Le bel exploit de Froome et la magnifique « retirada » de Contador

Résultat de recherche d'images pour "froom contador vuelta 2017" Alors que l’on apprend que le prochain Giro partira…d’Israel, revenons un peu sur une Vuelta qui vient de se terminer, comme prévu, sur la victoire de Christopher Froome. Un Froome qui n’a quand même pas laissé une impression énorme de supériorité, un peu comme dans le Tour de France. On a même l’impression qu’avec un peu plus d’adversité il aurait pu craquer en troisième semaine, là où généralement il apparaît moins fort. Cela étant il n’a jamais vraiment été menacé, parce que la menace n’en était pas réellement une, ses suivants au classement général étant à un niveau inexorablement inférieur…à l’exception d’Alberto Contador. Ce dernier en effet doit aujourd’hui, et peut-être encore plus demain, regretter amèrement son problème gastrique en Andorre qui l’a mis quasiment hors course dès le début de cette Vuelta.
Bien sûr, on va me dire que s’il avait été en course pour le classement général, il n’aurait pas eu la même liberté pour récupérer ça et là un peu de temps. Sans doute, à ceci près que finalement il n’a vraiment récupéré du temps que dans l’Angliru, où il a accompli un véritable exploit, après avoir fait beaucoup d’efforts plus ou moins inutiles les jours précédents. C’est pour cela que j’avoue bien volontiers m’être trompé à propos de la force du « Pistolero », en le soupçonnant de ne pas avoir tout donné lors de son dernier Tour de France pour mieux arriver en forme à la Vuelta, et terminer ainsi sa magnifique carrière sur une victoire dans le grand tour de son pays.

Cela dit, ce n’est qu’une supposition, mais vu comme il a terminé ce Tour d’Espagne, je me demande si à la fin de l’épreuve ce n’était pas lui le plus fort. En tout cas, ce fut le cas dans les derniers jours et plus particulièrement dans la montée de l’Angliru, où il a donné l’impression de redevenir (presque) le Pistolero du Tour 2009 ou celui du Giro 2011, qu’il avait écrasé de toute sa classe. En tout cas, sans peut-être aller jusque-là, je pense qu’il était presque aussi fort que lorsqu’il a dominé Froome en 2014 dans la Vuelta. Ce fut d’ailleurs à cette occasion la seule fois où l’on vit les deux meilleurs coureurs du siècle en cours s’affronter à armes égales et au meilleur de leur forme, même si Contador n’était plus tout à fait le Contador de 2009, et même si Froome n’avait pas encore atteint son niveau de 2015. Evidemment tout cela est très subjectif, mais je ne suis pas certain d’avoir tort sur ces affirmations.

En tout cas Contador se retire de la compétition en pleine gloire avec cette victoire dans l’Angliru, et Froome se retrouve aujourd’hui avec à son palmarès le doublé Tour-Vuelta que seuls Anquetil et Hinault ont réussi. La comparaison est d’autant plus frappante qu’à l’époque la Vuelta se déroulait en avril, soit quelques semaines avant le Tour de France. Néanmoins cette comparaison s’arrête là, car la participation de la Vuelta dans les années 60 ou 80 était loin d’être au niveau de celle de nos jours. Toutefois l’exploit que vient de réaliser le super champion britannique, démontre si besoin était ce que j’ai toujours prétendu, à savoir que ce type de doublé est réalisable, comme est réalisable le doublé Giro-Tour que Contador aurait pu réussir en 2011 ou 2012 sans ses ennuis avec le laboratoire de Cologne, pour la plus grande joie des détracteurs du vélo. Malgré tout, n’en déplaise à ces détracteurs et aux instances du cyclisme, pour tous les vrais amateurs de vélo Contador se situe au troisième rang des vainqueurs de grands tours dans l’histoire du cyclisme, juste derrière Merckx et Hinault.

Certes, il n’est pas question de comparer les palmarès globaux (avec les courses d’un jour) de Contador et de ses deux illustres prédécesseurs, mais sans l’acharnement de l’UCI et de l’AMA, il serait à coup sûr à leur niveau sur les grands tours : la preuve il est le seul avec trois victoires sur la route dans chacun d’eux, ce qui veut dire qu’il en aurait au moins deux autres…s’il avait pu y participer. Quant à Froome, le voilà nanti de cinq succès dans cette catégorie, avec ses quatre Tours de France et sa Vuelta, ce qui le situe dans cette catégorie au niveau de Bartali, Binda et Gimondi, ce qui n’est déjà pas mal, même si Bartali, comme Coppi, ont vu leur carrière s’interrompre pendant une bonne partie de la seconde guerre mondiale, ce dont il faut tenir compte quand on veut comparer les coureurs dans l’histoire du vélo. Rejoindra-t-il Contador et ses neuf victoires? Certainement pas, au vu de ce qui sera sa saison la plus aboutie, qui me fait penser à celle d’Hinault en 1985, après son second doublé Giro-Tour, ce doublé étant son chant du cygne.

Il est même vraisemblable qu’il ne rejoigne pas Coppi, Indurain, Armstrong avec leurs sept victoires et encore moins Anquetil qui en compte huit, surtout si Quintana reprend sa marche en avant, le coureur colombien ayant eu cette année un trou d’air dans sa carrière en terminant « seulement » second du Giro et douzième du Tour, un rang indigne de sa réputation. Si l’an prochain il se fixe comme principal ou unique objectif le Tour de France, je doute que Froome puisse le battre. Quintana ne serait pas le premier coureur à ressusciter après une mauvaise année. Qu’on se rappelle Jacques Anquetil en 1958 et 1959, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir un palmarès global extraordinaire à la fin de sa carrière, qui le met juste derrière Merckx et Hinault. En revanche je ne crois pas du tout en Nibali qui, malgré son très beau palmarès, n’est qu’un grand coureur et non un campionissimo, comme il l’a prouvé cette année en étant battu par Dumoulin et Quintana dans le Giro et par Froome dans la Vuelta, sans l’avoir réellement menacé.

Un dernier mot enfin, pour parler des Français qui n’ont pas existé dans cette Vuelta, et qui ont montré hélas que l’année prochaine ce ne sera pas eux qui feront tomber Froome de son piédestal. Je veux parler ici de Bardet et Barguil, mais aussi de Pinot…en espérant qu’il ne restent pas d’éternels espoirs. Combien de fois les Français amateurs de cyclisme ont été déçus par des espoirs qui n’en étaient pas vraiment! Inutile d’en faire la liste, elle serait trop longue. Et là où les Italiens ont un coureur comme Aru, malgré ses limites en contre-la-montre, là où les Espagnols ont Landa, là où les Colombiens ont en plus de Quintana et Uran, « Superman » López, vainqueur de deux étapes dans cette Vuelta, la France ne donne aucunement l’impression de posséder le successeur d’Hinault (Tour 1985), pas plus que celui de Fignon (Giro 1989), ni de Jalabert (Vuelta 1995).

Quelle tristesse d’écrire cela à chaque fois que je fais un article après un grand Tour, mais hélas c’est un constat et rien n’y peut changer. Heureusement, pour nous consoler nous avons un remarquable sprinter avec Arnaud Démare, vainqueur de Milan-San Remo l’année passée et cette année de la Brussels Cycling Classic qui s’appelait autrefois Paris-Bruxelles, même si cette dernière n’est plus considérée de nos jours comme une grande classique. On se réconforte comme on peut, mais réellement Démare est vraiment très bon, d’autant qu’il n’a que 26 ans. Dommage qu’il n’ait pas été élevé sur la piste, parce qu’il serait imbattable dans une arrivée au sprint.

Michel Escatafal

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Le doublé Tour-Vuelta est-il possible? Réponse : sans doute

