Simon Yates : vainqueur mérité de la Vuelta 2018

Cyclisme. Tour d’Espagne : Simon Yates triomphe, Thibaut Pinot étincelant… ce qu’il faut retenir de la Vuelta

Bonjour à tous
Après un long repos nécéssaire pour de gros problèmes à mes yeux, je peux enfin de nouveau écrire sur mes blogs, et c’est ce que je recommence à faire aujourd’hui. En effet depuis mon dernier article beaucoup de choses se sont passées, à commencer par la victoire de l’équipe de France à la Coupe du Monde de football, sur laquelle, je ne reviendrai pas, sauf pour noter que désormais la France peut être considérée comme une grande nation du football (2 Coupes du Monde, 2 championnats d’Europe des Nations, un titre olympique), au moment où le rugby, premier sport auquel j’ai appris à jouer, poursuit sa longue descente aux enfers, surtout au niveau international, notamment en comparaison avec ce qu’on voit dans des matches comme celui ayant opposé les All Blacks aux Springboks la semaine dernière. Et je ne parle pas de notre horrible Top 14, véritable championnat d’autos tamponneuses, où opèrent des vieilles gloires de l’hémisphère Sud dont on ne veut plus en sélection, et des joueurs français qui n’ont pas le niveau international, à deux ou trois exceptions près…quand ils ne sont pas gravement blessés. Triste Top 14! En revanche, chez les treizistes, beaucoup plus agréable à regarder que les quinzistes, si notre sélection nationale reste largement en dessous de l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Grande Bretagne, nous avons à présent un club français au meilleur niveau international, grâce aux Dragons Catalans, vainqueurs de la Coupe d’Angleterre de Rugby à XIII, ce qui est historique, d’autant que les Dragons ont quand même battu Saint Helens et Warrington, les deux leaders de la super League anglaise. Et en plus, on a pu voir cet exploit à la télé grâce à beIN Sport ! Enfin pour terminer ce long préambule, je veux rajouter deux exploits en athlétisme dont on a peu parler, à savoir Mahiédine Mekhissi qui a rajouté un cinquième titre de champion d’Europe à son magnifique palmarès, en réalité un sixième puisqu’on lui en a volé un pour avoir retiré son maillot avant l’arrivée du 3000m steeple en 2014, et le record du monde du décathlon de notre champion du monde Kevin Mayer, une première pour un Français, avec le fabuleux total de 9126 points.

Voilà pour les principaux sports que j’apprécie, et place maintenant au vélo, avec la confirmation cette année que les meilleurs dans ce sport, que ce soit sur la piste et plus encore sur la route, ce sont les Britanniques. Ils ont en effet réussi un exploit incroyable à savoir gagner cette année les trois grands tours, ce qui n’avait jamais été réalisé par le passé par les grandes nations traditionnelles du vélo, à savoir la Belgique, l’Italie, la France, les Pays-Bas, la Suisse ou l’Espagne. Certes on pourra toujours relativiser en disant que jusqu’au début des années 60, les cracks Italiens par exemple ne participaient pas à la Vuelta, sans quoi on peut supposer que le tandem Coppi-Bartali aurait permis à l’Italie de s’imposer sur la Vuelta comme ils le faisaient sur le Giro et le Tour. N’empêche, pour un pays qui n’a aucune tradition cycliste, sauf sur la piste mais loin toutefois des grandes nations traditionnelles , être devenu en moins de dix ans la nation numéro un du vélo, relève de la part de la Grande Bretagne d’un exploit extraordinaire. Bravo donc à Froome, vainqueur du Giro malgré toutes les polémiques qui ont entouré cette victoire, qu’on aurait dû lui enlever si on avait été aussi sévère qu’avec Contador par exemple pour son affaire du Tour 2010, à Gerraint Thomas, gagnant du Tour, et Simon Yates lauréat de la Vuelta, qui a la particularité de ne pas appartenir à la Sky, l’équipe la plus surpuissante sans doute de l’histoire du cyclisme sur route.

De ces trois coureurs, je vous dirais que Simon Yates est celui que je préfère, parce que contrairement à des Wiggins, Froome ou Thomas, il ne sort pas de nulle part sur la route et a connu une progression linéaire qui ne suscite pas les mêmes interrogations que ses trois autres compatriotes. Pour mémoire, il a fini dans les cinq ou six premiers en 2015 (23 ans) d’épreuves comme le Tour du Pays Basque, le Dauphiné ou le Tour de Romandie, mais aussi sixième de la Vuelta 2016, sans oublier en 2017 sa victoire dans le G.P. Miguel Indurain et plus encore une septième place dans le Tour de France et le maillot de meilleur jeune. Bref, comme beaucoup de grands champions, il a brillé chez les jeunes, y compris sur la piste où il a décroché un titre mondial dans la course aux points en 2013, avant d’arriver au plus haut niveau à l’âge de 26 ans. En outre il n’a pas eu besoin de maigrir de 8 ou 10 kg pour grimper les cols, dans la mesure où il les a toujours affrontés avec succès, comme en témoignent ses victoires en montagne (Morzine et Châtel) lors du Tour de l’Avenir 2013, après avoir fini à la douzième place du Tour du Pays Basque, à ses débuts en professionnels. En somme un coureur de grand talent qui s’est révélé très jeune et n’a cessé de progresser depuis ses débuts sur la route chez les pros. Certains feront remarquer son contrôle positif à l’issue d’un Paris-Nice (2016) qu’il venait de terminer à la septième place, ce qui lui avait valu une suspension de quatre mois…pour « dopage non intentionnel », avec un produit (terbutaline) dont l’ordonnance (AUT) n’a pas été présentée par le médecin de l’équipe. Apparemment cela n’avait pas l’air très grave!

Maintenant la question est : jusqu’où ira-t-il? Sans doute assez loin, voire très loin, car n’oublions pas qu’il aurait dû gagner le Giro 2018 qu’il avait dominé et archi-dominé jusqu’à la 19è étape, où il subit une terrible défaillance, sans doute éprouvé par les efforts faits précédemment sans trop de discernement. D’un côté une telle défaillance (38 mn de perdues) paraît rassurante, car cela prouve qu’il est « humain », mais elle démontre que s’il grimpe remarquablement bien, s’il roule très convenablement, il lui faut acquérir la maîtrise de la course, comme il a commencé à le faire sur la Vuelta, et il faut aussi qu’il ait une équipe plus solide. ce qu’a compris semble-t-il son employeur en engageant le grand espoir italien Edoardo Affini. Toutefois le seul coureur de classe susceptible de l’accompagner loin dans les étapes les plus dures reste son frère jumeau Adam, ce qui est insuffisant face à la Sky.

Cela étant, il a encore une marge de progression vu son âge, et il sera de plus en plus redoutable dans les courses à étapes d’une semaine, mais aussi dans les grands tours et même quelques classiques comme la Flèche Wallone ou Liège-Bastogne-Liège. Quelque chose me dit que c’est peut-être lui le futur patron du peloton, avec des caractéristiques qui me font penser à Pedro Delgado dans les années 80-90, mais un peu plus fort partout. En tout cas, ce dernier remporta son premier grand succès avec la Vuelta 1985, avant de s’imposer dans le Tour de France 1988, puis une nouvelle fois dans la Vuelta 1989. A cela s’joutent quelques succès de moindre importance comme le Grand prix de Navarre en 1988 et 1990, le Tour de Burgos en 1991 et la Semaine catalane en 1993. C’est un palmarès enviable, mais je suis certain que Simon Yates est taillé pour faire beaucoup mieux. Je pense même que le grand duel des années à venir l’opposera à Tom Dumoulin, de deux ans ans son aîné, meilleur rouleur que Simon Yates (champion du monde en titre contre-la-montre), mais moins fort en montagne bien que vainqueur du Giro l’an passé et cette année deuxième du Giro et du Tour, ce qui prouve par parenthèse que le doublé Giro-Tour est toujours possible, ce dont je n’ai jamais douté personnellement, même si le dernier date de 1998 avec Pantani.

