Tamgho, l’avenir du triple saut si…

Alors que Teddy Tamgho est en train de gâcher une de ses plus belles années pour avoir fait récemment la une des journaux au chapitre des faits divers, ce qui lui a coûté de voir son sponsor mettre fin à son contrat, et une suspension d’un an dont six mois avec sursis de la part de la Fédération Française d’Athlétisme…ce qui ne l’empêchera pas de participer aux Jeux Olympiques de Londres, je voudrais parler aujourd’hui d’athlétisme, et plus particulièrement d’une spécialité un peu moins connue que d’autres, le triple saut. Et si j’en parle, c’est parce que le triple saut est une des rares épreuves où les meilleurs athlètes font les deux saisons, la salle en hiver et en plein air l’été, ce qui devrait être le cas pour davantage d’épreuves afin que l’athlétisme ne soit pas, comme le ski, un sport dont la saison ne dépasse pas trois ou quatre mois. Cette situation est d’autant plus regrettable qu’autrefois il y avait une vraie saison en salle, notamment aux Etats-Unis, et que certains athlètes y réalisaient leurs meilleures performances, et pas seulement sur le sprint ou les sauts. En fait la situation de l’athlétisme en salle est un peu comparable à celle que connaît le cyclisme sur piste, qui n’existe plus qu’à travers quatre ou cinq épreuves dites de Coupe du Monde, plus les championnats d’Europe et du monde.

Fermons la parenthèse, pour noter qu’un des meilleurs athlètes en «indoor» est précisément Teddy Tamgho, qui détient les titres européen et mondial en salle, mais aussi le record du monde de sa spécialité, le triple saut avec un bond de 17m92, réalisé l’an passé lors des championnats d’Europe en salle. En revanche, jusque-là, il a été moins performant en plein air, puisqu’il n’a pu décrocher que la médaille de bronze aux championnats d’Europe 2010, alors qu’il en était le grandissime favori. Cela dit, on ne sait pas ce qu’il aurait pu faire l’an passé s’il avait participé aux championnats du monde à Daegu, puisqu’il était blessé. Enfin, pour être complet, il a quand même terminé l’année avec la meilleure performance mondiale grâce à un bond de 17.98m réalisé en juin à New-York. Bref, compte tenu de son jeune âge (23 ans en juin prochain), Tamgho a sûrement un très grand avenir, et peut même être considéré comme le plus sûr espoir de médaille d’or français aux J.O. de Londres ou de Rio…s’il ne réitère pas quelques erreurs de jeunesse. Et le fait d’être entraîné par le Cubain Pedroso, qui présente de sérieuses références à la fois par son passé de champion du monde et olympique à la longueur, et par le fait qu’il ait entraîné sa compatriote Yargelis Savigne (double championne du monde du triple saut), est un gage supplémentaire de progression, pour l’aider à franchir la fameuse barrière des 18 mètres que tout le monde lui prédit, et qu’il aurait pu franchir dès le mois de mars aux prochains championnats du monde en salle s’il n’avait pas été suspendu.

A ce sujet, il faut noter que les plus grands champions de ce concours si particulier qu’est le triple saut ont tous marqué l’histoire de l’athlétisme, en rappelant que la discipline date de la moitié du 19è siècle, et que son premier champion fut un Américain d’origine irlandaise, James Conolly, qui réalisa en 1896 un triple bond de 13,71m.  Ensuite, dès 1900, on franchira la barrière des 14m (Prinstein avec 14.47m), puis en 1906 on dépassera les 15 m avec John Bresnihan. Que de progrès en dix ans ! Mais il faudra attendre le 30 septembre 1951 pour voir un représentant de l’école brésilienne, Da Silva, franchir enfin les 16 m, en battant le record du monde avec un triple saut de 16.01 m. Cet homme va vraiment marquer son époque, en battant le record du monde aux J.O. d’Helsinki en 1952 avec un triple bond de 16.22 m à son cinquième essai. Surtout les spécialistes avaient noté qu’il avait réalisé ces 16.22 m avec une répartition quasi idéale  de 6.20 m au premier saut, puis 4.75 m au second et enfin 5.27 m au troisième.  Da Silva sera une véritable idole dans son pays, mais va aussi marquer pour longtemps l’histoire du triple. Il va porter le record du monde jusqu’à 16.56 m en 1955 aux Jeux Panaméricains à Mexico à 2200m d’altitude. Dés lors la discipline va s’accélérer puisque le Polonais Schmidt, champion d’Europe en 1958, capable de courir le 100 m en 10s.4/10, belle performance pour l’époque, va réussir à franchir la barre des 17 m. Très exactement  17.03 m,  avec une répartition très différente de celle de Da Silva (5.99 m+5.02 m+6.02 m). Nous étions entrés dans une autre époque, d’autant que la vieille cendrée allait être remplacée à partir de 1968 par du synthétique. Dès lors ce sont les 18 mètres que l’on envisageait.

Déjà à Mexico, aux J.O. de 1968,  avec l’altitude plus un vent qui soufflait presque continuellement à 2m /seconde, sans oublier la piste en polyuréthane, on allait avoir droit à un concours extraordinaire qui, d’ailleurs, eut mérité que l’on en parlât davantage avec six athlètes qui ont dépassé  les 17 m, le record du monde ayant été battu plusieurs fois. Par l’Italien Gentile tout d’abord avec 17.22 m, puis ensuite par le Brésilien Prudencio qui franchit 17.27 m, avec un vent favorable de 2m/s donc juste à la limite autorisée,  avant que le Soviétique Victor Saneiev,  qui allait marquer lui aussi l’histoire  de la discipline, n’améliore le record avec 17.39 m, là aussi avec l’anémomètre bloqué à la limite autorisée de 2 m/seconde. Certains diront que c’était trop beau pour être vrai, un peu comme les 8.90 m de Beamon à la longueur dans les mêmes conditions, qui ont éclipsé le concours du triple, lequel méritait un autre traitement de l’information que celui qui lui fut réservé à l’époque. Saneiev a sans doute été le plus doué des triples sauteurs, au moins jusque là, avec un ensemble de qualités tout à fait exceptionnel. Il était en effet de capable de courir le 60 m en 6s 80, mais aussi de réaliser 8.20 m en longueur. Cela lui permettra de régner sur la spécialité pendant près de 10 ans, jusqu’à l’avènement d’un autre Brésilien, De Oliveira, qui allait réussir 17.89 m en 1975…à Mexico. De Oliveira, comme Saneiev, était un athlète très rapide avec une répartition qui indique qu’il utilisait au maximum sa vitesse, la décomposition de son triple saut étant de 6.10 m + 5 .36 m + 6.43 m.

Après De Oliveira, de nombreux athlètes vont buter sur la ligne des 18 m, à commencer par Banks qui réalisera 17.97m à Indianapolis, un record qui tiendra dix ans, mais aussi le champion olympique 1987, le Bulgare Markov, ou encore l’Américain Conley  qui dépassera 18m (18.20) mais avec un vent trop fort (5m/s), jusqu’à ce qu’elle soit franchie par le Britannique Jonathan Edwards à deux reprises en 1995 avec 18.16 m et peu après avec 18.29 m, ce qui constitue l’actuel record du monde. Edwards aura été un immense champion puisqu’il a été champion d’Europe, champion du monde (2 fois) et champion olympique en 2000. En fait il aura tout gagné, sauf le titre de champion du monde en salle, titre qu’a remporté Teddy Tamgho, comme je l’ai souligné précédemment, sans doute l’athlète le plus doué que l’athlétisme français ait eu depuis bien longtemps, aujourd’hui troisième performer mondial derrière Edwards et l’Américain Harrison (18.09 m).

