Vélo (piste et route), football et Formule1 ont bien rempli ce week-end

pervis et baugéAvant de parler Formule 1, je voudrais souligner quelques faits d’armes ou péripéties ayant eu lieu au cours de la dernière semaine, à commencer par les championnats du monde de cyclisme sur piste où les Français ont brillé, comme d’habitude, ce qui a permis de mettre en valeur des noms comme ceux de F. Pervis (deux titres en kierin et au km), de Baugé qui a remporté son cinquième titre mondial en vitesse (évidemment je ne compte pas son déclassement en 2011 pour trois contrôles manqués), de Morice (médaille de bronze en poursuite), de Coquard et Kneisky (or dans l’américaine), et enfin de d’Almeida et Sireau qui ont conquis avec Baugé la médaille d’or de la vitesse par équipes. Voilà, c’est fait, en espérant que, comme c’est le cas pour les handballeurs, on parle d’eux à d’autres moments qu’aux championnats du monde. Et oui, la France c’est aussi ça : à part le football et quelques privilégiés emblématiques comme Tony Parker ou Renaud Lavillenie, on oublie vite les autres sportifs, même s’ils sont les meilleurs dans leur discipline. On ne parle d’eux que quand ils gagnent ou s’ils ont un problème personnel, par exemple lié au dopage.

La France c’est encore les remarques acerbes de quelques soi-disant amateurs de vélo, qui au lieu de se réjouir d’avoir assisté au commencement du duel Froome-Contador, ont profité du Tour d’Andalousie la semaine dernière pour évoquer…le dopage, sujet que les Français adorent. Lors de la première arrivée au sommet, c’était Contador qui était dans le collimateur parce qu’il avait remporté la première manche, devant Froome. Le lendemain, ce dernier battait à son tour Contador, et certains mettaient cela sur le compte de je ne sais quel produit. Bref, les soi-disant supporters du cyclisme s’en sont donné à cœur joie ! Encore heureux (pour eux) que Baugé ou Pervis soient français, parce sinon…

Autre remarques qui concernent le football, et qui m’attristent profondément, le PSG malgré les moyens quasi illimités de son actionnaire est toujours cruellement frappé par le fameux fair-play financier, invention de Michel Platini pour empêcher les riches investisseurs de chambouler la hiérarchie avec les clubs qu’ils achètent ou sont susceptibles d’acheter. Si j’écris cela une nouvelle fois (désolé si je me répète), c’est parce que je lis qu’Arsenal négocierait actuellement avec Palerme le transfert de Dybala, joueur argentin suivi depuis un certain temps par le PSG. Et le pire est que ce club pourrait emporter la mise pour 30 millions d’euros. Oui, j’ai bien lu quelque part pour 30 millions, somme dérisoire pour l’actionnaire qatari, mais considérable pour le PSG qui n’a pas le droit de dépenser plus de 65 millions pour l’année…alors qu’il n’a aucune dette et que son résultat est à l’équilibre dans les faits. J’ai dit dans les faits, parce que l’UEFA a divisé par deux l’apport de son principal sponsor qatari. Au fait pourquoi diviser par deux ? Pourquoi pas par trois ? Ou alors pourquoi se préoccuper de la qualité de ce contrat de sponsoring, à partir du moment où ce n’est pas de l’argent « sale » ? Décidément personne ne pourra reprocher à Michel Platini de favoriser le football français, et son club phare le PSG ! Tout le monde peut dépenser des dizaines, voire même des centaines de millions en transfert…sauf le PSG. Est-ce normal ?

Dernière remarque liée au football avant d’aborder le sujet de la Formule 1, le ridicule d’un certain Jean-Michel Aulas, lequel n’en finit plus de twitter depuis que l’Olympique Lyonnais est en tête de la Ligue 1, en arrivant à écrire des âneries sans nom, se moquant entre autres de ses voisins stéphanois (traités d’autistes !), quand il ne vilipende pas les arbitres pour avoir oublié un pénalty, omettant de dire qu’à la fin de la saison les erreurs d’arbitrage se compensent et ne faussent pas l’issue du championnat. Imagine-t-on Nasser Al-Khelaïfi ou Florentino Pérez se livrer à ce genre de facéties ? Rien que cela montre que l’Olympique Lyonnais ne tire pas dans la même catégorie que le Real Madrid ou le PSG, n’en déplaise aux supporters lyonnais, dont certains trouvent géniale la communication de J.M. Aulas . En tout cas, si cette année l’Olympique Lyonnais est champion de France, c’est tout simplement parce qu’il n’était pas européen (éliminé en phase préliminaire de la Ligue Europa), et sans doute aussi parce que les Rhodaniens furent sortis très tôt de la Coupe de la Ligue et de la Coupe de France, contrairement à l’AS Monaco ou le PSG, encore en course sur quatre compétitions, y compris en Ligue des Champions.

