à l’issue d’un Paris-Nice (2016) qu’il venait de terminer à la septième place, ce qui lui avait valu une suspension de quatre mois…pour « dopage non intentionnel », avec un produit (terbutaline) dont l’ordonnance (AUT) n’a pas été présentée par le médecin de l’équipe. Apparemment cela n’avait pas l’air très grave!

Maintenant la question est : jusqu’où ira-t-il? Sans doute assez loin, voire très loin, car n’oublions pas qu’il aurait dû gagner le Giro 2018 qu’il avait dominé et archi-dominé jusqu’à la 19è étape, où il subit une terrible défaillance, sans doute éprouvé par les efforts faits précédemment sans trop de discernement. D’un côté une telle défaillance (38 mn de perdues) paraît rassurante, car cela prouve qu’il est « humain », mais elle démontre que s’il grimpe remarquablement bien, s’il roule très convenablement, il lui faut acquérir la maîtrise de la course, comme il a commencé à le faire sur la Vuelta, et il faut aussi qu’il ait une équipe plus solide. ce qu’a compris semble-t-il son employeur en engageant le grand espoir italien Edoardo Affini. Toutefois le seul coureur de classe susceptible de l’accompagner loin dans les étapes les plus dures reste son frère jumeau Adam, ce qui est insuffisant face à la Sky.

Cela étant, il a encore une marge de progression vu son âge, et il sera de plus en plus redoutable dans les courses à étapes d’une semaine, mais aussi dans les grands tours et même quelques classiques comme la Flèche Wallone ou Liège-Bastogne-Liège. Quelque chose me dit que c’est peut-être lui le futur patron du peloton, avec des caractéristiques qui me font penser à Pedro Delgado dans les années 80-90, mais un peu plus fort partout. En tout cas, ce dernier remporta son premier grand succès avec la Vuelta 1985, avant de s’imposer dans le Tour de France 1988, puis une nouvelle fois dans la Vuelta 1989. A cela s’joutent quelques succès de moindre importance comme le Grand prix de Navarre en 1988 et 1990, le Tour de Burgos en 1991 et la Semaine catalane en 1993. C’est un palmarès enviable, mais je suis certain que Simon Yates est taillé pour faire beaucoup mieux. Je pense même que le grand duel des années à venir l’opposera à Tom Dumoulin, de deux ans ans son aîné, meilleur rouleur que Simon Yates (champion du monde en titre contre-la-montre), mais moins fort en montagne bien que vainqueur du Giro l’an passé et cette année deuxième du Giro et du Tour, ce qui prouve par parenthèse que le doublé Giro-Tour est toujours possible, ce dont je n’ai jamais douté personnellement, même si le dernier date de 1998 avec Pantani.

Michel Escatafal


Un mois de janvier très maussade pour qui aime le rugby

Cette fois le XV de France, c’est sûr, va gagner le Tournoi des 6 Nations, sorte de mini championnat d’Europe pour le rugby. Mini parce qu’il concerne non pas six nations mais quatre en réalité, à savoir la Grande-Bretagne, l’Irlande, la France et l’Italie. Et pourtant dans ces pays le rugby est considéré comme le deuxième sport collectif, après le football, avec une forte propension à ressembler à ce dernier, avec toujours plus de compétitions destinées à alimenter les caisses des fédérations et des clubs, les tournées d’automne et d’été étant désormais immuables dans un calendrier beaucoup trop surchargé, notamment en Europe, avec les dégâts sur la santé des joueurs que j’ai déjà évoqués sur ce site. Je n’y reviens pas, même si on a eu très peur il y a deux semaines avec le terrible K.O. subi par le jeune Ezeala, suite à une charge dévastatrice (régulière) du racingman Vakatawa. Quand va-t-on comprendre que le rugby, tel que nous l’avons pratiqué dès notre plus jeune âge, est devenu depuis l’avènement du professionnalisme, un sport où seules la force et la puissance prédominent, au point de se demander si l’on ne va pas faire comme les Américains avec leur rugby-football, à savoir jouer avec des casques?

Où sont nos M. Prat, Martine, les Boniface, Maso, Trillo, Sangalli, Codorniou ou encore Blanco, Charvet et Sella, pour ne citer qu’eux en France, qui misaient essentiellement sur la technique et la vitesse pour déposer le ballon derrière la ligne des poteaux adverses? Et pour enfoncer le clou, je dirais que c’était beau, que c’était même magnifique de voir des joueurs de cet acabit à la manoeuvre, alors qu’aujourd’hui le rugby à XV est devenu une sorte de mauvais rugby à XIII, où un joueur de plus de 90-100 kg arrive lancé à fond, percutant avec toute sa force le défenseur en face de lui pour lui faire mal et le laisser passer la ligne d’avantage. Pire encore, on en arrive à trouver (presque) génial dans notre pays un numéro 9 comme Parra, qui donne l’impression de courir le 100m en 14s, alors que Serin que le nouveau sélectionneur, Brunel, s’est empressé d’éjecter du XV de France avant de le rappeler précipitamment suite au forfait de ce même Parra, est déjà presque considéré comme has been. Certes ce n’est pas nouveau dans notre rugby de préférer des joueurs ordinaires à des joueurs doués d’un grand talent, sinon Maso ou les Boniface, sans oublier Nadal (0 sélection) leur fils spirituel, mais aussi Max Barrau, Gallion auraient 60 ou 70 sélections…comme Parra.

