Si les contre-la-montre bloquent la course, pas de contre-la-montre la dénature

giro 2015tour 2105Avant d’évoquer le sujet de mon billet, le Tour de France, je voudrais souligner une fois encore la stupidité des instances qui régissent le sport à propos du dopage. En effet, alors que Lance Armstrong voulait prendre part hier à une course de charité à Greenville en Caroline du Sud, appelé le Gran Fondo Hincapie, on lui a tout simplement interdit la participation à cet évènement pour le motif qu’il est suspendu à vie pour dopage. Le plus triste dans cette décision est qu’on a l’impression qu’il est le seul sportif à s’être dopé pendant sa carrière et, bien entendu, il s’agit d’un coureur cycliste. Désolant, même si cela satisfait tous les censeurs qui n’ont jamais commis la moindre infraction leur vie durant…parce qu’ils sont parfaits, ce qui leur permet de se battre pour jeter la première pierre à destination d’un contrevenant, à supposer qu’il le soit réellement. En outre, que je sache, Armstrong n’est quand même pas un criminel, et il n’a pas davantage braqué une banque ou un magasin quelconque !!!

Après cette introduction indignée devant tant de bêtise et d’hypocrisie, revenons au sport, le vrai, pour dire qu’à présent nous connaissons le parcours de deux des trois grands tours de la saison cycliste, information d’autant plus intéressante qu’Oleg Tinkoff, patron de Tinkoff – Saxo Bank, est décidé à offrir un million d’euros aux quatre meilleurs coureurs à étapes actuels, à savoir Contador, Froome, Nibali et Quintana, s’ils décidaient de courir les trois grands tours l’an prochain. Certains observateurs ont trouvé l’idée intéressante, d’autres loufoques, tandis que nombreux dans notre pays pensaient que ce n’était rien moins qu’une incitation au dopage, obsession des Français ! Cela dit, est-ce vraiment une bonne idée ? Je suis dubitatif, parce qu’il paraît très, très difficile de « jouer la gagne » sur les trois épreuves la même année. Autre élément qui ne milite pas pour ce triplé : cela signifierait pour ces quatre coureurs de mettre toute leur énergie et leurs forces uniquement sur ces courses…ce qui serait injuste pour les organisateurs des autres courses du calendrier, notamment Paris-Nice, Tirreno-Adriatico, le Tour de Catalogne, le Tour de Romandie, le Tour du Pays-Basque, le Tour du Suisse ou le Dauphiné-Libéré. Autant d’épreuves qui appartiennent elles aussi à l’histoire et même à la légende du vélo, sans parler évidemment de l’impossibilité pour ces champions de disputer les Ardennaises, par exemple. Enfin, avant d’envisager de courir les trois grands tours nationaux en une même année, pour les gagner si possible, que les meilleurs coureurs envisagent d’abord de réaliser le mythique doublé Tour-Giro que seuls Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault, Roche, Indurain et Pantani ont réussi au cours de leur carrière.

Est-ce faisable de nos jours ? La réponse est clairement positive, surtout avec un Giro un peu moins dur que certaines années, par exemple comme celui qui nous est proposé en 2015. Pour mémoire je rappellerais que Contador aurait pu le réaliser en 2011, sans cette lamentable affaire de traces de clembutérol. Si j’écris cela, c’est parce que malgré un hiver ô combien perturbé par ce contrôle anormal, qui ne l’aurait pas été dans la quasi-totalité des laboratoires, Contador a fini cinquième du Tour de France, après avoir subi les affres de deux chutes au début et au milieu de l’épreuve qui ont abîmé ses genoux. En outre, il a fini très fort ledit Tour de France 2011, comme en témoignent son baroud d’honneur avec une attaque insensée à presque 100 km de l’arrivée lors de l’étape qui arrivait à l’Alpe d’Huez, et une remarquable performance contre-la-montre (la veille de l’arrivée), où il termina à la troisième place sur la distance de 42,5 km, à 1mn06s de Tony Martin, le roi du chrono ces dernières années. Tout cela pour dire qu’un Contador arrivant serein au départ du Tour de France, sans subir les sifflets et la vindicte des faux amateurs de vélo qui le considéraient comme un paria, aurait probablement gagné ce Tour de France tout à fait à sa portée. Il est d’ailleurs à la fois triste et amusant de voir aujourd’hui la plupart des Français ne s’intéressant qu’au Tour de France le porter dans leur cœur…parce qu’il a battu Froome à la Vuelta. Mais cela ne durera pas, parce qu’il est redevenu le meilleur. En France, et ce n’est pas nouveau, on n’aime pas les gagnants : la preuve, sur les routes de France au mois de juillet, on a toujours préféré Poulidor à Anquetil !

En parlant de Poulidor et Anquetil nous revoilà plongé dans le Tour de France et son parcours pour 2015 dévoilé ces derniers jours. Un parcours dont on nous dit qu’il fait la part belle aux grimpeurs, ce qui est en partie vrai, mais surtout qui défavorise clairement les rouleurs…ce qui est pour le moins étonnant. Pourquoi un ridicule contre-la-montre de 14 km le premier jour ? Si j’ai employé le mot ridicule c’est parce que ces 14 kilomètres seront les seuls en individuel contre le chrono, une distance équivalente aux secteurs pavés dans l’étape de Cambrai. Voilà qui me gêne un peu si l’on se réfère à l’histoire du vélo sur route, car la première étape contre-la-montre dans le Tour de France date de 1934 (victoire du vainqueur, Antonin Magne, sur la distance de 90 km). En tout cas ces 14 kilomètres font parler, comme par exemple Julio Jimenez, grand escaladeur dans les années 60, qui n’hésite pas à dire qu’il devrait y avoir plus de contre-la-montre. Quant à Delgado, il pense carrément que cela est fait pour aider les nouveaux talents français.

En revanche tous ces gens oublient qu’il y aura, comme l’an passé, des pavés, et je doute que cela avantage les Français. Au fait, était-ce bien utile de remettre des pavés de nouveau cette année, avec les risques que cela comporte ? Rappelons-nous le Tour de France 1979, avec cette crevaison de Bernard Hinault qui lui a fait perdre 3mn26s par rapport à Zoetemelk, lequel avait aussi crevé, sauf que son équipier Sven Nilsson était à ses côtés pour lui donner immédiatement sa roue avant. Certes cette année-là Hinault a remporté son second Tour de France devant Zoetemelk, mais cette victoire il l’a surtout construite dans les contre-la-montre, à Bruxelles sur la distance de 33 km (36 s d’avance sur son rival néerlandais), puis entre Evian et Morzine (2mn37s d’avance sur la distance de 54km), et enfin à Dijon (1mn9s sur la distance de 48 km), après avoir gagné le deuxième jour un autre c.l.m entre Luchon et Superbagnères (24 km). Reconnaissons que là c’était trop, d’autant qu’il y avait en plus deux étapes de c.l.m. par équipe de 87.5 km et 90 km. De la folie pure !

En tout cas les anti-Contador ou anti-Froome, surtout nombreux en France, seront contents, car ni l’un ni l’autre n’est à l’aise sur les pavés, mais je trouve pour ma part hallucinant que l’on puisse quasiment supprimer le contre-la-montre individuel, pour le remplacer par des secteurs pavés plus longs que l’an passé. A ce compte là, il n’y a qu’à faire un Paris-Roubaix bis comme étape dans le Nord ! Pas sûr toutefois que le Tour de France y gagnerait. Autre étonnement, pourquoi avoir attendu la neuvième étape pour placer une étape contre-la-montre par équipes de 28 km ? A-t-on imaginé le handicap que cela constituerait pour une équipe ayant perdu deux coureurs sur chute dans l’étape des pavés, pour ne citer qu’elle ? Oui pourquoi cela ? J’avoue là aussi que je m’interroge sur les intentions des organisateurs. A-t-on vraiment privilégié le sport dans cette affaire ?