Michel Escatafal

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Un mois de janvier très maussade pour qui aime le rugby

Cette fois le XV de France, c’est sûr, va gagner le Tournoi des 6 Nations, sorte de mini championnat d’Europe pour le rugby. Mini parce qu’il concerne non pas six nations mais quatre en réalité, à savoir la Grande-Bretagne, l’Irlande, la France et l’Italie. Et pourtant dans ces pays le rugby est considéré comme le deuxième sport collectif, après le football, avec une forte propension à ressembler à ce dernier, avec toujours plus de compétitions destinées à alimenter les caisses des fédérations et des clubs, les tournées d’automne et d’été étant désormais immuables dans un calendrier beaucoup trop surchargé, notamment en Europe, avec les dégâts sur la santé des joueurs que j’ai déjà évoqués sur ce site. Je n’y reviens pas, même si on a eu très peur il y a deux semaines avec le terrible K.O. subi par le jeune Ezeala, suite à une charge dévastatrice (régulière) du racingman Vakatawa. Quand va-t-on comprendre que le rugby, tel que nous l’avons pratiqué dès notre plus jeune âge, est devenu depuis l’avènement du professionnalisme, un sport où seules la force et la puissance prédominent, au point de se demander si l’on ne va pas faire comme les Américains avec leur rugby-football, à savoir jouer avec des casques?

Où sont nos M. Prat, Martine, les Boniface, Maso, Trillo, Sangalli, Codorniou ou encore Blanco, Charvet et Sella, pour ne citer qu’eux en France, qui misaient essentiellement sur la technique et la vitesse pour déposer le ballon derrière la ligne des poteaux adverses? Et pour enfoncer le clou, je dirais que c’était beau, que c’était même magnifique de voir des joueurs de cet acabit à la manoeuvre, alors qu’aujourd’hui le rugby à XV est devenu une sorte de mauvais rugby à XIII, où un joueur de plus de 90-100 kg arrive lancé à fond, percutant avec toute sa force le défenseur en face de lui pour lui faire mal et le laisser passer la ligne d’avantage. Pire encore, on en arrive à trouver (presque) génial dans notre pays un numéro 9 comme Parra, qui donne l’impression de courir le 100m en 14s, alors que Serin que le nouveau sélectionneur, Brunel, s’est empressé d’éjecter du XV de France avant de le rappeler précipitamment suite au forfait de ce même Parra, est déjà presque considéré comme has been. Certes ce n’est pas nouveau dans notre rugby de préférer des joueurs ordinaires à des joueurs doués d’un grand talent, sinon Maso ou les Boniface, sans oublier Nadal (0 sélection) leur fils spirituel, mais aussi Max Barrau, Gallion auraient 60 ou 70 sélections…comme Parra.

Est-ce que les changements opérés par Brunel seront suffisants pour gagner le Tournoi des 6 Nations et plus tard la Coupe du Monde? Poser la question c’est y répondre. Comment le XV de France pourrait battre l’Angleterre par exemple, alors que les Anglais ont eu tout le temps pour former une équipe en passe de rivaliser avec les All Blacks, après avoir connu une désastreuse Coupe du Monde 2015? La reconstruction a pris un peu de temps, mais le résultat est là : l’Angleterre est redevenue la meilleur équipe européenne en attendant d’être peut-être la meilleure tout court lors de la prochaine Coupe du Monde (2019). Un temps que n’a pas eu Novès à qui on n’a fait aucun cadeau, d’autant que tout est à reconstruire au niveau de l’équipe de France. Novès a essayé de parier sur l’avenir, notamment 2023 avec des joueurs jeunes et talentueux à l’image de son choix comme demi de mêlée avec Serin et Dupont. Problème, la formation dans notre rugby n’est plus ce qu’elle était et avant de pouvoir exploiter tout le potentiel de ces joueurs, à plus forte raison quand ils ont 20 ans comme Belleau, il faut du temps, et il faut avoir une vraie politique pour le XV de France, à commencer par faire du Top 14, un Top 10, ce qui empêcherait les clubs de recruter à bas coût des joueurs de tous les continents, ou trop âgés pour continuer en sélection dans les grandes équipes de l’hémisphère Sud.

Et qu’on ne vienne pas me dire qu’en écrivant cela je ne veux plus qu’on recrute des étrangers, parce que c’est faux. Je veux bien qu’on ait recruté Wilkinson ou Ali Williams, et plus tard Carter ou Ma,a Nonu, mais pas des joueurs qui vont systématiquement prendre la place de nos meilleurs espoirs, et donc les empêcher de s’épanouir. J’observe d’ailleurs que c’est surtout le cas des avants ou des trois-quarts, là où notre manque de talents est le plus criant. Curieusement il y a des postes où l’arrivée massive de joueurs de l’hémisphère sud a été beaucoup plus mesurée, notamment celui d’arrière ou de demi de mêlée, talonneur aussi, et comme par hasard ce sont des postes où des jeunes joueurs sont en train d’éclore, alors qu’en trois-quart, en troisième ligne, en seconde ligne et chez les piliers c’est un peu le désert, parce que si un jeune est bon à ces postes, les clubs du Top 14 ne prennent pas le temps de les laisser faire leurs armes, ce qui fait qu’ils vont aller aux oubliettes de notre rugby d’élite.

Bien sûr, en écrivant cela je ne fais que retranscrire ce que tous les amoureux du rugby, tel qu’on l’aimait autrefois, peuvent penser, mais comme les jeunes générations ne s’intéressent qu’à ce qui s’est passé dans les toutes dernières années, ceux-ci en arrivent à trouver géniaux des joueurs très ordinaires et à prendre pour des vieux aigris, ceux qui considéraient que les frères Boniface étaient de merveilleux ambassadeurs d’un jeu qui a perdu toute notion de beauté. C’est cela qui différencie le rugby du football, en plus des multiples changements de règles qui font que plus personne en dehors des professionnels ou des pratiquants ne s’y retrouve (j’exagère à peine!). Les règles sont devenues tellement compliquées qu’un match dure aujourd’hui plus longtemps qu’un match de football, avec la vidéo qui devient de plus en plus omniprésente…au point que le football va l’adopter, malgré les nombreux déboires que l’on commence à y trouver là où elle a déjà été mise en place. Qu’on se rappelle ce que disait le grand Lucien Mias : « l’arbitre fait partie du jeu au même titre que le vent ou les poteaux ». A méditer pour tous ceux, au football comme au rugby, et notamment les dirigeants des clubs, qui ne cessent de contester les décisions arbitrales, au point de « faire péter les plombs » à nos arbitres qui rentrent sur le terrain avec un stress épouvantable…ce qui engendre inévitablement de grossières erreurs.

Voilà j’arrête là mes reflexions désabusés sur un sport qui est le premier que j’ai pratiqué, à une époque où on avait le goût de l’histoire et ou on aimait les artistes, quelle que soit leur nationalité, même si on préférait les Français. Que c’était beau de voir les Boniface à l’oeuvre, que c’était beau de voir nos rugbymen avec comme capitaine Rives et à la baguette la paire de demis Gallion- Caussade, rendre fous les All Blacks le 14 juillet 1979, sans parler de ce fameux match Ausralie-France à la Coupe du Monde 1987, où les Français se sont qualifiés pour la finale grâce à un essai somptueux inscrit par Blanco et transformé par Didier Camberabero dans les derniers instants du match, à l’issue d’une action qui avait commencé dans nos 22 mètres et qui avait vu la quasi totalité des joueurs toucher le ballon. Oui, que tout cela était beau à ces époques ou foncer dans le tas était prescrit et où pour être qualifié de génie il fallait avoir des jambes de feu, de la technique et de la vista. Au fait, s’ils étaient nés à ces époques plus ou moins lointaines, combien de joueurs de l’actuel XV de France auraient eu leur place dans ces équipes? Réponse : sans doute aucun, même si Dupont ou Serin ou encore Belleau ont une marge de progression importante, mais leur laissera-ton le temps de s’épanouir? Hélas, j’en doute.

