Un troisième Giro pour Contador, avant un doublé Giro-Tour inédit depuis 1998 ?

contador 3Avant de parler longuement du Giro, ce que je n’avais pas le temps de faire ces derniers jours, je voudrais d’abord souligner une victoire française qui ne va pas faire la une des journaux, à savoir celle remportée en Indycar à Détroit par un revenant de grand talent, Sébastien Bourdais. Qui se rappelle de Bourdais, pilote automobile qui aura tout simplement eu la malchance de débuter en F1 chez Toro Rosso…avec le futur quadruple champion du monde, Sebastian Vettel. Je ne vais pas développer le sujet, sauf à dire que l’Indycar offre des courses extraordinaires d’intensité, avec des renversements de situation incessants entre des pilotes disposant de voitures très proches les unes des autres. Je crois que la Formule 1 ferait bien de s’inspirer des règles de l’Indycar pour ne pas avoir des courses aussi aseptisées et inintéressantes que celles que nous offre la discipline depuis quelques années. Pas étonnant, au passage, que désormais ce soit les chaînes payantes qui retransmettent les grands prix, parce que les autres chaînes (tout public) trouvent que c’est trop cher pour le spectacle proposé, un spectacle où le public ne s’y retrouve pas.

Cela dit, il n’y a pas que la F1 qui se situe sur les chaînes payantes, puisque le cyclisme en fait partie, sauf que  nombre de grandes épreuves sont retransmises en direct sur les chaînes gratuites, et, pour ce qui concerne la France, il y a aussi beINSPORT qui se charge de retransmettre les images de la RAI, notamment le Tour d’Italie, pour un coût modique (13 euros par mois sans engagement). Et je me dis que nous avons vraiment beaucoup de chance avec cet abonnement, parce que nous avons vu un Giro remarquable, avec nombre de renversements de situation…pour le plus grand plaisir des téléspectateurs.  Pour ce qui me concerne, le plaisir est d’autant plus grand que c’est Alberto Contador qui l’a emporté, ce qui le place au troisième rang du classement des vainqueurs de grands tours, derrière Merckx (11) et Hinault (10), et devant Anquetil (8), Coppi (7), Indurain (7), Bartali, Binda et Gimondi (5). Que du beau monde ! Et oui, Contador a gagné sur la route 3 Tours de France (2007, 2009 et 2010), 3 Tours d’Italie (2008, 2011 et 2015) et 3 Tours d’Espagne (2008, 2012 et 2014).

Pour bien mesurer l’exploit que constituent toutes ces victoires, il faut aussi ajouter qu’Alberto Contador n’a pas pu participer au Tour de France 2012 (vainqueur Wiggins) pour avoir été contrôlé positif avec une dose infinitésimale de clembutérol, indétectable dans la quasi-totalité des laboratoires du monde entier, et dont tous les sportifs positifs à ce produit ont été blanchis depuis cet épisode. Un épisode d’autant plus anormal que même Pat Mac Quaid (ancien président de l’UCI) a reconnu qu’il y avait sans doute eu une forme d’injustice à l’égard de Contador en 2010-2011, injustice qui a fait le bonheur des contempteurs du cyclisme, et de nombre de forumers sur les sites de sport, aussi ignares que malveillants. D’autant plus anormal aussi que selon J.P. de Mondenard (ancien médecin du Tour de France, spécialisé dans les questions de dopage),  « l’éventualité d’une contamination involontaire n’est pas à exclure et apparaît beaucoup plus crédible que beaucoup l’ont laissé entendre », ajoutant ensuite que le TAS (Tribunal arbitral du Sport) a peut-être subi des pressions de l’AMA (Agence mondiale antidopage) pour «sanctionner une star du peloton. Pour le symbole. Voir Contador échapper à toute sanction aurait été un nouveau camouflet pour elle et son action.» Et de conclure péremptoirement : «Le TAS a donc dû tordre les faits pour arriver à argumenter sur une « hypothèse ». Ceci n’est pas digne d’une instance de jugement internationale au plus haut niveau.» Pour clore le chapitre, il faut aussi souligner que le TAS avait retenu l’hypothèse d’un « supplément nutritif contaminé » pour les traces de clembutérol, rejetant toute intention de se doper, rejetant aussi aussi une transfusion sanguine effectuée avant le contrôle, dont certains pseudos chimistes se sont tellement gargarisés. A pleurer !

