Comparaison n’est pas toujours raison dans le sport !

mayweatherIl y a quatre ans, j’écrivais sur ce site « Marciano : le plus grand des poids lourds? Peut-être, sans doute… », et j’avoue que je n’imaginais pas que l’histoire se répèterait aussi vite avec un autre boxeur. Et pourtant c’est le cas, puisque un autre Américain, Floyd Mayweather, va (théoriquement) se retirer des rings, invaincu en 49 combats. En fait c’est la seule comparaison que nous puissions faire, parce que d’une part Rocky Marciano a réalisé cet immense exploit dans la catégorie reine de la boxe, les poids lourds, et surtout parce que Marciano a boxé à l’époque de l’âge d’or de la boxe, dans la première moitié des années 50 du siècle précédent. Si j’insiste là-dessus, c’est parce que de nos jours la boxe a énormément perdu de son intérêt aux yeux du grand public, y compris américain, ne serait-ce qu’avec toutes ces catégories recensées depuis quatre ou cinq décennies, et ses multiples fédérations. Peut-être que les frères Klitschko mériteraient de faire partie, avec leur palmarès, des plus grands champions que le « noble art » ait pu connaître, mais, à part les passionnés, qui a suivi ou suit leurs résultats ? Poser la question, c’est y répondre. Néanmoins pour ceux qui comme moi ont toujours apprécié ce sport, Wladimir et Vitali Klitschko ou Mayweather, ou encore Pacquiao, sont quand même de très grands champions, parce que toujours vainqueurs ou presque. En outre, ce n’est pas leur faute si la concurrence est très faible dans leurs catégories.

Autre comparaison, cette fois encore plus incongrue, celle concernant les titres du double en grand chelem. Pourquoi ? Parce que depuis le début des années 80, quasiment personne ne s’intéresse au double, au point que les frères Bryan sont considérés par certains comme la meilleure paire de double de l’histoire du tennis…ce qui est risible, malgré leurs 16 victoires en tournois du grand chelem. Oui, comment oser comparer les frères Bryan dans l’histoire du tennis, avec par exemple la paire australienne Hoad-Rosewall dans les années 50, Emerson-Stolle dans les années 60, Newcombe-Roche à la fin des années 60 et dans les années 70, ou même la paire américaine Fleming-Mac Enroe dans les années 80 ? Oh certes, ils n’ont pas gagné 16 victoires dans les tournois du grand chelem, mais s’ils ne les ont pas remportées c’est d’une part parce qu’ils allaient très loin en simple dans ces tournois (sauf Fleming), mais aussi parce que la concurrence était bien supérieure à l’époque de Rosewall et Hoad (voir mon article sur ce site « Hoad et Rosewall : la plus merveilleuse paire d’as du tennis »), notamment avec des équipes de double comme Sedgman-Mac Gregor ou Sedgman-Fraser. D’ailleurs, aux J.O. de 2008, la paire composée de Federer et Wawrinka a remis à leur vraie place en demi-finale les frères Bryan (7-6 et 6-4), les deux joueurs suisses ne jouant pourtant ensemble en double que les rencontres de Coupe Davis (quand ils y participent) en plus des Jeux Olympiques.

Si j’écris cela c’est parce qu’on a tendance à s’extasier sur la victoire d’une équipe française ( Mahut-Herbert) à l’US Open, qui s’est terminé hier avec la victoire de Djokovic sur Federer en simple messieurs, mais aussi avec une finale cent pour cent italienne en simple dames (Flavia Penetta- Roberta Vinci)…qui a privé Serena Williams d’un grand chelem tellement mérité après ses victoires à Melbourne, à Roland-Garros et à Wimbledon. Et oui, plusieurs grands champions, femmes ou hommes, ont trébuché sur le dernier obstacle pour l’octroi du grand chelem (en année pleine), notamment Lewis Hoad en 1956. J’aurais l’occasion d’évoquer cet échec de Serena Williams lors d’un prochain article, comme j’évoquerai aussi l’extraordinaire niveau de Federer à plus de 34 ans. Fermons la parenthèse, pour nous réjouir quand même de voir honorer le tennis français à travers la victoire en double de Mahut-Herbert à Flushing Meadow, petite consolation au fait que le tennis français ne produit plus de potentiels vainqueurs en tournoi du grand chelem, le dernier étant Yannick Noah en 1983 à Roland-Garros. Cela fait quand même 32 ans, et cette victoire succédait à celle remportée par Yvon Pétra…en 1946.

Certes on me dira que nos joueuses ont fait mieux que les hommes, avec les deux victoires dans les tournois majeurs remportées par Mary Pierce (Melbourne 1995, Roland-Garros 2000) et Amélie Mauresmo (Melbourne, Wimbledon 2006 et numéro une mondiale). Je n’oublie pas non plus la victoire surprise de Marion Bartoli à Wimbledon (2013), mais je ne mets pas cette championne sur le même plan que Mary Pierce et Amélie Mauresmo, parce que sa victoire fait partie des très grandes surprises de l’histoire du tennis en particulier et du sport en général, un peu comme celle Flavia Penetta à l’US Open cette année ou celles de Carlo Clerici lors du Giro 1954 et de Roger Walkowiak en 1956 dans le Tour de France, sans parler de Jose Cobo victorieux de la Vuelta 2011. A propos de Marion Bartoli et Flavia Penetta, on observera que l’une et l’autre ayant touché le Graal à leur grande surprise, n’ont pas eu le courage de poursuivre leur carrière, et se sont arrêtées sur ce succès.

Autre grande victoire marquante ce week-end, la victoire en Australie et le titre de champion du monde en rallyes WRC de Sébastien Ogier. C’est le troisième consécutif pour le pilote gapençais, suivant les traces de Sébastien Loeb, même s’il lui en reste encore six avant de rattraper son illustre aîné. Cela dit, certains ne manquent pas de faire la fine bouche sur ces titres, par manque de concurrence. Je ne suis qu’à moitié d’accord, car c’est tout le problème du sport automobile d’élite, y compris la Formule 1. Comme en Formule 1, où pour gagner il faut avoir une Mercedes ou à la rigueur une Ferrari, il y avait cette saison en WRC les Wolkswagen et à la rigueur les Citroën. Cela signifie qu’en début de saison, dans les deux disciplines, on savait que le champion du monde s’appellerait Hamilton ou Rosberg en Formule 1, et Ogier ou Latvala en WRC…ce qui n’est quand même pas souhaitable, surtout si cela dure depuis plusieurs années.

Michel Escatafal


Ah, si le sport français n’avait que des Lavillenie ou des Zlatan…

lavillenieAujourd’hui je voulais parler uniquement de Renaud Lavillenie, mais j’observe que depuis son exploit mon blog recense un nombre de visites élevés à propos de l’article intitulé Mekhissi et Lavillenie ne se lassent pas d’être des héros (2) et d’un autre que j’avais écrit au moment de la mort de Pierre Quinon, Le saut à la perche a perdu un de ses plus beaux champions. Je n’ai pas grand-chose à rajouter de plus par rapport à ces deux articles, sauf que notre merveilleux perchiste, champion olympique en 2012 à Londres, est aujourd’hui recordman du monde en salle avec 6,16m, donc recordman du monde tout court puisque ce record vaut aussi pour le plein air. Un record qui était détenu, depuis février 1993, par le plus grand perchiste de l’histoire, l’Ukrainien Sergueï Bubka. Un record aussi qui avait déjà été battu à Donetsk (6.15m), et qui n’avait jamais été approché depuis cette date (on n’avait jamais fait mieux que 6.05m avant Lavillenie).

Néanmoins si l’on mesure encore un peu plus la portée de l’exploit réalisé par Renaud Lavillenie à travers ce record, il est encore loin d’avoir réellement dépassé le maître Bubka, du moins pour la trace que ce dernier a laissé dans l’histoire. En effet, à ce jour notre perchiste a franchi à 7 reprises plus de 6m (comme Tarasov, Hartwig et Gatauline), alors que Bubka s’est élevé 44 fois au dessus de cette barre mythique, qui fait irrésistiblement penser aux 4mn sur le mile (dans les années 50) ou aux 10s au chronométrage électrique sur 100m (1968). Depuis ces époques on a certes fait beaucoup mieux, mais Bannister ou Jim Hines resteront à jamais les premiers hommes à avoir franchi ces limites à priori jugées infranchissables il y a quelques décennies. Cela dit, je suis persuadé pour avoir vu à de multiples reprises le saut de Lavillenie, qu’il peut passer dès cet été 6.20m ou un peu plus si les conditions météo sont favorables.

En tout cas, à cette hauteur, il planera encore davantage sur le saut à la perche qu’il ne l’a fait par le passé, même si depuis 2007 il est incontestablement le meilleur perchiste de la planète, ayant tout gagné ou presque à une ou plusieurs reprises. En fait il ne lui manque qu’un titre mondial en plein air que, curieusement, il n’est pas arrivé à décrocher, le laissant à des adversaires très loin de le valoir, le Polonais Pawel Wojciechowski dont c’est le seul titre de gloire, qui avait battu Lavillenie d’un petit centimètre en 2011 ou l’Allemand Raphael Holzdeppe qui l’emporta sur Lavillenie au nombre d’essais (5.89m pour les deux hommes) lors des derniers championnats du monde, et dont le record personnel est de 5.91m.