*Bonne année à tous mes lecteurs, en espérant beaucoup de succès au sport français, en espérant aussi que la saison de vélo ne soit pas polluée par les affaires (où en est-on pour Froome?) et donc qu’on ne change pas trop souvent les palmarès, ce qui est aussi le cas pour l’athlétisme, en espérant, en espérant, en espérant…

Michel Escatafal


Un très beau week-end de sport, après le décès de Mohammed Ali

Conta froomeAlors que le championnat d’Europe des Nations de football va commencer dans quelques jours, on peut dire que les Bleus sont désormais prêts à entrer dans le vif du sujet, ce qui permettra d’étouffer définitivement les polémiques inutiles instruites par certains anciens joueurs aigris, comme Cantona pour ne pas le citer, qui se croient plus intelligents qu’ils ne le sont en réalité. Place au sport avec les joueurs choisis par Didier Deschamps, qui dispose quand même d’un effectif très riche, lequel autorise bien des espoirs. En outre, c’est une coutume, quand la France organise une compétition chez elle depuis 1984, elle l’emporte. Ce fut le cas en 1984 (championnat d’Europe) avec Platini, Giresse, Tigana, Bossis et Cie, et ce fut aussi le cas en 1998 (Coupe du Monde), avec pour capitaine…Didier Deschamps.

Autre sujet lié au football, la succession de Laurent Blanc, l’entraîneur du PSG, dont on imagine aisément qu’il ne sera plus à la tête du département technique du club lors de la reprise de l’entraînement dans quelques jours. Certains s’offusquent de le voir payer la piteuse élimination contre Manchester City en ¼ de finale de la Ligue des Champions, mais il a échoué là où il devait réussir, et il est donc normal qu’il en paie la facture. Tout le reste à ce propos n’est que billevesée. Il reste à souhaiter que les dirigeants qataris du club réussissent à faire signer un grand entraîneur, c’est-à-dire un homme qui sache mieux que Laurent Blanc galvaniser ses troupes et, plus généralement, diriger un groupe composé de très grands joueurs. Blanc est un bon entraîneur, qui connaît évidemment très bien son métier, mais il lui manque la grinta et le charisme d’un Mourinho, d’un Simeone ou d’un Unai Emery, les deux derniers étant les favoris à sa succession.

Passons à présent au rugby, dont je n’ai pas parlé depuis longtemps, et je le regrette, pour évoquer la fin du Top 14 avec l’attribution du titre de champion de France dans deux semaines. Pour ma part, j’aimerais que le Stade Toulousain soit de nouveau champion de France. Le Stade Toulousain, club le plus titré de l’histoire de notre rugby, amateur et professionnel, va cette année réussir quelque chose de grand, j’en suis sûr. Le club entraîné par Mola, Elissalde et Servat n’est pas favori, mais il faudra les battre pour décrocher le Bouclier de Brennus. Attention toutefois au RC Toulon, habitué des finales victorieuses, voire à l’AS Clermont-Ferrand, généralement battue lors de chaque finale disputée.

Un mot de tennis pour saluer la victoire en double des Françaises Caroline Garcia et Kristina Mladenovic, ce qui est de bonne augure pour les Jeux de Rio, la victoire en simple dames de la jeune espagnole Garbine Muguruza en battant Serena Williams, et le douzième titre en grand chelem de Djokovic. Ce dernier domine son époque comme seuls les très grands l’ont dominée, et il est bien le successeur de Federer, alors que le meilleur joueur de terre battue de l’histoire, Nadal, semble sur une pente qui paraît définitivement descendante. Djokovic réussira-t-il le grand chelem sur lequel tant de joueurs ont échoué depuis 1969 (Rod Laver) ? Peut-être, même si c’est quelque chose de très, très difficile à atteindre. La preuve, seuls Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969) l’ont réalisé, alors que des champions comme Hoad, Borg, Connors, Mac Enroe, Lendl, Sampras ou Federer ont toujours échoué. Certains sont passés tout près comme Hoad en 1956, mais ils n’ont pas réussi. En revanche, il sera peut-être plus facile à Djokovic de dépasser Federer et ses 17 titres, vu son âge et sa domination. Surtout à cause de cette domination, car Federer, par exemple, avait comme adversaire sur terre battue Nadal, vainqueur de 9 Roland-Garros !

Enfin je voudrais parler de vélo, puisque le Dauphiné Libéré a commencé hier par un prologue aussi sympathique qu’original, une course de côte de 3.8 km avec une pente moyenne de 9.7%. Evidemment ce ne pouvait qu’être un crack qui remporte cette étape et ce fut Alberto Contador, le meilleur coureur du nouveau siècle, grand grimpeur devant l’Eternel, devant un surprenant Richie Porte et Chris Froome. Reconnaissons que comme podium, il était difficile de rêver mieux sauf si on considère l’absence de Quintana. En revanche je ne suis pas de ceux qui mettent Nibali au même niveau que Contador, Froome ou Quintana, comme en atteste son dernier Giro, qu’il a certes remporté, mais après avoir été copieusement dominé par Kruijswijk.

Le Néerlandais est un bon coureur, mais c’est loin d’être un fuoriclasse, et sans sa chute il l’eut emporté facilement. Certes une chute fait partie de la course, et certains nous diront qu’il ne sait pas descendre, mais il y a quand même une part de malchance pour le coureur batave qui, hélas pour lui, manquait d’expérience comme leader et plus encore d’une bonne équipe pour s’imposer. D’ailleurs, s’il avait eu plus d’expérience, il n’aurait pris aucun risque dans la descente sachant l’avance de plus de 4 mn qu’il avait sur Nibali. Cela étant Nibali reste un grand champion, sorte de Gimondi ou Nencini de son époque, mais ce Giro manquait quand même de concurrence. A ce propos, je pense que Contador ou Froome ou Quintana auraient dû le courir ce Giro, parce que finalement ils auraient eu moins à s’employer cette année que d’autres pour l’emporter, et auraient pu embrayer sur le Tour.

Cela dit, on ne refera pas l’histoire, mais je maintiens que, même de nos jours, le doublé Giro-Tour est possible à une condition : que la concurrence ne soit pas trop forte, et que le leader ne soit pas trop esseulé. C’est la raison pour laquelle, je suis persuadé que Froome avec sa fantastique équipe Sky, ou encore Quintana avec sa très forte équipe Movistar (Valverde à son service), l’aurait emporté très facilement dans ce dernier Giro. Si Nibali a perdu plus de 2mn sur Kruijswijk dans le c.l.m. en côte de 10.8km, on imagine combien il aurait perdu sur Contador, Quintana ou Froome. Ok, on ne refera pas l’histoire, mais pour moi ce fut un petit Giro, d’autant plus que Landa a été malade au début de l’épreuve. Voilà pour mon commentaire sur le Giro, lequel souffre quand même de plus en plus de l’omniprésence du Tour de France dans les visées des sponsors, et de la montée en puissance de la Vuelta depuis son changement de date en 1995 (victoire de Jalabert).

Alors que se passera-t-il dans ce Dauphiné ? A première vue Contador a toutes les chances de l’emporter, mais Contador a un terrible handicap : son équipe. Heureusement que l’an prochain et en 2018 (bonne nouvelle pour tous ceux qui aiment ce merveilleux sport qu’est le vélo, il a confirmé qu’il continuait sa carrière) il devrait avoir une meilleure équipe (chez Trek ?) que ces deux dernières années chez Tinkoff. En attendant, c’est la seule faiblesse du Pistolero cette année, puisqu’il semble s’être préparé aussi bien pour ce Tour qu’en 2014 ou en 2009-2010. Il faut simplement lui souhaiter d’arriver en jaune avec ses adversaires dans la dernière montée du parcours de ce Dauphiné, qu’il a perdu en 2014 face à la coalition de ses adversaires. L’histoire se renouvellera-t-elle ? J’espère que non, mais l’essentiel est de voir que la forme est là, et qu’il a bien travaillé cet hiver et au printemps. En tout cas, comme Valverde, le poids des ans ne semble pas avoir de prise sur lui, ce qui montre que ces deux champions ont bien travaillé au cours de leur carrière pour en arriver à obtenir les résultats qui furent et sont encore les leurs.

