Les grandes équipes de club du football français depuis 1950 (1)

reims 1959ASSEOM 1993Partie 1

Voilà le type de question qui a priori n’a pas grand intérêt, pour la simple raison qu’il est très difficile de comparer les époques entre elles. Le football change beaucoup d’une période à l’autre, et l’adversité n’est évidemment pas la même. Qui oserait dire qu’il est plus facile d’aller en finale de la Ligue des Champions de nos jours que dans les années 50 ou 60, quand cela s’appelait la Coupe d’Europe des clubs champions ? Déjà la compétition n’était pas la même. Il n’empêche, on peut quand même faire une comparaison…à travers les effectifs, seul critère réellement objectif. Je vais donc prendre quelques équipes qui ont réellement marqué le football français, à savoir le grand Stade de Reims des années 50, l’Olympique de Marseille du début des années70, l’AS Saint-Etienne du milieu de cette décennie 70, l’Olympique de Marseille de 1990 à 1993, le FC Nantes de 1995, le PSG du milieu des années 90, l’Olympique Lyonnais des années 2000 et le PSG de nos jours sur lequel je n’insisterai pas outre mesure, pour avoir souvent évoqué ce club sur ce site. Cela fait 8 équipes qui, à des titres divers ont comblé les supporters français du football, pour leurs résultats français ou européens.

Comme je l’ai expliqué dans un article écrit il y a deux ans, le Stade de Reims des années 50 a longtemps été la référence absolue du football français. Son palmarès en témoigne, puisqu’il est le plus brillant au niveau européen, même si le niveau des coupes européennes dans les années 50 était très en deçà de celui d’aujourd’hui, où des sommes folles sont dépensées pour remporter la Ligue des Champions, pour laquelle sont qualifiées plusieurs équipes issues des principaux championnats européens. Il n’empêche, dans la décennie 50, le Stade de Reims pouvait se flatter d’avoir une des deux ou trois meilleures équipes européennes. La preuve, il remporta la Coupe Latine (ancêtre de la C1) en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Mieux encore, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, le Stade de Reims passa très près de la victoire face au Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes, sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. Cette défaite était d’autant plus cruelle pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des meilleures équipes de club de tous les temps, avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Verrati, Di Maria et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective, ce qui leur permit de s’imposer cinq fois de suite dans cette Coupe d’Europe des clubs champions (son appellation à l’époque) entre 1956 et 1960. Ce rappel historique s’adresse aux amateurs de football, fils d’internet, lesquels ne réalisent pas que le football a existé avant l’an 2000.

Ils ne savent pas non plus que dans cette équipe rémoise, il y avait nombre de joueurs de classe internationale tels, dès 1953, les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui aurait pu être le Messi de cette époque, qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959 (défaite 2-0). Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait même tomber en deuxième division à la fin de la saison 1963-1964. En France, surtout dans le sport et plus particulièrement dans le football, il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. Si j’écris cela c’est tout simplement parce que notre pays est le seul où les grands clubs peuvent devenir aussi moribonds qu’ils furent brillants dans le passé.

Je passerai beaucoup plus vite sur l’Olympique de Marseille du début des années 70, parce que sa domination fut exclusivement nationale, même si l’ équipe comptait dans ses rangs quelques très grands joueurs, comme les Français Carnus, Bosquier, Novi, Gress, Bonnel ou Loubet, tous internationaux, et surtout le Suédois Magnusson et plus encore le Zlatan de l’époque, le Yougoslave Croate Skoblar, qui est le recordman des buteurs de l’histoire de la Ligue 1 (ça s’appelait à ce moment la Division 1) avec 44 buts ! Hélas pour cet OM, il affronta en 1971 dès les huitièmes de finale de la Coupe d’Europe le grand Ajax d’Amsterdam de Cruyff, Keizer, Haan et Neeskens, quasiment imbattable à l’époque. L’année suivante, ce même OM fut éliminé dès les seizièmes de finale par la Juventus de Turin de Zoff (gardien), Capello, Bettega, Anastasi et Altafini, qui ne s’inclina qu’en finale face à l’Ajax. Là aussi, les pourfendeurs imbéciles du PSG de nos jours devraient réviser un peu leurs classiques, et cesser leurs stupides jugements péremptoires sur la valeur de l’équipe parisienne depuis 2013 sous le prétexte que sa carrière s’arrête aux quarts de finale de la Ligue des Champions, en rappelant que la chance au tirage aide parfois à réussir un magnifique parcours, en évitant par exemple de rencontrer le futur lauréat. Pour revenir à l’OM de Leclerc du début de la décennie 70, ils avaient largement les moyens d’atteindre les quarts ou même les demi-finales s’ils avaient rencontré des adversaires comme les Hongrois de Ujpest ou les Slovaques de Trnava, de même que le PSG aurait pu l’an passé réaliser le même parcours que la Juventus…avec le même tirage (Borussia Dortmund en 1/8è et Monaco en ¼ de finale).

Un peu plus tard, un autre club français allait dominer le football français et faire peur à toute l’Europe, l’AS Saint-Etienne. Voilà une histoire qui mérite d’être contée, avec cette phalange verte composée essentiellement de footballeurs formés au club tels que Janvion, Lopez, Farison Repellini, Bathenay, Synaeghel, Larqué, les frères Revelli, Sarramagna, Rocheteau et deux étrangers de grande classe, le gardien yougoslave Curkovic et l’arrière central argentin Piazza. Quelle magnifique équipe, qui, outre sa domination sur le plan national (triple champion de France en 1974-1975-1976 plus la Coupe de France en 1974-1975 et 1977), atteignit les demi-finale de la Coupe d’Europe en 1975, battue par le futur vainqueur, le Bayern Munich de Maier, Schwarzenbeck, Beckenbauer, Kappelmann, Roth, Hoeness et l’extraordinaire buteur que fut Muller, avant de s’incliner 1-0 contre ce même Bayern en finale à Glasgow en 1976, après avoir tiré sur la barre (histoire des poteaux carrés). Et comme si l’histoire n’était pas assez belle, les Stéphanois atteignirent les quarts de finale en 1977, après avoir perdu, bêtement, contre le futur champion d’Europe, le Liverpool de Clemence (gardien), Kennedy, Mac Dermott, Callghan et le meilleur joueur de l’époque, Kevin Keegan. Qui sait, peut-être qu’en se rappelant ces heures de gloires, les Verts iront très loin en Ligue Europa (C3) ce printemps?

