Tours de France 1960 et 2014 : que de similitudes !

riviereAvant de commencer mon article sur le Tour de France, je voudrais, une nouvelle fois, souligner le décalage qu’il peut y avoir sur les sanctions à propos du dopage. En effet, il y a quelques jours le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) a décidé de confirmer les 18 mois de suspension requis contre les athlètes jamaïcains, Asafa Powell (ex recordman du monde du 100m) et Sherone Simpson (championne olympique du relais 4x100m en 2004), sanction demandée par la fédération jamaïcaine d’athlétisme. Pour mémoire les deux sprinters avaient été contrôlés positifs à un stimulant (oxilofrine) lors des championnats de Jamaïque en juin 2013. Pour mémoire aussi, je rappellerais que ce même TAS avait infligé 2 ans de suspension à Contador pour une quantité tellement infime d’anabolisant, que celle-ci n’aurait pas été détectée par la quasi-totalité des laboratoires de la planète. Passons !

En parlant de Contador cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le Tour de France de cette année, en espérant que je ne porterai pas la poisse à son leader, Nibali, comme ce fut le cas pour les deux grands favoris de ce Tour, Froome et Contador, ce qui nous a privé d’une confrontation qui, j’en suis sûr, aurait été digne de celles ayant opposés Coppi et Koblet dans le Giro 1953, Anquetil et Poulidor dans le Tour de France 1964 ou Hinault et Fignon dans ce même Tour en 1984. Et oui, le sort est parfois cruel pour les sportifs, et la chute dans le vélo est inhérente à ce sport, comme les ennuis mécaniques pour le sport automobile. Cela dit, maintenant que les deux grands favoris sont hors course, il ne reste plus que Nibali pour faire l’unanimité sur le nom du futur vainqueur. Il est d’autant plus favori qu’il a une avance conséquente sur Richie Porte (Sky), ce qui lui assure une certaine marge de sécurité, mais aussi parce que jusqu’à présent il a fait preuve d’une forme et d’une autorité digne des meilleurs leaders.

Néanmoins, le Tour n’est pas fini, car si Nibali a fait le trou en tête du classement général, son avance est loin de le mettre à l’abri d’une défaillance ou d’un « coup de moins bien » dans les Alpes et surtout les Pyrénées en troisième semaine. Rappelons que Nibali a 2mn23s d’avance sur Porte, 2mn47s sur Valverde, 3mn01s sur Bardet, 3mn12s sur Gallopin et 3mn47s sur Pinot, nos trois Français étant en embuscade derrière le trio présumé le plus fort de ce Tour à présent amputé de ses deux grandes stars. Cela peut leur ouvrir de sacrés perspectives à nos Frenchies, non seulement pour le podium, mais aussi pour la victoire finale, car Romain Bardet semble en très grande forme, et n’a pas le poids de la course sur les épaules. En outre, pour ceux qui ont la mémoire courte, je rappellerais que Nibali semblait avoir course gagnée l’an passé au Tour d’Espagne, avant de craquer finalement devant Horner en troisième semaine. Nibali est certes un coureur complet, mais il n’a pas les talents de grimpeur de Froome et Contador, et pas davantage leur talent de rouleur.

Toutefois la logique voudrait que ce soit Nibali qui l’emporte, ce qui lui permettrait de rejoindre le club très fermé des vainqueurs des trois grands tours (Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador). Pas mal pour un coureur qui n’est ni un super grimpeur, ni un grand rouleur ! En fait, pour moi, j’assimilerais Nibali à un autre coureur italien, Gastone Nencini, vainqueur du Giro en 1957 (battant Louison Bobet de 19s) et du Tour de France 1960. Comme Nibali aujourd’hui, Gastone Nencini était un remarquable descendeur. Comme Nibali, bien qu’étant un excellent grimpeur, Nencini n’était pas du niveau en montagne des meilleurs escaladeurs, Charly Gaul, Federico Bahamontes ou même Louison Bobet dans ses meilleures périodes. Comme Nibali enfin, il était loin d’être aussi fort c.l.m. que Louison Bobet, Jacques Anquetil , Ercole Baldini ou…Roger Rivière, sans doute le meilleur rouleur de l’histoire du cyclisme (triple champion du monde de poursuite en 1957, 1958 et 1959, et imbattable c.l.m. sur des distances inférieures à 80 km). Et pourtant il remporta le Tour de France en 1960…mais avec une ombre sur cette victoire à cause de l’accident de Roger Rivière dans la descente du col du Perjuret.

