Pour Roger Walkowiak, le bonheur était dans l’anonymat

walkowiakDeux tristes nouvelles dans le monde du cyclisme ces derniers jours avec d’abord la mort de Serge Baguet, âgé de 47 ans, ce qui est très jeune, et qui va faire dire aux contempteurs du cyclisme que c’est parce qu’il a abusé de produits dopants, alors qu’ils n’en savent absolument rien. Comme si la mort ne frappait pas des gens ayant une vie parfaitement saine à 40 ans ou 50 ans, voire même avant! Juste pour l’histoire, on retiendra que Baguet était un bon coureur professionnel, ayant à son palmarès une victoire dans le Tour du Nord-Ouest de la Suisse, mais aussi une victoire d’étape dans le Tour de France en 2001 et un titre de champion de Belgique en 2005, sans oublier quelques belles places dans L’Amstel Gold Race (3è), ou dans Kuurne-Bruxelles-Kuurne et au Grand Prix de Plouay (2è). Ce n’est pas énorme, mais Baguet était un de ces anonymes du peloton comme il y en a et comme il y en a eu beaucoup, et à ce titre mérite notre respect.

Mais il n’aura jamais eu la chance qui fut celle de Roger Walkowiak, décédé le 6 février juste avant ses 90 ans, qui ne remporta aucune victoire significative chez les professionnels…à part le Tour de France en 1956, ce qui est considéré comme la surprise du vingtième siècle dans le monde du vélo. Pourquoi la surprise? Parce qu’il détonne quelque peu au palmarès de la plus prestigieuse course du monde, où figurent la quasi totalité des plus grands champions du cyclisme sur route. Cela étant, celui qui était le plus vieux vainqueur d’un Tour de France depuis la mort de Ferdi Kubler, laissant ce privilège à présent à Bahamontes, n’était quand même pas un coureur d’opérette, car il termina à la deuxième place de Paris-Nice en 1953, année où il termina huitième de Milan-San Remo, et du Critérium du Dauphiné en 1955, juste derrière le champion de l’époque, Louison Bobet qui, quelques semaines plus tard, allait remporter son troisième Tour de France. Donc, ne diminuons pas Roger Walkowiak, même si sa victoire n’a guère d’égale en termes de surprise que celle de Pereiro en 2006, vainqueur après la disqualification pour dopage de Landis, disqualification au demeurant indiscutable après un exploit à la Merckx ou à la Coppi, qui était trop beau pour être vrai.

Fermons la parenthèse, et revenons à Walkowiak et à ce fameux Tour de France 1956, en précisant que cette année-là la participation fut sans doute une des plus faibles de l’histoire. Néanmoins il y avait quand même quelques coureurs qui auraient dû lutter pour la victoire finale…s’ils n’avaient pas négligé le danger que pouvait présenter le fait de laisser un petit peloton de 31 coureurs prendre 18mn46s à l’arrivée à Angers. Mais comment « les grands » ou ce qu’il en restait avaient-ils pu laisser se développer à ce point cette échappée? Tout simplement parce qu’il y avait trop d’absents dans les grandes équipes pour pouvoir cadenasser la course ou réduire l’écart avec les échappés. N’oublions pas que l’équipe de France était orpheline de Louison Bobet, l’Italie de Coppi et Magni, la Suisse de Kubler et Koblet, et parmi les quelques favoris restants, Charly Gaul, vainqueur du Giro juste auparavant, Federico Bahamontes, Pasquale Fornara, quadruple vainqueur du Tour de Suisse, et Stan Ockers, le champion du monde, n’avaient pas une équipe suffisamment forte pour aider leur leader.

Surtout, personne n’imaginait que Walkowiak résisterait à la meute lancée à ses trousses dans les Pyrénées ou les Alpes, bien qu’étant catalogué comme honnête grimpeur. Résultat, Walkowiak finit par s’imposer devant le Français Bauvin (1mn25s), le Belge Adriaenssens (3mn25s) et Bahamontès relégué à plus de 10mn, Gaul et Ockers terminant respectivement à la huitième et à la treizième place pour s’être trop livré à un marquage aussi étroit que suicidaire. Et oui, un coureur comme Walkowiak avait gagné le Tour, et curieusement cette victoire allait lui apporter plus de regrets que de bonheur. Pourquoi des regrets? Parce que personne ne le prit davantage au sérieux, subissant même les moqueries du milieu pour un succès qu’il n’avait pourtant pas volé, lui le petit régional de l’équipe Nord-Est-Centre, dirigée par celui qui sera son sauveur à plusieurs reprises, le bien-nommé Sauveur Ducazeaux (ça ne s’invente pas!).

Mais qui était ce Walkowiak qui, avant d’être professionnel, avait appris le métier de tourneur ? C’était un fils d’émigrés polonais venus se fixer en France en 1923, à Montluçon, ce qui lui valut, dans le Tour de France 1956, le bonheur d’arriver en jaune dans sa ville natale, la veille de l’arrivée à Paris, où, par parenthèse, Hassenforder s’offrit une quatrième victoire d’étape après un long raid solitaire de 180 km. Pour revenir à notre sujet, Walkowiak comme son père, ouvrier métallurgiste puis concierge d’usine, était un dur au mal, et on imagine aisément qu’il était prêt à mourir sur son vélo pour s’offrir une victoire qui lui paraissait impensable au départ du Tour de France, mais qui, au fur et à mesure que l’on s’approchait de Paris, devenait de plus en plus possible, puis vraisemblable, dans un contexte de course folle où les échappées fleurissaient chaque jour jusqu’aux Pyrénées.

Là, chacun se disait, chez les coureus comme chez les suiveurs, que la fête serait finie pour ces francs-tireurs, qui en avaient bien profité. et qui laisseraient la place aux quelques cadors restant en course, à commencer par les deux rois de la montagne, Gaul et Bahamontes, même si leur retard paraissait vraiment conséquent. Mais ces derniers ne seront pas aussi irrésistibles qu’on aurait pu le penser en montagne, Gaul ne l’emportant qu’à Grenoble. Du coup, rien d’étonnant que ce soit trois coureurs loin d’être considérés comme des cracks, que l’on allait retrouver aux trois premières places à Paris, à savoir Walkowiak, Bauvin et Adriaenssens, comme écrit précédemment. Mais, pour en revenir à Walkowiak, en plus de ses qualités d’endurance, il avait la chance d’appartenir à une équipe régionale, et non à l’équipe de France, où sa marge de manoeuvre aurait sans doute été moins importante, surtout avec des coureurs comme André Darrigade, lequel s’était pris à rêver de devenir leader face à une concurrence amoindrie.

Cela dit, nombre de suiveurs ont toujours pensé que, sans la malice parfois teintée d’un minimum de vice de Sauveur Ducazeaux, Walkowiak n’aurait jamais remporté la Grande Boucle. Et de fait, en appliquant à la lettre les consignes de Ducazeaux, Walkowiak arrivait dans les Pyrénées dans les meilleures conditions pour un coureur suffisamment complet pour ne pas perdre tout le bénéfice des deux échappées qu’il avait animées de Saint-Malo à Lorient et de Lorient à Angers. Deux échappées qui lui permirent de prendre le maillot jaune. Un paletot d’or que lui avait fait miroiter Ducazeaux, ce dernier lui ayant soufflé la veille de l’étape reliant Saint-Malo à Lorient : »Tu n’es pas assez rapide pour gagner une étape au sprint, mais en te glissant dans des échappées tu pourras prendre le maillot jaune un jour ou deux, ce qui est éminemment rentable dans les tournées d’après-Tour ».

