Des records stupéfiants et d’autres qui ne le sont pas…

séoul 1988Alors qu’on ne sait pas si Christophe Lemaitre sera ou non forfait pour les prochains championnats du monde d’athlétisme, ce qui ne ferait qu’un athlète français de plus incapable de participer à cette épreuve, avec Tamgho, champion du monde du triple saut en 2013, mais aussi le multiple médaillé d’or européen et médaillé d’argent olympique et mondial, Mahiedine Mekhissi, ou encore Yohann Diniz, triple champion d’Europe, tous blessés, ce sport est en train de subir un véritable cataclysme…lié à de supposées affaires de dopage. Décidément on n’en sortira pas ! Au passage on est en train de s’apercevoir qu’il n’y a pas que dans le cyclisme que sévit le dopage, ce dont nous sommes très nombreux à être persuadés. ..le sport engendrant fatalement la tentation du dopage chez certains compétiteurs. Cela dit, doit-on nécessairement remuer de la boue pour des résultats entérinés entre 2001 et 2012, soit pour certains depuis bientôt 15 ans ? Réponse non, car dans ce cas il faudrait remonter des années et des années en arrière, notamment à la « belle » époque du dopage organisé dans les années 70 ou 80, voire même avant, et cela ne servirait à rien.

Je souhaite aussi qu’on ne se ridiculise pas comme on le fait régulièrement dans le cyclisme, où l’on manipule à loisir les palmarès, pour donner parfois des titres à des gens loin d’être insoupçonnables sur le plan du dopage. Parfois même le ridicule tue froidement puisqu’on raye un vainqueur des palmarès, sans attribuer le titre…mais en gardant le reste du podium pour des coureurs suspendus par la suite. Bref, du grand n’importe quoi, ce qu’on a osé faire aussi en athlétisme, mais à une échelle beaucoup moins grande. En fait les seuls champions privés de leur titre l’ont été suite à un contrôle positif ou anormal, ce qui peut s’expliquer même si ces contrôles ne prouvent pas nécessairement qu’il y a eu prise de produit incriminé volontaire, ou suite à des aveux faits par les champions…ce qui signifie qu’ils auraient gardé leur titre s’ils n’avaient rien dit.

Mais comme rien n’est simple dans ce domaine, notamment dans le cyclisme, on peut quand même figurer dans les palmarès si on a avoué s’être dopé…après prescription des faits par le règlement. Qui peut comprendre ça ? Résultat, on a des gens dont est certain qu’ils se sont dopés figurant dans les palmarès…et des gens dont n’a jamais pu prouver qu’ils s’étaient dopés à qui on a retiré leurs titres, y compris ceux pour lesquels ils étaient régulièrement inscrits sur la liste des participants. Là ça devient carrément loufoque ! Mais on oublie aussi les cas où un champion ayant subi un contrôle positif indiscutable garde son ou ses titres, parce qu’il y a eu vice de forme dans la procédure. Là on est carrément dans le déni de justice par rapport aux autres.

Néanmoins tout cela n’est finalement que broutille dans l’histoire du sport, surtout dans un monde où tout va tellement vite que plus personne ne se souvient des résultats vingt ans auparavant. Il n’y a qu’à lire les commentaires des supporters forumers pour s’en rendre compte, certains faisant par exemple de Froome le plus grand coureur cycliste de tous les temps, la remarque valant aussi pour Messi en football ou pour Usain Bolt en athlétisme, sans parler de Federer ou Serena Williams pour le tennis, alors qu’il est déjà très difficile de déterminer le meilleur depuis le nouveau siècle. En fait, seuls les palmarès sont crédibles pour essayer de désigner les meilleurs…à condition qu’ils n’aient pas été manipulés, ou qu’on garde en mémoire le fait qu’il y ait eu jusqu’au début des années 1990 une distinction entre amateurs et professionnels (cyclisme sur piste ou tennis).

Décidément on n’en sort pas, d’autant que personne n’a songé à revenir en arrière, à partir de 1946 ou même avant, pour vérifier si tel coureur, athlète ou tennisman n’ avait pas des qualités supérieures aux stars d’aujourd’hui, en tenant compte aussi de la morphologie moyenne des sportifs, des conditions dans lesquelles on évoluait il y a 50 ou 100 ans, des progrès de la médecine, des progrès technologiques etc. En outre, qu’est-ce qu’on entend par produits dopants, certains se trouvant dans des médicaments utiles à la santé, d’autres dans la nourriture. La créatine par exemple, est-elle un produit dopant ? Non, répondent les spécialistes, même si le docteur Gérard Dine, spécialiste du dopage, a affirmé que « la créatine a des effets bénéfiques minimes mais réels ». D’ailleurs aucune autorisation d’emploi de ce produit en France n’a été accordée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, ce qui n’empêche pas que de nombreux sportifs ont admis l’avoir utilisée, le dernier en date étant le nageur vedette en France,  Florent Manaudou.

En tout cas, si l’on en croit les révélations faites par une chaîne de télévision allemande (ARD) et un quotidien britannique (Sunday Times) sur un fichier secret de la Fédération Internationale d’Athlétisme, « au moins un médaillé sur six dans les épreuves d’athlétisme des JO ou des Mondiaux (hors sprint), entre 2001 et 2012, présentait des résultats suspects ». En outre deux pays, le Kenya et la Russie, sont fortement montrés du doigt. Comme si le dopage ne sévissait que dans ces pays ! Accusations qualifiées de « sentationnalistes et trompeuses«  par l’IAAF (Fédération internationale d’Athlétisme), ce qui signifie qu’on n’y voit guère plus clair sur toutes ces affaires, et sur la réalité du dopage en athlétisme. Et là aussi, je pourrais écrire : Comme si le vélo et l’athlétisme étaient les deux seuls sports touchés par le dopage !

Du coup l’amateur d’athlétisme que je suis depuis mon plus jeune âge, devrait cesser de rêver en voyant les exploits réalisés par les cracks d’autrefois et d’aujourd’hui, même si quelques performances me laissent de très gros doutes…parce que jamais approchées depuis leur réalisation. Je donnerai plus loin quelques exemples pour illustrer mon propos, en notant aussi que certains exploits me paraissent tout à fait humains (El Guerrouj et ses 3mn26s au 1500m en 1998 ou les 18m29 d’Edwards au triple saut en 1995, pour ne citer qu’eux). En revanche, pour avoir vu la course à la télévision, je n’ai jamais cru à la véracité de l’exploit accompli en son temps par le Canadien Ben Johnson, qui avait réussi, le 24 septembre 1988 aux J .O. de Séoul, le temps de 9s79, qui lui avait permis de devancer largement Carl Lewis lors de la finale du 100m, avant d’être disqualifié quelques heures après son succès et banni des Jeux Olympiques. Vraiment trop beau pour être vrai!

Cela montre, comme je l’ai souvent écrit, que l’on a fait des progrès dans la lutte contre le dopage, mais pas suffisamment pour que ceux qui ont recours à la pharmacopée pour réussir des performances hallucinantes soient attrapés au moment de leurs exploits. En effet, avant de l’être ils ont pu accumuler les performances stupéfiantes…sans que les contrôles permettent de savoir si ces performances étaient normales ou pas. C’est là tout le problème du dopage dans le sport, et pas que dans le cyclisme ou l’athlétisme, puisque des champions peuvent très bien faire toute leur carrière sans jamais se faire prendre, alors que d’autres sont pris pour des traces insignifiantes de produits qui, en aucun cas, ne pouvaient améliorer leurs performances.

Puisque je parle de l’année olympique 1988, ô combien riche en exploits renversants notamment en athlétisme, qui pourrait affirmer avec certitude que Florence Griffth-Joyner a réalisé « proprement » ses 10s49 au 100m en juillet 1998 à Indianapolis, et ses 21s34 en finale des J.O. sur 200m, des temps qui n’ont jamais été approchés depuis cette date ? Pour mémoire, sur 200m la meilleure performance d’une femme après celle Flo-Jo Griffth-Joyner est détenue par…Marion Jones avec 21s62, la suivante immédiate étant Merlène Ottey avec 21s64, elle aussi ayant eu des problèmes de dopage.   Sur 100m, la femme la plus rapide est Carmelita Jeter avec 10s 64, temps réalisé en septembre 2009, donc tout à fait en fin de saison, ce qui avait aussi suscité des interrogations. Pour revenir à Flo-Jo Griffith-Joyner, on rappellera qu’elle n’a jamais confirmé ses performances de 1988, puisqu’elle a annoncé sa retraite en février 1989. Elle est décédée d’une rupture d’anévrisme quasiment 10 ans jour pour jour (21 septembre 1998) après son fabuleux record du monde du 200m (29 septembre 1998). Au fait quand ses records seront-ils battus ? Peut-être, pour ne pas dire sans doute, jamais.