Revenons donc en arrière pour évoquer ce Tour 1960, auquel nous fait irrésistiblement penser celui de cette année. D’abord, en 1960, celui qui aurait pu être un des trois grands favoris, Jacques Anquetil, qui venait de gagner le Giro (premier Français à réaliser cet exploit), avait décidé de ne pas tenter le doublé Giro-Tour, ayant fini le Tour d’Italie très éprouvé, tout comme le vainqueur du Tour 1958, Charly Gaul, qui avait aussi beaucoup souffert dans le Giro, après avoir été malade dans la Vuelta (à l’époque au printemps). Du coup, ce Tour de France semblait promis à Roger Rivière, après une première expérience dans la Grande Boucle l’année précédente, où il avait terminé quatrième, en grande partie par la faute d’un marquage aussi stupide que ridicule avec Jacques Anquetil, lequel ne supportait pas d’être dominé c.l.m. par son jeune rival.

Bref, Roger Rivière semblait avoir le champ libre pour triompher dans ce Tour 1960. Il y avait bien Anglade, qui avait terminé second du Tour 1959 derrière Bahamontes, mais chacun savait qu’Anglade concèderait de nombreuses minutes au fantastique rouleur stéphanois dans les étapes chronométrées. Hélas, le sort allait être cruel pour Roger Rivière, au point de faire perdre au cyclisme celui qui aurait pu et dû être la grande vedette de son époque, plus peut-être encore que Jacques Anquetil, car, comme je l’ai dit précédemment, il était meilleur que le Normand contre-la-montre, et sans doute aussi bon grimpeur. Et oui, cette descente du col du Perjuret nous a privés d’un remake de Coppi et Bartali dans les années 40 et 50 !

Dès les premières étapes, Rivière allait faire preuve d’autorité dans ce Tour en remportant le c.l.m. de Bruxelles (28 km). Ensuite, après avoir vu Anglade passer à l’attaque et prendre le maillot jaune à Saint-Malo, Rivière allait s’imposer le lendemain à Lorient et reléguer Anglade, son coéquipier de l’équipe de France, à près d’un quart d’heure. Il gagnera de nouveau une étape entre Mont-de-Marsan et Pau, si bien qu’après avoir passé les Pyrénées il ne comptait qu’une minute 38s de retard sur Nencini à l’arrivée de l’étape Toulouse-Millau. Un retard dérisoire en pensant aux 83 km c.l.m. de fin de Tour, où Nencini aurait concédé au moins 4 minutes au champion du monde de poursuite. Hélas pour Roger Rivière, il y aura cette chute due, sans doute, à un péché d’orgueil de notre nouveau « campionissimo », ce dernier refusant de laisser Nencini prendre quelques secondes d’avance dans la descente du Perjuret, alors qu’il aurait été tellement plus sage d’attendre la fin de la descente et de reprendre tranquillement l’Italien dans la plaine. Résultat, Rivière dérapa sur les gravillons d’un virage et bascula, avec son vélo, par-dessus le muret de protection. Gravement atteint à la colonne vertébrale, ce sera la fin de la carrière du plus doué des poursuiteurs. Et à la suite de cet accident, Nencini atteindra Paris sans le moindre problème pour remporter son second grand tour.

Un dernier mot enfin pour montrer à quel point il y a eu des similitudes entre ces deux Tours de France de 1960 et 2014, y compris sur le plan de l’histoire. Le Tour, en effet, passa cette année-là à Colombey-les-Deux-Eglises avec un spectateur célèbre : le général de Gaulle lui-même. Du coup, la course s’arrêta un instant, et les directeurs du Tour de France, Jacques Goddet et Félix Lévitan, présentèrent au général le maillot jaune, Gastone Nencini, le porteur du maillot vert, Jean Graczyk et le vainqueur du Grand Prix de la Montagne, Imerio Massignan. Cette fois, c’est l’actuel président de la République qui a rendu hommage aux célèbres « poilus » du Chemin des Dames. 1960-2014, que de ressemblances…jusqu’à présent. Espérons quand même que le premier Français soit mieux classé cette année, qu’il le fut en 1960, puisque Raymond Mastrotto, surnommé le Taureau de Nay, finit à la sixième place. Quelque chose me dit que Romain Bardet devrait faire mieux, beaucoup mieux même…et qui sait ? Pour rappel, le dernier Français vainqueur du Tour s’appelle Bernard Hinault, et c’était en 1985. Presque 30 ans ! Insupportable !