Il y a comme cela dans le vélo des doublés mythiques (Giro-Tour, Tour-Vuelta) que beaucoup considèrent de nos jours comme impossible à réaliser, et je ne sais pas pourquoi. Certes on va me faire remarquer que la lutte contre le dopage a produit ses effets et que désormais il y a des objectifs impossible à se fixer, sauf à être un doux rêveur. C’est valable en partie en athlétisme comme on peut le constater à propos de certains records du monde féminins (100m, 200m, 400m, les lancers et même les sauts), mais aussi masculins pour les lancers, qui étaient tellement surhumains que personne n’a pu les approcher. Cela dit, le vélo n’est pas l’athlétisme et si les records tombent dans ce sport, c’est aussi en raison de l’évolution de la technologie. Qui songerait à comparer les exploits de Roger Rivière en poursuite (à la fin des années 50) avec ceux de Moser (dans les années 80) ou plus récemment de Wiggins? Toutefois, une chose est certaine : le dopage dans le sport n’a pas disparu, quelles que soient les mesures qui ont été prises pour essayer de l’endiguer.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à des choses concrètes à l’approche du départ du Tour d’Espagne, qui sera marqué, je le rappelle, par le fait que l’on verra Contador pour la dernière fois sur un vélo de compétition. J’espère qu’il finira aussi bien que Mo Farah (une médaille d’or et une d’argent aux derniers championnats du monde d’athlétisme), et mieux que Bolt, foudroyé en plein vol dans la ligne droite du relais 4x100m, après avoir été dominé sur 100m. Cela pour rester dans la comparaison avec l’athlétisme. Cela étant il finira toujours mieux sa carrière que Coppi ou Merckx, voire même Anquetil, qui n’ont pas su s’arrêter à temps, et presque aussi bien qu’Hinault, Indurain ou Armstrong qui n’ont pas démérité, loin de là sur leurs dernières courses. Désolé de parler ainsi d’Armstrong, mais pour moi il n’a fait qu’avouer ce que tant d’autres ont fait avant lui (je pourrais aussi dire après), à une époque où on ne parlait pas ou si peu de dopage, et à une époque où les moyens pour contourner les règlements étaient beaucoup moins sophistiqués que de nos jours. Au fait, que je sache, Armstrong n’a jamais connu la moindre suspension pour dopage, et s’il a bénéficié d’AUT (autorisation d’usage à des fins thérapeutiques), dispositif ô combien controversé, il est loin d’être le seul. Alors pourquoi lui? Sans doute pour son histoire personnelle, mais en attendant il y en a beaucoup d’autres qui ont fait comme lui et à qui on n’a pas retiré leurs victoires, mais eux n’ont pas avoué ou l’ont fait 20 ou 30 ans plus tard, sans parler de certains laboratoires qui n’avaient pas tout à fait les mêmes capacités d’analyse que d’autres, ce qui a abouti à des résultats positifs qui ne l’auraient pas été ailleurs (cas Contador).

Fermons cette nouvelle parenthèse sur un sujet qui m’a constamment énervé, parce que comme toujours on ne sait que faire les choses à moitié, ce qui crée d’énormes injustices qui transforment les palmarès en menus à la carte, où chacun prend ce qu’il veut. Cependant essayons de voir les coureurs ayant le plus de chances de remporter la prochaine Vuelta, avec cette précision qui fait que le doublé Tour-Vuelta n’a été réalisé qu’à deux reprises avec Anquetil en 1963 et Bernard Hinault en 1978. A ce propos, on remarquera que le champion toutes catégories au palmarès des grandes épreuves, Eddy Merckx, ne l’a pas réalisé. ce qui paraît étonnant. En revanche il a fait le doublé Giro-Vuelta en 1973, tout comme Battaglin en 1981. Je ne mettrai pas sur le même plan ce même doublé Giro-Vuelta réussi cette fois par Alberto Contador en 2008, parce que jusqu’en 1994, le Tour d’Espagne se courrait juste avant le Tour d’Italie au printemps. alors qu’aujourd’hui la Vuelta se court en août et septembre, avec un délai d’un mois à peine après l’arrivée du Tour de France…ce qui pourrait expliquer que le dernier doublé Tour-Vuelta date de 1978 avec Bernard-Hinault. Cela étant on relativisera ce constat en notant que Quintana, troisième du Tour en 2016, s’est imposé quelques semaines plus tard en Espagne…en battant Froome qui venait de gagner le Tour de France.

Ceci m’amène à évoquer cette Vuelta 2017 qui s’annonce passionnante avec la participation de Froome, Nibali qui a terminé troisième du Giro en mai, Aru vainqueur en 2015, sans oublier Bardet qui est de nouveau monté sur le podium du Tour (3è), le Colombien Chaves, mais aussi Warren Barguil après son très beau Tour de France même s’il affirme concourir simplement pour une victoire d’étape, son leader étant théoriquement Keldermann, le Russe Zakarin (cinquième du dernier Giro), le Néerlandais Kruijswick qui aurait dû gagner le Giro 2016 (battu sur chute après avoir dominé l’épreuve jusqu’à l’avant-dernière étape), et bien évidemment Alberto Contador qui achèvera sa brillante carrière avec le dossard numéro un. En revanche manqueront à l’appel Quintana, Uran le second du Tour de France et le vainqueur du dernier Giro, Tom Dumoulin, sans oublier Landa, Valverde, non remis de sa chute dans le Tour de France. ni Samuel Sanchez qui vient d’apprendre qu’il se serait dopé à une hormone de croissance à…39 ans, après 19 années en tant que professionnel, ce qu’il nie avec force en attendant le résultat de la contre-expertise.

Alors qui va gagner? Je parierais sur Froome, même s’il n’est pas favori comme il l’était avant le Tour de France. Il semble que ses plus belles années (depuis 2012) vont s’arrêter à la fin de cette saison, parce que je ne le vois plus aussi fort, comme l’a confirmé le Tour de France. Néanmoins avec 40 km de contre-la-montre individuel et 13 km par équipes avec sa très forte équipe Sky, il sera très difficile à battre. En plus, qui va lui prendre du temps dans les cinq étapes de montagne. Après il y a Nibali, coureur un peu atypique chez les grands, parce que bon partout mais exceptionnel nulle part. Cela ne l’a pas empêché de gagner quatre grands tours, mais qui a-t-il battu à chaque fois? En revanche il n’a jamais fait le poids face à Contador ou Froome au sommet de leur forme, et il a été incapable de battre Dumoulin cette année dans le Giro, sans oublier sa victoire miraculeuse dans le Giro 2016, que j’évoquais auparavant. Si je devais parier gros, je le ferais sur Kruijswick, en pensant à son magnifique Giro de l’an passé. Ah, si Contador était encore Contador, mais il va avoir 35 ans en décembre…et cela fait 10 ans qu’il est au sommet, période durant laquelle il a gagné trois fois chacun des grands tours, ce qui lui vaut d’être troisième dans ce classement des grands tours nationaux derrière Merckx (11) et Hinault (10), et devant Anquetil (8), Coppi, Indurain et Armstrong (7).

Et les Français me direz-vous? Et bien ils ne seront pas favoris, pas même Bardet, pour qui les 40 km contre le chrono seront rédhibitoires. Au fait depuis quand un Français n’a-t-il pas gagné la Vuelta? Réponse : depuis 1995 et la victoire de Laurent Jalabert, ce qui est quand même plus récent qu’un succès dans le Giro (Fignon 1989) ou dans le Tour de France (Hinault 1985). Terrible constat quand même, même si je suis de ceux qui pensent que Romain Bardet (bientôt 27 ans) ou Warren Barguil (presque 26 ans)peuvent relever le gant dans les années à venir. Espérons que ce sera le cas, sinon c’est à désespérer du vélo dans une nation comme la nôtre qui a eu tellement de grands champions, dont quelques uns figurent parmi les plus grands de l’histoire, notamment Bobet, Anquetil, Hinault, et à un degré moindre Poulidor, Thévenet, Fignon ou Jalabert pour ne citer que des coureurs ayant couru depuis 1946. Remarquons toutefois que les Belges ne sont pas mieux lotis que nous dans les grands tours (dernière victoire De Muynck au Giro en 1978), eux qui ont donné au cyclisme le plus grand coureur au niveau du palmarès, Eddy Merckx. Et que dire des Néerlandais qui n’ont plus eu de vainqueur du Tour de France depuis Zoetemelk en 1980, de la Vuelta depuis 1979 avec ce même Zoetemelk. Cela dit, leur très longue disette s’est arrêtée cette année avec Tom Dumoulin, vainqueur du Giro. Et si Barguil remportait cette Vuelta? Après tout il est permis de rêver!

Michel Escatafal


La venue de Neymar au PSG et les adieux de Contador à la Vuelta

Cette fois c’est définitif, Neymar a signé au PSG pour 5 ans et ce ne sont pas les atermoiements du président de la Liga, mauvais joueur comme les dirigeants du Barça, qui pourront y changer quelque chose. Au passage, on notera que les dirigeants du Barça comme de la fédération espagnole ne supportent manifestement pas de voir un club français, qualifié de nouveau riche, venir se mêler à la cour des grands, à laquelle apprtiennent depuis des décennies le Real Madrid et le FC Barcelone, sauf que je n’imagine pas que le président du Real ait pu réagir de cette manière. On est un Grand d’Espagne ou on ne l’est pas! Cela dit, revenons à mon premier propos pour noter que c’est la plus belle histoire que le football français ait pu raconter en termes de transfert de joueur. Même Ibrahimovic, malgré son talent et son aura internationale, se situe à un niveau largement inférieur à celui de Neymar, en termes footballistique comme sur le plan commercial.