Et puisque j’ai de nouveau évoqué Tamgho, quand réalisera-t-il ces fameux 18 mètres ? Sans doute cet été…si le manque de compétition et ses déboires privés ne le handicapent pas trop. Dans ce cas, pourquoi pas aux Jeux Olympiques de Londres ? Ce serait beau de réaliser plus de 18 m, et de battre le record du monde devant un ou deux milliards de téléspectateurs dans le monde. Il pourrait dans ce cas retrouver rapidement de nouveaux sponsors, et sa valeur marchande dans les meetings augmenterait considérablement, d’autant que le jeune homme  a le sens du spectacle. En outre il sait bien qu’il lui faut encore beaucoup travailler pour aller encore plus loin, ce qui est rassurant. Ce l’est d’autant plus que s’il travaille sérieusement, il a tout pour devenir une légende comme De Oliveira, Saneiev et Edwards. Et ce n’est pas moi qui le dis, parce que je ne suis pas un technicien du triple saut. En effet, j’ai lu dans l’Equipe l’an passé (en juin) que le recordman du monde, Edwards, considérait que les 17.98 m de Tamgho n’étaient  pas « une immense surprise », parce que Tamgho « est ce qu’on a vu de mieux depuis les années 90 », ce qui ne l’a pas empêché d’ajouter qu’il avait encore du chemin à parcourir pour battre le record du monde. Espérons simplement que Tamgho comprenne que l’on ne peut devenir un très grand champion qu’avec un sérieux à toute épreuve, à l’entraînement comme dans la vie.

Michel Escatafal

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La razzia est-africaine sur les longues distances, y compris en cross-country

Et si nous parlions un peu d’athlétisme, en y incluant le cross-country ! A ce propos, il est dommage que la saison en salle soit de plus en plus courte, car cela permettrait de faire parler d’athlétisme un peu plus souvent. Cela étant ce n’est pas mal de pouvoir parler de cross, même si dans notre pays il ne fait plus les grands titres. Il est vrai que les résultats de nos crossmen ne sont pas brillants, y compris dans le championnat d’Europe, pourtant d’un faible niveau. En fait le niveau de cette spécialité est élevé uniquement dans les grands cross, car ils rassemblent les meilleurs coureurs africains, plus particulièrement les Ethiopiens, les Erythréens, et les Kenyans.

Cela dit, faisons un petit retour en arrière pour noter que la première fois qu’un représentant de ces pays s’est imposé aux yeux du monde entier remonte aux Jeux Olympiques de Rome en 1960, avec la victoire dans le marathon d’Abebe Bikila, jusque là totalement inconnu à l’échelon international. Pourtant il avait réalisé, selon les informations du Comité Olympique de son pays, l’Ethiopie, un temps extraordinaire pour l’époque sur le marathon, à savoir 2h 17mn. Un temps que personne évidemment n’avait pris au sérieux, d’autant qu’il n’avait pas été réalisé aux Etats-Unis ou en Europe. Et pourtant, Abebe Bikila remportera haut la main le marathon des Jeux de Rome devant le Marocain Rhadi, en 2H 15mn 16s, ce qui pulvérisait sa meilleure performance de presque deux minutes.

Comment une telle performance était-elle possible de la part d’un inconnu ? Tout d’abord parce que ce coureur était extrêmement doué, ensuite parce que même s’il ne courait que depuis trois ans et demi, il bénéficiait chaque jour des effets d’une préparation en altitude, préparation facilitée par le fait qu’il était sergent de la garde du Négus (Empereur d’Ethiopie), donc en quelque sorte semi-professionnel. On va mesurer dans les années suivantes, et notamment à partir de l’olympiade 1964-1968, des effets bienfaisants de l’entraînement en altitude, avec la razzia dans les grandes compétitions des coureurs dits des hauts plateaux (Kenya, Ethiopie…). En attendant, aux J.O. de Tokyo en 1964, Abebe Bikila remportera de nouveau le marathon…malgré une opération de l’appendice cinq semaines auparavant. Il avait couvert la distance en 2h 12mn 11s et avait relégué son suivant, le Britannique Heatley, à plus de quatre minutes. A peine arrivé, il semblait frais comme un gardon, effectuant même des exercices d’assouplissement comme si la fatigue ne l’atteignait pas.

Après une tentative infructueuse pour réussir un incroyable triplé sur le marathon à Mexico en 1968, où la victoire fut remporté par un autre Ethiopien Mamo Wolde (en 2h 20mn 26s), Bikila finira sa vie (en 1973) paralysé, suite à un accident de voiture survenu quelques mois après les Jeux de Mexico. Et puisque nous parlons de Mexico, les Africains y  firent un véritable triomphe remportant toutes les épreuves du 1500 m, avec le Kenyan Keino, au marathon, en passant par le 5000 m avec le Tunisien Gamoudi, le 10000 m avec le Kenyan Temu, sans oublier le 3000 m steeple remporté par un autre Kenyan, Biwot. Après ces triomphes on va retrouver nombre d’Africains, et notamment de coureurs des hauts plateaux, sur tous les podiums olympiques et mondiaux, y compris en cross.

Il suffit de regarder les palmarès des épreuves de fond, et plus encore de cross-country, pour se rendre compte à quel point de nos jours ces coureurs africains sont, et de loin, les meilleurs. Aux Jeux Olympiques de Pékin par exemple, à l’été 2008, les Kenyans ont remporté le 800m (Bungei), le 1500m (Kiprop), le marathon (Wanjiru) ainsi que le 3000m steeple (Kipruto devant le Français Mekhissi). Chez les femmes la domination fut presque aussi forte, même si c’est une Roumaine qui a gagné le marathon (Tomescu) et une Russe (Samitova) le 3000 m steeple. En revanche les Kenyanes ont gagné le 800 m (Jelimo) et le 1500m (Jebet), le doublé 5000-10000m ayant été réalisé par l’Ethiopienne Tirunesh Dibaba, exploit réalisé aussi chez les hommes par son compatriote Kenenisa Bekele. Et cette domination intervient après celle de Gebreselassie, autre immense champion éthiopien, les olympiades précédentes. Les derniers championnats du monde cet été, à Daegu, ont confirmé cette tendance, plus particulièrement chez les hommes, les Africains raflant toutes les médailles d’or du 800m au marathon en passant par le 3000m steeple, sauf le 5000m remporté par le Britannique Mohammed Farrar…né Somalien.

Par ailleurs les deux meilleurs athlètes en cross de ces dernières années sont aussi  Bekele, qui a cumulé douze titres de champion du monde dans la spécialité (cross long et court), et Tirunesh Dibaba, qui a remporté quatre titres en cross long et court. Le cross est vraiment devenu une spécialité éthiopienne ou plutôt est-africaine comme il était une spécialité britannique…et française il y a quelques décennies. Depuis 2009, les Ethiopiens ( Gebre-egziabher Gebremariam et Merga) ont dû partager les lauriers avec le Kenyan Ebuya, alors que les Kenyanes (Florence Kiplagat, Emily Chebet et Vivian Cheruyiot) ont réussi à s’imposer à leurs rivales éthiopiennes.