Il y a aussi des  records qui tiennent depuis 25 ans et plus, et qui pourraient tenir encore un  certain temps. Citons simplement  ceux  détenus chez les hommes par l’Allemand de l’Est Schult au disque avec 74.08m   (1986), par l’Ukrainien  Sedhyk ( père de notre grand espoir Alexia) au   marteau avec 86.66m en 1986, et chez les femmes par l’Allemande de l’Est   Marita Koch sur 400m avec 47s60 (1985),    la Tchèque  Jarmila   Kratochvilova sur 800m avec un temps de 1mn53s28 (1983),  la lanceuse de poids russe (aujourd’hui   française) Natalya Lisovkaya qui a effectué un jet de 22.63m en 1987, la   lanceuse de disque est-allemande Gabriele Reinsch qui a lancé son engin à  76.50m, la sauteuse en hauteur bulgare Stefka Kostadinova dont le saut de 2.09m à Rome aux championnats du monde 1987 n’a jamais été égalé ou battu,   même si la Croate Blanka Vlasic a flirté plus d’une fois avec cette   barre ces dernières années,  sans oublier les 12s21 au 100m  haies de la Bulgare Yordanka Donkova et les 7m52 en longueur de l’Ukrainienne Galina Chistyakova en 1988 (décidément l’année des J.O. de Séoul était propice aux exploits!). Cette même année il y eut l’énorme record du 4x400m féminin de l’ex-Union   Soviétique avec un temps de 3mn15s17c, mais aussi les 7291 points à l’heptathlon de Jackie Joyner, sœur de Al Joyner (champion olympique du triple saut   en 1984 à los Angeles), lui-même époux de Florence Griffith-Joyner. Et oui, le monde de l’athlétisme est petit, et le nom de Joyner n’est pas prêt de   disparaître des annales de l’athlétisme, pas plus que celui de la Chinoise Wang Junxia, double recordwoman du monde des 3000m (8mn06s11) et du 10.000 m (29mn31s78), records battus entre les 8 et 13 septembre 1993. D’après son entraîneur, obligé de répondre à certaines interrogations des observateurs et amateurs d’athlétisme, les exploits de Wang Junxia étaient dus à son entraînement et, plus encore sans doute, au fait qu’il lui administrait comme potion magique de la soupe au sang de tortue!

Arrêtons-là et espérons, sans réellement  y croire, que le dopage disparaîtra dans l’avenir des  pistes, des routes ou vélodromes, des bassins de natation, et plus généralement de tous les autres terrains de sport. Après tout, je suis sûr et certain que les records d’Europe de Christine Arron (100m en 10s73) en 1998 ou de Stéphane Diagana (400m haies en 47s37) en 1995, pourtant très haut perchés, ont été réalisés sans le moindre doute quant à la valeur réelle de la performance. Je pourrais évidemment citer bien d’autres exemples, plus récents, par exemple les 6m16 de Renaud Lavillenie à la perche l’an passé, qui prouvent que j’ai raison de garder mes illusions et pas seulement grâce aux seuls athlètes français.

Michel Escatafal

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Pourquoi Armstrong est-il traité différemment des autres sportifs ?

armstrongSi l’on en croit l’Institut du Sport Allemand, l’histoire du dopage en Allemagne est très riche, et pas seulement qu’à l’Est. En fait le dopage a sévi depuis toujours, un peu partout dans le sport outre-Rhin…et ailleurs. J’ai déjà évoqué la finale de la Coupe du Monde 1954 sur ce site (Cruel pour l’équipe de Hongrie 1954 : le miracle de Berne n’en était sans doute pas un!),  mais j’aurais pu aussi parler de nombreuses victoires qui sont dues au dopage, en supposant toutefois que les autres n’étaient pas dopés. Et oui le dopage dans le sport a toujours existé, et j’ai bien peur qu’il en soit encore ainsi bien longtemps, au point qu’on se demande quelle est la vraie hiérarchie dans certains sports…surtout de nos jours. Pourquoi j’ajoute cette phrase ? Tout simplement parce que, pendant longtemps, tout le monde était à peu près à égalité, notamment dans le cyclisme, pour ne parler que de ce sport.

C’était l’époque des amphétamines, pratiques héritées de la deuxième guerre mondiale, qui étaient tellement « naturelles » que personne n’y prêtait attention. Personne ne s’est jamais préoccupé de savoir comment Koblet avait pu résister pendant 140 km à un peloton lancé à ses trousses, entre Brive et Agen dans le Tour de France 1951. Simplement, tout le monde avait découvert ce jour-là que le magnifique coureur suisse était un surdoué, peut-être le cycliste le plus doué de sa génération avec Fausto Coppi, seul coureur qui ait pu se mesurer à lui au sommet de ses capacités. Personne non plus ne s’est demandé ce qu’avait bien pu prendre Jacques Anquetil quand il réalisa son fameux doublé Dauphiné-Bordeaux-Paris en 1965, s’embarquant dans un avion le soir de sa victoire dans le Dauphiné pour prendre le départ à minuit de Bordeaux-Paris, et finir par l’emporter à l’issue des 630 km de course malgré la fatigue et le manque de sommeil. Et pourquoi se le serait-on demandé puisque tout le monde (ou presque)  avait recours aux amphétamines ?

A l’époque, dans les années 50 ou 60 notamment, se « faire une fléchette » était une pratique tellement courante que c’était la première explication des coureurs en voyant l’un d’entre eux « marcher » à un niveau anormal. Cela permettait à ce coureur d’en « mettre un coup sur la meule », donc d’augmenter d’un coup son effort et d’éliminer nombre d’adversaires. Et de fait, une fois ce travail achevé, cet attaquant pouvait « emmener la bracasse », c’est-à-dire adopter un développement très important et mettre à la torture ses accompagnateurs. Voilà ce qu’on disait dans et autour du peloton…et on le disait tout aussi normalement que j’écris ici sur ce site. Bref, le dopage faisait partie de la course, ce que les coureurs, y compris les plus grands, avouaient bien volontiers, se faisant même une gloire de savoir apprivoiser mieux que d’autres cet élément de la course.

Et puis, suite à la mort de Tom Simpson sur les pentes du Ventoux dans le Tour de France 1967, tout le monde a fait semblant de découvrir le phénomène du dopage…après que l’on ait pu voir à la télévision ce que l’on pourrait appeler « la mort en direct ». Du coup on décida de faire des contrôles dans le vélo, mais aussi peu à peu dans les autres sports, afin d’éradiquer ce que l’on appelait « le fléau du dopage ». Attention, loin de moi l’idée de ne pas considérer le dopage comme un fléau, mais force est de constater que, malgré des milliers et des milliers de contrôles, jamais on n’a autant suspecté les sportifs que de nos jours. Jamais aussi le dopage n’a paru aussi dangereux pour la santé de ceux qui y ont recours, car maintenant « on envoie du lourd » pour parler comme dans le jargon sportif.

Fini le temps des amphétamines, finie l’éphédrine présente aussi dans d’autres sports comme le football, finies aussi sans doute les œstrogènes, la testostérone, et bientôt l’EPO sous toutes ses formes, parce que ces produits dopants sont à présent détectables. Qui aujourd’hui se fait prendre à ces types de produits ? Quasiment personne parmi les grands champions, sauf si certains de ces produits se trouvent dans les compléments alimentaires ou dans les aliments que nous consommons. C’est d’ailleurs de cette manière qu’Alberto Contador a été reconnu « positif » lors d’un contrôle dans le Tour de France 2010, sans que l’on sache exactement d’où provenaient ces traces de clenbutérol, produit anabolisant hautement détectable, ce qui a fait douter nombre de biologistes sur l’intention du coureur espagnol d’utiliser ce produit pour se doper.