Un dernier mot enfin sur les Français, en nets progrès depuis quelques années avec la progression de Pinot et de Bardet, mais encore un cran en dessous des meilleurs. Cela étant, je suis rassuré pour Pinot dans la mesure où il semble en constante amélioration dans les contre-la-montre, ce qui signifie que ce coureur a vraiment de la classe. Sera-telle suffisante pour lui faire passer un palier vers les sommets à partir de l’âge de 26-27 ans, un peu comme l’avait fait Louison Bobet en son temps ou même Pingeon ? Nous verrons bien, mais je suis assez confiant, justement parce que Louison Bobet monta sur le podium du Tour en 1950, à l’âge de 25 ans, derrière Kubler et Ockers. Un Tour où il fut favorisé par l’absence de Coppi, Koblet et le retrait de toute l’équipe italienne emmenée par Bartali et Magni à mi-course. Pour sa part, Thibaut Pinot est déjà monté sur le podium du Tour en 2014, à 24 ans, derrière Nibali et Péraud, mais en l’absence dès le début du Tour des deux supers cracks, Froome et Contador. Souhaitons à Pinot de suivre la même trajectoire que Louison Bobet, et les Français tiendront enfin le grand champion qu’ils attendent depuis tellement longtemps.

Michel Escatafal


Contador, Gignac, Sagnol, les étrangers du XV de France : du beau, du bête et parfois du méchant

kilimandjaro2kilimandjaroAujourd’hui je vais essayer de prendre le temps d’écrire sur ce blog que vous êtes nombreux à apprécier, ce dont je vous remercie, mais auquel hélas je n’ai pas trop de temps à consacrer. Et pourtant, des évènements à saluer il n’en manque pas, même si la saison de cyclisme est terminée, en rappelant une fois encore que le vélo reste pour moi le sport que je préfère devant le rugby et l’athlétisme. Cela dit j’aime aussi beaucoup le tennis, ou encore l’automobile, la boxe et le football, bien que n’ayant jamais pratiqué ces trois derniers sports…ce qui ne m’a jamais empêché d’éprouver un immense plaisir à les regarder. En fait la seule frustration que l’on ressent en évoquant des sports que l’on n’a pas connus autrement qu’en spectateur, c’est de ne pas avoir la moindre idée des souffrances ou des plaisirs qu’ils peuvent procurer. Cela dit, cessons de philosopher, et passons aux sujets que je veux aborder aujourd’hui, parce que lesdits sujets m’ont interpellé, pour la bonne raison que dans ce monde de communication exacerbée, où l’on écrit tout et n’importe quoi, on se dit qu’il était beau le temps où chacun pouvait apprécier ce qui se passait sur un terrain, un ring, un court, un circuit, une piste ou la route, sans devoir être obligé d’avoir droit aux bourdonnements provoqués par les réseaux sociaux.

Premier exemple qui me vient à l’esprit ce matin, André-Pierre Gignac. Depuis quelques semaines on ne parle que de lui dans notre beau pays…parce qu’il a marqué 10 buts en 12 matches depuis le début de la saison. Certes c’est une bonne performance, mais de là à en faire, à bientôt 30 ans, un des meilleurs attaquants d’Europe, il y a un pas que seuls les journalistes en mal de sensationnel ou les gogos peuvent franchir. Et des gogos il y en a beaucoup puisque, si l’on en croit un sondage, Gignac est le joueur préféré des Français (42%) juste derrière Zlatan Ibrahimovic (43%). Mais pire encore, pour ceux qui s’intéressent au football, c’est Gignac qui recueille le plus de suffrages (40%) devant Zlatan Ibrahimovic (39%). Et oui, c’est ça la France !

Pour mémoire, je rappellerais que Zlatan Ibrahimovic est considéré dans les milieux du football international comme un des quatre ou cinq meilleurs joueurs du monde, qu’il marqué 317 buts en 595 matches (0.53%), qu’il a tout gagné dans les cinq pays (Suède, Pays-Bas, Italie, Espagne et France) où il a joué, et qu’il en est à 50 buts en 100 sélections avec la Suède. En fait il ne manque à son palmarès que la Ligue des Champions…qu’il compte bien remporter avec le PSG. Quant à Gignac, il a certes gagné une Coupe de la Ligue et un championnat de France, mais il n’a marqué que 134 buts en 370 matches (0.36%) et 5 buts en 19 sélections (0.26%). N’en jetons plus, car c’est trop cruel pour les « franchouillards », d’autant qu’entre Fontaine, Papin, Trezeguet, Henry ou aujourd’hui Benzema, la France est une terre de grands buteurs devant l’éternel. Et ce n’est pas fini car à Lyon il y a un joueur, Lacazette, qui, à 23 ans, est déjà à un niveau sans doute supérieur à celui de Gignac.

Mais il n’y a pas que des gogos dans le football, car il y aussi des gens dans ce milieu qui ont tendance à se surestimer. Certains affirment que Gignac a pris « la grosse tête » devant cet afflux soudain de louanges de la part de la presse. Personnellement, ne le connaissant pas, je ne rentrerais pas dans ce jeu. En revanche Sagnol aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de faire des remarques sur les footballeurs africains…qui ne pouvaient que froisser ces derniers. Je ne connais pas non plus Sagnol (je ne connais aucun footballeur professionnel), mais les propos qu’il a tenus sur des gens qu’il côtoie chaque jour sont au minimum d’une grave bêtise. Espérons que cela lui servira de leçon dans l’avenir, même s’il a l’excuse d’être ou d’avoir été surtout excellent avec un ballon dans les pieds.

Cela étant le rugby n’est pas mal non plus en ce qui concerne l’étroitesse d’esprit. On en a pour preuve tous les commentaires acerbes des forumers sur les étrangers qui jouent ou sont susceptibles de jouer dans le XV de France. Au passage on notera que cela ne pose aucun problème ailleurs que dans notre pays, notamment en Nouvelle-Zélande, mais aussi en Angleterre ou en Italie, où il y a davantage d’étrangers en équipe nationale qu’en France. Pire, ces franchouillards sont même en colère quand il s’agit d’un joueur…français, comme l’arrière Spedding. Certes ce dernier n’est français que depuis quelques semaines, mais il a la nationalité française. Et en plus il est très fier de porter le maillot bleu frappé du coq gaulois ! Au passage on notera que sur 30 joueurs sélectionnés pour le match contre les Fidji cet après-midi, il n’y a finalement que deux joueurs étrangers (Atonio et Kockott) a avoir le droit de jouer pour l’équipe de France sans être français. Pas de quoi se déchaîner comme certains le font en disant que le XV de France ne doit jouer qu’avec des joueurs français ! Et puis, au nom de quoi notre équipe nationale se priverait-elle du droit accordé à ces joueurs de jouer pour le pays dans lequel ils jouent depuis trois ans ? Décidément le peuple français est particulier à tous points de vue !

Il l’est notamment sur le dopage, les Français étant donneurs de leçons en chef sur ce sujet…sauf quand c’est un compatriote qui se fait prendre. Là on lui trouve toutes les excuses. En revanche s’il s’agit d’un étranger, là c’est le déchaînement, même si le résultat du contrôle est contestable (Contador). Nombre de Français sont même très méchants si le champion n’a jamais subi de contrôle positif…parce qu’il gagne (Froome en 2013). Il considèrent dans tous les cas de figure que ce ou ces champions qui dominent leur discipline prennent la place de leurs champions nationaux qui, évidemment, ne se dopent pas. Et tout cela est attisé par la presse qui, elle-même, paraît s’amuser de ces jugements où le chauvinisme est exacerbé, en laissant passer les insultes infâmes de certains forumers vis-à-vis de quelques coureurs qui sont les meilleurs représentants d’un sport, le vélo, qu’ils croient aimer.