Et pour revenir au cross français, il faut se rappeler qu’une Française, Annette Sergent, fut deux fois championne du monde en 1987 et 1989.  N’oublions pas non plus qu’Alain Mimoun a remporté à quatre reprises le Cross des Nations, qui était le véritable championnat du monde de l’époque, en 1949, 1952, 1954 et 1956, suivant en cela l’exemple de Jean Bouin en 1911,1912 et 1913, ou encore de Guillemot en 1922, sans oublier Pujazon en 1946 et 1947, et Fayolle en 1965. Mais leur plus bel exploit les Français le réaliseront en 1949, année où la France obtiendra les trois premières places à l’issue d’une course où, seuls au monde, ils s’empoignèrent tout au long du parcours, le grand favori, Raphaël Pujazon, se faisant déborder dans les derniers mètres par Mimoun, un autre Français, Cérou, complétant  le podium. Bien évidemment l’Equipe de France remporta aussi le titre par équipes, les trois autres coureurs tricolores terminant à la sixième place (Paris), à la huitième (Petitjean) et à la treizième (Brahim).

Quel triomphe, malheureusement entaché par une vaine polémique à l’initiative de Pujazon, lequel après avoir attaqué aux 500 mètres n’avait pas accepté que Mimoun vienne le coiffer sur la ligne d’arrivée, ce qui fit dire à Mimoun que Pujazon n’était pas « tabou », et qu’on pouvait le battre si on était meilleur. D’ailleurs Pujazon savait bien que Mimoun, médaillé d’argent sur 10.000m l’année précédente aux J.O. de Londres, était beaucoup plus rapide que lui dans les derniers mètres. En outre, si l’on en croit les témoins de cette course, le plus fort était sans doute Cérou, lequel fut freiné par Pujazon alors qu’il menait grand train autour du dixième kilomètre. Hélas pour nous tout cela appartient à l’histoire, et de nos jours la France occupe une place modeste dans le concert des nations en cross-country, comme du reste sur la piste, du moins sur les longues distances.

Michel Escatafal


Un record du monde du 400m qui ne pouvait qu’appartenir à l’histoire

Parmi les grands records en athlétisme, ceux dont on se rappelle parce qu’ils ont tenu très longtemps comme record du monde, il y a celui du 400 mètres établi par Lee Evans le 18 octobre 1968 aux Jeux Olympiques de Mexico, qui ne sera battu que 19 ans et 9 mois plus tard. Tout d’abord ce record fut mémorable parce qu’il constitue encore une performance extraordinaire de nos jours, largement supérieur par exemple au record d’Europe de Schonlebe (44s33 en 1987). Combien de coureurs ont fait mieux que Lee Evans à ce jour ? Très peu, c’est-à-dire six, dont le successeur d’Evans sur les tablettes mondiales, Harry Butch Reynolds, qui avait réalisé 43s29 en 1988 à Zurich, qui fut suspendu deux ans plus tard pour dopage. Les autres sont l’actuel recordman, Michael Johson (43s18 en 1999), Jeremy Wariner (43s45 en 2007), Quincy Watts (43s50 en 1992), LaShawn Merritt (43s75 en 2008) qui fut lui aussi suspendu pour dopage en 2010, et Dany Everett (43s81 en 1992). Par ailleurs, avec son temps de 43s86, il aurait remporté la médaille d’or aux derniers championnats du monde à Daegu, puisque le vainqueur Kirani James (Grenade) a réalisé 44s60 devant LaShawn Merritt qui a couru en 44s63. Donc, même corrigés en tenant compte de l’altitude, les 43s86 d’Evans ont été un véritable exploit il y a quarante trois ans.

Ensuite parce que ce record du monde fut établi suite à l’expulsion du village olympique de Mexico de Tommie Smith et John Carlos, amis d’Evans, qui n’ont pas hésité à manifester sur le podium lors de la remise des médailles du 200m. Ces deux athlètes, qui avaient terminé respectivement premier et troisième du 200m, ont décidé de protester contre le sort réservé aux Noirs des Etats-Unis, en levant leur poing ganté de cuir noir et en baissant les yeux devant les bannières étoilées de leur pays.  Par parenthèse, suite à cette manifestation, Tommie Smith ne reviendra jamais sur une piste. Et c’est d’autant plus dommage, qu’il était âgé de 24 ans, et qu’il était donc appelé à un avenir d’autant plus radieux qu’il était aussi fort sur 200m que sur 400m, plus fort qu’Evans sur le tour de piste.  Rappelons qu’il a remporté le titre olympique sur 200m en 19s83, devant l’Australien Norman, avec une élongation à la cuisse qu’il s’était fait la veille en demi-finale, et en coupant son effort à une quinzaine de mètres de la ligne. Combien aurait-il réalisé sans sa blessure et s’il avait couru à fond jusqu’au bout ? Sans doute autour de 19s60.

Tommie Smith nous ramène indirectement à Lee Evans, parce que ce dernier a eu la chance que Smith décide de se consacrer uniquement au 200m. En effet, en mai 1967, T. Smith bat nettement Lee Evans lors d’une réunion à San Jose sur 440 yards, réalisant 44s8 sur la distance (44s5 au 400m) contre 45s3 à Evans. Mais cela ne sera pas suffisant pour que Tommie Smith insiste sur 400m, préférant nettement le demi-tour de piste où il est intouchable. Et donc il va laisser le champ libre à Lee Evans pour les J.O. de Mexico, même si Evans était  loin d’avoir la certitude de gagner l’or olympique, ne serait-ce qu’en raison du passage obligé que représentent les sélections américaines, plus difficiles que les J.O. eux-mêmes. Toutefois il se qualifiera aisément  en remportant la finale des sélections en 44s, devant Larry James en 44s1, Ron Freeman en 44s6 et Matthews qui prendra la quatrième place, synonyme d’une place dans le relais 4x400m. La tâche d’Evans était d’autant plus aisée que son principal rival supposé, Collett, qui avait réalisé le même temps que lui en demi-finale, s’est littéralement effondré en finale.

Bref tout allait bien pour Evans en vue des J.O., mis à part la petite contrariété que lui avait causée la non homologation de ses 44s, ce qui constituait le record du monde, pour une sombre affaire de chaussures qui comptaient un trop grand nombre de pointes. Mais tout cela n’était rien à côté de ce qui l’attendait quelques semaines plus tard à Mexico. Pourtant tout avait bien commencé aux J.O., avec des qualifications faciles jusqu’en finale, même si la montée en puissance de Larry James l’inquiétait quelque peu. Mais la veille de la finale a lieu cette fameuse cérémonie protocolaire du 200m, qui mit Evans dans l’obligation morale de se solidariser avec Smith et Carlos. Du coup il décide de déclarer forfait, ce qui donne encore plus de poids à l’entreprise de ses deux copains, lesquels en revanche ne veulent pas entendre parler de son forfait. Son entraîneur, Bud Winter, s’y met aussi, et finalement suite à un ultime appel de Carlos et Smith, Evans flanche et décide de disputer la finale du 400m.

