Les années en 7 du Tour sont souvent particulières

Bonjour à tous mes lecteurs, à qui je dois des excuses, mais la France vient de vivre une longue séquence politique…qui explique qu’on pense à autre chose qu’au sport dans ces circonstances. Aujourd’hui la France est « En Marche » et c’est sûrement la chance de notre pays, avec un président jeune et ambitieux. Fermons la parenthèse et place au Tour de France, après un début de saison marqué par la énième grande saison de printemps de Valverde (37 ans), qui collectionne les victoires dans les classiques et les courses à étapes de moins d’une semaine, au point de se rapprocher du palmarès de Sean Kelly, c’est-à-dire juste derrière les monstres sacrés du cyclisme sur route. En revanche le premier des grands tours, le Giro, a confirmé que désormais Dumoulin sera un interlocuteur de premier ordre dans l’avenir, grâce évidemment à sa capacité à rouler au niveau des tous meilleurs contre le chrono, mais aussi par sa faculté à se dépasser en montagne pour suivre très longtemps les meilleurs grimpeurs, un peu comme savait si bien le faire Indurain ou encore Rominger. En revanche, dans ce même Giro, Quintana a montré des limites que nombre de gens ne lui soupçonnaient pas, tout comme Nibali, bon partout mais exceptionnel nulle part.

Du coup qui sont les favoris du prochain Tour de France? Normalement, si tout va bien pour lui, le vainqueur sera Froome, car il est le meilleur des favoris en montagne et contre-la-montre, un peu comme Contador entre 2008 et 2011 ou 2012. Froome est donc a priori imbattable et il devrait l’être. Sérieusement, avec en plus un Tour d’Italie dans les jambes, on ne voit pas Quintana le menacer. Je ne vois pas hélas non plus Contador dominer Froome, parce que, contrairement à Valverde, le Pistolero ne se bonifie pas avec l’âge. Certes il reste toujours ce coureur flamboyant, capable de faire sauter n’importe qui à la faveur d’une belle manoeuvre en montagne, mais il se trouve toujours un coureur à présent pour le confiner aux places d’honneur. Depuis le début de la saison Contador a terminé second du Tour d’Andalousie, de Paris-Nice après un baroud d’honneur magnifique dans la dernière étape, du Tour de Catalogne et du Tour du Pays Basque, battu notamment par Valverde dans les trois épreuves espagnoles. Contador reste un grand coureur, mais il n’est plus le meilleur depuis au moins deux ans. Valverde justement pourrait être un outsider, mais il sera d’abord au service de Quintana…parce qu’il peut difficilement espérer gagner le Tour de France. En fait, il n’a gagné qu’un grand Tour dans sa longue carrière (Vuelta 2009) comme Kelly.

Alors qui d’autre? Aru peut-être, mais le nouveau champion d’Italie est trop limité contre-la-montre pour s’imposer. En plus, malgré ses qualités de grimpeur, il n’est pas assez fort en montagne pour battre Froome et même Quintana ou Contador. Il y a Porte aussi, mais lui est un coureur de courses d’une semaine, ayant toujours craqué dans le Tour de France à un moment ou un autre. Ce n’est pas pour rien qu’il n’ait jamais gagné encore un grand tour. Restent des coureurs comme Fulgsang, Chaves ou notre Bardet national, mais qui peut imaginer ces coureurs s’imposer dans le Tour de France sauf circonstances exceptionnelles ou très grande surprise, comme certains Tours de France nous en ont réservé dans les années se terminant par 7, avec toutefois une différence notable par rapport au passé, à savoir que les meilleurs coureurs à étapes d’aujourd’hui sacrifient tout à leur préparation pour le Tour de France. On peut le regretter, mais c’est ainsi depuis les années 90, avec comme précurseur Greg LeMond, ce qui lui a bien réussi (3 victoires).

Et puisque j’évoque l’histoire, je voudrais en profiter pour parler rapidement de quelques Tours de France célèbres qui se sont terminés par de grandes surprises. Celui de 1937, marqué par l’arrivée du dérailleur pour tous ( dont les cyclotouristes étaient équipés depuis 1924) que tout le monde donnait à Bartali, déjà deux fois vainqueur du Giro à 22 ans, un des plus grands grimpeurs de l’histoire, qui avait la main mise totale sur ce Tour (18mn35s d’avance sur Sylvère Maes le vainqueur de l’année précédente), avant de s’écraser entre Grenoble et Briançon sur une barrière dans une descente et tomber dans un torrent glacé. Il put certes continuer mais, trop diminué par ses blessures, il abandonna entre Toulon et Marseille laissant la victoire à Roger Lapébie, bon coureur certes mais loin d’être un super crack comme Bartali (voir mon article Guy et Roger Lapébie : une fratrie qui a honoré le vélo ). C’est un peu comme si Fulgsang gagnait le Tour cette année!

Je passe sur la rocambolesque et magnifique victoire de Robic en 1947 (voir mon article Jean Robic, guerrier sans peur…et presque sans reproche ) pour arriver à 1957, avec l’avènement de celui qui allait devenir un des champions de légende du vélo, Jacques Anquetil. Il l’emporta certes avec près d’un quart d’heure d’avance sur le Belge Janssens, mais sa victoire fut facilitée par l’abandon prématuré des grimpeurs Gaul (terrassé par la chaleur) et Bahamontes, lesquels n’auraient pas manqué d’exploiter la défaillance dans l’Aubique de celui qui allait dominer le vélo entre 1960 et 1966. Autre scenario en 1967, avec la victoire de Pingeon, que personne n’attendait dans un Tour réservé à Raymond Poulidor, Mais une chute entre Strasbourg et Metz allait l’obliger à mettre un terme à ses ambitions, laissant la victoire à Pingeon en devenant un coéquipier de luxe. Pour mémoire ce Tour est celui de la tragédie du Mont Ventoux qui vit la mort de Simpson. On pourrait aussi évoquer le Tour 1977 avec la deuxième victoire surprise de Thévenet, qui a profité au maximum de la fin de carrière de Merckx et de l’effacement d’Ocana pour l’emporter devant Hennie Kuiper. Ce sera le chant du cygne de Thévenet.

Un peu plus près de nous, en 1987, ce fut Stephen Roche qui remporta un Tour de France que JF Bernard n’aurait jamais dû perdre. Une défaite dont il ne se remit jamais réellement. En tout cas Roche profita des circonstances pour réussir le doublé Giro-Tour, et même le triplé avec le championnat du monde, ce que seul Merckx a réussi avec lui. La comparaison avec Merckx s’arrêtera là, parce que Stephen Roche fut simplement un très bon coureur à étapes et non un de ces cracks qui ont marqué durablement l’histoire du vélo. Un crack qu’aurait dû être Jan Ullrich…s’il avait eu la volonté qui allait avec son talent. Il a toutefois gagné facilement le Tour de France 1997, laissant Virenque à plus de 9mn et Pantani à plus de 14mn, puis la Vuelta en 1999, sans oublier ses trois deuxièmes places dans la Grande Boucle derrière Armstrong, qu’il aura eu la malchance d’avoir face à lui. Enfin en 2007, ce sera l’avènement du crack du vingt-et-unième siècle dans les courses à étapes, Alberto Contador, vainqueur de 9 grands tours ( 3 Tours de France, 3 Tours d’Italie et 3 Tours d’Espagne), ce qui le situe juste derrière Hinault (10) et Merckx (11). Les égalera-t-il? J’en doute, mais sa place est au Panthéon du cyclisme.

Michel Escatafal


Ali a dépassé la simple histoire du sport

ali_foreman_13_01Lui-même disait qu’il était le plus beau, le plus grand, le plus fort etc., mais s’il y avait beaucoup de vrai dans son allure sur un ring, il n’était pas qu’un extraordinaire boxeur. Il avait ce quelque chose de plus qu’ont très peu de sportifs, y compris ceux qui sont aujourd’hui appelés des idoles. Qui oserait comparer le charisme de Mohammed Ali avec la triste figure d’un Zidane ou d’un Messi, sans parler des excentricités d’un Ronaldo ou d’un Hamilton, ou avec la faible personnalité d’un Chris Froome, pour ne citer qu’eux. Non, Ali a dépassé la simple histoire du sport, parce que c’était un seigneur sur le ring et dans la vie. Contrairement à Zidane, quand Ali donnait un coup c’était grandiose. Contrairement à Cantona, qui se prend pour un intellectuel et qui en fait est surtout ridicule dans la plupart de ses interventions, quand Ali parlait on avait envie de l’écouter. Contrairement à Mayweather, Ali était une bête de scène capable d’enflammer beaucoup plus qu’une foule de spectateurs autour du ring. Il représentait une sorte de symbole, au sens le plus noble du terme, et pas seulement à propos du « noble art ». Ses idées dépassaient les frontières du sport, pour atteindre toutes les couches de la société aux Etats-Unis et ailleurs. Il suffit de voir le nombre d’hommages reçus du monde entier après sa mort pour en être pleinement convaincu. Bref, à une époque où internet n’existait pas et où la pub était loin d’être ce qu’elle est aujourd’hui, il savait « se vendre » mieux que personne, devenant même une des icônes de la pub télévisuelle, lui le petit-fils d’esclave, ce qui ne l’a jamais empêché de revendiquer le droit d’être lui-même au plus haut point, refusant la « dolce vita » qui avait anéanti la vie de nombre d’anciennes gloires de la boxe.

Cela dit, et puisque nous parlons de sport, il fut quand même un des plus extraordinaires boxeurs de l’histoire. Il le fut d’autant plus que sa carrière s’est située à une époque où la boxe vivait encore son âge d’or, même si celui-ci était finissant. A 17 ans il remportait les « Golden Gloves », qui ont souvent servi de tremplin à la carrière des meilleurs boxeurs (Joe Louis, Ezzard Charles, Leonard, Hagler, Hearns, Tyson, Holyfield, de la Hoya etc.), puis dans la foulée il devint champion olympique des mi-lourds (1960), titre qui l’avait mis au comble de la joie comme l’a rapporté un autre ancien grand champion, Nino Benvenu (poids moyen), en écrasant son adversaire en finale, l’expérimenté Polonais Pietrzykovski…qui ne porta quasiment aucun coup à son adversaire tout au long de cette parodie de combat. C’est dire combien Cassius Clay, son nom avant de devenir Mohammed Ali en 1964, effrayait ses adversaires ! Il les effrayait d’autant plus qu’il était déjà très grand par sa taille pour l’époque (1.91m), ce qui ne l’empêchait pas d’être aussi mobile que quasiment tous les meilleurs poids moyens malgré ses 100 kg. En fait pour être considéré comme le plus grand, il ne lui manquait qu’un peu plus de punch, car si son palmarès compte 37 victoires par K.O. sur ses 56 succès, il remporta ses victoires surtout en épuisant et détruisant ses adversaires, qui n’arrivaient pas à le toucher le plus souvent.

Ensuite chez les professionnels qu’il rejoignit très jeune, il se fera remarquer rapidement, même si ses premiers succès, contre d’excellents boxeurs (Doug Jones et le Britannique Henry Cooper qui l’enverra au tapis), ne furent pas faciles. Mais ces victoires lui permirent d’obtenir très vite une chance mondiale et de s’emparer du titre de champion du monde des poids lourds (février 1964) en mettant K.O. à la septième reprise celui qu’il appelait « l’ours », Sony Liston, malgré une blessure à l’œil due à une pommade qu’on avait administrée à son adversaire, avant de l’écrabouiller (K.O. au premier round) lors de la revanche un an plus tard (mars 1965), même si certains mirent en doute la réelle envie de se battre de « l’ours ». Ensuite (novembre 1965) il affronta victorieusement le plus jeune champion du monde des lourds jusqu’à son époque, Floyd Patterson, en le mettant K.O. au douzième round, et s’imposera dans tous les combats auxquels il participa, ce qui ne l’empêcha pas d’être destitué de son titre mondial (c’est ça aussi la boxe !). Néanmoins comme il était plus fort que les autres, il récupèrera le titre qu’on lui avait pris en battant celui à qui la WBA l’avait attribué (Ernie Terrell).