Est-ce que les changements opérés par Brunel seront suffisants pour gagner le Tournoi des 6 Nations et plus tard la Coupe du Monde? Poser la question c’est y répondre. Comment le XV de France pourrait battre l’Angleterre par exemple, alors que les Anglais ont eu tout le temps pour former une équipe en passe de rivaliser avec les All Blacks, après avoir connu une désastreuse Coupe du Monde 2015? La reconstruction a pris un peu de temps, mais le résultat est là : l’Angleterre est redevenue la meilleur équipe européenne en attendant d’être peut-être la meilleure tout court lors de la prochaine Coupe du Monde (2019). Un temps que n’a pas eu Novès à qui on n’a fait aucun cadeau, d’autant que tout est à reconstruire au niveau de l’équipe de France. Novès a essayé de parier sur l’avenir, notamment 2023 avec des joueurs jeunes et talentueux à l’image de son choix comme demi de mêlée avec Serin et Dupont. Problème, la formation dans notre rugby n’est plus ce qu’elle était et avant de pouvoir exploiter tout le potentiel de ces joueurs, à plus forte raison quand ils ont 20 ans comme Belleau, il faut du temps, et il faut avoir une vraie politique pour le XV de France, à commencer par faire du Top 14, un Top 10, ce qui empêcherait les clubs de recruter à bas coût des joueurs de tous les continents, ou trop âgés pour continuer en sélection dans les grandes équipes de l’hémisphère Sud.

Et qu’on ne vienne pas me dire qu’en écrivant cela je ne veux plus qu’on recrute des étrangers, parce que c’est faux. Je veux bien qu’on ait recruté Wilkinson ou Ali Williams, et plus tard Carter ou Ma,a Nonu, mais pas des joueurs qui vont systématiquement prendre la place de nos meilleurs espoirs, et donc les empêcher de s’épanouir. J’observe d’ailleurs que c’est surtout le cas des avants ou des trois-quarts, là où notre manque de talents est le plus criant. Curieusement il y a des postes où l’arrivée massive de joueurs de l’hémisphère sud a été beaucoup plus mesurée, notamment celui d’arrière ou de demi de mêlée, talonneur aussi, et comme par hasard ce sont des postes où des jeunes joueurs sont en train d’éclore, alors qu’en trois-quart, en troisième ligne, en seconde ligne et chez les piliers c’est un peu le désert, parce que si un jeune est bon à ces postes, les clubs du Top 14 ne prennent pas le temps de les laisser faire leurs armes, ce qui fait qu’ils vont aller aux oubliettes de notre rugby d’élite.

Bien sûr, en écrivant cela je ne fais que retranscrire ce que tous les amoureux du rugby, tel qu’on l’aimait autrefois, peuvent penser, mais comme les jeunes générations ne s’intéressent qu’à ce qui s’est passé dans les toutes dernières années, ceux-ci en arrivent à trouver géniaux des joueurs très ordinaires et à prendre pour des vieux aigris, ceux qui considéraient que les frères Boniface étaient de merveilleux ambassadeurs d’un jeu qui a perdu toute notion de beauté. C’est cela qui différencie le rugby du football, en plus des multiples changements de règles qui font que plus personne en dehors des professionnels ou des pratiquants ne s’y retrouve (j’exagère à peine!). Les règles sont devenues tellement compliquées qu’un match dure aujourd’hui plus longtemps qu’un match de football, avec la vidéo qui devient de plus en plus omniprésente…au point que le football va l’adopter, malgré les nombreux déboires que l’on commence à y trouver là où elle a déjà été mise en place. Qu’on se rappelle ce que disait le grand Lucien Mias : « l’arbitre fait partie du jeu au même titre que le vent ou les poteaux ». A méditer pour tous ceux, au football comme au rugby, et notamment les dirigeants des clubs, qui ne cessent de contester les décisions arbitrales, au point de « faire péter les plombs » à nos arbitres qui rentrent sur le terrain avec un stress épouvantable…ce qui engendre inévitablement de grossières erreurs.