Et à propos de cette compétition, j’ai hâte de voir ce que vont faire les jeunes lyonnais l’an prochain face aux grands d’Europe, ce qui nous permettra de voir la réelle valeur du groupe lyonnais, vu que l’Olympique Lyonnais n’a pas d’argent pour recruter, comme en témoignent les résultats d’OL Groupe, dont le résultat net affiche un solde négatif de 9.4 millions d’euros, certes moins élevé que l’an passé (14,1 millions), mais quand même très important. Ce résultat est d’autant plus inquiétant qu’il est permis de se demander combien de temps il pourra garder des joueurs comme  Lacazette et Fekir, qui font l’objet d’attentions des plus grands clubs européens, prêts à leur donner beaucoup plus que ce que peut faire l’OL. Il paraît que le grand stade va résoudre tous les problèmes économiques de ce club, ce que je souhaite, même si j’ai du mal à voir l’avantage à court ou moyen terme de disposer de sa propre enceinte achetée à crédit, surtout si l’on en a une à disposition pour quelques millions d’euros annuels (pour le Parc des Princes, dont le PSG a la concession pour 30 ans, c’est environ 1,5 millions par an). N’oublions pas que ce stade va coûter plus de 400 millions d’euros, et qu’il faudra rembourser les dettes. Après on parle de 70 à 100 millions de revenus futurs supplémentaires grâce à ce nouveau stade et ses annexes (à voir!), à condition que l’Olympique Lyonnais fasse chaque année la Ligue des Champions…ce  qui est le cas par exemple du Bayern Munich, sauf que le Bayern aura toujours plus de moyens à sa disposition que l’OL, les charges en Allemagne, par exemple, étant nettement moindres qu’en France. On verra bien, même si je le répète, je souhaite le meilleur pour l’Olympique Lyonnais.

kimi et sebastianCette fois j’arrête mes réflexions sur les autres sports, pour enfin aborder le sujet de la Formule1 et les essais de pré-saison qui se sont déroulés ces dernières semaines, notamment ceux de Barcelone ce dernier week-end. Mais avant toutes choses  je voudrais évoquer brièvement le décès (hier) de Gérard Ducarouge, qui fut un très grand ingénieur, que ce soit chez Ligier, Alfa-Romeo et Lotus, où il côtoya avec bonheur le jeune Ayrton Senna. Fermons cette triste parenthèse, car la vie continue, et posons une première question sur la saison à venir de Formule 1 (premier G.P. en Australie le 14 mars) : le team Mercedes a-t-il été rattrapé partiellement ou totalement ? Réponse : non, comme en témoignent les performances de Rosberg le week-end dernier à Barcelone…avec des pneus médium. Rien à voir donc avec les super tendres utilisés par Lotus, qui ont permis à Grosjean et Maldonado de se situer aux premier et troisième rangs de la hiérarchie. Derrière les Lotus et la Mercedes on notera la bonne performance de Ricciardo au volant de la Red Bull, mais aussi celle de Kimi Raikkonen sur la nouvelle Ferrari, sans utiliser des pneus super tendres. Enfin, juste derrière Raikkonen, on aperçoit déjà une Williams-Mercedes (Massa) qui n’a jamais réellement cherché la performance.

Bien évidemment, lesdites performances sont à prendre avec des pincettes, mais elles signifient quand même quelque chose. Apparemment la Lotus est bien née et elle va disposer du moteur Mercedes, le même que celui de Rosberg et Hamilton, moteur dont disposeront aussi les pilotes Williams (Massa et Bottas) qui ont brillé l’an passé. Le moteur Renault semble lui aussi s’être amélioré cette année, ce dont va bénéficier Ricciardo et son coéquipier Kvyat, mais aussi Toro-Rosso, qui avec le très jeune Vestappen au volant a obtenu un prometteur huitième temps à Barcelone. Cela dit, l’écurie qui semble avoir le plus progressé semble être Ferrari, à la fois au niveau du moteur, constat confirmé par Nasr qui avait déjà utilisé le précédent, mais aussi au niveau du châssis. Néanmoins, aux yeux de tous les observateurs, Mercedes et son carburant miracle fourni par Petronas restent quand même devant. Si je parle de miracle à propos de l’essence fourni par la pétrolier malaisien, c’est parce que des experts affirment que cela offre une quarantaine de CV supplémentaires au moteur Mercedes, qui plus est grâce à un procédé parfaitement légal. Pas comme en 1983, où Alain Prost et Renault furent privés d’un titre mondial à cause d’une essence non conforme qui aidait grandement le moteur BMW de la Brabham de Piquet.