Mais tous ces combats remportés qui en faisait déjà un monstre sacré de la catégorie reine, ne seront rien à côté de celui qu’il allait livrer à partir de 1967. Un combat non pas contre un adversaire, mais contre les institutions de son pays, refusant d’aller guerroyer au Vietnam « contre des gens qui ne lui avaient rien fait », au nom de ses convictions religieuses, convictions d’autant plus affirmées qu’il s’était converti à l’Islam (black muslims) trois ans plus tôt. Cela allait lui valoir une peine de prison de cinq ans, qu’il ne fera pas, mais il lui sera interdit de boxer jusqu’en 1970, sanction terrible qui le privera de ses plus belles années de carrière. Toutefois, cette très longue absence des rings n’enlèvera rien à son talent, et il le prouvera en réussissant un extraordinaire come-back, après avoir toutefois été battu d’extrême justesse (la décision se fit à l’ultime reprise) par Joe Frazier en 1971, ce dernier, que certains comparaient à Rocky Marciano, l’empêchant de récupérer son titre. Ensuite ce sera une longue quête pour retrouver ce titre mondial qu’on lui avait pris injustement à ses yeux, une quête où il remporta nombre de combats…sauf contre Norton qui lui cassa la mâchoire, subissant sa seconde défaite.

Néanmoins il se vengera de Norton (1973), puis de Frazier en 1974, ce dernier ayant été vaincu en deux rounds auparavant par Georges Foreman (1973). Et c’est contre cet adversaire que tout le monde croyait invincible, qu’il allait réaliser sans doute son plus grand exploit à l’âge de 32 ans, à Kinshasa, en battant par K.O. à la huitième reprise le tenant du titre. Peu de monde avait osé parier sur une victoire d’Ali face à un adversaire plus jeune que lui (7 ans) et qui avait battu auparavant Frazier et Norton en deux rounds. On imaginait aisément que Foreman, terrible puncheur au sommet de son art, ferait subir le même sort à Ali qu’à ses deux précédents adversaires. Il n’en fut rien, car ce jour-là, le 30 octobre 1974, jamais Ali ne fut plus grand, réussissant à contenir les fougueux assauts de son adversaire, avant de finir par le décourager et l’avoir à l’usure en le mettant K.O. au huitième round. Victoire de l’intelligence sur la force brutale, victoire de la vitesse de déplacement sur la puissance de frappe, bref victoire incontestable du meilleur boxeur, ce que Foreman reconnaîtra plus tard. Il n’y aura jamais de revanche, et l’image de boxeur de Mohamed Ali restera sur ce chef d’œuvre, les combats qu’il livrera par la suite étant sans doute des combats de trop, surtout en fin de carrière, notamment lors d’un troisième combat contre Norton, où on vola la victoire à ce dernier.

Dix ans après sa victoire contre Foreman, Ali commencera à ressentir les symptômes de la maladie de Parkinson, qui l’affectera jusqu’à la fin de sa vie la semaine dernière. Dommage car Ali était aussi quelqu’un qui avait la tête sur les épaules, comme en témoignent ses activités religieuses et ses florissantes affaires jusqu’à sa maladie. La preuve qu’il savait d’où il venait et où il allait, on la trouve dans une interview célèbre à Playboy : «  Quand je déposerai les gants, je ne partirai pas en minable, comme les boxeurs d’autrefois. On ne dira pas que je me suis payé une Cadillac et une ou deux nanas blanches, et que je n’avais plus un sou à la fin de ma carrière ». Cela dit, on retiendra surtout de lui qu’à défaut d’être le plus grand, il fut celui qui a attiré le plus grande nombre de spectateurs et de téléspectateurs au cours de sa carrière. On a d’ailleurs estimé à un milliard le nombre de personnes qui assistèrent en direct à la troisième manche de son face à face avec Joe Frazier en 1975 à Manille, sans oublier les 50.000 spectateurs du match contre Foreman à Kinshasa. Et comme s’il n’avait pas assez fait pour la boxe, il laissera sa fille reprendre le flambeau et devenir championne du monde des super-moyens et des poids mi-lourds (entre 2002 et 2007). Bon sang ne saurait mentir !

Michel Escatafal


Comparaison n’est pas toujours raison dans le sport !

mayweatherIl y a quatre ans, j’écrivais sur ce site « Marciano : le plus grand des poids lourds? Peut-être, sans doute… », et j’avoue que je n’imaginais pas que l’histoire se répèterait aussi vite avec un autre boxeur. Et pourtant c’est le cas, puisque un autre Américain, Floyd Mayweather, va (théoriquement) se retirer des rings, invaincu en 49 combats. En fait c’est la seule comparaison que nous puissions faire, parce que d’une part Rocky Marciano a réalisé cet immense exploit dans la catégorie reine de la boxe, les poids lourds, et surtout parce que Marciano a boxé à l’époque de l’âge d’or de la boxe, dans la première moitié des années 50 du siècle précédent. Si j’insiste là-dessus, c’est parce que de nos jours la boxe a énormément perdu de son intérêt aux yeux du grand public, y compris américain, ne serait-ce qu’avec toutes ces catégories recensées depuis quatre ou cinq décennies, et ses multiples fédérations. Peut-être que les frères Klitschko mériteraient de faire partie, avec leur palmarès, des plus grands champions que le « noble art » ait pu connaître, mais, à part les passionnés, qui a suivi ou suit leurs résultats ? Poser la question, c’est y répondre. Néanmoins pour ceux qui comme moi ont toujours apprécié ce sport, Wladimir et Vitali Klitschko ou Mayweather, ou encore Pacquiao, sont quand même de très grands champions, parce que toujours vainqueurs ou presque. En outre, ce n’est pas leur faute si la concurrence est très faible dans leurs catégories.

Autre comparaison, cette fois encore plus incongrue, celle concernant les titres du double en grand chelem. Pourquoi ? Parce que depuis le début des années 80, quasiment personne ne s’intéresse au double, au point que les frères Bryan sont considérés par certains comme la meilleure paire de double de l’histoire du tennis…ce qui est risible, malgré leurs 16 victoires en tournois du grand chelem. Oui, comment oser comparer les frères Bryan dans l’histoire du tennis, avec par exemple la paire australienne Hoad-Rosewall dans les années 50, Emerson-Stolle dans les années 60, Newcombe-Roche à la fin des années 60 et dans les années 70, ou même la paire américaine Fleming-Mac Enroe dans les années 80 ? Oh certes, ils n’ont pas gagné 16 victoires dans les tournois du grand chelem, mais s’ils ne les ont pas remportées c’est d’une part parce qu’ils allaient très loin en simple dans ces tournois (sauf Fleming), mais aussi parce que la concurrence était bien supérieure à l’époque de Rosewall et Hoad (voir mon article sur ce site « Hoad et Rosewall : la plus merveilleuse paire d’as du tennis »), notamment avec des équipes de double comme Sedgman-Mac Gregor ou Sedgman-Fraser. D’ailleurs, aux J.O. de 2008, la paire composée de Federer et Wawrinka a remis à leur vraie place en demi-finale les frères Bryan (7-6 et 6-4), les deux joueurs suisses ne jouant pourtant ensemble en double que les rencontres de Coupe Davis (quand ils y participent) en plus des Jeux Olympiques.

Si j’écris cela c’est parce qu’on a tendance à s’extasier sur la victoire d’une équipe française ( Mahut-Herbert) à l’US Open, qui s’est terminé hier avec la victoire de Djokovic sur Federer en simple messieurs, mais aussi avec une finale cent pour cent italienne en simple dames (Flavia Penetta- Roberta Vinci)…qui a privé Serena Williams d’un grand chelem tellement mérité après ses victoires à Melbourne, à Roland-Garros et à Wimbledon. Et oui, plusieurs grands champions, femmes ou hommes, ont trébuché sur le dernier obstacle pour l’octroi du grand chelem (en année pleine), notamment Lewis Hoad en 1956. J’aurais l’occasion d’évoquer cet échec de Serena Williams lors d’un prochain article, comme j’évoquerai aussi l’extraordinaire niveau de Federer à plus de 34 ans. Fermons la parenthèse, pour nous réjouir quand même de voir honorer le tennis français à travers la victoire en double de Mahut-Herbert à Flushing Meadow, petite consolation au fait que le tennis français ne produit plus de potentiels vainqueurs en tournoi du grand chelem, le dernier étant Yannick Noah en 1983 à Roland-Garros. Cela fait quand même 32 ans, et cette victoire succédait à celle remportée par Yvon Pétra…en 1946.

Certes on me dira que nos joueuses ont fait mieux que les hommes, avec les deux victoires dans les tournois majeurs remportées par Mary Pierce (Melbourne 1995, Roland-Garros 2000) et Amélie Mauresmo (Melbourne, Wimbledon 2006 et numéro une mondiale). Je n’oublie pas non plus la victoire surprise de Marion Bartoli à Wimbledon (2013), mais je ne mets pas cette championne sur le même plan que Mary Pierce et Amélie Mauresmo, parce que sa victoire fait partie des très grandes surprises de l’histoire du tennis en particulier et du sport en général, un peu comme celle Flavia Penetta à l’US Open cette année ou celles de Carlo Clerici lors du Giro 1954 et de Roger Walkowiak en 1956 dans le Tour de France, sans parler de Jose Cobo victorieux de la Vuelta 2011. A propos de Marion Bartoli et Flavia Penetta, on observera que l’une et l’autre ayant touché le Graal à leur grande surprise, n’ont pas eu le courage de poursuivre leur carrière, et se sont arrêtées sur ce succès.

Autre grande victoire marquante ce week-end, la victoire en Australie et le titre de champion du monde en rallyes WRC de Sébastien Ogier. C’est le troisième consécutif pour le pilote gapençais, suivant les traces de Sébastien Loeb, même s’il lui en reste encore six avant de rattraper son illustre aîné. Cela dit, certains ne manquent pas de faire la fine bouche sur ces titres, par manque de concurrence. Je ne suis qu’à moitié d’accord, car c’est tout le problème du sport automobile d’élite, y compris la Formule 1. Comme en Formule 1, où pour gagner il faut avoir une Mercedes ou à la rigueur une Ferrari, il y avait cette saison en WRC les Wolkswagen et à la rigueur les Citroën. Cela signifie qu’en début de saison, dans les deux disciplines, on savait que le champion du monde s’appellerait Hamilton ou Rosberg en Formule 1, et Ogier ou Latvala en WRC…ce qui n’est quand même pas souhaitable, surtout si cela dure depuis plusieurs années.

Michel Escatafal


Ken Norton a affronté et parfois battu les plus grands

NortonAujourd’hui j’aurais pu parler de la Ligue des Champions, comme le font tous les journaux et sites web, et notamment de l’impuissance des clubs français dans les épreuves européennes, à l’exception évidemment du Paris Saint-Germain, en attendant que l’AS Monaco rejoigne les Parisiens dans la Ligue des Champions, épreuve majeure pour les clubs du sport majeur dans  le monde. On a beau dire, mais pour être un grand d’Europe de nos jours, il faut avoir des joueurs comme Ronaldo ou Ramos au Real, Messi, Neymar, Alves  ou Iniesta au Barça, Ribery et Robben au Bayern, Van Persie et Rooney à Manchester United, ou encore Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva au PSG et bientôt Moutinho et Falcao à Monaco. En revanche, malgré toutes leurs qualités, N’Koulou, Diawara, Valbuena ou Gignac pour l’OM, comme Bisevac, Gonalons et Grenier pour l’Olympique Lyonnais, sont trop limités pour permettre à leur équipe de s’imposer face simplement à une équipe comme Arsenal, loin d’être une terreur, tout comme d’ailleurs contre des équipes comme celles du FC Porto ou du FC Bâle, qui pourtant ont des moyens inférieurs à ceux de Lyon ou Marseille. On a beau recruter « malin », comme dit le président de l’OM, cela ne compense pas le talent pur.

Après ce préambule footballistique, qui colle à l’actualité, je vais de nouveau évoquer un sport que j’aime énormément malgré sa décomposition, la boxe. Si j’ai employé le mot décomposition, certes un peu fort, c’est hélas parce que la boxe professionnelle n’arrive pas à se guérir de ses démons, avec ses multiples catégories et ses multiples fédérations, dont on ne sait pas quelle est la plus responsable. Cela dit, malgré toutes ses imperfections, la boxe professionnelle, qui n’existe plus guère en France, génère encore des sommes extraordinaires quand ses organisateurs proposent un grand combat. Ce fut le cas dans la nuit de samedi à dimanche où l’invaincu américain de 36 ans Floyd Mayweather (45 combats, 45 victoires dont 26 par KO) était opposé au jeune mexicain Saul Alvarez (23 ans), certes fort de ses 42 victoires en 44 combats, mais trop tendre pour battre celui qui est considéré comme le meilleur boxeur du nouveau siècle.