Autre très grande équipe, sans doute la meilleure après le PSG version qatari en valeur absolue, l’Olympique de Marseille du début de la décennie 1990, dont le palmarès national s’orne d’un titre de champion de France en 1989 (doublé avec la Coupe de France), 1990, 1991 et 1992. Les Marseillais remporteront même un cinquième titre consécutif en 1993…qui leur sera retiré suite à l’affaire VA-OM de triste mémoire, épisode ô combien douloureux pour le football français. Néanmoins, l’OM de Bernard Tapie peut se flatter, hélas, d’être à ce jour le seul club français vainqueur de la C1. L’OM de 1993 est d’ailleurs doublement entré dans l’histoire des compétitions européennes, parce qu’en plus d’être le premier vainqueur français de la C1, il fut le premier à remporter la Ligue des Champions (avec deux phases de groupe mais, détail très important, un seul club qualifié par pays), celle-ci ayant pris la place de la Coupe d’Europe des clubs champions, dont l’OM fut finaliste en 1991, battu à la surprise générale aux tirs au but (0-0 et 5-3) par l’Etoile Rouge de Belgrade, club phare de l’ex-Yougoslavie, aujourd’hui la Serbie. Cette équipe de 1991 était peut-être supérieure à celle qui devint championne d’Europe en 1993, car elle avait dans ses rangs un buteur de très haut niveau, Jean-Pierre Papin, Ballon d’Or 1991. Elle aurait déjà dû aller en finale en 1990, éliminé injustement par Benfica, les Portugais n’ayant dû leur salut qu’à une grossière erreur d’arbitrage (but marqué de la main par Vata) dans les dernières minutes de la partie. Encore une fois, on notera que la chance n’était pas du côté des Marseillais, preuve que Di Maria (vainqueur de la C1 avec le Real en 2014) a bien raison quand il affirme qu’il faut un minimum de chance pour gagner une épreuve telle que la Ligue des Champions !

Un dernier mot enfin, pour cette première partie en notant que l’on a tort de comparer le PSG de nos jours avec ses Aurier, Thiago Silva, David Luiz, Maxwell, Marquinhos, Verrati, Motta, Matuidi, Pastore, Ibrahimovic, Cavani, Lucas ou Di Maria, avec l’Olympique Lyonnais des années 2000 dont je parlerai dans la deuxième partie de cet article. Pourquoi dis-je cela ? Parce que si l’on doit faire la comparaison, à part pour faire vendre du papier ou des clics sur les sites web, elle doit être faite avec l’OM de 1990 à 1993 ou avec le Stade de Reims des années 1950, ces équipes ayant un effectif qui tenait la route face à l’armada parisienne d’aujourd’hui. Ayant déjà évoqué le Stade de Reims, je vais quand même citer les noms des Marseillais de ces années bénies, à savoir les gardiens Olmeta et Barthez, les arrières Mozer, Casoni, Boli, Amoros, puis en 1993 Angloma, Desailly et Di Meco, les milieux Germain, Stojkovic et en 1993 Sauzée, Eydellie et Deschamps, et les attaquants en 1991 Wadell, Papin et Abedi Pelé, puis Boksic et Voller en 1993. Reconnaissons que c’était quand même du très haut niveau, même si les individualités de classe mondiale du PSG 2014-2015 ou 2016 sont plus nombreuses.

Michel Escatafal


L’Atlético de Madrid ne supporte pas les temps additionnels

costaCette année 2014 aura été vraiment incroyable en ce qui concerne les deux grands sports collectifs inventés par nos amis anglais, plus particulièrement en ce qui concerne les résultats, malmenant parfois l’histoire la plus ancienne. Si j’écris cela c’est parce qu’hier soir nous avons assisté à deux scenarios très différents en ce qui concerne les finales de la Ligue des Champions et de la Coupe d’Europe de rugby, scénarios qui nous font aussi réfléchir sur l’évolution de ces deux sports collectifs, l’un, le rugby, utilisant au maximum la technologie moderne, l’autre, le football, demeurant ancré dans ses certitudes devenues complètement obsolètes. Résultat, autant le rugby essaie d’être au plus près de la réalité d’un match, autant le football vit sur une planète ancienne qui fait penser aux aberrations des détracteurs de Galilée relatives au mouvement de la terre. Pas étonnant de la part de gens comme Michel Platini, croyant que la planète football n’a nullement évolué depuis le vingtième siècle, et qui a cru intelligent d’instaurer un fair-play financier démagogique…dans le seul but, aux yeux de ses détracteurs, de s’assurer un maximum de voix lors des prochaines élections de la FIFA ou de l’UEFA. Un fair-play financier qui permet à des clubs cumulant des dettes astronomiques de toutes sortes d’être « dans les clous » du dispositif, alors que l’on condamne à de lourdes sanctions, financières et sportives, d’autres clubs ayant un bilan équilibré sans aucune dette fiscale, sociale ou bancaire (cas du PSG). Et tout cela en faisant un calcul « au doigt mouillé », donc tout à fait arbitraire, des rentrées d’argent apportées par les sponsors.