Ducazeaux avait vu juste avec un coureur qui, en plus, connaissait la forme de sa vie, et qui se découvrait des talents qu’il ne croyait pas avoir. Certes il perdit le maillot de leader à Bayonne pour le laisser à Voorting, excellent rouleur néerlandais, qui le cèdera au Belge Adriaenssens à Pau, mais Ducazeaux commença à se persuader et à persuader son coureur qu’il pouvait gagner ce Tour de France, parce que disait-il, Walkowiak ne sera sans doute pas sujet à une grosse défaillance compte tenu de sa robustesse. Un discours qui convenait parfaitement à Walkowiak, lequel se prenait à rêver, surtout en pensant à l’avance qu’il avait sur Bahamontes, Ockers et Gaul, les seuls qui lui paraissaient inaccessible à égalité de temps avec lui. Et de fait, ce fut lui qui prit le maillot jaune à Grenoble pour ne plus le lâcher jusqu’à Paris.

Il eut toutefois une grande frayeur entre Grenoble et Saint-Etienne, car il fut victime d’une chute, certes sans gravité, mais qui provoqua un instant de panique, car Gilbert Bauvin (équipe de France), son second ne l’attendit pas, bien au contraire. Mais il était dit que rien n’empêcherait Walkowiak de gagner ce Tour, car il reçut d’abord la roue de son équipier Scodeller et surtout le renfort d’un équipier modèle, Adolphe Deledda, qui avait beaucoup travaillé pour Louison Bobet dans les Tours précédents, et qui n’avait pas été sélectionné cette année-là par Marcel Bidot, directeur technique de l’équipe de France. Encore une chance supplémentaire pour Walkowiak dans sa quête du Graal, car dans cette poursuite infernale, Deledda retrouva l’efficacité qui avait si souvent aidé Bobet, se permettant même quelques poussettes sur son leader, et le maillot jaune de Walkowiak fut sauvé.

Décidément, comme nous dirions aujourd’hui, toutes les planètes étaient alignées pour que Roger Walkowiak finisse par s’imposer et connaisse enfin la célébrité. Toutefois cette gloire allait être éphémère, et il retrouva très vite l’anonymat dans sa bonne ville de Montluçon. Avec l’argent amassé en cet an de grâce 1956, il s’acheta un bar, mais lassé d’entendre les clients lui rappeler sa victoire dans le Tour, il reprit son métier de tourneur, jusqu’à sa retraite. Curieuse vie que celle de ce champion, loin d’être Coppi, Bobet, Koblet ou Kubler, mais qui figure à côté d’eux au palmarès du Tour de France. Qu’en serait-il aujourd’hui s’il avait gagné le Tour de France dans les années 2010? Personnellement je ne sais pas, mais je ne suis pas sûr qu’il serait plus heureux qu’il ne le fût. Après tout, il avait réalisé un rêve à priori insensé et avait retrouvé une vie tranquille qui, sans doute lui convenait.

Michel Escatafal

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Quelques anecdotes qui ont construit la légende du Tour de France

anquetil envaliraDans un précédent article (Quelques épisodes qui ont construit la légende du Tour de France et du vélo) j’avais déjà évoqué des épisodes ou anecdotes qui ont marqué l’histoire du Tour de France, plus grande épreuve cycliste du calendrier et un des évènements les plus suivis et regardés dans le monde. Il est vrai que depuis une vingtaine d’années le vélo s’est énormément développé à travers notre planète, ce qui explique qu’on ne serait pas surpris de voir un Colombien (Quintana) remporter enfin le Tour de France, après que ce dernier ait été gagné par les Américains Lemond et Armstrong, lesquels à eux deux collectionnent 10 victoires*, l’Irlandais Roche, le Danois Bjarne Riis, l’Australien Cadel Evans, et les Britanniques Wiggins et Froome. Tous nés dans des pays où le cyclisme sur route ne s’est développé que récemment. Si j’écris cela c’est parce que le vélo chez les professionnels a longtemps été cantonné dans les pays continentaux d’Europe de l’Ouest.

Cela dit, cette année nous aurons une course sans doute très serrée entre Froome qui cherchera à remporter une troisième victoire, Quintana pour qui ce serait une première après deux secondes places, et pourquoi pas Contador pour un quatrième sacre sur la route, même si j’ai l’immense regret de dire qu’il est peut-être un ton légèrement en-dessous de ses deux rivaux. Contador me fait penser à Hinault en 1985 et 1986, capable encore de beaux exploits, de ceux qui font la légende du vélo, mais objectivement le Pistolero n’est plus aussi dominateur à 33 ans qu’il ne le fut dans ses grandes années entre 2007 et 2014. L’Alberto Contador du Tour 2009 ou du Giro 2011 serait sans doute imbattable, comme l’aurait été en 1984 et 1986, le Bernard Hinault des années 1978 à 1982. Voilà pour le présent et le passé, puisque ce site évoque beaucoup l’histoire du sport.

Fermons la parenthèse et regardons de plus près quelques changements très importants de l’histoire du Tour, et commençons par aborder l’évolution du vélo lui-même au moment où l’on pense avoir trouvé l’arme absolue pour contrecarrer le dopage technologique. Dans cette évolution le dérailleur tient une grande place. A partir du moment où est apparue la montagne dans le Tour, un des gros problèmes à résoudre pour les coureurs fut d’adapter les démultiplications au pourcentage et à la longueur des montées et à leurs propres aptitudes physiques. Ainsi faute de dérailleur, le puissant coureur luxembourgeois François Faber (vainqueur en 1909), utilisait en plaine un développement de 6.10 m, supérieur à celui de la plupart des champions de l’époque (5.80m pour Petit-Breton et Georget, 5.60 pour Garrigou, 5.50 pour Lapize et Trousselier), et 4.60m en montagne, alors que Trousselier moulinait sur 3.60m tout comme Lapize alors qu’Alavoine au début des années 1920 faisait les étapes de montagne avec un développement de 3.75m. En 1914, Henri Pelissier avait adopté un 44×22, soit 4.27m dans le Tourmalet, et 44×20 dans Aspin et Peyresourde un peu moins durs. A noter qu’à ces époques, les coureurs devaient descendre de machine et retourner leur roue arrière pour adopter la démultiplication souhaitée. Au passage on observera la force de ces coureurs, puisque à sa grande époque Armstrong escaladait Hautacam avec un 39 x 23 (soit seulement 3,62 m par tour de pédalier), en notant que de nos jours, on parle surtout de fréquence de pédalage dans les ascensions, Froome en étant à présent le champion incontesté.

Revenons à présent à l’histoire du Tour et au dérailleur pour noter qu’il fallut attendre l’année 1937 pour que les « as » soient autorisés à utiliser le dérailleur, alors que celui-ci était utilisé par les cyclotouristes depuis les années 1924-1925. Pourquoi j’écris les « as », parce que le directeur du Tour Henri Desgranges avait autorisé l’utilisation du dérailleur pour les touristes-routiers, catégorie pittoresque où l’on trouvait un peu de tout (coureurs de second-plan, artisans du vélo etc.), alors que les meilleurs n’y avaient pas droit. Résultat, il arrivait que des touristes-routiers de bon niveau dominent les « as » dans certaines étapes. Attitude d’autant plus stupide de la part de l’organisateur que les autres grandes courses ne refusaient pas la nouvelle technologie. A noter aussi que jusque-là l’organisateur fournissait à chaque participant un vélo sans marque de couleur jaune évidemment.