Résultat, Mayweather s’est emparé ou a conservé les titres WBC et WBA des super-welters. Tel que c’est parti, j’ai bien l’impression que si sa carrière ne s’éternise pas, ou s’il ne fait pas le ou les combats de trop comme Manny Pacquiao, Mayweather va finir par rejoindre dans la légende Rocky Marciano qui, dans les années 50 et dans la catégorie poids lourds, s’était retiré invaincu, ce que les plus grands parmi les plus grands champions n’ont pas réussi à faire (Joe Louis, Mohammed Ali, Joe Frazier, Georges Foreman, Mike Tyson chez les poids lourds ou Ray Robinson, Carlos Monzon, Marvin Hagler, Ray Leonard chez les poids moyens).

Cela étant, même si Mayweather a copieusement dominé son adversaire lors de ce combat, il s’est trouvé un juge, l’Américaine C.J. Ross, pour avoir mis à égalité les deux boxeurs, ses collègues, ayant en revanche vu le même match que nous tous, donnant Mayweather large vainqueur.  Cette dame, pourtant très expérimentée, n’en était pas à son coup d’essai, puisque c’est elle qui avait largement participé à la défaite du Philippin Manny Pacquiao, en raison d’un jugement très sévère qui préfigurait le début du vrai déclin de Pacquiao. Dommage à ce propos que Pacquiao n’ait jamais voulu ou pu au temps de sa splendeur affronter Mayweather, dans ce qui aurait constitué le premier très grand combat du vingt et unième siècle, le seul d’ailleurs qui aurait peut-être pu soutenir la comparaison avec ceux du vingtième siècle dans les catégories d’un peu moins de 70 kg. Fermons la parenthèse pour noter que cette juge américaine a décidé d’abandonner ses activités dans la boxe, ce qui de toute façon aurait été le cas, car atteinte par la limite d’âge.

En évoquant plus haut les noms de Frazier, Foreman ou Ali, j’en profite pour noter qu’un de leurs grands rivaux, sinon leur seul grand rival, Ken Norton, est décédé la semaine dernière à l’âge de 70 ans. Le drame de Ken Norton aura été d’être né à la même époque que ces monstres sacrés que furent Ali, Frazier et Foreman, tous trois ayant été parmi les plus grands poids lourds de l’histoire. Parmi ses 42 victoires, ce très bon puncheur (33 victoires avant la limite) aura atteint la célébrité en 1973 en battant Ali, alors que ce dernier s’était mis en tête de redevenir le seul et vrai champion du monde des poids lourds. Cette défaite aux points, due au fait que Norton brisa la mâchoire d’Ali au deuxième round, allait rendre célèbre pour la postérité Ken Norton…qui n’était quand même pas n’importe qui. La preuve, lors de la revanche quelques mois plus tard entre les deux boxeurs, Ali ne l’emporta que d’extrême justesse, tout comme lors de la belle en 1976, où la décision donnant Ali vainqueur, qui lui permettait de conserver ses titres WBA et WBC, fut très controversée, Norton s’estimant volé par ce verdict, même si l’arbitre et les juges ont penché tous trois pour une victoire de justesse au profit d’Ali. En tout cas pour ce dernier, Norton fut sans doute le meilleur adversaire qu’il ait rencontré avec Joe Frazier, du moins celui qu’il domina le plus difficilement.

Les défaites de justesse furent d’ailleurs une des spécialités de Ken Norton, car après avoir été nettement vaincu par Georges Foreman, alors à son sommet (en 1974), il sera battu de très peu face à celui qui allait devenir la nouvelle terreur des rings en 1978, Larry Holmes, surnommé l’assassin d’Easton, qui détint pendant plus de sept ans un titre mondial chez les lourds. Au moment de ce combat Norton détenait le titre WBC, suite à la destitution de Léon Spinks, son cadet de dix ans,  qui avait refusé de l’affronter pour mettre en jeu le titre qu’il avait conquis contre Ali  en février. Le combat entre Norton et Holmes eut lieu en juin 1978 à Las Vegas (Caesar Palace) et il fut de toute beauté, les derniers rounds étant d’une violence inouïe.

Prenant tour à tour l’avantage, Norton fit preuve à cette occasion d’un courage extraordinaire contre un adversaire plus jeune que lui de six ans, notamment dans la treizième reprise où il était en perdition face à un adversaire qui a remporté 44 de ses 69 victoires par K.O. Cela n’empêcha pas toutefois Norton, surnommé The Black Hercules,  de remporter la quatorzième reprise, et peut-être la quinzième, les deux combattants finissant à égalité, deux des trois juges donnant la décision à Holmes pour un point. Ce sera le chant du cygne de Ken Norton, qui hélas allait ensuite disputer les combats dits de « trop ». Son après-boxe sera marquée par un grave accident de voiture, et par une petite carrière cinématographique, qui laissera évidemment un souvenir moins impérissable que celle qu’il fit comme boxeur, qui lui valut de devenir membre de l’International Boxing Hall of Fame, récompense bien méritée pour l’ensemble de l’œuvre de cet ancien Marines.

Michel Escatafal


Une belle soirée de sport à la télévision (rugby, boxe)

Hier soir, j’ai vécu une belle soirée de sport, entre le match France-Australie, entrecoupé à la mi-temps par les scores du football, et le championnat du monde des poids lourds (WBA, WBO, IBF) opposant l’Ukrainien Wladimir Klitschko et le Polonais Wach, à Hambourg. C’était évidemment un match déséquilibré, que Wladimir Klitschko a remporté aisément aux points, même si le boxeur polonais était invaincu, adjectif facile quand on n’a pas rencontré d’adversaires de classe, ce qui ne pouvait être que le cas de Wach au vu de sa prestation technique. J’ai bien dit technique, parce que sur le plan du courage, Wach n’a de leçon à recevoir de personne, en pensant à tous les coups qu’il a pris. J’ai même cru que l’arbitre allait arrêter le combat à la fin de la huitième reprise, tellement Mariusz Wach semblait en perdition dans les cordes, mais il a tenu le coup, et le gong l’a sauvé. Alors est-ce que ce fut un grand combat ? Réponse, NON, mais le niveau de la boxe a beaucoup baissé depuis la fin des années 1980, et plus encore par rapport à son’âge d’or dans les années 50, 60 ou 70, surtout chez les poids lourds.

A ce propos, il est évident que si les frères Klitschko sont des boxeurs de grand talent, ils sont loin des Ali, Frazier ou Foreman, sans remonter plus loin dans le temps. Et que dire des challengers qui leur sont proposés, à commencer par ce Mariusz Wach, mais aussi le Britannique Haye ou encore notre Français Mormeck, qui évidemment n’auraient  jamais eu une chance mondiale pour le titre des poids lourds à l’époque où il n’y avait qu’une ou deux fédérations. Cela étant, il ne sert à rien de vivre dans la nostalgie des époques passées, en espérant que la boxe ne tombera pas plus bas qu’elle l’est aujourd’hui…ce qui serait déjà un pas considérable pour assurer sa survie. Et pourtant, quand on voit comment à Hambourg on est capable de remplir une salle pour un match de boxe, dont on savait à l’avance qu’il était très déséquilibré, on se dit qu’il faudrait peu de choses pour que la boxe puisse repartir,  et retrouver un minimum de crédibilité. Cela étant, ce n’est pas en France qu’on pourrait organiser pareil évènement, mais chacun sait que les Français sont surtout experts pour critiquer les autres (dopage, arbitre etc.), mais sont tout à fait incapables de se déplacer pour les grands évènements…que l’on ne sait pas organiser, du moins en ce qui concerne la  boxe. Résultat, nos meilleurs boxeurs arrêtent très tôt leur carrière, faute de pouvoir vivre de leur sport, y compris quand ils ont été médaillés olympique et ou détenteurs d’un titre mondial !

Et puisque j’ai évoqué l’affluence, j’ai observé avec infiniment de tristesse qu’il y avait énormément de sièges vides au Stade de France, pour un match entre l’équipe de France de rugby et celle d’Australie, c’est-à-dire un match entre deux des quatre ou cinq nations les plus fortes au niveau mondial. Oui, quelle tristesse de voir cela, surtout par contraste avec ce qui allait se passer un peu plus tard à Hambourg, avec une affiche qui pourtant n’avait rien de clinquant ! Cela étant, pour revenir au Stade de France, j’ai lu quelque part que toutes ces places disponibles…valaient 30 ou 40 euros, ce qui explique le peu d’empressement pour les acheter. Simplement, une question : pourquoi ne pas offrir des places davantage bon marché la veille ou l’avant-veille du match pour garnir les tribunes ? Vraiment il y a des choses qui m’échappent dans le sport français, tant du côté des organisateurs, que des dirigeants et des spectateurs…à moins que tout simplement notre pays ne soit pas un pays sportif. Je pencherais personnellement pour cette hypothèse. En France on donne des leçons, mais on n’aime pas (vraiment) le sport.

D’ailleurs si un de nos champions ou une de nos équipes brillent, ils sont le plus souvent critiqués. Par exemple, on leur reproche de ne pas toujours vivre en France, ce qui leur vaut d’être traités de mercenaires, et si c’est une équipe de football susceptible de briller  en Ligue des Champions, et bien on lui reproche d’avoir pour propriétaires des étrangers…ce qui ne dérange personne partout ailleurs. Pauvre sport français, qui n’a jamais réellement mérité les quelques champions qu’il est capable de sortir à intervalles plus ou moins réguliers, et le plus souvent par hasard, grâce au travail de quelques bénévoles ou de petites structures qui ont survécu au professionnalisme exacerbé dans les autres pays. La preuve, dans une épreuve phare comme la Ligue des Champions de football, la France se situe très loin de l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne et le Portugal. En Formule 1, combien notre pays a eu de pilotes champions du monde ? Un seul, Alain Prost. Combien de vainqueurs du Tour de France avons-nous eu depuis 1985, soit depuis 27 ans ? Aucun. Combien de victoires dans les tournois du grand chelem en tennis chez les hommes depuis 1946 ? Une seule (Noah à Roland-Garros en 1983). Même en rugby, nous sommes la seule des grandes nations à ne jamais avoir remporté la Coupe du Monde. Bref, je n’en rajoute plus, car cela va me gâcher mon dimanche.

Et pourtant, je reste d’humeur fort plaisante ce matin, précisément à cause de la victoire du XV de France contre l’Australie hier soir au Stade de France. Une belle victoire quant au score (33-6 avec  trois essais marqués), mais aussi quant à la manière. D’ailleurs ce n’est pas pour rien, si nombre de supporters de notre équipe ont été séduits par le jeu du XV de France. Certes les grincheux feront remarquer que l’équipe d’Australie était handicapée par plusieurs absences, mais la France de son côté était privée de son emblématique capitaine, Thierry Dusotoir. En outre, le propre des grandes équipes est le plus souvent d’avoir des remplaçants qui valent (presque) les titulaires. Hier soir Nyanga en a apporté la preuve flagrante, en montrant que lui aussi était un troisième ligne de très grande qualité, ce que tous les amoureux de rugby savaient depuis longtemps.

Pourtant je suis persuadé que si notre équipe nationale a si bien récité sa partition, c’est aussi parce qu’en plus de son pack dominateur, surtout en mêlée, elle avait à sa disposition une paire de demis comme nous n’en avions pas eu depuis bien longtemps. On finissait par avoir perdu l’habitude de voir un demi de mêlée sachant admirablement  alterner le jeu avec ses avants et ses trois-quarts, un demi de mêlée  ne perdant pas un seul ballon, un numéro 9 apportant de la vision, du punch, de la vitesse, sachant  dynamiser les sorties de balle, bref un joueur de grande classe à un poste clé. Evidemment cela contrastait avec celui qui est considéré comme l’inamovible titulaire depuis quatre ans, Morgan Parra, certes un bon demi de mêlée, mais  dont la seule raison de sa présence constante dans le XV de France tient à ses remarquables qualités de buteur. Hier soir, nous en avons eu encore une illustration, puisque la seule action notable qu’il ait réussi après avoir remplacé Machenaud, fut la pénalité parfaitement convertie à 42m à droite des poteaux. C’est pour cette raison que Saint-André doit continuer dans la voie qu’il s’est tracée, en faisant confiance à Machenaud, en regrettant au passage qu’il ait été remplacé à la 63è minute par Parra. Comme s’il fallait absolument que le Clermontois compte une cape de plus !