Après cette longue introduction, passons à présent aux raisons de mon propos, en pensant à ce qui s’est passé hier soir entre le Real Madrid et l’Atlético. Peu m’importe que Real ait remporté cette Ligue des Champions, puisque je ne suis supporter d’aucune de ces deux équipes, mais en revanche je trouve hallucinant que dans les matches de football de ce niveau on fasse jouer quatre, cinq, six ou sept minutes d’arrêts de jeu, ce calcul étant fait plus ou moins lui aussi « au doigt mouillé », sauf évidemment en cas de très grave blessure ou de problème technique pendant le match. Pourquoi ne pas faire comme dans le rugby ou, en cas d’arrêt de jeu, l’arbitre du milieu donne l’ordre d’arrêter et de reprendre le chronomètre. Reconnaissons que cela a au moins le mérite d’être juste et équitable, la sirène annonçant la fin du temps règlementaire, sauf aux yeux des hiérarques des instances du football. Bien sûr il ne faut pas exagérer le recours aux procédés techniques modernes, afin de ne pas dénaturer le jeu, mais force est de reconnaître que la vidéo permet dans la quasi-totalité des cas de valider un essai ou une pénalité, sans parler des fautes grossières des joueurs. En revanche ce type d’exagération ne risque pas d’arriver au football…parce qu’on refuse obstinément d’avoir recours à la vidéo, y compris pour ce qui se passe dans la surface de réparation, d’où les innombrables protestations de joueurs, entraîneurs ou dirigeants de club. En revanche on n’hésite pas à infliger 20 millions d’euros d’amende au PSG ou à Manchester City…pour les punir d’être trop riches !

Et puisque je n’ai pas trop le temps, et que nous sommes sur un bloc consacré surtout à l’histoire du sport, je voudrais rappeler quelques faits qui ont marqué nos jeunes années (pour les plus anciens), et qui montrent que l’histoire se répète toujours, même si, comme l’affirmait Karl Marx (qui n’avait jamais joué au football), elle ne se répète pas nécessairement « la première fois comme une tragédie » et « la seconde comme une farce ». Encore que cela reste à démontrer, en voyant Diego Costa, l’avant-centre de l’Atlético Madrid, faire son apparition sur le terrain de la finale de Lisbonne samedi soir, alors qu’il était pourtant blessé aux adducteurs. Certes il y avait eu, dans les jours précédant le match, le remède de cheval employé par un mystérieux praticien de la médecine serbe, mais il ne fallait pas être un grand médecin pour savoir que Costa ne serait pas guéri en huit jours d’une lésion musculaire importante…qu’il avait aggravée en participant à la dernière journée du championnat d’Espagne, contre le FC Barcelone, la semaine précédente. Pire même, cela pourrait lui coûter sa place à la Coupe du Monde avec l’équipe d’Espagne. Cela rappelle, à ceux qui se souviennent de l’épopée des Verts de Saint-Etienne (en 1975-1976), le remplacement de Sarramagna par Rocheteau en finale de la Coupe d’Europe contre le Bayern de Munich, l’entraîneur stéphanois, Robert Herbin, tentant le tout pour le tout en faisant jouer blessé son atout numéro un de l’époque.

Rocheteau en effet, absent des terrains depuis plus d’un mois et en attente d’une opération pour le guérir d’un problème musculaire, avait quand même fait le déplacement avec ses camarades à Glasgow au cas où il pourrait apporter son génie et sa force de percussion, si la nécessité s’en faisait sentir, ce qui était le cas, le Bayern menant 1-0 depuis la minute 57. Et cela faillit marcher ! Pendant les huit dernières minutes l’attaque stéphanoise devint très dangereuse, Rocheteau et ses crochets donnant le tournis aux défenseurs allemands. Cela dit, malgré l’apport de l’Ange Vert, la finale se termina en tragédie, le Bayern de Maier, Beckenbauer, Muller, Hoeness et Rummenige l’emportant 1-0. En tragédie et non en farce, parce que Rocheteau était l’ultime recours pour les Stéphanois afin d’arracher une égalisation bien méritée. En revanche pour ce qui concerne Costa ce fut une farce, dans la mesure où il fut quasiment incapable de toucher le moindre ballon avant sa sortie à la neuvième minute.

Et puisque je parle de l’Atlético et de sa défaite par le Real samedi dernier en finale de la Ligue des Champions, cela me rappelle un épisode et un scénario ressemblant en tous points à celui que nous avons vécu lors de cette première finale cent pour cent madrilène dans l’histoire de la C1. Au passage, je devrais écrire finale qui opposait, pour la première fois depuis la création de la Coupe d’Europe des clubs champions, deux clubs issus de la même ville…ce qui aurait pu se produite avec Milan, Manchester, Lisbonne ou Londres, mais pas pour les clubs français, lesquels ont tellement de mal à composer une équipe de dimension européenne, ce qui en fait une exception en Europe! Fermons la parenthèse pour revenir à ce triste jour pour l’Atlético de Madrid que fut la victoire du Bayern Munich en finale de la C1, le 17mai 1974 à Bruxelles (4-0). Mais quand j’évoque le triste jour, ce fut plus encore le 15 mai, l’Atlético se faisant rejoindre par le Bayern, lors du premier match (il n’y avait pas à l’époque les tirs au but en cas d’égalité après prolongations) à la 94è minute. Exactement le même scénario que 40 ans plus tard, sauf que le buteur s’appelait à l’époque Schwarzenbeck et cette fois Sergio Ramos, sauf aussi que Schwarzenbeck marqua d’un tir de 20 mètres du pied droit et Ramos de la tête.