Cela va le mettre dans un état de surexcitation exacerbé, au point de prendre un départ canon (10s7 aux 100m), et de poursuivre son effort jusqu’aux trois cents mètres, avant de faiblir un peu sur la fin où il vit revenir dangereusement son rival, Larry James. Il avait gagné sa finale, pour ses copains Smith et Carlos, et pour  tous les Noirs américains qui luttaient pour leurs droits. Comble de bonheur, il venait de réaliser un exploit phénoménal en parcourant le tour de piste en 43s86, ce qui constituait un nouveau record du monde que, cette fois, on ne pouvait pas lui prendre. A noter que James finira à un mètre d’Evans en 43s9, alors que Freeman sera crédité de 44s4. Au passage c’était le deuxième énorme exploit consécutif de l’après-midi, juste après celui  de Beamon en longueur avec ses 8m90.

Mais Evans, tout à sa joie, n’oubliait toujours pas ses copains Carlos et Smith, et c’est avec un béret noir et des chaussettes de la même couleur que les trois médaillés du 400m se rendirent à la cérémonie du podium, saluant ensuite la foule avec la médaille autour du cou, les poings levés et sans gant. Allait-on sanctionner de nouveau les héros du 400m ? Non, car les Américains ne voulaient pas prendre le risque de perdre une médaille d’or, et  Evans, James, Freeman, plus Matthews, vont écraser le relais 4x400m en pulvérisant le précédent record du monde (1966), le faisant passer de 2mn59s6 (avec  déjà T. Smith et Evans) à 2mn56s1, Freeman bouclant son relais en 43s2, James en 43s8, Evans en 44s1 après que Matthews eut lancé le relais en 45s. Les adversaires n’avaient pas existé à côté de ce quatuor, même si le Kenya réalisera le même temps que le précédent record du monde. Au passage, on peut constater l’avantage que procure l’altitude sur les distances de sprint (moins de 60 s).

Ce sera le chant du cygne d’Evans qui ne réussira plus jamais d’exploit, n’arrivant même pas à se qualifier pour les épreuves individuelles des J.O. de 1972, puisqu’il terminera quatrième ce qui le qualifiait pour le relais. Mais l’attitude jugée irresponsable sur le podium de Matthews, vainqueur du 400m, et de son second Collett, s’amusant pendant l’hymne américain, provoqua leur exclusion des J.O. et empêcha Evans de participer au relais 4x400m, les Etats-Unis n’ayant pas suffisamment  de coureurs valides pour remplacer Matthews et Collett . Ensuite Evans deviendra entraîneur dans le pays de ses ancêtres africains, au Nigéria, obtenant même en tant que coach une médaille de bronze aux J.O. de Los Angeles en 1984. En tout cas il laissera à la postérité le souvenir de ses deux médailles d’or à Mexico doublées de deux records du monde, avec ce deuxième podium historique sur fond de revendications pour le peuple afro-américain. Nombre d’entre nous se rappellent ces épisodes qui aujourd’hui paraissent très lointains, comme les Français se rappellent aussi avec émotion de la victoire sur 400m de Colette Besson à ces mêmes Jeux Olympiques.

Michel Escatafal


Le 4×100 français : une longue tradition de succès

Alors que les relais français du 4x100m viennent encore une fois de se distinguer aux championnats du monde d’athlétisme à Daegu, avec la cinquième place des relayeuses (M. Soumaré, C. Distel, L. Jacques-Sébastien, V. Mang), et plus encore la médaille d’argent chez les hommes (Tinmar, Lemaitre, Lesourd, Vicaut) qui confirment le titre européen acquis l’an passé, je voudrais revenir sur deux des moments les plus magiques dans la vie de notre athlétisme national, le 1er septembre 1990, et le 30 août 2003.

Les Français ont eu de tout temps des sprinters de qualité, surtout à l’échelle européenne. Mais ils ont toujours eu depuis le début des années 60 des relais 4×100 m de très grande qualité. Il n’y a pas de secret à cela : les Français sachant qu’ils allaient moins vite que les Américains ou les Jamaïcains travaillaient beaucoup plus leurs passages de témoin. C’est la raison pour laquelle tous les relais français (masculin et féminin) collectionnent les médailles planétaires et plus encore européennes.

Alors, on imagine ce que cela donne quand on a un groupe de sprinters très rapides, ce qui sera le cas dans les années à venir pour l’équipe de France masculine, avec Christophe Lemaitre (21 ans) et Jimmy Vicaut (19 ans), tous deux finalistes sur 100m aux championnats du monde, et médaillé de bronze sur 200m pour Lemaitre. Chez les féminines nous avons aussi connu cela avec un relais composé de deux filles parmi les toutes meilleures au monde sur 100 et 200m, Christine Arron et Murielle Hurtis, plus deux bonnes spécialistes comme Patricia Girard et Sylviane Félix, qui remportèrent le titre mondial le 30 août 2003 à Paris, en battant les Américaines.

Qui ne se souvient de cette magnifique ligne opposée de Murielle Hurtis, et plus encore sans doute de l’extraordinaire ligne droite de Christine Arron, à l’époque la femme la plus rapide du monde lancée, qui avait raté sa finale individuelle (5è), mais qui avait repris deux mètres lors de la finale du relais 4x100m à la championne du monde individuelle, Torri Edwards, pour la devancer de presque un mètre à l’arrivée, et permettre à l’équipe de France de réaliser un de ses plus beaux exploits. Un exploit d’autant plus fantastique qu’il ne devait rien aux aléas du relais, comme cela arrive très souvent, les Américaines ayant été battues à la régulière.

Un autre exploit a marqué l’histoire de l’athlétisme français, le 1er septembre 1990, avec le titre européen du relais 4x100m français, complété par un record du monde qui fera date, dans la mesure où en relais ces records sont l’apanage quasi exclusif des Américains ou des Jamaïquains. Pour mémoire je rappellerais que le record mondial du 4x100m hommes a toujours été détenu par les Américains depuis 1932 jusqu’en 1967, où les Français Berger, Delecour, Piquemal et Bambuck le battirent avec un temps de 38s9/10. Cela dit, en 1958 et 1960, les Allemands avaient égalé le record détenu par les Américains depuis 1956…avec des sprinters certes très bons, mais loin du niveau de celui des Américains à l’exception du champion olympique Armin Hary. C’était la même chose pour les Français en 1967, qui n’avaient qu’un sprinteur de classe mondiale, Roger Bambuck.

Et qu’en était-il des Français en 1990 lors des championnats d’Europe à Split. Disons que la France avait de très bons sprinters avec Marie-Rose, Trouabal, Sangouma (2è du 100 m aux championnats d’Europe 1990) et Morinière. Tous valaient entre 10s15 et 10s20 au 100 mètres, et ils étaient trois en finale sur 100m aux championnats d’Europe 1990, Trouabal ayant remporté la médaille d’argent sur 200m. Bref une très bonne équipe, loin des Américains en ce qui concerne les temps pris individuellement, loin aussi en valeur individuelle par comparaison avec l’équipe féminine championne du monde 2003, mais une très bonne équipe quand même. Et elle allait le prouver en finale du 4x100m, où elle affrontait l’équipe de Grande-Bretagne emmenée par Linford Christie, champion d’Europe du 100m en 1990 et futur champion olympique à Barcelone deux ans plus tard, et par Régis le champion d’Europe du 200m.