Et si j’écris cela, c’est parce que Bjarne Riis, qui avait avoué en 2007 s’être dopé durant sa victoire en 1996, est toujours sur la liste des vainqueurs du Tour, c’est aussi parce que cinq cas positifs de dopage lourd dans la galaxie Astana, ne l’ont pas privée de sa licence World Tour 2015…ce qui ne signifie pas pour autant que tous les coureurs d’Astana étaient dopés, loin de là mon idée. Bref, sans cette ridicule condamnation de Contador, il serait sans doute aujourd’hui au niveau de Bernard Hinault en ce qui concerne les victoires dans un grand tour, car j’ai du mal à imaginer Contador battu par Wiggins dans le Tour 2012, s’il n’avait couru que cette épreuve, ou par Hesjedal s’il avait choisi le Giro de cette même année. J’ajoute même que cette année-là, compte tenu de la concurrence, il aurait pu réaliser le doublé Giro-Tour…s’il avait eu le droit d’y participer, et dans ce cas il serait au niveau de Merckx. Certes ce ne sont que des spéculations, mais une chose est certaine : ce n’est pas Andy Schleck qui a gagné le Tour 2010 sur la route, et pas davantage Scarponi le Giro 2011, qu’il a terminé avec plus de 6 minutes de retard sur le Pistolero. Décidément, ceux qui dirigent le sport ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent ajouter de l’outrage aux terribles aléas de la compétition (chutes, maladies, crevaisons etc.).

Fermons cette page qui appartient au passé, tout en soulignant son importance pour les vrais amateurs de vélo, ceux qui jugent à leur juste valeur les exploits de Bartali, Coppi, Koblet, Van Looy, Bobet, Anquetil, Merckx, Hinault, Fignon, Kelly, LeMond, Indurain, Pantani, pour ne pas parler que des champions du vingtième siècle. Oui, fermons cette page pour se projeter vers l’avenir, c’est-à-dire dans le cas de Contador sur le 4 juillet, date du départ du Tour de France. Peut-il réaliser le doublé, qu’il aurait pu réaliser en 2011 sans ses chutes au début et au milieu du Tour (il a terminé à la cinquième place), qu’il aurait pu réaliser facilement en 2012, comme je l’ai écrit précédemment, à supposer que cela fût dans ses objectifs, s’il n’avait pas été interdit de course jusqu’au départ de la Vuelta (qu’il a gagnée après être resté un an sans courir) en août 2012 ? Peut-être, même si je suis persuadé que le meilleur Contador se situait précisément entre 2009 et 2012. Oh certes, il est encore très fort, comme on a pu le constater tout au long de la saison 2014, notamment lors de la Vuelta où il a battu Froome et les autres en donnant une impression de plénitude qu’on ne lui avait plus connue depuis le Giro 2011. Comme on vient de le constater, aussi, lors du Giro qu’il vient d’enlever, sans une grande équipe pour l’épauler (Chiappucci a même dit qu’il avait gagné seul !) et sans être au même sommet de forme qu’il avait au départ du Tour 2014 ou lors de la dernière semaine de la Vuelta, quelques semaines plus tard.