Là par contre, ce fut dans les deux cas une tragédie pour l’Atlético de Madrid, au point qu’on peut se demander s’il s’en remettra. Si je dis cela c’est parce que le club aurait, nous dit-on, plus de 500 millions d’euros de dettes, avec un arriéré d’impôts de plus de 100 millions. Cela étant son vainqueur en finale de la Ligue des Champions 2014, le Real Madrid, aurait lui aussi une dette globale de plus de 500 millions d’euros, même si le président du Real n’en reconnaît que 90 millions, dus exclusivement aux banques. Problème, si l’on en croit certaines associations, cette dette serait bien de plus de 500 millions dont une partie à l’administration publique, ce qui n’empêche pas le président du Real de vouloir rénover le stade Bernabeu, pour un coût de 400 millions d’euros, qui serait financé…en ayant recours « à une formule ingénieuse ». On comprend que tout cela fasse tousser les détracteurs du flair-play financier, ceux-ci estimant que le PSG et Manchester City, pas du tout endettés je le répète, n’auraient jamais dû être sanctionnés, les moyens de leurs actionnaires et de leurs gros sponsors étant en outre quasi illimités. Finalement Cantona a bien raison de parler de « politique » à propos de Michel Platini et de l’UEFA ! Au fait, moi qui voulais parler de rugby et du RC Toulon, je n’ai écrit que sur le football. Ce sera pour la prochaine fois.

Michel Escatafal


PSG : qui pour céder la place à Wenger dans un an?

makeleleJe ne sais pas ce qui se passe au PSG, mais il faut reconnaître que son image est en train d’en prendre un coup. Comment un club qui est prêt à payer très cher un entraîneur, et qui dispose de moyens quasiment illimités pour recruter, comment en effet pareil club n’arrive pas à trouver un entraîneur de renom ? Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais si le motif est bien ce que disent les organes de presse, à savoir le refus de faire un intérim d’un an pour laisser la place à Arsène Wenger, cela paraît presque une bouffonnerie.

En effet, comment imaginer qu’un entraîneur qui a gagné une ou plusieurs coupes européennes, donc un technicien côté, puisse être d’accord pour venir effectuer un simple intérim, en sachant que même en obtenant les meilleurs résultats, par exemple un triplé français assorti d’une demi-finale de Ligue des Champions, il devra céder la place. Vous me direz que si cet entraîneur mène l’équipe au titre de champion de France et remporte les deux coupes nationales, plus une belle performance européenne, il pourra toujours espérer conserver sa place. Certes, mais s’il n’est « que » champion de France et quart de finaliste de la Ligue des Champions, il est certain d’être viré, quelle que soient les prestations que son équipe fournira. Reconnaissons que même en étant un supporter du club, et c’est mon cas depuis bien longtemps (l’époque Hechter), on ne peut qu’être d’accord avec le refus de techniciens comme Benitez, qui a, rappelons-le, un palmarès infiniment supérieur sur le plan européen à celui d’Arsène Wenger.

Au fait pourquoi la présence d’Arsène Wenger comme coach du PSG fait-elle tellement envie aux décideurs qataris ? C’est une énigme pour les gens comme moi, qui ignorent évidemment les motivations réelles des patrons du club parisien. Oui je dis bien une énigme, parce que je ne vois pas ce qu’a de plus un Wenger par rapport à des Benitez dont j’ai déjà évoqué le nom, Hiddink, Capello, Rijkaard ou même Villas-Boas, sans parler de Di Matteo qui, ne l’oublions pas, a permis à Chelsea de réaliser enfin le rêve de son président, R. Abramovitch, rêve que Mourinho ou Scolari n’avaient pas pu lui apporter, à savoir gagner en 2012 la Ligue des Champions. Certes je ne dis pas qu’Arsène Wenger n’est pas un très bon technicien, mais force est de reconnaître qu’il n’a jamais eu depuis ses débuts à Arsenal en 1996 la pression inhérente à certains gros clubs comme le Real ou le Barça. Aurait-il réussi par exemple à Chelsea ? Nombre d’entre nous en doutent malgré ses titres ou ses doublés (coupe-championnat) en Angleterre, malgré aussi sa finale en Ligue des Champions contre le F.C. Barcelone (2006).

Peut-être a-t-il pour lui de rester très longtemps dans les clubs où il arrive, ce qui doit impressionner les dirigeants qataris. En effet, il est resté sept ans à Monaco entre 1987 et 1994, où il fut démis de ses fonctions en fin d’année, donc à mi-saison, pour mauvais résultats, après avoir exercé à l’AS Nancy-Lorraine entre 1984 et 1987, où il obtint des résultats honorables pour un club aux moyens limités. Il fut aussi entraîneur au Japon pendant deux ans, avant d’arriver à Arsenal où il aura fait l’essentiel de sa carrière. A ce propos, comment se fait-il, alors qu’il ne lui reste qu’un an de contrat, et qu’il n’a rien gagné depuis huit longues années (Cup en 2005), oui comment se fait-il qu’il n’ait pas résilié son contrat avec les Gunners pour s’engager au PSG, alors que la place allait être libre avec le départ d’Ancelotti ? Encore une énigme pour ceux qui suivent le football d’un peu près!