Résultat, il est du coup très possible que Froome fasse le choix de disputer le Giro et la Vuelta, où il aurait évidemment beaucoup plus de terrains à sa convenance, à commencer par les 60 kilomètres contre le chrono en individuel dans le Giro. Cela nous permettrait d’assister dès le printemps au grand duel entre Froome et Contador, puisque ce dernier va avoir comme premier objectif de remporter son troisième Tour d’Italie. Reconnaissons que c’est un programme très alléchant…en espérant que ce duel n’ampute pas trop les forces de celui qui courra aussi le Tour de France, Contador, auquel cas un Quintana ou un Nibali pourrait profiter de l’aubaine. Finalement, le million d’euros de Tinkoff aurait été mieux utilisé à l’offrir à ceux qui tentent le doublé Giro-Tour, ce qui aurait mis à égalité les quatre grands leaders. Au fait, et les Français ? Les amateurs de vélo du seul mois de juillet et autres franchouillards espèrent qu’un Tour sans c.l.m. ou presque pourraient voir les Pinot, Bardet, Rolland ou Barguil sur le podium. J’ai peur pour eux que ce ne soit qu’un rêve, car qui pourrait croire que Péraud aurait terminé second cette année si Froome et Contador n’étaient pas tombés ?

Michel Escatafal

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Avec Quintana, Uran et Betancur, l’Eldorado retrouve ses racines colombiennes

herreraquintanaAprès la victoire du Canadien Ryder Hesjedal il y a deux ans, cette année le Tour d’Italie a été remporté par un Colombien, Nairo Quintana, devant un de ses compatriotes Rigoberto Uran, ce qui tend à démontrer, si besoin en était, que le cyclisme est désormais un sport planétaire, ce qui fut loin d’être le cas auparavant. On pourrait aussi ajouter la victoire dans les deux derniers Tours de France des Britanniques Wiggins et Froome, ce qui n’était jamais arrivé jusqu’en 2012. Et cette domination britannique dans la Grande Boucle pourrait se poursuivre encore cette année, Froome étant le grand favori de la prochaine édition, même s’il semble avoir moins de marge cette année avec le retour au sommet de Contador. Quel changement par rapport à ce qui se passait dans le monde du vélo jusqu’au début des années 80.

En effet, jusqu’à cette époque, les palmarès du cyclisme étaient composés uniquement de coureurs issus de quelques pays d’Europe Occidentale, à savoir la France, l’Italie, la Belgique, l’Espagne, puis les Pays-Bas, la Suisse, le Luxembourg, et un peu plus tard l’Allemagne. Il faut dire que jusqu’à ce moment le monde était divisé en deux parties bien distinctes, l’Est sous domination soviétique et l’Ouest sous domination américaine et européenne (Europe occidentale). Et entre ces deux parties, il y avait dans le sport et le cyclisme une différence majeure : l’une (l’Occident) avait adopté depuis très longtemps le professionnalisme pour ses grands sports, et l’autre (pays sous influence soviétique) avait maintenu un strict amateurisme…de façade, puisque ces sportifs appartenaient pour la plupart à l’armée ou à un service de l’Etat, et qu’à ce titre ils passaient leur temps à s’entraîner, avec de multiples avantages pour les meilleurs d’entre eux (appartement, voiture, voyages etc.).

Cela dit, sur le plan des compétitions, les amateurs n’avaient pas le droit de rencontrer les professionnels jusque dans les années 70. C’est ce qui explique qu’on n’ait eu au palmarès des grandes épreuves du cyclisme que des représentants des pays d’Europe de l’Ouest. D’ailleurs à l’âge d’or du cyclisme (fin des années 40 et décennie 50), les langues du peloton étaient essentiellement l’italien et le français. Coppi, pour ne citer que lui, savait très bien parler français. En outre, compte tenu du fait que les coureurs couraient pour la plupart dans des équipes de marques françaises ou italiennes, ils apprenaient nécessairement la langue d’un de ces deux pays. Tout cela pour dire que même si on parle d’âge d’or pour le cyclisme dans l’immédiate après-guerre, parce qu’il y avait plusieurs très grands champions qui se sont affrontés en même temps (Bartali, Coppi, Bobet, Koblet, Kubler, Magni, Van Steenbergen, De Bruyne…), il manquait quand même au cyclisme sur route une dimension universelle qu’il n’a acquis qu’à partir des années 80, avec l’avènement des coureurs du continent américain et après la chute du communisme. Je dis au cyclisme sur route, parce que sur piste il y avait davantage d’universalité, même si cela ne concernait que quelques coureurs, par exemple les Britanniques Harris et Peacock, l’Australien Patterson ou l’Argentin Batiz.

Cette mondialisation du cyclisme fut en fait très rapide, comme s’il avait suffi d’enclencher le mouvement pour que ce sport s’universalise à grande vitesse. D’abord il y a eu l’impact de la télévision qui a permis au Tour de France de s’imposer comme un des plus grands évènements sportifs chaque année. En termes d’audience, sur le plan mondial, le Tour se situe juste derrière les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football…à la différence que le Tour de France a lieu chaque année en juillet et non tous les quatre ans. Même s’il n’a pas la même audience, le Giro est aussi retransmis par nombre de grandes chaînes dans le monde, et c’est à présent aussi le cas pour la Vuelta, à un degré encore inférieur. Ensuite, comme je l’ai dit précédemment, il y a eu la chute de l’Union Soviétique, qui a permis à la Russie et aux pays qui étaient sous influence soviétique d’adopter la démarche du sport professionnel, et donc d’exporter ses champions sur les épreuves emblématiques du cyclisme, évolution déjà amorcée dans les années 70 et 80.

Dès les années 70, très exactement en 1973 lors du Tour du Luxembourg, puis en 1974 à Paris-Nice, quelques amateurs des pays de l’Est sont venus se frotter aux meilleurs professionnels. Et ceux qui s’intéressaient au vélo à l’époque se rappellent comment en 1974 le Polonais Szurkowski, champion du monde amateur, tint tête à Eddy Merckx lui-même, notamment dans l’étape Toulon-Draguignan, où il termina devant le crack belge. On se souvient aussi que dans la quatrième étape (Saint-Etienne-Orange), il termina troisième au sprint derrière les très rapides Leman et Van Linden. Dans l’étape Seillans-Nice, il fit encore mieux, battu au sprint par le seul Van Linden, Merckx arrivant cinquième. Au classement général enlevé par Zoetemelk devant Santy et Merckx, il termina à une honorable vingt-huitième place à 13 mn 18s, un rang derrière son équipier Janusz Kowalski, les deux Polonais devançant des coureurs aussi connus que Raymond Delisle, Gerben Karstens ou J.M. Fuente.

Certes on me dira que les Polonais s’étaient particulièrement préparés pour cette épreuve, qui marquait en revanche le tout début de saison pour les pros, mais force fut de constater que les meilleurs amateurs avaient le potentiel pour rivaliser avec les meilleurs professionnels occidentaux. Certains allèrent même jusqu’à prétendre qu’il faudrait peu de temps pour que les meilleurs amateurs soient les meilleurs tout court. En réalité ceux-là faisaient preuve d’un optimisme exagéré, car ce ne fut pas le cas, même si le Tchécoslovaque Jiri Skoda, qui avait été autorisé à quitter son pays pour rejoindre les rangs professionnels, obtint la deuxième place au Tour de l’Avenir derrière Charly Mottet en 1984, et se classa à plusieurs reprises à des places honorables au Grand Prix des Nations. Même si le Soviétique Soukoroutchenko remporta deux Tours de l’Avenir, en 1978 et 1979, devant les meilleurs amateurs occidentaux. Même si l’Allemand de l’Est Olaw Ludwig, longtemps le meilleur coureur amateur, vainqueur du Tour de l’Avenir 1983, fera plus tard une belle carrière professionnelle (vainqueur notamment de l’Amstel). Même si le Polonais Lech Piasecki, champion du monde amateur en 1985, devint un des meilleurs rouleurs du peloton (remportant aussi le titre mondial en poursuite chez les professionnels).

Oui, malgré tout cela, et en dépit d’un mode de détection très poussé qui favorisait l’éclosion des meilleurs coureurs, aucun coureur originaire de l’Est européen, autrefois communiste, ne figure parmi les plus grands champions de l’histoire à part Ullrich. Toutefois, quand on regarde les palmarès des grands tours depuis cette époque, on s’aperçoit que les Russes ont gagné trois fois le Giro ( Berzin en 1994, Tonkov en 1996 et Menchov en 2009), et une fois la Vuelta ( Menchov encore en 2007), sans oublier la victoire du Kazhak Vinokourov dans cette même Vuelta en 2006.  La remarque vaut aussi pour les classiques avec notamment Eric Zabel, autre natif de l’Allemagne de l’Est, vainqueur de quatre Milan-San Remo, trois Paris-Tours et de l’Amstel Gold Race,  Des performances de loin supérieures à celles de…la France dont la dernière victoire dans le Tour remonte à 1985 (Hinault), dans le Giro à 1989 (Fignon) et à la Vuelta en 1995 (Jalabert).