Fermons la parenthèse pour noter qu’en 2013 on évoque le dopage dans la quasi-totalité des sports…sans que l’on sache exactement de quoi on parle. On constate aussi que les contrôles permettent de confondre les contrevenants…après toutefois que ceux-ci aient été contrôlés des dizaines ou des centaines de fois sans qu’il y ait eu la plus petite trace de dopage. Alors les contrôles, sont-ils efficaces ou pas ? J’aurais tendance à répondre qu’ils sont « un peu » efficaces, puisqu’il y a de plus en plus de contrôles positifs, sans toutefois que la proportion de cas positifs soit très importante, en comparaison au nombre de contrôles négatifs. J’en profite à ce propos pour noter que nombre de forumers, sur les sites sportifs, considèrent qu’un sportif qui n’a jamais eu de contrôle positif est nécessairement un « sportif propre ». Au fait combien de cas positifs pour Virenque, Armstrong…et tant d’autres? Aucun !

Tout cela pour dire que si la guerre contre le dopage est de plus en engagée, elle est loin d’être gagnée…parce que les concurrents ne sont plus du tout à égalité, contrairement à ce qui se passait autrefois. L’inégalité est même de plus en plus flagrante, dans la mesure où les contrôles sont de plus en plus nombreux, ce qui implique d’avoir à sa disposition des produits de plus en plus sophistiqués, donc indétectables. Et pour arriver à obtenir ces produits il faut disposer de beaucoup d’argent, ce qui signifie que la course aux armements ne peut qu’être à l’avantage des plus riches. C’est là toute l’ambigüité de la lutte contre le dopage, ce qui en outre fait plus que jamais douter de la véracité des performances des uns et des autres. La preuve, il suffit qu’un coureur inconnu il y a deux ans, Froome, gagne le Tour de France, pour qu’il soit presque unanimement suspecté par la plupart de ceux qui s’intéressent au vélo.

Certains de ses supporters (il en a quelques uns !) diront qu’il est après tout possible qu’il ait énormément progressé, grâce à des méthodes d’entraînement ultra planifiées et très sophistiquées. D’autres, les plus nombreux, affirmeront qu’un coureur qui n’a jamais rien gagné à 26 ou 27 ans, et qui s’affirme être tout d’un coup le meilleur, doit avoir trouvé la « potion magique ». D’autres encore font le parallèle avec le vainqueur du Tour de France 2012, un autre Britannique, Wiggins, qui ne gagnait jamais un contre-la-montre jusqu’en 2011, et qui est devenu imbattable depuis 2012, au point de prendre une minute à des coureurs comme Cancellara et Phinney, pour sa rentrée au Tour de Pologne, sur une distance de 37 km. Wiggins sait-il mieux s’entraîner que Cancellara ou Phinney ? Peut-être. Est-il dopé à un produit inconnu depuis deux ans, tout comme Froome et nombre de pistards britanniques qui ont tout raflé ou presque aux J.O. de 2012 ? Pour ma part je répondrais que, jusqu’à preuve du contraire, tous ces coureurs sont propres, puisque tous leurs contrôles sont négatifs, mais j’ajouterais que je comprends que certains n’acceptent pas l’idée de résumer cette supériorité à des méthodes d’entraînement que les autres n’ont pas ou ne maîtrisent pas.

Tout cela pour dire que le vélo, mais aussi l’athlétisme, sans doute les deux sports qui font le plus en matière de lutte contre le dopage, sont de nos jours les deux sports qui suscitent le plus de méfiance quant aux résultats de leurs principales vedettes. Ils la suscitent d’autant plus que quelques unes de leurs plus grandes stars ont été convaincues de dopage suite à des contrôles inopinés. Résultat, plus grand monde ne croit à la propreté de ces sportifs. Et ce ne sont pas les révélations a posteriori sur les résultats du Tour de France 1998, pas plus que le rapport sur le dopage en Allemagne il y a quelques décennies, qui vont aider à crédibiliser ces deux sports. Et cela m’amène à reconnaître deux grosses injustices dans ces histoires de dopage : la première, c’est que certains sports qui font beaucoup moins dans ce domaine que le vélo et l’athlétisme sont épargnés de tout procès en matière de suspicion, et la deuxième est qu’il est scandaleux qu’Armstrong ait été l’unique bouc-émissaire de ces révélations sur le dopage, alors qu’il n’a fait que ce que tant d’autres de ses pairs ont fait aussi.

Il n’était tout de même pas le seul à prendre de l’EPO, puisque nombre de ses adversaires en prenaient aussi, et l’ont avoué plus tard. Savait-il mieux s’y prendre que d’autres ? Peut-être. Avait-il plus de classe que d’autres ? Sans doute. C’est pour cela que je suis heureux de n’avoir pas changé quoi que ce soit à mon tableau relatif au palmarès des grandes épreuves du cyclisme routier international (palmarès des plus grandes courses depuis 1946), que l’on peut consulter sur ce site, en rappelant que j’ai toutefois enlevé ceux qui ont été confondus pendant l’épreuve de manière flagrante (Landis, Heras)…qui n’étaient peut-être pas plus dopés que d’autres. Difficile d’être parfait!

Michel Escatafal


Tour de France 1904 : le premier n’était que le cinquième

aucouturierAujourd’hui dans le monde du vélo, alors que nous connaissons à présent le parcours des trois grands tours (Tour, Giro, Vuelta), le sujet de conversation est ce que certains appellent les confessions d’Armstrong. Encore et toujours le dopage ! Et dire qu’en plus, des anciens coureurs participent  aussi à ce mouvement! Malgré tout, parmi les fossoyeurs du vélo, n’ayant que le mot dopage à la bouche, il y en a 99% qui ne sont jamais montés sur un vélo de course, et leur avis est totalement sans intérêt. Ils n’y connaissent rien et ils parlent, ce qui est une des caractéristiques de la nature humaine, les gens aimant bien disserter sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas du tout.

C’est le cas du vélo, mais quand ce sont d’anciens champions qui font la leçon c’est plus gênant. Que se passe-t-il donc dans la tête de ces anciens champions quand ils  s’en prennent  aux coureurs actuels, et contribuent ainsi à alimenter les polémiques stériles sur le dopage dans le vélo, d’autant que du dopage dans ce sport, comme dans les autres, il y en a toujours eu…et il y en aura sans doute  toujours ? Et je ne parle pas de ceux qui, jouant les hommes de science, font de savants calculs pour déterminer la puissance maximale que peut développer un coureur dans une ascension. Comme si dans ce domaine il n’y avait pas d’exceptions !

Le dopage en effet, a toujours existé dans le sport, y compris depuis les temps immémoriaux. Je devrais dire plutôt les tricheries de toutes sortes, et pas seulement le dopage même si, curieusement, c’est quasiment ce seul phénomène qui soit assimilé à une fraude. Ainsi je me souviens avoir lu il y a quelques années, qu’à l’époque où il y avait obligation de signer un registre aux postes de contrôles,  les coureurs du Tour se bagarraient énormément pour être les premiers au contrôle et signer avant les autres. Jusque-là rien d’extraordinaire, mais des petits malins avaient jugé astucieux de briser le porte-plume dont ils  venaient de se servir, pour retarder les autres concurrents qui devaient passer après lui. Cela obligeait les coureurs à porter un crayon autour de leur cou…qui se détachait bien souvent avant le contrôle. Résultat, il fallait le retrouver, ce qui faisait perdre de nombreuses minutes à celui qui était victime de cet avatar.  Mais tout cela n’était rien à côté de ce qui s’est passé au tout début de l’histoire de la Grande Boucle.