Oui, depuis combien de temps la Ligue 1 n’avait pas eu en son sein un des 2 ou 3 meilleurs joueurs du monde? Eh bien, si l’on enlève la présence de Zidane dans les années 90, mais il n’était pas encore le Zidane de la Juventus et encore moins du Real, ni celle de Platini dans les années 80, mais il n’était pas encore le Platini de la Juventus, il faut remonter au milieu des années 50 avec Raymond Kopa pour avoir trace d’un footballeur que l’on pouvait à juste titre considérer comme une super star du ballon rond. Et il l’était effectivement, comme il allait le prouver au Real Madrid en devenant ce qu’est devenu Neymar au FC Barcelone, à savoir le numéro 2 derrière Messi du club le plus emblématique du monde avec le Real Madrid. Le « Napoléon du football », comme on a surnommé Kopa en Espagne, a d’ailleurs prouvé son extraordinaire talent en remportant en 1958 le Ballon d’Or, après avoir été élu cette année-là meilleur joueur de la Coupe du Monde en Suède, devant des Pelé, Didi ou encore l’Allemand Rahn ou les Suédois Gren, Hamrin et Liedholm.

En écrivant ces lignes je vois beaucoup d’analogies entre Kopa et Neymar, l’un étant le numéro 2 du Real après Di Stefano, à l’époque considéré comme le meilleur joueur de la planète, exilé à l’aile droite par la force des choses et Neymar jouant lui-même à l’aile gauche qui, différence avec Kopa, est davantage son poste naturel. Cela dit la grande différence entre Kopa et Neymar se situe sur le fait que nous ne sommes plus dans les années 1950, mais en 2017, ce qui, avec l’influence des réseaux sociaux et le merchandising y afférent, fait plus apparaître Raymond Kopa comme un gladiateur de l’époque romaine qu’une star planétaire du football, vue de nos jours. Et oui, nous ne somme plus dans le même monde qu’au milieu du siècle dernier, même si le transfert de Kopa en 1956 au Real Madrid avait lui aussi battu tous les records…mais seules quelques personnes privilégiées dans le monde pouvaient regarder ces joueurs à la télévision. Il n’y avait ni Sky Sport, ni BeInSport, ni Canal+ etc, et je le répète internet n’existait pas.

Voilà, je ne vais pas en rajouter sur Neymar au PSG, qui met tellement en joie la quasi totalité des amateurs de football dans notre pays, à l’exception de quelques pisse-vinaigre qui ne s’intéressent pas à ce sport, de J.M. Aulas, écoeurant de jalousie, qui ne pense qu’à son Olympique Lyonnais et de quelques « insoumis » qui y voient une occasion de fustiger le capitalisme, tout en se gardant de critiquer véhémentement le comportement de certains dictateurs marxistes, sans parler de certain journaliste comme Patrick Montel, qui se permet de critiquer la venue de Neymar pour 222 millions d’euros, mais qui vit depuis des années grâce au sport, notamment l’athlétisme…qu’il n’a jamais pratiqué et à propos duquel il n’a pas l’once d’une compétence technique. J’arrête là car cela prend trop de temps de décrire les tribulations de ces « insoumis » qui, en réalité n’en sont pas vraiment.

Changeons de sujet à présent et passons au Tour de France, pour dire que cette année pourrait bien être la dernière victoire dans l’épreuve de Froome, ce dernier paraissant sur le déclin. Il me fait penser un peu à Jacques Anquetil en 1964, vainqueur de Poulidor pour moins d’une minute (55s), ou encore à Bernard Hinault qui a gagné le Tour 1985 sans être réellement le plus fort, son coéquipier Greg LeMond s’étant interdit de l’attaquer. La preuve l’année suivante, il sera nettement battu par ce même LeMond, ce qui ne l’empêchera pas de terminer sa carrière (à 32 ans) sur une excellente note. Froome n’en est pas encore à la fin de sa carrière, mais il commence à prendre de l’âge (32 ans). Certes il n’est apparu au firmament du cyclisme qu’en 2011 en terminant second de la Vuelta, après n’avoir jamais rien gagné auparavant, ce qui malheureusement pour lui a laissé beaucoup de place aux suspicions de toutes sortes, mais il semble n’être plus le Froome dominateur que l’on a connu entre 2012 et 2016. Rappelons qu’il a remporté ce Tour vraiment à l’économie avec seulement 54s sur Uran, 2mn20 sur Bardet et 2mn 21s sur Landa son coéquipier, qui était peut-être le plus fort de tous.

Sans que ce soit aussi flagrant qu’en 2012 quand Froome fit cadeau de sa victoire à Wiggins, nettement inférieur en montagne, je pense qu’un Landa protégé aurait pu l’emporter cette année. Dans sa nouvelle équipe l’an prochain, le Basque espagnol pourrait faire très mal à Froome et aux autres…s’il est leader, ce qui n’est pas acquis s’il rejoint la Movistar avec ses deux leaders Valverde et Quintana. En tout cas, sauf accident comme cette année, il sera un grand favori du Giro 2018, s’il le court. Et s’il progresse encore un peu plus contre-la-montre, tout comme Bardet, il sera dangereux lors du Tour de France, car Landa a montré que le doublé Giro-Tour n’est pas impossible, comme je l’ai toujours pensé. Pour mémoire Landa a couru le Giro où il a brillé (une victoire d’étape en montagne et le prix du meilleur grimpeur). Certes il n’avait pas la pression d’être leader après sa chute au début de l’épreuve, mais il a participé à de nombreuses échappées, ce qui ne l’a pas empêché d’arriver en grande forme au Tour de France, contrairement à Quintana (2é du Giro) ou à Contador en 2015, qui semblait cramé après son Giro victorieux et qui subissait déjà les affres du déclin.

Mais ce même Contador aurait réussi ce doublé à coup sûr, comme je l’ai souvent indiqué sur ce site, sans les problèmes qu’il a connus lors du Tour 2010, et qui l’ont partiellement détruit alors qu’il était au sommet de son art. L’UCI s’est d’ailleurs ridiculisée en lui enlevant la victoire lors du Giro 2011, qu’il avait écrasé de toute sa classe devant Scarponi et Nibali, alors qu’il était l’objet d’une surveillance exacerbée de la part de l’UCI et de l’Agence mondiale antidopage. Enfin, pour tous les amoureux de ce sport magnifique qu’est le vélo, Contador restera un des plus grands champions de l’histoire avec ses 9 grands tours remportés, car évidemment on compte dans son palmarès le Tour 2010 et le Giro 2011 gagnés sur la route sans que personne n’ait pu prouver qu’il se dopait. Et si je parle encore une fois de Contador c’est parce qu’il a décidé d’abandonner la compétition après la prochaine Vuelta, épreuve durant laquelle, en hommage à ses trois victoires, il portera le numéro 1.

Pour tous les amoureux du vélo, cela va être un grand manque, Contador nous ayant prouvé qu’il fut à la fois un extraordinaire baroudeur, et un immense champion, juste derrière les Merckx, Hinault, Coppi, Anquetil, se positionnant parmi les très grands avec Bartali, Bobet, Indurain ou Armstrong. Je n’en dirai pas davantage sur ce campionissimo espagnol, tellement j’ai abreuvé mon site d’articles sur le Pistolero. Souhaitons quand même qu’après avoir fini dans les dix premiers son dernier Tour de France, il finisse cette fois la Vuelta dans le top 5 pour sa dernière course. Il le mérite amplement, au vu de ce qu’il a apporté au cyclisme, en rappelant notamment ses envolées sublimes du Giro 2011, son extraordinaire numéro dans l’étape menant à Fuente Dé qui lui permit de renverser la situation et de s’imposer lors de la Vuelta 2012, qui marquait son retour après presque un an sans courir, sans oublier le Tour 2009 où son attaque supersonique sur les pentes vers Verviers lui permit de prendre le maillot jaune et de le garder jusqu’à Paris en battant Andy Schleck et Armstrong. Nul doute que son intelligence et son sens des affaires lui permettront de vivre sa retraite de la meilleure des façons, sans oublier les jeunes de sa fondation, dont un peut-être reprendra le flambeau qu’il va laisser ces prochaines semaines. Au revoir et merci cher Pistolero au nom de tous les amoureux du vélo.

Michel Escatafal


Les années en 7 du Tour sont souvent particulières

Bonjour à tous mes lecteurs, à qui je dois des excuses, mais la France vient de vivre une longue séquence politique…qui explique qu’on pense à autre chose qu’au sport dans ces circonstances. Aujourd’hui la France est « En Marche » et c’est sûrement la chance de notre pays, avec un président jeune et ambitieux. Fermons la parenthèse et place au Tour de France, après un début de saison marqué par la énième grande saison de printemps de Valverde (37 ans), qui collectionne les victoires dans les classiques et les courses à étapes de moins d’une semaine, au point de se rapprocher du palmarès de Sean Kelly, c’est-à-dire juste derrière les monstres sacrés du cyclisme sur route. En revanche le premier des grands tours, le Giro, a confirmé que désormais Dumoulin sera un interlocuteur de premier ordre dans l’avenir, grâce évidemment à sa capacité à rouler au niveau des tous meilleurs contre le chrono, mais aussi par sa faculté à se dépasser en montagne pour suivre très longtemps les meilleurs grimpeurs, un peu comme savait si bien le faire Indurain ou encore Rominger. En revanche, dans ce même Giro, Quintana a montré des limites que nombre de gens ne lui soupçonnaient pas, tout comme Nibali, bon partout mais exceptionnel nulle part.

