Le PSG tutoie le Gotha européen, n’en déplaise à J.M. Aulas

aulasCette fois la saison de football est bien lancée, en France et ailleurs. Ailleurs parce que même si plusieurs grands championnats n’ont pas repris, il y a les diverses coupes européennes ou nationales pour les occuper. Ainsi on a assisté hier soir à une des plus grosses surprises de ces dernières années, avec la lourde chute du FC Barcelone en finale de la Super coupe d’Espagne contre l’Athletic Bilbao (4-0 et 1-1). Preuve que le football n’est pas une science exacte, preuve aussi que le Barça ne peut pas forcément se passer impunément d’un de ses trois attaquants (Messi, Neymar et Suarez). Cette fois c’était Neymar qui était absent, mais c’est la même chose si c’est Messi et même Suarez. Ce qui est amusant c’est de voir la réaction des forumers français, trouvant presque normal que le Barça soit battu sans un de ses atouts majeurs, alors qu’ils ne soulignent jamais l’absence conjointe de Verratti, Motta, David Luiz et Ibrahimovic lors des confrontations entre le PSG et le FC Barcelone en ¼ de finale de la Ligue des Champions au printemps. Cela étant, chacun sait que dans notre pays on préfère soutenir le « gentil » Barça au « vilain » PSG, dont le principal défaut est d’être très riche…grâce aux capitaux du Qatar. Ah, la France et les Français ! Quel pays sommes-nous devenus ? Au fait, personne n’est choqué parmi ces pseudo supporters du Barça, profondément anti-PSG, de voir écrit sur le maillot de Messi et ses copains « Qatar Airways »!

Passons, et voyons à présent ce qui se passe chez nous dans notre bonne vieille Ligue 1. Déjà, on observe que le « méchant » PSG, est en tête du championnat après deux journées. Normal disent les nombreux détracteurs du club parisien, puisqu’ils ont un budget de 3 à 50 fois supérieur à celui de ses adversaires. Il a en effet nombre de joueurs de classe mondiale comme Ibrahimovic, Cavani, Pastore, Lucas, Matuidi, Verrati, Motta, Thiago Silva, David Luiz, Marquinhos, Maxwell et Aurier, et j’en oublie peut-être. Evidemment cela fait riche un tel effectif, surtout quand en plus on le renforce avec un des tous meilleurs joueurs de la dernière Coupe du Monde et de la Copa America, l’Argentin Di Maria. Là c’est le trop plein pour nos braves franchouillards, qui n’acceptent pas que les stars du ballon rond appartenant au PSG touchent entre 5 et 15 millions d’euros par an. On a même des remarques du style : « C’est une honte de donner autant d’argent à des types qui tapent dans un ballon » ! Comme si les joueurs du Real, du Barça, de Chelsea, des deux Manchester ou du Bayern ne touchaient pas des sommes de cet ordre ! Oui, certes, mais nous sommes en France, et 75% de gens préfèrent une victoire du Barça contre le PSG…ce qui est hallucinant.

Ce qui l’est encore plus, c’est que ces gens sont tellement haineux, à force sans doute d’être malheureux de leur sort individuel, qu’ils se répandent en grand nombre au moindre article sur le PSG, allant même jusqu’à regretter qu’on parle autant du club parisien. On pourrait leur rétorquer que s’ils n’aiment pas les articles sur le PSG, le mieux serait qu’ils ne les lisent pas. Mais cela semble au-dessus de leur compréhension. Ce qui est aussi incompréhensible, et je doute que cela existe ailleurs à ce point, c’est de reprocher à un joueur d’être né…à Marseille. Si j’écris cela c’est parce que dimanche soir, Stambouli, natif de la cité phocéenne, a été sifflé par des soi-disant supporters du PSG à son entrée sur le terrain. Ahurissant de bêtise et de stupidité ! C’est aussi ça la France ! Certes les siffleurs étaient sans doute une minorité, du moins il faut l’espérer, mais c’est quand même un signe que notre pays va très mal, beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Les gens du Qatar doivent quand même être interloqués devant  « une (telle) inertie mentale qui se manifeste à la fois dans les actes et les propos », pour parler comme Théophraste.