Voilà quelques réflexions toutes personnelles, mais certainement de bon sens, sur cette recherche sans succès d’un entraîneur pour le Paris Saint-Germain. Cela dit, comme les choses peuvent aller très vite, si cela se trouve on nous annoncera aujourd’hui ou demain l’arrivée de celui qui aura bien voulu s’asseoir sur le poste a priori réservé à Wenger pour l’année prochaine. Au fait, est-ce bien sûr que Wenger sera libre l’an prochain ? Apparemment l’actuel président d’Arsenal pense qu’il renouvellera son contrat l’an prochain, ce qui ne me ferait aucune peine si un Lippi ou un Rijkaard devait arriver à Paris…à moins que ce ne soit Claude Makelele  qui devienne entraîneur, ce qui ne serait pas une première dans le football français. En effet, après avoir joué entre 1937 et 1950 au Stade de Reims, Albert Batteux en est devenu à la fin de sa carrière l’entraîneur, faisant du club un vainqueur de la Coupe Latine (1953), ancêtre de la Coupe des clubs champions, et un finaliste à deux reprises (1956 et 1959) de cette même Coupe d’Europe qui allait devenir la Ligue des Champions (en 1992), sans oublier cinq titres de champion de France et une Coupe de France. Autre exemple emblématique, celui de Robert Herbin, joueur de l’AS Saint-Etienne entre 1957 et 1972, puis entraîneur de ce même club, avec qui il remporta à quatre reprises le championnat entre 1974 et 1981, plus trois Coupes de France, sans oublier évidemment la finale de la Coupe d’Europe en 1976 que l’ASSE aurait sans doute remportée sans une barre carrée et, plus encore,  la blessure de Rocheteau. Deux exemples à suivre pour Makelele…s’il finit par être l’élu des dirigeants du PSG, d’autant qu’il est quand même l’adjoint d’Ancelotti, et qu’il a, nous dit-on, le respect du vestiaire, acquis aussi grâce à son immense palmarès de joueur.

Michel Escatafal


Kaka, Chalana, Keita…ou les aléas des mouvements de joueurs

Il y a un joueur dans le monde du football dont on ne parle plus beaucoup, sauf en Espagne et au Brésil : il s’appelle Ricardo Izecson dos Santos Leite, que personne ne connaît sous ce nom, mais qui fut Ballon d’Or (en 2007) sous le surnom de Kaka. Il est aussi un des joueurs qui ont coûté le plus cher sur le marché des transferts avec  une transaction de plus de 67 millions d’euros entre le Real Madrid et l’AC Milan en 2009. Bref, un des plus grands flops, comme on dit dans le jargon footballistique, du marché des transferts de ces  dernières décennies. Un de ces flops qui font penser à celui de Didi, quand ce dernier fut transféré en 1959 au Real Madrid…pour ne pas jouer, ou si peu, avec cependant une différence, c’est que Kaka s’est obstiné à respecter son énorme contrat à titre individuel, alors que Didi avait  tout de suite compris qu’il était plus rationnel pour lui de retourner au Brésil dans son ancien club de Botafogo.  Comme je le disais dans un précédent article, Didi ne pouvait pas jouer avec Di Stefano, dans la mesure où ils évoluaient dans une position similaire, ce qui était aussi le cas de Raymond Kopa quand il jouait au Real, sauf que Kopa pouvait aussi jouer en position d’ailier droit et y être le meilleur à ce poste.

Fermons la parenthèse et revenons à Kaka qui, si j’en crois le site web de As, est en vacances au Brésil, après un séjour aux Etats-Unis, avec un de ses glorieux compatriotes, Ronaldo, lui-même ancienne gloire de l’Inter Milan, du Real Madrid et de la Seleçao.  J’aurais dû plutôt dire achève ses grandes vacances, puisqu’il aura eu droit cette année à près de deux mois de détente, compte tenu du fait que Kaka n’est même plus sélectionné en équipe du Brésil. Sa saison s’est donc arrêtée à la mi-mai, après avoir finalement peu joué dans la mesure où l’entraîneur du Real, Mourinho, ne le considère pas comme un joueur titulaire, malgré quelques prestations convaincantes au cours de la saison. A ce propos, le problème dans un club comme le Real Madrid, où les vedettes sont en nombre, est que si l’on n’a pas la confiance totale de l’entraîneur, on ne joue plus ou pas beaucoup. C’est un peu ce qui est arrivé au Franco-Argentin, Gonzalo Higuain, après son opération du dos, sa place étant prise par un autre Français, Karim Benzéma.

Alors où va jouer Kaka la saison prochaine ? Réponse, sans doute au Real Madrid, parce que le Real ne reçoit pas d’offre sérieuse pour le  recrutement de Kaka, même si ce dernier serait prêt dit-on à faire des efforts financiers pour retourner au Milan A.C., qui se refuse à en faire de son côté. En outre le Milan AC ne semble plus rouler sur l’or, ou plutôt son patron (S. Berlusconi) semble avoir passé l’âge de faire des folies pour son club, ce qui signifie que pour recruter il faut d’abord vendre…sans perdre trop d’argent. Quant au Real Madrid il a sans doute commis une grosse erreur au cours du mercato d’hiver, dans la mesure où Kaka aurait pu être transféré au Paris-Saint-Germain, le club parisien ayant essayé vainement d’obtenir en décembre une grosse pointure qui, elle-même aurait pu aider le club à devenir attractif pour d’autres joueurs de renom.

C’est d’ailleurs un peu le cas de nouveau cet été, sauf que le PSG a déjà recruté Lavezzi, qui n’est certes pas une grande star type Messi ou Ronaldo, mais qui en revanche est considéré partout comme un grand joueur. En outre le PSG va disputer la Ligue des Champions…et veut la gagner un jour, ce qui est un argument important pour attirer les joueurs de renom. Tout cela devrait permettre au club parisien de s’offrir un grand attaquant type Higuain, Van Persie, Falcao ou Villa, même si ces joueurs ne sont pas encore à Paris. En outre, comme le club parisien a les moyens de ses ambitions, si un de ces joueurs ne vient pas il pourra toujours se rabattre sur un Cavani ou un Damiao…ce qui ne serait déjà pas mal.