Du coup qui sont les favoris du prochain Tour de France? Normalement, si tout va bien pour lui, le vainqueur sera Froome, car il est le meilleur des favoris en montagne et contre-la-montre, un peu comme Contador entre 2008 et 2011 ou 2012. Froome est donc a priori imbattable et il devrait l’être. Sérieusement, avec en plus un Tour d’Italie dans les jambes, on ne voit pas Quintana le menacer. Je ne vois pas hélas non plus Contador dominer Froome, parce que, contrairement à Valverde, le Pistolero ne se bonifie pas avec l’âge. Certes il reste toujours ce coureur flamboyant, capable de faire sauter n’importe qui à la faveur d’une belle manoeuvre en montagne, mais il se trouve toujours un coureur à présent pour le confiner aux places d’honneur. Depuis le début de la saison Contador a terminé second du Tour d’Andalousie, de Paris-Nice après un baroud d’honneur magnifique dans la dernière étape, du Tour de Catalogne et du Tour du Pays Basque, battu notamment par Valverde dans les trois épreuves espagnoles. Contador reste un grand coureur, mais il n’est plus le meilleur depuis au moins deux ans. Valverde justement pourrait être un outsider, mais il sera d’abord au service de Quintana…parce qu’il peut difficilement espérer gagner le Tour de France. En fait, il n’a gagné qu’un grand Tour dans sa longue carrière (Vuelta 2009) comme Kelly.

Alors qui d’autre? Aru peut-être, mais le nouveau champion d’Italie est trop limité contre-la-montre pour s’imposer. En plus, malgré ses qualités de grimpeur, il n’est pas assez fort en montagne pour battre Froome et même Quintana ou Contador. Il y a Porte aussi, mais lui est un coureur de courses d’une semaine, ayant toujours craqué dans le Tour de France à un moment ou un autre. Ce n’est pas pour rien qu’il n’ait jamais gagné encore un grand tour. Restent des coureurs comme Fulgsang, Chaves ou notre Bardet national, mais qui peut imaginer ces coureurs s’imposer dans le Tour de France sauf circonstances exceptionnelles ou très grande surprise, comme certains Tours de France nous en ont réservé dans les années se terminant par 7, avec toutefois une différence notable par rapport au passé, à savoir que les meilleurs coureurs à étapes d’aujourd’hui sacrifient tout à leur préparation pour le Tour de France. On peut le regretter, mais c’est ainsi depuis les années 90, avec comme précurseur Greg LeMond, ce qui lui a bien réussi (3 victoires).

Et puisque j’évoque l’histoire, je voudrais en profiter pour parler rapidement de quelques Tours de France célèbres qui se sont terminés par de grandes surprises. Celui de 1937, marqué par l’arrivée du dérailleur pour tous ( dont les cyclotouristes étaient équipés depuis 1924) que tout le monde donnait à Bartali, déjà deux fois vainqueur du Giro à 22 ans, un des plus grands grimpeurs de l’histoire, qui avait la main mise totale sur ce Tour (18mn35s d’avance sur Sylvère Maes le vainqueur de l’année précédente), avant de s’écraser entre Grenoble et Briançon sur une barrière dans une descente et tomber dans un torrent glacé. Il put certes continuer mais, trop diminué par ses blessures, il abandonna entre Toulon et Marseille laissant la victoire à Roger Lapébie, bon coureur certes mais loin d’être un super crack comme Bartali (voir mon article Guy et Roger Lapébie : une fratrie qui a honoré le vélo ). C’est un peu comme si Fulgsang gagnait le Tour cette année!

Je passe sur la rocambolesque et magnifique victoire de Robic en 1947 (voir mon article Jean Robic, guerrier sans peur…et presque sans reproche ) pour arriver à 1957, avec l’avènement de celui qui allait devenir un des champions de légende du vélo, Jacques Anquetil. Il l’emporta certes avec près d’un quart d’heure d’avance sur le Belge Janssens, mais sa victoire fut facilitée par l’abandon prématuré des grimpeurs Gaul (terrassé par la chaleur) et Bahamontes, lesquels n’auraient pas manqué d’exploiter la défaillance dans l’Aubique de celui qui allait dominer le vélo entre 1960 et 1966. Autre scenario en 1967, avec la victoire de Pingeon, que personne n’attendait dans un Tour réservé à Raymond Poulidor, Mais une chute entre Strasbourg et Metz allait l’obliger à mettre un terme à ses ambitions, laissant la victoire à Pingeon en devenant un coéquipier de luxe. Pour mémoire ce Tour est celui de la tragédie du Mont Ventoux qui vit la mort de Simpson. On pourrait aussi évoquer le Tour 1977 avec la deuxième victoire surprise de Thévenet, qui a profité au maximum de la fin de carrière de Merckx et de l’effacement d’Ocana pour l’emporter devant Hennie Kuiper. Ce sera le chant du cygne de Thévenet.

Un peu plus près de nous, en 1987, ce fut Stephen Roche qui remporta un Tour de France que JF Bernard n’aurait jamais dû perdre. Une défaite dont il ne se remit jamais réellement. En tout cas Roche profita des circonstances pour réussir le doublé Giro-Tour, et même le triplé avec le championnat du monde, ce que seul Merckx a réussi avec lui. La comparaison avec Merckx s’arrêtera là, parce que Stephen Roche fut simplement un très bon coureur à étapes et non un de ces cracks qui ont marqué durablement l’histoire du vélo. Un crack qu’aurait dû être Jan Ullrich…s’il avait eu la volonté qui allait avec son talent. Il a toutefois gagné facilement le Tour de France 1997, laissant Virenque à plus de 9mn et Pantani à plus de 14mn, puis la Vuelta en 1999, sans oublier ses trois deuxièmes places dans la Grande Boucle derrière Armstrong, qu’il aura eu la malchance d’avoir face à lui. Enfin en 2007, ce sera l’avènement du crack du vingt-et-unième siècle dans les courses à étapes, Alberto Contador, vainqueur de 9 grands tours ( 3 Tours de France, 3 Tours d’Italie et 3 Tours d’Espagne), ce qui le situe juste derrière Hinault (10) et Merckx (11). Les égalera-t-il? J’en doute, mais sa place est au Panthéon du cyclisme.

Michel Escatafal


Pour Roger Walkowiak, le bonheur était dans l’anonymat

walkowiakDeux tristes nouvelles dans le monde du cyclisme ces derniers jours avec d’abord la mort de Serge Baguet, âgé de 47 ans, ce qui est très jeune, et qui va faire dire aux contempteurs du cyclisme que c’est parce qu’il a abusé de produits dopants, alors qu’ils n’en savent absolument rien. Comme si la mort ne frappait pas des gens ayant une vie parfaitement saine à 40 ans ou 50 ans, voire même avant! Juste pour l’histoire, on retiendra que Baguet était un bon coureur professionnel, ayant à son palmarès une victoire dans le Tour du Nord-Ouest de la Suisse, mais aussi une victoire d’étape dans le Tour de France en 2001 et un titre de champion de Belgique en 2005, sans oublier quelques belles places dans L’Amstel Gold Race (3è), ou dans Kuurne-Bruxelles-Kuurne et au Grand Prix de Plouay (2è). Ce n’est pas énorme, mais Baguet était un de ces anonymes du peloton comme il y en a et comme il y en a eu beaucoup, et à ce titre mérite notre respect.

Mais il n’aura jamais eu la chance qui fut celle de Roger Walkowiak, décédé le 6 février juste avant ses 90 ans, qui ne remporta aucune victoire significative chez les professionnels…à part le Tour de France en 1956, ce qui est considéré comme la surprise du vingtième siècle dans le monde du vélo. Pourquoi la surprise? Parce qu’il détonne quelque peu au palmarès de la plus prestigieuse course du monde, où figurent la quasi totalité des plus grands champions du cyclisme sur route. Cela étant, celui qui était le plus vieux vainqueur d’un Tour de France depuis la mort de Ferdi Kubler, laissant ce privilège à présent à Bahamontes, n’était quand même pas un coureur d’opérette, car il termina à la deuxième place de Paris-Nice en 1953, année où il termina huitième de Milan-San Remo, et du Critérium du Dauphiné en 1955, juste derrière le champion de l’époque, Louison Bobet qui, quelques semaines plus tard, allait remporter son troisième Tour de France. Donc, ne diminuons pas Roger Walkowiak, même si sa victoire n’a guère d’égale en termes de surprise que celle de Pereiro en 2006, vainqueur après la disqualification pour dopage de Landis, disqualification au demeurant indiscutable après un exploit à la Merckx ou à la Coppi, qui était trop beau pour être vrai.