C’est d’ailleurs une autre comparaison que l’on peut faire entre Bubka et Lavillenie, le génial perchiste ukrainien n’ayant remporté qu’un seul titre olympique dans toute sa carrière malgré une domination sans partage sur la discipline entre 1984 et 1997, ponctué par 35 records du monde, 6 titres de champion du monde, mais aussi un seul titre européen (1985) et un seul titre olympique, obtenu à Séoul en 1988. Evidemment, comme son prédécesseur sur les tablettes du record du monde, il finira par obtenir ce titre mondial qui le fuit, mais cela démontre que la perche est une discipline technique, donc soumise à nombre d’aléas qui n’existent pas dans les courses.

Voilà ce que j’avais à dire sur l’exploit de Lavillenie, en sachant que nous aurons souvent l’occasion d’évoquer ce champion très, très ambitieux, qui n’a pas hésité après son titre olympique à se remettre en question en changeant d’entraîneur, et qui va faire partie, comme Mimoun ou Marie-José Pérec, et pourquoi pas bientôt Teddy Thamgo, des plus grands athlètes de l’histoire de notre athlétisme national. Cela nous consolera des déboires de nos skieurs aux J.O. d’hiver, même si ce matin nous avons récolté deux médailles en slalom géant (l’argent Missilier et le bronze pour Pinturault), les premières depuis 8 ans, ou plus encore de nos patineurs. Heureusement il y a le biathlon (Fourcade)  et des disciplines dont on ne parle que tous les quatre ans, mais c’est insuffisant pour nous donner la passion que nous pouvons avoir lors des J.O. d’été. En disant cela j’ai bien conscience que je suis un peu injuste pour tous ces compétiteurs qui se préparent avec la même foi et les mêmes ferveurs que les participants aux J.O. d’été, mais je n’arrive pas à me passionner pour toutes ces nouvelles disciplines à consonance anglaise, même si nous avons un champion olympique en snow-board (Vaultier).

Il est vrai que ces J.O. tombent mal en termes de calendrier, car nous sommes en plein dans la saison de football. Hier soir les amateurs de sport en France ont été beaucoup plus nombreux à regarder ou écouter la Ligue des Champions, qu’ils ne le sont ou le seront à regarder le half-pipe, d’autant que le PSG est en lice dans cette compétition pour la remporter. Et oui, hier soir Ibrahimovic et ses copains du PSG ont « zlataner » le Bayer Leverkusen et, par voie de conséquences, tous les autres résultats sportifs. C’est ainsi, même si c’est dommage, alors qu’à la fin des années 60 tout le monde se passionnait en France pour les exploits de Killy, Périllat, Bonlieu, ou des sœurs Goitschlel et d’Annie Famose. Il est vrai qu’à l’époque, notre football était bien malade, qu’il s’agisse de l’équipe de France ou de nos clubs. Aujourd’hui, grâce aux Qataris, nous avons une équipe de club qui figure parmi les toutes meilleures en Europe, et notre équipe nationale est susceptible de nous procurer une belle surprise lors de la prochaine Coupe du Monde au Brésil.

En revanche il m’étonnerait que l’OIympique Lyonnais aille loin en Europa Ligue, puisque l’entraîneur de ce club, Rémy Garde, a décidé d’envoyer son équipe réserve pour son match aller de seizième de finale à Odessa. Certes ces Russes sont loin d’être des foudres de guerre, mais quand même ! C’est à se demander pourquoi nos clubs se battent autant pour être « européen » à la fin de la saison ! Triste, très triste, sans parler de l’image déplorable pour notre Ligue 1, et du coefficient UEFA qui est décisif pour avoir le droit de participer à la Ligue des Champions. Résultat,  dans les années à venir il y aura le PSG et l’AS Monaco qualifiés d’office, et les autres qui seront obligés de passer trois tours pour avoir le droit de disputer la phase de poules…et ce sera tant pis pour eux !

Michel Escatafal


1964-2014 : Le sport a bien changé en 50 ans!

soeurs GoitschelEn présentant mes vœux à mes fidèles lecteurs, je voudrais évoquer brièvement le sport il y a 50 ans. Que de progrès en termes de performances, avec il est vrai l’amélioration du matériel, de l’entraînement, de la médecine…et hélas de la pharmacopée liée au dopage, un phénomène qui a existé de tout temps, ce que certains semblent oublier. Alors que s’est-il passé, entre autres évènements en cette année 1964, en sachant déjà que nous sommes dans un contexte très différent, sur le plan géopolitique au  niveau mondial. L’année l 964, en effet, fut la première véritable année olympique de l’époque post- coloniale, avec notamment le véritable envol du sport africain, lequel allait devenir roi dans certaines disciplines de l’athlétisme (fond et demi-fond).

Cela dit, l’année 1964 aura d’abord été marqué par les Jeux Olympiques de Tokyo, avec l’extraordinaire athlète que fut Bob Hayes (10s au 100m), sans doute un des deux ou trois plus grands sprinters de l’histoire, sorte d’Usain Bolt de son époque, même s’il s’est contenté de courir sur 100m. Il faut toutefois noter qu’à cette époque les athlètes n’étaient pas des professionnels, et que leur entraînement ne leur permettait pas nécessairement d’avoir le fond suffisant pour doubler 100 et 200m. Néanmoins, le peu de compétitions qu’a fait Bob Hayes sur 200m fut suffisant pour savoir qu’il aurait pu facilement doubler aux J.O. s’il l’avait réellement voulu. Pour nous Français, 1964 fut une année olympique horrible puisque l’idole nationale que fut Michel Jazy, fut battu sur 5000m, alors qu’il était le plus fort. Mais à cette époque, les Français souffraient d’un mal aujourd’hui en partie disparu, la peur de gagner ou de perdre.

L’année 1964 fut aussi celle d’un des plus grands duels que le sport en général et le cyclisme en particulier aient connu, à savoir la lutte pour la suprématie mondiale entre Anquetil et Poulidor, laquelle atteignit son paroxysme sur la montée du Puy de Dôme dans le Tour de France.  Une montée où l’Espagnol Jimenez prouva qu’il était un grimpeur exceptionnel en distançant (11 secondes) son compatriote Bahamontes, mais où l’essentiel de la bagarre, dont on parle encore cinquante plus tard, se situait un peu plus bas entre Anquetil et Poulidor. Un mano a mano extraordinaire entre les deux meilleurs coureurs de l’époque, qui tourna à l’avantage de Poulidor, pour une fois, mais sans pour cela pouvoir assurer sa victoire dans le Tour de France. Poulidor pouvait-il faire mieux ? Peut-être, mais les deux champions ont chacun affirmé plus tard qu’ils avaient été au paroxysme de l’effort, ce qui signifie que si Poulidor n’a pas lâché Anquetil plus tôt c’est parce qu’il en était incapable. Verra-t-on un duel de cette intensité cette année entre Contador et Froome ? Pourquoi pas !

1964 fut aussi une année riche en péripétie en ce qui concerne la Formule1, le titre mondial se décidant lors du dernier grand prix, le titre changeant de main à quatre reprises lors du Grand Prix du Mexique. Ce fut d’abord Graham Hill (BRM) qui fut virtuel champion du monde, en se maintenant en troisième position, ce qui était suffisant pour devenir champion du monde une nouvelle fois. Hélas pour lui, il fut percuté par Bandini sur Ferrari, ce qui fit beaucoup de bruit par la suite dans la mesure où Bandini était l’équipier de Surtees, lui aussi candidat au titre. Cela étant, cette collision entre Hill et Bandini profitait à Jim Clark, sauf que le fantastique pilote écossais fut victime d’une fuite d’huile à deux tours du drapeau à damiers…ce qui redonnait le titre à Graham Hill. Mais c’était sans compter sur les consignes d’équipe, puisque Bandini, qui occupait la deuxième place de la course, laissait passer Surtees dans le dernier tour, et lui offrait le titre sur un plateau avec un point d’avance sur Hill. Quel final ! Au passage on notera que John Surtees restera pour la postérité le premier, et peut-être le seul, à avoir été champion du monde sur deux et quatre roues (350cm3, 500 cm3 et Formule 1). Fermons la parenthèse, pour dire que cette année la Scuderia Ferrari, avec son duo de feu Alonso-Raikkonen, pourrait bien retrouver un titre mondial pilotes qui la fuit depuis 2007…avec Raikkonen.

1964 fut aussi une année riche en rugby, avec le Bouclier de Brennus (on ne parlait pas de Top 14 à cette époque) remporté par la Section paloise de François Moncla, mais aussi de J.P. Saux, Jean Capdouze et Jean Piqué, face à l’AS Béziers de Danos, Gensane et Dedieu. Une chose est sûre : en 2014, ces deux équipes, aujourd’hui en Pro D2, ne décrocheront pas un nouveau titre de champion de France. Le rugby professionnel est passé par là, même si le Castres Olympique a prouvé qu’on pouvait jouer dans la cour des grands sans être le club d’une grande ville. Mais pour combien de temps ? Quant à l’équipe de France, elle ne termina le Tournoi des Cinq Nations qu’à une décevante troisième place, derrière l’Ecosse et Galles,  ne remportant qu’un seul match. Résultat très décevant, j’insiste, d’autant que les Français avaient réussi à faire match nul contre les Gallois à Cardiff, mais aussi parce que dans cette équipe il y avait des joueurs comme Claude Lacaze, Gachassin les frères Boniface, Crauste, Herrero, Dauga ou Gruarin. Que du beau monde auquel il faut ajouter Pierre Albaladejo, qui a achevé après le Tournoi sa carrière internationale à Springs contre l’Afrique du Sud par une courte défaite (6-8). Que feront les Français cette année dans le Tournoi ? Difficile à dire, tellement notre équipe joue un jeu sans réelle ambition, face à des Anglais et des Gallois qui paraissent supérieurs à notre équipe.