Cela signifie que la venue de Kaka n’est plus une priorité pour les investisseurs qataris parisiens, lesquels ne sont pas prêts à jeter l’argent par les fenêtres, ce qui est parfaitement compréhensible. Alors, pourquoi recruter un Kaka qui coûterait 20 ou 25 millions d’euros plus un salaire très conséquent, qui se situerait au minimum autour de 5 millions d’euros ?  N’oublions pas que le PSG compte déjà dans ses rangs comme milieu offensif Pastore, plus Lavezzi qui peut opérer aussi dans ce rôle, sans oublier le jeune Verratti, alors que viendrait faire Kaka sur le plan sportif ? Avec ce que coûterait Kaka, le PSG peut s’offrir « la moitié » d’un buteur de grande lignée, d’autant plus nécessaire que le club parisien a sans doute manqué le titre l’an passé, faute d’avoir converti les nombreuses occasions de but que l’équipe s’est procurée dans la deuxième partie de la saison.

Dans ce cas, comme disent mes amis espagnols, il va falloir s’y faire : Kaka restera au Real au moins une année de plus, à moins d’une colossale surprise…qui l’arrangerait bien. En effet le Real voudrait recruter Modric, et là on parle de 40 millions d’euros, et d’autre part j’ai cru lire dans As que le Real doit encore la moitié du transfert signé avec le Milan AC.  Et oui, j’ai bien l’impression que les dirigeants du Real auraient été bien inspirés de laisser partir Kaka cet hiver à Paris, même si apparemment ce n’était pas l’avis de Mourinho.  En tout cas, crise économique oblige, il semble que les clubs espagnols soient un peu plus regardants qu’avant pour se lancer dans des surenchères coûteuses, afin d’arracher à la concurrence les meilleurs joueurs. C’est aussi le cas de l’Italie. En revanche, en Angleterre ce type de problème n’existe toujours pas, même si Manchester United paraît moins riche depuis quelque temps. En France, il y a les deux cas, avec un club aux moyens très importants, le Paris-Saint-Germain, et beaucoup d’autres qui survivent en vendant leurs meilleurs joueurs.

Autre remarque à propos du football espagnol, l’argent dépensé par le F.C. Barcelone pour récupérer des joueurs formés au club et partis avant d’avoir pu intégrer l’équipe première est tout simplement stupéfiant. Pourquoi au fait avoir laissé partir ces joueurs qui devaient être extrêmement talentueux puisqu’on les a fait revenir au prix fort? Fabregas en effet a été récupéré auprès d’Arsenal pour une trentaine de millions d’euros et Alba auprès de Valence pour 14 millions d’euros. Presque une cinquantaine de millions d’euros pour faire revenir au club formateur deux joueurs qu’on n’avait pas su garder ! Cela étant Alba a eu la chance d’être positionné comme arrière latéral par l’entraîneur de Valence, Unai Emery, ce qui n’avait jamais été essayé auparavant. Il n’empêche, parfois les clubs y compris les plus grands ne savent pas déceler les vraies pépites, malgré leur armée de techniciens.  En France l’exemple qui me vient à l’esprit est celui de Trezeguet, qui n’a pas été retenu par le PSG après un essai en juin 1995. Quand on pense à la carrière de ce joueur depuis son arrivée à Monaco (1995), un tel couac paraît hallucinant !

Et comme nous sommes sur un site évoquant l’histoire du sport, je voudrais parler d’un transfert très onéreux (en 1984) qui fut un échec complet pour le club qui s’est attaché ses services, les Girondins de Bordeaux. Et pourtant il concernait un des tous meilleurs joueurs du monde, le Portugais Fernando Chalana, meneur de jeu de l’équipe du Portugal, demi-finaliste du championnat d’Europe des Nations en 1984, éliminée par la France après prolongations. Dans cette compétition, Chalana avait été tout simplement le meilleur joueur après Michel Platini. Le prix de son transfert avait fait couler beaucoup d’encre (18 millions de francs), mais à Bordeaux chacun était persuadé que Claude Bez, le président de l’époque, avait fait une bonne affaire. Hélas pour les Girondins, ce ne sera pas le cas en raison essentiellement  des nombreuses blessures de Chalana, lequel ne disputa que 22 matches en trois saisons pour un seul but marqué (sur pénalty). Du coup il revint d’où il venait, au Benfica de Lisbonne, sans jamais retrouver son niveau de 1984. Dommage pour les Girondins qui, avec le Chalana de l’Euro 1984, auraient sans doute éliminé la Juventus de Turin en demi-finale de la Coupe d’Europe 1985.

En revanche, il peut aussi arriver qu’un club fasse une affaire en or…sans quasiment débourser un sou. Ce fut le cas de l’AS Saint-Etienne en  1967, qui vit un jour débarquer un joueur de 21 ans en provenance  du Mali,  Salif Keita, après avoir fait le trajet Orly-Saint-Etienne en taxi. Il avait été recommandé au club stéphanois par un supporter des Verts vivant au Mali, les dirigeants stéphanois de l’époque lui ayant envoyé un billet d’avion pour faire un essai. Il paraît que le taxi coûta environ 1000 francs au club stéphanois, mais quelle aubaine !  En effet, entre 1967 et 1972, Salif Keita allait marquer 142 buts pour l’AS Saint-Etienne en 186 matches, le premier  lors de son premier match de championnat après 7 minutes de jeu.