Néanmoins je persiste et je signe, je pense que ce sera d’autant plus dur que Contador est un peu moins fort en montagne qu’il ne le fut lors du Giro 2011 ou rien ni personne (Scarponi, Nibali, Gadret, Rodriguez…) ne semblait lui résister. Connaissant l’admiration que je porte à ce super champion, je suis d’autant plus à l’aise pour le dire. En revanche, son niveau est toujours aussi élevé contre-la-montre, comme en témoignent ses résultats à la Vuelta 2014 (quatrième du c.l.m. à 39s de Martin) et au Giro de cette année, n’étant battu que de 14s sur les 60 km entre  Trévise et Valdobbiadene, par Kyrienka, un des tous meilleurs rouleurs du peloton. Hélas pour lui, les organisateurs du Tour ont décidé (pourquoi ?) d’oublier qu’un beau c.l.m. de 50 ou 60 km est une des plus belles traditions du Tour de France. Du coup, le seul c.l.m. individuel aura lieu le premier jour et sera considéré comme un long prologue (13.8 km). En revanche, et cela n’est pas pour aider le Pistolero, il y aura, comme en 2014, plusieurs portions pavées lors de la 4e étape entre Seraing et Cambrai, au total sept secteurs répartis sur 13,3 kilomètres. Certes deux de ses trois principaux rivaux (Froome, Quintana) sont loin d’être à l’aise sur les pavés, mais Nibali peut en revanche reprendre plusieurs minutes sur ces routes. Tout cela rend le pari 2015 de Contador très indécis, en espérant surtout qu’il aura une meilleure équipe que sur le dernier Giro, où force est de reconnaître qu’il a dû se débrouiller seul chaque fois que la route s’élevait, alors que l’équipe Astana disposait de quatre ou cinq coureurs pour accompagner Aru et Landa jusqu’aux derniers hectomètres des cols au programme des étapes de montagne. Cette fois, face aux armadas Sky, Movistar et Astana, il faudra que Contador soit entouré par du « solide »…ce qui devrait être le cas avec l’apport de coureurs aussi forts que Majka en montagne ou encore Sagan, lequel peut être très utile sur les pavés.

Tout cela pour dire que l’exploit peut-être réalisé si, d’abord, la malchance épargne le Pistolero. La chance fait aussi partie de la compétition. Globalement elle a accompagné Contador dans sa carrière, mais en 2011 lors du Tour de France et plus encore lors de ce même Tour en 2014, elle l’a abandonné. Ensuite il faudra qu’il ait récupéré de ses efforts du Giro, des efforts qu’il n’imaginait pas devoir faire en aussi grand nombre. En revanche, face à ses grands rivaux (Froome, Quintana et Nibali), il aura l’avantage d’avoir une pression moindre, car sa saison est déjà réussie, alors que lesdits rivaux ont tout misé sur le Tour. Enfin, Contador a l’avantage d’être un remarquable tacticien. S’il décèle une faiblesse chez ses rivaux, ils le paieront immédiatement en minutes. N’oublions pas son attaque de Fuente Dé lors de la Vuelta 2012 à 50 km de l’arrivée, sans doute un de ses plus grands exploits. Alors, pour être honnête, je dirais qu’il peut faire ce doublé, mais cela ne tombe pas sous le sens.

Cela étant, avec cet extraordinaire champion, tout est possible. Qui se serait relevé comme il l’a fait en 2011 dans le Giro, après son problème dans le Tour 2010 ? Un Giro 2011, qui reste à mon avis son chef d’œuvre, dans lequel il a subi tous les contrôles possibles, tous négatifs, ce qui explique qu’il ait montré au public et au monde entier à l’arrivée à Milan ce dimanche le chiffre TROIS avec sa main, pour bien indiquer que dans son esprit, comme dans celui de la quasi-totalité des amateurs de vélo, il avait bien remporté ce Giro 2011 et deux victoires d’étapes. Preuve qu’il n’a  jamais eu besoin de ces traces de clembutérol, qui en aucun cas ne pouvait améliorer son rendement, pour être l’immense champion qu’il est. Qui serait revenu aussi fort qu’avant, suite à pareille vilénie subie entre 2010 et 2012 ? Si, je connais au moins deux champions qui sont revenus à leur meilleur niveau après avoir subi une longue interruption dans leur carrière : Coppi, après sa chute au Giro 1950 qui lui avait occasionné une triple fracture du bassin, et Hinault, après son opération du genou en 1983. En écrivant ces mots je réalise que Contador est en bonne compagnie, puisque Coppi c’est le Campionissimo, et Hinault est le deuxième plus beau palmarès de l’histoire du vélo. Un classement où Contador se place aujourd’hui à la sixième place, derrière Merckx, Hinault, Anquetil, Coppi et Kelly, et devant Bartali, Indurain, Armstrong et Gimondi. Et cela personne ne peut le contester…à moins de ne rien connaître à l’histoire du cyclisme sur route !