Le grand duel devait avoir lieu le dernier jour des championnats, avec pour enjeu la suprématie européenne. Ce fut somptueux, et quand au sortir du dernier virage Trouabal, qui avait fait un excellent parcours au même titre que Sangouma dans la ligne opposée, passa le relais à Marie-Rose avec environ 1m d’avance, il était facile de deviner que c’était gagné. Marie-Rose en effet, comme prévu, ne perdit quasiment rien sur Christie et les Français l’emportèrent. Restait à regarder le temps réalisé, car on sentait qu’on était allé très vite. Verdict : 37s79, c’est-à-dire le record du monde. C’était tout bonnement un des grands exploits du sport français, et pourtant tout ne fut pas parfait au niveau des transmissions, notamment entre Morinière, premier relayeur et Sangouma.

Il n’empêche, les Français avaient battu le record du monde avec un différentiel de 3s05 entre les valeurs individuelles et le temps mis par le relais lors de ce record…à comparer à l’écart de différentiel des Américains lors de leur record du monde en 1984 qui était de moins de 2s50, celui-ci étant tombé à 2s20 quand Cason, Burrell, Mitchell et Carl Lewis reprirent leur record (37s40) aux Français en 1991, lors de la finale des championnats du monde, à peu près du même ordre que celui des Jamaïcains pour leur record du monde d’hier à 37s04. Par parenthèse cela signifie qu’un relais composé de Bolt, Powell, Blake et Carter pourrait réaliser avec un minimum de travail technique un temps de l’ordre de…35s70, ce qui donne une idée encore plus exacte du gain de temps que procurent le travail collectif et la technique de transmission du témoin. On est vraiment très loin des limites dans cette épreuve !

Fermons la parenthèse pour indiquer que les Français (dans la même composition que l’année précédente)  ne déméritèrent pas dans cette finale des championnats du monde 1991, bien au contraire, puisqu’ils glanèrent une médaille d’argent derrière les Etats-Unis. Ils finirent même assez proches des Américains (37s87 contre 37s40), pourtant infiniment plus véloces, avec de meilleurs passages de témoins qu’à Split. En revanche, à part Trouabal, les Français avaient un niveau individuel inférieur à celui qu’ils avaient à Split, ce qui augmentait encore leur différentiel qui était passé à 3s25. Comme quoi le travail paie, et globalement les relais français en ont toujours apporté la preuve. D’ailleurs avec quatre sprinters incapables de passer le cap des demi-finales ou quart de finales aux championnats du monde de 2005, le relais français (Doucouré, Pognon, De Lépine, Dovy) avait remporté la médaille d’or du 4X100 m. Cela dit, les Américains avaient été déclassés avant la finale, ce qui ramène l’exploit à sa juste proportion, même si cela en fut un d’avoir gagné.

Michel Escatafal


Le saut à la perche a perdu un de ses plus beaux champions

Ces derniers jours je préparais un petit billet sur la perche, parce que cette discipline est une des plus prolifiques de l’athlétisme français en termes de médailles dans les grands championnats. Et j’avais titré ce billet sur Renaud Lavillenie, qui est notre plus grande chance de médaille d’or aux prochains championnats du monde de Daegu, après sa médaille d’or aux championnats d’Europe en salle en mars dernier, cette victoire faisant suite à un été extraordinaire où il avait quasiment gagné tout ce qui était possible de l’être, et notamment le titre de champion d’Europe et la Ligue de Diamant. J’ajoutais qu’en fait, malgré la valeur de Romain Mesnil ou du Polonais Wojciechowski, il n’aura qu’un seul rival, l’Australien Hooker, champion du monde et champion olympique, en précisant qu’avec ces deux perchistes il n’y a pas à trembler, car l’un comme l’autre sont extrêmement réguliers jusqu’aux hauteurs les plus importantes, ce qui est le cas généralement des plus grands sauteurs.

Je disais aussi que ces performances à répétition de Lavillenie nous rappelaient  en même temps de bons souvenirs, puisque nous avons eu deux champions olympiques, avec Quinon (à gauche sur la photo) en 1984 et Galfione en 1996, sans oublier les records du monde battus au début des années 80, c’est-à-dire entre 1980 et 1984. Ce fut Vigneron (à droite sur la photo) qui battit ce record du monde le premier, le 1er juin 1980 à Colombes lors des championnats interclubs. Il passa ce jour-là 5,75m, et redonna à la France le record du monde du saut à la perche qu’elle n’avait plus détenu…depuis 1905. A l’époque c’était Fernand Gonder, qui avait pour surnom « le casse-cou », qui avait sauté d’abord 3,69 m en 1904 …avec une perche en bambou et l’année suivante 3,74 m. Peu après l’exploit de Vigneron,  Philippe Houvion portera ce record à 5,77m.

Philippe Houvion était le fils de son père, excellent perchiste des années 60, et entraîneur de Jean Galfione plus tard, qui avait été le pionnier de la perche en fibre de verre en France ce qui lui permit de franchir 4,87 m en 1963, alors qu’il plafonnait à 4,40m deux ans plus tôt avec la perche en métal. Cette révolution, qui permettait de pulvériser les records presque à chaque meeting, va faire passer le record du monde, entre 1961 et 1994, de 4,83m (Georges Davis) à 6,14m (Bubka) soit une différence de 1,31m, alors qu’entre 1898 et 1960 on est passé de 3,61m (Clapp) à 4,82m (Gutowski) soit 1,11m de plus.

Pour revenir aux Français recordmen du monde, il y eut de nouveau Vigneron en 1981 avec 5,80m, puis en 1983 Quinon, qui l’amènera en août à 5,82m, puis encore  Vigneron qui passera 5,83m trois jours après. Ensuite, en 1984, commencera le règne du plus grand perchiste de tous les temps, du moins avec la fibre de verre, l’Ukrainien ex-Soviétique Bubka. Il battra son premier record du monde en mai 1984 avec 5,85m, et l’améliorera sans discontinuer jusqu’en 1994 avec 6,14m à Sestrières. Il franchira même 6,15m en salle en 1993. Cela dit, il y a quand même un sauteur qui a réussi à prendre le record du monde à Bubka pendant son règne, Thierry Vigneron encore lui.

Oh certes, il ne redevint recordman du monde qu’une dizaine de minutes le 31 août 1984 à Rome, mais c’est quand même à signaler. En fait, si Vigneron reprit le record du monde, c’est parce qu’il tenta et passa 5,91m à son second essai, soit un centimètre de mieux que le record mondial de Bubka, alors que ce dernier a préféré garder ses deux derniers essais pour tenter 5,94m, hauteur qu’il franchit à sa première tentative. Plus personne à l’avenir ne réussira à s’élever aussi haut que Sergueï Bubka, qui aura battu en tout 35 fois le record du monde entre la salle et le plein air. Aujourd’hui encore, le meilleur saut derrière Bubka se situe à 6,06m (Hooker), et il a été réalisé en salle.