Au cours de ces essais hivernaux, la SF15-T a fait montre de qualités que Raikkonen a pu exploiter, ce qu’il n’avait jamais réussi à faire avec la voiture de l’an passé…ce qui a fait considérablement baisser sa côte, au point d’être considéré par ceux qui ne connaissent la F1 que depuis trois ans comme un has-been. Il l’était d’autant plus devenu à leurs yeux que son coéquipier s’appelait  Fernando Alonso, lequel avait l’énorme avantage d’être chez Ferrari depuis cinq ans, et d’en être le leader incontesté, comme il l’était quand il avait pour coéquipier Massa, lequel a retrouvé le goût de piloter chez Williams après avoir été dans les faits un numéro 2 triste au sein de la Scuderia . En outre, alors qu’en début de saison Raikkonen accumulait les pépins y compris des accrochages où il n’était nullement impliqué, par exemple à Monaco alors que le podium s’offrait à lui, Alonso de son côté ne souffrait d’aucun problème. Enfin, chacun affirme que sur le plan « politique » Alonso est sans doute le meilleur. Quand j’écris « politique », cela signifie qu’il s’est toujours arrangé pour avoir l’équipe à son entière disposition. A ce propos, et cela n’est jamais souligné, on notera que l’écart entre les deux pilotes s’est considérablement réduit en fin de saison au point de faire quasiment jeu égal lors des derniers grands prix, Raikkonen bénéficiant de toutes les attentions de l’équipe technique de la Scuderia.

Cependant, loin de moi l’idée d’écrire qu’Alonso n’a pas été meilleur que Raikkonen en cette année 2014, Alonso ayant réussi à mieux tirer son épingle du jeu que son coéquipier finlandais, dont tout le monde sait qu’il lui faut une voiture réglée pour lui pour en tirer la quintessence. Dans ce cas, c’est un des tous meilleurs, peut-être même le meilleur. En revanche, il y a un problème récurrent chez lui, lié au réglage du train avant, qui doit absolument lui convenir. Néanmoins si Alonso et Raikkonen avaient disposé d’une Mercedes, ils auraient eux aussi fait un et deux au championnat du monde. Pour en revenir à ce fameux train avant, Kimi avait d’ailleurs connu un peu le même problème chez Mac Laren, avant sa première arrivée chez Ferrari, puisque d’après Pat Fry, quand  il avait pour coéquipier Montoya, « ils ont consommé sept suspensions avant différentes tout au long de la saison », ce qui a fait dire à l’ingénieur britannique que « pour tirer le meilleur de Kimi, vous devez avoir la voiture pour le faire » (toile F1.com).

En tout cas la voiture de cette année, dessinée par son ancien ingénieur chez Lotus, Allison, lui convient beaucoup mieux,  et je suis persuadé que cette saison on retrouvera le vrai Kimi, avec comme nouveau coéquipier Vettel, dont le style de pilotage se rapproche du sien, et qui est aussi son ami. La preuve il vient de s’acheter une maison…en Finlande! Un Vettel qui n’a guère fait mieux qu’Iceman l’an passé, puisque tout quadruple champion du monde qu’il était, il fut lui aussi dominé par le presque débutant Ricciardo, qui avait eu beaucoup de mal en course face à J.E. Vergne chez Toro Rosso. Et oui, c’est ça la Formule 1, et ceux qui écrivent sur les forums feraient bien d’acquérir cette culture historique sans laquelle il est impossible de tirer des conclusions. Qui se rappelle que Sébastien Bourdais tenait la dragée haute à Vettel à ses débuts chez Toro-Rosso en 2008? Personne, parce qu’à partir du moment où les deux hommes ont eu la nouvelle voiture, Vettel a su en tirer profit immédiatement, contrairement à Bourdais qui à partir de mai est devenu « un tocard », ce qu’il n’était pas évidemment.