Autre anecdote beaucoup plus amusante, ce qui est arrivé à André Leducq lors d’une journée de repos du Tour 1932, un Tour qu’il remporta avec 24mn d’avance sur son second l’Allemand Stoepel. Ce jour-là, Leducq, grande star de l’époque, fut invité avec son ami Marcel Bidot (futur entraîneur de l’équipe de France entre 1952 et 1969) par un couple de commerçants parvenus, ce qui ne pouvait qu’augmenter leur notoriété dans la ville. Après l’apéritif, on passa donc à table et Leducq fut invité à s’assoir à côté de la maîtresse de maison. Une dame charmante qui pour l’occasion s’était bien maquillée, et qui allait tout au long du repas mettre ses jambes sur ou autour de celles de Leducq, hors de la vue évidemment de son mari. Et à la fin du repas, après le café, la dame invita le leader du Tour à regarder ses estampes japonaises dans un petit salon de l’appartement. Marcel Bidot ayant vu le manège de la dame, pressentit ce qui allait se passer et du coup se chargea de tenir la conversation avec l’époux de la belle, pendant que celle-ci s’occupait avec Leducq sur le canapé. Une fois l’affaire terminée, Leducq et la dame revinrent comme si de rien n’était pour le plus grand plaisir de l’époux…qui venait de se vêtir de jaune sans le savoir ni le vouloir, avec la complicité active de Marcel Bidot, ce que Leducq traduira par « faire la course en équipe ». Pour couronner le tout, alors que Leducq s’était un moment inquiété de la dureté de l’étape du lendemain, il gagna cette étape. Tout était bien qui finissait bien pour tout le monde, sauf peut-être pour le mari qui, toutefois, ne s’était aperçu de rien. Pour ceux qui pourraient douter de la véracité de cette histoire, celle-ci est vraie puisqu’elle a été racontée dans le livre de souvenirs d’André Leducq.

Deux ans auparavant, en 1930, fut créée la caravane publicitaire, chose toujours aussi attrayante aux yeux des enfants et parfois aussi des parents sur le bord des routes, ce qui contribue aussi à la notoriété du Tour. En 1936, six ans après sa naissance, la caravane comptait 47 sociétés que l’on appellerait de nos jours sponsors. Parmi celles-ci on trouve des noms encore connus aujourd’hui, comme les apéritifs Cinzano, Pernod, Byrrh, ou encore le fromage La Vache qui rit, les nougats Chabert et Guillot, l’eau Perrier et les pneus Englebert qui ont équipé les Ferrari en Formule 1 entre 1950 et 1958. Leducq, encore lui, fut également une figure emblématique d’une des marques de l’époque, le dentifrice Dentol : « Dentol c’est mon sourire ! » Tout cela pour dire que le Tour des « forçats de la route », comme Albert Londres avait appelé les coureurs dans un texte célèbre écrit en 1924 (Le Petit Parisien), était devenu avant tout une grande fête. C’était même tellement la fête que les « piquos » faisaient « leur beurre » sur le dos des spectateurs. Ces « piquos » en effet, étaient des petits escrocs, qui bravaient l’interdiction d’être sur la course et dépouillaient les spectateurs en leur mettant des cartes postales dans la main avec des prix modiques mais sans chiffre rond, ce qui leur permettaient de se sauver sans rendre la monnaie.

Enfin, dernière de ces anecdotes que je vais raconter aujourd’hui pour parler de nouveau de sport, le fameux méchoui auquel prit part J. Anquetil, même si c’est aussi presque un fait divers. C’était en 1964, pendant la journée de repos à Andorre, Jacques Anquetil fut invité à participer avec son épouse, venue le rejoindre, aux festivités organisées en l’honneur du Tour De France, avec au menu un somptueux méchoui, accompagné de sangria. Personne n’aurait imaginé ce qui allait se passer à propos de ce méchoui, à commencer par le fait que J. Anquetil allait manger et boire comme s’il avait été à la période de Noël. Certes tout le monde connaissait les capacités d’absorption du champion normand, mais nous étions en plein Tour de France quand même. Un Tour très difficile, où son principal adversaire s’appelait Poulidor, sans doute jamais aussi fort que cette année-là. Alors pourquoi Anquetil s’était-il laisser aller à faire bombance ? Tout simplement parce qu’un mage avait prévu qu’il serait victime d’un grave accident au cours de la 15è étape entre Andorre et Toulouse. Il voulait donc oublier ce sinistre présage en faisant la fête. Problème, la digestion fut très difficile et le champion passa une très mauvaise nuit. Et il n’était pas très frais au départ d’Andorre le lendemain matin, alors que l’étape commençait par l’ascension de l’Envalira, ce qui lui valut de perdre plus de 4mn dans la montée, Poulidor et Bahamontes ne lui faisant aucun cadeau. Il fut même sur le point d’abandonner, mais son orgueil légendaire prit le dessus et du coup il se lança dans la descente comme un kamikaze, prenant des risques terribles au milieu du brouillard, au point de faire peur aux coureurs qu’il dépassait un à un. Parmi ceux-ci il y avait Rostollan, Altig et Geldermans, qui reconnurent tous avoir été pétrifiés de frayeur devant l’allure hallucinante et la témérité de Jacques Anquetil, comme s’il avait voulu lancer un défi à ce mage.

Résultat, Jacques Anquetil avait refait à la fin de la longue descente une bonne partie de son retard, retrouvant un petit peloton au sein duquel on trouvait le maillot jaune Georges Groussard, mais aussi Henri Anglade (4è du classement général), Jan Janssen (porteur du maillot vert) et André Foucher, tous ayant de bons motifs pour collaborer avec lui dans la chasse à Poulidor et Bahamontes. Cette chasse leur permettra de faire la jonction avec les hommes de tête, mais ce fut le jour où Poulidor perdit le Tour, car en voulant changer de roue (voilée) à 5 km de l’arrivée, sur les conseils de son directeur sportif, Antonin Magne, Poulidor le malchanceux fut mis à terre par le mécanicien qui venait de le dépanner, ce qui fit sauter la chaîne du vélo du sympathique Poupou. Bien sûr personne n’attendit Poulidor, lequel se retrouva à Toulouse relégué à plus de 3 mn d’Anquetil au classement général. Pour mémoire, Poupou perdit le Tour pour 55 secondes…et ne le gagnera jamais, alors que tant d’autres coureurs beaucoup moins forts que lui ont amené le maillot jaune à Paris au moins une fois. Et Jacques Anquetil fit cette année-là le doublé Giro-Tour. Comme quoi, il vaut mieux ne pas se fier aux prédictions des mages !

Michel Escatafal

*Evidemment pour moi Armstrong a remporté sept Tours de France…comme Riis en a gagné un, pour ne citer que lui et tant d’autres avant eux qui avaient eu recours à des produits aujourd’hui interdits…et qui l’ont reconnu a posteriori.


1964-2014 : Le sport a bien changé en 50 ans!

soeurs GoitschelEn présentant mes vœux à mes fidèles lecteurs, je voudrais évoquer brièvement le sport il y a 50 ans. Que de progrès en termes de performances, avec il est vrai l’amélioration du matériel, de l’entraînement, de la médecine…et hélas de la pharmacopée liée au dopage, un phénomène qui a existé de tout temps, ce que certains semblent oublier. Alors que s’est-il passé, entre autres évènements en cette année 1964, en sachant déjà que nous sommes dans un contexte très différent, sur le plan géopolitique au  niveau mondial. L’année l 964, en effet, fut la première véritable année olympique de l’époque post- coloniale, avec notamment le véritable envol du sport africain, lequel allait devenir roi dans certaines disciplines de l’athlétisme (fond et demi-fond).