Certains me trouveront dur avec Parra, mais je maintiens que si c’est un très bon joueur, ce n’est certainement pas un grand demi de mêlée comme le XV de France en a eu par le passé (Max Barrau, Gallion, Berbizier ou Elissalde).  Parra n’aura jamais une grande vitesse de course, n’aura jamais le dynamisme d’un Machenaud ou d’un Doussain, pour ne citer que des jeunes demis de mêlée qui sont déjà plus que des espoirs. Certains d’ailleurs voient Parra en demi d’ouverture, ce qui est une complète aberration quand on dispose d’un Trinh-Duc, et surtout d’un Michalak. Ah Michalak, que de temps perdu avec ce joueur, ce qui montre qu’en France les sélectionneurs n’apprennent jamais de leurs erreurs. Si je dis cela, c’est parce que je pense aux procès faits à Jean Gachassin en son temps, autre demi d’ouverture incompris, ou aux frères Boniface, qui eux aussi en leur temps avaient connu la solitude des novateurs.

Et bien Michalak appartient à cette catégorie de demis d’ouverture explosifs, parfaits pour construire les attaques. Il est le plus vif des demis d’ouverture sur le plan international, mais en plus il sait tout faire ou presque, sa seule relative faiblesse se situant dans un jeu au pied parfois approximatif. Sinon quel talent, et dans un jeu de plus en plus restreint  par l’étouffement des défenses, aucun autre joueur à ce poste n’est capable de réussir régulièrement des coups de génie. En tout cas pas en France, et ceux qui voudraient voir Parra en demi d’ouverture sont des gens aveuglés par la qualité des tirs au but du joueur de Clermont-Ferrand. Et si on lui laisse le temps, je suis persuadé que cette association de deux purs talents comme Machenaud et Michalak, réussira souvent des matches de cette qualité, voire même meilleurs, car on oublie que c’est seulement la troisième fois qu’ils jouent ensemble. C’est pour cette raison que je m’indigne, une fois encore, de n’avoir pas vu les deux compères jouer ensemble un peu plus longtemps. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’un et l’autre n’auraient pas tenu 10 ou 15 minutes de plus ! Qu’on les ait fait sortir un peu avant la fin pour une standing ovation, pourquoi pas, mais, même cela, était-ce bien nécessaire ? Sommes-nous aveugles pour ne pas voir que ces deux joueurs ont illuminé le Stade de France de leur talent ?

Voilà pourquoi j’ai passé une excellente soirée, malgré ces petites restrictions à l’encontre du sélectionneur. Cela dit, on va peut-être me reprocher un excès d’enthousiasme pour cette nouvelle charnière. On va aussi me faire remarquer que Michalak ne sera peut-être pas toujours aussi régulier dans ses tirs au but, contrairement à Parra qui, sur ce plan, est presque un assurance tous risques. Et bien, je réponds que je sais tout cela, mais que ça n’altère en rien mon enthousiasme, surtout si l’on accorde à la paire Machenaud-Michalak autant de crédit qu’on en a accordé à Parra-Trinh-Duc, même si je suis de ceux qui ont toujours pensé que Trinh-Duc avait lui aussi beaucoup de classe, simplement un peu inférieur à Michalak. Pour mémoire je rappellerais que Michalak fut le meilleur joueur, du moins un des tous meilleurs, du groupe France qui alla en demi-finale de la Coupe du Monde 2003. Il avait même globalement connu une belle réussite dans ses coups de pied placés, sauf en demi-finale, les gens faisant immédiatement la comparaison avec Jonny Wilkinson, alors au sommet de son art. Espérons que Saint-André ait compris l’intérêt qu’il avait à tirer le maximum du potentiel de Michalak, seul moyen de nous faire rêver pour la Coupe du Monde 2015. Après tout, Michalak n’aura à ce moment que 33 ans, soit l’âge de Wilkinson aujourd’hui. Et qui oserait affirmer, sans crainte du ridicule, que Wilkinson n’est plus un grand joueur ? Personne, bien entendu !

Michel Escatafal


Gauchers de génie dans le sport – partie 1 (boxe, basket, tennis )

S’il y a bien une catégorie d’individus doués pour le sport, et le reste aussi (Platon, Charlemagne et Napoléon), c’est bien celle des gauchers. J’en profite au passage pour dire que je suis droitier, comme tous les membres de ma famille, cela pour montrer que je ne fais que constater une évidence. Fermons la parenthèse pour noter que cette catégorie de personnes se servant quasi exclusivement de leur main ou pied gauche pour faire du sport a une importance dans l’histoire du sport infiniment supérieure à la proportion de gauchers exclusifs dans l’ensemble de la population, puisqu’on en comptabilise entre 12 et 13%, certains disent même 10% de gauchers exclusifs. Et oui, il y a gauchers et gauchers, sans parler des gauchers contrariés, ce qui m’incite à n’évoquer dans ces articles consacré aux gauchers de génie du sport que des gauchers avérés à défaut d’être exclusifs, dans les sports que j’ai pratiqués ou que je connais à travers leur histoire.

Déjà je vais passer très vite sur les sportifs pour qui être gaucher ou droitier n’a a priori qu’une importance toute relative. En disant cela je pense notamment aux pilotes automobiles, peut-être les deux meilleurs de l’histoire dans leur discipline, à savoir Ayrton Senna pour la Formule 1 et Sébastien Loeb pour les rallyes. Je dirais la même chose pour le vélo, et notamment en pensant à nos trois champions du monde de vitesse, du kilomètre et du keirin que furent  Frédéric Magné, Laurent Gané et Arnaud Tournant, dans les années 1990 et 2000. C’est déjà plus important quand il s’agit de boxeurs, car leur façon de boxer peut en dépendre, certains boxant en « fausse garde ». Je ne vais pas en citer beaucoup, simplement ceux qui me viennent à l’esprit, mais tous à des titres divers figurent parmi les plus grands boxeurs, toutes époques confondues.

Carmen Basilio d’abord, qui fut un grand rival de Ray Sugar Robinson, et qui lui prit même le titre de champion du monde des poids moyens en 1957, avant de perdre dans le match revanche l’année suivante. Auparavant il avait été champion du monde des poids welters entre 1955 et 1957. Bref Basilio, fut un très grand boxeur gaucher, remarquable technicien, au point d’avoir été élu boxeur de l’année en 1957 par Ring Magazine.  Et à cette époque, nous étions dans l’âge d’or de la boxe !

Autre grand boxeur gaucher dont je voudrais parler, le grand, l’immense Marvin Hagler, dont j’ai souvent parlé sur ce site, et à qui j’ai consacré un article à propos de son fameux match contre Ray Sugar Leonard , un combat qui fait partie de la légende de la boxe. Hagler était certes gaucher, mais beaucoup d’amateurs de boxe ont comme souvenir de lui qu’il savait boxer avec les deux gardes, comme il l’a prouvé lors de son championnat du monde contre le boxeur ougandais John Mugabi, redoutable puncheur, vaincu par K.O. à la onzième reprise. Dans ce combat, en effet, Hagler a boxé en droitier les deux premiers rounds, puis en gaucher jusqu’au onzième round, où de nouveau il changea de garde.

Troisième boxeur gaucher dont je veux évoquer le nom, Oscar de la Hoya, surnommé le Golden Boy, qui a été champion olympique des poids légers en 1992 à Barcelone, et qui fit une carrière professionnelle extraordinaire, puisqu’il est le premier  boxeur à avoir remporté un titre mondial dans six catégories différentes (des super-plumes aux poids moyens), avant d’être battu par les deux meilleurs boxeurs de l’époque actuelle, Floyd Mayweather et Manny Pacquiao. A noter que De la Hoya était gaucher, mais il boxait généralement  en droitier, même s’il boxa en fausse-garde contre un autre gaucher célèbre, Pernell Whitaker, qui fut lui aussi champion olympique des poids légers à Los Angeles en 1984, et qui détint une ceinture mondiale dans quatre catégories (des légers jusqu’aux super-welters).  Les deux hommes se sont affrontés en 1997 pour le titre des welters WBC, et De la Hoya l’emporta de peu sur son adversaire, ce dernier lui transmettant en quelque sorte le témoin car il était âgé alors de 33 ans.

Passons à présent à d’autres sports où les gauchers ont laissé une empreinte beaucoup plus significative encore…parce que leur main gauche faisait partie de leur outil de travail. En basket je pense à Larry Bird, joueur américain de NBA qui fut membre de la fameuse Dream Team de 1992, que l’on avait surnommé Golden Hand (main d’or). Si on lui a donné ce surnom, c’est tout simplement parce que sa main gauche était vraiment magique. Elle l’était tellement qu’il a gagné dans sa carrière tout ce qu’un joueur peut remporter comme trophées collectifs ou individuels dans le basket, et surtout il fut désigné comme sportif de l’année par l’Associated Press en 1986, premier joueur basket de l’histoire à obtenir cette distinction. Si j’osais, je dirais que sa main gauche peut-être comparée à celle de Michel-Ange, Raphaël et Léonard de Vinci, autres gauchers de génie.

Mais que dire des joueurs de tennis, sport qui compte de nombreux gauchers parmi ses plus grands joueurs. A ce propos il faut déjà commencer par souligner que jouer contre un gaucher est déjà plus difficile, pour la simple raison que le revers devient coup droit ou encore que le rebond du service tourne à contre sens. Bref, déjà il faut apprendre à jouer contre un gaucher, plus encore que dans la boxe, ce qui est un avantage considérable pour un gaucher. Ce n’est pas pour rien si Federer n’a jamais réellement su comment maîtriser le coup droit lifté de Nadal, plus particulièrement sur terre battue!

Nadal justement,  est le dernier des fantastiques joueurs gauchers qui ont illustré l’histoire du tennis, avec son grand chelem en carrière puisqu’il a remporté sept titres à Roland-Garros, plus ses victoires à Wimbledon (2), et ses succès  à Melbourne et Flushing-Meadow, ce qui le place au niveau de Rod Laver et de Bjorn Borg au nombre de tournois du grand chelem gagnés (11), juste derrière Emerson (12 avant l’époque open), Sampras (14) et Federer (17). A la lecture de ces chiffres, certains me feront remarquer que les trois joueurs qui ont remporté le plus grand nombre de tournois du grand chelem ne sont pas gauchers. Certes, mais parmi les deux seuls joueurs ayant réalisé le grand chelem, outre Donald Budge,  il y a le gaucher australien Rod Laver, qui l’a réalisé deux fois à sept ans d’intervalle (1962-1969).

En outre, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce site, si Laver a un tableau de chasse vide dans les tournois majeurs entre 1963 et 1967, c’est parce qu’il n’avait pas le droit de les disputer puisqu’il était professionnel. Combien en aurait-il gagné de plus pendant les cinq ans où il se trouvait au sommet de sa carrière (entre 25 et 29 ans) ? Nul ne le sait, mais vu la supériorité qu’il manifestait sur le circuit professionnel, on peut imaginer que c’est lui qui détiendrait le record de tournois du grand chelem remportés. Pour mémoire on rappellera qu’il a vulgarisé le lift, qu’il est le précurseur de la prise unique de raquette, qu’il avait tous les coups du tennis,  et un jeu de jambes exceptionnel. Tout cela lui ayant permis d’être le vrai numéro un mondial en 1961 et 1962, puis chez les professionnels, et enfin en 1968 et 1969. Qui dit mieux ? Personne.