Michel Escatafal


Félicitations à Vinokourov et merci pour l’ensemble de son oeuvre

L’épreuve en ligne de cyclisme sur route aux Jeux Olympiques nous a offert un podium pour le moins surprenant,  avec la victoire du vétéran kazakh Alexandre Vinokourov, devant le Colombien Rigoberto Uran et le Norvégien Kristoff. Qui aurait osé parier sur un tel tiercé au début de la course ? Personne bien entendu, la victoire semblant dévolue à un Britannique, le champion du monde Cavendish. Problème, le cyclisme n’est pas une science exacte, surtout sur les courses d’un jour. Comme disait Jacques Anquetil, après un Paris-Roubaix qu’il aurait sans doute gagné sans une crevaison à quelques kilomètres de l’arrivée (1958), les classiques « c’est une loterie ». Certes le merveilleux rouleur normand n’avait pas tout à fait tort, mais il n’avait pas raison non plus, car c’est aussi souvent le plus fort qui remporte une épreuve d’un jour à l’issue de 220 ou 250 km de course. D’ailleurs, malgré son peu de goût pour ce type d’épreuves, Anquetil a remporté deux belles classiques, Gand-Wevelgem et Liège-Bastogne-Liège, et s’il l’avait réellement voulu il en aurait gagné bien d’autres.

Fermons la parenthèse, en rappelant que Jacques Anquetil fut médaillé olympique à l’âge de 18 ans, en remportant la médaille de bronze lors de l’épreuve du 100 km contre-la-montre par équipes (avec Tonello et Rouer), course qui n’existe plus dans le calendrier de nos jours. A cette époque, je précise que seuls les amateurs ou supposés tels pouvaient participer aux J.O., ce qui explique que peu de grands coureurs professionnels aient remporté une médaille olympique. Cela étant, certains d’entre eux qui ont été champion olympique se sont ensuite illustrés chez les pros, par exemple l’Italien Ercole Baldini qui avait remporté le titre olympique devant le Français Arnaud Geyre à Melbourne en 1956, les Français remportant la médaille d’or par équipes. Pour mémoire, Ercole Baldini, champion du monde de poursuite amateur en 1956, avait aussi battu la même année le record du monde de l’heure que détenait Jacques Anquetil. Il fera une très belle carrière professionnelle, même s’il ne concrétisa pas tout-à-fait les espoirs placés en lui par les tifosi, lesquels pensaient qu’il allait devenir le successeur de Coppi. Il n’empêche, en plus de nombreux succès dans les courses contre-la-montre et dans les semi-classiques italiennes, Baldini gagnera le Giro en 1958, année où il deviendra champion du monde sur route professionnel (à Reims), et remportera le Grand Prix des Nations en 1960. Autant de succès qui peuvent le classer parmi les plus grands champions de l’époque, juste derrière un Louison Bobet ou un Jacques Anquetil.