Un peu plus tôt, ce furent les Colombiens qui débarquèrent sur le Tour de France. Les Colombiens, habitués aux longues montées dans leur pays montagneux ne pouvaient qu’être d’excellents grimpeurs, mais certains n’étaient pas que cela. Ainsi Cochise Rodriguez battit le record de l’heure amateur en 1970 avec 47,553 kilomètres. Rodriguez signa son premier contrat pro en 1973 dans l’équipe Bianchi, célèbre pour avoir eu dans ses rangs un certain Fausto Coppi. Contrairement à ce que beaucoup s’imaginent la Colombie a toujours été un pays de cyclisme, tant au niveau du cyclisme sur route (les célèbres Clasicas) que sur piste, où de nombreuses réunions ont été et sont organisées à Bogota, Cali ou Medellin. La Colombie se passionnait depuis longtemps pour les courses européennes, grâce aux journaux sportifs du pays et aux chaînes de radio, au point qu’en 1983 on prétendit que la quasi totalité de la population détenant un transistor était à l’écoute de la retransmission d’une étape de montagne dans les Pyrénées, un des terrains de chasse favoris des Colombiens. Et l’année suivante la ferveur sera encore plus grande avec l’arrivée sur le Tour de l’inamovible vainqueur du Clasico RCN, la plus grande épreuve par étapes de Colombie, Lucho Herrera, le meilleur coureur colombien de l’histoire jusqu’en 2014, et le premier amateur à  remporter une étape du Tour de France.

Herrera, né à Fusagasuga, ville située à 1600m d’altitude, avait passé sa jeunesse entre la culture des fleurs (on l’appelait le « petit jardinier ») et le vélo, sport pour lequel il était éminemment doué. La preuve, en 1982, pour sa première apparition en Europe, il finira le Tour de l’Avenir à la quatrième place, remportant l’étape de Morzine. Ensuite il s’illustrera dans cette même épreuve en 1984, avec son équipe colombienne Café de Colombie-Varta, s’imposant dans l’étape de l’Alpe d’Huez. Un grand grimpeur était né, digne des meilleurs escaladeurs du passé. Il remportera même le Tour d’Espagne, en 1987, puis le Dauphiné Libéré en 1988 et 1991, A ces performances il faut ajouter une cinquième place dans le Tour de France en 1987.

Bref un très beau palmarès, qui complétait celui des Colombiens à cette époque, avec notamment la victoire dans le Dauphiné en 1984 de Martin Ramirez devant….Hinault. Et puis tout le monde se souvient du doublé historique à Lans-en-Vercors pour Parra et Herrera dans le Tour de France 1985. Fabio Parra finira deuxième du Tour d’Espagne en 1989, derrière Delgado, et troisième du Tour de France en 1988. Hélas pour les Colombiens, ils ont longtemps végété depuis cette époque, avec la disparition de l’équipe Café de Colombia, mais aujourd’hui une génération extrêmement brillante avec l’avènement de Rigoberto Uran (deux fois second du Giro en 2013 et 2014), de Carlos Betancur (dernier vainqueur de Paris-Nice) et surtout de Nairo Quintana qui, à 24 ans, vient de gagner son premier grand tour avec le Giro qui vient de s’achever, cet exploit faisant suite à sa seconde place lors du dernier Tour de France, ce qui laisse présager sa domination quand Contador et Froome auront deux ou trois ans de plus.

En revanche les Américains n’ont pas cessé d’être des acteurs majeurs du cyclisme international depuis une trentaine d’années, au point que dans le peloton la langue la plus utilisée est l’anglais. L’aventure commença avec Jonathan Boyer, qui fit réellement connaître le cyclisme sur route professionnel aux Etats-Unis, et qui montra la voie à ses prestigieux successeurs, Greg Le Mond, double champion du monde (1983 et 1989) et triple vainqueur du Tour (1986 ,1989, 1990), puis Andy Hampsten, vainqueur du Giro en 1988 et du Tour de Suisse en 1986 et 1987, et enfin Lance Armstrong, champion du monde en 1993 et septuple vainqueur du Tour de France (1999 à 2005), un record qui n’est pas prêt d’être battu. Ces trois coureurs sont évidemment les meilleurs, mais, contrairement aux Colombiens, les Américains vont devenir des acteurs incontournables du paysage cycliste sur route.

Aujourd’hui les coureurs américains sont partout, et figurent parmi les meilleurs coureurs de classiques (Tyler Farrar), de courses à étapes (Van Garderen) et contre-la-montre avec Taylor Phynney. Ce dernier, surdoué de la piste (double champion du monde de poursuite en 2009 et 2010 et médaillé d’argent du km), est devenu un grand espoir de la route (médaillé d’argent du championnat du monde c.l.m.), et ne manquera pas de collectionner les victoires dans les années à venir. Et si l’on ajoute à ces Américains des Etats-Unis, les voisins canadiens, comme Steve Bauer à la fin des années 80 et à présent Ryder Hesjedal, on comprend pourquoi le vélo est devenu un sport dont on parle à présent en Amérique du Nord, même si tous ces coureurs, sauf Le Mond et Armstrong, sont plus connus en Europe qu’en Amérique. En tout cas, que de progrès accomplis par l’Amérique du Nord depuis le voyage de Cyrille Guimard avec Bernard Hinault pendant l’hiver 1980-81, chez Greg Le Mond au Nevada, celui-ci signant son premier contrat pro en présence de ses parents alors qu’il n’avait pas 20 ans.

Reste maintenant pour le vélo à s’exporter en Asie et en Afrique, et la boucle sera bouclée, puisqu’il y a longtemps qu’il s’est imposé en Australie et en Nouvelle-Zélande. L’Australie nous a même envoyé des coureurs comme Cadel Evans, champion du monde (2009) et vainqueur du Tour de France (2011), mais aussi Matthew Goss et Simon Gerrans, vainqueurs de Milan-San Remo et Liège-Bastogne-Liège cette année pour Gerrans, ces coureurs ayant été les successeurs notamment de Phil Anderson, qui fut en 1981, le premier Australien à porter le maillot jaune du Tour de France, et qui a notamment remporté le Dauphiné Libéré et le Tour de Suisse en 1985, plus l’Amstel en 1983 et Créteil Chaville (Paris-Tours) en 1986. Espérons qu’en Asie, avec la récente création d’épreuves World Tour, les Chinois connaîtront le même succès qu’en athlétisme, même si cela n’a pas été le cas pour le moment, pas plus qu’au Japon ou en Afrique. Il n’empêche, personne n’oserait dire aujourd’hui que le vainqueur du Tour ou du Giro en 2025 ne sera pas un Japonais, un Chinois ou un Sénégalais. Qui aurait parié sur une victoire américaine dans le Tour de France en 1981 quand Boyer devint le premier Américain à prendre le départ de la Grande Boucle ? Personne, et pourtant depuis 1986 l’hymne américain a retenti dix fois sur les Champs-Elysées, contrairement à la Marseillaise qu’on n’a plus entendu depuis 1985, comme je l’ai souligné précédemment.

Michel Escatafal


La notoriété des stars du vélo est faible

Froome contadorSi l’on demande au premier venu ce que représente pour lui le sport cycliste, il répondra un peu partout le Tour de France, et en Italie et en Espagne il rajoutera le Giro et la Vuelta. C’est ainsi, et plus que jamais ce le sera. Qui connaît le nom du champion du monde sur route ou celui du vainqueur de Liège-Bastogne-Liège, pourtant les deux plus belles et prestigieuses épreuves d’un jour ? Personne, mis à part évidemment les vrais amateurs de vélo. Et encore je n’en suis pas sûr! Si j’écris cela, c’est tout simplement parce que ce sont précisément deux routiers certes valeureux qui ont remporté ces deux courses (Rui Costa le Portugais et Daniel Martin l’Irlandais), mais quasiment inconnus du grand public. Ainsi va le vélo en 2014 et, hélas, dans les années à venir!