Ensuite il sera  transféré à l’Olympique de Marseille où il retrouva un autre grand buteur, Josip Skoblar. Il ne resta qu’un an à Marseille inscrivant 12 buts en 23 rencontres, avant de partir en Espagne (CF Valence) et un peu plus tard au Portugal (Sporting Lisbonne), où il continuera à marquer des buts. En tout cas, si l’on pose la question aux dirigeants ou amateurs de football à Saint-Etienne, tous diront que jamais l’ASSE n’a fait une aussi belle affaire qu’avec ce génial attaquant. Cela dit la belle histoire entre Keita et l’ASSE finira mal en raison de son transfert houleux à l’Olympique de Marseille, le club marseillais ayant récupéré le joueur grâce à une clause libératoire de 10.000 francs, somme dérisoire pour un attaquant de cette classe, inscrite dans le contrat de Keita par les dirigeants stéphanois, mais interdite par les règlements. Du coup l’AS Saint-Etienne fut condamnée  à une amende de 30.000 francs, et Keita fut suspendu pour une durée de six mois, ce qui explique le faible nombre de matches joués avec le club marseillais au cours de la saison 1972-1973. Dommage que les dirigeants stéphanois n’aient pas su garder leur joyau malien, car avec lui en 1975, 1976 et 1977, peut-être que l’ASSE aurait remporté la Coupe d’Europe.

Michel Escatafal


Stade Rennais, ASSE, LOSC : le présent se rapproche du passé

En consultant le classement du championnat de Ligue 1 de football, on s’aperçoit que le Stade Rennais est sixième à égalité avec l’Olympique Lyonnais qui est cinquième, juste derrière l’AS Saint-Etienne, quatrième, et le Lille Olympique Sporting Club, troisième, en rappelant que le LOSC est le tenant du titre de champion et de la Coupe de France, puisque ce club a fait le doublé l’an passé. Voilà où nous en sommes après 25 journées de championnat. Certes, rien ne dit que ces clubs seront européens au mois de mai à l’issue de la trente huitième journée, mais en attendant les amateurs de football âgés de 50 ans et plus subissent grâce à ces trois clubs une cure de rajeunissement. Ceux-ci en effet figurent parmi les plus glorieux de l’histoire du football français, et chacun à sa façon a laissé une empreinte indélébile dans le cœur des supporters pour de multiples raisons, tenant autant aux résultats qu’à la manière de jouer.

Sur ce plan le Rennes de Jean Prouff a été parmi les équipes qui ont laissé la meilleure image que l’on puisse avoir du football, tellement il était pétillant et tourné vers l’offensive. Evidemment, en disant cela, on pense surtout aux équipes qui ont gagné la Coupe de France en 1965 (contre Sedan) et 1971 (contre Lyon). Il est vrai que dans ces deux équipes il y avait de remarquables techniciens, ce qui était indispensable pour jouer à la manière d’Anderlecht, qui était un des clubs référence en Europe pour ses résultats et son 4-2-4. Dans l’équipe de 1965, les joueurs s’appelaient Lamia le gardien international, les défenseurs Lavaud, Brucato, Boutet et Cardiet, Ascensio et Loncle (remarquable gaucher) au milieu, et chez les attaquants Prigent, Rodighiero, Dubaële et Pellegrni.

De cette équipe ne restera en 1971 que l’arrière gauche Cardiet, mais les autres joueurs n’étaient pas moins talentueux, qu’il s’agisse de Marcel Aubour le gardien, de Cosnard, Cedolin et Chlosta les autres arrières, de Garcia et Naumovic au milieu et des attaquants Guy, Kéruzoré, Betta et Rico. A propos de Marcel Aubour, au demeurant un remarquable gardien, ceux qui ont vu le match contre Lyon en finale se rappellent qu’il joua un moment à la pétanque…avec des artichauts jetés par des spectateurs bretons frustrés d’avoir vu un but refusé, pendant les interminables discussions entre joueurs et arbitre suite à la non validation du but. Fermons la parenthèse, pour ajouter que Rennes n’avait pas volé sa Coupe de France, puisque les Bretons avaient éliminé en demi-finale l’OM de Novi, Gress, Bonnel, Loubet, plus les deux grandes stars du championnat de France de l’époque, Skoblar et Magnusson.

Jusqu’où ira le Stade Rennais cette année ? Je ne sais pas, mais ils ont d’excellents joueurs (M’Vila, Montano, Théophile, Kaan-Bihyk, Pajot, Brahimi, Erding etc.), jeunes pour la plupart, et un des meilleurs entraîneurs de la Ligue 1 depuis des années, Antonetti. Espérons pour eux qu’ils n’auront pas trop de blessés d’ici la fin de la saison, car leur effectif n’est pas très étoffé. Celui de Saint-Etienne ne l’est pas davantage, mais les Verts de 2012 sont quand même pleins de promesses. Eux aussi ont un mélange harmonieux de joueurs expérimentés comme Rufier, Marchal, Battlès, le Roumain Nicolita ou encore Aubameyang, plus quelques jeunes de grand talent tels que Sako ou Kitambala. Et si avec ce groupe l’ASSE retrouvait une partie de son passé ? En fait c’est tout le bonheur qu’on leur souhaite sous la houlette de Rocheteau, l’ancien « Ange Vert », et de l’entraîneur Galtier.

La simple évocation de Rocheteau suffit à rappeler la glorieuse époque des années 70 avec Herbin comme entraîneur, plus des joueurs de grande classe comme Curkovic, Janvion, Lopez, Piazza, Farison, Larqué, Bathenay, Synaeghel, les frères Revelli, ou encore Sarramagna. Cette équipe exerçait une totale domination sur le football français, et figurait parmi les toutes meilleures en Europe, puisqu’elle arriva en demi-finales de la Coupe d’Europe en 1975, et en finale un an plus tard, battue chaque fois par le Bayern de Maier, Beckenbauer, Hoeness, Roth, Kappelmann, Muller et Rummenige. Ils auraient même dû l’emporter à Glasgow en 1976, car le coup franc victorieux de Roth aurait pu ne pas être validé par l’arbitre, et parce que les Stéphanois ont frappé le poteau, sans oublier la blessure de Rocheteau qui ne joua que 8 minutes.