Fermons la parenthèse, et revenons à Walkowiak et à ce fameux Tour de France 1956, en précisant que cette année-là la participation fut sans doute une des plus faibles de l’histoire. Néanmoins il y avait quand même quelques coureurs qui auraient dû lutter pour la victoire finale…s’ils n’avaient pas négligé le danger que pouvait présenter le fait de laisser un petit peloton de 31 coureurs prendre 18mn46s à l’arrivée à Angers. Mais comment « les grands » ou ce qu’il en restait avaient-ils pu laisser se développer à ce point cette échappée? Tout simplement parce qu’il y avait trop d’absents dans les grandes équipes pour pouvoir cadenasser la course ou réduire l’écart avec les échappés. N’oublions pas que l’équipe de France était orpheline de Louison Bobet, l’Italie de Coppi et Magni, la Suisse de Kubler et Koblet, et parmi les quelques favoris restants, Charly Gaul, vainqueur du Giro juste auparavant, Federico Bahamontes, Pasquale Fornara, quadruple vainqueur du Tour de Suisse, et Stan Ockers, le champion du monde, n’avaient pas une équipe suffisamment forte pour aider leur leader.

Surtout, personne n’imaginait que Walkowiak résisterait à la meute lancée à ses trousses dans les Pyrénées ou les Alpes, bien qu’étant catalogué comme honnête grimpeur. Résultat, Walkowiak finit par s’imposer devant le Français Bauvin (1mn25s), le Belge Adriaenssens (3mn25s) et Bahamontès relégué à plus de 10mn, Gaul et Ockers terminant respectivement à la huitième et à la treizième place pour s’être trop livré à un marquage aussi étroit que suicidaire. Et oui, un coureur comme Walkowiak avait gagné le Tour, et curieusement cette victoire allait lui apporter plus de regrets que de bonheur. Pourquoi des regrets? Parce que personne ne le prit davantage au sérieux, subissant même les moqueries du milieu pour un succès qu’il n’avait pourtant pas volé, lui le petit régional de l’équipe Nord-Est-Centre, dirigée par celui qui sera son sauveur à plusieurs reprises, le bien-nommé Sauveur Ducazeaux (ça ne s’invente pas!).

Mais qui était ce Walkowiak qui, avant d’être professionnel, avait appris le métier de tourneur ? C’était un fils d’émigrés polonais venus se fixer en France en 1923, à Montluçon, ce qui lui valut, dans le Tour de France 1956, le bonheur d’arriver en jaune dans sa ville natale, la veille de l’arrivée à Paris, où, par parenthèse, Hassenforder s’offrit une quatrième victoire d’étape après un long raid solitaire de 180 km. Pour revenir à notre sujet, Walkowiak comme son père, ouvrier métallurgiste puis concierge d’usine, était un dur au mal, et on imagine aisément qu’il était prêt à mourir sur son vélo pour s’offrir une victoire qui lui paraissait impensable au départ du Tour de France, mais qui, au fur et à mesure que l’on s’approchait de Paris, devenait de plus en plus possible, puis vraisemblable, dans un contexte de course folle où les échappées fleurissaient chaque jour jusqu’aux Pyrénées.

Là, chacun se disait, chez les coureus comme chez les suiveurs, que la fête serait finie pour ces francs-tireurs, qui en avaient bien profité. et qui laisseraient la place aux quelques cadors restant en course, à commencer par les deux rois de la montagne, Gaul et Bahamontes, même si leur retard paraissait vraiment conséquent. Mais ces derniers ne seront pas aussi irrésistibles qu’on aurait pu le penser en montagne, Gaul ne l’emportant qu’à Grenoble. Du coup, rien d’étonnant que ce soit trois coureurs loin d’être considérés comme des cracks, que l’on allait retrouver aux trois premières places à Paris, à savoir Walkowiak, Bauvin et Adriaenssens, comme écrit précédemment. Mais, pour en revenir à Walkowiak, en plus de ses qualités d’endurance, il avait la chance d’appartenir à une équipe régionale, et non à l’équipe de France, où sa marge de manoeuvre aurait sans doute été moins importante, surtout avec des coureurs comme André Darrigade, lequel s’était pris à rêver de devenir leader face à une concurrence amoindrie.

Cela dit, nombre de suiveurs ont toujours pensé que, sans la malice parfois teintée d’un minimum de vice de Sauveur Ducazeaux, Walkowiak n’aurait jamais remporté la Grande Boucle. Et de fait, en appliquant à la lettre les consignes de Ducazeaux, Walkowiak arrivait dans les Pyrénées dans les meilleures conditions pour un coureur suffisamment complet pour ne pas perdre tout le bénéfice des deux échappées qu’il avait animées de Saint-Malo à Lorient et de Lorient à Angers. Deux échappées qui lui permirent de prendre le maillot jaune. Un paletot d’or que lui avait fait miroiter Ducazeaux, ce dernier lui ayant soufflé la veille de l’étape reliant Saint-Malo à Lorient : »Tu n’es pas assez rapide pour gagner une étape au sprint, mais en te glissant dans des échappées tu pourras prendre le maillot jaune un jour ou deux, ce qui est éminemment rentable dans les tournées d’après-Tour ».

Ducazeaux avait vu juste avec un coureur qui, en plus, connaissait la forme de sa vie, et qui se découvrait des talents qu’il ne croyait pas avoir. Certes il perdit le maillot de leader à Bayonne pour le laisser à Voorting, excellent rouleur néerlandais, qui le cèdera au Belge Adriaenssens à Pau, mais Ducazeaux commença à se persuader et à persuader son coureur qu’il pouvait gagner ce Tour de France, parce que disait-il, Walkowiak ne sera sans doute pas sujet à une grosse défaillance compte tenu de sa robustesse. Un discours qui convenait parfaitement à Walkowiak, lequel se prenait à rêver, surtout en pensant à l’avance qu’il avait sur Bahamontes, Ockers et Gaul, les seuls qui lui paraissaient inaccessible à égalité de temps avec lui. Et de fait, ce fut lui qui prit le maillot jaune à Grenoble pour ne plus le lâcher jusqu’à Paris.

Il eut toutefois une grande frayeur entre Grenoble et Saint-Etienne, car il fut victime d’une chute, certes sans gravité, mais qui provoqua un instant de panique, car Gilbert Bauvin (équipe de France), son second ne l’attendit pas, bien au contraire. Mais il était dit que rien n’empêcherait Walkowiak de gagner ce Tour, car il reçut d’abord la roue de son équipier Scodeller et surtout le renfort d’un équipier modèle, Adolphe Deledda, qui avait beaucoup travaillé pour Louison Bobet dans les Tours précédents, et qui n’avait pas été sélectionné cette année-là par Marcel Bidot, directeur technique de l’équipe de France. Encore une chance supplémentaire pour Walkowiak dans sa quête du Graal, car dans cette poursuite infernale, Deledda retrouva l’efficacité qui avait si souvent aidé Bobet, se permettant même quelques poussettes sur son leader, et le maillot jaune de Walkowiak fut sauvé.

Décidément, comme nous dirions aujourd’hui, toutes les planètes étaient alignées pour que Roger Walkowiak finisse par s’imposer et connaisse enfin la célébrité. Toutefois cette gloire allait être éphémère, et il retrouva très vite l’anonymat dans sa bonne ville de Montluçon. Avec l’argent amassé en cet an de grâce 1956, il s’acheta un bar, mais lassé d’entendre les clients lui rappeler sa victoire dans le Tour, il reprit son métier de tourneur, jusqu’à sa retraite. Curieuse vie que celle de ce champion, loin d’être Coppi, Bobet, Koblet ou Kubler, mais qui figure à côté d’eux au palmarès du Tour de France. Qu’en serait-il aujourd’hui s’il avait gagné le Tour de France dans les années 2010? Personnellement je ne sais pas, mais je ne suis pas sûr qu’il serait plus heureux qu’il ne le fût. Après tout, il avait réalisé un rêve à priori insensé et avait retrouvé une vie tranquille qui, sans doute lui convenait.

Michel Escatafal


Le Costaud de Vaugirard a retrouvé Maspes au paradis des sprinters

Rousseau M.La semaine dernière le monde du vélo vélo a été marqué par la mort d’un des plus grands pistards de l’histoire, même si son palmarès ne reflète pas ce que je viens d’écrire. En effet Michel Rousseau, surnommé le Costaud de Vaugirard, est décédé à l’âge de 80 ans, soit 60 ans tout juste après le titre olympique si brillamment conquis aux J.O. de Melbourne. Pourquoi l’avait-on surnommé ainsi ? Tout simplement parce qu’il était très costaud avec un gabarit imposant pour l’époque (1,73m et 81 kg) qui en faisait le sprinter type jusqu’à ce moment. Il l’était d’autant plus qu’en ces temps-là la vitesse n’était pas qu’un exercice de force, mais nécessitait à la fois d’avoir un esprit de décision et d’autorité. Ce n’était pas pour rien que les sprinters étaient appelés les aristocrates de la piste !