Voilà j’arrête là mes reflexions désabusés sur un sport qui est le premier que j’ai pratiqué, à une époque où on avait le goût de l’histoire et ou on aimait les artistes, quelle que soit leur nationalité, même si on préférait les Français. Que c’était beau de voir les Boniface à l’oeuvre, que c’était beau de voir nos rugbymen avec comme capitaine Rives et à la baguette la paire de demis Gallion- Caussade, rendre fous les All Blacks le 14 juillet 1979, sans parler de ce fameux match Ausralie-France à la Coupe du Monde 1987, où les Français se sont qualifiés pour la finale grâce à un essai somptueux inscrit par Blanco et transformé par Didier Camberabero dans les derniers instants du match, à l’issue d’une action qui avait commencé dans nos 22 mètres et qui avait vu la quasi totalité des joueurs toucher le ballon. Oui, que tout cela était beau à ces époques ou foncer dans le tas était prescrit et où pour être qualifié de génie il fallait avoir des jambes de feu, de la technique et de la vista. Au fait, s’ils étaient nés à ces époques plus ou moins lointaines, combien de joueurs de l’actuel XV de France auraient eu leur place dans ces équipes? Réponse : sans doute aucun, même si Dupont ou Serin ou encore Belleau ont une marge de progression importante, mais leur laissera-ton le temps de s’épanouir? Hélas, j’en doute.

*Bonne année à tous mes lecteurs, en espérant beaucoup de succès au sport français, en espérant aussi que la saison de vélo ne soit pas polluée par les affaires (où en est-on pour Froome?) et donc qu’on ne change pas trop souvent les palmarès, ce qui est aussi le cas pour l’athlétisme, en espérant, en espérant, en espérant…

Michel Escatafal


Un nouveau coup terrible porté au vélo!

Cette fois nombre d’amateurs de vélo…sur le canapé, devant un sandwich au saucisson et du gros rouge qui tâche dans le verre, sont ou vont être heureux : Froome vient enfin de subir un contrôle dit anormal, parce qu’il y avait dans ses urines, un jour de la dernière Vuelta (qu’il a remportée), une concentration excessive de Salbutamol. Ce médicament sert à quoi? A traiter l’asthme, maladie bien connue dans le peloton, en précisant qu’il ne faut voir dans cette remarque aucune perfidie. Si j’ajoute cela, c’est pour éviter qu’on me reproche de taper sur Froome avant de connaître tous les tenants et aboutissants de cette affaire, contrairement à Tony Martin, le champion du monde contre-la-montre, qui estime, « que Christopher Froome bénéficie d’un traitement de faveur » en raison de l’annonce tardive de ce contrôle anormal, ce qui peut se discuter dans la mesure où ce médicament est autorisé sous certaines conditions. Au passage je ferais toutefois une parenthèse désagréable pour Madame Froome, qui, peu après l’affaire Contador, incriminé pour des traces de clembutérol non décelables dans la quasi totalité des laboratoires européens,s’était écriée après la victoire du Pistolero au Tour du Pays Basque 2014 :  » Un ancien dopé peut gagner le Tour cette année ». Bien qu’elle ait nié avoir pensé à Contador, personne n’a semblé dupe sur le sens de sa remarque, d’autant que cette année-là Contador s’était régulièrement montré plus fort que Froome, y compris sur la Vuelta où les deux hommes se sont retrouvés à armes égales après avoir subi l’un et l’autre une chute au début du Tour de France, chute qui avait provoqué leur abandon, mais qui n’avait en rien compromis leur fin de saison.

Fermons la parenthèse sur Madame Froome qui doit aujourd’hui percevoir toutes les vilénies qui s’attachent à un grand champion…quand celui-ci est confronté à un problème du genre de celui auquel fait face son mari. Ce dernier va devoir se justifier pour avoir dépassé de 1000 nanogrammes par millilitre, le taux autorisé par l’AMA (Agence mondiale antidopage), après avoir bénéficié à plusieurs reprises d’une autorisation thérapeutique pour ce médicament. Il va devoir se justifier d’autant plus qu’il est impossible, si l’UCI et l’AMA veulent faire un exemple, d’éviter une lourde sanction. Là aussi, il y a la jurisprudence Contador, puisque ce dernier a été suspendu deux ans, et s’est vu retirer tous ses succès (dont le Tour 2010 et le Giro 2011)…alors qu’il avait été absous par sa fédération, et que le président de l’UCI de l’époque, Pat Mac Quaid, avait reconnu plus tard qu’on était sans doute allé un peu trop loin avec le champion espagnol, tellement les traces étaient réellement infimes. Tout cela pour dire que le mari de Michelle Cound-Froome n’est pas sorti de l’auberge…à moins que l’on considère que la faute soit réellement vénielle, comme l’avait suggéré a posteriori Mac Quaid à propos de Contador, lequel, on le notera au passage, n’est pas sorti indemne de cette affaire de clembutérol, puisqu’il n’a jamais retrouvé le niveau qui était le sien avant le Tour 2010, sauf au moment du Giro 2011 où il avait écrabouillé la concurrence, transcendé sans doute par ce qu’il considérait comme une injustice, et peut-être en 2014.