Cela dit, l’année 1964 aura d’abord été marqué par les Jeux Olympiques de Tokyo, avec l’extraordinaire athlète que fut Bob Hayes (10s au 100m), sans doute un des deux ou trois plus grands sprinters de l’histoire, sorte d’Usain Bolt de son époque, même s’il s’est contenté de courir sur 100m. Il faut toutefois noter qu’à cette époque les athlètes n’étaient pas des professionnels, et que leur entraînement ne leur permettait pas nécessairement d’avoir le fond suffisant pour doubler 100 et 200m. Néanmoins, le peu de compétitions qu’a fait Bob Hayes sur 200m fut suffisant pour savoir qu’il aurait pu facilement doubler aux J.O. s’il l’avait réellement voulu. Pour nous Français, 1964 fut une année olympique horrible puisque l’idole nationale que fut Michel Jazy, fut battu sur 5000m, alors qu’il était le plus fort. Mais à cette époque, les Français souffraient d’un mal aujourd’hui en partie disparu, la peur de gagner ou de perdre.

L’année 1964 fut aussi celle d’un des plus grands duels que le sport en général et le cyclisme en particulier aient connu, à savoir la lutte pour la suprématie mondiale entre Anquetil et Poulidor, laquelle atteignit son paroxysme sur la montée du Puy de Dôme dans le Tour de France.  Une montée où l’Espagnol Jimenez prouva qu’il était un grimpeur exceptionnel en distançant (11 secondes) son compatriote Bahamontes, mais où l’essentiel de la bagarre, dont on parle encore cinquante plus tard, se situait un peu plus bas entre Anquetil et Poulidor. Un mano a mano extraordinaire entre les deux meilleurs coureurs de l’époque, qui tourna à l’avantage de Poulidor, pour une fois, mais sans pour cela pouvoir assurer sa victoire dans le Tour de France. Poulidor pouvait-il faire mieux ? Peut-être, mais les deux champions ont chacun affirmé plus tard qu’ils avaient été au paroxysme de l’effort, ce qui signifie que si Poulidor n’a pas lâché Anquetil plus tôt c’est parce qu’il en était incapable. Verra-t-on un duel de cette intensité cette année entre Contador et Froome ? Pourquoi pas !

1964 fut aussi une année riche en péripétie en ce qui concerne la Formule1, le titre mondial se décidant lors du dernier grand prix, le titre changeant de main à quatre reprises lors du Grand Prix du Mexique. Ce fut d’abord Graham Hill (BRM) qui fut virtuel champion du monde, en se maintenant en troisième position, ce qui était suffisant pour devenir champion du monde une nouvelle fois. Hélas pour lui, il fut percuté par Bandini sur Ferrari, ce qui fit beaucoup de bruit par la suite dans la mesure où Bandini était l’équipier de Surtees, lui aussi candidat au titre. Cela étant, cette collision entre Hill et Bandini profitait à Jim Clark, sauf que le fantastique pilote écossais fut victime d’une fuite d’huile à deux tours du drapeau à damiers…ce qui redonnait le titre à Graham Hill. Mais c’était sans compter sur les consignes d’équipe, puisque Bandini, qui occupait la deuxième place de la course, laissait passer Surtees dans le dernier tour, et lui offrait le titre sur un plateau avec un point d’avance sur Hill. Quel final ! Au passage on notera que John Surtees restera pour la postérité le premier, et peut-être le seul, à avoir été champion du monde sur deux et quatre roues (350cm3, 500 cm3 et Formule 1). Fermons la parenthèse, pour dire que cette année la Scuderia Ferrari, avec son duo de feu Alonso-Raikkonen, pourrait bien retrouver un titre mondial pilotes qui la fuit depuis 2007…avec Raikkonen.

1964 fut aussi une année riche en rugby, avec le Bouclier de Brennus (on ne parlait pas de Top 14 à cette époque) remporté par la Section paloise de François Moncla, mais aussi de J.P. Saux, Jean Capdouze et Jean Piqué, face à l’AS Béziers de Danos, Gensane et Dedieu. Une chose est sûre : en 2014, ces deux équipes, aujourd’hui en Pro D2, ne décrocheront pas un nouveau titre de champion de France. Le rugby professionnel est passé par là, même si le Castres Olympique a prouvé qu’on pouvait jouer dans la cour des grands sans être le club d’une grande ville. Mais pour combien de temps ? Quant à l’équipe de France, elle ne termina le Tournoi des Cinq Nations qu’à une décevante troisième place, derrière l’Ecosse et Galles,  ne remportant qu’un seul match. Résultat très décevant, j’insiste, d’autant que les Français avaient réussi à faire match nul contre les Gallois à Cardiff, mais aussi parce que dans cette équipe il y avait des joueurs comme Claude Lacaze, Gachassin les frères Boniface, Crauste, Herrero, Dauga ou Gruarin. Que du beau monde auquel il faut ajouter Pierre Albaladejo, qui a achevé après le Tournoi sa carrière internationale à Springs contre l’Afrique du Sud par une courte défaite (6-8). Que feront les Français cette année dans le Tournoi ? Difficile à dire, tellement notre équipe joue un jeu sans réelle ambition, face à des Anglais et des Gallois qui paraissent supérieurs à notre équipe.

Et le football me direz-vous? Peu de chose à souligner sinon que nous étions vraiment, en 1964, au creux de la vague à cette époque. Malgré tout notre équipe nationale avec des joueurs comme Aubour et Pierre Bernard dans les buts, Chorda, Arlesa, Djorkaeff (père de Youri) et Bosquier comme défenseurs, Bonnel, Herbin, Muller et Ferrier au milieu et Lech, Combin, Di Nallo et Rambert comme attaquants, allait préserver l’essentiel dans les matches de qualification pour la Coupe du Monde en Angleterre. En outre, après des années de disette depuis la finale de la Coupe d’Europe 1959 avec le grand Stade de Reims, une équipe française, l’Olympique Lyonnais, allait briller dans feu la Coupe des Coupes, en arrivant jusqu’en demi-finale, battu en match d’appui par le Sporting du Portugal…qui aurait été éliminé si le règlement du but à l’extérieur comptant double avait existé (0-0 à Lyon et 1-1 à Lisbonne). Que sera l’année 2014 pour le football français ? Peut-être glorieuse, avec le PSG devenu depuis l’an passé un grand d’Europe, et qui figure parmi les outsiders de la Ligue des Champions. Ou encore avec l’Equipe de France, capable du meilleur comme du pire, et dont personne ne s’aventurerait à prédire quoi que ce soit pour la Coupe du Monde au Brésil. Néanmoins, il manque à cette équipe, ce qu’elle avait en 1958 (avec Kopa et Fontaine), en 1982 et 1986 (avec Platini, Giresse, Tigana), en 1998 (Zidane) ou en 2006 (Zidane encore et Henry), à savoir le ou les joueurs capables à tout moment de faire la différence, comme un Messi pour l’Argentine, un Neymar pour le Brésil ou un C. Ronaldo pour le Portugal.