Parmi les gauchers de génie je pourrais aussi évoquer les deux Américains Jimmy Connors et John Mac Enroe. L’un et l’autre dominèrent le tennis à leur époque, parfois même en même temps. Connors fut le meilleur joueur en 1974, un des deux meilleurs avec Borg par la suite (jusqu’en 1978), puis de nouveau numéro un en 1982 après la retraite du Suédois. A la même époque son plus grand rival fut John Mac Enroe, peut-être le plus doué de tous. Connors, à son meilleur niveau, était un joueur qui semblait jouer avec un lance-flammes, ce qui détruisait l’adversaire. Mais ce qui le différenciait le plus des joueurs qu’il affrontait, c’était ce revers à deux mains de gaucher qui était véritablement meurtrier, tant en passing qu’en retour de service. Mac Enroe en revanche, bien qu’ayant un jeu lui aussi très violent, était davantage artiste. Il ne donnait pas la même impression de cogner que « Jimbo », mais ses coups faisaient très mal aussi. Son service tellement spécial, qu’il délivrait au départ en étant sur une ligne parallèle à celle du court, était extraordinairement efficace, suivi le plus souvent par une volée qui ne l’était pas moins. Et, plus que tout sans doute, il possédait tous les coups dans sa raquette. D’ailleurs il était aussi brillant en double qu’en simple.

Et puisque j’en suis aux joueurs de tennis, je voudrais souligner que nous avons eu en France deux magnifiques joueurs gauchers, qui ont remporté la Coupe Davis en 1991, à savoir Guy Forget et Henri Leconte. Pour ceux qui l’ont connu quand il jouait au plus haut niveau, il est amusant d’entendre Henri Leconte donner  des conseils aux joueurs d’aujourd’hui, comme pourrait le faire un Lendl qui a tiré la quintessence de ses qualités. Leconte, en effet, aurait dû devenir un des joueurs du vingtième siècle…s’il avait exploité ses extraordinaires dons. Il savait tout faire, et tout faire bien.  Inutile de décrypter ses qualités, car il les avait toutes, sauf  la constance et la concentration. Forget était moins doué, mais son service, sa volée et son application lui ont permis de faire une très belle carrière, en simple et plus encore en double, en rappelant au passage que la paire Forget-Leconte est la seule à être invaincue en double dans toute l’histoire de la Coupe Davis (11 victoires en 11 matches).

Cela étant, pour être complet avec l’apport des gauchers sur le tennis, on n’oubliera surtout pas les dames. En effet, avec Martina Navratilova nous sommes en présence de la meilleure joueuse de l’histoire tant en simples (18 tournois du grand chelem plus le grand chelem en simple sur deux saisons) qu’en double (31 titres plus 10 titres en double mixte). J’ai souvent parlé d’elle sur ce site, et c’est pour cela que je ne vais pas insister. Elle aussi avait toutes les qualités, tous les coups du tennis, et avait acquis au fil des ans la ténacité qui font les supers champions. Quant à Monica Seles, elle aurait dû devenir plus grande encore qu’elle ne le fût si un fou n’avait eu l’idée de la poignarder en 1993, alors qu’elle arrivait dans les plus belles années de sa carrière (20 ans), et qu’elle avait déjà remporté 8 tournois du grand chelem. Hélas pour elle, après deux ans sans compétition et le traumatisme subi, elle ne retrouvera plus jamais son niveau d’avant l’accident, et se contentera de gagner l’Open d’Australie peu après son retour (en 1996). Sans cet accident horrible, combien de tournois du grand chelem aurait remporté Monica Seles, sorte de Jimmy Connors au féminin, avec une envie constante de « cogner » en poussant des cris stridents, ses retours de service fulgurants et son revers giflé. Autant d’atouts qui ont fait d’elle une joueuse hélas trop méconnue, compte tenu de ses qualités intrinsèques, mais qui a marqué l’histoire.

Michel Escatafal


La boxe, à la fois si belle et si navrante

Je ne sais pas ce que l’histoire retiendra des Jeux Olympiques de Londres en 2012, mais il y a au moins un évènement qui mérite d’être souligné, à savoir que pour la première fois la boxe américaine rentre bredouille de ces J.O., alors que jusqu’en 2008  les Etats-Unis avaient remporté 108 médailles, loin devant Cuba avec ses 63 médailles, et plus encore l’Italie avec 45 médailles. Et la France me direz-vous ? Et bien, elle se plaçait au treizième rang en compagnie de l’Allemagne, ces deux pays comptabilisant 19 médailles, en notant toutefois que l’ex RDA avait gagné de son côté 13 médailles, ce qui portait le vrai total de l’Allemagne à 32. Pour revenir à la France, ce n’est pas cette année qu’elle améliorera son total dans la mesure où tous nos boxeurs ont été éliminés prématurément, ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils aient démérité.

En effet, pour avoir vu le quart de finale de Nordine Oubaali (moins de 52 kg) contre l’Irlandais Conlan et plus encore celui d’Alexis Vastine (moins de 69 kg) contre l’Ukrainien Shelestyu, on peut dire que nos deux jeunes  boxeurs ne méritaient pas la défaite qui leur ont été infligées par des juges, dont j’espère qu’ils sont incompétents ou qu’ils ne savent pas se servir de la « scoring-machine ». Même si je ne suis pas un technicien de ce sport, mais pour avoir vu de nombreux combats à la télévision ou au bord du ring, je puis affirmer que la décision est scandaleuse pour Vastine et anormale pour Oubaali. En fait nos deux Français avaient bel et bien gagné leur combat. Plus grave encore, c’est la deuxième fois que cela arrive à Vastine, puisqu’il avait déjà été lésé à Pékin en 2008, à ceci près que cette fois il n’a même pas une médaille pour se consoler. Et pour bien montrer que quelque chose ne tourne pas rond dans cette manière de juger les combats, même un Britannique (c’est dire !) a été injustement battu par un Mongol dans les moins de 64 kg.

Et oui hélas, c’est aussi cela la boxe, un sport qui mérite infiniment mieux que la manière dont il est géré chez les professionnels, géré n’étant pas le mot adéquat dans la mesure où il y a cinq fédérations qui ne maîtrisent quasiment rien, mais aussi chez les amateurs, où les décisions incongrues sont légion dans les grands championnats ou aux Jeux Olympiques. Alors que faut-il faire ? Faut-il changer la manière de comptabiliser les points, faut-il faire confiance au jugement d’un arbitre et de deux juges tirés au sort juste avant un combat ? Sans doute. En tout cas je ne vois que cette solution pour éviter ce genre de décisions, qui font un mal fou à ce sport déjà en perdition. Problème, pour opérer ce changement de bon sens, il faudrait qu’une révolution touche les instances européennes et mondiales, en un mot il faudrait tout reprendre à zéro dans l’organisation et le fonctionnement de la fédération internationale. Et en rêvant un peu, il faudrait que cette fédération, revisitée par des règles simples et justes, joue vis-à-vis du secteur professionnel le même rôle que la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) vis-à-vis de la Formule 1. En écrivant cela, j’ai bien fait de préciser qu’il fallait rêver, car un tel changement n’est pas pour demain, et j’ai même peur que la boxe mourra de sa belle mort avant d’y arriver.

Mais au fait, que vaut une victoire ou une médaille aux Jeux Olympiques dans l’optique d’une carrière professionnelle ? C’est une question que nombre d’amateurs se sont posé…sans avoir une réponse définitive à y apporter. En fait, il y a eu d’immenses champions qui furent champion olympique ou médaillés, et beaucoup d’autres (infiniment plus nombreux) qui n’ont jamais participé aux Jeux, ce qui ne les a pas empêché de se retirer avec un magnifique palmarès professionnel. Déjà il y a la guerre qui a empêché nombre de boxeurs de participer aux J.O., puisqu’il n’y a pas eu de Jeux Olympiques entre 1936 et 1948, période qui correspond à l’âge d’or de la boxe. En revanche, un peu plus tard, la participation aux Jeux sera considérée comme un bon test pour étalonner les jeunes espoirs des pays occidentaux avant de passer professionnels. Ce l’était d’autant plus qu’ils affrontaient des boxeurs appartenant au pays du bloc communiste, lesquels ne reconnaissaient pas le professionnalisme, ce qui voulait dire que ces jeunes boxeurs américains ou européens affrontaient en trois reprises des adversaires beaucoup plus âgés qu’eux, et dont la principale activité était justement la boxe. Pas étonnant dans ces conditions que les J.O. nous aient permis de découvrir quelques uns des plus grands champions de l’histoire.

Le premier dont j’aimerais parler s’appellait Laszlo Papp, boxeur hongrois, qui aurait fait dans un autre pays que le sien une très grande carrière professionnelle. Il a remporté trois titres olympiques, en moyens en 1948, et en super welters en 1952 et 1956, avant de passer chez les professionnels à 31 ans en s’exilant provisoirement en Autriche. Très vite il devint une véritable terreur (15 de ses victoires le furent par K.O.), et c’est tout naturellement qu’il conquit le titre européen des poids moyens, qu’il gardera entre 1962 et 1964, hélas sans pouvoir disputer le titre mondial, faute d’obtenir un visa du gouvernement hongrois. N’ayant pas d’autres issues, il décida de mettre un terme à sa carrière en se retirant invaincu après 29 combats. Petit et râblé, c’était un remarquable technicien, capable d’affronter et de battre  tous les types de boxeur, y compris ceux beaucoup plus grands que lui, comme il le démontra face Tiger Jones, dont on rappellera qu’il battit Ray Sugar Robinson en 1955.

Le second qui me vient à l’esprit est Floyd Patterson, qu’on aurait pu surnommer « le roi de l’uppercut », tellement ce coup était remarquablement efficace chez lui, et qui fut champion olympique des poids moyens à Helsinki en 1952, avant de devenir en 1956 le plus jeune champion du monde des poids lourds (21 ans) jusqu’à l’avènement de Mike Tyson. Il perdra son titre mondial en 1959 contre un autre boxeur médaillé chez les lourds aux J.O. d’Helsinki, Ingemar Johansson, battu par disqualification en finale olympique contre Haye Sanders, dont le nom est resté dans l’histoire de la boxe parce qu’il ne survécut pas à un K.O. des points de Willie James (1954). Ingemar Johansson laissera son titre à Floyd Patterson lors de la revanche en 1960, avant d’abandonner la boxe suite à sa défaite dans la belle contre ce même Patterson à l’issue d’un magnifique combat. Très grand pour l’époque (presque 1m90), Johansson avait un crochet droit redoutable, qui lui permit de remporter nombre de victoires par K.O. (17 sur 26). A noter que seul Patterson l’a battu au cours de sa carrière professionnelle.

Ensuite je penserais à un très beau boxeur, l’Italien Nino Benvenutti, champion olympique des poids welters à Rome (en 1960) à l’âge de 22 ans. Merveilleux styliste, Benvenutti est considéré comme un des plus grands boxeurs européens du vingtième siècle. Champion du monde des super welters en 1965-1966, il montera ensuite dans la catégorie supérieure, les poids moyens, et sera champion du monde pendant trois ans, entre 1967 et 1970. Il aura affronté dans sa carrière deux des plus grands poids moyens de l’histoire, Emile Griffith qu’il battit deux fois sur trois, et Carlos Monzon qui le mettra deux fois K.O. en 1970 et 1971. Cette deuxième défaite mettra fin à sa brillante carrière.

Toujours aux J.O. de Rome, la boxe allait découvrir celui qui s’est appelé lui-même « le plus grand », et qu’il est inutile de présenter, Cassius Clay qui deviendra Mohammed Ali (voir mon article sur ce site). Il remportera le titre olympique chez les mi-lourds avant de faire la carrière que l’on connaît chez les poids lourds, où il affrontera dans des combats légendaires, le champion olympique des poids lourds à Tokyo en 1964, Joe Frazier (champion du monde des lourds entre 1970 et 1973). A noter qu’à ces J.O. un Français, Jo Gonzalès, s’empara de la médaille d’argent en super-welters. Un autre boxeur parmi les plus fameux qui affrontèrent Ali et Frazier, fut champion olympique en 1968 à Mexico, Georges Foreman. « Big Georges » comme on l’appelait, était un terrible puncheur, ce punch lui ayant permis de remporter 68 de ses 76 victoires par K.O. En fait Foreman aurait pu devenir un des deux ou trois plus grands poids lourd de l’après-guerre…s’il n’avait pas affronté Ali en 1974 à Kinshasa, dans un combat que tout le monde jugeait déséquilibré mais qu’Ali remporta par K.O. au huitième round.