Sur ce plan il faut dire qu’ils sont bien aidés par les instances dirigeantes du cyclisme, comme en témoigne l’appel auprès du Tribunal arbitral du sport pour le cas Kreuziger, accusé de dopage (anomalies dans le passeport sanguin) sans jamais avoir subi de contrôle positif. Et pour faire bonne mesure, l’Union Cycliste internationale a demandé que le coureur tchèque (blanchi par sa fédération) écope d’une suspension de deux à quatre ans, et qu’on lui retire ses titres entre 2011 et 2013, ce qui modifiera le palmarès de l’Amstel Gold Race (2013) au profit de Valverde…à qui on avait enlevé entre autres le Tour de Romandie 2010…sans avoir été contrôlé positif. Comme pour Contador en 2012, et pour Valverde en 2010, nul doute que le TAS ira dans le sens de l’UCI, la seule incertitude résidant dans la durée de la suspension (2 ou 4 ans) ou dans le retrait des titres avant la suspension, Valverde par exemple ayant gardé tous ses titres avant 2010, alors qu’on a enlevé à Contador ceux qu’il avait conquis entre juillet 2010 et l’année 2011. De la belle ouvrage !!! Il en faut du mérite pour tenir à jour les vrais palmarès…surtout quand ceux-ci changent des années après !

Au fait, et si on attribuait à Pantani le Giro 1999 ? Oui, certains y pensent parce que trop de choses étonnantes se seraient passées en ce mois de mai 1999, dans une épreuve que le célèbre « Pirate » avait dominé de la tête et des épaules…jusqu’à cette sombre histoire de taux hématocrite trop élevé avant le départ de la vingt-et-unième et avant-dernière étape de ce Tour d’Italie. Je ne vais pas revenir sur ce fait divers connu et raconté à de multiples reprises, mais force est de constater que cela rappelait l’épisode de l’exclusion pour dopage d’Eddy Merckx lors du Giro 1969, où il fut contrôlé positif (amphétamine). Nombreux furent ceux qui pensèrent à une machination, avec toutefois pour Merckx une issue relativement heureuse, puisqu’il fut blanchi au bénéfice du doute, pouvant ainsi participer au Tour de France et le gagner. Pantani n’eut pas cette chance après son contrôle de 1999, pas plus que Contador lors du Tour de France 2010. Passons, même s’il serait incroyable qu’on attribue le Giro 1999 à Pantani, alors qu’il n’a pas franchi la ligne d’arrivée. Mais dans le vélo, et c’est hautement regrettable, on finit par se dire que tout est possible au niveau du résultat des courses. Je le répète encore une fois : qui sait si, dans 10 ou 15 ans, Armstrong ne retrouvera pas de nouveau ses victoires dans le Tour de France ?

Et puisque j’évoquais un épisode de la vie du super grimpeur qu’était Pantani, je voudrais souligner la performance de l’équipe Saxo-Tinkoff, qui a réussi à monter jusqu’au sommet du Kilimandjaro, plus haut sommet d’Afrique (5892m). Il est d’ailleurs amusant de constater que le premier à arriver au sommet fut…Alberto Contador devant son équipier Michael Valgren. Comme l’a souligné Biciciclismo, « il n’y a personne pour suivre Contador quand la route s’élève, et apparemment c’est aussi le cas dans la montagne » sans le vélo. Bravo au « Pistolero » et à son équipe, et bravo aussi aux 70% des personnes qui sont arrivées au sommet, ce qui a permis de doubler la donation de base prévue par l’équipe au profit d’un orphelinat et d’un club cycliste. Ceci est quand même plus réconfortant que ce que j’écrivais auparavant à propos de Sagnol, ou de ceux qui ne veulent pas d’étrangers y compris s’ils ont pris la nationalité française dans le XV de France.

Michel Escatafal


Et si le XIII était plus attractif que le XV…

Coupe du monde XIIICe matin en me réveillant j’étais très heureux après avoir passé un samedi tout à fait excellent…grâce au rugby à XIII. Merci à beIN SPORT de nous avoir offert la possibilité d’avoir vu un match aussi emballant que cette demi-finale de Coupe du Monde entre l’Angleterre, qui jouait chez elle, et la Nouvelle-Zélande, tenante du titre. Et encore une fois honte à tous ces médias français qui ont refusé de retransmettre cette Coupe du Monde de rugby à XIII, ou qui en parlent si peu, alors que le spectacle peut être grandiose, comme ce fut le cas hier après-midi. Cela nous laisse prévoir une finale fantastique, la semaine prochaine, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Dommage, et je n’ai pas peur de me répéter, qu’il faille être abonné à beIN SPORT pour profiter du spectacle. Au fait, que fait le service public, lui qui prétend que France Télévision c’est le plus grand terrain de sport de France? Pourquoi ne pas promouvoir, ne serait-ce que 80 minutes de temps en temps, un sport collectif qui fut le premier, au début des années 50, à donner à la France le titre de meilleure nation de la planète ? Ah je sais, une retransmission de rugby à XIII ne génèrerait pas assez de rentrées publicitaires. Cela dit, comment un sport peut-il se révéler aux yeux des téléspectateurs si on ne le voit jamais en clair, et si on n’en parle quasiment pas?

Revenons donc à ce match formidable entre la Nouvelle-Zélande et une très valeureuse équipe d’Angleterre…qui fut finaliste jusqu’à la dernière minute, jusqu’à ce que ce que deux joueurs exceptionnels sonnent la charge une dernière fois, et finissent par faire plier les Anglais in extrémis, par un essai que plus personne n’attendait. Ces deux joueurs sont deux extra-terrestres, qu’il s’agisse de Sonny Bill Williams et de Shaun Johnson. Ils sont tellement forts qu’ils font rêver tous les managers et dirigeants des meilleures équipes à XV, ces derniers ayant déjà réussi à récupérer un autre surdoué d’un niveau exceptionnel, Benji Marshall.

Mais Benji Marshall, comme  SBW et Shaun Jonhson, ne sont pas les seuls qui pourraient franchir allègrement le pas les conduisant à XV, car il y a aussi les Anglais Sam Burgess, désigné « homme du match » hier, qui pourrait jouer à tous les postes chez les quinzistes, ou l’ailier aux cheveux blancs Ryan Hall, sans oublier les Australiens, à commencer par l’arrière Slater, le demi Thurston ou le talonneur Cameron Smith. D’autres en revanche, des quinzistes, pourraient très bien franchir le pas et jouer à XIII dans une franchise australienne ou anglaise, et en disant cela je pense à des joueurs comme Fofana ou Doussain, à la fois puissants et rapides, qui feraient un malheur à XIII, comme l’ont fait en leur temps Barthe, Pierre Lacaze, Quaglio, Mantoulan ou Capdouze.

En tout cas, peut-être que le week-end prochain (la finale se déroulera samedi prochain à 15h30 au stade d’Old Trafford, à Manchester, et on la verra sur beIN SPORT) Sonny Bill Williams rentrera dans l’histoire en devenant le premier double champion du monde de rugby à XV et à XIII. Il le mériterait, et cela ouvrirait peut-être la voie à d’autres joueurs, par exemple Shaun Johnson, demi de mêlée de l’équipe des Kiwis, qui marqua un essai personnel de grande classe, essai qu’il transforma sans trembler (12 points au total), ce qui est normal pour un excellent buteur comme lui.

Au fait, en imaginant un instant que ce même Shaun Johnson arrive en France, et devienne le demi de mêlée d’une grande équipe de Top 14, aurait-il sa chance pour jouer en Equipe de France au bout de trois ans (en supposant que sa fédération ne l’appelle pas) ? Réponse : NON. Pourquoi ? Parce que le demi de mêlée du XV de France s’appelle et s’appellera, au moins jusqu’en 2023, Morgan Parra. A ce moment il aura battu tous les records en sélections, puisqu’il en comptera au moins 200, nettement plus que Gregan, autre demi de mêlée (Australie) mais de grand talent celui-là, qui s’est arrêté à 139 capes, et qui détient le record pour le moment. Un record qui sera sans doute dépassé prochainement par l’emblématique capitaine des All Blacks, Richie Mac Caw, qui en est à 123 sélections. Cela étant, il n’ira pas beaucoup plus loin, parce qu’il a 33 ans dans quelques jours.