Reste enfin à parler des Jeux Olympiques d’hiver en 1964 à Insbruck en Autriche, où la France avait remporté trois médailles d’or dont deux grâce aux sœurs Goitschel, Christine enlevant le slalom devant sa sœur Marielle, celle-ci prenant sa revanche devant Christine, un double doublé fraternel unique à ce jour. Quant à la troisième médaille d’or elle fut l’œuvre d’un autre très grand skieur, François Bonlieu, qui trouvait là l’occasion de couronner une carrière qui avait commencé dix ans plus tôt par une médaille d’argent aux championnats du monde à Are, alors qu’il avait tout juste dix-sept ans. Cette année, hélas, je crains que la moisson soit inférieure en ski à Sotchi, d’autant que nos deux meilleures chances chez les féminines (Tésa Worley et Marion Rolland) sont blessées. En revanche, nous sommes plus forts qu’à l’époque en ski nordique (Lamy-Chappuis, Fourcade). Nous verrons bien, mais ne soyons pas trop optimistes, même si de bonnes surprises peuvent nous attendre en patinage artistique (Nathalie Péchalat-Bourzat, Ciprès-Vanessa James et pourquoi pas Amodio).

Tout cela pour dire que les amateurs de sport auront de nombreuses occasions de vibrer en cette année 2014, comme ce fut le cas en 1964. Le sport français est-il plus fort qu’à cette époque ? Difficile à dire, même s’il semble que oui sur un plan global. Néanmoins il nous manque par exemple un vainqueur de tournoi du grand chelem en tennis chez les hommes (le dernier étant Noah en 1984), un vainqueur du Tour de France en cyclisme (le dernier est Hinault en 1985), un champion du monde de Formule 1 (le dernier est Prost en 1993) etc. En attendant je vous souhaite à tous mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2014, avec beaucoup de succès sportifs pour nos Français (équipes nationales, mais aussi Camille Muffat, Baugé, Pervis, Agnel, Mekhissi, et le PSG etc).

Michel Escatafal


Le centième Tour de France pourrait ressembler au cinquantième (1963)

tour 1963Voilà, comme si nous n’avions pas eu assez  de commentaires sur le dopage dans le vélo, le procès Fuentes vient s’inviter dans le débat. De quoi meubler pour quelques temps encore les rubriques sportives sur ce fléau…que l’on ne pourra jamais éradiquer totalement, parce que le sport engendre une telle volonté de gagner que tous les moyens sont bons pour y arriver. Et en plus les sommes investies dans le sport professionnel sont tellement considérables qu’il faut des résultats à tout prix. En attendant j’observe que c’est le cyclisme, et le cyclisme seul, qui va être sur la sellette dans ce procès. Si je dis cela c’est parce que les sportifs appelés à témoigner sont exclusivement des coureurs cyclistes. A croire que le dopage ne sévit que dans ce sport ! Cela étant, Fuentes, qui par parenthèse ne devait pas donner le nom de ses clients, mais en a quand même lâché quelques uns (Osa, Botero et Heras), tous coureurs cyclistes, a reconnu que « cela pouvait être toute sorte de sportifs », reconnaissant qu’il a travaillé « avec des footballeurs, des cyclistes et des athlètes ». En attendant pour le moment les seuls qui ont déjà payé pour leur relation avec Fuentes (Valverde, Basso et même Ullrich pour ne citer qu’eux), sont tous des champions du vélo.

Passons, et parlons à présent de sport à l’orée de la saison de cyclisme, une saison qui verra la centième édition du Tour de France, épreuve phare du calendrier sur route. Et bien entendu, tout le monde voudra gagner cette épreuve, avec le supplément de prestige qu’en recevra le vainqueur, surtout pour la postérité. Rappelons que le cinquantième Tour de France (1963) fut remporté par un des quatre ou cinq plus grands champions de l’histoire, Jacques Anquetil, et comme si cela ne suffisait pas, le maillot vert du classement par points revint au seul coureur ayant remporté toutes les classiques du calendrier, Rik Van Looy, et le grand prix de la montagne à un des tous meilleurs escaladeurs que le cyclisme sur route ait produit, Federico Bahamontes. Bref, cette édition 1963 fut un grand cru, puisqu’elle couronna le meilleur coureur à étapes du moment, le meilleur coureur de classiques et le meilleur grimpeur du peloton, en notant qu’à cette époque le trophée du meilleur grimpeur avait une signification autrement plus importante que de nos jours.

Est-ce que cette année nous aurons le même résultat pour le centième Tour de France ? Difficile à dire, même si je verrais bien Alberto Contador s’imposer pour la quatrième fois sur la route, Philippe Gilbert remporter le classement par points et Andy Schleck ou Joaquim Rodriguez gagner le classement du meilleur grimpeur, la montagne étant cette année bien présente dans le Tour, comparée à l’année dernière. Un tel résultat serait aussi un bon moyen de rendre au Tour de France un lustre qu’il a quelque peu perdu en 2012, tellement celui-ci fut insipide, en raison d’une part de l’impossibilité pour Froome d’attaquer son leader absolu, Wiggins, et aussi à cause du manque de concurrence dû à l’absence simultanée pour des raisons diverses de Contador, d’Andy Schleck et de Joaquim Rodriguez, c’est-à-dire des trois meilleurs coureurs à étapes du moment. Pour mémoire, je rappellerais que Contador a remporté sur la route 3 Tours de France, deux Tours d’Italie et deux Tours d’Espagne, et qu’Andy Schleck a terminé trois fois second sur la route du Tour de France depuis 2009 et une fois second du Giro en 2007, alors qu’il était âgé de 22 ans. Quant à Rodriguez, il a terminé l’an passé second du Giro et troisième de la Vuelta, épreuve dans laquelle il a fait plus que jeu égal avec Contador dans la montagne.

Cela dit, il y aura d’autres outsiders dans la quête du maillot jaune, mais, à part Froome qui se mêlera au concert des favoris, les autres seront nécessairement derrière ce quatuor, pour peu que tous arrivent à leur meilleur niveau, chose qui n’est pas acquise, car dans le cyclisme sur route les risques de chutes ou de maladie sont plus présentes que dans les autres grands sports. L’an passé par exemple, Andy Schleck n’a pas pu défendre ses chances dans le Tour en raison d’une fracture du coccyx, laquelle l’a tellement handicapé que sa saison fut totalement blanche. Fermons la parenthèse pour dire que Nibali sera de nouveau présent aux avant-postes, mais derrière Contador, Schleck, Froome et Rodriguez, qui lui sont supérieurs en montagne, la même remarque valant pour le vainqueur de l’an passé, Wiggins, qui n’est pas assez fort en haute montagne pour s’imposer cette année, malgré tous les progrès qu’il ait pu accomplir depuis 2009. N’oublions pas qu’en 2011, malgré l’aide et le sacrifice de Froome, il fut battu par Cobo dans la Vuelta. Quant à Evans, vainqueur du Tour 2011, il semble que cette victoire ait marqué son chant du cygne, après une très belle carrière. Pour mémoire Evans aura en juillet prochain 36 ans, alors que Contador vient à peine d’avoir 30 ans, que Froome en aura 28 en mai tout comme Andy Schleck en juin. Quant à Rodriguez il aura au même moment l’âge d’Evans quand il gagna le Tour (34 ans).