Heureusement pour ces gens, pour ces Français à l’étroitesse d’esprit bien ancrée, ils ont leur héraut en la personne de l’ineffable J.M. Aulas, l’homme qui voulait récupérer les points perdus contre le RC Lens (par le biais d’un dépôt de bilan du club artésien) pour que son club, l’Olympique Lyonnais, ait quelques chances supplémentaires d’être champion de France 2014-2015. Imaginons Nasser Al-Khelaïfi, le président du PSG, faire la même démarche? Quel tollé de la part des franchouillards, chacun y allant à son tour à propos des « valeurs », mot que l’on brandit allègrement…sans en connaître le sens (même Thauvin !!! a employé ce mot à propos du PSG)  ! Problème, le président du PSG a la classe des grands dirigeants, et jamais on ne le verra se livrer à ce genre de bassesse. Lui ne s’occupe que de son club. Mieux même, il ne cherche pas à recruter les meilleurs joueurs de ses concurrents nationaux, ce qu’il pourrait facilement faire vu les moyens dont il dispose, pour les affaiblir. Non, il respecte tout le monde, se contentant de vouloir à tout prix remporter la Ligue des Champions le plus rapidement possible, rêve absolu des investisseurs qataris, parce que ça installerait définitivement leur club dans le Gotha européen. La marque PSG, qui a déjà tellement évolué depuis 2011, serait à ce moment au niveau de celle des clubs historiques, type Real, Barça ou Manchester United, la différence de palmarès étant quasiment gommée par la notoriété de Paris, troisième destination le plus visitée au monde.

Cela d’ailleurs J.M. Aulas ne semble pas le comprendre, aveuglé par son envie d’être plus important qu’il n’est… ce qui est tellement français. Des Français qui évidemment apprécient son esprit gaulois, qui le porte à affirmer qu’il refuse de s’incliner devant le pouvoir de l’argent, symbolisé par le PSG. Et encore a-t-il de la chance J.M. Aulas que l’Olympique de Marseille, seul club français à avoir remporté la C1, soit devenu un club en proie à de grosses difficultés économiques, malgré la fortune personnelle de son actionnaire, laquelle aimerait bien vendre son club…si elle trouvait un acheteur. Mais qui voudrait acheter l’Olympique de Marseille ou l’Olympique Lyonnais ? Marseille ou Lyon ne sont pas des villes connues dans le monde entier (Bordeaux l’est davantage), et la France n’est pas une terre d’accueil facile pour des investisseurs étrangers, surtout pour le football, en raison d’une fiscalité hautement dissuasive. Résultat, si la notoriété de Paris permet de dépasser ce handicap, qui s’ajoute à une passion moindre pour le football en particulier et le sport en général, ce ne peut pas être le cas pour Lyon ou Marseille. Du coup, à part le PSG qui est sur une autre sphère, tous les autres clubs français sont condamnés à vivoter et à être des clubs moyens sur le plan européen, formant des joueurs pour les vendre plus tard. Et ce n’est pas avec son « grand stade » que l’Olympique Lyonnais pourra combler l’immense fossé qui le sépare des plus grands clubs de la planète.

Ce stade d’abord il faudra le payer, et le club d’Arsenal sait que ce n’est pas une mince affaire, même pour un club londonien. Il n’y a guère que les supporters lyonnais, idolâtrant leur « très grand président », pour croire que ce fameux stade va générer des revenus tels que l’Olympique Lyonnais va très vite se retrouver dans une situation financière florissante. A ce propos, on peut aussi noter que les Qataris ont très bien négocié leur arrivée à Paris, en obtenant très rapidement la gestion exclusive du Parc des Princes pour les 30 prochaines années à partir de 2014, contre un loyer fixe de 1 million d’euros annuel plus des bonus, ce qui leur permettra de pouvoir achever les travaux de rénovation commencés depuis l’an passé, avec pour objectif de disposer d’une enceinte de 60.000 places, voire même plus, après 2016. De quoi faire enrager encore davantage J.M. Aulas, qui en est réduit à payer en plusieurs fois des transferts de l’ordre de…5 millions d’euros, et à transférer son « futur Samuel Eto’o » à Tottenham (N’jie). Au fait, combien de temps gardera-t-il Fekir, «  »son nouveau Messi », ou encore Lacazette, l’homme qui vaut plus de 100 millions d’euros, puisqu’il est « bien meilleur » que Gareth Bale ? Certes, il est quelque peu revenu sur ces déclarations, mais quand il les a faites, cet hiver ou au printemps, il n’avait pas l’excuse de la canicule de juillet.