Et le football me direz-vous? Peu de chose à souligner sinon que nous étions vraiment, en 1964, au creux de la vague à cette époque. Malgré tout notre équipe nationale avec des joueurs comme Aubour et Pierre Bernard dans les buts, Chorda, Arlesa, Djorkaeff (père de Youri) et Bosquier comme défenseurs, Bonnel, Herbin, Muller et Ferrier au milieu et Lech, Combin, Di Nallo et Rambert comme attaquants, allait préserver l’essentiel dans les matches de qualification pour la Coupe du Monde en Angleterre. En outre, après des années de disette depuis la finale de la Coupe d’Europe 1959 avec le grand Stade de Reims, une équipe française, l’Olympique Lyonnais, allait briller dans feu la Coupe des Coupes, en arrivant jusqu’en demi-finale, battu en match d’appui par le Sporting du Portugal…qui aurait été éliminé si le règlement du but à l’extérieur comptant double avait existé (0-0 à Lyon et 1-1 à Lisbonne). Que sera l’année 2014 pour le football français ? Peut-être glorieuse, avec le PSG devenu depuis l’an passé un grand d’Europe, et qui figure parmi les outsiders de la Ligue des Champions. Ou encore avec l’Equipe de France, capable du meilleur comme du pire, et dont personne ne s’aventurerait à prédire quoi que ce soit pour la Coupe du Monde au Brésil. Néanmoins, il manque à cette équipe, ce qu’elle avait en 1958 (avec Kopa et Fontaine), en 1982 et 1986 (avec Platini, Giresse, Tigana), en 1998 (Zidane) ou en 2006 (Zidane encore et Henry), à savoir le ou les joueurs capables à tout moment de faire la différence, comme un Messi pour l’Argentine, un Neymar pour le Brésil ou un C. Ronaldo pour le Portugal.

Reste enfin à parler des Jeux Olympiques d’hiver en 1964 à Insbruck en Autriche, où la France avait remporté trois médailles d’or dont deux grâce aux sœurs Goitschel, Christine enlevant le slalom devant sa sœur Marielle, celle-ci prenant sa revanche devant Christine, un double doublé fraternel unique à ce jour. Quant à la troisième médaille d’or elle fut l’œuvre d’un autre très grand skieur, François Bonlieu, qui trouvait là l’occasion de couronner une carrière qui avait commencé dix ans plus tôt par une médaille d’argent aux championnats du monde à Are, alors qu’il avait tout juste dix-sept ans. Cette année, hélas, je crains que la moisson soit inférieure en ski à Sotchi, d’autant que nos deux meilleures chances chez les féminines (Tésa Worley et Marion Rolland) sont blessées. En revanche, nous sommes plus forts qu’à l’époque en ski nordique (Lamy-Chappuis, Fourcade). Nous verrons bien, mais ne soyons pas trop optimistes, même si de bonnes surprises peuvent nous attendre en patinage artistique (Nathalie Péchalat-Bourzat, Ciprès-Vanessa James et pourquoi pas Amodio).

Tout cela pour dire que les amateurs de sport auront de nombreuses occasions de vibrer en cette année 2014, comme ce fut le cas en 1964. Le sport français est-il plus fort qu’à cette époque ? Difficile à dire, même s’il semble que oui sur un plan global. Néanmoins il nous manque par exemple un vainqueur de tournoi du grand chelem en tennis chez les hommes (le dernier étant Noah en 1984), un vainqueur du Tour de France en cyclisme (le dernier est Hinault en 1985), un champion du monde de Formule 1 (le dernier est Prost en 1993) etc. En attendant je vous souhaite à tous mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2014, avec beaucoup de succès sportifs pour nos Français (équipes nationales, mais aussi Camille Muffat, Baugé, Pervis, Agnel, Mekhissi, et le PSG etc).

Michel Escatafal


Ibrahimovic zlatane le foot féminin? Faux !

Lotta SchelinibrahimovicQui a dit cela ? « Vous ne pouvez pas comparer le football masculin avec le football féminin. L’attention que le football féminin obtient dans notre pays (la Suède) est sans équivalent dans le monde. C’est en soi une chose étonnante. Attention, elles accomplissent leur travail merveilleusement bien, et elles continueront à le faire, mais on ne peut pas comparer la performance individuelle d’une femme avec celle d’un homme« .  Réponse: Zlatan Ibrahimovic, une des trois grandes stars mondiales du football, avec C. Ronaldo et Messi (désolé pour Ribéry, mais il ne tire pas dans la même catégorie!). Voilà le genre de phrases qui déclenche aussitôt une polémique grotesque, et, si j’emploie cet adjectif, c’est parce que je ne suis pas, loin de là, de ceux qui ne trouvent aucun intérêt pour le sport  féminin (voir mon article sur ce site : Le sport se conjugue aussi au féminin). Au contraire, je trouve la même beauté que chez les hommes dans les gestes ou les courses des sportives féminines dans des sports tels que le tennis, l’athlétisme, la natation, la gymnastique ou le ski, pour ne citer qu’eux. Et je n’hésite pas à écrire qu’une victoire en finale olympique sur 100m, en athlétisme, a pour moi la même valeur, qu’elle soit remportée par un homme ou une femme. En revanche, désolé de le dire, mais pour moi ce ne sera jamais le cas pour le football, le rugby, la boxe ou le vélo.

Je ne regarderais jamais avec la même passion un match de vitesse (cyclisme sur piste) disputé par deux hommes ou par deux femmes, et je l’assume parfaitement. Y-a-t-il plus beau spectacle, au vrai sens du terme, qu’un affrontement entre Baugé et Pervis ou Kenny ? Réponse, NON, tellement un match de vitesse recèle à la fois la force physique dans ce qu’elle a de plus pur, la technique dans ce qu’elle a de plus affirmé, et une beauté gestuelle digne des plus belles représentations artistiques. Ce n’est quand même pas pour rien qu’on affublait autrefois les sprinters du nom, ô combien juste, « d’aristocrates de la piste». Et puisque je parle de beauté gestuelle, qui oserait comparer celle de Ray Sugar Robinson, Mohammed Ali ou Ray Leonard avec celle des boxeuses féminines ?  En revanche je me souviens bien de mon professeur de tennis, à l’époque où j’apprenais à jouer, me conseillant de bien observer le service et la volée de Martina Navratilova ou le coup droit de Chris Evert, tellement le geste était à la fois pur et précis, et j’ajouterais d’une beauté rare.

Cela dit, à part quelques féministes qui s’effarouchent à la vitesse de la lumière, qui peut s’offusquer des propos tenus par Zlatan Ibrahimovic, surtout quand, en plus, on connaît le goût de la provocation du géant suédois ? A priori personne, d’autant que je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de sexiste dans ses propos, soulignant au passage qu’elles « accomplissent leur travail merveilleusement bien ». Il faut vraiment être de mauvaise foi pour en faire un sujet de polémique. En outre, qui connaît, même en Suède, le nom des grandes vedettes du football féminin ? Je suis intimement persuadé que si tout le monde dans ce pays connaît Ibrahimovic, comme on connaissait autrefois Gren, Nordhal, Liedholm, Hamrin ou Skoglund, peu de monde pourrait citer plus d’une ou deux joueuses de football.

Pour ma part, on me demanderait quelles sont les meilleures joueuses actuelles, je serais bien en peine d’en citer une seule, sauf Lotta Schelin (attaquante de Lyon), dont j’ai découvert le nom en lisant l’article que le journal L’Equipe a consacré à cette pseudo affaire (Quand Zlatan Ibrahimovic se moque du football féminin). Et je suis certain que la quasi-totalité de ceux qui s’intéressent au football sont dans mon cas dans la plupart des pays, comme en témoignent les tribunes vides à chaque match retransmis sur les différentes chaînes sportives…ce qui se comprend quand on sait que le football masculin est né à la fin du dix-neuvième siècle, alors que le football féminin essaie désespérément de prendre son envol depuis le début du nouveau siècle. Et pourtant on ne peut pas dire que les télévisions ou autres médias n’en font pas des tonnes pour donner de la notoriété au football féminin, espérant secrètement que si ce sport se féminise, comme l’ont fait le tennis ou l’athlétisme, les retombées commerciales en seront considérables vu le nombre de pays où le football est le sport-roi.