C’est d’ailleurs une situation tout à fait extravagante que vit ce sport, en proie en outre à de gros problèmes de crédibilité…à force d’en faire tant et plus contre le dopage. Et ce ne sont pas les perpétuels changements de vainqueurs de grandes courses, déclassés puis parfois reclassés (Heras à la Vuelta), qui vont lui en donner, sans parler des remarques plus qu’acerbes écrites sur les sites spécialisés…par les forumers censés être ses défenseurs. Oui, finalement le vélo ne se porte pas bien, et peine à trouver des sponsors à force de s’infliger des peines capitales. Et pour couronner le tout, il y a, à intervalles réguliers, des coureurs ayant remporté des grandes épreuves qui avouent s’être dopés (Di Luca ces derniers jours), ajoutant que tous les meilleurs ou presque le sont ou l’étaient. Comme si en libérant leur conscience, ces gens-là ne réalisaient pas qu’ils font très mal au sport qui les a rendus à la fois connus et parfois même riches !

Mais au fait, qui connaît le nom du dernier vainqueur du Tour de France en Allemagne où le Tour n’est plus retransmis, mais aussi aux Pays-Bas, grand pays de cyclisme mais aujourd’hui dépourvu de champions, mais aussi en Suisse…et peut-être même en France? Oui, j’ai bien dit chez nous, car le vainqueur du dernier Tour, Chris Froome, est tellement peu charismatique qu’on ignore son nom. On l’ignore d’autant plus que, contrairement à ce qui se passait  autrefois, depuis la décennie 90 le vainqueur du Tour de France arrête quasiment sa saison fin juillet. Reconnaissons que cela ne facilite pas la notoriété, surtout si par-dessus le marché c’est un coureur qui n’a rien pour l’attirer. D’ailleurs même Contador n’a pas échappé au phénomène jusqu’en 2008, en rappelant qu’à cette époque il avait déjà à son palmarès un Tour de France (2007), un Giro et une Vuelta (2008), ce qui signifiait qu’il était entré dans l’histoire de ce sport en ayant remporté la Triple Couronne, exploit que seuls Anquetil, Gimondi, Merckx et Hinault avaient réalisé avant lui. Excusez du peu !

Cela ne l’empêchait pas d’être à peu près inconnu en dehors de son pays. Aujourd’hui, en revanche, c’est le coureur du peloton qui a la plus grande notoriété pour deux raisons qui dépassent un peu l’entendement, à savoir le fait qu’il ait été l’équipier d’Armstrong, septuple vainqueur du Tour à l’époque, et qu’il l’ait dominé dans la Grande Boucle pour son retour à la compétition en 2009, et pour avoir subi un contrôle antidopage anormal lors du Tour de France 2010. Cette fois il ne pouvait plus échapper à la notoriété à l’échelon international, d’autant que l’annonce de son contrôle fut révélée en août, donc encore dans la période des vacances, ce qui était une aubaine pour alimenter l’actualité, et que la procédure relative à ce problème allait durer un an et demi, faute de pouvoir prouver que le coureur s’était bien dopé, compte tenu des quantités infinitésimales de produit interdit…que l’on trouve dans l’alimentation de nombreux pays et dans des compléments alimentaires. En plus, ce contrôle positif est intervenu dans la période de sa carrière où il a été le moins brillant jusqu’à l’année passée. Par comparaison tout le monde a en mémoire son Giro victorieux en 2011, où, très surveillé par les contrôleurs de l’UCI et face à des Nibali, Scarponi ou Rodriguez, il y avait eu du Coppi dans les performances de Contador, brillant rouleur et intouchable en montagne. Pour toutes ces (mauvaises) raisons, Contador était devenu la star du vélo…et l’est encore en ce qui concerne la renommée. Un comble !

Et pourtant le vélo est devenu un sport où la compétition démarre en janvier, et se mondialise à grande vitesse. La preuve, se disputent actuellement le Tour Down Under en Australie et le Tour de San Luis en Argentine, deux pays qui n’existaient pas dans le vélo sur route il y a quelques décennies. D’ailleurs, dans les années 50 ou 60, la saison ne commençait réellement qu’à Paris-Nice, avec des coureurs ayant à peine deux ou trois mille kilomètres dans les jambes, alors qu’aujourd’hui ce total est largement atteint avant le nouvel an. En fait, le vélo de nos jours ressemble beaucoup au tennis en ce qui concerne le calendrier, puisque la saison de cyclisme sur route en 2013 s’est terminée le 15 octobre pour les épreuves à étapes (Tour de Pékin) et le 14 novembre pour les courses d’un jour (Japan Cup). A ce propos, cette dernière épreuve au pays du « soleil-levant » n’a pas été du meilleur effet pour le cyclisme, parce que son vainqueur, l’Australien Rodgers (triple champion du monde du c.l.m), a été contrôlé positif au clembutérol…comme son leader, Contador, le fut en 2010. Et Rogers n’est pas le seul à avoir eu des ennuis avec ce produit, puisque le jeune Belge Jonathan Breyne a lui aussi été contrôlé positif à cette substance, lors du Tour du Lac Taihu en Chine, à peu près à la même époque. De quoi se poser des questions pour les dirigeants du cyclisme, d’autant que dans d’autres sports on ne sanctionne pas ceux qui sont pris avec la même substance et dans les mêmes proportions. Résultat, les deux coureurs sont suspendus jusqu’à nouvel ordre, l’un d’eux, Breyne, trouvant cela tellement injuste qu’il a tenté de se suicider. Pour le coup, ce n’est pas la meilleure publicité pour le vélo de compétition, même si l’information n’a pas ému grand monde, hélas.

Un dernier mot enfin, pour noter qu’à la grande époque du vélo (fin des années 40 et début des années 50) tout le monde en Europe connaissait Coppi, Bartali, Bobet, Koblet, Kubler, Van Steenbergen ou De Bruyne. Tout le monde aussi connaissait les meilleurs pistards (Schulte, Bevilacqua, Messina, Terruzzi, Von Buren, Harris, Patterson, Van Vliet, Derksen, Maspes, Rousseau etc.), ces derniers remplissant à ras bord tous les vélodromes en hiver dans les épreuves de six-jours ou dans les matches de poursuite et de vitesse. Mais personne ne connaissait le clembutérol, à supposer qu’il existe à cette époque sous un autre nom. Encore une fois, loin de moi l’idée de ne pas lutter contre le dopage dans le vélo, mais je veux le redire encore et encore, pourquoi seul le vélo subit ces outrages perpétuels ? Pourquoi focaliser la lutte contre ce fléau, vieux comme le monde, dans un sport loin de générer autant d’argent que quelques autres, où l’on pourrait croire que le dopage n’existe pas et n’a jamais existé. Au fait, à part l’athlétisme dans des cas moins nombreux que le cyclisme, dans combien de sport on fait et défait les palmarès des plus grandes épreuves? A croire que seuls l’athlétisme et le vélo sont touchés par cette plaie !

Michel Escatafal


Contador ne peut pas être à la fois coureur cycliste professionnel et VRP de luxe

Contador A.Avant de commencer à parler du Pistolero, je voudrais en profiter pour souligner la très belle performance de Romain Grosjean ce week-end à Suzuka. Tout le monde savait que Grosjean était rapide, mais on était sceptique sur ses aptitudes à aligner les bonnes performances. Attendons toutefois la fin de la saison pour juger réellement de ses progrès, mais il semble qu’il ait franchi un cap depuis quatre ou cinq grands prix. Certains vont trouver que je reste méfiant vis-à-vis du pilote franco-suisse, mais c’est sur la durée qu’on doit évaluer le véritable potentiel d’un pilote, la remarque valant aussi pour celui qui sera sans doute l’équipier de Grosjean chez Lotus l’an prochain, Hulkenberg.  Rappelons-nous ce que l’on disait de Maldonando et Perez il y a un an, considérés comme de futurs grands cracks et qui aujourd’hui n’intéressent plus grand monde, sauf pour leurs sponsors.  Au passage j’en profite pour dire que Lotus a une chance unique de faire signer un jeune pilote prometteur comme Hulkenberg, en espérant  qu’elle ne fasse pas le choix de Massa qui, manifestement, n’est plus le même depuis son grave accident de 2009.