 En 1904, par exemple, donc au cours de la deuxième édition du Tour de France, on a assisté à l’époque à un des côtés les plus sombres de la nature humaine en matière de triche. La rançon du succès populaire, l’année précédente, d’une épreuve qui allait devenir la Grande Boucle, et un des plus grands évènements du calendrier sportif chaque année? Peut-être, et même sans doute, dans la mesure où Maurice Garin, le vainqueur de cette première édition, était devenu un de ces héros qui resteront à jamais dans l’histoire du sport, et même de son pays. Je devrais plutôt dire de son pays d’adoption, puisque Garin, comme son nom ne l’indique pas, était né dans le Frioul (Italie), et était devenu français par naturalisation. Fermons la parenthèse pour noter que l’on n’a même pas attendu le Tour 1904 pour voir la rubrique fait divers s’emparer de celle consacrée au Tour de France.

Cela se passait vers la fin de l’épreuve en 1903, qui à ce moment ne pouvait plus échapper à Garin, sauf en cas d’accident…toujours possible. C’est bien connu,  en sport, tant qu’on n’a pas franchi la ligne d’arrivée on n’est pas certain d’avoir gagné, Remarquez de nos jours, dans le cyclisme plus particulièrement, en fait on n’a jamais définitivement obtenu la victoire dans la mesure où on peut à tout moment revenir sur cette victoire, chose impensable dans la plupart des autres sports. Est-on revenu sur les victoires du joueur de tennis américain André Agassi (un des rares vainqueurs des quatre tournois du grand chelem), alors qu’il a avoué avoir menti aux autorités sportives (ATP) pour éviter une suspension pour dopage, suite à un contrôle positif à la méthamphétamine, rejetant la faute sur un ami, qui aurait mélangé ce produit avec des sodas ? Bien sûr que non, alors que pour des quantités infinitésimales de clembutérol retrouvées dans ses urines, lors d’un prélèvement effectué  pendant la deuxième journée de repos du Tour de France 2010, Contador a été suspendu deux ans et perdu tous ses titres obtenus entre juillet 2010 et juin 2011  …comme pour un contrôle positif à l’EPO. Et pire encore,  toujours dans le vélo, quand un coureur n’est pas contrôlé positif, s’il s’appelle Contador, les soi-disant amateurs de vélo  le suspectent  systématiquement de dopage même en ayant subi tous les contrôles possibles, tous négatifs. Je dis si on s’appelle Contador, car les pourfendeurs du dopage ont leurs  clients  privilégiés. Passons !

Revenons de nouveau au Tour de France 1903, et à Maurice Garin, qui était théoriquement tranquille pour la victoire finale, puisque son principal concurrent, Léon Georget, ayant bu trop de Muscadet en route, avait été obligé de s’arrêter sous un arbre avant l’arrivée à Nantes, terme de l’avant-dernière étape, et,  son sommeil s’étant éternisé, il reprit la route trop tard pour arriver dans les délais. En fait Garin n’était pas si tranquille, car, outre le fait que la dernière étape à cette époque n’était pas une marche triomphale comme de nos jours, Garin devait affronter les supporters malintentionnés décidés à le faire battre coûte que coûte. Lui-même a raconté cette anecdote plus tard :  J’étais à quelques kilomètres de Nantes, je roulais seul dans la nuit à bonne allure, quand un cycliste m’approche et me demande mon nom. Garin avait-il senti qu’on lui tendait un piège ? Sans doute,  puisque la veille, alerté par certaines rumeurs, il avait pris la précaution de troquer sa veste blanche habituelle contre une autre de couleur noire. Toujours est-il qu’il donna le nom d’un autre concurrent, ce qui lui valut cette réplique de son interlocuteur :  Où est Garin ? Réponse de ce même Garin :  Loin derrière, il y a longtemps que nous l’avons lâché.  Garin avait eu du nez, puisque l’interlocuteur en question lui répliqua menaçant:  Bon, il ne perd rien pour attendre.  De qui ce cycliste était-il l’envoyé ? Nul ne le saura jamais.

Cette histoire réelle allait préfigurer ce qui allait se passer à grande échelle dans le Tour 1904, où son parcours, identique à celui de 1903, allait se transformer en véritable coupe-gorges, avec des embuscades dignes des attaques de diligence telles qu’on les verra plus tard dans les films de Far West. Il faut rappeler qu’à cette époque les coureurs roulaient de nuit, et même s’ils faisaient leur périple sur de belles routes, les contrôles étaient très difficiles, ce qui donna des idées aux coureurs les moins scrupuleux. Evidemment ces coureurs sans foi, ni loi, avaient des supporters à leur image, ce qui allait faire de ce Tour 1904 une sordide foire d’empoigne qui aurait pu avoir les plus tragiques conséquences.

Dés la première étape entre Paris et Lyon, Chevallier fut disqualifié pour de nombreuses et graves irrégularités, tandis que Pothier, Aucouturier , ainsi que le Belge Samson étaient lourdement pénalisés par des amendes, Garin terminant premier de l’étape. On imaginait que tout cela ramènerait ce joli monde à la raison, mais il n’en fut rien, les soi-disant supporters (qu’on appelait partisans à l’époque), ne cessant de mettre de l’huile sur le feu. Ainsi, lors de la deuxième étape, entre Lyon et Marseille, on vit à la surprise générale un certain Faure s’échapper  en compagnie de Pothier (second l’année précédente) dans le col de la République. Si j’écris à  la surprise générale, c’est parce qu’on était au tout début de l’étape et celle-ci faisait largement plus de 300 km. Pourquoi donc cette folie de Faure? Tout simplement parce que ses partisans, armés de gourdins, s’étaient rassemblés au sommet du col pour donner l’assaut sur ses poursuivants, et leur faire perdre un temps précieux. Maurice Garin, son frère César, l’Italien Gerbi et Daumain reçurent nombre de coups, au point qu’il fallut l’intervention des commissaires, arrivés avec leur voiture suiveuse peu après le début de l’échauffourée, pour disperser les assaillants…à coups de révolver tirés en l’air.

Au terme de l’étape à Marseille, Faure arrivé en cinquième position sera mis hors course, tout comme l’Alésien Payan, surpris en train de rouler accroché à une voiture. Ce même Payan, menaçant de représailles les organisateurs et les commissaires lors du passage dans son département à Nîmes.  Effectivement, lors de l’étape menant les coureurs de Marseille à Toulouse, les supporters de Payan, munis de gourdins et de longs rasoirs dressèrent un barrage lors du contrôle de Nîmes, avec des tessons de bouteille et des clous répandus sur la chaussée, Résultat, il fallut encore  avoir recours aux revolvers pour disperser les manifestants amis du coureur.  Décidément ce Tour était maudit, et la mascarade allait continuer jusqu’à Ville- d’Avray. Oui, j’ai bien écrit jusqu’à Ville-d’Avray, et non jusqu’à Paris, sur la piste du Parc des Princes, où devait se dérouler  l’arrivée initialement prévue, un orage très violent obligeant les organisateurs à réduire le parcours.

Et pour couronner le tout, la Commission de l’Union Vélocipédique de France annonce, fin novembre, que les quatre premiers du classement général, Maurice Garin (qui en réalité a gagné deux Tours de France sur la route), Lucien Pothier, César Garin, et Hyppolite Aucouturier, sont mis hors course après enquête approfondie. Approfondie, personne ne doute qu’elle l’ait été, mais cette enquête était-elle suffisante pour qu’on puisse déclasser aussi facilement quatre coureurs, dont deux au moins, les frères Garin, avaient subi de graves préjudices physiques, Maurice Garin ne pouvant tenir son guidon que d’une seule main pendant le reste du Tour de France après la deuxième étape, sans parler des frayeurs qu’avaient eues Aucouturier, ce qui ne pouvait qu’aviver ses crampes d’estomac légendaires.  Toujours est-il que ce déclassement fut le premier d’une longue liste dans le vélo, avec accélération ces dernières années. A noter que Cornet avait 20 ans en cette année 2004 (plus jeune vainqueur du Tour sur le palmarès officiel), et qu’à part Paris-Roubaix en 1906, il ne gagna plus rien dans le restant de sa carrière.