En 1976 c’est une autre grande star qui gagnera l’or olympique, Sugar Ray Leonard, pour moi l’icône absolue du  » noble art ». Là aussi il n’y a pas grand-chose à ajouter (voir mon article sur le combat contre Hagler intitulé « Le match de la décennie 80 »), sauf pour souligner encore une fois son succès sur Marvin Hagler après trois ans d’absence et une opération à la rétine. Hagler-Leonard c’est un des plus grands combats du siècle précédent, entre deux champions exceptionnels qui ont dominé la décennie 80, au moment où jamais la boxe n’avait recelé autant de talents (Hearns, Duran etc.) dans une même époque depuis la fin des années 50. Cette même année un autre grand nom, Michael Spinks sera champion olympique dans la catégorie des poids moyens. Sa trajectoire ressemble un peu à celle de Patterson vingt ans plus tôt. Il avait à peine 20 ans en 1976, et il s’annonçait comme une des plus grandes figures de la boxe, quand il fut frappé par un drame familial (mort de sa compagne) le laissant seul avec sa petite fille (en 1983).

A ce moment il était incontestablement le meilleur des poids mi-lourds, et le restera jusqu’en 1985, détenant le titre mondial de la catégorie pour les trois principales fédérations. En 1985 il allait faire mieux encore en battant Larry Holmes, qui dominait la catégorie des poids lourds, devenant le premier des boxeurs poids mi-lourds à conquérir le titre chez les lourds, ce que n’avait jamais réussi à faire par exemple Archie Moore. Par ailleurs, avec son frère Léon, qui n’avait ni son talent ni son sérieux dans la vie, lui aussi champion olympique à Montréal en 1976 (poids mi-lourds), il formera la première fratrie ayant détenu un titre mondial des lourds. Michael Spinks domina la catégorie des lourds jusqu’au moment où il fut amené à affronter un Mike Tyson en pleine ascension (il avait 22 ans), qui le battra en juin 1988 par K.O. à la première reprise après une minute de combat. Ce combat signifia la fin de la carrière de ce boxeur très talentueux qui eut la malchance de se trouver sur la route d’un terrible puncheur de dix ans plus jeune que lui.

En 1988 un boxeur britannique, Lennox Lewis,  allait commencer aux Jeux Olympiques de Séoul une ascension qui fera de lui un des meilleurs boxeurs que l’Europe ait connu au cours du vingtième siècle. Il sera champion olympique en super lourds après avoir raté le titre en 1984 pour le Canada (où il vivait à cette époque) sur une décision très contestable en quart de finale contre un bon poids lourd américain, Biggs. En revanche, en 1988, personne ne lui enlèvera ce titre olympique qu’il voulait par dessus-tout, au point de rester quatre ans de plus chez les amateurs après sa déception de Séoul. Il gagnera la médaille d’or en finale contre Riddick Bowe, qui sera lui aussi un très bon poids lourd dans les années 90. Passé professionnel, Lennox Lewis deviendra champion d’Europe en 1990 sous licence britannique, puis dominera la catégorie des lourds unifiant le titre en 2000. Une chose que ne pourra pas faire un de ses deux vainqueurs, Vitali Klitschko, frère de Wladimir, champion olympique 1996 à Atlanta, la fratrie refusant de s’affronter et se partageant les couronnes mondiales encore aujourd’hui. Certes les deux frères Klitschko sont les meilleurs poids lourds actuels, mais il faut reconnaître que la catégorie n’a plus rien à voir à ce qu’elle était dans les années 70-80 ou même 90.

Evidemment j’aurais pu citer d’autres boxeurs médaillés olympiques ayant fait une belle carrière professionnelle, comme les Américains Evander Holyfield en 1984 en mi-lourds, qui fut un des tous meilleurs poids lourds-légers depuis la création de cette catégorie, ou encore Oscar de la Hoya en 1992, champion olympique des légers, qui deviendra un multiple champion du monde dans les diverses fédérations, sans oublier Pernell Whitaker couronné d’or lui aussi en légers en 1984. Quatre ans plus tard, un autre Américain, Roy Jones, sera scandaleusement volé du titre olympique en finale des poids super-moyens par un Coréen inconnu, Park Si-Hun, qui n’en revenait pas d’avoir pas gagné…parce qu’il savait qu’il avait été largement dominé. Heureusement ce Coréen est resté un inconnu, alors que Roy Jones détiendra un titre mondial dans quatre catégories différentes (moyens, super-moyens, mi-lourds et lourds), et sera considéré comme un des tous meilleurs boxeurs, toutes catégories confondues, entre 1996 et 2004. Enfin on n’oubliera pas non plus les Français Brahim Asloum, seul boxeur français à la fois champion olympique (2000) et détenteur d’un titre mondial chez les professionnels (mi-mouches), mais aussi deux boxeurs très doués, Christophe Tiozzo, médaillé de bronze en super welters en 1984 et champion du monde (WBA) dans la même catégorie entre 1990 et 1991, et enfin Laurent Boudouani qui obtint la médaille d’argent aux J .O. de 1988 en poids welters et qui s’empara du titre WBA en 1996 pour le garder jusqu’en 1999.

Michel Escatafal


Teófilo Stevenson et Felix Savón, les deux joyaux de la boxe cubaine

Merveilleux styliste, redoutable frappeur avec un direct du droit capable de faire tomber n’importe quel adversaire, athlète magnifique (1.90 m et 93 kilos), Teófilo Stevenson , décédé hier soir d’une crise cardiaque à l’âge de soixante ans,  fut à coup sûr un des grands champions de l’histoire de la boxe. N’oublions pas qu’il remporta le titre olympique chez les poids lourds en 1972, 1976 (année où furent aussi couronnés Léonard et les frères Spink) et 1980, qu’il fut aussi trois fois champion du monde amateurs en 1974, 1978 chez les poids lourds et en 1986 chez les super-lourds (catégorie qui n’existe que chez les amateurs), et qu’il remporta dans sa carrière 301 victoires en 321 combats. Mais il aurait peut-être pu figurer parmi les plus grands champions, au même titre qu’un Marciano, un Mohammed Ali, un Joe Frazier et un George Foreman qui le précédèrent en 1964 et 1968 sur la plus haute marche du podium olympique en poids lourds, ou un Mark Tyson…s’il était né américain ou français. Et oui, Stevenson étant cubain, donc né dans un pays communiste, il lui était interdit de monnayer sa valeur chez les professionnels, comme on le lui a souvent proposé, sauf à quitter son pays et à faire fi de la révolution cubaine dont il était un ardent défenseur.

Néanmoins pour ceux qui douteraient de la valeur de ses performances, parce qu’elles n’avaient eu pour unique théâtre que des combats amateurs, je rappellerais qu’en 1976,  aux J.O. de Montreal,  il mit K.O. à la première reprise en demi-finale l’Américain John Tate qui conquit en 1979 le titre mondial version WBA. C’est quand même une référence à prendre en compte, surtout si l’on ajoute que lors de ces Jeux 1976, il avait défait ses trois premiers concurrents en 7minutes et 22 secondes ! Quatre ans plus tôt, en 1972 aux J.O. de Munich, son adversaire en finale préféra lui laisser le titre sans combattre. En 1980, à Moscou, l’absence des Américains pour cause de boycott empêcha d’en savoir un peu plus sur la valeur de Stevenson à cette époque, car son adversaire en finale, le Soviétique Zayev qui lui rendait 16 cm, n’avait absolument pas les armes pour inquiéter le boxeur Cubain.

Il ne pourra pas davantage se mesurer aux Américains en 1984…de nouveau pour cause de boycott, les Soviétiques et plus généralement la plupart des pays communistes rendant la pareille aux Américains qui avaient boycotté les J.O. de Moscou en 1980 pour protester contre l’invasion de l’Afghanistan. Cela étant, le cru 1984 chez les poids lourds ou les super-lourds américains ou européens n’étant pas des meilleurs, cela ne nous aurait pas appris grand-chose sur l’état de forme de Stevenson, alors âgé de 32 ans, deux ans avant de raccrocher les gants pour rejoindre l’encadrement de la Fédération cubaine de boxe comme entraîneur. A ce titre,  il participa à l’éclosion de celui qui allait lui succéder dans le cœur des Cubains, Felix Savón qui, curieusement,  aura quasiment le même parcours que lui une vingtaine d’années après.

Felix Savón fut lui aussi triple champion olympique des poids lourds en 1992, 1996 et 2000 et, mieux encore que son illustre prédécesseur et entraîneur,  remporta six fois le titre de champion du monde amateur entre 1986 et 1997. Certes, lors de ses victoires aux J.O. il n’affronta jamais des foudres de guerre, à part peut-être le Russe Ibragimov (en 2000) qui obtint le titre mondial WBO des lourds en 2007. En revanche, hors Jeux Olympiques,  au cours de sa carrière amateur  Savón eut à affronter des adversaires de qualité comme Brewster,  qui fut champion WBO des lourds entre 2004 et 2006, et qui battit notamment Wladimir Klitschko par K.O. à l’étonnement général, ce dernier ayant été champion olympique à Atlanta en 1996 avant de dominer  avec son frère la catégorie des poids lourds depuis bientôt dix ans. Il s’imposa également face à l’Américain Briggs qui s’octroya la ceinture mondiale des lourds, version WBO en 2006, au Polonais Golota qui fut un des meilleurs poids lourds mondiaux dans les années 90 ou encore à l’Ouzbek Chagaev qui détint la couronne WBA des lourds en 2007 et 2008. Bref, comme Stevenson, il est vraiment dommage que Felix Savón n’ait jamais voulu franchir le Rubicon pour boxer chez les professionnels, car il aurait pu réussir une grande carrière, à l’instar des frères ukrainiens Klitschko un peu plus tard.

Savón, comme Stevenson, était très grand (1m96) et bénéficiait à ce titre d’une allonge exceptionnelle, qui lui permettait de gérer ses combats à sa guise. Son palmarès, sur le strict plan du nombre de combats gagnés, est tout aussi fabuleux que celui de Stevenson, puisqu’il a remporté 363 victoires en 380 combats. Lui aussi aurait pu faire fortune chez les professionnels mais, bien que né dans une famille pauvre, il a préféré rester fidèle à son pays et à son leader, Fidel Castro. Il a refusé, notamment dans les années 90, des propositions ô combien alléchantes pour affronter Tyson et Holyfield, les deux meilleurs poids lourds de la décennie avec le Britannique Lennox Lewis. Il a même avoué qu’on lui avait proposé dix millions de dollars pour un combat contre Tyson qui, à son meilleur niveau, était considéré comme imbattable. Qui sait ce que Savón aurait pu faire face à un pareil adversaire ? Personne ne pourra le dire, pas plus qu’on ne saura jamais si Stevenson était au niveau d’Ali, Foreman ou Frazier. En tout cas le seul fait que les techniciens et les promoteurs aient regretté la fidélité de Stevenson et Savón à la boxe amateur,  signifie qu’ils avaient peut-être leur chance contre ces monstres sacrés du ring.

Michel Escatafal


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 1 (F1-boxe)

En consultant pour la énième fois le dictionnaire International du Cyclisme de Claude Sudres, j’ai eu soudain envie d’écrire sur les surnoms donnés aux sportifs. En effet, dans le monde du sport on aime bien donner des surnoms aux champions…sans que parfois cela corresponde à des caractéristiques bien particulières de ce sportif. Parfois aussi, on utilise les mêmes surnoms pour des champions de sports très différents. Ainsi, on a appelé Alain Prost*, « le Professeur », comme ce fut le cas pour Laurent Fignon. Au passage nous devons reconnaître que cela allait aussi bien à l’un qu’à l’autre, tellement les deux hommes avaient la science de la course, qui au volant de sa Mac Laren, de sa Ferrari ou de sa Williams, qui sur son vélo. Par ailleurs, dans certains sports comme la boxe, c’est un mélange de beaucoup de choses, la ville ou encore l’Etat où le boxeur est né, mais aussi son style ou ses qualités de frappeur. Si j’ai évoqué la boxe, la F1 ou le cyclisme, j’aurais aussi dû parler du rugby, c’est parce que c’est surtout dans ces sports que l’on appelle souvent les champions par leur surnom.

Passons un petit moment sur la F1, en rappelant que Fangio fut le « Maestro », tout simplement parce qu’il fut longtemps le recordman des victoires en grand prix (25), mais surtout parce que jusqu’à Michael Schumacher (7 titres), il fut le seul pilote à avoir été cinq fois champion du monde. D’ailleurs quand on trouvait que quelqu’un allait trop vite au volant on lui faisait la remarque suivante : « Tu te prends pour Fangio » ?  Remarque faite notamment par Madame Prost, femme d’Alain, après un Grand prix de France houleux pour son mari. A propos de Schumacher, chacun sait que pour le grand public il reste « le Baron rouge », grâce à ses succès sur Ferrari, même si aujourd’hui il pilote pour Mercedes.