Pour ce qui me concerne, ce qui me dérange le plus, c’est ce désir irrépressible de vouloir mettre sur un même plan les femmes et les hommes dans le sport, au point d’avoir modifié de fond en comble le programme olympique d’un des sports les plus anciens aux J.O., le cyclisme sur piste, pour que la parité soit totale entre les épreuves masculines et féminines. Ainsi, au nom de ce principe égalitariste, on en est arrivé à cette aberration de voir une épreuve comme le kilomètre (présente aux premiers J.O.) être supprimée du programme. Et que dire de l’épreuve de vitesse qui ne peut accueillir qu’un sprinter par nation…ce qui dénature complètement une compétition où les meilleurs sont répartis dans quelques nations (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Australie). Imagine-t-on un 100m en athlétisme (masculin ou féminin) avec un seul représentant de la Jamaïque et des Etats-Unis, ou des épreuves de demi-fond (masculines ou féminines) avec un seul représentant du Kenya et de l’Ethiopie ? Impensable, et pourtant c’est le cas dans la vitesse masculine aux J.O., où un seul de nos deux cracks de la piste, Baugé (quadruple champion du monde de vitesse individuelle) et Pervis (champion du monde du kilomètre et recordman du monde du 200m lancé et du kilomètre), pourra participer à la vitesse aux J.O. de Rio de Janeiro. Ridicule !

Et sachant que certains vont me vouer aux gémonies, je voudrais terminer en notant que si les féministes sont outrées parce qu’on ne considère pas les femmes à leur juste valeur sur le plan sportif, nombre de vedettes féminines se rattrapent largement en posant pour les magazines…préférés des hommes. Pour ma part, cela ne me dérange nullement, mais je m’aperçois qu’on n’entend jamais, ou très rarement, les féministes se scandaliser devant ces pratiques que je qualifierais de mercantilistes. Certains vont me rétorquer, que faute de toucher les mêmes émoluments que les hommes, faute aussi d’avoir la même exposition médiatique, il faut bien trouver un moyen de se faire connaître ou de promouvoir son image d’une autre manière. Certes, mais que dire de certaines stars du tennis féminin qui, pourtant, gagnent autant d’argent que leurs collègues masculins! Cela étant, reconnaissons qu’Ana Ivanovic, Agnieszka Radwanska, Daniela Hantuchova, Caroline Wozniacki sont vraiment magnifiques à regarder…qu’elles jouent au tennis ou qu’elles posent pour des magazines. Ah, on va dire que je suis un horrible macho…mais je m’en moque!

Michel Escatafal


Le sport se conjugue aussi au féminin

cathy tanvier En cette période d’été tout effort paraît intense, y compris quand on se contente de parler de sport. Si je dis cela c’est parce que ne faisant  plus autant de sport qu’auparavant, il me reste mon blog pour raconter à ma manière l’histoire du sport, à travers ce que j’ai vécu et parfois ce que j’ai entendu dire par ceux qui sont nés avant moi. Par exemple j’étais trop jeune pour avoir connu Coppi ou Fangio, mais mon admiration pour eux est venue de ce qui m’a été raconté à propos de leurs exploits. C’est la raison pour laquelle, il m’arrive d’évoquer beaucoup plus souvent le sport masculin que féminin, celui-ci n’ayant pas le même poids dans l’histoire…parce que nombre d’épreuves n’ont existé que depuis les années 60, alors que le sport de compétition masculin s’est développé dès la fin du siècle précédent.

C’est surtout le cas en athlétisme, dont le véritable départ au niveau des compétitions féminines se situe à la fin des années 40, mais aussi en cyclisme qui s’est réellement installé deux décennies plus tard, ces deux sports étant parmi les plus connus et médiatisés depuis des lustres. En revanche il a fallu attendre l’avènement du nouveau siècle pour qu’on parle de football féminin, alors que le football est le sport numéro un dans le monde. Et la France n’échappe pas à ce phénomène, nombre de grands clubs ayant à présent une section féminine de plus en plus professionnalisée.

Cela dit, le sport féminin dans notre pays est, qu’on le veuille ou non, moins bien perçu que chez la plupart de nos voisins. Et ce phénomène semble s’accentuer, au point que l’on finit par le retrouver au niveau des résultats, comme on a pu le constater l’été dernier aux Jeux Olympiques. Pour ma part, j’ai toujours pensé que l’on ne devait pas faire de différence entre les sportifs des deux sexes. Une victoire en finale olympique sur 100 m a pour moi la même valeur, qu’elle soit remportée par un homme ou par une femme. Cependant je ne vais pas raconter d’histoires pour autant, et nier que certains sports me passionnent uniquement à travers les hommes.

Il est clair que je ne m’intéresse guère à la boxe féminine, alors que j’ai toujours été passionné par la boxe masculine. Le rugby et le football féminin sont loin de me procurer les mêmes joies ou peines que leurs homologues masculins. Et pour être tout à fait honnête, je n’arrive pas à regarder avec la même avidité une course cycliste avec des coureurs ou des coureuses, y compris pour la piste. C’est sans doute un peu injuste, mais c’est comme cela. En revanche pour tous les autres sports, du moins ceux que j’aime ou que j’apprécie, c’est pour moi du pareil au même qu’il s’agisse des hommes ou des femmes.

Je vais donc en profiter pour parler de quelques femmes qui ont marqué ma vie…de passionné de sport. La première d’entre elles s’appelle Cathy Capdevielle, dont le principal fait d’armes au niveau international fut de finir cinquième de la finale du 100 m (remporté par Wilma Rudolph surnommée la Gazelle noire) aux Jeux Olympiques de Rome en 1960, ce qui était une magnifique performance. Si je me souviens aussi bien d’elle, c’est parce qu’à l’époque le but de ceux qui comme moi faisaient de l’athlétisme aux beaux jours, et plus particulièrement du sprint, était de courir un jour au moins aussi vite que Cathy Capdevielle. Certes j’avais à peine 14 ans en 1960, mais le temps qu’elle avait réalisé en finale olympique (11s5/10) paraissait assez inaccessible.

Toujours en athlétisme, j’avais une profonde admiration pour Maryvonne Dupureur qui avait à peu près le même âge que Cathy Capdevielle, et qui remporta la médaille d’argent du 800 m aux Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Même si je n’avais pas tout à fait les mêmes sentiments pour elle car elle faisait le 800 m, je l’admirais beaucoup…parce que c’était la meilleure et qu’elle était française. Sa médaille d’argent aux J.O. était une déception, car elle aurait dû avoir l’or. J’étais triste quand j’ai appris, il y a cinq ans, qu’elle avait rejoint le paradis des athlètes.

Ensuite ce fut la période dorée du 400 m féminin en France, avec pour point d’orgue le titre olympique de Colette Besson à Mexico en 1968. Quelle fantastique ligne droite, et ensuite combien fut émouvante notre championne en larmes sur le podium. Et l’année suivante aux championnats d’Europe, la France remporta les deux premières places avec Nicole Duclos juste devant Colette Besson, avec à la clé le record du monde. Je me disais qu’il n’y a que l’athlétisme pour nous offrir de pareilles joies. Hélas, bien que jeune encore (59 ans), Colette Besson perdit son ultime combat il y a bientôt huit ans. Mais le souvenir de sa victoire à Mexico restera pour l’éternité, comme le panache dont elle faisait preuve à chacune de ses courses.

Plus tard, c’est une jeune fille de 18-20 ans qui m’a beaucoup impressionné, mais cette fois c’est de tennis dont je vais parler. Cathy Tanvier a été le premier grand espoir du tennis français au milieu des années 80, et pour tout le monde elle devait succéder à Françoise Durr qui avait gagné Roland-Garros en 1967. On l’appelait « la Borguette » car elle jouait un peu comme Borg, copiant même ses tics. Cela étant, elle eut moins de succès que l’ancien numéro un mondial, son palmarès se limitant à 10 titres dont 9 en double, et surtout ne sut pas négocier son après-carrière au point d’être devenue tributaire des minima sociaux. J’espère que les deux livres qu’elle a écrit, plus sa participation à un film de J.L. Godard, lui ont permis de « se refaire un peu » car c’est toujours triste de voir des gens qui ont gagné beaucoup d’argent se retrouver presque à la rue.

Bien sûr, il m’est impossible de ne pas évoquer Jeannie Longo et sa fantastique carrière (13 titres de championne du monde et un titre olympique)…qui n’est toujours pas finie à 55 ans ! Je ne dis pas cela pour me rattraper, mais c’est elle qui m’a vraiment fait apprécier le niveau du cyclisme féminin, à une époque où je savais pédaler. Avec deux copains, peu avant la venue du Tour à Millau en 1987, nous avons effectué (à fond) la montée du Cade, bien connue des Millavois, en 27 mn environ. Lors de l’étape du Tour de France féminin cette même année, ces dames ont mis entre 20 et 25 mn avec une centaine de km dans les jambes. C’est une ascension qui doit faire, du pont sur le Tarn au sommet, environ 7,5 km à 6, 3% de moyenne.

Enfin, je ne voudrais pas terminer mon propos sans citer quelques autres grandes sportives qui m’ont ému et qui méritent, elles aussi, d’entrer au Panthéon du sport français. Parmi elles, il y a Michèle Mouton qui remporta quatre rallyes du championnat du monde dans les années 80, Laura Flessel qui a apporté à la France beaucoup de médailles mondiales ou olympiques en escrime, tout comme Félicia Ballanger en cyclisme sur piste (3 titres olympiques et 10 titres mondiaux), ou Laure Manaudou qui a tout gagné en natation (championne olympique, recordwoman du monde, championne du monde et d’Europe), et qui fut une sorte de précurseur dans la natation française, au point que l’équipe de France collectionne à présent les titres olympiques ou mondiaux, à commencer par Camille Muffat.