Parmi les autres champions olympiques qui s’illustrèrent chez les professionnels, il faut citer le Néerlandais Hennie Kuiper qui remporta la médaille d’or de la course individuelle sur route en 1972 à Munich, et qui par la suite deviendra champion du monde professionnel en 1975 (il ne sont que deux, avec Baldini, à avoir réussi le doublé titre olympique – titre mondial), et terminera deux fois à la deuxième place du Tour de France (en 1977 et 1980). En outre, Kuiper s’imposera au Tour de Suisse (1976) et dans plusieurs grandes classiques comme le Tour de Flandres et le Tour de Lombardie en 1981, sans oublier Milan-San Remo en 1985.

En 1988 c’est un Allemand de l’Est, Olaf Ludwig, qui s’imposera à Séoul avant de devenir professionnel sur le tard (à l’âge de 30 ans), suite à la réunification allemande, et d’y rencontrer le succès. Il remportera notamment l’Amstel Gold Race en 1992, ramènera le maillot vert du Tour de France en 1990, l’année de son passage chez les pros, sans oublier le Grand Prix de Francfort en 1994, ou encore les Quatre Jours de Dunkerque et le Grand Prix de Fourmies en 1992.  On imagine quel serait son palmarès s’il avait eu la possibilité de passer professionnel quatre ou cinq ans plus tôt.

A partir de 1996 l’épreuve olympique sur route n’est plus réservée aux seuls amateurs, et bien évidemment son palmarès devient beaucoup plus parlant pour ceux qui s’intéressent au vélo depuis une vingtaine d’années. En 1996, aux J.O. d’Atlanta, le lauréat s’appelait Pascal Richard, un excellent coureur suisse, vainqueur entre autres du Tour de Suisse (1994), du Tour de Romandie (1993 et 1994), de deux belles classiques comme le Tour de Lombardie (1993) et Liège-Bastogne-Liège en 1996, sans oublier son titre mondial en cyclo-cross en 1988.

Ensuite en 2000, à Sydney, ce sera la victoire d’un des plus grands coureurs de ces vingt dernières années, Jan Ullrich, devant un certain Vinokourov et l’Allemand Kloden. Inutile d’insister sur la qualité de ce podium, ces trois coureurs ayant largement contribué à animer les grandes courses à étapes du nouveau siècle.

En 2004, ce sera au tour de Bettini de devenir champion olympique, l’Italien étant considéré parmi les meilleurs coureurs de classiques de sa génération avec ses victoires dans Liège-Bastogne-Liège en 2000 et 2002, le Tour de Lombardie en 2005 et 2006, Milan-San Remo en 2003 ou encore la Clasica San Sebastian en 2003, autant de succès qui s’ajoutent à ses deux titres mondiaux en 2006 et 2007.

Enfin en 2008, ce sera au tour de l’Espagnol Samuel Sanchez de s’attribuer l’or olympique. Certes son palmarès n’est pas comparable à celui des coureurs que je viens de citer, mais c’est un magnifique collectionneur de places d’honneur dans les grandes courses, notamment ses  deuxième (2009) et troisième(2007)  places aux Tour d’Espagne, plus sa quatrième place au Tour de France 2010 transformée en troisième place par l’action de l’UCI et de l’AMA, qui ont enlevé à Alberto Contador son succès dans le Tour 2010.

Au passage, et même s’il ne figure pas parmi les meilleurs coureurs de son temps, on aura une pensée pour Fabio Casartelli, jeune coureur italien (22 ans) couronné champion olympique devant Davide Rebellin lors des J.O. de Barcelone en 1992,  malheureusement décédé lors du Tour de France 1995, suite à une chute dans la descente du Portet d’Aspet, et qui aurait sans doute fait une belle carrière, surtout en pensant à l’excellent Tour de Suisse qu’il avait réalisé l’année de son décès.