Voilà un résumé de ce que j’avais écrit sur la perche, et je ne pensais pas que nous apprendrions une si triste nouvelle aujourd’hui avec la mort de Pierre Quinon, qui s’est suicidé hier à Hyères à l’âge de 49 ans. Pierre Quinon était vraiment un très grand champion, et nombre de spécialistes prétendent qu’il était le seul perchiste de sa génération à avoir les capacités de rivaliser avec le maître absolu de la discipline, Sergeï Bubka. En fait on aurait dû l’avoir ce duel en 1984 aux Jeux Olympiques de Los Angeles…si ceux-ci n’avaient pas été boycottés par la quasi totalité des pays du bloc  communiste. Du coup c’est à un match France-Etats-Unis que l’on allait assister, avec pour favori un Français, Thierry Vigneron. Mais c’est son cadet de deux ans, Pierre Quinon qui allait se révéler le plus fort et le plus maître de ses nerfs, facteur tellement important en athlétisme en général et à la perche en particulier.

Quinon n’était pas un inconnu en arrivant à Los Angeles pour les J.O., car outre son record du monde en 1983, il avait aussi remporté une médaille d’argent aux championnats d’Europe en salle derrière Vigneron, plus à l’aise en indoor qu’en plein air. Cependant pour l’ensemble de son œuvre Vigneron était le favori, plutôt que Quinon qui était sur le circuit depuis moins longtemps. Seulement voilà, Quinon était en très grande forme, et dans ses grands jours c’était un compétiteur hors pair avec beaucoup de culot quand les circonstances l’exigeaient. Ainsi il n’hésita pas à tenter le tout pour le tout le jour de la finale de ces J.O., en faisant une impasse colossale entre 5m45 et 5m70, simplement entrecoupé par un essai manqué à 5m65, sur lequel il a ressenti une petite douleur à la cuisse.

La fin du concours mérite d’être contée dans les détails, avec une tension à son comble quand l’Américain Tully réussit à franchir 5m65 à son troisième essai, ce qui obligeait Quinon à franchir 5m70 dans un des deux essais qu’il lui restait, ce qu’il fit à sa première tentative. Et comme il avait des réserves physiques malgré sa petite blessure, il franchit ensuite 5m75 au premier essai. A cette hauteur il se doutait qu’il ne pouvait pas perdre, d’autant que Vigneron et Bell avaient calé à 5m60. Mais avec un compétiteur comme Tully, de surcroit tout près de chez lui (originaire de Long Beach), il y avait encore une possibilité que l’or se transformât en argent s’il passait 5m80, même si ce n’était pas l’hypothèse la plus vraisemblable compte tenu de la longueur du concours.

Combien de milliers de Français, n’ayant pas hésité à veiller jusqu’à trois heures du matin, ont souhaité au moment où Tully s’élançait pour ses trois essais qu’il fasse chuter la barre ? Tous sans doute, sinon ils n’auraient pas veillé aussi tard pour assister à la fin du concours. Certes, certains diront que ce n’est pas très sportif, mais je reconnais que j’étais très heureux quand Tully faisait tomber la barre, ce qui en fait n’arriva qu’une fois, puisque lors de ses deux autres essais Tully ne put finir son saut. Cette fois c’était fait, Quinon était champion olympique, quel que soit le résultat de sa troisième tentative (manquée) à 5m80.

Il avait 22 ans et demi, et il s’annonçait comme l’autre crack de la discipline avec Bubka. Hélas une vilaine blessure à la cheville (distension des ligaments) allait le couper dans son élan, et l’éloigner des sautoirs pendant longtemps. Pire même, plus jamais il ne retrouva l’intégralité de ses énormes moyens…et finit par arrêter la compétition en 1993 après avoir compris que le plus haut niveau était fini pour lui. Il n’empêche, entre 1982 et 1984, il avait prouvé que l’école de perche française était sans doute la meilleure au monde avec celle des Soviétiques, et que lui-même était bien le surdoué qu’avaient discerné ses différents entraîneurs, dont J.C. Perrin. Dommage quand même cette blessure, car sans cela il aurait franchi à coup sûr une barre à 6m et nous aurait offert, avec Bubka, un de ces duels qui font la grandeur du sport.

Michel Escatafal


Wilma Rudolph, la gazelle noire qui caressait la piste

Aujourd’hui l’athlétisme, comme le tennis, a des vedettes qui sont à la fois masculines et féminines. En France, Marie-Jo Pérec ou encore Christine  Arron ont une notoriété qui n’a guère d’égale à ce jour que celle de Christophe Lemaitre notre jeune sprinter. Et c’est la même chose au niveau mondial avec, par exemple, Yelena Isinbayeva qui est presqu’aussi connue que la grande star de l’athlétisme mondial, Usain Bolt. Tel n’était pas le cas jusqu’en 1960, quelles que soient les qualités d’une Fanny Koen, appelée « la Hollandaise volante », qui remporta quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques de Londres en 1948 (100m, 200m ,80m haies, relais 4x100m), c’est-à-dire autant que Jesse Owens  en 1936…ce que tout le monde ignore. En fait il fallut attendre 1960 et les Jeux Olympiques de Rome pour qu’une athlète, Wilma Rudolph, vole la vedette aux hommes, et devienne la première star mondiale de l’athlétisme.

Il faut dire que Wilma Rudolph avait tout pour elle, puisqu’elle était très belle, en plus d’être la reine du sprint mondial féminin. A cela s’ajoute une vie où elle aura tout connu entre dénuement et conte de fées, venant  d’une famille du Tenessee très pauvre dont elle était le dix-septième enfant (sur dix-neuf), atteinte de surcroît d’une poliomyélite  à l’âge de six ans qui la priva longtemps de l’usage de sa jambe gauche. Heureusement elle eut la chance d’avoir une mère qui n’a jamais désespéré de voir sa fille retrouver toutes ses facultés, au prix d’efforts incroyables ne serait-ce que l’emmener faire de la rééducation chaque semaine à Nashville, capitale de l’Etat du Tenessee, distante de plus de soixante dix kilomètres de son domicile.

Et le miracle se produisit vers l’âge de onze ans, le jeune Wilma abandonnant sa prothèse parce qu’elle marchait presque normalement. Il lui restait toutefois à renforcer cette jambe, et pour ce faire sa mère, toujours elle, demande à un de ses fils qui jouait au basket de l’inscrire dans son club. Et là aussi miracle, très vite Wilma va s’affirmer comme une des meilleures joueuses de son âge. Cependant les entraîneurs du club notent surtout qu’elle court très vite, et  vont l’orienter vers l’athlétisme, sport qui va faire sa gloire en quelques années. Ses progrès sur la piste sont extraordinaires, malgré une apparence extrêmement chétive, au point qu’à l’âge de seize ans elle gagne sa sélection pour le relais 4x100m des Jeux Olympiques de Melbourne en 1956. Ce relais avec Wilma Rudolph va remporter la médaille de bronze. C’est le début de sa moisson de lauriers qui va durer jusqu’en 1961, date à laquelle elle dira adieu à la compétition.