Pourquoi j’écris cela? Tout simplement parce que Froome a aujourd’hui 32 ans et donc 33 l’an prochain, ce qui signifie qu’il est nécessairement sur le deuxième versant de sa carrière, un âge bien supérieur à celui de Contador en 2010 (28 ans). Et même s’il arrivait à se sortir de cette affaire, il en restera des traces aux yeux de beaucoup de monde. Déjà que nombre de personnes sur le bord des routes le traitaient de « dopé », alors on imagine ce que ce sera sur les routes du Giro et du Tour, puisqu’il veut ou voulait tenter de réussir le doublé l’an prochain. S’il le rate, les gens diront qu’il était vraiment dopé avant puisqu’il n’a pas réussi à le faire en faisant attention de ne pas se faire prendre. Mais s’il le réussit, les mêmes diront que c’est normal puisqu’il est dopé et qu’il ne risque rien parce qu’il est protégé. Et oui, il est interdit de se faire prendre non seulement si on est réellement dopé, mais il est aussi interdit de prendre quoi que ce soit…si on est un champion du cyclisme, à plus forte raison si on est numéro un mondial.

Si je parle du cyclisme et des cyclistes de cette manière, c’est parce que le vélo est un sport très médiatisé, qui a le premier instauré des contrôles urinaires puis sanguins, et qui, par conséquent, a attrapé un grand nombre de coureurs. Le problème est que les contrôles ne peuvent pas tout contrôler, et il arrive même qu’en voulant tellement tout contrôler on est dépassé par ce qu’on trouve. Résultat, les palmarès bougent sans cesse au point de ne plus pouvoir s’y fier. On s’y fie d’autant moins qu’avec ces lignes effacées, on classe second des gens qui ont eu maille à partir avec le dopage…beaucoup plus que ceux qu’on a déclassés, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. On veut laver plus blanc, ou on essaie de le faire, et malheureusement on peut créer des injustices criantes, ne serait-ce qu’en jetant l’opprobre sur des sportifs qui se sont comportés aussi bien que d’autres qu’on qualifiait de « clean », parce qu’ils n’ont jamais été contrôlés positifs. Ceux-là vont garder leur résultat, alors que d’autres qui ont avoué leur dopage a posteriori seront déclassés, même sans contrôle positif, ce qui est le cas d’Armstrong. Désolé, j’ai l’impression de me répéter sur le sujet du dopage, mais c’est le passionné de vélo qui parle, et qui fait la comparaison avec d’autres sports où les résultats sont entérinés à jamais.

Tout le monde sait bien que l’essence de la Brabham à moteur BMW de Nelson Piquet, en 1983, n’était pas conforme, mais comme Renault ne voulait pas gagner sur tapis vert, et bien on a laissé le titre mondial de Formule 1 à Piquet au détriment de Prost…qui avait décidé de signer chez Mac Laren. A cet exemple on pourrait ajouter le dopage des joueurs allemands lors de la Coupe du Monde de football en 1954, privant ainsi la grande équipe de Hongrie (Puskas, Kocsis, Csibor, Boszik, Lorant, Grosics etc.) d’une victoire mille fois méritée pour l’ensemble de son oeuvre. Mais que dire de Bjarne Riis qui a avoué en 2007 s’être dopé, lors de son succès au Tour de France 1996…et qui a été maintenu au palmarès du Tour de France. Et que dire de Jacques Anquetil et de tant d’autres à son époque ou avant et qui n’ont jamais été inquiétés alors qu’ils parlaient librement de ce qu’ils prenaient. Résultat, plus personne ne se préoccupe du palmarès des grandes épreuves, que j’ai supprimé de mon blog, parce que tout cela ne veut plus rien dire. D’ailleurs, qui se soucie des déclassements aux J.O. de 2008 ou 2012? Personne, parce que tout le monde s’en moque, sachant que celui qui a avancé d’un cran au palmarès était peut-être lui aussi dopé à un produit qu’on ne sait pas encore déceler. Et le dopage mécanique? Certains affirment que cela existe, mais comme on ne l’a pas prouvé sur le coup, si dopage de ce type il y a eu, celui-là a la quasi certitude qu’on ne lui enlèvera pas son titre cinq, dix ou quinze ans après.