Et les autres me direz-vous ? Et bien, ils sont soit trop jeunes, soit trop limités pour se mêler au concert des favoris. Certains me diront que Pereiro a remporté le Tour en 2006, suite au déclassement de Landis pour dopage avéré, ce qui signifie qu’un coureur en état de grâce bénéficiant d’une échappée au long cours peut toujours l’emporter, comme en 1956 avec Walkowiak, voire même comme en 1966 avec Lucien Aimar. Cela dit, personne n’imagine que l’Américain Van Garderen (25 ans), les deux Français Rolland (27 ans) et Pinault (23 ans), ou encore le Belge Van den Broek et le Français Voeckler, qui ne sont plus des espoirs, puissent s’imposer. En revanche, même s’il ne gagnera pas, Valverde reste un candidat crédible pour un éventuel podium, surtout s’il retrouve la forme qu’il avait lors de la dernière Vuelta, en rappelant toutefois que si Contador (qui n’avait pas couru depuis presque un an) et Froome (qui venait d’achever le Tour en ayant travaillé tant et plus pour Wiggins) avaient été au sommet de leurs possibilités, Valverde aurait terminé beaucoup plus loin. Et même s’il a devancé Rodriguez dans cette Vuelta, ce dernier est nettement plus performant en haute montagne que lui, ce qui lui confèrera un avantage décisif dans le Tour 2012.

Mais puisque nous sommes sur un site consacré essentiellement à l’histoire du sport, je voudrais revenir sur le Tour de France 1963, parce qu’il fut un des plus beaux aux dires de tous les suiveurs, et qu’il présente certaines analogies avec le Tour de cette année. Par la participation d’abord, mais aussi un peu par son parcours montagneux, au point que l’Espagnol Bahamontes, surnommé l’Aigle de Tolède, avait le maillot jaune sur les épaules au départ de la dix-septième étape allant de Val d’Isère à Chamonix. C’est d’ailleurs à cette occasion que Jacques Anquetil allait réaliser un de ses plus beaux exploits face au redoutable grimpeur espagnol, toujours fringant malgré ses 35 ans, même s’il avait quelque peu perdu de son agilité par rapport à l’année 1959, qui l’avait vu ramener le maillot jaune à Paris.

En 1963, Jacques Anquetil avait gagné la Vuelta, ce qui lui avait permis d’effacer l’humiliation subie l’année précédente où il avait été battu par Rudi Altig, son équipier. Cette victoire dans la grande épreuve espagnole l’avait comblé, au point qu’il envisagea un moment de ne pas courir le Tour de France. En fait, il ne l’aurait pas couru s’il n’y avait pas eu le challenge de battre le record des victoires dans le Tour de France (3) détenu par Philippe Thys et Louison Bobet. Homme de défi, le Normand ne pouvait pas ne pas tenter la passe de quatre. Et il allait réussir dans son entreprise d’une manière très différente de celle à laquelle nous nous attendions. En effet, c’est d’abord dans la montagne qu’il réussit à s’imposer, en s’octroyant l’étape Pau-Bagnères de Bigorre, donc une grande étape pyrénéenne, et la grande étape alpestre qui passait par le Petit Saint-Bernard et le Grand Saint-Bernard, avec pour dernier col la très difficile Forclaz.

Mais si la victoire de « Maître Jacques » fut très difficilement acquise face à Bahamontes, c’est parce que ce dernier, contre toute attente, se glissa dès le premier jour, entre Nogent-sur-Marne et Epernay, dans une échappée qui lui permit de prendre 3 minutes à tous les favoris, à commencer par Jacques Anquetil. Faisant aucune faute d’inattention, il allait préserver la plus grande partie de cet avantage, gagnant même l’étape de Saint-Etienne-Grenoble en se détachant dans le col de Porte, ce qui lui avait permis de prendre le maillot jaune. L’affaire se présentait idéalement bien pour le fier Espagnol, d’autant qu’il restait donc deux étapes alpestres pour qu’il puisse consolider son avantage sur Anquetil, inférieur à la minute, sachant que le coureur normand  lui prendrait au minimum deux minutes sur les 54 km contre-la-montre entre Arbois et Besançon. L’équation était donc assez simple, avec d’un côté Bahamontes devant impérativement lâcher Anquetil pour le reléguer au-delà de 3mn, et pour Anquetil de résister suffisamment pour garder toutes ses chances en attendant le c.l.m.

Dans cette étape ce fut Poulidor qui mit le feu aux poudres dans le Grand Saint-Bernard, donc avant la Forclaz, une attaque un peu trop prévisible dans la mesure où c’était sa seule chance (infime d’ailleurs) de renverser la situation à son avantage. Hélas pour lui, malgré sa grande forme ce jour-là, il ne put rien face au vent dans la vallée, se trouvant démuni de forces au pied du col de la Forclaz à un peu moins de 40 km de l’arrivée. En revanche tous les observateurs furent surpris de voir Jacques Anquetil, non seulement tenir tête à Bahamontes sur les pentes redoutables de la Forclaz, mais le mettre en difficulté. Comment il pouvait en être ainsi ? Tout simplement grâce à une astuce de Geminiani, le directeur sportif d’Anquetil, lequel avait déjà escaladé ce col par ce côté en 1948, et il en avait gardé un mauvais souvenir. Du coup il décida, aussitôt après le franchissement du Grand-Bernard, de simuler un bris de dérailleur sur le vélo d’Anquetil, lui donnant une autre bicyclette plus légère et munie d’un braquet de 42×26 ( 3m45 de développement) mieux approprié à la pente à escalader sur une route en très mauvais état. C’est ainsi qu’Anquetil put résister facilement à Bahamontes, le battre au sprint à l’arrivée à Chamonix et prendre le maillot jaune grâce à la bonification d’une minute.

Il faut préciser qu’à l’époque le changement de machine n’était autorisé qu’en cas d’incident mécanique, d’où la simulation de Geminiani. Il faut aussi ajouter à propos de cette étape que celui qui arriva troisième s’appelait…Rik Van Looy, celui-ci terminant seulement à 18s du duo Anquetil-Bahamontes. Il avait bien mérité son maillot vert, d’autant qu’il avait remporté quatre victoires d’étapes. Ce n’est pas Cavendish, ni Greipel qui pourraient terminer une étape de haute montagne à moins de 20s des meilleurs du classement général ! C’était une autre époque, une époque où le règlement s’adaptait à la rouerie des coureurs ou directeurs sportifs. La preuve, après cet épisode, le changement de vélo fut autorisé sans restriction…suite à la réclamation portée conjointement par les directeurs sportifs de Poulidor (Antonin Magne) et de Bahamontes ((Raoul Rémy), qui ne fut pas acceptée.

Michel Escatafal


Freire mérite l’Oscar des grands champions méconnus

La fin de la saison se termine, et, comme on pouvait le pressentir, elle permet à Alberto Contador de mettre les bouchées doubles pour rattraper le retard occasionné par une suspension, ô combien injuste, qui l’a empêché de courir en compétition jusqu’au 6 août dernier. De fait, avant-hier, le fuoriclasse espagnol a remporté magnifiquement la classique la plus ancienne du cyclisme italien (première édition en 1876), Milan-Turin, sur un lieu qui rappelle au sport italien une terrible catastrophe. C’est en effet derrière la basilique de Superga, qu’un avion percuta un mur qui décima en 1949 une des meilleures équipes de football de l’histoire, le Torino FC, qui avait remporté quatre fois de suite le championnat d’Italie (entre 1946 et 1949). Parmi les joueurs il y avait les deux Français qui opéraient dans cette équipe, Emile Bongiorni et Roger Grava, mais aussi la grande vedette de l’époque, Valentino Mazzola, père de celui qui allait devenir à son tour une des stars de l’Inter de Milan dans les années 60, Sandro Mazzola.