Et tout ceci nous amène à parler d’Alexandre Vinokourov, dont je rappelle qu’il figure en bonne place parmi les plus beaux palmarès depuis 1945 (voir palmarès grandes épreuves sur route sur ce site). C’est donc un très grand champion qui a été couronné à Londres hier… à la Vinokourov, cette victoire rappelant celle qu’il avait obtenue à l’arrivée sur les Champs Elysées lors du  Tour de France 2005. Le champion kazakh, en effet, a la chance d’être un coureur très complet, bon rouleur, bon grimpeur, vrai puncheur…et surtout très malin. Son sens de la course est extraordinairement développé, et cela lui a permis de briller sur tous les terrains. Rappelons qu’il a remporté la Vuelta en 2006 avec à la clé trois victoires d’étapes dont une en altitude et une autre contre-la-montre, battant de plus d’une minute l’Espagnol Valverde. Il a aussi  terminé sur le podium (3è) du Tour de France 2006, et gagné  le Tour de Suisse en 2003,  le Dauphiné en 1999, et deux fois Paris-Nice en 2002 et 2003. A cela s’ajoutent deux victoires dans Liège-Bastogne-Liège en 2005 et 2010 et l’Amstel Gold Race en 2003. Rien que cela en impose aux yeux des vrais amateurs de vélo. Je précise bien des vrais amateurs de vélo, et non de ceux qui passent leur temps à décortiquer les affaires de dopage ou les supputations sur la manière dont on peut acheter une course. Si j’évoque cela, c’est parce qu’après son triomphe à Londres, tout le monde a rappelé sa suspension pour dopage en 2007 et, sur certains forums, la manière dont il aurait acheté Liège-Bastogne-Liège en 2010. Pitoyable!

En tout cas, le champion kazakh aura soigné sa sortie en se retirant au sommet, privilège rare chez les grands champions, et il l’a fait alors que l’an passé tout le monde le voyait se retirer après sa fracture du fémur dans le Tour de France. Sur ce plan il me fait penser à Bernard Hinault qui a mis fin à sa carrière sur une deuxième place au Tour de France et sur une victoire dans la Coors Classic en 1986, alors que beaucoup pensaient qu’il ne retrouverait pas l’intégralité de ses moyens après son opération du genou en 1983. Quelle différence avec des coureurs comme  Coppi ou Merckx qui n’ont pas su s’arrêter à temps et qui ont fait la ou les saisons de trop !  Vinokourov, en revanche, tire sa révérence  sur un titre olympique, qui plus est avec la manière. Et comme pour Bernard Hinault, nombre d’observateurs pensent qu’il aurait pu être compétitif au moins une saison de plus. Cela étant, il a raison de vouloir faire partager son savoir et servir de guide, dès la saison prochaine, à ceux qui vont appartenir à son équipe fétiche, Astana, notamment les jeunes kazakhs. Qui sait si Vinokourov ne va pas apporter à Nibali, qui aurait signé chez Astana, ce qui lui manque encore pour concrétiser tout son potentiel ?

Vinokourov  n’a pas besoin d’oreillettes pour savoir ce qu’il a à faire dans une course. D’ailleurs il est vraisemblable que si les oreillettes avaient été autorisées lors de l’épreuve olympique, « Vino » n’aurait pas gagné. Au passage, j’en profite pour souligner que cette course olympique a été une des plus ouvertes auxquelles il nous ait été donné d’assister ces derniers temps, surtout par comparaison avec les courses monotones et soporifiques qui nous ont été infligées depuis le début de cette année. Preuve que le cyclisme doit impérativement revenir à ses fondamentaux, où le talent individuel doit passer au-dessus du potentiel collectif d’une équipe. Si cette course s’était déroulée comme toutes les autres, avec des équipes de neuf ou dix coureurs, il est quasi certain que l’on n’aurait pas eu une épreuve aussi débridée. Au contraire nous aurions eu une course cadenassée, où allaient se dégager dans les deux cents derniers mètres un Cavendish ou un Greipel. Tout cela me fait dire, une nouvelle fois, que les fans de cyclisme peuvent féliciter sans retenue Vinokourov pour son or olympique, et le remercier pour l’ensemble son œuvre.

Michel Escatafal