Evidemment si je parle encore une fois de Parra, c’est parce que j’ai vu le match France-Afrique du Sud hier soir sur France 2, infiniment moins palpitant que la demi-finale mondiale à XIII. Un match que les Français ne méritaient pas de gagner, et que personne n’imaginait qu’ils finiraient par le gagner…à part peut-être le commentateur de France Télévision. Même Philippe Saint-André, le sélectionneur, n’y a jamais vraiment cru, puisqu’il a avoué que le XV de France n’était pas actuellement « au niveau des Boks et des Blacks », ce qui ne l’empêche pas d’estimer, comme le capitaine Dusautoir, que notre équipe « n’est pas loin des meilleurs », faisant semblant d’oublier que sur la durée nous sommes loin, et même très loin du niveau des meilleures équipes. Certes sur un match les Français sont capables à tout moment de réussir un exploit, mais dans la continuité nous sommes « largués ».

Et hier soir, on ne pouvait même pas se réfugier derrière l’arbitrage, qui a refusé deux essais à l’Afrique du Sud qu’il n’aurait pas été scandaleux d’accorder, et en a accordé un au XV de France, qui aurait très bien pu ne pas l’être. Dit autrement, c’était l’arbitre qui cachait la forêt dans laquelle s’est perdue, une nouvelle fois, notre équipe. Une équipe qui ne reflète pas le vrai niveau du rugby français, n’en déplaise à ceux qui prétendent que c’est la faute des dirigeants de clubs, qui préfèrent recruter étranger plutôt que donner leur chance aux joueurs français. Mais que je sache, un Doussain est bien titulaire au Stade Toulousain, ayant même relégué sur le banc une des références internationales à son poste, le demi de mêlée australien Burgess. Et je pourrais citer bien d’autres exemples prouvant que si les Français sont bons dans leur club, et bien ils jouent…malgré la concurrence. En outre, avoir un Wilkinson, un Giteau, un Botha, un Steyn dans son équipe ne peut qu’aider les joueurs français, notamment les plus jeunes, à progresser. Est-ce qu’ils vont progresser davantage avec Parra ?

Un Parra, qui estime que l’Equipe de France est en progrès dans le jeu (et oui !), oubliant que ce qui a fait la force de notre rugby c’est le fameux « french flair ». Saint-André lui-même semble l’avoir oublié, alors qu’à l’époque où il était joueur il a marqué ce que certains ont considéré comme l’essai du siècle à Twickenham (Angleterre-France 1991), sur un coup de génie où étaient impliqués Berbizier le demi de mêlée, mais aussi Blanco, Sella, Didier Camberabero auteur d’un merveilleux coup de pied pour lui-même avant de délivrer un caviar sous forme d’un coup de pied de recentrage pour Saint-André, qui n’avait plus qu’à aplatir cette action commencée dans l’en-but français.

Est-ce que Parra, à la place de Berbizier, aurait eu une seconde l’idée de relancer ce ballon ? Certainement pas. Est-ce que, même si l’idée lui en était venue, l’action se serait poursuivie de la même manière aujourd’hui ? Réponse : Non, en dépit des qualités offensives d’un Dulin ou d’un Fofana. Conclusion, et je suis désolé de le dire, mais Parra est à l’image du rugby que veut imposer Saint-André, qu’a voulu imposer Lièvremont, à savoir un rugby sans risque, où on compte sur un pack surpuissant pour faire reculer en mêlée les autres équipes…pour donner à Parra la possibilité d’inscrire trois points. Voilà où nous en sommes aujourd’hui avec le XV de France…totalement impuissant quand en face l’équipe ne recule pas en mêlée. Hier soir, combien de pénalités concédées par les Sud-Africains ? Très peu, donc une seule tentative (ratée) pour Parra jusqu’à son remplacement par Doussain.

Un Doussain qui a immédiatement apporté sa vitesse et son punch à cette équipe, mais qui est entré sur le terrain à 13 mn de la fin du match !  Bon j’arrête là, car certains vont croire que j’ai une animosité personnelle contre Parra, ce qui est archifaux car je ne connais absolument pas ce joueur. Et d’ailleurs, dans cette affaire, Parra n’est-il pas finalement une victime, en étant constamment la cible des amateurs de rugby, ne comprenant pas qu’on puisse sélectionner un joueur uniquement pour la qualité de ses coups de pied placés? J’ai bien écrit pour ses coups de pied placés, parce que son jeu au pied est faible par ailleurs. Cela étant, le jeune homme s’y retrouve aussi en bénéficiant d’une notoriété infiniment supérieure à celle d’autres joueurs plus talentueux que lui, mais qui n’ont pas eu la chance de bénéficier aussi longuement de la confiance et la mansuétude des sélectionneurs. Parra peut faire n’importe quelle « boulette », il sera toujours sélectionné. Quel contraste avec l’époque où, pour une passe déviée par un coup de vent (Galles-France 1966), on virait comme des malpropres trois des plus grands joueurs de l’histoire de notre rugby (les Boniface et Gachassin). A l’époque on ne pardonnait rien aux artistes, ce qui est encore le cas de nos jours (voir la carrière de Michalak)…mais Parra n’a pas de souci à se faire, car ce n’est pas un artiste du rugby.

Michel Escatafal


Quelques épisodes qui ont construit la légende du Tour de France et du vélo

Le  Tour de France étant plus que centenaire, il est normal qu’il recèle quelques épisodes à la fois glorieux et tragiques qui resteront à jamais dans l’histoire, ou plutôt dans la légende du cyclisme sur route. Sans remonter trop loin, il y a la fameuse attaque de la côte de Bonsecours le dernier jour du Tour de France 1947. Tout le monde pensait que le maillot jaune était bien accroché sur les épaules de Pierre Brambilla, et que la dernière étape serait une marche triomphale vers Paris pour « la Brambille », comme on l’avait surnommé. Que nenni ! C’était sans compter sur un Breton têtu, Jean Robic, surnommé « Biquet » ou « Tête de Cuir » à cause de son casque fait de lanières de cuir, qui allait déclencher une grande offensive avec Fachleitner, derrière un petit groupe emmené par Brick Schotte. En fait c’est Fachleitner qui démarra le premier dans cette côte, bientôt imité par Robic qui, voyant Brambilla en difficulté, se décida à rouler à fond avec son compagnon d’échappée, dont on dit qu’il lui fut promis 100.000 francs pour collaborer jusqu’au bout de l’aventure. En outre ils eurent la chance d’être rejoints par un autre excellent rouleur, Lucien Teisseire, ce qui leur permit de faire très vite monter leur avance à plus de trois minutes, ce qui donnait virtuellement le maillot jaune à Robic. A l’arrivée à Paris, l’avance de Robic sur Brambilla sera de 13 minutes, et Robic remportera le Tour sans avoir porté une seule fois le maillot jaune.

Dans la galerie des exploits du Tour il n’est pas possible d’éviter les campionissimi, Coppi et Bartali, qui ont régné sur le Tour de France 1949, Coppi voulant absolument être le premier à réaliser le doublé Giro-Tour, et Bartali souhaitant secrètement confirmer son triomphe de l’année précédente. En fait, il y eut deux courses, l’une concernant deux « géants » appartenant à la même équipe…et l’autre avec le reste du peloton, tellement les deux super cracks italiens étaient au dessus du lot. Coppi l’emporta avec près de 11 minutes d’avance sur son rival, mais avec plus de 25 minutes sur le troisième, Jacques Marinelli surnommé « la Perruche » à cause de sa petite taille. Ce dernier avait pourtant bénéficié, avec son maillot jaune sur les épaules, d’une échappée fleuve lors de la quatrième étape (13 minutes d’avance sur le peloton Coppi-Bartali), laquelle  avait donné une avance considérable à ce surprenant « David » sur les deux « Goliath » transalpins. Coppi l’emportera de nouveau en 1952, en multipliant les exploits et laissera son second, Stan Ockers, à plus de 28 minutes. Trop d’exploits empêchent de trouver des superlatifs !