Parmi les autres surnoms très connus, les plus anciens se rappellent du célèbre « Pétoulet », dont on avait affublé Maurice Trintignant (2 victoires à Monaco), dans les années 50, sans que l’on sache exactement pourquoi. A peu près à la même époque, on se rappelle de Villoresi (pilote Ferrari) que tout le monde appelait « Gigi », de l’Argentin Froilan Gonzales (2 victoires) que l’on avait surnommé « El Cabezon » (le têtu), de Stirling Moss, sans doute le meilleur pilote après la retraite de Fangio, que l’on avait qualifié de « champion sans couronne » à force de flirter avec le titre de champion du mode, puis un peu plus tard de Von Trips (2 victoires au début des années 60)que l’on appelait « Taffy », sans oublier John Surtees, multiple champion du monde moto et champion du monde de F1 en 1964, qui était surnommé « Big John »…sans qu’il soit si gros que cela.

Jim Clark*, un des trois ou quatre plus grands pilotes de l’histoire, sera appelé « l’Ecossais Volant » dans les années 60. Dans les années 70, les surnoms vont fleurir avec « Lole » pour Reutemann, le pilote argentin aux 12 victoires, mais aussi Jean-Pierre Jarier, surnommé « Godasse de Plomb », tellement il était rapide  à défaut  de savoir gagner ou plutôt d’éviter la malchance. A  cette époque et jusque dans les années 80, on n’oubliera pas Niki Lauda (triple champion du monde) que l’on avait surnommé « l’ordinateur », ce qui correspondait parfaitement à sa manière d’évoluer sur la piste.  Peu après que Niki Lauda eut quitté la formule 1, nous allions avoir sans doute le plus fabuleux duel de la discipline (fin des années 80 et début des années 90) avec en face d’Alain Prost, « le Professeur », « Magic » Senna*, dont certains disent qu’il fut le pilote le plus rapide en valeur absolue de la discipline. « Magic », reconnaissons que cela lui allait tellement bien !

Pour être juste, et sans être trop chauvin, deux Français en plus de Prost se seront distingués chez Ferrari, tout en étant reconnu par leur surnom, à savoir René Arnoux dit « Néné » et Jean Alesi, que beaucoup de journalistes ont appelé « Jean d’Avignon », sa ville de naissance. Enfin, un peu plus tard, vers la fin de la décennie 90, la Formule 1 a connu « le Finlandais volant », surnom de Mikka Hakkinen, double champion du monde en 1998 et 1999, le seul vrai rival du « Baron Rouge » (Schumacher), pendant ses années Ferrari.  Un autre Finlandais, lui succéda pour le titre de champion du monde en 2007, Raikkonen, surnommé « Ice Man » (l’homme de glace) pour sa manière d’être dans les paddocks, mais pas du tout dans la vie car c’est un bon vivant. Ses principaux concurrents cette année, pour son retour en F1, pourraient bien être « El Toro de Asturias »(le Taureau des Asturies), Fernando Alonso, le double champion du monde espagnol, et « Baby Schumi » surnom de Sebastian Vettel*, qui semble marcher sur les traces de son illustre compatriote, Schumacher (souvent appelé « Schumi »), puisqu’à moins de 25 ans, il a déjà remporté deux titres mondiaux et 21 victoires.

Mais la Formule 1, comme je l’ai déjà précisé, n’est pas le seul sport où l’on attribue des surnoms. La boxe en est aussi très friande, et nous en avons eu là aussi une quantité énorme, surtout jusque dans les années 80, à savoir pendant l’âge d’or de ce sport. Je ne vais bien sûr en citer que quelques uns, tellement la liste serait longue, ce qui sera une excuse si j’oublie un « inoubliable ».  Je commencerais par Georges Carpentier, sans doute le plus grand boxeur français de l’histoire, que l’on avait surnommé en Amérique « The Orchid man » (L’homme à l’orchidée), en raison de la beauté de sa boxe, son fair-play, et son élégance toute française qui fascinait ses admirateurs et, plus encore peut-être, ses admiratrices. Il fut battu lors d’un championnat du monde des poids lourds encore fameux aux Etats-Unis (2 juillet 1921), par Jack Dempsey que les Américains appelait « le Tueur de Manassa », du nom de la ville où il était né, et aussi parce qu’il pulvérisait ses adversaires.

Parmi les autres boxeurs aux surnoms célèbres, il y eut Joe Louis, le fameux poids lourd noir des années 30 et 40, surnommé « The Brown Bomber » (le Bombardier Brun), qui remportait la quasi-totalité de ses victoires par K.O. technique. En fait, il sera invaincu durant toute la première partie de sa carrière, avant de remonter sur le ring pour des raisons économiques et de subir trois défaites, dont deux par les poings d’Ezzard Charles, surnommé « Le Cobra de Cincinnati », un des deux ou trois meilleurs mi-lourds de l’histoire, qui combattit contre lui en poids lourds, et Rocky Marciano*, surnommé « The Rock from Brockton », du nom lui aussi de son lieu de naissance dans le Massachussets. Rocky Marciano, rappelons-le, fut le seul boxeur de l’histoire des poids lourds qui se retira invaincu à l’issue de sa carrière professionnelle.

A peu près à cette époque, n’oublions pas Marcel Cerdan, notre Français champion du Monde des poids moyens, mort tragiquement dans un accident d’avion en 1949, l’année où il conquit son titre mondial, surnommé le « Bombardier Marocain », parce que sa famille s’était installée au Maroc pendant sa jeunesse. A noter qu’il eut son accident d’avion en allant aux Etats-Unis pour s’entraîner et combattre dans un match revanche contre le prestigieux Jack de la Motta, surnommé « The Raging Bull » pour sa rage de vaincre.  Cerdan faillit d’ailleurs être vengé par un autre Français, Robert Villemain, surnommé « French Bulldog », qui fut volé de la victoire au Madison Square Garden de New-York contre La Motta, par deux juges qui furent suspendus par la suite. A noter que La Motta ne consentit jamais à lui accorder une revanche titre mondial en jeu.

Villemain aura aussi eu l’honneur de croiser les gants avec une des quatre ou cinq figures les plus marquantes de l’histoire de la boxe anglaise, Ray Robinson*, dit Sugar Robinson. « Sugar », un surnom qui allait tellement bien à ce merveilleux boxeur qui avait tous les dons, au point d’être sans doute le plus beau boxeur qui soit jamais monté sur un ring jusque-là. A noter que, même si Robinson l’emporta face à Villemain, celui-ci réussit à le mettre au tapis, ce qui à cette époque était un véritable exploit. Un des rares boxeurs à avoir dominé Robinson fut Carl Olson, surnommé « Bobo », sans que l’on sache trop pourquoi, champion du monde des poids moyens en 1953 et 1954, et qui échoua pour le titre des poids mi-lourds face à l’autre gloire de la catégorie, Archie Moore*, surnommé « Old Mongoose » (Vieille Mangouste  en français).

Plus tard, dans les années 60 et 70, ce seront les boxeurs poids lourds qui tiendront le haut du pavé avec Mohammed Ali* surnommé « The Greatest », qui affrontera des boxeurs comme Charles Liston, surnommé « Sonny », puis Joe Frazier, surnommé « Smoking Joe », ou encore Georges Foreman, appelé « Big Georges », sans oublier Ken Norton dont le surnom était « The Black Hercules ». Ensuite ce sera la grande période des poids welters et moyens, avec Ray Leonard, qui lui aussi eut droit pour son élégance dans les gestes d’être appelé « Sugar ». Ray Sugar Leonard fut opposé dans sa merveilleuse carrière à des boxeurs dotés d’un immense talent, comme Benitez que l’on appelait aussi « El Radar » pour la précision de ses coups, mais aussi Roberto Duran, surnommé « Manos de Piedra » (mains de pierre), ou encore Thomas Hearns, un terrible puncheur que l’on désigna sous le surnom de « Hit Man », sans oublier évidemment Marvin Hagler, surnommé « Marvelous », qui offrit au monde de la boxe, en avril 1987, un match du siècle contre Leonard*. Enfin, plus près de nous, on signalera dans les années 80 et 90, les poids lourds Mike Tyson, surnommé « Iron Mike » ou « Kid Dynamite », tellement ses frappes étaient lourdes et puissantes, mais aussi Lennox Lewis, le Britannique, surnommé « The Lion », dernier poids lourd susceptible d’être comparé aux plus grands de l’histoire.

Aujourd’hui, hélas, la boxe n’étant plus ce qu’elle était, les grandes figures de ce sport ne sont plus très nombreuses à avoir leur nom et leur surnom en lettres d’or. Il y a tout d’abord les frères Klitschko, à savoir Vitali, surnommé « Ironfist » (poing de fer), et son frère Wladimir, appelé « Doctor » parce qu’il est diplômé de Sciences sportives, les deux hommes dominant depuis plus de dix ans la catégorie poids lourds, du moins ce qu’il en reste. Ensuite on citera les deux meilleurs ennemis de la catégorie des welters et super welters, Manny Pacquiao, surnommé « Pac-Man », qui battit en 2008 Oscar de la Hoya, surnommé « Golden Boy », et Floyd Mayweather, invaincu après 42 combats, surnommé « Pretty Boy » parce qu’il est toujours resté intact physiquement. A noter que cela fait maintenant quatre ans que le monde de la boxe, et ses fans, attendent une confrontation entre les deux meilleurs boxeurs actuels mais, signe de la dégénérescence de ce sport, jamais jusque-là on a réussi à mettre sur pied ce combat qui, seul, pourrait permettre à la boxe de faire un retour sur son passé.

Michel Escatafal

*Un article a été consacré à ces sportifs sur le blog


Mohamed Ali : “ I’m not the greatest; I’m the double greatest”. Oui, pour la postérité

Le 17 décembre aura lieu en Allemagne (Dusseldorf) un grand combat de boxe…avec un Français, Jean-Marc Mormeck, qui sera opposé à un des meilleurs boxeurs  actuels, toutes catégories confondues, l’Ukrainien Wladimir Klitschko, pour les titres WBA, IBO, IBF et WBO des poids lourds.  Le dernier combat de W. Klitschko remonte au mois de juillet, où il avait battu aux points sans la moindre discussion, David Haye…qui avait battu en 2007 J.M. Mormeck en lui prenant ses couronnes mondiales en lourds-légers. Voilà pour la présentation d’un combat a priori extrêmement difficile pour le Français, mais sait-on jamais ? Après tout, qui aurait misé un dollar sur Douglas quand il battit Tyson à Tokyo en 1990, combat a priori très déséquilibré, au point que personne ne voulait l’organiser aux Etats-Unis ? Malgré tout, quelle que soit sa qualité, ce sera très délicat pour Mormeck contre celui qui est sans doute le meilleur des deux frères, en tout cas le plus jeune et le plus talentueux. Si je dis cela c’est parce qu’il fut champion olympique des super-lourds aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 à l’âge de 20 ans. Et champion olympique, c’est toujours une référence en boxe, parce que cela signifie être le meilleur parmi les jeunes du monde entier. En outre, la boxe amateur est la seule qui soit organisée sur le modèle des autres fédérations sportives.

Cela étant, il est difficile de comparer les mérites de deux frères qui dominent la catégorie des lourds depuis le début des années 2000, ayant trusté toutes les couronnes mondiales dans les diverses fédérations…en prenant bien soin de ne jamais se rencontrer, suivant en cela une promesse faite à leur mère. D’ailleurs leur histoire est singulière déjà par leur parcours familial et universitaire. Leur père en effet était colonel dans l’armée soviétique, ce qui a amené la famille Klitschko à voyager beaucoup dans et hors de l’URSS, un père qui a participé aux opérations de décontamination autour de la centrale nucléaire Tchernobyl avec les séquelles que l’on imagine. Les frères Klitschko ont aussi longtemps fréquenté l’université (ils sont docteur en sciences du sport), et ils sont installés en Allemagne où leur popularité est immense, ce qui ne les empêche pas de faire de la politique dans leur pays d’origine, l’Ukraine. Et en plus ce sont des hommes d’affaires avisés. Bref, les deux frères sont deux « personnages » comme on dit, mais aussi de redoutables boxeurs, comme en témoigne leur palmarès avec respectivement 3 défaites pour Wladimir à côté de 56 victoires dont 49 avant la limite, et 2 défaites pour Vitaly contre 43 victoires dont 40 avant la limite. Quel bilan !