Michel Escatafal

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Des performances plus ou moins renversantes…

Gay-PowellCertains de mes amis lecteurs du blog m’interrogent pour s’étonner de ne pas me voir  parler du Tour de France, moi le passionné de cyclisme comme pratiquant autrefois et comme spectateur à présent. Alors je leur réponds que si je ne parle pas du Tour…c’est parce que celui-ci était fini avant d’avoir commencé ou presque. Il y a en effet Froome et les autres, les autres s’appelant tout de même Contador, Rodriguez, Schleck, pour n’en citer que quelques uns. Froome écrase tout sur ce centième Tour de France, plus encore que la quasi-totalité des plus grands champions qui l’ont remporté. On a même l’impression qu’il pourrait avoir beaucoup plus d’avance encore s’il le voulait réellement. Cette impression est  d’ailleurs confortée par le fait qu’on le voyait à tout moment discuter avec son staff hier sur le Mont Ventoux, alors que tous ses adversaires semblaient écrasés par les pentes du Géant de Provence.

Evidemment tout cela suscite bien des suspicions, d’autant que ce même Froome fut disqualifié du Giro en 2010 (il avait 25 ans à l’époque) pour s’être accroché à une moto dans l’étape de montagne qui arrivait à Aprica. Une disqualification qui n’avait pas fait grand bruit car il était 104è au classement général. En rappelant ce peu glorieux épisode de sa carrière, force est de reconnaître qu’il a fait d’extraordinaires progrès en trois ans, au point de ridiculiser hier Contador en montagne, celui-ci ayant payé très cher l’effort fait pour essayer de suivre le maillot jaune lors de son attaque à 7 km du sommet, au point d’avoir été incapable de suivre Nieve sur la fin de l’étape. Voilà ce que je peux dire du Tour de France 2013, en notant quand même que Froome a mis presque 30 secondes de moins que Pantani en 1994 pour escalader ce même Ventoux, ou encore plus d’une minute et demi de moins que Contador, Schleck et Armstrong en 2009, et presque 2 mn de moins qu’Armstrong en 2002. A propos de Contador on notera simplement qu’il a réalisé hier à la seconde près le même temps qu’en 2009.

Sans aucune relation avec les deux paragraphes précédents, évoquons à présent le coup de tonnerre sur l’athlétisme qu’a représenté le contrôle positif de plusieurs athlètes qui figuraient jusqu’ici au firmament du sprint mondial, masculin et féminin, contrôle positif qui n’a pas du tout étonné un grand champion comme Doucouré (champion du monde du 110m haies et du 4x100m en 2005), lequel parlait hier de « sport à deux vitesses ». Parmi ceux-ci en effet figurent un ex-recordman du monde du 100m, le Jamaïcain Asafa Powell (meilleur temps 9s74) et l’Américain Tyson Gay, champion du monde du 100, 200 et 4X100m en 2007, et actuel meilleur performer mondial de l’année sur 100m en 9s75. Mais à ces deux stars du 100m masculin, il faut ajouter Sherone Simpson (28 ans), médaillée d’or du 4x100m en 2004 aux J.O. d’Athènes et médaillée d’argent sur 100m à ceux de Pékin en 2008. Bref, comme on dirait vulgairement, du lourd, du très lourd même, au point qu’on se met presque à rêver d’une médaille française masculine sur 100m aux prochains championnats du monde d’athlétisme à Moscou, pour peu que Vicaut (9s95 lors des derniers championnats de France) continue de monter en puissance dans le mois à venir. Ce serait une première médaille planétaire sur la distance de la part d’un Français ! Même Bambuck n’a pas fait mieux que cinquième aux J. O. de Mexico en 1968. A noter que ces contrôles antidopage positifs surviennent quasiment 25 ans après la retentissante disqualification du Canadien Ben Johnson, qui avait réussi, le 24 septembre 1988 aux J .O. de Séoul, le temps de 9s79, qui lui avait permis de devancer largement Carl Lewis lors de la finale du 100m, avant d’être disqualifié quelques heures après son succès et banni des Jeux Olympiques.  Le temps passe vraiment très vite, trop vite même sans doute…

Michel Escatafal