Passons maintenant à autre chose en parlant de vélo, sport pour lequel j’ai une affection particulière, au même titre que le rugby, en notant que nos jeunes sprinters français se débrouillent de mieux en mieux dans le concert international. Il y en a trois plus particulièrement qui se détachent, à savoir Démare (troisième avant-hier de Paris-Tours), Bouhanni (champion de France 2012) et Coquard, à la fois le plus jeune (21 ans) et sans doute le plus prometteur, à cause de son passé de pistard.  Mais si aujourd’hui j’écris sur le vélo, c’est pour évoquer un des plus grands champions de l’histoire, Alberto Contador (11è au classement des palmarès depuis 1947). Tiens, il y avait longtemps que je n’avais pas parlé de lui, mais, si ce fut le cas, c’était tout simplement parce qu’il vient de réaliser sa plus mauvaise saison depuis 2007. Oh certes, beaucoup de coureurs se seraient contentés d’avoir fini dans les cinq premiers du Tour d’Oman (2è), de Tirreno-Adriatico (3è), du Tour du Pays Basque (5è) et du Tour de France (4è), mais Contador est justement considéré comme un fuoriclasse, et,  à ce titre, sa saison 2013 est complètement ratée.

Ce n’est d’ailleurs pas le premier des grands champions à rater une saison, cela était arrivé à d’autres auparavant (Coppi, Anquetil, Bobet, Koblet, Moser, Merckx etc.) mais c’était souvent en fin de carrière, ce qui a priori n’est pas le cas pour Contador, puisqu’il n’a que trente ans. En plus, sur le plan physique, il n’a pas eu à supporter d’énormes saisons, dans la mesure où celles-ci se sont arrêtées au Tour de France. Bref, comparé à Valverde et Joaquim Rodriguez de nos jours, ou Carlos Sastre à la fin des années 2000, Contador n’a pas accumulé énormément de jours de courses, qui plus est, en étant au top de sa forme.  A ce propos, il peut paraître extraordinaire que Rodriguez ou Valverde puissent figurer toute l’année parmi les meilleurs en ayant fait le début de saison, les Ardennaises, le Tour de France, la Vuelta, le championnat du Monde et le Tour de Lombardie, mais cette succession d’efforts on la faisait déjà à l’époque des grandes heures du cyclisme, notamment entre 1950 et 1990.

Revenons à présent à cet annus horribilis de Contador, en remarquant qu’avant-hier Dimitrij Ovtcharov, contrôlé positif pour des traces de clenbutérol en août 2010, à peu près à la même époque que le Pistolero, a été sacré pour la première fois champion d’Europe de tennis de table. Où est le rapport me direz-vous ? Tout simplement dans le fait que le pongiste allemand a été blanchi par sa fédération…comme Contador, sauf que ce dernier a été tellement victime des suspicions qui entourent le vélo, que la fédération internationale de cyclisme (l’UCI) a fait appel afin que ce soit le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) qui juge le cas du coureur espagnol. Et, bien entendu, le TAS a rendu le jugement attendu, à savoir qu’il est interdit d’avoir dans ses urines des traces de clenbutérol, dans le cas d’un contrôle antidopage. Résultat, Contador a été puni très sévèrement, avec une suspension rétroactive de deux ans, ce qui lui a valu d’être spolié de ses victoires dans le Tour de France 2010 et le Giro 2011. La morale était apparemment sauve, sauf que les jugements ne sont pas identiques en cas de contrôles positifs entre les cyclistes et des représentants d’autres sports.

Cette suspension a eu finalement de terribles conséquences pour Contador, même si depuis son retour de suspension il a gagné la Vuelta et Milan-Turin (en 2012), et même si le Pistolero a affirmé dans une interview qu’il n’avait pas été « touché psychologiquement », sans être sûr de l’avoir été « physiquement », avec tout le stress que ce contrôle positif a pu engendrer entre sa défense devant l’UCI, devant le TAS, sans oublier les sanctions sportives et financières, sans oublier aussi toutes les vilénies qu’il a subies des moralisateurs au petit pied, voire même de ses pairs. Certes aujourd’hui tout cela est en partie oublié, mais on ne sort jamais indemne de pareille affaire. On ne sort non plus jamais indemne des problèmes rencontrés par son équipe, comme l’an passé, où elle a failli être absente du World Tour…parce que les points récoltés par Contador en fin de saison ne comptaient pas pour le classement UCI, pour cause de suspension. Et pour couronner le tout, sponsoring oblige, Alberto Contador a dû se livrer à de multiples opérations de marketing pour satisfaire ses sponsors, des sponsors qu’il faut louer parce qu’ils ne l’ont jamais lâché, ce qui est à souligner. Bref, Alberto Contador n’a plus réellement été ce personnage à propos duquel Lance Armstrong, lui-même, expliquait qu’il ne vivait que par, pour et avec le vélo. Oh je sais, on va me faire remarquer que je parle d’Armstrong, en oubliant que ce dernier a été condamné, jugé, voué aux gémonies pour avoir fait…ce que tant d’autres ont fait à l’identique, sans être inquiétés, ni destitués de leurs victoires. Le Giro 2014, par exemple, rendra hommage à Pantani, dix ans après son décès…ce que je trouve normal, tellement le grimpeur italien a fait rêver en son temps les tifosi.

Reste une question : Contador peut-il rebondir ? Oui, s’il redevient un vrai coureur cycliste, c’est-à-dire s’il ne fait que s’entraîner et courir, en se fixant des objectifs et en s’y tenant. Contador ne peut pas être à la fois coureur cycliste professionnel et  VRP de luxe, allant dans la même semaine « lundi à Monza, mardi à Zurich, mercredi à Madrid, jeudi à Paris et vendredi à Londres », comme il le dit lui-même. Et pendant ce temps, ses deux plus grands rivaux, Froome et Nibali, se reposent ! Cela dit, je suis persuadé que si Contador n’avait pas subi tout ce qu’on lui a infligé pour quelques traces de clenbutérol, il n’aurait pas eu besoin de courir le monde pour promouvoir son image et celle de son équipe, ses résultats parlant pour lui. Froome n’est pas meilleur que Contador en valeur absolue, simplement c’est Contador qui n’a pas progressé depuis 2010. La preuve, lors du Tour de France, ses temps de montée dans les cols étaient équivalents à ceux de 2009, sa meilleure saison. La preuve aussi, il n’avait jamais réalisé d’aussi bons chronos à l’entraînement près de chez lui en Espagne (Navacerrada et Morquera), mais a été incapable de reproduire les mêmes performances quelques semaines plus tard, ce qui témoigne d’une impossibilité à se surpasser quand les circonstances l’exigent…ce qui arrive généralement à ceux qui sont insuffisamment ou mal préparés. Espérons que cette année 2013 ne laisse pas trop de traces en termes de confiance, et que l’hiver de Contador soit enfin consacré au repos d’abord et à une vraie préparation ensuite, et dans ce cas je le verrais bien gagner son quatrième Tour de France. J’ai bien dit le quatrième, n’en déplaise à ceux qui défont les palmarès au gré des circonstances !

Un dernier mot enfin, pour noter à quel point les contempteurs du cyclisme, et certains qui disent aimer ce sport lui font du mal : le dernier vainqueur de la Vuelta, Chris Horner, n’a toujours pas d’employeur pour 2014.  Oui, le vainqueur d’un des trois grands tours, qui a battu à la régulière Nibali, Valverde et Rodriguez, n’intéresse aucune équipe ! On croit rêver, mais hélas ce n’est pas le cas. Est-ce son âge ? On peut en douter quand on l’a vu tellement fringant dans l’Angliru. Est-ce son passé d’équipier, entre autres de Lance Armstrong ? Je ne sais pas, mais voir un tel coureur ne pouvoir trouver aucune équipe de World Tour en dit long sur la déliquescence dans laquelle est plongée le cyclisme, seul sport à être maltraité prioritairement par ses instances et ceux qui s’en disent passionnés.