Cela dit, ils furent aussi champions en 1980-81, avec dans leurs rangs des joueurs comme Platini, Battiston, Larios, Rep, ou encore Roussey et Zimako qui accompagnaient les anciens comme Castaneda, Lopez et Janvion. Mais ils le furent aussi bien avant, dans les années 60, et notamment entre 1966 et 1969 où ils ont raflé tous les titres de champion de France, avec Carnus (gardien et rival d’Aubour en équipe de France), Durkovic, Herbin, Bosquier, le tout jeune Larqué, Jacquet, Parizon, Bereta et Keita. Ce dernier (joueur malien) était la grande star de l’équipe qui ne regretta jamais d’avoir payé environ 6000 francs de taxi pour l’amener de Paris à Saint-Etienne…parce que Keita ignorait où se trouvait réellement la ville où il allait exercer ses talents. Salif Keita fera partie des joueurs qui quitteront Saint-Etienne un peu plus tard pour Marseille, l’OM de Leclerc dépouillant littéralement son vieux rival…qu’il n’arrivait pas à dépasser. Keita à Marseille rejoindra notamment Carnus et Bosquier qui jouaient avec lui à l’ASSE, avant de partir faire une belle carrière à l’étranger (F.C. Valence et Sporting Portugal).

En remontant un peu plus loin, on trouve trace également d’une équipe de l’ASSE championne de France en 1963 et en 1957. Si je relie ces deux équipes, c’est parce quelques uns de leurs meilleurs joueurs ont connu les deux époques, par exemple Richard Tylinski, Ferrier, ou encore Rachid Mekloufi, un des plus grands joueurs de l’histoire du football français, à la fois buteur et meneur du jeu. Une sorte de Platini avant l’heure. A noter que dans l’équipe de 1957 il y avait aussi le gardien de l’équipe de France en Suède, Abbes, mais aussi, N’Jo Lea et un remarquable Hollandais, Rijvers. Et oui, quand on dit que les Verts c’est la légende du football, on n’a pas tort ! Au total Saint-Etienne c’est quand même 10 titres de champion de France entre 1957 et 1981, 6 Coupes de France entre 1962 et 1977, plus une finale de Coupe d’Europe en 1976. Qui dit mieux ? Personne, à part l’Olympique de Marseille. Même le grand Stade de Reims n’affichait pas un meilleur palmarès, malgré ses deux finales de Coupe d’Europe, et sa victoire en Coupe Latine, ancêtre de la Coupe d’Europe.

Après le Stade Rennais et l’ASSE, passons maintenant au LOSC. Lille est d’ailleurs la première équipe professionnelle à avoir remporté le championnat de France (aujourd’hui Ligue 1) en 1933. Ce championnat s’appelait à l’époque Division nationale, et il se déroulait en deux groupes (A et B), n’ayant rien de géographique puisque dans le groupe A on trouvait, outre l’Olympique Lillois, le FC Sète et l’OGC Nice, et dans le groupe B le F.C Antibes, l’AS Cannes, mais aussi le FC Sochaux, le FC Metz et le Stade Rennais. Le champion de France fut celui qui gagna la finale entre vainqueurs des deux groupes, et Lille battit Cannes (4-3 après prolongations). Dans cette équipe lilloise, les joueurs les plus présents dans les mémoires s’appellent Vandooren, un excellent arrière international (20 sélections) qui plus tard entraînera le club, mais aussi Defossé le gardien, et les attaquants Decottignies et Winckelmans.

Lille sera de nouveau champion de France en 1946, avec une équipe composée de grands noms tels que Sommerlinck l’arrière gauche, mais aussi Bourbotte, Tempowski, Lechantre et la grande vedette du moment, Baratte. Elle remporta le championnat devant…Saint-Etienne (pour un point), alors que Rennes était cinquième. Ensuite le LOSC flirtera avec les premières places, sans toutefois décrocher le titre (second en 1948, 1949, 1950, 1951 et troisième en 1952). Mais ce titre il le décrocheront de nouveau en 1954, devant le grand Stade de Reims, avec des joueurs comme le gardien Ruminski, les arrières Pazur et Lemaître, les demis Bieganski et Sommerlinck (toujours fidèle), et des attaquants comme Strappe plus deux joueurs qui allaient s’illustrer à la Coupe du Monde en Suède en 1958, Douis et Vincent. Ce dernier était à ce moment le meilleur ailier gauche d’Europe, ce qui lui vaudra cette même année 1954 une sélection dans l’équipe du Continent (avec deux autres Français Jonquet et Kopa) qui allait jouer contre l’Angleterre.

Il partira quelques années plus tard au Stade de Reims, car Lille n’avait plus les moyens d’entretenir une grosse équipe de Division1, ce qui est encore un peu le cas à présent en attendant la construction du grand Stade attendu depuis si longtemps et qui devrait être inauguré l’an prochain. Cela dit, Lille gagnera aussi la Coupe de France de 1946 à 1948, puis plus tard en 1953 et 1955. Ce sera le chant du cygne du LOSC, avant de retrouver sa vraie place dans le football français dans les années 2000, avec en point d’orgue son magnifique doublé de l’an passé sous la houlette d’un excellent entraîneur comme Rudy Garcia et des joueurs comme Landreau, Debuchy, Mavuba, Rami, Gervinho, Cabaye, Sow, Obraniak et sa perle rare, le jeune Belge Hazard, que tous les grands clubs européens veulent recruter. Cette année le LOSC a encore tous les atouts pour être candidat à une place en Ligue des Champions, malgré les départs l’été dernier de Rami, Gervinho, Cabaye et celui de Sow (meilleur buteur de L1 en 2011) cet hiver en Turquie. Quant au Stade Rennais et l’ASSE, je les voie bien se qualifier pour la Ligue Europa. Pour ces trois clubs le présent aurait rejoint le passé, du moins en partie.

Michel Escatafal