N’oublions surtout pas nos tenniswomen Mary Pierce et Amélie Mauresmo (2 titres chacune en grand chelem, plus une Fed Cup), mais aussi Marion Bartoli qui vient de remporter Wimbledon. Il y a aussi Christine Arron et Murielle Hurtis, qui ont permis au 4X100m français de s’emparer du titre mondial en 2003, deux jeunes femmes qui ont été privées de plusieurs médailles planétaires par la faute du dopage de certaines de leurs adversaires. Autre athlète française, Eunice Barber dont on rappellera qu’elle a apporté à la France deux titres mondiaux dans l’heptathlon et le saut en longueur (1999 et 2003). Cela étant, pour moi, la plus grande sportive française reste à ce jour Marie-Jo Pérec, sans doute la meilleure spécialiste du 400 m plat de l’histoire de l’athlétisme, puisqu’elle est la seule (hommes et femmes confondus) à avoir remporté deux fois consécutivement le 400 m aux J.O., en plus de sa médaille d’or sur 200 m.

Mais il n’y a pas que des sportives françaises dans cette galerie des femmes qui m’ont enthousiasmé. Je pense en particulier à la merveilleuse Chris Evert (18 victoires en grand chelem), dont tous les professeurs de tennis disaient à leurs élèves masculins qu’ils devaient s’inspirer de sa manière de jouer, un peu comme l’autre prodige américaine, Tracy Austin, qui fut numéro un mondiale à 18 ans.  Autre américaine qui m’a ému, la championne du 1500m, Mary Decker, qui, malgré ses 17 records mondiaux, n’a jamais été championne olympique (comme Jim Ryun), chutant dans la finale du 1500m aux J.O. de Los Angeles en 1984. Une autre jeune femme a aussi largement contribué à donner ses lettres de noblesse à l’athlétisme féminin, la Britannique Sally Gunnell, qui a lancé définitivement le 400m haies chez les féminines (le 400m haies est apparu aux J.O. en 1984), en devenant championne olympique en 1992 et en améliorant le record du monde détenu par la Soviétique Stepanova depuis 1986, dans le temps extraordinaire pour l’époque de 52s74, soit 40 centièmes de moins que l’actuel record détenue par la Russe Pechonkina. Enfin, je n’oublie pas la sauteuse en hauteur Sarah Simeoni, appelée « la Vincitutto », championne olympique en 1980 à Moscou, qui rêvait de devenir danseuses étoile, et qui reste dans l’imaginaire des amateurs d’athlétisme une des plus grandes athlètes de tous les temps, qui fut la première femme à dépasser 2m (2.01m). Et pourtant elle était loin d’avoir la taille (1.77m) d’ Ulricke Meyfarth (1.86m) ou de l’actuelle meilleure sauteuse mondiale, la Croate Blanka Vlasic (1.93m).

 Michel Escatafal


Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal


Quelques considérations sur le sport en ce début d’année 2013…

C’est demain mardi que les organisateurs du Tour d’Italie, ou si l’on préfère du Giro, vont donner le nom des équipes invitées à leur épreuve…et il y aura nécessairement des déçus, dans la mesure où trois équipes seront élues pour onze candidatures. En outre, il y aussi le problème Katusha, l’équipe de Rodriguez, dont personne ne sait si elle sera oui ou non admise dans le World Tour, ce qui promet par parenthèse une belle pagaille si le Tribunal Arbitral du Sport (le fameux TAS) donne raison à l’équipe russe. Qui vont-ils remettre en Continental parmi les équipes actuellement désignées, puisqu’il est dit qu’on n’augmentera pas le nombre d’équipes ayant le label World Tour…ce qui serait trop simple ? En effet, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? On le voit, si cela continue, et j’en suis le premier à être attristé compte tenu de ma passion pour ce sport, le vélo commence à se rapprocher de la boxe en termes de gestion de ses épreuves et de désordre organisationnel. En fait il ne manque plus que l’organisation d’une fédération dissidente, et l’on sera tout près de revoir dans le cyclisme l’évolution de la boxe depuis les années 60. Espérons quand même que l’on n’en arrivera pas à ces extrémités, car si la boxe survit plus ou moins, je ne suis pas certain que le vélo y parviendrait.

Certains vont me trouver bien pessimiste en cette douce journée de janvier, mais le vélo est un sport qui est passé maître dans l’art de tout compliquer….au nom de l’éthique, alors que c’est le sport le plus contrôlé. Certes les contrôles existent partout, comme l’a rappelé hier le pilote de F1 Romain Grosjean sur le plateau de France 2, mais le vélo est sans doute le seul sport qui anticipe à ce point les éventuelles fraudes, comme on a pu le voir sur cette même chaîne avec la recherche de l’AICAR, un produit aujourd’hui indétectable dont on parle de plus en plus, parce qu’il permet de perdre du poids tout en augmentant la performance des utilisateurs. Et bien entendu on a surtout évoqué les coureurs cyclistes avec des images de coureurs en peloton, comme si ces derniers étaient les seuls utilisateurs potentiels de cette nouvelle « potion magique ». Cela dit, grâce au vélo, cette médication, ô combien dangereuse si l’on en croit les spécialistes, devrait être identifiée par les laboratoires dans les mois qui viennent, ce qui pourrait de nouveau chambouler les palmarès. Les palmarès du cyclisme bien sûr, puisque ce sport n’hésite pas à destituer les coureurs de leurs titres, y compris d’ailleurs quand le dopage n’est pas réellement prouvé, quitte à voir un tribunal redonner ce titre à un coureur quelques années après qu’il ait été attribué à un autre (cas Heras).

Reconnaissons que tout cela fait désordre, ce qui explique la nostalgie de ceux qui ont connu le vélo (sur route et sur piste) dans les années 50 ou 60, avec ses excès, ses abus, mais aussi ses règles infiniment plus simples que de nos jours. Aurait-on imaginé interdire de Tour de  France un Coppi, un Bartali, un Magni, un Gaul, un Bahamontes,  s’ils avaient désiré y participer ? Idem pour le Giro et la Vuelta avec les meilleurs Français, Suisses ou Belges, alors qu’aujourd’hui Contador, Valverde, Rodriguez, Menchov ou un autre, pourraient très bien se voir refuser la possibilité de participer aux plus grandes épreuves du calendrier parce que leur équipe n’a pas assez de points UCI, ou parce qu’elle a été privée de la licence World Tour. Ainsi Rolland ou Voeckler, bien que leur équipe ne soit pas en World Tour,  sont sûrs et certains de courir le Tour de France, mais pas Rodriguez qui est, rappelons-le, le dernier numéro un au ranking UCI. Aberrant, idiot, stupide, les mots manquent devant pareille absurdité.

C’est pour cette raison que j’ai fait précédemment la comparaison avec la boxe, qui organise des championnats dits du monde, après avoir destitué le détenteur unique d’un titre mondial. Et oui, nous en sommes là…pour le plus grand plaisir des pourfendeurs du vélo, lesquels prennent de plus en plus le pas sur les vrais amoureux de ce sport. Au fait, pourquoi avoir destitué Armstrong, et pas les autres coureurs ayant avoué avoir amélioré leurs performances en prenant des produits destinés à les rendre plus forts ? Désolé, j’ai l’air de ressasser les mêmes choses, mais je ne supporte plus toute cette hypocrisie dans le vélo et ailleurs. Les performances des sportifs est-allemands dans les années 70 ou 80, mais aussi d’autres pays, étaient-elles réalisées à l’eau claire ? Personne ne le croit, et pourtant certains noms figurent toujours au palmarès des records du monde…sans que cela ne pose problème, sauf pour des athlètes qui ont réalisé des performances légèrement inférieures sans emploi de substances illégales.

Toujours parmi les sujets qui me fâchent, il y a le racisme de plus en plus présent dans et autour des stades, au point que certains joueurs n’en pouvant plus de cette horrible méchanceté, en arrivent à quitter le terrain tellement ils sont dégoûtés. En écrivant cela je pense évidemment à Kevin-Prince Boateng, joueur ghanéen de l’AC Milan, qui a pris la décision d’abandonner le match auquel il participait contre une petite équipe italienne, tellement il endurait des injures racistes. Certains Français n’hésiteront pas à dire que c’était en Italie, oubliant que chez nous aussi il y a des crétins racistes, et ils sont nombreux. D’autres affirment que c’est la faute de la FIFA qui ne prend pas des sanctions assez dures. A ce propos, il est amusant de constater combien chez nous, en France, on est pour des sanctions sévères…si celles-ci touchent les autres pays, parce que ces pays aux yeux des Français ne savent pas traiter les problèmes. Ainsi pour nombre de Français, les Espagnols, pour ne citer qu’eux, sont les champions en termes de dopage, ce qui explique la ridicule fureur de certains contre Contador, Nadal ou Alonso, alors que si ces sportifs étaient français on les adorerait. Plus généralement, pour revenir sur le problème du racisme dans le football, c’est le niveau général des supporters qu’il faut souligner et non tel ou tel discours de dirigeant, comme celui de Blatter, le président de la FIFA, qui a dit que Boateng avait eu tort de quitter le terrain.