La carrière de Michel Rousseau avait commencé sur la route, mais il s’aperçut très vite, et ceux qui l’entouraient plus encore, qu’ elle n’aurait rien de glorieux, ce qui explique qu’il s’essaya très tôt sur la piste, où une vedette (on ne disait pas encore une star) pouvait arriver à très bien gagner sa vie, contrairement aux sprinters de nos jours, qui n’ont guère que trois ou quatre occasions dans l’année pour se montrer. Pour revenir à Michel Rousseau, la première chose qui frappa l’oeil des connaisseurs fut son finish impressionnant. Il avait le jump, et cette qualité allait lui permettre à de nombreuses reprises de gommer ses imperfections tactiques, imperfections qu’il gardera jusqu’à sa retraite, en plus de ses bravades. Néanmoins, malgré ses défauts il allait devenir un très grand sprinter, en même temps qu’un de ces personnages de légende avec son visage poupin et ses allures de titi parisien. Le type même de pistard qui manque cruellement à la piste de nos jours, ce qui explique son dénuement. Il est vrai qu’aujourd’hui, avec toutes les révélations sur des pratiques que l’on croyait à jamais bannies du vélo, il devient de plus en plus difficiles de s’extasier sur les performances des coureurs, et plus généralement de nombreux sportifs.

Fermons la parenthèse, et revenons à la carrière de Michel Rousseau pour noter qu’il remporta son premier succès en finale de la Médaille, une épreuve qui se déroulait au Vélodrome d’Hiver (le Vel d’Hiv) et qui récompensait le jeune coureur qui se montrait le plus rapide à l’issue de plusieurs tours de qualification. Cette épreuve était ouverte à tous les jeunes licenciés à partir de l’âge de 16 ans, le vainqueur recevant une médaille en or sur laquelle était gravée : « Vélodrome d’Hiver, Grande Finale de la Médaille ». Pour mémoire on trouvait au palmarès des noms comme Senfftleben (1940), Forlini (1946), Blusson (1947), Verdeun (1948), Darrigade (1949), Morettini (1951) et après Rousseau en 1956, les Italiens Bianchetto (1958) et Damiano (1959), tous à part Darrigade ayant fait une belle carrière sur la piste, notamment les six-jours. Cette même année 1956 fut pour Michel Rousseau l’année de tous les bonheurs ou presque. Presque parce qu’il fut battu en finale du championnat de France amateurs de vitesse par André Gruchet, excellent tacticien et plus âgé que lui. En revanche il s’imposa au grand prix de Paris amateurs, devint champion du monde de vitesse amateurs, titre qu’il conserva en 1957 après être devenu champion de France, et champion olympique à Melbourne en pulvérisant l’Italien Pesenti.

Pour tout le monde cette succession de victoires faisait de lui le futur grand crack de la vitesse pour la fin des années 50 et de la décennie 60, d’autant qu’il avait pour entraîneur le célèbre Louis Gérardin, qui était un champion pour exploiter les dons athlétiques des coureurs qu’il avait sous sa coupe. comme il le prouva avec Morelon et Trentin notamment. Après avoir dominé pour ne pas dire écrasé la concurrence (Pesenti, Gasparella notamment) lors des championnats du monde amateurs en 1957, il passa professionnel l’année suivante. Et immédiatement il devint le maître de la vitesse, devenant champion du monde en 1958 en jonglant avec tous ses adversaires, notamment Sacchi et Suter en série, puis Pfenninger en quart de finale, avant de battre sèchement Maspes en deux manches en demi-finale. Pour rappel Maspes fut le plus grand sprinter de la décennie 50 et même 60, en étant champion du monde chez les professionnels en 1955, 1956, 1959, 1962 et 1964. Enfin, en finale, Michel Rousseau s’imposa avec une dérisoire facilité face à Sacchi. Tous ces succès ne pouvaient qu’en appeler d’autres dans les années suivantes, d’autant que rien ne semblait atteindre le Costaud de Vaugirard. Non seulement c’était un surdoué, imbattable dans les 200 derniers mètres, mais il était aussi d’une folle décontraction. Ainsi il stupéfia l’assistance au Parc des Princes, entre les deux manches de la finale mondiale de la vitesse 1958, en dégustant tranquillement une marmelade de pommes. Plus décontracté que lui, il n’y avait pas !

Et pourtant sa carrière n’allait pas être celle que l’on attendait. D‘abord il perdit son titre mondial en 1959, en finale contre Maspes. Ce dernier, sans doute intrinsèquement moins rapide, allait néanmoins lui donner une leçon de maîtrise tactique en le privant d’une couronne qui lui tendait les bras. Ensuite ce fut de moins en moins brillant tant sur le plan national qu’international, puisque son seul fait d’armes jusqu’à sa retraite fut une finale de championnat du monde en 1961 contre ce même Maspes. Celle-ci restera toutefois dans les mémoires, peut-être pour l’éternité, parce que dans cette finale Michel Rousseau imposa à son rival italien un sur-place de trois quarts d’heure. Tout le monde pensait que l’Italien, qui approchait la trentaine, allait se consumer face au champion français qui semblait avoir retrouvé sa superbe. Erreur de jugement, en fait c’est l’influx nerveux de Rousseau qui allait le faire céder le premier et Maspes conserva son titre, alors que tout le monde était convaincu de la victoire du Français au vu des matches précédents. Ce fut le chant du cygne de Michel Rousseau, sprinter surdoué mais manquant trop de cette envie exacerbée de la victoire qui faisait la force de Maspes. Sans doute ce dernier lui a déjà rappelé cette fameuse finale de 1961 au paradis des sprinters, le crack italien étant décédé en octobre 2000.

Michel Escatafal


Une belle Vuelta à venir, mais on attendra encore une dixième victoire française

DottojalabertRudi Altig, sans doute un des deux meilleurs coureurs allemands de l’histoire du vélo, avec Ullrich, est décédé (à l’âge de 79 ans) il y a quelques semaines (11 juin), c’est-à-dire peu de temps avant le départ de la Vuelta, épreuve qui l’avait consacré parmi les géants du cyclisme sur route, après avoir été un des meilleurs poursuiteurs depuis la création du championnat du monde de poursuite, à une époque où les pistards étaient nettement plus forts qu’aujourd’hui. Il était un des coureurs les plus complets sur les vélodromes, avec son titre de champion du monde de poursuite amateurs en 1959, alors qu’il avait 22 ans. La même année il battit le record du monde du kilomètre sur piste couverte, comme on disait à l’époque, mais aussi celui des 5 km, distance sur laquelle se déroulait la poursuite. Passé professionnel en 1960, il confirma immédiatement ses immenses qualités de pistard en s’emparant du titre mondial en poursuite chez les professionnels, titre qu’il conservera en 1961, avant d’améliorer l’année suivante son record des 5 km.

Ensuite il deviendra un des meilleurs routiers de sa génération, remportant la Vuelta en 1962, au nez et à la barbe de son chef de file de l’époque Jacques Anquetil, au point que ce dernier, vexé, préféra abandonner l’épreuve avant l’arrivée. Il démontra aussi tout son opportunisme lorsqu’il devint champion du monde sur route en 1966, en prenant un maillot arc-en-ciel que la sottise et la bête rivalité entre Anquetil et Poulidor lui offrirent sur un plateau, alors que nos deux champions français étaient les plus forts sur le très dur circuit du Nirburgring. Son palmarès s’orne aussi d’un Tour des Flandres en 1964, d’un Tour du Piémont en 1966, d’un Milan- San Remo en 1968 ou encore un Grand Prix de Francfort en 1970, pour ne citer que ses victoires les plus importantes. Bref, un géant de la route et de la piste, d’autant qu’il compte à son actif 22 victoires dans les six-jours avec des partenaires aussi prestigieux que Kemper, Pfenninger ou Sercu.

Puisque j’évoque la Vuelta, j’en profite pour rappeler que l’Etat espagnol a été condamné à payer récemment la somme de 720.000 euros à Roberto Heras, vainqueur de quatre Tours d’Espagne, en 2000, 2003, 2004 et 2005, année où on lui retira sa victoire après un contrôle positif à l’EPO, ce qui lui valut une suspension de deux ans. Si Heras a touché cette somme, c’est pour le préjudice subi par cette suspension et cette destitution, parce que ledit contrôle était entaché d’irrégularités, ce qui avait motivé l’annulation de ce contrôle et de la sanction y afférent, et lui avait permis d’être de nouveau inscrit sur les palmarès de la Vuelta 2005…sept ans après.