En évoquant  Aucouturier et ses frayeurs, je veux parler de ce qui lui est arrivé lors de l’échauffourée du contrôle de Nîmes. Aucouturier avait comme première particularité d’être très grand pour son époque, ce qui permettait de le reconnaître facilement. Ainsi lors de ce fameux contrôle de Nîmes, il fut parmi les premières cibles des excités, lesquels réussirent à l’isoler du reste du peloton. Heureusement pour lui, il souleva son vélo, le fit tournoyer à bout de bras, ce qui lui permit de s’enfuir jusque dans une petite rue peu fréquentée. Là il laissa son vélo, et pénétra dans le bistrot dont le seul occupant était le barman, le reste de la clientèle s’étant déplacée pour  accueillir le Tour de France. Voyant qu’il n’était pas poursuivi, il demanda au barman de lui donner sa veste et son tablier, ce que ce dernier n’hésita pas à faire compte tenu du ton péremptoire employé par Aucouturier (on le surnommait le Terrible pour son agressivité en course)…et de ses mensurations. A peine avait-il mis ses nouveaux habits, qu’il se mit aussitôt à nettoyer le comptoir comme un vrai pro. Bien lui en avait pris, puisque quelques instants plus tard, une dizaine de soudards excités rentrent dans le café en lui demandant s’il n’avait pas vu passer un coureur.  Oui, répondit-il, il est passé comme une flèche et est parti par là, désignant une porte au fond de la salle, où s’engouffrèrent les furieux. A peine ceux-ci étaient-ils partis que le grand Aucouturier rendit ses vêtements au garçon de café, lui donna un pourboire, et s’en fut retrouver sa bicyclette pour réintégrer le peloton.

Tout cela pour dire que les doux rêveurs qui passent leur temps à fustiger les coureurs parce qu’ils ont la tentation de se doper, oublient simplement que  ces gens pratiquent un des plus durs métiers qui existent, mais aussi un des plus dangereux, même si le danger n’est plus tout à fait le même aujourd’hui. N’oublions pas que le coureur cycliste, qu’il ait couru dans les premières années du vingtième siècle ou de nos jours, subit sur son vélo des souffrances que personne ne peut imaginer s’il n’a pas couru au très haut niveau. Il suffit de voir comment on peut souffrir en 3è ou 4è catégorie si l’on n’est pas en forme, pour en être convaincu. C’est pour cela que j’ai tellement de respect pour les coureurs, en pensant à ce que disait Henri Pélissier à Albert Londres (célèbre journaliste) dans une interview lors du Tour de France 1924 :  Au bain, à l’arrivée, la boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires. La diarrhée nous vide. On tourne de l’œil dans l’eau. Le soir, à notre chambre, on danse la gigue comme Saint-Guy au lieu de dormir (l’excitation sans doute). Regardez nos lacets : ils sont en cuir. Et bien ils ne tiennent pas toujours, ils se rompent  et c’est du cuir tanné, du moins on le suppose. Pensez à ce que devient notre peau. Quand nous descendons de machine, on passe à travers nos chaussettes, à travers notre culotte, plus rien ne tient au corps.  On comprend pourquoi, même s’il y a peut-être un peu d’exagération dans ces propos, qu’on ait parlé des forçats de la route à propos des coureurs du Tour.

Michel Escatafal


Le temps des confessions dans le vélo

Aujourd’hui nous sommes de nouveau dans le temps des confessions pour le cyclisme. Et il est d’autant plus facile de se confesser que les faits datent de nombreuses années, parce que de nos jours (évidemment) les choses ont changé. Voilà en gros ce qu’on peut lire ça et là à propos de cette affaire Armstrong et du rapport de l’USADA (l’agence américaine antidopage), qui n’a pas fini de faire des vagues et qui va toucher le cyclisme, l’éclabousser même, comme peut-être il ne l’a jamais été. A présent l’information circule en temps réel, et comme toute information elle n’est pas que factuelle, donc soumise aux considérations ou aux croyances de chacun de ceux qui discourent sur le sujet. Et je ne parle pas seulement des forumers qui croient avec naïveté détenir la vérité, alors que dans la plupart des cas leurs remarques sont sans intérêt ou carrément ridicules. Mais le jugement des journalistes est-il meilleur ? On voudrait le croire, mais là aussi on s’aperçoit que ce jugement est sujet à caution dans la mesure où il est évolutif. Il suffit de lire ce qu’écrit le docteur J.P. de Mondenard (auteur de nombreuses études sur le dopage) dans son livre la Grande Imposture pour s’en convaincre si l’on avait des doutes, en notant au passage que lui n’a jamais été naïf sur le sujet du dopage dans le sport.

D’ailleurs que lit-on dans la première page de ce livre ? Que dès 1896, « le Gallois Arthur Lindon décède deux mois après sa participation au mythique Bordeaux-Paris, en raison d’une surconsommation de caféine ». Et sur la seconde ? Que « 63 ans plus tard, le plus grand journaliste de cyclisme du vingtième siècle, Pierre Chany, évaluait le nombre de coureurs chargés pendant le Grand Prix des Nations (championnat du monde c.l.m. à l’époque) à 22 sur 25 » ! Et sur la troisième page ? « Qu’analysés rétrospectivement, les échantillons urinaires des coureurs de la Grande Boucle 1997 révèlent un taux de positifs aux corticoïdes de 80% lors de la deuxième semaine de course », mais aussi qu’en 1998, « les analyses d’échantillons prélevés lors du Tour de France, avaient montré a posteriori que sur 70 flacons d’urine, 40 étaient positifs à l’EPO ». J’espère à ce propos qu’on gardera suffisamment longtemps les prélèvements effectués cette année ou les précédentes pour avoir une idée plus précise de l’évolution dans le domaine du dopage. Si je formule ce souhait, c’est tout simplement parce que les tests positifs dans les grandes épreuves sont extrêmement rares ou contestés pour ne pas dire contestables.

C’est cela qui me gêne dans cet immense déballage à propos d’Armstrong et son équipe, une équipe qui était celle de plusieurs coureurs (11) ayant témoigné sous serment contre « le boss ». Le dopage existe et a toujours existé, comme tricher au jeu, comme le fait de « marcher » sur son collègue de travail pour obtenir un meilleur poste, du moins pour ceux qui peuvent aspirer à des fonctions plus importantes et valorisantes, ou dénigrer systématiquement ceux qui font des choses que l’on est incapable de réaliser, bref, autant de défauts majeurs inhérents à la nature humaine. Et c’est la raison pour laquelle je souris, même si cela me rend très triste parce que cela touche le vélo, sport pour lequel j’ai toujours avoué une affectation particulière, quand je lis « qu’Armstrong et l’US Postal utilisaient le programme de dopage le plus sophistiqué et le plus professionnalisé » qui ait existé. Quand je lis aussi que d’après Leipheimer, « le dopage n’était pas l’exception, mais était la norme », et plus encore en prenant connaissance de cette déclaration de Slipstream Sports (Garmin dans le Worl Tour) : « Nous pouvons regarder derrière et dire : jamais plus »…ce qui ne met nullement en cause la bonne foi de celui qui a écrit ce communiqué.

Tout cela pour dire que le fameux système mis en place par Armstrong l’a été parce qu’il disposait de moyens techniques que n’avaient pas les coureurs des années 50 et après. Les champions de l’époque utilisaient les armes dont ils disposaient pour améliorer leur rendement, en espérant que cela s’avèrerait décisif pour remporter la victoire. C’était même tout un art pour un coureur comme Rivière, sans doute le meilleur rouleur de l’histoire, qui avouait après son record de l’heure : « Le jour de mon record de 1958, je me connaissais bien, je savais exactement ce qu’il me fallait. Cinq minutes avant le départ, au vestiaire, le soigneur m’a fait une forte injection d’amphétamines et de solucamphre. Juste avant de monter en selle, j’ai avalé encore cinq comprimés d’amphétamines, car l’effet de la piqûre ne me durait que 40 minutes. Les comprimés devaient faire le reste ». C’était bien étudié !