Alors, que faire? Et bien si l’on aime le sport, il faut regarder et profiter des instants magiques qu’il nous offre, et cela m’oblige à ajouter qu’il ne faut surtout pas faire de comparaisons entre les époques et ne pas se fier au palmarès, notamment dans le cas du vélo ou encore de l’athlétisme. Déjà parce que les vélos de 1924, de 1954, de 1974 ou de 2017 n’ont rien à voir, tout comme les pistes d’athlétisme où l’on est passé de l’herbe à la cendrée puis au synthétiques. Mais que dire de l’évolution des voitures depuis le début du championnat du monde de Formule 1 (1950). Qui pourrait jurer qu’Hamilton aurait battu Fangio ou Ascari, ou Clark ou Senna ou Prost ou Schumacher? Personne, d’autant que les qualités exigées pour un pilote en 2017 ne sont pas les mêmes qu’en 1950 ou 1960. Donc si l’on aime le sport, soyons heureux d’avoir vécu les exploits passés et du bonheur que nous procure ceux du temps présent, et prions pour que cela continue longtemps encore. Donc cessons de nous torturer les méninges pour savoir qui était le meilleur en athlétisme sur 1500m d’Herbert Elliot, de Jim Ryun ou d’El Guerrouj ou sur 100m de Paddock, Owens, Bob Hayes, Carl Lewis, Maurice Greene ou Bolt, sans parler du tennis où les monstres sacrés se ramassent à la pelle avec Lacoste, Tilden, Gonzales, Sedgman, Hoad, Rosewall, Laver, Mac Enroe, Borg, Connors, Sampras, Nadal et Federer, comme c’est aussi le cas chez les fémmes avec Suzanne Lenglen, Maureen Connoly, Margaret Court, Billie-Jean King, Martina Navratilova, Chris Evert, Monica Seles, Steffi Graf ou Serena Williams. Oui, je le répète, contentons-nous d’espérer que nous ayons à nous enthousiasmer pour leurs successeurs et c’est valable pour tous les sports. Ah, au fait qui sera le champion des champions 2017? Sans cette affaire j’aurais volontiers dit Froome pour son extraordinaire doublé Tour-Vuelta (trop extraordinaire diront certains), du coup il faut que je réfléchisse et je dirais Nadal. En tout cas, pour les Français ce sera Riner et Sébastien Ogier.

Bonne fêtes à tous et à l’année prochaine.

Michel Escatafal


Ils pourraient faire de « vilains vieux »!

Les plus de quarante ans, et au delà, se souviennent évidemment du rugby tel qu’on le pratiquait à une époque où il était encore profondément amateur, même si certains bénéficiaient de quelques avantages en nature ou autres rémunérations diverses. Il est donc normal que ce sport, devenu professionnel depuis une vingtaine d’années, ait beaucoup évolué à tous points de vue. Tout a changé d’ailleurs dans le rugby, y compris les règles, au point de donner au rugby une ressemblance frappante avec le Jeu à XIII, comme on disait autrefois. En disant cela j’exagère à peine, car il y quand même les touches et les mêlées ordonnées (qui ont du mal à l’être) dans le rugby actuel, et il y a n’y pas le tenu comme chez le cousin treiziste.

Toutefois ce n’est pas cela qui me gêne dans l’évolution de ce sport, d’autant que j’aime aussi beaucoup le rugby à XIII, sport qui, par parenthèse, mériterait une exposition médiatique et télévisuelle beaucoup plus importante que celle qu’il a aujourd’hui, bien qu’elle soit supérieure à ce qu’elle fut grâce à beIN SPORTS. Ce n’est pas non plus le fait que le professionnalisme ait impliqué la création d’un vrai championnat en Angleterre (12 clubs)ou en France avec 14 clubs formant l’élite, ce qui entraîne évidemment de grosses différences de moyens entre les clubs des villes et ceux des champs, ceci sans connotation péjorative, d’autant que la meilleure équipe actuelle dans notre pays est le Stade Rochelais, beaucoup plus fort que le Racing, par exemple, aux moyens très supérieurs et qui va jouer dans un fabuleux écrin avec son U Arena. En outre, j’ai été trop longtemps un admirateur du grand F.C. de Lourdes, celui des frères Prat, Martine, Rancoule, Barthe, Domec, Lacaze (que je connais surtout à travers l’histoire) et quelques années après de Crauste, Gachassin, Campaes, Arnaudet, Mir, Dunet et Hauser, pour ne pas aimer les clubs des petites villes.

Non ce qui me dérange dans l’évolution du rugby c’est plutôt que l’on veuille en faire un copier-coller du football, avec tout ce que cela comporte de négatif. Passe encore qu’il faille gagner, toujours gagner, pour vivre ou survivre. Après tout c’est la loi du sport, y compris amateur. Seuls ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur un terrain de sport peuvent dire que la défaite importe peu. Je n’ai d’ailleurs jamais cru à la devise du baron Pierre de Courbetin : « L’essentiel c’est de participer ». Cependant c’est une chose de vouloir gagner, et c’en est une autre de vouloir gagner à tout prix. J’aime trop le rugby pour le voir arriver à des extrémités…qui mettent en danger la santé des joueurs.

Il faut donc, plus que jamais, être vigilant sur l’intégrité physique des joueurs. Quelle est la différence entre un joueur de rugby type années 60 ou 70 et type années 2010 ? Il est plus grand, il saute plus haut, il est plus fort et…il est beaucoup plus souvent blessé. Le corps du joueur de la décennie 60 ou 70 supportait parfaitement les charges d’entraînement parce qu’il s’entraînait peu, et ceux qui s’entraînaient davantage le faisaient à travers les travaux des champs. Qui ne se rappelle d’un pilier comme Alfred Roques, véritable force de la nature, force brute et pure à l’époque, qui s’était développée dans les travaux de sa ferme, ce qui n’avait rien à voir avec la préparation des professionnels du Top 14 ou de la Pro D2.