Michel Escatafal


100 Tours de France et 110 ans de passion (2)

contadorPartie 2 : Le Tour est devenu un des évènements majeurs du sport de compétition

Ce n’est vraiment qu’après la deuxième guerre mondiale que le Tour de France va prendre sa dimension définitive. Il y sera obligé en raison de la forte concurrence du Tour d’Italie, celui-ci bénéficiant de la notoriété des deux cracks de l’époque, les campionissimi Bartali et Coppi, qui remportèrent le Tour respectivement en 1948 et 1949. Ils succédèrent à Robic, vainqueur en 1947 de la première édition de l’après-guerre, avec pour particularité d’avoir endossé son premier maillot jaune le jour de l’arrivée à Paris. Ensuite tous les vainqueurs jusqu’en 1965 ont des noms prestigieux figurant au Panthéon du cyclisme, Kubler, Koblet, Coppi de nouveau, Bobet par trois fois, Anquetil cinq fois, Gaul, Bahamontes, Nencini et Gimondi. Tous sauf un, Walkowiak,  qui, en 1956, remporta la seule victoire de sa carrière professionnelle, en gagnant la Grande Boucle grâce à une échappée (19 mn d’avance sur le peloton) qui lui permit de repousser très loin ses opposants.

En  1966, c’est un vaillant équipier de Jacques Anquetil, Lucien Aimar, qui allait l’emporter bénéficiant totalement de la lutte stérile que se livrèrent Poulidor et Anquetil, celui-ci préférant voir n’importe quel coureur s’imposer plutôt que Poulidor. Ensuite, en attendant l’ère Merckx,  le Tour se cherchera un patron qu’il ne trouva pas, et que ne sera pas Raymond Poulidor qui, comme Eugène Christophe, aurait mérité de l’emporter au moins une fois. Pingeon en 1967, année où Tom Simpson trouva la mort dans le Ventoux, et Janssen l’année suivante, assureront la transition avant les cinq victoires d’Eddy Merckx.

Le Belge en fait n’aura qu’un adversaire à sa taille à sa grande époque, Luis Ocana, qui s’imposa en 1973. C’est un Français, Bernard Thévenet, qui mettra réellement fin à la suprématie du « Cannibale » en 1975. Mais Merckx parti, la transition ne sera pas longue, car un autre immense champion prenait le pouvoir en 1978 : Bernard Hinault. « Le Blaireau », comme on l’appelait, allait se construire entre 1977 et 1986 un palmarès que seul Eddy Merckx a surpassé dans l’histoire du cyclisme. Grand rouleur, très efficace en montagne, redoutable au sprint, Bernard Hinault a écrasé son époque et le Tour de France (5 victoires), même si Fignon a remporté le Tour en 1983 et 1984.

Ensuite, avec la victoire de l’Américain Greg Le Mond en 1986,  ce sera l’avènement des coureurs spécialistes des grands  tours et même exclusivement du Tour de France. Le Mond l’emportera de nouveau en 1989 et 1990, succédant au palmarès à Roche en 1987 et Delgado l’année suivante. Puis ce sera la domination d’Indurain, énorme rouleur espagnol, cinq fois vainqueur (1991-1995) et, après l’intermède Riis (1996), Ullrich et Pantani (1997 et 1998) marqué par de multiples affaires de dopage, il y aura les sept succès d’Armstrong (entre 1999 et 2005) qui, à ce jour, est le recordman des victoires dans le Tour, victoires qu’il a d’ailleurs perdues sur tapis vert en raison également de problèmes liés au dopage. Fermons la parenthèse, pour dire que le champion américain, à la différence de Merckx, Hinault, Anquetil ou Coppi, ne courait quasiment que le Tour de France, avec une ou deux épreuves de préparation.

En fait, au fur et à mesure que les contrôles se sont intensifiés et ont progressé dans la recherche de produits interdits, le Tour de France a été confronté constamment aux affres du dopage. Le vainqueur 2006 n’a été connu que six mois après son terme, car le vainqueur sur la route, Landis, a été déclassé pour cause de dopage au bénéfice de l’Espagnol Oscar Pereiro. Au passage on notera que les années se terminant par le chiffre 6 sourient le plus souvent aux coureurs ayant un palmarès peu étoffé : L. Buysse en 1926, Walkowiak en 1956, Aimar en 1966, Van Impe en 1976, Riis en 1996 et Pereiro en 2006. Cela étant, l’année  2007 a vu l’avènement d’un nouveau très grand champion, l’Espagnol Alberto Contador, vainqueur depuis des trois grands tours, malgré un déclassement dans le Tour de France 2010 et le Giro 2011, pour un contrôle anormal lors de la journée de repos du Tour 2010. Cette affaire a fait grand bruit dans le cyclisme, d’autant que personne n’a jamais pu prouver que le coureur espagnol s’était dopé, le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) s’étant contenté d’appliquer le règlement indiquant que, même s’il s’agit de quantités infinitésimales de produit interdit (utilisé comme médicament pour l’asthme dans divers pays asiatiques ou européens comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, la Grèce ou l’Italie), la sanction était de deux ans de suspension. Sanction d’autant plus injuste que des quantités aussi infimes d’anabolisant ne pouvaient en aucun cas influer sur le rendement du coureur.

Cette année le fuoriclasse espagnol est de retour, et il est vraisemblable qu’il voudra rattraper le temps et les victoires perdues, tellement il domine la concurrence sur les courses à étapes depuis 2007. La preuve, jusqu’au Tour 2011 où il ne put réellement défendre ses chances après son Giro victorieux, en raison d’une blessure à un genou qui l’a handicapé tant dans les Pyrénées que dans les Alpes, jamais Contador n’a été battu sur la route dans un grand tour (Giro en 2008 et 2011, Tour en 2009 et 2010 et Vuelta en 2008). Et en 2012, immédiatement après la fin de sa suspension, il se fit l’immense joie de gagner la Vuelta après quasiment un an sans courir. Suite à son déclassement du Tour 2010, le palmarès des dernières années fait apparaître les noms de Sastre en 2008 (Contador absent), celui d’Andy Schleck en 2010 que nous allons revoir avec plaisir cette année, de Cadel Evans en 2011, victoire au demeurant bien méritée pour l’ensemble de son œuvre, et enfin de Wiggins l’an passé, dans un Tour sans la moindre saveur émotionnelle en l’absence de Contador, Schleck ou Rodriguez, où le plus fort n’était pas le lauréat de l’épreuve, mais son équipier Christopher Froome. Celui-ci sera à n’en pas douter un des grands protagonistes du Tour 2013, et son duel avec Contador pourrait bien rappeler les grandes joutes du passé (Le Mond-Fignon, Merckx-Ocana, Anquetil-Poulidor…). Qui l’emportera entre les deux favoris ? Bien malin qui pourrait le dire, car si Froome a pris l’avantage sur son rival depuis le début de la saison, Contador en revanche a pour lui son expérience et son esprit offensif, ce qui le rend dangereux en toutes circonstances. Rappelons-nous la Vuelta l’an passé ! Suis-je trop optimiste pour le Pistolero? Peut-être, mais j’ai une excuse : je suis un de ses plus fidèles supporters depuis son avènement en 2007…ce que vous aviez tous deviné.

Michel Escatafal


Quelques considérations sur le sport en ce début d’année 2013…

C’est demain mardi que les organisateurs du Tour d’Italie, ou si l’on préfère du Giro, vont donner le nom des équipes invitées à leur épreuve…et il y aura nécessairement des déçus, dans la mesure où trois équipes seront élues pour onze candidatures. En outre, il y aussi le problème Katusha, l’équipe de Rodriguez, dont personne ne sait si elle sera oui ou non admise dans le World Tour, ce qui promet par parenthèse une belle pagaille si le Tribunal Arbitral du Sport (le fameux TAS) donne raison à l’équipe russe. Qui vont-ils remettre en Continental parmi les équipes actuellement désignées, puisqu’il est dit qu’on n’augmentera pas le nombre d’équipes ayant le label World Tour…ce qui serait trop simple ? En effet, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? On le voit, si cela continue, et j’en suis le premier à être attristé compte tenu de ma passion pour ce sport, le vélo commence à se rapprocher de la boxe en termes de gestion de ses épreuves et de désordre organisationnel. En fait il ne manque plus que l’organisation d’une fédération dissidente, et l’on sera tout près de revoir dans le cyclisme l’évolution de la boxe depuis les années 60. Espérons quand même que l’on n’en arrivera pas à ces extrémités, car si la boxe survit plus ou moins, je ne suis pas certain que le vélo y parviendrait.