Un dernier mot enfin, beaucoup plus rassurant, pour remarquer hier soir sur Eurosport cette effervescence aux alentours du vestiaire du Paris Saint-Germain, avec des joueurs de l’équipe d’Arras faisant en sorte de récupérer un maillot des joueurs parisiens. Au moins ceux qui s’intéressent au football en tant que jeu, comme ceux qui y jouent à un bon niveau (cas des joueurs de l’équipe d’Arras), savent reconnaître que le PSG est devenu un grand club, d’où l’engouement des adversaires des Parisiens pour garder un souvenir de ce match. Et pourtant certaines des grandes stars du club entraîné par Carlo Ancelotti n’avaient pas fait le déplacement (Ibrahimovic, Sirigu, Thiago Silva, Thiago Motta, Lucas, Menez) ! Qu’est-ce que cela aurait été si tous ces joueurs avaient été là ? Preuve que le PSG suscite la passion partout où il se déplace, n’en déplaise aux supporters imbéciles qui n’ont que l’invective à la bouche pour le premier club français de l’histoire ayant atteint une dimension économique internationale. Merci aux Qataris de nous avoir fait ce cadeau, et bravo pour le beau geste d’avoir laissé la recette aux amateurs du club d’Arras !

Michel Escatafal


Le Dakar fait l’actualité au moment des fêtes…

DakarJe m’intéresse au sport depuis mon plus jeune âge au point même que mes parents et leurs amis étaient étonnés d’une telle passion. Je n’avais pas six ans que déjà j’étais fasciné par les exploits de Coppi, Koblet, Bobet, ou encore de Fangio ou Ascari, puis de Martine, des frères Prat, Rancoule ou Lacaze. Plus tard, quand j’avais onze ou douze ans, j’étais tellement passionné que pendant les vacances (à la campagne  chez mes grands-parents) il m’arrivait de me lever à 7 heures du matin pour prendre aussitôt mon ballon de rugby, afin de m’entraîner à taper des coups de pied placés ou des drops avec pour poteaux de but deux grands peupliers, placés au milieu d’un pré. Oui j’aime le sport et je le revendique. Je dirais même que quelques uns des plus beaux moments de ma vie sont dus au sport, notamment au vélo. Tout cela pour dire que je suis très compréhensif sur tout ce qui touche au sport. Je le suis d’autant plus que j’aurais aimé être ce que malheureusement je n’ai jamais pu être.

J’aurais en effet payé très cher pour être par exemple le digne successeur de Roger Martine, un des deux ou trois  hommes qui ont le plus participé à ce que beaucoup ont considéré, sans doute à tort, comme l’an un du rugby français à l’échelon international, pour reprendre une expression de Denis Lalanne. En disant cela je pense évidemment à la fameuse tournée de l’Equipe de France de rugby en Afrique du Sud en 1958 où notre Quinze national, emmené par Lucien Mias et Roger Martine, réussit l’exploit de terrasser chez eux les fameux Springboks pour la première fois. Mais j’aurais aussi aimé être le successeur de Louison Bobet, Jacques Anquetil ou Roger Rivière, c’est-à-dire franchir le Mont-Ventoux ou l’Izoard en tête dans le Tour de France, gagner le Grand Prix des Nations ou battre le record du monde de l’heure à plus 48 kmh de moyenne. Bref, j’aurais aimé, j’aurais aimé…En revanche je n’envie nullement les participants à ce que l’on appelle le Dakar, qui a lieu à présent…en Amérique du Sud (Argentine, Chili, Pérou), et qui se déroulera du 5 au 20 janvier 2013.

C’est vraiment le type d’épreuve pour laquelle je n’éprouve aucun intérêt, et je suis désolé de voir que la télévision publique française dépense autant d’argent pour suivre cet insipide périple d’une quinzaine de jours, alors qu’elle ne nous montre pas la plus petite spéciale du championnat du monde des rallyes, dominé de surcroît depuis bientôt dix ans par le Français Sébastien Loeb. Un duel au couteau entre Loeb et Solberg, ou Loeb et Hirvonen, ou Loeb et Latvala, ou Loeb et Ogier, dans une spéciale du Rallye d’Alsace ou du Rallye de Suède, c’est quand même autre chose qu’une longue spéciale dans la Pampa argentine, à la fois pour le spectateur ou le téléspectateur, et sans aucun doute aussi pour le pilote. D’ailleurs pour bien montrer la différence de niveau, il suffit pour un ancien grand pilote de rallye de participer au Dakar, en Afrique ou ailleurs, pour le gagner ou au moins y briller immédiatement.

C’est aussi une épreuve qui suscite beaucoup de polémiques…parce qu’il y a des accidents à chaque édition ou presque. Pire même, il est arrivé parfois que ce soit des habitants ayant le malheur de se trouver sur le passage du rallye qui en aient été les victimes. Au total ce sont 59 personnes (dont plusieurs enfants) qui ont été tuées dans cette épreuve qui mélange les genres, en faisant concourir des concurrents qui appartiennent au milieu du sport et du show-biz, même si ce dernier est à présent beaucoup moins représenté qu’il y a quelques années. Est-ce pour cela que l’on enregistre une baisse du nombre véhicules engagés? Je ne sais pas, mais le premier janvier 2011 c’était à peine 430 concurrents qui avaient pris le départ de Buenos Aires pour un périple de 9500 km à travers l’Argentine et le Chili. En 2012 c’était 465 véhicules qui s’élançaient sur un parcours où l’on avait découvert le Pérou , et pour 2013 il y a 459 inscrits (toutes catégories confondues), tout cela à comparer aux  600 concurrents en 1988 !.

On ironise beaucoup sur le déplacement en Amérique du Sud du Dakar qui, comme son nom l’indique, se déroulait depuis sa création (en 1979) jusqu’en 2007 en Afrique, mais qui a été déplacé en Argentine pour des raisons de sécurité. Cela dit, on s’aperçoit qu’il est très difficile d’organiser ce type d’évènements en toute sécurité, même s’il est l’œuvre de super-professionnels comme le sont les gens d’ASO qui, rappelons-le, organisent à la satisfaction générale le Tour de France et la plupart des grandes épreuves du calendrier cycliste international. Mais organiser un grand tour cycliste, avec une caravane publicitaire et des coureurs, est quand même plus facile que diriger une course où les concurrents sont éparpillés sur des centaines de kilomètres dans des endroits où personne ne passe.

D’ailleurs, si j’ai bonne mémoire, le Parlement européen avait été saisi de l’affaire il y a trois ans, en notant qu’apparemment peu de députés européens étaient fans de l’épreuve…à part Ari Vatanen, le Finlandais, quadruple vainqueur de l’épreuve, au demeurant un des meilleurs pilotes de l’histoire des rallyes. Toutefois si cette compétition apparaît assez incongrue pour nombre d’amateurs de sport, surtout en plein mois de janvier, elle est désormais bien installée dans le paysage sportif. Et n’en déplaise aux détracteurs du Dakar, cette épreuve a sans doute plus d’avenir qu’on ne l’imagine car, évidemment, il y a beaucoup d’intérêts financiers en jeu. Toujours le sport au service de l’argent et non l’inverse ! Et pourtant, en lisant le site web du Point, on découvre que des paléontologues, notamment au Pérou, ont peur pour les vestiges paléontologiques de plus de 20 millions d’années que l’on trouve dans la région d’Ica, après les dégâts qui auraient été occasionnés lors de la dernière édition. Oui, j’ai du mal à comprendre comment on peut s’intéresser à cette épreuve…même si je suis fan du sport automobile, comme en témoignent les nombreux articles que je lui ai consacré sur ce site.

Michel Escatafal


Les critères sportifs…et affectifs

zidanerodriguezAujourd’hui nous allons évoquer les critères de toutes sortes dans le sport, et si j’en parle c’est parce que j’ai lu ce matin dans la presse deux informations qui m’interpellent. La première, de loin la plus importante, concerne l’admission des équipes cyclistes dans le World Tour, et la deuxième, beaucoup plus anecdotique, est relative à la cote de popularité des sportifs français auprès de leurs compatriotes. Commençons d’abord par l’admission des équipes dans le World Tour, avec une énorme satisfaction et une énorme surprise. Enorme satisfaction, parce que Saxo-Tinkoff, l’équipe de Contador, reste dans cette première division, ce qui veut dire, pour la première fois depuis bien longtemps, qu’Alberto Contador va pouvoir préparer son programme en toute sérénité, pour arriver au sommet de sa forme en juillet, auquel cas il sera imbattable dans le Tour de France. Enorme surprise aussi, parce que l’équipe Katusha est exclue de cette première division, en rappelant que Katusha a pour leader un des tous meilleurs coureurs du peloton, Rodriguez, numéro un l’an passé du classement World Tour, vainqueur de deux des plus belles classiques du calendrier (Flèche Wallonne et Tour de Lombardie), et respectivement deuxième et troisième du Giro et de la Vuelta.

A première vue on pourrait vraiment se dire que les instances dirigeantes du cyclisme marchent sur la tête, mais cette fois je ne le ferai pas dans la mesure où on n’a pas les éléments pour analyser la décision de la Commission des licences. Je pense qu’il faut attendre les motifs de cette décision avant de vociférer contre l’UCI, comme le font allégrement nombre de forumers sur les sites de cyclisme, notamment en France, lesquels plus stupides les uns que les autres se livrent à des analyses loufoques sans connaître les raisons de cette exclusion de Katusha du World Tour. Il faudra d’ailleurs patienter encore quelques jours, dans la mesure où rien n’oblige l’Union Cycliste Internationale (UCI) à rendre publiques les raisons de sa décision. En tout cas, on est au moins sûr que ce n’est pas sur des critères sportifs que cette sanction a été prise, Katusha étant un des poids lourds du cyclisme mondial, surtout en comparaison avec certaines équipes ayant obtenu la licence pour quatre ans, comme Ag2r ou Argos Shimano.