Un dernier mot enfin, pour dire que je n’ai rien contre Monsieur Aulas, qui a fait du très bon travail à Lyon pour son Olympique Lyonnais, mais il gagnerait à faire preuve de plus de mesure, voire de modestie, ce qui lui permettrait de se réjouir de voir le PSG atteindre un niveau de notoriété tel que toute la Ligue 1 en profite. Qui aurait imaginé il y a cinq ou dix ans qu’on connaîtrait notre championnat en Thaïlande ou en Indonésie, voire même en Amérique du Nord? J.M. Aulas aime incontestablement la lumière, mais la lumière qu’il veut se créer semble l’aveugler au point parfois de perdre toute notion de bienséance. En outre, qu’il arrête ses tweets de gamin attardé, car ce n’est pas digne de quelqu’un comme lui. C’est bien de vouloir faire moderne, mais J.M. Aulas a 66 ans, un âge où généralement on est devenu sage. Cela étant, comme l’a écrit Pierre-Claude Nivelle de la Chaussée, « d’âge en âge, on ne fait que changer de folie ».

Michel Escatafal


Ramallets et San Mamés appartiennent à l’histoire du football espagnol

ramalletssan mamesAlors que Carlo Ancelotti découvre les joies et les peines d’être l’entraîneur du Real Madrid, avec notamment le feuilleton à épisodes quelque peu pathétique concernant Gareth Bale (on parle de 120 millions d’euros !), j’ai découvert ces derniers jours dans la presse espagnole deux faits importants qui ont quelque peu bouleversé nombre d’amateurs de football en Espagne et ailleurs.

Il y a tout d’abord la mort d’Antoni Ramallets, un des plus grands gardiens de l’histoire du football dans le monde, un des ces gardiens qui font gagner à leur équipe un nombre considérable de points dans une saison. Ramallets, en effet, est décédé avant-hier à l’âge de 89 ans, et si je parle de lui c’est parce qu’il a fait partie d’une des meilleures équipes nationales de l’histoire du football, l’Espagne (35 sélections), avec laquelle il obtint la quatrième place dans la Coupe du Monde 1950, remportée par l’Uruguay. Une Coupe du Monde qui ne lui rappellera pas que des bons souvenirs parce qu’il encaissa six buts de la part des Brésiliens, ce qui ne l’a pas empêché d’être appelé « le Chat de Maracana », tellement il a multiplié les exploits durant tout le premier tour de l’épreuve. Mais il a aussi fait partie d’une des plus prestigieuses équipes de club, le FC Barcelone, avec laquelle il remporta la Coupe des Villes de foires (1958 et 1960) devenue par la suite Coupe de l’UEFA (à partir de 1971). Avec laquelle aussi il parvint en finale de la Coupe d’Europe, où il allait endurer la plus grande déception de sa carrière, en étant le héros malheureux de cette finale, encaissant un but indigne de lui…par la faute du soleil couchant.

J’ai déjà parlé de cette erreur sur ce site (Un coucher de soleil fatal à Berne), tellement la défaite du Barça, le 31 mai 1961 à Berne, parut injuste à tous ceux qui ont assisté au match, dans les tribunes et à la télévision. J’étais très jeune à l’époque, mais je me souviens de la détresse de Ramallets, encaissant un but « casquette », qu’il se pardonna d’autant moins que son équipe avec ses stars de l’époque, notamment ses attaquants Kubala, Kocsis, Evaristo, Suarez et Csibor, tira à plusieurs reprises sur les montants des buts de Costa Pereira, le gardien du Benfica Lisbonne, qui finit par l’emporter sur le score de 3 buts contre 2 au Barça.

Cela n’empêcha pas Ramallets d’être considéré comme une légende du FC Barcelone, où il a joué entre 1947 et 1962, même s’il opéra au début de sa longue carrière dans des clubs comme le Real Valladolid ou le Real Majorque. Il a disputé près de 400 matches officiels pour le Barça, club avec lequel il gagna, outre ses coupes européennes, 6 championnats d’Espagne, 5 coupes du Roi, et à 5 reprises le  trophée Zamora, récompensant le meilleur gardien de la saison espagnole. Et pourtant il y avait de la concurrence à l’époque avec Alonso et Dominguez les gardiens du Real dans les années 50 et 60, mais aussi celui de l’Atletico Madrid , Madinabeytia, celui de Valence qui s’appelait lui aussi Zamora, ou encore Yarza, l’inamovible gardien de Saragosse. Quelle riche histoire à l’évocation de ces noms!!!

Autre riche histoire, celle du stade San Mamés (40.000 places), qui abrite les matches de l’Athletic Bilbao, club phare du Pays Basque depuis 1913, et qui est en cours de démolition. Ce stade rappelle aussi un mauvais souvenir aux supporters de l’équipe de France (j’y étais), laquelle fut vaincue le 16 juin 1982, au premier tour de la Coupe du Monde, par l’Angleterre (3-1), ce qui n’empêcha pas les Français d’arriver jusqu’en demi-finale de la compétition. Cela dit, le dernier match dans ce stade mythique eut lieu le 25 mai dernier, avec une défaite de l’Athletic Bilbao face à Levante, sur un but dans les dernières secondes de la partie du remplaçant Juanlu qui était entré sur le terrain à la minute 79. Ce but évidemment ne restera pas dans l’histoire comme le premier qui fut marqué à San Mamés, en août 1913, dans un match amical contre le Racing d’Irun, par Pichichi, attaquant dont je vais reparler un peu plus loin.