Un dernier mot enfin, et je vais le laisser au coureur belge Nico Mattan qui, en 2007, interrogé sur les aveux de Johan Museeuw, posait la question : « Qui ne s’est encore jamais comporté de façon incongrue dans sa vie » ? Tout est dit dans cette réponse-question. C’est la raison pour laquelle, je le répète encore une fois, cette curée vis-à-vis d’Armstrong me dégoûte profondément, ce qui ne veut pas dire que le plains et qu’il ne faille pas dénoncer les pratiques dopantes, celles-ci étant à proscrire, même si chacun sait bien qu’on n’éradiquera jamais complètement le dopage. Tout au plus le fera-t-on reculer dans ses aspects les plus contraignants et les plus dangereux, surtout pour les jeunes. Cela étant, je voudrais ajouter qu’il est quand même très surprenant, et surtout très choquant, que le sport le plus en pointe dans la lutte contre les pratiques dopantes soit constamment mis à l’index, alors que tout le monde sait que le dopage touche peu ou prou le sport dans son ensemble.

Michel Escatafal


Réponse aux Saint-Just de pacotille qui dénigrent le cyclisme

Alors que Purito Rodriguez vient de mettre un terme glorieux à sa saison magnifique, en remportant un Tour de Lombardie d’anthologie, couru dans des conditions dantesques avec une pluie qui n’a pas cessé tout au long des 251 km de course, au point que sur son blog Alberto Contador a avoué qu’il était « chiffonné » par tant d’eau, je viens de découvrir avec infiniment de tristesse que certains continuent sans cesse d’évoquer le dopage sur les divers forums des sites de cyclisme. Et c’est pour cela que je vais vous faire part de ce que j’ai écrit à certains, en réponse à ces remarques ou réflexions qui démontrent à l’évidence que ces gens ne comprennent rien au vélo…et plus grave encore, en parlent sans connaître le sujet. C’est tellement facile de se répandre en médisances sur les coureurs, devant sa canette de bière ou sa bouteille de whisky sur la table du salon, parfois même avec une cigarette sur les lèvres. Passons !

Voilà donc ce que j’ai répondu à ces contempteurs du cyclisme : « Vous n’êtes pas fatigués de parler constamment de dopage? Cela vous apporte quoi d’évoquer sans cesse le sujet? Est-ce qu’au moins vous avez essayé de comparer le temps que mettent les coureurs pour monter un grand col, et celui que nous mettons ou avons mis pour faire la même chose…avec 30 ou 50 km dans les jambes, alors que les coureurs ont déjà fait 150 ou 200 km?. Et bien, si vous avez fait ce calcul, en espérant que vous avez monté ce ou ces cols sur un vélo, vous verrez que ces coureurs vivent sur une planète géante, à des années-lumière de ce que nous pouvons faire ».

« Dans ces conditions, qu’ils soient dopés ou pas le résultat est le même : sur le Tourmalet, Contador, Schleck, Rodriguez, Froome…nous mettraient une demi-heure dans la vue. Et si vous voulez un autre exemple, faites la montée du Cade à Millau (7 km à 6%) dans les mêmes conditions, et vous vous apercevrez qu’ils vous mettraient dix minutes dans la vue. Je vous parle de deux montées que je connais particulièrement bien, mais je pourrais aussi évoquer celle du Granon (11 km à plus de 9%) que je vous conseille de faire chaque année début août à l’occasion du Défi du Granon, et bien d’autres encore ».

« Alors de grâce, arrêtez avec vos sornettes sur le dopage! Essayez plutôt de gagner une minute sur ces ascensions…et vous verrez que vous serez admiratifs de ce que font les coureurs, et pas seulement les meilleurs. Quand je pense qu’il y en a qui osent écrire qu’Armstrong n’est pas un vrai sportif! Non, mais je rêve! C’est comme si je disais que Molière n’est pas un grand écrivain, parce qu’on n’est pas certain qu’il ait composé lui-même quelques unes de ses pièces, attribuées à Corneille…sans que cela soit totalement démontré »!

« Ah, si ma démonstration pouvait être utile, combien nous serions plus heureux de débattre sur la classe de tel ou tel coureur, de ses projets, et de sa place dans le cyclisme d’aujourd’hui et celle qu’il aura dans l’histoire. Discutez très fort pour savoir si Démare sera le nouveau grand sprinter français ou si ce sera Coquard…ou les deux! Déchaînez-vous pour déterminer qui est le plus fort en montagne entre Contador, Schleck ou Rodriguez, ou le meilleur rouleur entre Cancellara, Martin ou Wiggins! Quant au reste, considérez que ces gens sont des surhommes sur une bicyclette…et vous serez heureux et apaisés ».

Voilà le commentaire que j’ai fait ce matin sur le site de Cyclism’Actu, et que j’aurais pu faire ailleurs, tellement les sites français sont pollués par des gens qui passent leur temps à dénigrer le vélo. Quand ces personnes comprendront-elles que le cyclisme est le sport qui a fait le plus pour la lutte contre le dopage…sans bien entendu le faire complètement disparaître du peloton ? N’oublions pas qu’un coureur comme Pellizotti, qui appartenait hier en Lombardie au peloton des meilleurs, a été suspendu deux ans parce que son passeport biologique faisait apparaître des anomalies. Voilà un coureur qui, à 32 ans, fut obligé de mettre sa carrière entre parenthèse au moment où il était au sommet de ses possibilités, sans jamais avoir été contrôlé positif ! N’est-ce pas injuste quelque part ?

Le plus surprenant dans tout cela est que ces Saint-Just de pacotille ne se posent des questions qu’à propos du cyclisme. Et le pire est que le pouvoir politique participe aussi à ce dénigrement systématique du cyclisme. De quel droit la ministre des Sports, Valérie Fourneyron, réclame-telle que le palmarès du Tour de France soit gelé entre 1999 et 2006 ? Comme si le vélo était le seul sport touché par le dopage ! Comme si le cyclisme devait être le seul sport où chaque année on décide un changement dans les palmarès de ses grandes épreuves, en oubliant, comme je l’ai dit dans un article précédent, que le dopage ne date pas de 1999, et que de nombreux champions ont avoué s’être dopés à l’époque où le sujet n’était pas tabou ! Pour ma part en tout cas, il ne me viendrait pas à l’idée de changer quoi que ce soit à mes statistiques sur les palmarès du vélo, ce qui signifie que, quelle que soit la décision des instances, Armstrong gardera ses 7 Tours de France, comme Contador doit garder ses 7 victoires dans les grands tours.

D’ailleurs cela me fait penser à la réflexion d’un coureur, qui se voulait exemplaire vis-à-vis du dopage dans les années 30, qui montre qu’à l’époque on prenait aussi des produits…fortifiants, avec des doses supérieures à celles qui étaient prescrites : « Je me rappelle dit-il, en 1932 ou 33, on nous a présenté un produit comme un médicament fortifiant. On nous avait dit qu’il fallait en prendre une ou deux ampoules par jour. Mais, comme tout sportif qui est là pour la gagne, on en avalait quatre. Et des coureurs ont payé l’addition : certains ont eu des furoncles ; d’autres des anthrax. Ce n’est qu’après quelques mois d’expérimentation qu’on a découvert qu’il ne fallait pas abuser de cette potion. Moi, je n’ai jamais pris d’autres médicaments. Seulement ce produit, et encore parce que le soigneur me le donnait ». Même lui n’a pas eu peur d’essayer d’améliorer ses performances avec un fortifiant ! Doit-on lui enlever les victoires qu’il a remportées ? Ridicule !

A ce propos, comment doit on considérer les coureurs prenant des produits non interdits, mais susceptibles d’aider à améliorer la performance ou la récupération ? Oui cela existe. Il y a aussi la cryothérapie qui permet la régénération biologique. Mais où commence le dopage ? Après tout, dans un monde idéal, tous les champions devraient être à égalité dans les compétitions…ce qui est impossible, puisque certains vivent au niveau de la mer et d’autres à 2000 m d’altitude, ce qui leur procure parfois un énorme avantage sans être dopés. N’oublions pas qu’en athlétisme Jim Ryun, le fameux miler des années 60 et 70, n’a jamais été champion olympique parce qu’il a eu le malheur d’être né à Wichita à 400m d’altitude, ce qui ne lui laissait pas la moindre chance sur 1500 m, en 1968, lors des J.O. de Mexico face à Keino, le Kenyan.