En outre, il y a aussi le cas d’Euskaltel-Euskadi, qui a également obtenu la licence jusqu’en 2016, alors que les coureurs n’ont pas reçu leurs salaires de novembre et que ses dirigeants envisagent de vendre leurs autobus pour se remettre à flot d’ici la fin de l’année. Cela dit, il faudra en racheter d’autres pour l’année prochaine. Espérons que ces difficultés soient passagères…Tout cela pour dire que le cyclisme est une nouvelle fois embarqué dans une affaire à laquelle personne ne comprend rien, et qui n’est pas faite pour redorer l’image de ce sport. Il reste à espérer que l’on n’attendra pas trop avant d’avoir des éclaircissements sur la rétrogradation de Katusha. Vivement le mois de janvier, qu’on recommence à parler vélo avec le Tour Down Under et le Tour de San Luis !

Le deuxième sujet que je voudrais aborder aujourd’hui tourne aussi autour de critères, mais très différents de ceux dont j’ai parlé précédemment. Il s’agit de la perception qu’ont les Français de leurs sportifs, à travers un sondage réalisé récemment. Et là, j’avoue qu’il y a de quoi se demander si les Français s’intéressent réellement au sport. En fait, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce site, mes compatriotes ne connaissent rien au sport, contrairement aux habitants des pays voisins. C’est d’ailleurs tout à fait curieux, au moment où il n’y a jamais eu autant de sport à la télévision, en clair comme en codé. Peut-être que pour les Français, trop de sport à la télévision tue le sport ! Non je crois tout simplement que le sport ne fait pas partie de leurs préoccupations, et qu’ils se contentent de raccourcis. Nombre de personnes pensent, par exemple, que si les Français se déplacent très nombreux sur le Tour de France, c’est d’abord pour la caravane publicitaire, vénérable institution datant de 1930, et non pour les giclettes de Contador en montagne ou les sprints de Cavendish à l’arrivée des étapes plates. Hélas, c’est en partie vrai, comme il est vrai que la France est le pays où on commente le plus les affaires de dopage. Pas étonnant dans ces conditions, que leurs favoris soient pour la plupart des sportifs à la retraite depuis longtemps, voire disparus, et quasiment que des hommes…parce qu’ils ne connaissent qu’eux. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille négliger le passé, au contraire et je le démontre sur ce site, mais  il faut connaître l’histoire du sport et cela n’est pas le fort des habitants de notre pays !

C’est ainsi que les sportifs préférés des Français sont Zinedine Zidane, Yannick Noah et Michel Platini, la quatrième dans ce classement étant Laure Manaudou…qui est sur le point de prendre sa retraite. Certes, à des titres divers, tous ont porté haut les couleurs de notre pays, mais c’était il y une ou plusieurs décennies. Nostalgie quand tu nous tiens! A moins, comme je l’écrivais précédemment, que ce classement ne reflète tout simplement le manque de culture des Français pour le sport, ce qui voudrait dire qu’ils ne connaissent pas les sportifs en activité, se rappelant simplement du nom de quelqu’un faisant de la publicité. C’est le cas du cinquième de ce classement, J.W. Tsonga, lequel n’a toujours pas remporté de Tournoi du Grand Chelem, ni gagné la Coupe Davis. En fait, il faut arriver à la sixième place pour trouver quelqu’un qui domine sa spécialité (le rallye), comme aucun autre ne l’a dominée jusque-là, Sébastien Loeb. Pour ce qui me concerne, c’est lui que j’aurais placé en premier parmi les sportifs en activité, si j’avais été interrogé. Un autre pilote automobile (Formule 1) est septième, Alain Prost, ce qui nous fait revenir aux années 80, comme pour Noah et Platini. Quant au huitième, pour aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est Raymond Poulidor (merveilleux second ou troisième du Tour dans les années 60 et 70), lequel précède David Douillet (aujourd’hui député !), et Bernard Hinault, autre icône des années 80, qui fut mon idole absolue à cette époque et que j’aurais placé beaucoup plus haut dans les légendes.

Je ne vais pas vous infliger le classement jusqu’au cinquantième, car ce serait trop fastidieux, mais je suis quand même surpris de voir que ni Nikola Karabatic, leader de la plus belle équipe de France de l’histoire dans les sports collectifs, ni Tony Parker, ne figurent dans le top 20 des « Légendes ». Et puisqu’on évoque un basketteur, j’observe que si tout le monde connaît Yannick Noah, quasiment personne dans notre pays ne sait que son fils, Joakim Noah, joue en équipe de France, et est devenu un sportif très connu aux Etats-Unis, ce qui paraît normal puisque il est en passe d’être All Star NBA cette année, au même titre que Parker. Problème, les Français ne s’intéressent pas à la NBA, car la NBA c’est le championnat des Etats-Unis, et peu importe que le monde entier ou presque s’y intéresse !

Autre chose, si Laure Manaudou est quatrième, ni Alain Bernard, ni Camille Muffat, ni Yannick Agnel, ni Florent Manaudou, pourtant champions olympique de natation ne figurent dans les vingt premiers du classement, et ne sont même pas dans le Top 10 des sportifs en activité. En revanche, Anquetil est quatorzième, très loin de Poulidor, ce qui montre bien que l’on préfère les brillants seconds aux grands vainqueurs. La preuve, Voeckler qui n’a toujours pas remporté de grandes courses, se situe à peine deux places derrière Anquetil, mais Rousseau, Tournant, Gané et Baugé sont absents. Baugé n’est même pas dans le Top 10 des sportifs actuels, alors qu’il est quadruple champion du monde de vitesse . Le rugby connaît aussi ses paradoxes, avec Michalak à la onzième place, ce qui se justifie tellement son talent est évident, juste devant Teddy Riner, mais l’autre rugbyman figurant dans ce palmarès s’appelle…Chabal. Certes l’homme a un look, mais côté sportif il est loin d’un Dusautoir, d’un Jauzion ou plus loin de nous d’un Jean Prat, Lucien Mias, Martine, Crauste, André Boniface, J.P. Rives, Philippe Sella ou Blanco.

On notera aussi qu’en dehors de Zidane et Platini dans cette liste des 20 premiers parmi les légendes, il n’y a d’autre footballeur  que Ribéry. Désolé, mais Fontaine, Kopa et plus près de nous Thierry Henry ont quand même un autre palmarès et une autre aura. Thierry Henry a en outre le défaut d’être aujourd’hui aux Etats-Unis, et cet éloignement le plonge dans l’oubli. Autre incongruité, Mimoun figure à la treizième place, mais c’est le seul athlète, ce qui signifie que personne ne se rappelle de Michel Jazy, Guy Drut, Colette Besson, Marie-Jo Pérec, Christine Arron, Pierre Quinon, Stéphane Diagana, Jean Galfione, et pas davantage de Renaud Lavillenie ou Mahiedine Mekhissi qui viennent pourtant de remporter des médailles aux J.O. de Londres. D’ailleurs l’athlète français actuel le plus connu est C. Lemaître qui est loin d’avoir leur palmarès au niveau mondial.

Enfin, dernière surprise, parmi les légendes, oui les légendes, on trouve Romain Grosjean à la dix-septième place, loin pourtant d’être arrivé en Formule 1 au niveau de pilotes comme Jacques Laffite ou René Arnoux. Qu’a fait Grosjean pour être dans le Top 20 des légendes, en devançant J. C. Killy, alors que Marielle Goistchel ou Guy Périllat ne figurent pas dans ce classement, pas plus que les patineurs Alain Giletti, Alain Calmat et Brian Joubert? Tout cela pour dire que j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps en commentant ces classements, sauf à démontrer une fois encore ce que je ne cesse de dire, à savoir que le Français ne s’intéresse guère au sport. Après tout, nous avons le sport que nous méritons, ou plutôt nos sportifs méritent mieux que les supporters qu’ils sont censés avoir. En revanche, lesdits supporters sont champions du monde de la critique et de la méchanceté vis-à-vis des sportifs étrangers.

Michel Escatafal


La théâtralisation des difficultés du PSG, un phénomène bien français

psgJ’ai souvent dit sur ce site que le Français n’est pas sportif. J’ai aussi ajouté que le Français avait aussi l’énorme défaut d’être un perpétuel donneur de leçons. Si les Français gagnent, ce qui peut arriver, c’est parce que ce sont les plus forts. S’ils perdent, c’est parce que les autres trichent. Autant de sentiments de gens frustrés de n’être pas au niveau des gagnants. Mais les Français font-ils tout ce qu’il faut pour que leurs champions gagnent ? Certainement pas ! Voilà le constat que l’on peut faire quand on suit le sport depuis des années, ce qui est mon cas.

A ce propos je voudrais commencer par une anecdote, que j’ai peut-être déjà racontée, mais qui est édifiante de l’état d’esprit qui est celui des clubs français et de certains clubs étrangers. Nous étions à la fin des années 50, et j’étais très jeune, ce qui ne m’empêchait pas déjà d’aimer le sport, et de nombreux sports. Bien qu’étant originaire d’une région (Sud-Ouest) où le rugby est roi, ce qui explique que j’ai commencé la pratique sportive par le ballon ovale, cela ne m’empêchait pas d’aimer voir jouer au football, et de m’y intéresser. De m’y intéresser tellement que, début 1959, j’ai écrit, sans rien demander à personne, au Real Madrid où jouait à l’époque Raymond Kopa.