Un stade où l’on a disputé 1305 parties de championnat et où 4222 buts ont été marqués. Une enceinte sportive qui va être remplacée par un autre beaucoup plus moderne de plus de 53.000 places, qui s’appellera San Mamès Barria, dès le début de la prochaine saison, ce qui sera une manière de faire peau neuve pour le club aux couleurs rouges et blanches verticales. Un des grands clubs espagnols entre parenthèses, vainqueur de 8 championnats d’Espagne et de 24 Coupes d’Espagne, depuis sa fondation en 1903. Un club dont son meilleur joueur dans les années 1910-1920, Arazandi, fut un grand buteur, au point d’être resté dans l’histoire en donnant son surnom Pichichi (il mesurait moins de 1.60m) au meilleur buteur du championnat d’Espagne. Curieusement, un siècle plus tard, le multiple pichichi, Lionel Messi, est lui aussi un joueur de petite taille.

Fermons la parenthèse pour ajouter que l’Athletic Bilbao, club mythique à la fois basque et espagnol, a pour particularité d’opérer avec des joueurs d’origine basque…et souvent avec un entraîneur, lui aussi basque. Ainsi l’année où l’Athletic Bilbao fit le doublé coupe-championnat (1984), après avoir enlevé le championnat l’année précédente, c’était un entraîneur basque, Javier Clemente, qui était aux commandes de l’équipe, dont les meilleurs joueurs figuraient parmi les tous meilleurs en Espagne. Je pense en particulier à l’attaquant Dani (25 fois international), l’arrière central Goikoetxea (39 sélections), un autre attaquant Etxeberria (53 sélections) et le mythique gardien de la sélection espagnole entre 1985 et 1998, Zubizarreta (126 sélections).

En 1977, quand l’Athletic Bilbao arriva en finale de la Coupe de l’UEFA, c’était aussi un entraîneur basque qui était au bord du terrain, Koldo Aguirre, ancien demi du club dans les années 50. Il entraînait une équipe dont les vedettes était un autre remarquable gardien qui passa 18 ans au club, Iribar (49 sélections en équipe d’Espagne), les milieux de terrain Churruca (16 sélections) et Irureta (4 sélections), et l’attaquant Dani, déjà présent. Cette équipe ne s’inclina que de très peu (1-1 et 1-2) dans cette finale UEFA face à la Juventus de Turin de Zoff, Scirea, Gentile,  Causio, Tardelli, Boninsegna et Bettega, entraînée par Trapattoni.

Aujourd’hui, l’Atletic Bilbao n’est plus tout à fait aussi basque qu’auparavant, même si l’équipe est composée quasiment en totalité de joueurs d’origine basque. Toutefois dans l’équipe qui arriva en finale de la Ligue Europa (ancienne Coupe UEFA), l’entraîneur était un Argentin, Marcelo Bielsa.  Cela étant les joueurs, à commencer par la grande star de l’équipe, Llorente, étaient tous d’origine basque. Dans l’équipe de cette année, on trouve parmi les joueurs un jeune défenseur central du nom d’Aymeric Laporte, né à Agen, mais qui a fait la plus grande partie de ses classes à l’Aviron Bayonnais et au CD Baskonia, l’antichambre de l’Athletic Bilbao, d’où sont issus notamment Iribar et Llorente. Laporte qui était jeudi soir sur le terrain lors de la finale du championnat d’Europe des moins de 19 ans avec l’équipe de France de cet âge.

Ce n’est pas le premier défenseur français a opérer à l’Athletic Bilbao, car il eut un prédécesseur célèbre en 1996, le Basque Bixente Lizarazu, à une époque où l’entraîneur était un autre Français, tout aussi célèbre, Luis Fernandez. Souhaitons à Aymeric Laporte, d’avoir la même carrière de joueur que Lizarazu et Fernandez, ce qui ne pourra qu’être bénéfique à l’équipe de France. Cela étant, pour les supporters de l’Athletic Bilbao, Laporte est considéré comme basque…ce qui est plutôt une bonne chose pour lui, puisque j’ai lu que 76% des fans préfèreraient voir leur équipe descendre en deuxième division, plutôt que voir des non-basques porter les couleurs du club.

Michel Escatafal