Après ce long préambule, parlons à présent de cette Vuelta qui commence demain, et qui va jouir une fois encore d’une participation digne du Tour de France, avec trois grands favoris, à savoir les trois meilleurs coureurs actuels de grands tours, Froome, qui vient de remporter le Tour pour la troisième fois, Contador qui a dû abandonner ce même Tour de France après quelques étapes où il a beaucoup souffert de ses chutes des deux premiers jours, et Quintana qui est arrivé dans ce Tour complètement hors de forme. A ces super cracks, il faut ajouter Valverde, dont ce sera le troisième grand tour en suivant, mais aussi Kruijswijk, qui avait dominé Nibali dans les grandes largeurs lors du dernier Giro jusqu’à sa chute dans l’ultime descente de la course, ou encore le Français Barguil qui visera un top 5, en espérant, qui sait, un peu mieux, et à qui le parcours très montagneux conviendra parfaitement, avec notamment douze étapes de montagne, un contre-la-montre de 37 kilomètres, et trois arrivées au sommet dans des lieux inhospitaliers pour les non-grimpeurs comme Aubisque-Gourette, les Lagos de Covadonga et l’Aitana. Et comme si cela ne suffisait pas, il y aura aussi deux arrivées en altitude parmi les sept étapes planes. A propos de Valverde, son but sera sans doute d’essayer de réaliser l’énorme exploit de terminer dans les 10 premiers des trois grands tours (Giro, Tour et Vuelta), performance réussie seulement en 1955 par Géminiani (4,6,3) et en 1957 par Nencini (1,6,9). Autant dire à une époque très lointaine, où la concurrence sur la Vuelta était loin d’être au niveau de celle du Giro et du Tour, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui.

Puisque j’ai évoqué le nom de Barguil, qui s’était révélé sur cette Vuelta en 2013, je voudrais parler des coureurs français qui ont gagné cette épreuve, en précisant que nos champions l’ont emporté à neuf reprises, avec deux victoires pour l’un d’entre eux, Bernard Hinault, à une époque où la Vuelta se déroulait en avril. De nos jours, et depuis 1995, le Tour d’Espagne a été déplacé pendant les mois d’août et septembre, ce qui en fait une préparation idéale pour les candidats aux titres mondiaux sur route et contre-la-montre. Et le premier coureur à avoir remporté la Vuelta avec le nouveau calendrier s’appelle Laurent Jalabert, lequel est aussi, hélas, le dernier vainqueur français d’un grand tour. Cependant, malgré cette absence de Français au palmarès depuis 1995, on peut parler d’un bilan honorable d’autant que sur ces neuf victoires, sept d’entre elles ont été obtenues à partir des années soixante, c’est-à-dire à une époque où la participation étrangère commençait  à s’étoffer (voir l’article sur ce site Tour d’Espagne : de Deloor à Cobo).

Deux victoires inattendues

Néanmoins cela ne nous empêchera pas de souligner l’exploit qu’a représenté la victoire de Jean Dotto, surnommé « le Vigneron de Cabasse » du nom de sa maison dans le Var. Jean Dotto n’était pas un inconnu quand il s’est aligné au départ de la dixième édition de la Vuelta en 1955. Il avait en effet remporté nombre d’épreuves de côte depuis ses débuts professionnels en 1950, et surtout le Dauphiné Libéré en 1952, auquel il faut ajouter la quatrième place dans le Tour de France 1954 avec en prime une victoire dans l’étape Briançon-Aix-les-Bains. Pas étonnant donc que ce grimpeur de poche ait été le premier Français à inscrire son nom au palmarès de la Vuelta, une épreuve où il prit le maillot amarillo (le maillot de leader était jaune à l’époque) le soir de la dixième étape, à la faveur d’une échappée sur la route de Cuenca, pour ne plus le lâcher jusqu’à la dix-septième et dernière étape. Il avait notamment battu, outre son second l’Espagnol Antonio Jimenez, Raphael Géminiani qui faisait partie comme lui de l’équipe de France, mais aussi le troisième des grands cracks italiens (derrière Coppi et Bartali) à la charnière des années 40 et 50, Fiorenzo Magni, lequel avait dû se contenter du classement par points, acquis en grande partie grâce à ses trois victoires d’étapes. Et pour ceux qui auraient pu trouver heureuse cette victoire, « le Vigneron de Cabasse » allait prouver que ce n’était pas un accident, puisqu’il allait remporter en 1960 un second Dauphiné libéré, au terme d’une lutte homérique avec Raymond Mastrotto et le jeune Raymond Poulidor.

La deuxième victoire française n’allait pas tarder, puisqu’en 1958 le Tour d’Espagne allait être enlevé par Jean Stablinski. Celui-ci à cette époque était surtout considéré comme un équipier modèle, et ce succès dans le Tour d’Espagne allait inaugurer une série de grandes victoires qui permettront à Jean Stablinski de figurer parmi les coureurs français ayant le plus beau palmarès. Ce succès il l’acquit à « la Stablinski », c’est-à-dire avec beaucoup de courage et un sens aigu de la course, profitant au maximum de la rivalité entre coureurs de l’équipe nationale espagnole. Sans ces errements dans la manière d’opérer des Espagnols, la tâche de Stablinski eut sans doute été autrement plus difficile. Il est vrai qu’avoir dans la même équipe  Jesus Lorono, le vainqueur de l’année précédente, et Federico Bahamontes, qui courrait à l’époque après une victoire dans un grand tour, n’avait rien d’une sinécure pour le sélectionneur espagnol Luis Puig. Et de fait on allait s’apercevoir très vite que la cohabitation s’avérait impossible entre les deux leaders, aucun d’eux n’étant décidé à tenir ses promesses de favoriser la victoire du mieux placé dans le tour national.

La faute en revint essentiellement à Lorono qui, dans la troisième étape, n’accepta pas de voir Bahamontes prendre une avance considérable dans une échappée où se trouvaient notamment les deux Français, François Mahé et Jean Stablinski. L’avance des fuyards avait atteint des proportions considérables (près de 14 mn), et tout le monde pensait que l’échappée irait au bout dans la mesure où plusieurs grands leaders nationaux y figuraient. C’était sans compter sur Lorono qui, rompant le pacte de non agression avec son coéquipier, allait sortir du peloton en compagnie du Belge Couvreur, lequel figurait à la troisième place du classement général, ce qui de facto condamnait l’échappée des premiers fuyards, au grand dam de Bahamontes qui, sans l’aveuglement de Lorono, aurait pu prendre le maillot amarillo. Ensuite ce sera au tour de Rik Van Looy, l’homme fort des classiques (il les a toutes gagnées), d’animer la course avec pour objectif de gagner le plus grand nombre possible d’étapes. Il en remportera trois jusqu’à son abandon lors de la douzième étape où, la mort dans l’âme, il dut renoncer en raison d’une blessure à un genou, alors que la veille encore il avait le maillot de leader sur les épaules, et qu’il devenait le grand favori compte tenu du retard accumulé par Bahamontes et Lorono dans les étapes précédentes.

Du coup c’est Stablinski qui retrouvait son maillot amarillo perdu lors de la cinquième étape, et ce maillot il le gardera jusqu’à Madrid, terme de cette Vuelta. Cette victoire était bien méritée dans la mesure où Stablinski eut à affronter une concurrence très vive de la part des Néerlandais et des Belges, alliés de circonstance, et parce qu’il a résisté jusqu’au bout aux assauts de l’Espagnol Manzaneque, et plus encore du grand rouleur italien Pasquale Fornara qui terminera à la deuxième place à 2mn51s du vainqueur. Cette victoire, pour aussi surprenante qu’elle fût, sera suivi de beaucoup d’autres, comme indiqué précédemment, avec un titre de champion du monde sur route (1962), quatre titres de champion de France (1960, 1962,1963, 1964), le Tour de Belgique (1965), plus quelques belles classiques comme Paris-Bruxelles(1963), le Grand prix de Francfort (1965) et l’Amstel Gold Race (1966), dont il inaugura le palmarès.

La Vuelta devient (presque) la propriété privée des Français

En 1963, Stablinski participera à une nouvelle victoire d’un Français dans la Vuelta, mais cette fois dans la condition d’équipier de Jacques Anquetil, lequel allait être le premier coureur à réaliser la Triple Couronne, c’est-à-dire à avoir à son palmarès une victoire dans les trois grands tours. Jacques Anquetil était résolument  décidé à l’emporter, faute d’avoir pu le faire l’année précédente, laissant la victoire à son coéquipier Rudi Altig, qui avait dominé le coureur normand, y compris lors de l’étape contre-la-montre sur une distance pourtant favorable à Anquetil (82 km), ne ralliant même pas l’arrivée, puisqu’il abandonna avant le départ de la dernière étape, comme je l’ai indiqué précédemment. Raison de plus pour bien se préparer l’année suivante, et l’emporter sans trop de problèmes, même s’il faut noter que « Maître Jacques » fut battu dans la deuxième étape contre-la-montre, longue de 52 km, par l’Espagnol Pacheco.  Cela dit, Anquetil avait archi dominé l’épreuve, portant le maillot amarillo de la deuxième étape, à la faveur de sa victoire dans le premier contre-la-montre, jusqu’à l’arrivée à Madrid. C’était aussi le premier des grands cracks du cyclisme à s’imposer dans la Vuelta, laquelle jusque-là avait eu du mal à attirer les monstres sacrés qu’étaient Coppi (même s’il participa à l’édition 1959), Bartali, Koblet ou encore Louison Bobet, lesquels privilégiaient le Giro, dont le prestige à ce moment était quasiment équivalent à celui du Tour, qui s’élançait quelques jours après l’arrivée de la Vuelta.