Bien entendu, à ce moment de ma vie je n’étais pas hispanophone. J’ai donc écrit en français au grand club madrilène (en mettant comme adresse le stade de Chamartin), lui expliquant que j’étais un jeune garçon, qui serait très heureux de recevoir un fanion du club et une photo dédicacée des joueurs. En fait, j’avais le secret espoir d’avoir un autographe de Raymond Kopa, en rappelant que ce dernier était à l’époque un des deux meilleurs joueurs du monde avec son coéquipier du Real, Di Stefano. Fermons la parenthèse, pour dire que quelques semaines après ma demande, j’eus la merveilleuse surprise de recevoir une lettre en provenance de Madrid, où était écrit sur l’enveloppe : Señor Don Michel Escatafal et mon adresse.

Au comble de ma joie de recevoir ce courrier, j’ouvris fiévreusement l’enveloppe pour voir ce qu’elle contenait, sachant au toucher qu’il n’y avait pas que du papier. Et que vois-je ? Une longue lettre me remerciant pour mon attachement au club (je l’ai traduite plus tard, car personne dans mon entourage ne parlait espagnol), et surtout un fanion du club et la photo dédicacée par tous les joueurs, notamment Kopa, Di Stefano, Santamaria, Puskas, Gento, Santisteban, Zarraga et le gardien Dominguez. J’étais vraiment très heureux, pas suffisamment pour me faire abandonner le ballon ovale, mais assez pour que je m’intéresse désormais autant aux résultats du football qu’à ceux du rugby ou de la Formule1.

Et cela me donna l’idée de demander la même chose au Stade de Reims, pour la simple raison que le club rémois, avec ses Fontaine, Piantoni, Jonquet, Vincent, Penverne, Rodzik et le gardien Colonna, allait disputer la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions…contre le Real Madrid. En effet, malgré l’immense joie que m’avait procurée le courrier du Real, j’étais quand même un peu chauvin et, au fond de moi, j’espérais que le Stade de Reims batte le grand club madrilène, et se venge de la finale perdue en 1956, une finale que les Rémois ne méritaient pas de perdre, menant 2-0 après 10 minutes de jeu avant de s’incliner 4-3. J’écrivis donc au siège du club champenois, un ami de mon père m’ayant procuré l’adresse, en espérant recevoir le fanion rouge et blanc du meilleur club français des années 50, et peut-être même de l’histoire (double finaliste de la C1 et vainqueur de la Coupe Latine, ancêtre de la Coupe d’Europe).

Je n’eus pas longtemps à attendre, mais quelle déception en ouvrant la lettre ! Pourquoi ? Tout simplement, parce que le Stade de Reims me demandait d’envoyer la somme de 10 francs, pour pouvoir obtenir un fanion du club. Quant à la photo des joueurs on n’en parlait même pas. Jamais peut-être dans ma jeune vie, je ne fus autant déçu que ce jour-la. Quelle différence dans l’attitude des deux clubs ! Inutile de dire qu’à partir de ce jour, je ne fus plus supporter du Stade de Reims, au point que je refusais l’offre de mon père me proposant d’envoyer un billet de 10 francs pour obtenir le fanion que j’avais sollicité. Le ressort fut tellement cassé dans mon esprit que je me pris d’une affection indélébile pour le Real Madrid, y compris quand Kopa quitta le club pour retourner à Reims. Et c’est sans doute cet épisode qui me poussa à vouloir coûte que coûte apprendre le castillan, au point d’étudier avec frénésie la littérature espagnole et d’en faire profiter nombre de personnes.

Mais au fait pourquoi je raconte tout cela ? Tout bonnement parce que les Français passent leur temps à s’inventer des psychodrames, où la méchanceté n’a d’égale que leur frustration. J’ai souvent parlé sur ce site de l’attitude haineuse des amateurs de vélo vis-à-vis de Contador, une attitude que je ne supporte pas, tellement le Pistolero reste un animateur hors-pair des épreuves auxquelles il participe. Mais les Français sont aussi malveillants vis-à-vis de leurs champions et de leurs clubs, pour peu qu’ils ne fassent pas tout comme ils le souhaiteraient. Que n’a-t-on pas entendu sur nos sportifs qui vivent en Suisse, au point d’oublier que ce sont parfois ceux qui portent le plus haut nos couleurs. En écrivant cela je pense notamment à celui qui est sans doute le plus grand sportif français en activité, le pilote de rallye Sébastien Loeb, dont on va mesurer dès l’année prochaine le vide qu’il va laisser dans le monde des rallyes.

Mais il y a aussi le Paris Saint-Germain et les sarcasmes que ce club attire en ce moment, parce qu’il n’est que quatrième du championnat de Ligue 1, même s’il est qualifié pour les 1/8è de finale de la Ligue des Champions. Quand je lis ce qui s’écrit sur ce club par nombre de forumers, je suis rien moins qu’atterré. Je le suis d’autant plus que ces forumers représentent ce que pensent la majorité de mes compatriotes. D’abord ils reprochent au PSG d’avoir de l’argent. Ah, le rapport des Français à l’argent ! Tous voudraient en avoir, mais ils n’osent pas le dire. Et surtout ils en veulent beaucoup à ceux qui en ont un peu, et plus encore bien sûr à ceux qui en ont beaucoup. Et pour revenir au PSG, ces apprentis-sorciers fielleux reprochent au club parisien de disposer de très gros moyens…en provenance du Qatar.

Jamais contents ces pseudo-supporters, qui fustigeaient la précédente direction du PSG parce qu’elle n’investissait pas assez, et qui, maintenant, sont mécontents de voir arriver de très grands joueurs à Paris avec de l’argent en provenance de l’étranger. Qui sont mécontents aussi qu’on n’aligne pas une majorité de joueurs français dans leur équipe, qui sont mécontents enfin que ce soit un entraîneur italien qui dirige l’équipe à la place d’un Français. Mais ce que ces supporters à courte-vue ne comprennent pas, c’est qu’avec Antoine Kombouaré, au demeurant excellent entraîneur, jamais le PSG n’aurait sans doute pu faire venir des stars comme Ibrahimovic ou Thiago Silva. Il n’y avait qu’un technicien au palmarès énorme, cas d’Ancelotti, pour convaincre des joueurs de cet acabit de venir jouer en Ligue1. Une Ligue 1, dont ses représentants n’ont gagné en 56 ans de Coupes d’Europe que deux trophées, et sur les deux un a été remporté (par le PSG) dans une compétition qui n’existe plus (Coupe des Coupes).

Alors, pourquoi toutes ces critiques débiles sur le PSG, version qatarie ? Pourquoi ne pas se réjouir plutôt d’avoir une équipe figurant déjà parmi les 15 ou 20 meilleures en Europe ? Pourquoi ne pas se féliciter de voir le PSG et ses stars remplir systématiquement les stades chaque fois qu’il se déplace, et faire de grosses audiences télévisées quand le spectacle est au programme d’une chaîne non payante ? Pourquoi se réjouir des malheurs d’une équipe fatalement en construction, en rappelant que le PSG nouvelle version est né il y a moins d’un an et demi. Comme s’il suffisait de cent cinquante ou deux cents millions  d’euros pour construire une formation capable de dominer son championnat domestique et de briller en Europe ! Et si j’écris pareille chose, c’est pour noter qu’en France, et c’est normal, toutes les équipes affrontant le PSG ont une motivation décuplée…au point d’être méconnaissable lors du match suivant. Comment le Stade Rennais a-t-il pu dominer le PSG au Parc des Princes, en finissant le match à neuf, et ensuite être battu chez lui par Evian-TG au match suivant ?

Résultat, le PSG brille et brillera sans doute davantage en Ligue des Champions, du moins dans un premier temps, qu’en championnat, où cette équipe est l’équipe à battre, avec tout ce que cela comporte comme agressivité et détermination de la part des adversaires, sans parler des vociférations du public. Oui, le PSG doit attendre encore deux ou trois ans pour faire suffisamment peur à ses adversaires, comme l’a souligné son capitaine Thiago Silva, et s’imposer dans son championnat, à l’image de la Juve et des deux Milan en Italie, de Manchester en Angleterre, de Porto au Portugal, du Bayern en Allemagne ou du Real et du Barça en Espagne. Et plutôt que de se réjouir des malheurs du PSG, les soi-disant amateurs de football de notre pays devraient au contraire se réjouir que l’on parle enfin de la Ligue 1 chez nos voisins européens, alors qu’auparavant on n’en parlait jamais.

En outre cette publicité faite à la Ligue 1, rejaillira nécessairement un jour ou l’autre sur l’ensemble du football français, en attirant d’autres investisseurs fortunés, ce qui nous permettra de garder au pays nos meilleurs joueurs…comme les Anglais, les Espagnols ou les Allemands. Et oui, tout cela est l’évidence même, mais pour la comprendre il faut réfléchir avant d’agir, ce qui hélas n’est pas dans les habitudes de mes compatriotes, du moins ceux qui écrivent sur les forums ou ceux qui vont au stade…ce qui fait beaucoup de monde. Ce qui fait aussi notre singularité par rapport aux pays qui nous entourent, lesquels remportent des succès qui semblent pour nous chimériques.

Michel Escatafal