En parlant d’exploit, on ne peut pas négliger celui d’Hugo Koblet en 1951, sans doute le seul coureur de sa génération capable de pousser Coppi dans ses derniers retranchements, à la fois grand rouleur, excellent grimpeur, et remarquable descendeur. En tout cas cette année-là, Hugo Koblet, surnommé « le Pédaleur de Charme », allait gratifier le Tour de France d’un numéro extraordinaire entre Brive et Agen le 15 juillet.  Déjà avant le départ il tint à serrer la main de Ray Sugar Robinson, l’immense champion de boxe américain. Ensuite il va mettre K.O. tous ses adversaires à l’issue d’une échappée de 135 km, où il avait eu tout le peloton des cadors à ses trousses. Et sans avoir réellement souffert, il va terminer avec 2 mn 35s d’avance sur ses poursuivants. Un vrai feu d’artifice, au demeurant absolument pas programmé, car si Koblet a attaqué après à peine 40 km de course dans cette étape, c’était pour vérifier si les poussées hémorroïdaires qui l’avaient fait souffrir la veille commençaient à s’estomper. Démonstration était faite que cela n’allait pas trop mal pour lui ! Il l’emportera à Paris avec 22 mn d’avance sur son second, Raphael Géminiani.

Autre très grand moment du Tour de France, le duel entre Anquetil et Poulidor dans le Puy-de-Dôme en 1964. Ce Tour n’aurait jamais dû échapper à Poulidor, et l’on se demande encore comment il s’y prit pour le perdre, d’autant qu’Anquetil sortait d’un Giro très dur. Certes après une défaillance mémorable dans le Port d’Envalira, suite à un méchoui trop bien arrosé la veille (jour de repos), Anquetil avait fait montre d’une volonté exceptionnelle dans une descente kamikaze qui lui avait permis de reprendre quatre minutes à ses adversaires. Mieux encore, il avait même réussi à distancer Poulidor accablé de malheurs avant l’arrivée à Toulouse. Mais rien ne valut en intensité le duel que les deux coureurs allaient se livrer sur les pentes du Puy-de-Dôme, où Anquetil à l’agonie réussit à bluffer son rival jusqu’à un kilomètre et demi du sommet. Ensuite, sans vraiment accélérer, Poupou lâcha son rival qui allait perdre 42 secondes, mais sauver son maillot pour 14 secondes. Le Tour était joué, mais quel extraordinaire mano a mano entre les deux hommes !

Quelques années plus tard, en 1969, ce sera Eddy Merckx qui tutoiera le sublime dans l’étape Luchon-Mourenx en arrivant avec près de huit minutes d’avance sur ses poursuivants, après une échappée solitaire de 130 km, non sans avoir subi une terrible défaillance dans les derniers kilomètres précédant l’arrivée. Ce fut peut-être sa plus belle prouesse dans le Tour de France, au milieu de tant d’autres ! Et ce ne sont pas ses revers contre Ocana à Orcières-Merlette en 1971, ou contre Bernard Thévenet à Pra-Loup et dans l’Izoard en 1975, qui nous feront oublier qu’en ce beau jour de juillet 1969 un homme avait réussi un exploit digne du meilleur Fausto Coppi.

Enfin comment ne pas parler de ce dimanche 23 juillet 1989, où Laurent Fignon allait perdre le Tour pour 8 secondes, ou si l’on préfère de 80 mètres sur l’ensemble de l’épreuve. Jamais final ne fut davantage poignant entre un homme, Greg Le Mond déjà vainqueur en 1986, et un autre qui cette année-là avait presque retrouvé l’intégralité de ses moyens après une longue période de doute. Laurent Fignon, à la sortie d’un Giro victorieux, avait dans l’ensemble dominé ce Tour, mais pas suffisamment pour être à l’abri jusqu’au bout du final de Greg Le Mond, même si tout le monde pensait que Fignon ne perdrait pas 50 secondes sur un peu moins de 25 km contre-la-montre, entre Versailles et Paris. Mais le coureur français pédalait depuis quelques jours avec un échauffement à l’entre-jambe qui le faisait beaucoup souffrir, et le coureur américain disposait pour le contre-la-montre d’un vélo avec un guidon de triathlète. Tout cela réuni était un peu trop pour Laurent Fignon qui perdit beaucoup ce jour-là. En effet, il ne remporterait pas son troisième Tour de France, et il ne ferait pas le doublé Giro-Tour. En revanche il allait conquérir pour toujours l’affection du public, celui-ci étant toujours plus sensible au malheur des valeureux perdants qu’au bonheur des grands gagnants. C’est d’ailleurs comme cela que Poulidor fut toujours plus populaire que Jacques Anquetil !

Un dernier mot enfin, le Tour plus que toute autre épreuve retrace parfaitement l’histoire du sport avec ses exploits, ses joies, ses peines et ses tricheries. La preuve, un des grands champions de l’époque, Charles Pelissier, fut un temps disqualifié en 1929 parce qu’il avait monté une côte accroché à une moto. Le dopage aussi ne date pas de ces dernières années, comme en témoigne ce qu’écrivait le journaliste Albert Londres qui a couvert le Tour en 1924 pour son journal (Le Petit Parisien). On y découvre notamment que les sacs des coureurs étaient remplis de produits loin d’être anodins, tels que la cocaïne, le chloroforme et des pilules dont on ignorait le nom, mais que Francis Pélissier, frère d’Henri vainqueur en 1923, qualifiait de « dynamite ».

Et puis au rayon des peines, comment ne pas ranger en premier, surtout pour nous Français, la chute de Roger Rivière dans le col du Perjuret, qui non seulement l’empêcha de gagner un Tour de France qui lui était quasiment acquis, mais aussi mit fin à l’âge de 24 ans à une carrière qui s’annonçait exceptionnelle, tant sur la route que sur la piste. Cela étant, le Tour nous a procuré tellement d’émotions depuis sa création, qu’il mérite pleinement sa place parmi les trois plus grands évènements sportifs du monde, voire même la première parce qu’il a lieu tous les ans contrairement aux J.O. ou à la Coupe du Monde de football, et parce qu’il est regardé partout en Europe, mais aussi sur tous les autres continents. Merci encore une fois à Henri Desgranges et Géo Lefèvre d’avoir eu en 1902 l’idée géniale d’inventer, dans les locaux du journal L’Auto, une épreuve qui a tant fait pour le rayonnement de notre pays et du cyclisme à travers le monde.

Michel Escatafal


Il n’y en a que pour l’Espagne dans le sport !

L’équipe de France de football va donc rencontrer samedi l’équipe d’Espagne en quart de finale du championnat d’Europe des Nations, après une prestation jugée calamiteuse par l’ensemble des observateurs contre l’équipe de Suède. Et pourtant celle-ci était déjà éliminée de la compétition, alors que notre sélection nationale n’était pas encore qualifiée pour la suite. Espérons que nous aurons la même bonne surprise qu’à la Coupe du Monde 2006, où les Français allèrent jusqu’en finale en éliminant notamment le Brésil…et l’Espagne. Pour être honnête quand je dis « nous », c’est un peu exagéré car je me sens un peu espagnol dans l’âme, et si « la Roja » l’emporte, je ne serais pas très malheureux. Dans ce cas, je serai même son premier supporteur jusqu’à la fin de la compétition, le cas de figure étant identique si c’est la France qui se qualifie pour les demi-finales. Cela dit, ce match de samedi est l’occasion de se rappeler que depuis quelques années il n’y en a que pour l’Espagne dans le sport international, notamment dans les sports les plus médiatisés, ce qui accentue encore davantage cette impression de domination. Au passage cela console un peu ce grand peuple, à la riche histoire, de ses déboires économiques actuels.

Certains vont me dire que parler de domination est un peu exagéré, mais quel est le pays qui a gagné la dernière Coupe du Monde de football (2010) ? L’Espagne qui, deux ans plus tôt, remportait la victoire au Championnat d’Europe des Nations de football, en dominant la compétition de bout en bout. Cette présence au sommet se retrouve également au niveau des clubs, puisque le Barça a remporté en 2009 et 2011 la Ligue des Champions et le Mondial des clubs. Mais le F.C. Barcelone n’est pas seul au monde en Espagne, puisqu’outre le Real Madrid, il y aussi l’Atlético de Madrid qui  s’est adjugé en 2010 et 2012 l’Europa League (ancienne Coupe UEFA). Par ailleurs, après avoir obtenu le titre mondial en 2006 et une médaille d’argent aux J.O. de 2008, l’Espagne est championne d’Europe en titre de basket, avec plusieurs joueurs parmi les meilleurs du monde dont un, P. Gasol, figurant parmi les tous meilleurs joueurs actuels de NBA. Toujours en basket le Barça a remporté l’Euroligue 2010, sans oublier la victoire espagnole dans le Mondial de hand-ball en 2005 et sa médaille de bronze aux J.O. de 2008. Voilà pour les sports collectifs. Mais en ce qui concerne les sports individuels, les résultats sont tout aussi brillants.