Fermons la parenthèse pour noter que la Vuelta allait presque devenir une propriété privée française dans les années 60, avec en 1964 la victoire de Raymond Poulidor. Cette année-là Poulidor allait remporter le seul grand tour de sa carrière, ce qui est presque incongru compte tenu de son talent. Cependant ce ne fut pas une promenade de santé pour le coureur limousin, puisqu’il ne l’emporta que par un écart extrêmement minime pour l’époque, 33 secondes, sur son suivant immédiat, l’Espagnol Otano. Et encore ne prit-il le maillot qu’à l’antépénultième étape (la quinzième), à la faveur du long contre-la-montre de 65 km qui arrivait à Valladolid. Ce fut d’ailleurs sa seule victoire d’étape dans une épreuve où l’année suivante il terminera à la deuxième place, battu par l’Allemand Wolfsholl, grâce à une échappée fleuve qui lui permit de prendre le maillot amarillo que détenait…son leader Raymond Poulidor. Pauvre Poupou, serais-je tenté de dire, d’autant qu’il sera de nouveau piègé par Wolfsholl quelques jours plus tard.

Mais en 1969 un autre Français allait venger Poulidor, Roger Pingeon, le vainqueur du Tour de France 1967. Et cette Vuelta, Pingeon l’a remportée devant un des champions les plus doués de l’histoire du cyclisme, Luis Ocana, le seul vrai rival que connut Eddy Merckx pendant son long règne entre 1967 et 1975. A cette époque Ocana n’avait que 24 ans, mais il était déjà très fort en montagne, et c’était aussi un excellent rouleur. La preuve, il remporta le Grand Prix de la Montagne et les deux étapes contre-la-montre de 25 et 29 km, situées à la fin de l’épreuve. Il avait aussi gagné le prologue de 6.5 km, mais pas la mini étape de 4 km dans les rues de Saragosse, celle-ci revenant…à Roger Pingeon. Ce dernier allait aussi vaincre entre Sant Feliu de Guixols et Moya (douzième étape), et prendre le maillot amarillo qu’il ne quittera plus jusqu’à l’arrivée. Cette année 1969 sera sans doute la meilleure de Pingeon, puisque trois mois plus tard il terminera deuxième du Tour de France derrière l’inaccessible Eddy Merckx.

Hinault bien sûr, et ô surprise, Caritoux !

Ensuite il faudra attendre presque une décennie (1978) pour voir triompher un autre Français à Madrid, Bernard Hinault. Le coureur breton allait remporter à cette occasion son premier grand tour, première pierre de son écrasante domination du cyclisme mondial à la fin de la décennie 1970 jusqu’au milieu des années 80. Bernard Hinault, deuxième plus beau palmarès de l’histoire derrière Eddy Merckx, allait remporter l’édition 1978 de la Vuelta sans jamais trembler, enlevant  au passage cinq étapes (dont celle des cinq cols) sur un total de dix-neuf. Il laissera son suivant immédiat, Pesarrodona, à plus de trois minutes, et son coéquipier J.R. Bernaudeau à presque quatre minutes, confirmant ainsi son potentiel sur les courses de trois semaines. Dans la foulée Bernard Hinault gagnera en juillet le premier de ses cinq Tours de France. En revanche l’année 1983 allait s’avérer autrement plus difficile pour « le Blaireau ».

Cette année-là en effet, Bernard Hinault était arrivé à la Vuelta insuffisamment préparé, et s’il en fallait une preuve nous la trouvons dans le fait qu’il ne remporta ni le prologue (vainqueur le Français Gaigne), ni la première étape contre-la-montre (38 km vers la station de ski de Panticosa), remportée par Lejaretta, dans laquelle il subit une lourde défaite. Il fallut attendre la quinzième étape à Valladolid pour qu’Hinault s’imposât contre-la-montre sur un parcours de 22 km. Ensuite il y eut cette fameuse étape de montagne entre Salamanque et Avila où Hinault eut la chance de pouvoir compter sur un équipier de grand luxe, Laurent Fignon, pour écraser ses adversaires, à commencer par le jeune Espagnol Gorospe, porteur du maillot de leader, au prix d’un effort tellement extrême…que sa saison s’arrêta là. « Le Blaireau » venait de remporter sa deuxième Vuelta, mais à quel prix ! Heureusement pour son équipe Renault-Gitane, Fignon remportera le Tour de France en juillet, au moment où Hinault  prenait la décision de se faire opérer de ce genou gauche qui lui causait des tourments depuis le Tour de France 1980.

L’année suivante, en 1984, Bernard Hinault ne participa pas au Tour d’Espagne, mais la victoire échut quand même à un Français, Eric Caritoux. Là aussi la lutte fut épique, au point que la différence entre le premier du classement général, Eric Caritoux, et le second, Alberto Fernandez, sera de six secondes. 3354 km parcourus pour un résultat qui ressemble à celui d’une poursuite de 4 km. Que d’émotions au cours de cette Vuelta pour Caritoux et l’équipe Skil Mavic de Jean de Gribaldy, et notamment au cours de la septième étape menant les coureurs de S. Quirze del Valles à Rassos de Peguera, où Caritoux arriva détaché en grand vainqueur devant des coureurs comme le jeune Delgado, Alberto Fernandez, Eduardo Chozas ou encore le Colombien P. Jimenez. Delgado prendra à cette occasion le maillot amarillo, mais le cèdera à Caritoux lors de l’arrivée aux Lacs de Covadonga (douzième étape) où notre Français, décidément épatant, terminera à la deuxième place derrière l’Allemand Dietzen.

Il ne lui restait plus qu’à résister jusqu’au bout aux assauts d’Alberto Fernandez, lequel faisait encore figure de grand favori, compte tenu du fait qu’il restait à parcourir 33 km contre-la-montre autour de Torrejon de Ardoz l’avant-dernier jour. Mais personne ne pouvait empêcher Caritoux de remporter sa plus grande victoire, et il résista magnifiquement lors de cette avant-dernière étape, Fernandez ne le précédant que de 26 secondes, ce qui laissait un avantage de six secondes au coureur de Carpentras. Cette victoire il l’avait d’autant plus méritée, qu’il avait dû supporter au cours des derniers jours de course des pressions de tous ordres auxquelles il ne céda jamais. Caritoux voulait sa Vuelta et l’a gagnée. Il confirmera plus tard ce triomphe en remportant deux années de suite le titre de champion de France (1988 et 1989). A noter qu’à la suite de son succès sur les routes espagnoles, il sera sollicité par Francesco Moser qui voulait l’enrôler dans son équipe pour en faire un gregario, ce que Caritoux refusa.

Laurent Jalabert et la Once irrésistibles

Il faudra attendre onze ans pour voir de nouveau un Français remporter le Tour d’Espagne. Une Vuelta 1995 qui allait être historique à bien des égards. D’abord par son changement de calendrier puisqu’elle eut lieu pour la première fois en septembre. Ensuite parce que c’était la cinquantième édition de l’épreuve, et qu’elle allait rejoindre les autres grands tours en terme de durée avec 21 étapes. Enfin parce que jamais peut-être un homme et son équipe n’avaient dominé à ce point l’épreuve. Cet homme s’appelait Laurent Jalabert et il courait pour la Once, équipe dont le directeur sportif s’appelait Manolo Saiz, le premier  à avoir fait entièrement confiance au coureur Tarnais, le premier aussi à avoir discerné en lui autre chose qu’un sprinter. La preuve, dès 1992 Saiz prédisait à Jalabert une victoire…dans la Vuelta. Trois ans après, la prédiction de Manolo Saiz se réalisera, et de quelle manière ! En fait Laurent Jalabert a écrasé la course de toute sa classe, remportant cinq étapes et se permettant le luxe d’en laisser une à l’Allemand Dietz qui avait mené jusqu’au bout une très longue échappée, mais aussi en gagnant tous les classements individuels (général, points, montagne), sans oublier le classement par équipes pour la Once.

Cette équipe avait placé trois hommes dans les quatre premiers au classement général, dont un certain Johan Bruyneel à la troisième place, la deuxième revenant à l’Espagnol Abraham Olano qui, quelques jours plus tard, deviendra champion du monde sur route à Duitama. A ce propos, nombreux furent les Français, et beaucoup d’autres, à regretter l’absence à ces championnats de Laurent Jalabert, tellement cette année-là il était irrésistible. Pour mémoire on rappellera qu’il avait gagné Paris-Nice, Milan San Remo, le Critérium International, La Flèche Wallonne, le Tour de Catalogne, plus la Vuelta. Ouf, peu nombreux furent les coureurs à faire une telle moisson de grandes victoires au cours de la même saison, y compris parmi les plus grands. C’était la consécration pour le coureur français qui allait remporter d’autres grands succès les saisons suivantes, notamment le championnat du monde contre-la-montre et le Tour de Lombardie en 1997, ou encore le championnat de France en 1998, sans oublier deux autres victoires à Paris-Nice et une autre à la Flèche Wallonne.

Michel Escatafal