Mais avant cela elle va subjuguer le monde de l’athlétisme, plus particulièrement aux Jeux Olympiques de Rome (1960), après quatre ans de préparation.  On ne voit qu’elle dans le stade olympique, où plutôt sa longue foulée qui caresse la piste. Sa silhouette et ses longues jambes fines et fuselées l’ont fait surnommer la « Gazelle noire ». Certains pensaient que le sprint féminin avait trouvé une reine du sprint pour longtemps au moment des J.O. de 1956, avec l’Australienne Betty Cuthbert, trois fois couronnée sur 100, 200 et 4x100m, mais celle-ci sera surpassée à Rome quatre ans plus tard, non pas au nombre de médailles d’or, mais sur le plan chronométrique et par le style éblouissant avec lequel Wilma Rudolph rayonnait sur la piste.

 Jamais une sprinteuse n’avait à ce point dominé le sprint, à part Fanny Koen sur 200m aux J.O. de 1948, laissant ses adversaires  en finale des J.O. 1960 à trois dixièmes sur 100m et à quatre dixièmes sur 200m…en se réservant pour le relais 4x100m. Une supériorité qui fait penser à celle d’Usain Bolt aujourd’hui, et plus encore  à celle de Florence Griffith Joyner à Séoul en 1988…le doute en moins, parce que la progression de Wilma Rudolph fut linéaire depuis 1956. D’ailleurs elle attendra le 9 juillet 1960 pour battre son premier record du monde à Corpus Christi, ville côtière au sud du Texas. Ce jour-là elle réalisa 22s9/10 sur 200 m, soit trois dixièmes de mieux que le précédent record de Betty Cuthbert (23s2/10) qui datait de 1956, et que cette dernière venait d’égaler peu avant. C’était la première fois qu’une athlète féminine passait sous la barre des 23s au 200m. Elle était prête pour faire une razzia aux J.O. en septembre à Rome.

Et de fait, dès les demi-finales du 100 m elle égale le record du monde du 100 m, détenu par l’Australienne Shirley de La Hunty et la Soviétique Vera Krepkina, en réalisant 11s3/10. Elle fera beaucoup mieux en finale ( le 2 septembre 1960) avec un temps de 11s tout juste, loin devant l’Anglaise Hyman et l’Italienne Leone (11s3/10 toutes deux), la Soviétique Itkina (11s4/10) et notre Cathy Capdevielle qui termina à la cinquième place (11s5/10). Hélas pour toutes ces concurrentes et surtout pour Wilma Rudolph, le vent soufflait un peu trop fort sur le Foro Italico (2,47m/s au lieu de 2m/s autorisé), et le record du monde ne fut pas homologué.  Ce n’était que partie remise, car ce record du monde deviendra la propriété de la « Gazelle noire » en 1961, avec un temps de 11s2/10 réalisé à Stuttgart le 19 septembre 1961. Fermons la parenthèse pour dire que le lendemain de la finale du 100 m, le 3 septembre, Wilma Rudolph remportera le 200 m en réalisant 24s juste face à un vent contraire de 4 m/s, puis deux jours plus tard elle complètera son triomphe romain dans le relais 4x100m, en prenant le témoin dans le dernier relais avec deux mètres de retard pour finir sa ligne droite avec deux mètres d’avance, malgré une légère blessure à la cheville qui la faisait souffrir depuis la finale du 100 m.

Hélas pour le monde de l’athlétisme, elle arrêtera sa carrière à la fin de la saison 1961, à l’âge de 21 ans, avec en poche trois titres olympiques et le record du monde des 100m, 200m, et relais 4x100m. Quels sommets eut-elle atteint si elle avait continué quelques années de plus ? Problème, à l’époque l’athlétisme n’était pas un sport professionnel, et il lui fallait gagner sa vie ailleurs que sur les pistes. Wilma Rudolph hésita entre le métier de mannequin et celui d’éducateur, pour lesquels elle avait toutes les dispositions pour réussir, avant de choisir…le mariage. Ce ne fut pas sa meilleure réussite puisqu’elle divorça une première fois, puis une seconde, élevant seule ses quatre enfants, dans la plus grande difficulté dirent les uns, ce que l’ancienne championne tint à démentir, même si elle concéda n’être pas riche.

Elle sera victime en 1967 d’un grave accident de la circulation qui toucha sa colonne vertébrale, ce qui ne l’empêcha pas de devenir conférencière, ni de représenter son pays auprès des pays d’Afrique de l’ouest, ni de s’occuper de la fondation qui porte son nom, destinée à aider les enfants défavorisés. Elle rejoindra en 1994 le paradis des athlètes, victime d’une longue maladie à l’âge de 54 ans. Néanmoins aucun des amoureux de l’athlétisme qui l’ont vu courir sur les stades  ou à la télévision ne l’oublieront. Pour tous ceux-là, aucune autre sprinteuse n’égalera sa grâce et sa beauté. Aucune non plus ne saura se soustraire comme elle à la pression des grandes compétitions. Il est vrai que là aussi sa faculté de relaxation était extrême, puisqu’elle arrivait à s’endormir entre deux épreuves.

Michel Escatafal


Les grands milers : partie 1

Quels sont les plus grands milers de l’histoire de l’athlétisme ? Voilà une question intéressante parce qu’elle concerne les coureurs de 1500m, sans doute ceux qui font le plus rêver le grand public avec les sprinters. Sans remonter trop loin, il y a quand même des coureurs qui ont marqué cette distance, ou plutôt ces distances, parce que pendant longtemps il y avait deux records mythiques, le 1500m et le mile…même si cette distance est de moins en moins courue dans les meetings. Cependant parmi les recordmen du monde de ces deux distances, le plus célèbre est peut-être encore le célèbre britannique Roger Bannister, l’homme qui fit descendre pour la première fois le record du mile à moins de 4 mn (3mn59s4/10), le 6 mai 1954. Et pourtant en dehors d’un titre de champion d’Europe du 1500m en 1954, il n’a pas un palmarès comparable à celui des autres monstres sacrés de ces deux distances. A noter quand même que pour ce record, Bannister avait bénéficié d’un lèvre de choix, avec Chris Chataway, qui fut recordman du monde du 5000 m en 13’51″6, et médaillé d’argent aux Europe sur 5000 m en 1954.

Le premier de ces monstres sacrés fut le Finlandais Paavo Nurmi, celui que l’on appelait « l’homme au chronomètre ». Il réussira l’exploit en 1924 de remporter en un peu plus d’une heure le 1500 et le 5000 m des Jeux de Paris. C’était une autre époque, mais si je parle de Nurmi et de ce doublé 1500-5000m, c’est parce qu’il restera inégalé jusqu’en 2004. En réalité, Nurmi n’appartenait pas vraiment à la catégorie des milers parce qu’il était essentiellement un coureur de 5000-10000 (il fut champion olympique de la distance en 1920), donc évidemment moins rapide que les vrais milers.

Ensuite je ne peux pas passer sous silence qu’un Français, Ladoumègue, sera le meilleur coureur de son époque, même s’il n’obtint que la médaille d’argent aux J.O. d’Amsterdam en 1928. Cela dit il sera invaincu pendant 24 mois entre 1929 et 1931 sur 1500m, et il sera recordman du monde du 1500m et du mile, étant notamment en 1930 le premier coureur en moins de 3mn50s au 1500m. Hélas pour lui, il ne pourra aller cueillir la médaille d’or qui lui était promise sur 1500m aux J.O. de Los Angeles…pour cause de professionnalisme. A l’époque on ne plaisantait pas avec ces choses, au point d’être radié à vie, ce qui ne l’empêchera pas d’être réhabilité… 12 ans plus tard !