C’est aussi un endroit, au souvenir plus heureux, qui rappelle la victoire lors de la quatrième étape du Giro 1958 d’une figure légendaire du cyclisme espagnol, Federico Bahamontes, grimpeur ailé surnommé l’Aigle de Tolède, qui gagna le Tour de France en 1959. Lors de cette montée vers Superga, Bahamontes avait dominé Charly Gaul après s’être échappé à trois kilomètres de l’arrivée, pour l’emporter devant le grimpeur luxembourgeois relégué à 27 secondes, le vainqueur de ce Giro, Ercole Baldini, terminant à la huitième place juste devant Louison Bobet à plus d’une minute. Et c’est en grand grimpeur que Contador a remporté ce Milan-Turin, devant l’espoir italien Ulissi à une quinzaine de secondes, après avoir su temporiser au moment de l’attaque de Joaquim Rodriguez, un coureur qui lui avait donné beaucoup de fil à retordre lors de la dernière Vuelta. Mais cette fois Purito fut impuissant à suivre le Pistolero lorsque ce dernier plaça sa fameuse « giclette » à un peu plus d’un kilomètre de l’arrivée, jugée au sommet de la route qui mène à la basilique de Superga. De bonne augure avant le Tour de Lombardie demain samedi, même si le parcours sera moins favorable à Alberto Contador !

Cela dit, ces derniers jours il y a eu un autre évènement important pour le cyclisme international, avec le retrait de la compétition du plus méconnu parmi les grands champions de ces dernières années, l’Espagnol Oscar Freire. J’ai dit le plus méconnu, parce que nombre de champions à la notoriété bien supérieure sont loin d’avoir le palmarès du coureur ibérique, lequel a tout de même été trois fois champion du monde (1999, 2001 et 2004), a remporté à trois reprises Milan-San Remo (2004, 2007 et 2010), mais aussi Paris-Tours (2010), Gand-Wevelgem (2008) ainsi que la Vantenfall Cyclassics en 2006 et la Flèche Brabançonne en 2005, 2006 et 2007, sans oublier en 2005 une des plus belles courses à étapes du calendrier, Tirreno-Adriatico. Bref, un très grand routier, qui se situe au trentième rang des plus beaux palmarès depuis 1946, seulement précédé parmi les coureurs en activité par Contador, Boonen et Cancellara. Un coureur peut-être pas exceptionnel, mais que l’Espagne aura du mal à remplacer dans le domaine où il évoluait avec le plus de succès, les courses d’un jour. Un coureur atypique aussi, dans la mesure où il figurait parmi les très rares routiers-sprinters capables de franchir les côtes les plus difficiles avec les meilleurs, ce qui aurait dû lui permettre de briller encore davantage dans les classiques ardennaises.

C’est sans doute ce qui explique sa frustration à la fin du championnat du monde dimanche dernier, remporté par Gilbert, ayant eu l’impression que certains des membres de son équipe l’avaient abandonné, et avaient trop joué leur carte personnelle. Ce sentiment il l’avait surtout vis-à-vis de Valverde, oubliant que ce dernier avait sacrifié ses chances pour lui, en 2004, lors de son second titre mondial, et qu’il pouvait lui aussi postuler légitimement au maillot arc-en-ciel cette année, compte tenu de sa forme dans la Vuelta et du parcours proposé, le sommet du Cauberg se situant à moins de deux kilomètres de la ligne d’arrivée. D’ailleurs tout le monde sera d’accord pour dire que, dans ce type d’arrivée, Valverde était sans doute un des rares à pouvoir suivre le coureur belge lors de son attaque décisive, et éventuellement le battre sur la ligne. Et je suis persuadé que si Valverde n’avait pas été tiraillé entre le désir de tirer Freire jusqu’au sommet du Cauberg et celui de jouer sa chance, il aurait fini plus près de Gilbert dans ce championnat du monde. En tout cas, on comprend la déception de nos amis espagnols, en voyant s’envoler un titre à leur portée, et ce d’autant plus que Samuel Sanchez et Alberto Contador avaient délibérément sacrifié leurs ambitions pour placer sur orbite Rodriguez, sans doute dans un mauvais jour, Freire et Valverde, lequel dut se contenter de la médaille de bronze. Voilà la réalité des faits, et de toute façon on ne peut pas refaire l’histoire.

Malgré tout on n’en voudra pas à Oscar Freire de cette frustration, laquelle démontre à l’évidence que c’était un authentique grand champion, même si ses jours de course entre 1998 et cette année ne sont pas aussi importants qu’on pourrait l’imaginer, victime de multiples blessures (genou, dos, selle, allergies) ou chutes au cours de sa carrière, notamment celle dont il fut victime lors du Tour de France cette année. On lui en voudra d’autant moins qu’il fut toujours parmi ceux qui ont eu des positions très fermes sur le dopage. Cependant il restera surtout dans l’histoire du vélo comme le meilleur routier-sprinter espagnol avec Miguel Poblet, que tout le monde craignait lors des arrivées au sprint dans les années 50. Et si j’évoque les années 50, c’est aussi parce que Freire est un routier-sprinter à l’ancienne, qui a remporté nombre de victoires sans avoir à sa disposition un train organisé pour l’emmener jusqu’aux trois cents derniers mètres. C’est d’ailleurs ainsi qu’il remporta son premier titre mondial.

Tout cela pour dire que Freire laissera un excellent souvenir à tous les amateurs de cyclisme, du moins ceux qui s’y intéressent de près. J’espère qu’il fera profiter de ses bons conseils les jeunes de sa région, la Cantabrie, et ceux de son pays, l’Espagne, même s’il est loin d’y être aussi populaire que le furent Bahamontes, Poblet, Delgado, Indurain ou aujourd’hui Valverde, Rodriguez et bien entendu Contador. Il est vrai qu’il a passé l’essentiel de sa carrière dans des équipes étrangères, comme Mapei (2000-2002), Rabobank (2003-2011), équipe dans laquelle il a certainement souffert de ne pas être néerlandais, et cette année Katusha.

C’étaient sans doute des choix de carrière, mais je reste persuadé qu’il aurait  un palmarès plus riche encore, s’il avait fait partie d’une grande équipe espagnole à son service exclusif dans les courses d’un jour. Il n’empêche, Oscar Freire peut être fier de ce qu’il a réalisé pendant les quatorze années de sa carrière professionnelle, et il se retire alors qu’il avait encore sa place parmi les meilleurs routiers, comme en témoignent ses victoires d’étape cette année au Tour Down Under et au Tour d’Andalousie, et plus encore ses places d’honneur au Grand Prix E3 et à la Flèche Brabançonne (second), à Paris-Bruxelles (troisième) et à Gand-Wevelgem et l’Amstel (quatrième), sans oublier sa dixième place lors de sa dernière course, le championnat du monde, dont il détient le record de victoires avec Alfredo Binda (1927, 1930 et 1932, Rik Van Steenbergen (1949, 1956 et 1957), et l’inévitable Eddy Merckx (1967, 1971 et 1974).