Enfin, espérons que Mormeck se transcende et qui sait ? En tout cas j’espère qu’il touchera une grosse bourse,  car en plus il va défier son adversaire devant 50.000 spectateurs qui seront tous acquis à la cause de l’Ukrainien. Cela dit, il fera ce combat sans peur et sans reproche, dans l’espoir d’être «  le meilleur du monde » et le plus grand boxeur français de l’histoire ». Simplement, tout en saluant son enthousiasme, il faut faire remarquer à Mormeck qu’avant lui il y a quand même eu quelques très grands boxeurs en France, notamment Carpentier dans les années 20, ou encore Cerdan dans les années 40, sans oublier Robert Cohen et Halimi dans les années 50, lesquels furent de vrais champions du monde…à une époque où la boxe n’avait qu’un champion du monde dans chacune des huit catégories, à une époque aussi où l’on était dans l’âge d’or de la boxe.

Cette formule « meilleur du monde » fait aussi penser à un immense champion, que beaucoup considèrent comme un des plus grands champions de tous les temps, Mohamed Ali, que le monde de la boxe a découvert sous le nom de Cassius Clay aux Jeux Olympiques de Rome (1960), où il avait remporté, à l’âge de 18 ans, la médaille d’or chez les poids mi-lourds, en pulvérisant tous ses adversaires y compris en finale où il affrontait le Polonais Pietrzykovski. Tous ceux qui ont assisté à ses combats avaient deviné que ce boxeur allait marquer son époque. Et de fait, il allait devenir « le plus beau poids lourd » de l’histoire, à défaut sans doute d’être « le plus grand » comme il se proclamait lui-même. Une chose est sûre, même si un Rocky Marciano ou un Joe Louis ont peut-être été plus forts que lui, aucun des plus grands poids lourds de l’histoire n’aura jamais eu une aura comme la sienne. Aucun d’eux n’aura été comme lui une bête de scène, aucun non plus n’aura autant fait que lui sur le plan politique, ayant eu le courage de refuser d’aller combattre au Vietnam en 1967, ce qui signifie qu’il a perdu trois ans de sa vie sur les rings au meilleur moment de sa carrière.

Mais reprenons justement le cours de la carrière de cet extraordinaire boxeur, dont le grand-père était esclave, qui fut appelé Cassius Clay par le patron de son père, et qui s’appela Ali à partir de 1964, date de sa conversion à l’Islam. Après sa belle carrière amateur ponctué par un titre olympique et deux victoires dans les « Golden Gloves », il fit ses grands débuts chez les professionnels en 1960, et se fit vraiment connaître à partir de 1962, battant en novembre un boxeur légendaire qui était aussi son entraîneur, Archie Moore, par K.O. au quatrième round. Ensuite il allait attendre à peine un an et demi pour disputer son premier championnat du monde en février 1964, à Miami Beach, contre le tenant du titre Sonny Liston, surnommé « l’Ours ». Il vaincra ce redoutable adversaire par K.O. au septième round, et remportera la revanche un an plus tard en mettant K.O. à la première reprise son adversaire. Ce fut à cette époque que le monde découvrit son show, insultant copieusement son adversaire lors de la pesée, et affirmant à la face du monde qu’il était le meilleur.

Tout cela évidemment ne pouvait que contribuer à faire de ses combats des évènements planétaires, pour le plus grand bonheur des promoteurs du monde entier. Car Ali appartenait au monde du spectacle, d’autant qu’il était très grand (presque 1.90 m)  et très mobile (à peine 100 kg), ce qui lui permettait de danser et piquer ses adversaires « comme une abeille », volant autour d’eux « comme un papillon ». C’est d’ailleurs sur ce plan, avec sa garde basse et les bras le long du corps, qu’il se singularisait dans la catégorie des poids lourds, parce que sa mobilité et son style faisaient irrésistiblement penser à Ray Sugar Robinson, roi des poids moyens, et sans doute le plus beau spécimen de boxeur  que l’on n’ait jamais vu avec l’autre Ray Sugar, Leonard. Mais comme je l’ai écrit auparavant, Ali pesait autour de 100 kg ! Et même s’il n’était pas réellement un vrai puncheur, comme Leonard, il finissait quand même par gagner ses combats avant la limite (37 sur 56 victoires), tellement ceux-ci s’étaient épuisés à courir après lui dans tous les endroits du ring. C’est ainsi qu’il conservera son titre de champion du monde contre Floyd Patterson (K.O. à la 12è reprise), qui pourtant était lui aussi un boxeur très mobile pour un poids lourd.

Ensuite la carrière d’Ali se poursuivit de la plus brillante des manières, conservant son titre sans problème jusqu’en 1967, contre des adversaires plus ou moins forts, en tout cas inférieur à lui. Ainsi il battit Chuvalo le Canadien, les Britanniques Cooper (premier boxeur à l’envoyer au tapis) et London, Mildenberger l’Allemand ou encore Cleveland Williams et Ernie Terrell. Ce dernier avait récupéré le titre WBA laissé vacant par Ali…parce que cette fédération l’avait destitué de son titre pour des raisons obscures (illégalité de son combat revanche contre Liston), mais Ali réunifiera le titre en 1967 en battant largement aux points ce même Terrell, avant de battre Zora Folley (K.O. à la 7è reprise), pour lequel Ali avait beaucoup de considération. Cela dit, malgré toutes ces victoires qui en faisaient le digne successeur de Joey Louis, dont il était un fervent admirateur, Ali commençait à agacer la classe politique avec ses prises de position depuis sa conversion à l’Islam (1965) et son adhésion aux Black Muslims, dont une des figures de proue était Malcom X. C’est à partir de ce moment d’ailleurs qu’il va devenir aussi une personnalité américaine bien au-delà de son rôle de boxeur, ce qui le conduira à devenir objecteur de conscience en 1967, risquant même cinq ans de prison, ce qui marquera la fin de sa première partie de carrière jusqu’en 1970…alors qu’il était dans la force de l’âge, puisqu’il n’avait que 25 ans.

Cela me fait penser un peu à la vie de Fausto Coppi, contraint par la guerre à faire une croix sur sa carrière au moment où il atteignait sa plénitude. Fermons la parenthèse, pour noter que plus jamais Ali ne sera le même au cours de sa seconde carrière….même si nombre de grands boxeurs se seraient contentés des performances qu’il réalisa. Mais Ali n’était pas seulement un grand boxeur, c’était un super champion, et donc la barre était nécessairement plus haute pour lui. Cela dit, tout avait bien recommencé pour lui, puisqu’il allait donner la leçon (K.O. 3è reprise), pour son vrai combat de reprise, à l’espoir blanc, Jerry Quarry, après avoir récupéré sa licence en 1970. Ensuite il se préparera pour son vrai grand combat de retour contre Joe Frazier, dont on disait qu’il était son ami dans la vie. Je ne sais pas si c’était la réalité, mais ce que je sais c’est que Frazier était un terrible démolisseur, et Ali plus tout à fait le même combattant comme en témoigne sa victoire laborieuse contre un Argentin, Bonavena, qui a certes été mis K.O. au 15è round, mais qui aurait gagné ce combat, avec pour enjeu le titre de champion d’Amérique du Nord, s’il s’était déroulé comme de nos jours en 12 reprises.

Malgré tout Ali est confiant avant d’affronter Frazier, pour ce que certains ont appelé une nouvelle fois « le combat du siècle », entre le virtuose qu’était resté Ali même si la partition n’était plus aussi fine, et le frappeur redoutable et redouté qu’était Frazier. En fait le 8 mars 1971, ce fut un drôle de combat qu’Ali domina jusqu’au 11è round…pour finir par le perdre dans les trois dernières minutes, en allant au tapis lourdement. Il se releva, mais il n’en pouvait plus et perdit son invincibilité. Cela étant, il se vengera presque trois ans plus tard en terrassant Frazier dans une revanche sanglante qui lui tenait à cœur, et qui lui permettait de défier la nouvelle terreur des poids lourds, Georges Foreman, un effrayant puncheur. Ce combat eut lieu à Kinshasa (République Démocratique du Congo), le 30 octobre 1974, avec une bourse de 5 millions de dollars pour chaque boxeur, et contre toute attente, déjouant tous les pronostics qui donnaient Foreman vainqueur, Ali l’emporta par K.O. au 8è round, pour le plus grand plaisir des 50.000 spectateurs présents, tous supporters d’Ali, et qui pour une bonne part criaient « Ali, boma yé », que l’on peut traduire par «Ali, tue-le ».

Et pourtant, le début du combat ressembla au scénario que tout le monde avait écrit avec un Foreman qui cognait sur son adversaire pour lui asséner de véritables coups de massue. Mais Ali plia souvent, bondissant parfois des cordes sur les coups, mais jamais ne rompit jusqu’à la quatrième reprise où le combat commença à s’équilibrer, Foreman faisant part de ses premiers signes de découragement. A la sixième reprise, c’est Ali qui commence à prendre l’avantage, preuve que le combat avait changé d’âme. Enfin au huitième round Ali touche Foreman d’un direct du gauche doublé d’un large crochet droit plongeant qui cisaille Foreman. Foreman K.O., quel exploit de la part d’Ali ! Il faut rappeler, pour mesurer la portée de ce qu’a réalisé ce soir-là Ali, que Foreman avait vaincu avant la limite Frazier en 1973, mais aussi Ken Norton, un des meilleurs poids lourds de la décennie, vainqueur d’Ali l’année précédente. Et voilà comment Ali se retrouva de nouveau au sommet en étant redevenu l’incontestable champion du monde des poids lourds.

Ce sera son chant du cygne au plus haut niveau, même s’il bat une nouvelle fois Frazier (qui n’était plus que l’ombre de lui-même) le 1er octobre 1975 à Manille (Philippines), avec encore une énorme bourse à la clé (6 millions de dollars). Ensuite il battra de justesse Norton en 1976, mais Mohamed Ali n’est plus du tout le champion qui battit Foreman, et encore moins celui de sa première carrière. Il continuera sa carrière jusqu’en 1981, mais il y a longtemps qu’on ne le considère plus comme le roi des poids lourds, même s’il battit Léon Spinks dans un combat revanche, redevenant pour la troisième fois champion du monde. Il terminera sa carrière au plus haut niveau, en essayant de conquérir une quatrième fois le titre des lourds, ce qui aurait constitué un record, contre  Larry Holmes, son ancien sparring-partner, mais il sera nettement battu face à un adversaire de sept ans plus jeune que lui, et qui l’a pourtant ménagé jusqu’au 11è round (jet de l’éponge) en raison de l’admiration qu’il avait pour lui. Le temps d’Ali était définitivement passé.

Il n’en reste pas moins que la postérité retiendra de lui son extraordinaire talent, et cette manière unique qu’il avait de faire le spectacle, comme je l’ai dit précédemment.  Son palmarès témoigne aussi qu’à défaut d’être le plus grand, il fut quand même un des plus grands, avec ses 56 victoires (dont 22 en championnat du monde) et seulement 5 défaites. Il se retira des rings riche, contrairement à nombre de ses prédécesseurs qu’il ne voulait surtout pas imiter, affirmant : « Je ne partirai pas en minable, comme les boxeurs d’autrefois. On ne dira pas que je me suis payé une Cadillac et une ou deux nanas blanches, et que je n’avais plus un sou à la fin de ma carrière ». Hélas pour lui, il fut atteint à l’âge de 40 ans de la maladie de Parkinson, mais cela ne l’empêcha pas de continuer à militer pour les bonnes causes, ou à se consacrer à ses activités religieuses, et de retrouver la gratitude de la nation américaine, puisqu’il alluma la flamme olympique à Atlanta en 1996. Enfin, il a eu le plaisir de voir sa fille Leila devenir championne du monde de boxe  à son tour, même s’il n’avait pas un goût prononcé pour la boxe féminine, ce que pour ma part je comprends parfaitement.

Michel Escatafal