Peu après, à la fin des années 30 et dans les années 40, ce sera la grande époque suédoise avec deux coureurs de très grand talent, Haegg et Anderson. Haegg entraîné par l’ermite de Volodalen, Gosta Olander, entraîneur ô combien célèbre, était incontestablement plus fort qu’Andersson, du moins jusqu’en 1944. On disait de lui à l’époque qu’il était un athlète pouvant tout se permettre. Cela étant, cette rivalité au sommet n’aura pas le retentissement mondial qu’elle aurait mérité en raison de la deuxième guerre mondiale. Haegg et Anderson battront évidemment chacun à leur tour les records du monde du mile et du 1500m. Ils seront eux aussi radiés à vie en 1946 pour faits de professionnalisme.

Et cela nous amène dans les années 50 et au début des années 60, où le demi-fond va se découvrir sans doute le meilleur miler de l’histoire, Herb Elliott. Bien sûr les plus jeunes d’entre nous ne l’ont pas connu, mais sur la distance du mile et du 1500m ce fut l’athlète du vingtième siècle. Si je dis cela c’est parce qu’il n’a pas subi la moindre défaite en 43 courses, ou si l’on préfère pendant trois ans. Ayant commencé sa carrière très tôt, à 16 ans, il allait se révéler en 1958 alors qu’il avait à peine 20 ans, en battant tous ses adversaires au Jeux du Commonwealth, s’adjugeant à la fois le 880 yards (battant le champion d’Europe Hewson) et le mile. Ensuite, il va pulvériser le record du monde du mile en descendant celui-ci sous la barre des 3mn55s (3mn54s5/10), battant comme en se jouant le précédent record qui appartenait au Britannique Ibbotson de presque trois secondes, avec les derniers 440 yards avalés en 55s5. Un immense champion était né !

Quelques semaines plus tard, il va écraser la concurrence lors d’un meeting à Goeteborg en battant le record du monde du 1500m de plus de deux secondes, en 3mn36s. Cette fois le doute n’était plus permis, ce jeune homme allait marquer l’histoire du demi-fond, d’autant qu’il avait tout pour lui, à la fois une capacité à supporter tous les trains, et une excellent vitesse de base comme en témoignent ses nombreux succès sur la distance de 800m. Rapidité et résistance, tels sont les ingrédients qu’il avait assimilés de son entraîneur Percy Cerruti, qui l’obligeait à courir à l’époque entre 60 et 80 km par semaine.

Il ne lui restait plus qu’à devenir champion olympique pour achever de visiter son rêve. Il n’allait pas manquer l’occasion à l’issue d’une course mémorable, en finale du 1500 m des Jeux Olympiques de Rome en 1960, dans laquelle les Français jouèrent un rôle assez considérable. En effet, dès les premiers mètres, Michel Bernard impose un train d’enfer passant aux 300 m en 43s5/10, puis 57s8/10 aux 400 m et 1mn12s8/10 aux 500m. Personne n’en croit ses yeux, car jamais jusque-là un 1500 m n’était parti sur des bases pareilles. Ce départ va d’ailleurs condamner ceux qui suivaient notre Français de près, notamment un des favoris, le Suédois Dan Waern, mais pas Elliott qui se rapproche de Bernard. Et là jusqu’au 900 m on assiste à un sprint hallucinant entre les deux hommes qui passent au 800m en 1mn57s8/10.

Le peloton est évidemment très étiré en raison de ce mano a mano, duquel émergent deux hommes, le Hongrois Roszavolgi et l’autre Français Michel Jazy, grand espoir (24 ans) de notre athlétisme renaisssant à cette époque. Bernard, comme prévu finit par céder, et Elliott put souffler quelques instants avec dans sa foulée Roszavolgy et Jazy. Hélas pour ces derniers, à trois cents mètres de la ligne, Elliott place un nouveau démarrage et s’envole immédiatement, comptant près de 20 mètres d’avance dans le dernier virage. Il ne faiblira pas jusqu’à l’arrivée pour terminer avec un fabuleux record du monde (3mn35s6/10), couvrant le dernier tour en 54s, un record qui allait tenir sept ans. Derrière lui, Jazy battra nettement Roszavolgy pour la médaille d’argent en pulvérisant le record de France de quatre secondes, soit 3mn38s4/10. Quant à Bernard, il terminera à la septième place, mais qui sait ce qui se serait passé si Elliott n’avait pas été là ? Quelle extraordinaire après-midi en tout cas!

Le successeur d’Elliott, l’Australien, sera un autre coureur des Antipodes, Peter Snell, le Néo-Zélandais . La différence entre les deux se situe essentiellement dans le fait que Snell était d’abord un coureur de 800m, avant d’être un grand miler. Il avait  à la surprise générale battu Roger Moens, le Belge, sur 800m aux J.O. de Rome en 1960. Cela dit, après cette victoire il allait se décider très vite à monter sur 1500m et le mile. D’ailleurs il allait battre les deux records du monde du mile et du 800m la même année. En revanche il ne battra pas le record d’Elliott sur 1500m, trop haut perché pour lui. Mais aux J.O. de 1964, il allait réaliser le doublé 800-1500m…grâce en partie à  Michel Jazy.

Celui-ci, comme on l’a vu, avait terminé à la deuxième place du fameux 1500m des J.O. de Rome en 1960, avant de remporter avec la plus extrême facilité le titre européen deux ans plus tard. Ensuite, au cours d’une course mémorable, en 1963 à Colombes en finale des championnats de France, il deviendra recordman d’Europe du 1500m (3mn37s8/10). Pour tout le monde, depuis la retraite d’Elliott, c’est Jazy le numéro un mondial sur la distance, ce qui signifie que la médaille d’or du 1500m lui est promise aux J.O. de Tokyo. Hélas pour lui, bien que n’abandonnant pas le 1500m, Jazy voulait tenter sa chance sur 5000m, se disant sans doute qu’avec sa vitesse et sa résistance il serait imbattable…ce qui fut vrai partout, sauf aux Jeux Olympiques où il termina à la quatrième place après avoir longtemps fait figure de vainqueur. Cela dit, Jazy absent, Snell se dit que l’occasion était trop belle et se décida à tenter le doublé 800-1500m, d’autant qu’en dehors de Jazy aucun Européen n’était susceptible de le gêner.

Et c’est ce qui se passa effectivement, Snell remportant la finale du 1500m avec une seconde et demie d’avance sur son second, le Tchécoslovaque Odlozil. Après coup, tout le monde s’est dit : « Quel beau duel nous avons raté, avec Jazy présent sur ce 1500m » ! Et bien non, ce duel nous ne l’aurions pas eu…parce que Snelle n’aurait pas participé au 1500 m avec Jazy au départ. Que de regrets pour le Français et ses supporters, mais Jazy n’avait qu’à s’en prendre à lui-même ! D’ailleurs un an plus tard, malgré une piste mouillée, il effacera le record du monde du mile de Snell de cinq dixièmes (3mn53s6/10), ce qui équivalait à un temps de l’ordre de 3mn36s sur 1500m, temps proche du fameux record d’Elliott.

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