Et oui, rien n’est simple dans le dopage et dans ce qui s’y rattache. Raison de plus pour lutter contre le vrai dopage, le dopage lourd…sans en rajouter une couche. Il y a quand même une différence, aujourd’hui, entre un contrôle positif à l’EPO et un contrôle avec une quantité infinitésimale de produit…que l’on peut trouver un peu partout, en rappelant que l’EPO n’est détectable que depuis quelques années, comme par le passé les corticoïdes et auparavant les amphétamines. Au fait, va-t-on laisser un blanc dans les palmarès olympiques, sachant ce qui s’est passé par le passé dans les pays communistes…et dans beaucoup d’autres ? Ridicule ! Et qui sait si de nos jours on n’utilise pas dans le sport, j’ai bien dit le sport en général,  des produits indétectables…pour le moment ? Doit-on geler les palmarès en attendant de trouver la parade à ces produits ou d’être sûrs qu’ils n’existent pas ? Ridicule!

Michel Escatafal


Les sanctions à l’égard d’Armstrong posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent

En lisant Biciclismo, j’ai vu que la ministre des Sports, Valérie Fourneyron, médecin spécialisée dans le sport, veut que l’UCI confirme la sentence de l’Agence américaine anti-dopage (USADA) et retire à Lance Armstrong, tous ses titres sportifs depuis 1998. Cela signifie que le coureur texan perdrait ses sept Tours de France, mais aussi son Tour de Suisse et ses deux Critériums du Dauphiné Libéré, ce qui réduirait son palmarès à un titre de champion du monde acquis en 1993, alors qu’il avait moins de 22 ans, à la Flèche Wallonne 1996, et à la Clasica San Sebastian 1995. De quoi faire du champion américain un coureur ordinaire, comme il y en a eu beaucoup dans l’histoire du cyclisme…ce qu’on ne fera croire à personne de sérieux. Cela étant, si l’Union Cycliste Internationale (UCI) confirme la décision de l’USADA et souscrit au vœu de la ministre des Sports, il y a plusieurs questions qui se posent, à commencer par le fait que si Armstrong s’est dopé, il n’aurait commencé à le faire qu’en 1998. Pourquoi pas ?

Autre question soulevée par Valérie Fourneyron : elle souhaite qu’on laisse un blanc dans le palmarès du Tour de France, les sept années où Lance Armstrong est arrivé premier au classement général. Très bien, mais est-on certain que le second au cours de ces années se soit dopé ? A contrario, si l’on avait attribué la victoire à celui qui est arrivé second, qui pourrait affirmer qu’aucun d’eux ne s’est dopé pendant la Grande Boucle entre 1999 et 2006 ? Voilà le dilemme auquel est confrontée l’UCI, et il n’est pas mince, parce que plusieurs coureurs, et non des moindres, ayant gagné le Tour de France depuis qu’il existe, ont reconnu plus ou moins ouvertement avoir eu recours au dopage au cours de leur carrière, surtout avant les années 80, c’est-à-dire avant que le sujet ne soit devenu tabou. Cela veut donc dire qu’en infligeant rétroactivement une telle sanction à Armstrong…on va créer une profonde injustice.

Certains vont me faire remarquer qu’entre le dopage des années 30, 40, 50 ou 60 et celui d’aujourd’hui, il y a un monde. C’est vrai, mais on oublie de dire qu’autrefois on ne disposait pas des mêmes produits (EPO) ou des mêmes techniques (transfusions)…ce qui signifie que si l’on en avait disposé, rien n’interdit d’imaginer qu’on n’aurait pas pris ces produits. Et oui, quand on veut laver plus blanc que blanc, on risque de déchirer le linge…et pas seulement le linge sale. Bref, dans tous les cas avec cette affaire Armstrong qui n’en finit pas, on est en train de créer des problèmes qui jusque-là n’existaient pas. Pour ma part, j’aurais bien vu qu’on ait mis sur le palmarès du Tour (ou une autre épreuve) une mention du style « dopage reconnu ou avéré », comme on l’a fait pour Bjarne Riis (1996) après que ce dernier ait avoué ses pratiques dopantes. Cela aurait été plus juste que de supprimer purement et simplement le nom d’Armstrong, et pas celui des autres qui ont avoué s’être dopé au cours de leur carrière, ou dont on est certain qu’ils se dopaient parce qu’ils se sont fait prendre dans d’autres courses que le Tour de France.

Autre élément à prendre en considération : il y a dopage et dopage. Un coureur qui a consommé un soir de fête du cannabis risque (s’il est contrôlé) plusieurs mois de suspension, ce qui, par exemple, pourrait l’empêcher de participer au Tour de France ou au Giro. Certes ladite sanction n’irait pas jusqu’à une suspension de deux ans, comme pour une prise d’EPO, mais elle serait pénalisante pour la carrière du coureur qui s’est fait prendre, alors qu’il n’y a pas nécessairement intention de dopage dans le fait de consommer du cannabis, même si cette substance doit être formellement prohibée. Il y a aussi les défauts de localisation qui posent problème, et qui ont coûté un titre mondial à Grégory Baugé, notre sprinter, ou un an de suspension à Yoann Offredo, un de nos plus sûrs espoirs sur la route.  Et que dire du cas d’Alberto Contador,  suspendu pour une durée de deux ans, perdant tous ses titres entre juillet 2010 et janvier 2012, parce qu’on a trouvé dans ses urines, lors d’un contrôle effectué un jour de repos du Tour 2010, une quantité infinitésimale de clembutérol, produit pour lequel d’autres sportifs n’ont pas été sanctionnés, y compris pour des quantités un peu plus importantes. Et pourtant, la sanction fut pour Contador exactement la même que s’il avait été pris pour avoir consommé de l’EPO, alors que tout le monde était d’accord pour dire que cette quantité de clembutérol ne pouvait en aucun cas apporter une aide à la performance pour le crack espagnol.

Bref, encore une fois je pense qu’il faut faire attention à ne pas vouloir trop en faire a posteriori dans les cas de dopage, mais plutôt mettre « le paquet », notamment sur le plan financier, pour faire en sorte que les laboratoires rattrapent les vrais tricheurs, ou plutôt que les produits indétectables qui ne cessent d’arriver sur le marché des produits dopants soient le plus rapidement possible détectés et classés dans les produits interdits. C’est à ce prix qu’on luttera efficacement contre le dopage. Et puisque j’ai employé le mot prix, il faut absolument que le cyclisme ne soit pas le seul à consacrer une part importante de son budget à cette lutte, car si les affaires de dopage dans le vélo se sont multipliées ces dernières années…c’est parce qu’on cherche avec vigueur ceux qui usent de produits interdits, et parce que les laboratoires deviennent de plus en plus pointus dans les études des échantillons qui leur sont confiés, au point que de nos jours on met à jour des doses qui sont loin de montrer qu’il y a eu intention de dopage. Et oui, dans la lutte contre le dopage il faut faire attention à ne pas commettre d’injustices pour réparer des injustices. Mais au fait, qui songerait dans le monde du football à donner le titre à la Hongrie de Puskas, Kocsis, Czibor, Hidegkuti, alors que tout le monde y compris en Allemagne reconnaît que les Allemands étaient dopés lors de la Coupe du Monde 1954?

 Michel Escatafal


Armstrong, icône de ceux qui ont des rêves sans limites

Je ne sais pas si c’est bien de réagir à chaud sur une information comme celle de ce matin, concernant Lance Armstrong, qui porte une fois encore atteinte à la crédibilité du vélo, alors que ce dernier est le sport qui dépense le plus pour la lutte contre le dopage. C’est d’ailleurs cela qui devrait à première vue énerver les amateurs de ce sport merveilleux, plutôt qu’essayer de réagir sur le fait de savoir si Armstrong s’est réellement dopé,  s’il a pris tel produit, et si d’autres l’ont fait aussi peut-être, mais dans des proportions moindres. Pour moi, si on enlève à Lance Armstrong toutes ses victoires depuis 1999, c’est tout simplement scandaleux, et pas seulement parce qu’il a énormément contribué au développement du vélo dans le monde anglo-saxon, au point que l’anglais soit quasiment la langue officielle du peloton. En effet, qui est certain que celui à qui on va attribuer la victoire à sa place (si on l’attribue) n’a jamais rien pris de répréhensible pendant le ou les Tours de France où il a terminé deuxième derrière le champion américain ?