Michel Escatafal


A propos des grands grimpeurs…

S’il y a bien une catégorie de coureurs qui a toujours fasciné les spectateurs, ce sont les grimpeurs.  Oh certes il y en a beaucoup qui ont eu droit à cette appellation à une époque ou une autre, mais bien peu en revanche ont laissé une réelle trace dans l’histoire du cyclisme. Déjà il y a ceux qui ont gagné des grands prix de la montagne, en plus ou moins grand nombre, et rien d’autre. Ensuite il y a ceux qui en plus de ces trophées de la montagne,  ont gagné un ou plusieurs grands tours. Enfin il y a les très grands, qui non seulement sont ou ont été des grimpeurs exceptionnels, mais qui aussi ont toujours figuré parmi les tous meilleurs contre le chrono. Et ceux-là ont évidemment un palmarès considérable…au même titre que « les inclassables » qui étaient excellents  partout, mais qui à l’inverse des grands grimpeurs étaient d’abord de grands rouleurs. Essayons de voir chacun de ces types de coureurs dans l’histoire du vélo.

Dans la première catégorie il y a René Vietto, lequel en plus de ses qualités de grimpeur a un fait et une anecdote qui l’ont rendu immortel. Vietto, surnommé « le Roi René », fut le premier coureur à fixer son bidon sur le tube oblique du cadre, mais plus encore réalisa un acte héroïque dans le Tour de France 1934. En effet, lors d’une étape pyrénéenne restée célèbre, on a vu René Vietto remonter une partie du Portet d’Aspet alors qu’il était largement engagé dans la descente, pour dépanner Antonin Magne en proie à un ennui mécanique et lui permettre de gagner son second Tour de France. Certes René Vietto (20 ans à l’époque) aura été privé d’une retentissante victoire d’étape (qui aurait été la cinquième dans ce Tour), mais cela aurait été insuffisant pour rester dans la postérité au même titre que son prix du meilleur grimpeur, contrairement à son épique sacrifice pour son leader.

Parmi les autres coureurs qui ont aussi remporté  un ou plusieurs Grand Prix de la Montagne dans les grands tours, à une époque où le titre de meilleur grimpeur voulait dire quelque chose contrairement à ce qui se passe de nos jours, on peut citer l’Italien Massignan, l’Espagnol Jimenez, ou encore Richard Virenque qui a gagné le trophée à sept reprises dans la Grande Boucle. Tous ces coureurs ont pour particularité d’avoir été d’excellents grimpeurs, mais l’essentiel de leur palmarès se situe dans cette distinction, même s’ils ont remporté ça et là une belle victoire (Paris-Tours pour Virenque). On pourrait inclure dans cette catégorie parmi les coureurs d’aujourd’hui Andy Schleck, même s’il n’a jamais remporté le Grand prix de la Montagne…parce que seule la victoire dans le Tour l’intéresse.

Ensuite il y a ceux qui appartiennent  à la catégorie des grands grimpeurs qui ont aussi gagné un ou plusieurs grands tours. Là aussi la palette est assez grande, mais on peut citer Nencini qui fut vainqueur du Tour en 1960 et du Giro en 1957, Van impe qui remporta le Tour 1976, ou encore le Colombien Lucho Herrera qui enleva la Vuelta en 1987, sans oublier Pedro Delgado, vainqueur du Tour 1988 et de deux Vueltas en 1985 et 1989. Mais en revanche on mettra à part Federico Bahamontes, vainqueur de nombreux trophées du meilleur grimpeur dans les grands tours, et qui remporta le Tour de France 1959, parce qu’il appartient à une catégorie à part, celle des grimpeurs ailés.

Ce n’était pas pour rien qu’on appelait  Bahamontes « l’Aigle Tolède », et force est de constater qu’il était vraiment très fort dès que la route s’élevait, au point qu’à ses débuts dans le Tour de France il s’arrêtait au sommet des cols, qu’il passait largement en tête…pour déguster une glace. En fait, à cette époque, le cyclisme a produit deux des plus grands escaladeurs de l’histoire, à savoir Bahamontes et Charly Gaul. Lequel des deux était le plus fort en montagne? Difficile à dire, mais en revanche Charly Gaul était beaucoup plus complet que Bahamontes,  car c’était aussi un excellent rouleur comme en témoignent ses victoires dans les contre-la-montre de son Tour de France victorieux en 1958, où il battit Anquetil de sept secondes à Châteaulin sur une distance de 46 km, avant de battre tous ses concurrents la veille de l’arrivée entre Besançon et Dijon (74 km).

En cela Charly Gaul fait penser à Gino Bartali, un des plus beaux palmarès du cyclisme sur route, magnifié de surcroît par ses duels avec Fausto Coppi. Bartali fut un grimpeur extraordinaire, dont Géminiani disait que sa façon de grimper était unique, montant « par saccades en marquant des temps d’arrêt, 100 mètres debout sur les pédales et 100 mètres sur la selle »,  avant de mettre deux dents de plus pour s’envoler. Là évidemment personne ne pouvait suivre, à la notable exception de Coppi.  Mais Bartali n’était pas qu’un super grimpeur, car lui aussi était capable de se situer au niveau des meilleurs contre-la-montre, comme autrefois Luis Ocana (seul rival de Merckx qu’il dominait dans les cols), autre remarquable grimpeur et excellent rouleur, ou aujourd’hui le plus grand champion actuel, Alberto Contador, déjà vainqueur à 28 ans de 6 grands tours (trois Tours de France, deux Tours d’Italie et un Tour d’Espagne).

Alberto Contador est un coureur exceptionnel, capable d’avoir le plus beau palmarès de l’histoire en ce qui concerne les courses à étapes. Pour mémoire, rappelons qu’il a remporté tous les grands tours auxquels il a participé depuis 2007, sauf le Tour de France de cette année où il a été fortement pénalisé par une blessure au genou, qui lui a interdit de s’exprimer au maximum de ses possibilités…ce qui ne l’a pas empêché de finir dans les cinq premiers au classement général, et d’animer la fin de l’épreuve dans les Alpes. Ce qui est le plus impressionnant chez lui c’est sa manière unique de grimper qui fait effectivement penser à Bartali, souvent en danseuse, relançant violemment quand il sent que son rythme baisse. Et pour couronner le tout il y a sa célèbre « giclette » (démarrage dans une pente très dure), comme on dit dans le jargon du cyclisme. Voir une « giclette » de Contador  est un pur moment de bonheur, tellement on a l’impression que l’homme prend son envol, un envol majestueux et dominateur qui fait penser à l’envol de l’aigle royal que l’on rencontre dans les Pyrénées ou les Alpes, les terrains de chasse favoris du « Pistolero », comme  on l’appelle pour le geste qu’il fait à chacun de ses succès.

Reste enfin à évoquer celui qui est sans aucun doute le plus grand grimpeur de l’histoire du vélo, le campionissimo Fausto Coppi. Pour avoir souvent parler de lui sur ce site, je me contenterais de rappeler qu’il fut non seulement le meilleur grimpeur, mais aussi un des deux ou trois plus grands rouleurs de tous les temps, comme en témoignent ses deux titres de champion du monde de poursuite, mais aussi son record de l’heure, et ses multiples victoires dans les grandes épreuves contre-la-montre (Grand prix des Nations, de Lugano etc.). Fausto Coppi est à coup sûr le plus grand champion de l’histoire du vélo, même si certains me diront que c’est Merckx, d’autres Hinault, d’autres encore Anquetil ou Indurain. Non, Coppi était le plus grand, parce que les coureurs que je viens de citer, que j’appelais précédemment « les inclassables », ont tous été battus à un moment ou un autre, même à leur meilleur niveau, par des grimpeurs ailés…ce qui ne fut jamais le cas du meilleur Coppi. C’est la même chose pour Alberto Contador qui n’a pour seul contradicteur en montagne qu’Andy Schleck, lequel est très inférieur au super champion espagnol contre le chronomètre.

Michel Escatafal