En parlant d’Alfred Roques (plus de 30 fois international à la fin des années 50 et au début des années 60), je pense aussi à ce que l’on disait de Bernard Momméjat, son copain deuxième ligne de Cahors et du Quinze de France, à savoir que c’était un géant parce qu’il mesurait…1,92 m. Aujourd’hui des géants comme Momméjat, et des joueurs avec les mensurations d’Alfred Roques (1.78m et 98 kg), il y en a partout…dans les lignes de trois-quarts. Et bien entendu, quand à longueur de matches et d’entraînements on prend sans arrêt des coups venant de tels « monstres », cela devient difficile de résister, surtout si la saison dure 10 ou 11 mois. Cela devient même démentiel, surtout pour les meilleurs qui sont naturellement beaucoup plus sollicités que les autres, moins doués. Mais ceux-là aussi se blessent parce que leur régime est presque le même, avec les oppositions à l’entraînement et aussi, parce que les meilleurs étant souvent blessés ou pris par les sélections nationales, ils jouent presque autant.

Alors que fait-on pour résister et tenir ces cadences infernales ? On s’entraîne, on se muscle et bien entendu on fait davantage attention à son hygiène de vie. Mais toutes ces séances de musculation, comme je le disais précédemment, si elles donnent aux joueurs des corps d’athlète au point d’en faire des icônes de calendriers en tenue d’Adam, procurent une puissance incompatible avec la morphologie d’origine du joueur. Un rugbyman qui mesure 1,75 ou 1,80 m n’est pas nécessairement fait pour peser 90 ou 100 kg. Parfois il n’atteindra ces mensurations qu’au prix de séances de musculation intenses et répétées plusieurs fois par semaine. Et que se passera-t-il un jour ? Et bien les tendons ou les ligaments casseront parce que les charges qui leur sont infligées sont trop élevées. Trop élevées aussi parce que ces charges ne font finalement pas courir beaucoup plus vite les joueurs…qui ne courent pas vite. Morgan Parra, par exemple, ne courra jamais le 100m en 11s, malgré les muscles qu’il a pu prendre. Il y a des limites à tout!

C’est cela le principal avatar du rugby professionnel et il est la résultante de tous les autres, notamment le poids de l’argent…pourtant tellement indispensable de nos jours. Et oui, le sport professionnel impose qu’il y ait suffisamment d’argent dans le circuit, sous peine de sombrer. Certains refusent ce qu’ils appellent cette dérive, mais ils vont au stade le samedi ou le dimanche en demandant du spectacle et en espérant que leur équipe va gagner. Là est toute la problématique du rugby d’aujourd’hui, sport qui est resté si longtemps très amateur. J’avoue pour ma part être heureux de voir l’évolution du rugby depuis la fin des années 90, mais je suis inquiet à propos des traumatismes à répétition que subissent les joueurs. Et ce ne sont pas les « protocoles » qui vont faire dissiper notre inquiétude, parce que lesdits protocoles ne riment à rien. Au rugby on prend des coups pendant 80 mn, et même si on s’arrête 10 mn, il en reste 70 à jouer. Même la boxe paraît presque moins violente!

Michel Crauste au milieu des années 60, grand capitaine de Lourdes et de l’Equipe de France, avait coutume de dire à ses copains sur le terrain : « On va faire de vilains vieux » ! Moi ce que je voudrais, c’est que les joueurs que j’admire aujourd’hui soient dans 40 ans d’aussi vilains vieux que celui que l’on a appelé « le Mongol ». Je souhaite donc que l’on pense un peu plus à la santé des joueurs, et que ceux qui dirigent le rugby de nos jours, pour la plupart d’entre eux des anciens joueurs, essaient de garder à ce merveilleux sport de combat les vertus qui sont les siennes depuis plus de 100 ans, même si je sais parfaitement que c’est un voeu pieux.