Certains vont me trouver bien pessimiste en cette douce journée de janvier, mais le vélo est un sport qui est passé maître dans l’art de tout compliquer….au nom de l’éthique, alors que c’est le sport le plus contrôlé. Certes les contrôles existent partout, comme l’a rappelé hier le pilote de F1 Romain Grosjean sur le plateau de France 2, mais le vélo est sans doute le seul sport qui anticipe à ce point les éventuelles fraudes, comme on a pu le voir sur cette même chaîne avec la recherche de l’AICAR, un produit aujourd’hui indétectable dont on parle de plus en plus, parce qu’il permet de perdre du poids tout en augmentant la performance des utilisateurs. Et bien entendu on a surtout évoqué les coureurs cyclistes avec des images de coureurs en peloton, comme si ces derniers étaient les seuls utilisateurs potentiels de cette nouvelle « potion magique ». Cela dit, grâce au vélo, cette médication, ô combien dangereuse si l’on en croit les spécialistes, devrait être identifiée par les laboratoires dans les mois qui viennent, ce qui pourrait de nouveau chambouler les palmarès. Les palmarès du cyclisme bien sûr, puisque ce sport n’hésite pas à destituer les coureurs de leurs titres, y compris d’ailleurs quand le dopage n’est pas réellement prouvé, quitte à voir un tribunal redonner ce titre à un coureur quelques années après qu’il ait été attribué à un autre (cas Heras).

Reconnaissons que tout cela fait désordre, ce qui explique la nostalgie de ceux qui ont connu le vélo (sur route et sur piste) dans les années 50 ou 60, avec ses excès, ses abus, mais aussi ses règles infiniment plus simples que de nos jours. Aurait-on imaginé interdire de Tour de  France un Coppi, un Bartali, un Magni, un Gaul, un Bahamontes,  s’ils avaient désiré y participer ? Idem pour le Giro et la Vuelta avec les meilleurs Français, Suisses ou Belges, alors qu’aujourd’hui Contador, Valverde, Rodriguez, Menchov ou un autre, pourraient très bien se voir refuser la possibilité de participer aux plus grandes épreuves du calendrier parce que leur équipe n’a pas assez de points UCI, ou parce qu’elle a été privée de la licence World Tour. Ainsi Rolland ou Voeckler, bien que leur équipe ne soit pas en World Tour,  sont sûrs et certains de courir le Tour de France, mais pas Rodriguez qui est, rappelons-le, le dernier numéro un au ranking UCI. Aberrant, idiot, stupide, les mots manquent devant pareille absurdité.

C’est pour cette raison que j’ai fait précédemment la comparaison avec la boxe, qui organise des championnats dits du monde, après avoir destitué le détenteur unique d’un titre mondial. Et oui, nous en sommes là…pour le plus grand plaisir des pourfendeurs du vélo, lesquels prennent de plus en plus le pas sur les vrais amoureux de ce sport. Au fait, pourquoi avoir destitué Armstrong, et pas les autres coureurs ayant avoué avoir amélioré leurs performances en prenant des produits destinés à les rendre plus forts ? Désolé, j’ai l’air de ressasser les mêmes choses, mais je ne supporte plus toute cette hypocrisie dans le vélo et ailleurs. Les performances des sportifs est-allemands dans les années 70 ou 80, mais aussi d’autres pays, étaient-elles réalisées à l’eau claire ? Personne ne le croit, et pourtant certains noms figurent toujours au palmarès des records du monde…sans que cela ne pose problème, sauf pour des athlètes qui ont réalisé des performances légèrement inférieures sans emploi de substances illégales.

Toujours parmi les sujets qui me fâchent, il y a le racisme de plus en plus présent dans et autour des stades, au point que certains joueurs n’en pouvant plus de cette horrible méchanceté, en arrivent à quitter le terrain tellement ils sont dégoûtés. En écrivant cela je pense évidemment à Kevin-Prince Boateng, joueur ghanéen de l’AC Milan, qui a pris la décision d’abandonner le match auquel il participait contre une petite équipe italienne, tellement il endurait des injures racistes. Certains Français n’hésiteront pas à dire que c’était en Italie, oubliant que chez nous aussi il y a des crétins racistes, et ils sont nombreux. D’autres affirment que c’est la faute de la FIFA qui ne prend pas des sanctions assez dures. A ce propos, il est amusant de constater combien chez nous, en France, on est pour des sanctions sévères…si celles-ci touchent les autres pays, parce que ces pays aux yeux des Français ne savent pas traiter les problèmes. Ainsi pour nombre de Français, les Espagnols, pour ne citer qu’eux, sont les champions en termes de dopage, ce qui explique la ridicule fureur de certains contre Contador, Nadal ou Alonso, alors que si ces sportifs étaient français on les adorerait. Plus généralement, pour revenir sur le problème du racisme dans le football, c’est le niveau général des supporters qu’il faut souligner et non tel ou tel discours de dirigeant, comme celui de Blatter, le président de la FIFA, qui a dit que Boateng avait eu tort de quitter le terrain.

Un dernier mot enfin, beaucoup plus rassurant, pour remarquer hier soir sur Eurosport cette effervescence aux alentours du vestiaire du Paris Saint-Germain, avec des joueurs de l’équipe d’Arras faisant en sorte de récupérer un maillot des joueurs parisiens. Au moins ceux qui s’intéressent au football en tant que jeu, comme ceux qui y jouent à un bon niveau (cas des joueurs de l’équipe d’Arras), savent reconnaître que le PSG est devenu un grand club, d’où l’engouement des adversaires des Parisiens pour garder un souvenir de ce match. Et pourtant certaines des grandes stars du club entraîné par Carlo Ancelotti n’avaient pas fait le déplacement (Ibrahimovic, Sirigu, Thiago Silva, Thiago Motta, Lucas, Menez) ! Qu’est-ce que cela aurait été si tous ces joueurs avaient été là ? Preuve que le PSG suscite la passion partout où il se déplace, n’en déplaise aux supporters imbéciles qui n’ont que l’invective à la bouche pour le premier club français de l’histoire ayant atteint une dimension économique internationale. Merci aux Qataris de nous avoir fait ce cadeau, et bravo pour le beau geste d’avoir laissé la recette aux amateurs du club d’Arras !

Michel Escatafal


L’anniversaire de Magni, le Tour 1949…pour ne parler que de vélo

bartali-coppiComme je ne sais pas comment m’y prendre pour qu’on ne parle que de sport à propos du cyclisme, et alors que le suspens est à son comble pour savoir si la meilleure équipe pour les courses à étapes, Saxo-Tinkoff (Contador, Rogers, Kreuziger, Roche, Bennati, Soerensen, Majka etc.) aura ou non sa licence World Tour (on croit rêver!!!), je voudrais évoquer un Tour de France qui restera dans l’histoire comme un des plus extraordinaires qui ait été couru, celui de 1949. Le Tour a en effet ceci de particulier qu’il est à lui seul toute une histoire. Il a tout connu depuis 1903, avec des grands vainqueurs, des vaincus magnifiques, des gagnants qu’on n’attendait pas ou qui avait fini à la cinquième place (Cornet en 1904),  et un lauréat à sept reprises qui n’aurait jamais participé…bien qu’il ait été vu par des dizaines de millions de spectateurs et de téléspectateurs.

Qui aurait imaginé voir un Walkowiak ou un Aimar sur la plus haute marche du podium ? Personne. Qui aurait pu penser qu’un Raymond Poulidor ne gagnerait jamais le Tour ? Personne. Qui aurait pu penser un jour qu’un multiple vainqueur n’a finalement jamais couru une épreuve, dont on a dit pendant des années qu’il en avait été le personnage principal? Cela dit, il  arrive aussi, et c’est le cas le plus fréquent, que le favori, le grand favori s’impose car il est tout simplement le meilleur. Ce fut le cas depuis 1947 avec Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Anquetil, Merckx, Hinault, LeMond, Indurain, le coureur qui n’existe plus (Armstrong pour ceux qui ne suivent pas l’actualité) et Contador. Et tous, sauf Koblet, gagnèrent le Tour plusieurs fois au point parfois d’enlever tout suspens…parce qu’on savait d’avance qu’ils allaient gagner. C’est ce qui s’est passé en 1949.