Fernando Alonso, le pilote Ferrari, double champion du monde de F1 (2005 et 2006), sans doute un des deux ou trois meilleurs  pilotes de la discipline, est un candidat perpétuel au titre chaque saison. Et je ne parle pas des grands prix motos où les Espagnols ont fait le grand chelem en 2010, en remportant les trois titres mondiaux attribués avec Lorenzo en GP, Elias en Moto2 et Marquez (17 ans à l’époque) en 125 cm3. Evidemment on n’oubliera pas Alberto Contador, actuellement le meilleur coureur cycliste de la planète, après avoir remporté depuis 2007 trois Tours de France, deux Tours d’Italie et un Tour d’Espagne, même si l’Union Cycliste Internationale l’a destitué (injustement à mes yeux) de ses victoires dans le Tour 2010 et le Giro 2011, à cause d’une dose infinitésimale de clembutérol trouvé dans ses urines (lors d’un contrôle le second jour de repos dans le Tour 2010)…qui ne pouvait en rien améliorer ses performances. Il n’empêche, cela a fait dire à certains que Contador était dopé…comme tous les sportifs espagnols. Et je ne parle pas de Rafael Nadal, qui est depuis 2008 le meilleur joueur de tennis dans le monde ou un des deux meilleurs, et qui vient de remporter début juin son septième Roland-Garros, ce qui constitue un record absolu.

Et oui, tout cela fait beaucoup d’honneurs et de succès pour le sport espagnol, au point de susciter quelques jalousies… notamment de la part des Français, parmi les plus virulents à incriminer les Espagnols à propos du dopage, comme en témoignent les graves accusations (sans preuve) qu’ils formulent sur les divers forums. Ah les Français ! Ils voudraient eux aussi avoir les meilleurs footballeurs, la meilleure équipe de basket, les meilleurs tennismen, les meilleurs coureurs cyclistes, mais ils ne les ont pas. Pourquoi ? Parce que nous voulons avoir tout cela sans faire les efforts nécessaires, notamment au niveau des infrastructures, mais aussi parce que nous ne sommes tout simplement pas un pays sportif. Prenons le cas du cyclisme par exemple : quand parle-t-on de la piste chez nous, alors que les pistards apportent ou ont apporté au cyclisme français nombre de titres mondiaux et olympiques…dans le plus strict anonymat. Et oui, mis à part un ou deux sites spécialisés (Cyclism’Actu), personne par exemple ne donne les résultats détaillés des championnats de France sur piste. Cela étant chacun sait bien que pour la plupart des Français, le cyclisme se limite au Tour de France et…au dopage. D’ailleurs qui connaît dans notre pays Grégory Baugé, pourtant multiple champion du monde de vitesse ? En revanche il est bien connu à l’étranger.

Parlons des infrastructures à présent, et plus particulièrement des stades de football. En Espagne, comme en Italie, en Angleterre ou en Allemagne, on ne compte plus les enceintes de plus de 50.000 places. Et chez nous, combien à part le Stade de France ? Une à Marseille, dans des conditions de confort loin d’être optimales. Heureusement que nous avons décroché l’organisation de l’Euro de football en 2016 pour rattraper un peu de notre retard ! La comparaison vaut aussi pour les salles pouvant accueillir les grandes compétitions de basket ou de hand-ball, sports où notre équipe nationale est parmi les toutes meilleures en Europe et dans le monde. Combien avons-nous en France de salles pouvant contenir plus de 10.000 spectateurs, et soutenir la comparaison avec les belles salles italiennes, allemandes ou espagnoles, à part le POPB de Bercy qui, entre parenthèses, sert finalement très peu au sport? Nous pourrions continuer longtemps sur ce thème des installations sportives (vélodrome couvert qu’on attend depuis 1968, stade nautique etc.), et nous apercevoir que sur ce plan nous sommes presque au niveau des pays  en voie de développement.

Autre remarque, la télévision. Que nous propose le service public sur les grands tours en dehors du Tour de France ? Rien, alors que la RAI retransmet chaque jour deux heures d’étape du Tour de France. Cela veut dire que si l’on veut regarder le Giro à la télévision, il faut être soit abonné à une chaîne payante, soit avoir une parabole. Et le phénomène ne concerne pas que le cyclisme, car cela est valable aussi pour le tennis. A croire que tout ce qui est sport (ou presque) hors de France ne compte pas pour notre service public…à la notable exception du football. Dit autrement, le Giro et la Vuelta pour ce qui concerne le vélo n’existent pas, pas plus que Wimbledon, Flushing-Meadow ou Melbourne pour le tennis. En revanche on est prêt à bousculer les programmes pour un premier tour de Coupe Davis…si la France y participe.

Et que dire des compétitions nationales ou internationales de hand-ball (on en voit toutes les semaines en Espagne, mais quasiment jamais en France alors que notre équipe nationale est la meilleure), de volley-ball ou de basket, totalement inexistantes sur France Télévision, sauf si l’équipe de France participe à la finale ou au mieux aux demi-finales des grands championnats. Idem pour l’athlétisme et la natation, mis à part les championnats d’Europe ou du monde qui, heureusement ont lieu tous les deux ans. Et je ne parle pas de la boxe, l’escrime ou le judo, sports  qui comme le cyclisme sur piste sont pourtant de gros pourvoyeurs de médailles aux Jeux Olympiques. Dans ces conditions, comment peut-on s’étonner que le sport n’intéresse guère les jeunes, en dehors du football !

Même le rugby, sport majeur dans notre pays, est traité à la portion congrue sur le service public, en dehors du Tournoi des Six Nations, de quelques matches de Coupe d’Europe  et de la Coupe du Monde (tous les quatre ans). Pourtant au moment de la Coupe du Monde en France en 2007, le président de la République en avait fait des tonnes entre ses déjeuners avec les joueurs à Marcoussis, son déplacement à Cardiff pour le match contre les All Blacks entouré de toute une armada de ministres ou d’amis personnels, sans oublier le sélectionneur promu ministre des Sports. Il est vrai qu’à l’époque on comptait sur la Coupe du Monde pour booster la croissance dans notre pays. Passons ! Nombre de dirigeants politiques aiment le sport surtout s’ils peuvent s’en servir à des fins électoralistes. La preuve, le budget alloué au sport en 2011 a été amputé de près de 15% par rapport à 2010 ! De quoi N. Sarkozy pouvait-il bien parler aux sportifs qu’il recevait à l’Elysée, quand ces sportifs revenaient couverts de médailles dans des championnats continentaux ou planétaires ?

Il n’est donc pas étonnant que nous n’arrivions pas à avoir des numéros UN mondiaux,  ou des équipes nationales ou de clubs qui triomphent régulièrement sur les terrains du monde entier. Oh certes, de temps en temps nous voyons apparaître une perle rare comme Marie-Jo Pérec ou Christine Arron dans les années 90, puis un peu plus tard Laure Manaudou, Sébastien Loeb, Nikola Karabatic ou encore Grégory Baugé, mais on a toujours le sentiment que ces champions arrivent dans notre paysage par hasard. D’ailleurs, même quand on a une filière qui marche, par exemple la filière Elf pour amener des pilotes en Formule 1, celle-ci tôt ou tard est abandonnée malgré des résultats probants. Alors je dis bravo à l’Espagne pour tous ses succès, car au fond elle le mérite bien. Tout le monde dans ce pays semble impliqué dans le sport, depuis les pouvoirs publics jusqu’à la télévision, ce qui n’est pas le cas hélas chez nous. Ah si, j’oubliais : nous avons pour ambition d’être les meilleurs dans la lutte contre le dopage…ce qui est une bonne excuse pour expliquer nos échecs !

Michel Escatafal