Le rugby appartient à tous, aux joueurs d’abord, aux dirigeants, mais aussi à ceux qui l’aiment et qui paient pour voir les matches. En attendant, j’espère que tous ces joueurs victime d’une rupture des ligaments croisés du genou , maladie endémique du rugby de notre siècle, finissent par retrouver tous leurs moyens, ce qui n’est hélas pas toujours le cas même si cette blessure leur arrive à 25 ans. Alors on imagine quand ils sont victimes de cette même blessure à l’âge 32 ans. A cet âge, je rappelle qu’Alfred Roques n’avait jamais été sélectionné dans le XV de France, avant d’être considéré par tous comme le meilleur pilier du monde entre 1958 et 1963. C’était une autre époque, une époque où la Coupe d’Europe n’existait pas, ce qui est bien dommage, car personne n’aurait battu le FC Lourdes dans les années 50 ou l’AS Béziers dans les années 70, pour ne citer que ces deux clubs. Une époque où la Coupe du Monde n’existait pas (première édition en 1987), que nous n’avons jamais gagnée, mais que nous aurions sans doute eu de grosses chances de la remporter à l’époque de Mias, de Crauste ou de Rives. Cela dit, même sans avoir une très grande équipe, le XV de France aurait dû être champion du monde en 2011, si un arbitre n’en avait pas décider autrement, avec pourtant une équipe loin de valoir celles qui avaient été en finale en 1987 ou en 1999, ou qui n’avait été que demi-finaliste en 2007. Et pourtant ces deux dernières fois, notre XV national avait éliminé les All Blacks.

Espérons que Guy Novès, qui semble décidé à faire confiance à des jeunes joueurs prometteurs, finisse enfin par composer une équipe, une vraie, comme a su le faire l’Angleterre, car la prochaine Coupe du Monde est dans deux ans (2019). Et pour le moment c’est toujours le gros chantier, au point de rappeler Bastareaud au centre, comme si c’était l’avenir du XV de France. Néanmoins, si Novès en est réduit à cette extrémité, c’est aussi parce que le talent est rare à ce poste. En revanche, il semble qu’à la charnière il y ait quelques jeunes joueurs comme Serin et Dupont à la mêlée, ou Belleau à l’ouverture qui montrent de belles dispositions pour briller en équipe de France. Mais pour le moment ce sont surtout des espoirs, et on a souvent connu de grands espoirs qui ne confirmaient pas au plus haut niveau. Alors croisons les doigts pour que ce ne soit pas le cas pour eux et d’autres, et surtout prions pour que nos meilleurs joueurs ne se blessent pas trop durement, comme ce fut le cas de Camille Lopez, ouvreur qui avait franchi un cap la saison passée, et qui sera absent cinq mois pour une fracture de la malléole.

Michel Escatafal


Le bel exploit de Froome et la magnifique « retirada » de Contador

Résultat de recherche d'images pour "froom contador vuelta 2017" Alors que l’on apprend que le prochain Giro partira…d’Israel, revenons un peu sur une Vuelta qui vient de se terminer, comme prévu, sur la victoire de Christopher Froome. Un Froome qui n’a quand même pas laissé une impression énorme de supériorité, un peu comme dans le Tour de France. On a même l’impression qu’avec un peu plus d’adversité il aurait pu craquer en troisième semaine, là où généralement il apparaît moins fort. Cela étant il n’a jamais vraiment été menacé, parce que la menace n’en était pas réellement une, ses suivants au classement général étant à un niveau inexorablement inférieur…à l’exception d’Alberto Contador. Ce dernier en effet doit aujourd’hui, et peut-être encore plus demain, regretter amèrement son problème gastrique en Andorre qui l’a mis quasiment hors course dès le début de cette Vuelta.
Bien sûr, on va me dire que s’il avait été en course pour le classement général, il n’aurait pas eu la même liberté pour récupérer ça et là un peu de temps. Sans doute, à ceci près que finalement il n’a vraiment récupéré du temps que dans l’Angliru, où il a accompli un véritable exploit, après avoir fait beaucoup d’efforts plus ou moins inutiles les jours précédents. C’est pour cela que j’avoue bien volontiers m’être trompé à propos de la force du « Pistolero », en le soupçonnant de ne pas avoir tout donné lors de son dernier Tour de France pour mieux arriver en forme à la Vuelta, et terminer ainsi sa magnifique carrière sur une victoire dans le grand tour de son pays.

Cela dit, ce n’est qu’une supposition, mais vu comme il a terminé ce Tour d’Espagne, je me demande si à la fin de l’épreuve ce n’était pas lui le plus fort. En tout cas, ce fut le cas dans les derniers jours et plus particulièrement dans la montée de l’Angliru, où il a donné l’impression de redevenir (presque) le Pistolero du Tour 2009 ou celui du Giro 2011, qu’il avait écrasé de toute sa classe. En tout cas, sans peut-être aller jusque-là, je pense qu’il était presque aussi fort que lorsqu’il a dominé Froome en 2014 dans la Vuelta. Ce fut d’ailleurs à cette occasion la seule fois où l’on vit les deux meilleurs coureurs du siècle en cours s’affronter à armes égales et au meilleur de leur forme, même si Contador n’était plus tout à fait le Contador de 2009, et même si Froome n’avait pas encore atteint son niveau de 2015. Evidemment tout cela est très subjectif, mais je ne suis pas certain d’avoir tort sur ces affirmations.