Ce Tour de France qui  se courait à l’époque par équipes nationales, avait vu arriver une formidable équipe italienne avec trois coureurs de haute lignée dans ses rangs, dont les deux meilleurs du moment, Coppi, Bartali, auxquels s’ajoutait Magni dont c’était l’anniversaire de la naissance hier (1920), et qui les a réjoint au paradis des coureurs le 19 octobre dernier (voir mon article sur ce site). Cela fait un peu penser à ce qui s’est passé dix ans plus tard, sans le même succès, quand Marcel Bidot avait voulu faire courir ensemble Louison Bobet (sur le déclin), Jacques Anquetil et le tout jeune Roger Rivière. On retrouvera la même configuration soixante ans plus tard, avec l’équipe Astana de 2009, qui comptait dans ses rangs Contador, seul vainqueur en activité des 3 grands tours, le coureur devenu virtuel malgré ses sept victoires et qui reprenait la compétition après trois ans d’arrêt, mais aussi Leipheimer et Kloden qui collectionnaient les podiums dans les grandes épreuves par étapes. Cela étant, comme en 1959 et en 2009, il fallait faire cohabiter tout ce beau monde en 1949, ce à quoi s’employa le directeur technique de la Squadra Azzura, l’ancien grand champion Alfredo Binda, qui réussit le tour de force d’obliger ses super-cracks, par ailleurs ennemis jurés, à faire cause commune dans ce Tour. C’était déjà le premier exploit réalisé avant même que ne commence l’épreuve, au nom de l’intérêt supérieur de la nation.

Il est vrai que les tifosi, qui avaient encore en mémoire le souvenir ô combien douloureux pour eux du championnat du monde 1948 à Valkenburg, où les deux campionissimi s’étaient stupidement neutralisés avant de décider ensemble d’abandonner, ne leur auraient pas pardonné de perdre ce Tour de France qui leur était promis. Et de fait on a assisté à un Tour de France où la logique n’a jamais été aussi bien respectée. Tout d’abord il faut rappeler que le vainqueur du Tour 1948 avait été Bartali, en écrasant ses rivaux (Schotte, Lapébie et le tout jeune Louison Bobet), et qu’en 1949 Coppi avait gagné le Giro en campionissimo qu’il était, raison pour laquelle tout le monde le voyait réussir pour la première fois le doublé Giro-Tour. Rien qu’à cette évocation on comprend tout de suite qu’Alfredo Binda était un sacré diplomate, pour faire en sorte que Bartali et Coppi unissent leurs forces face à tous les autres. Il est vrai que les deux cracks étaient sous la surveillance de leur fédération qui menaçait de les disqualifier s’ils faisaient les imbéciles comme à Valkenburg, ce qui leur avait d’ailleurs valu six mois de suspension.

Tout était donc réuni pour que le Tour se joue « à la pédale » entre les deux campionissimi, c’est-à-dire dans les contre-la-montre et en montagne. Autant dire que, sauf improbable scénario, on connaissait d’avance le nom du vainqueur, car si Gino Bartali pouvait rivaliser avec Fausto Coppi dans la montagne, ce dernier était meilleur rouleur. Cela étant le vélo est un sport où les impondérables sont nombreux, notamment avec les crevaisons et les chutes. Et c’est ce qui arriva avec Fausto Coppi, au cours de la cinquième étape amenant les coureurs de Rouen à Saint-Malo. En effet, au cours de cette étape, Coppi avait réussi à s’échapper avec notamment Kubler, qui gagnera le Tour l’année suivante, et le porteur du maillot jaune Jacques Marinelli, jeune coureur de l’équipe régionale Paris-Ile de France, qui finira troisième à Paris. Problème, à un certain moment Marinelli fait un écart en voulant prendre une carafe d’eau que lui tendait un spectateur, chute et entraîne dans sa chute Coppi lui-même.

Celui-ci se relève sans gravité, mais il va se produire un de ces épisodes qui ont nourri la légende du Tour de France et du vélo. Pourquoi ? Tout simplement parce que Coppi dont le vélo avait souffert dans sa chute a refusé de prendre le vélo de secours sur la voiture de liaison qui le suivait. Coppi voulait absolument repartir avec son vélo de secours personnel qui était sur la voiture de Binda arrêtée au ravitaillement de Caen. Du coup Coppi a dû attendre de longues minutes l’arrivée de son directeur sportif pour pouvoir être dépanné. Résultat Coppi, furieux auprès de Binda à qui il a reproché de ne pas rouler derrière lui ce qui était une preuve qu’il ne lui faisait pas confiance, a perdu six minutes de plus dans l’affaire et voulait abandonner. De nouveau il fallut que Binda fasse assaut de diplomatie pour que le campionissimo accepte de repartir le lendemain.

Heureusement pour lui et pour le Tour, Coppi va entreprendre une fantastique remontée, dès le surlendemain en écrasant l’étape contre-la-montre Les Sables-La Rochelle (92 km), puis en dominant l’épreuve dans les Pyrénées et les Alpes au point qu’il avait rattrapé à Briançon tout son retard depuis l’étape de Saint-Malo (plus d’une demi-heure), et qu’il se trouva juste derrière Bartali au classement général avec 1mn22 de retard. Le lendemain il remporta l’étape d’Aoste, prit le maillot jaune qu’il conforta dans l’étape contre-la-montre Colmar-Nancy (137 km) et remporta le tour avec près de 11 mn d’avance sur Bartali. Toute l’Italie était en liesse. Coppi avait réussi son doublé Giro-Tour historique (le premier), Bartali avait prouvé qu’il était encore le meilleur derrière le meilleur à 34 ans, et Magni avec sa sixième place avait complété le succès italien. Tout s’était bien passé même si Bartali, avec sa langue trop bien pendue, avait quand même trouvé le moyen à plusieurs reprises de dénigrer Coppi auprès de ses adversaires, chose que Coppi ne faisait jamais. Preuve absolue qu’il était le plus fort.

Il est vrai qu’à l’époque personne ne suspectait la hiérarchie, pour le simple raison que l’on était peu ou prou à égalité. Le dopage? Il existait, mais chacun prenait ses produits, et au final cela ne changeait rien. Et le matériel? C’était le même pour tous. Curieux à ce propos que personne n’en parle, mais quand je lis que Wiggins, Froome, Millar, Porte, Brajkovic ou Thomas (en tout une dizaine de coureurs) utilisent le fameux plateau O, Symetric, qui permet de gagner 0.7 kmh sur le plat et 0.9 kmh, on est en droit de s’interroger pour savoir si tout le monde est à égalité. Cela étant, pourquoi tous les coureurs ne bénéficient pas de cette technologie? Sans doute qu’il doit y avoir des intérêts commerciaux derrière tout cela, mais il n’empêche : tous les coureurs ne sont pas égalité, puisque certains bénéficient d’une avancée que d’autres n’ont pas.

Rappelons-nous le Tour 1989, et le fameux guidon de triathlète de Greg LeMond (non encore homologué à l’époque), qui a certainement permis au coureur américain de battre Laurent Fignon de huit secondes. Voilà pourquoi, je voudrais qu’on ne parle que sport dans le cyclisme, avec des règles simples applicables par tous, avec des contrôles antidopage faits par une instance indépendante, avec des laboratoires qui soient au même niveau de performances pour détecter les produits, avec une prise en compte de l’obligation pour les coureurs de se soigner s’ils sont malades, avec le même matériel etc. Oui, je rêve d’un cyclisme qui se rapproche des règles des autres grands sports. Que je sache le football et le rugby ont pour leurs joueurs les mêmes contrôles, ils utilisent le même ballon, ont les mêmes chaussures…et personne ne suspecte le vainqueur de la Ligue des Champions ou de la Coupe d’Europe d’avoir usurpé sa victoire.

La natation elle-même a supprimé les combinaisons pour revenir au maillot de bain, et rendre les performances des nageurs plus authentiques, au moment où chaque marque développait des produits de plus en plus sophistiqués pour faire bénéficier ses nageurs d’une avance technologique. Pourquoi ne pas créer un type de vélo pour le cyclisme sur piste ou sur route identique pour tout le monde, puisque tout est suspect dans ce sport. Voilà quelques considérations jetées en vrac pour qu’on parle enfin du vélo à travers les exploits de ses coureurs, et non en ayant à l’esprit que certains bénéficient de l’arme chimique, et d’autres de l’arme technologique. Après tout le sport, quel qu’il soit, doit servir à désigner le meilleur, et pour cela tout le monde doit être à égalité…comme pour le vélo à l’époque de Coppi et Bartali. Pas besoin de créer des commissions machin ou des groupements chose pour arriver à ce résultat : il suffit de le vouloir…et que tout le monde le veuille!

Michel Escatafal