En outre, si on en va par là, combien de coureurs, et pas des moindres, ont avoué s’être dopé dans les années 50, 60 ou après ? Et puis, n’y-a-t-il pas quelque injustice à subtiliser presque toutes ses victoires à Armstrong, alors qu’on va garder bien sagement des records du monde en athlétisme tout à fait improbables. Qui peut imaginer sérieusement que les 10s49 et les 21s34 de l’Américaine Florence Griffith en 1988, sur 100 et 200m, sont crédibles, en sachant que même Marion Jones (qui a avoué s’être dopée) n’est jamais descendu à moins de 21s62 ? Tout comme les 47s60 au 400m de l’Allemande de l’Est Marita Koch en 1985, que Marie-Jo Pérec (48s25) ou Sanya Richards (48s70) n’ont  jamais pu approcher, ou encore  la performance supersonique de la Tchèque Jarmila Kratochvilova sur 800m en 1983 (1mn53s28), sans parler de ses 47s99 au 400m.

Depuis que le sport existe, donc depuis des temps immémoriaux, chacun sait bien qu’il y a toujours eu pour ceux qui le pratiquaient au plus haut niveau, comme au plus petit (j’insiste la-dessus), la tentation de se doper. Certes à l’époque des Grecs, comme au siècle précédent jusque dans les années quatre-vingt, on ne parlait pas d’EPO ou à plus forte raison d’autres substances encore indétectables de nos jours, mais on prenait des produits destinés à améliorer les performances. Il suffit de lire ce qu’écrivait le journaliste Albert Londres, dont j’ai déjà parlé sur ce site, qui a couvert le Tour en 1924 pour son journal (Le Petit Parisien), où on découvre notamment que les sacs des coureurs étaient remplis de produits loin d’être anodins, tels que la cocaïne, le chloroforme et des pilules dont on ignorait le nom, mais que Francis Pélissier, frère d’Henri vainqueur en 1923, qualifiait de « dynamite ». Dans les années 50, on parlait de la « bomba » qui était tout simplement un cocktail d’amphétamines.

La tentation du dopage dans le sport, comme celle de tricher au jeu, est inhérente au désir de gagner…par tous les moyens. Qui, ayant cette possibilité, est capable de ne pas se poser la question de savoir si, en prenant telle ou telle substance, cela ne lui permettrait pas de gagner les dixièmes ou les secondes qui vont faire de lui un champion connu et reconnu ? Cela ne veut pas dire pour autant que tous les sportifs soient incapables de résister à la tentation, et, si j’affirme  cela, c’est parce que je suis persuadé que certains champions sont propres et ont gagné leurs titres sur leur seule valeur. Par exemple, sans remonter trop loin, les athlètes Pierre Quinon, Stéphane Diagana, Jean Galfione, Marie-Jo Pérec ou Renaud Lavillenie sont dans ce cas, et  Marie-Jo Pérec comme  Christine Arron auraient mérité de figurer sur les tablettes des records du monde, ce qui n’a pas été possible parce que ceux-ci étaient trop haut perchés.

Certains diront qu’il y a plusieurs  sports ou disciplines où les spécialistes sont un peu moins soumis  à la tentation du dopage, parce que la technique en est l’élément primordial, ce qui est l’argument des dirigeants et des passionnés de football. D’autres diront à ce sujet que c’est au contraire une manière de se voiler la face. Enfin il y a des coureurs ou des athlètes qui ne  vont pas, ou n’ont jamais voulu aller plus loin dans la réflexion sur le dopage, quitte à préférer finir second ou troisième, en se disant qu’un jour  de grâce athlétique on remportera  enfin cette victoire tant attendue. Il est évident que dans ce cas la satisfaction est sans doute encore plus intense, que si l’on a vaincu grâce à l’aide d’un produit ou d’un matériel que les autres ne connaissent pas…ce qui peut être aussi assimilé à une forme de dopage. Si Le Mond n’avait pas disposé du guidon de triathlète pour les contre-la-montre, aurait-il battu Fignon de 8 secondes dans le Tour 1989 ? Sans doute pas.

De même, quand on n’utilise pas la pharmacopée, mais que l’on va passer plusieurs semaines en altitude à 2000 ou 3000 mètres pour « faire des globules rouges » est-ce bien normal ? Et les Kenyans ou autres Ethiopiens, qui vivent constamment sur les hauts plateaux de leur pays, ne sont-ils pas avantagés par rapport à ceux qui vivent au bord de la mer ? N’y-a-t-il pas une injustice à savoir que l’un des plus grands milers de l’histoire, l’Américain Jim Ryun (années 60-70), n’a jamais été champion olympique du 1500m et surtout ne l’a pas été en 1968, parce que les J.O. avaient lieu à Mexico en altitude (2250m), se contentant de la deuxième place derrière le Kenyan Keino à presque trois secondes, un coureur qui dans des conditions normales ne l’aurait jamais battu ? Et ce que je dis est d’autant plus significatif, que Jim Ryun avait laissé le redoutable champion d’Europe allemand, Bodo Tummler, à plus de deux secondes, donc avait réalisé une performance exceptionnelle, certains dirent même la plus belle course de sa vie.

Tout cela pour dire que cette décision de l’USADA (agence antidoping américaine) de sanctionner Lance Armstrong de la plus dure des façons est très injuste. Si cela est confirmé par l’UCI (Union Cycliste Internationale), ce seront donc théoriquement les seconds des Tours de France, des Dauphiné et du Tour de Suisse gagnés par Armstrong qui vont hériter de la victoire. De quoi chambouler de fond en comble les palmarès de ces épreuves et celui des coureurs (mon palmarès des grandes courses serait à refaire en grande partie !). Rien que pour ça, c’est un très mauvais coup porté au cyclisme, d’autant  que cette affaire Armstrong  dure depuis des années. Pourquoi faut-il que ce sport soit à ce point maltraité par rapport à tous les autres ? En tout cas, puisqu’on veut laver plus blanc que blanc, j’espère qu’on va garder les échantillons prélevées sur les vainqueurs des courses d’aujourd’hui, y compris celles des Jeux Olympiques pour la route et la piste, pendant au moins dix ou quinze ans…pour pouvoir éventuellement faire des analyses a postériori, notamment quand on saura déceler des produits aujourd’hui indécelables. Après tout, cela fait déjà treize ans qu’Armstrong a gagné son premier Tour !

Si je dis cela, c’est parce que les instances du cyclisme se flattent de faire toujours plus de contrôles, mais il n’y a quasiment jamais de contrôles positifs, et, s’ils le sont, ils sont presque toujours contestables. Cela veut-il dire que le dopage est éradiqué dans le cyclisme ? C’est l’espoir qu’on peut formuler, mais au fond qui en est persuadé ? C’est valable aussi pour tous les autres sports, sachant que certains sportifs ayant avoué leur dopage après un contrôle positif…n’avaient jamais eu de contrôle anormal jusque-là. Là est toute la difficulté de la lutte contre le dopage : il y a des produits qui permettent à certains de passer entre les mailles du filet, parce qu’on ne sait pas les trouver dans les urines ou le sang ou parce qu’ils sont tellement bien injectés que le sportif ne risque rien. Certes, on va me dire qu’ils risquent de se faire prendre un jour, mais on ne peut pas l’affirmer. Combien de champions dans les années 90, les années dites EPO, n’ont jamais eu le plus petit contrôle anormal !

Voilà pourquoi, je n’accepte pas cette sanction rétroactive pour Armstrong, d’autant que je ne fais pas partie des naïfs qui croient que cette sanction sera dissuasive pour ceux qui seraient tentés de se doper aujourd’hui. Ces naïfs qui en sont à souhaiter qu’il n’y ait plus de nom figurant au palmarès des Tours de France 1999 à 2005 ! Mais au nom de quoi prendrait-on pareille décision ? Ah si, j’ai compris : ceux-là s’imaginent que depuis début 2012 le dopage a complètement disparu dans le peloton. Cela me fait penser à ceux qui affirmaient à la fin de l’année 2009 que les paradis fiscaux et le secret bancaire c’était fini. Bonne journée quand même, mais cette Saint Barthélémy 2012 restera comme un jour triste pour ceux qui aiment le cyclisme.

Michel Escatafal