En tout cas Contador se retire de la compétition en pleine gloire avec cette victoire dans l’Angliru, et Froome se retrouve aujourd’hui avec à son palmarès le doublé Tour-Vuelta que seuls Anquetil et Hinault ont réussi. La comparaison est d’autant plus frappante qu’à l’époque la Vuelta se déroulait en avril, soit quelques semaines avant le Tour de France. Néanmoins cette comparaison s’arrête là, car la participation de la Vuelta dans les années 60 ou 80 était loin d’être au niveau de celle de nos jours. Toutefois l’exploit que vient de réaliser le super champion britannique, démontre si besoin était ce que j’ai toujours prétendu, à savoir que ce type de doublé est réalisable, comme est réalisable le doublé Giro-Tour que Contador aurait pu réussir en 2011 ou 2012 sans ses ennuis avec le laboratoire de Cologne, pour la plus grande joie des détracteurs du vélo. Malgré tout, n’en déplaise à ces détracteurs et aux instances du cyclisme, pour tous les vrais amateurs de vélo Contador se situe au troisième rang des vainqueurs de grands tours dans l’histoire du cyclisme, juste derrière Merckx et Hinault.

Certes, il n’est pas question de comparer les palmarès globaux (avec les courses d’un jour) de Contador et de ses deux illustres prédécesseurs, mais sans l’acharnement de l’UCI et de l’AMA, il serait à coup sûr à leur niveau sur les grands tours : la preuve il est le seul avec trois victoires sur la route dans chacun d’eux, ce qui veut dire qu’il en aurait au moins deux autres…s’il avait pu y participer. Quant à Froome, le voilà nanti de cinq succès dans cette catégorie, avec ses quatre Tours de France et sa Vuelta, ce qui le situe dans cette catégorie au niveau de Bartali, Binda et Gimondi, ce qui n’est déjà pas mal, même si Bartali, comme Coppi, ont vu leur carrière s’interrompre pendant une bonne partie de la seconde guerre mondiale, ce dont il faut tenir compte quand on veut comparer les coureurs dans l’histoire du vélo. Rejoindra-t-il Contador et ses neuf victoires? Certainement pas, au vu de ce qui sera sa saison la plus aboutie, qui me fait penser à celle d’Hinault en 1985, après son second doublé Giro-Tour, ce doublé étant son chant du cygne.

Il est même vraisemblable qu’il ne rejoigne pas Coppi, Indurain, Armstrong avec leurs sept victoires et encore moins Anquetil qui en compte huit, surtout si Quintana reprend sa marche en avant, le coureur colombien ayant eu cette année un trou d’air dans sa carrière en terminant « seulement » second du Giro et douzième du Tour, un rang indigne de sa réputation. Si l’an prochain il se fixe comme principal ou unique objectif le Tour de France, je doute que Froome puisse le battre. Quintana ne serait pas le premier coureur à ressusciter après une mauvaise année. Qu’on se rappelle Jacques Anquetil en 1958 et 1959, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir un palmarès global extraordinaire à la fin de sa carrière, qui le met juste derrière Merckx et Hinault. En revanche je ne crois pas du tout en Nibali qui, malgré son très beau palmarès, n’est qu’un grand coureur et non un campionissimo, comme il l’a prouvé cette année en étant battu par Dumoulin et Quintana dans le Giro et par Froome dans la Vuelta, sans l’avoir réellement menacé.

Un dernier mot enfin, pour parler des Français qui n’ont pas existé dans cette Vuelta, et qui ont montré hélas que l’année prochaine ce ne sera pas eux qui feront tomber Froome de son piédestal. Je veux parler ici de Bardet et Barguil, mais aussi de Pinot…en espérant qu’il ne restent pas d’éternels espoirs. Combien de fois les Français amateurs de cyclisme ont été déçus par des espoirs qui n’en étaient pas vraiment! Inutile d’en faire la liste, elle serait trop longue. Et là où les Italiens ont un coureur comme Aru, malgré ses limites en contre-la-montre, là où les Espagnols ont Landa, là où les Colombiens ont en plus de Quintana et Uran, « Superman » López, vainqueur de deux étapes dans cette Vuelta, la France ne donne aucunement l’impression de posséder le successeur d’Hinault (Tour 1985), pas plus que celui de Fignon (Giro 1989), ni de Jalabert (Vuelta 1995).

Quelle tristesse d’écrire cela à chaque fois que je fais un article après un grand Tour, mais hélas c’est un constat et rien n’y peut changer. Heureusement, pour nous consoler nous avons un remarquable sprinter avec Arnaud Démare, vainqueur de Milan-San Remo l’année passée et cette année de la Brussels Cycling Classic qui s’appelait autrefois Paris-Bruxelles, même si cette dernière n’est plus considérée de nos jours comme une grande classique. On se réconforte comme on peut, mais réellement Démare est vraiment très bon, d’autant qu’il n’a que 26 ans. Dommage qu’il n’ait pas été élevé sur la piste, parce qu’il serait imbattable dans une arrivée au sprint.

Michel Escatafal