Mais si l’on remonte quelques années auparavant, qui aurait imaginé que Mansell puisse devenir champion du monde après avoir raté le titre en 1986 avec la Williams-Honda, battu par Prost qui disposait d’une Mac-Laren inférieure, ce même Prost qui fut son équipier et le domina copieusement chez Ferrari en 1990 (71 points contre 37). Mansell ratera encore le titre en 1987, toujours sur Williams-Honda, battu par son équipier Nelson Piquet, pourtant moins rapide que lui. Cela ne l’empêcha pas de devenir champion du monde en 1992, en écrasant la concurrence avec sa Williams-Renault, comme rarement un pilote ne le fit, battant son coéquipier (Patrese) de plus de 50 points (52) et Schumacher sur Benetton-Ford, troisième du championnat du monde, de 55 points. Cette année-là le binôme Mansell- Williams-Renault était absolument imbattable, remportant 8 des 10 premiers grands prix, ce qui lui permit d’assurer son titre mondial alors qu’il restait 5 grands prix à courir. Lui qu’on avait tellement moqué pour ses fautes grossières, pour ses manques en termes de réglage, venait d’administrer la preuve qu’avec une voiture qui lui convenait, il était presque invincible.

Voilà quelques considérations qui demanderaient de plus amples développements, mais ce sera pour une prochaine fois. Cela dit, j’en profite pour noter qu’hier Alain Prost  a eu 60 ans. Que le temps passe vite, surtout quand on pense qu’Ayrton Senna est mort depuis bientôt 21 ans! Prost-Senna, Senna-Prost, peu importe qui était le meilleur, mais ce que je sais c’est que ce fut l’un des plus beaux duels que le sport automobile et le sport tout court nous ait offert.  Une sorte de Coppi-Koblet ou Coppi-Bartali en cyclisme ou pourquoi pas, et sans chauvinisme, un duel du type de celui que vont nous offrir cette année, si la malchance ne s’en mêle pas, Contador et Froome, séparés de deux secondes à la fin du Tour d’Andalousie, le troisième étant à plus de 2mn30s après 5 étapes.  Pardon pour cet article fourre-tout, mais j’ai pris plaisir à l’écrire, et j’espère que vous éprouverez le même plaisir à le lire.

Michel Escatafal


Pervis, prince du sprint et roi des vélodromes

pervisEt si François Pervis venait de réaliser l’exploit du nouveau siècle pour le sport français…dans une quasi indifférence chez nous? Si j’écris cela c’est parce que je suis fâché, outré et scandalisé par le fait qu’il fallait être abonné à beIN Sport pour avoir droit à des images en direct des championnats du monde sur piste à Cali. De qui se moque-t-on dans ce pays qui se dit sportif, mais qui ne l’est absolument pas? Cela dit, je persiste et je signe : François Pervis vient de marquer profondément l’histoire du sport français et du cyclisme, en remportant tous les titres de vitesse en individuel, ce qu’aucun sprinter n’avait jamais fait, y compris les plus grands depuis 1980, année à partir de laquelle on peut faire la comparaison. Cela signifie que depuis 34 ans, personne n’avait été capable d’enlever le titre mondial, sur le kilomètre, le keirin et dans la discipline reine de la piste, la vitesse.

Un exploit phénoménal dans un sport dont je rappellerais qu’il fut olympique dès l’année 1896 à Athènes, avec pour mémoire la victoire d’un Français, Masson, dans ce que l’on appelait autrefois le chrono (333.33m en 24s) et en sprint, épreuve qui se courait à l’époque sur 2000m dans un temps (4mn56s) nettement supérieur à celui de la poursuite individuelle de nos jours (les 4 km en 4mn22s582 pour le champion du monde Edmondson à Cali). A noter que Masson lors de ces J.O. avait aussi enlevé le 10km, ce qui lui faisait trois médailles d’or, mais le 10 km ne peut être considéré comme une épreuve de vitesse. En outre la concurrence n’était pas la même que celle de nos jours. Un sport aussi, qui a créé ses premiers championnats du monde sur piste en 1893 avec l’épreuve de vitesse amateur (remportée par l’Américain Zimmermann) et chez les professionnels en 1895 (dont le vainqueur fut le belge Protin).

Voilà pour la lointaine histoire, mais si je l’ai évoquée, c’est pour bien mesurer que la piste fait bien partie de l’histoire du cyclisme au même titre que la route, ce que semblent ignorer ce qui disent s’intéresser au vélo de nos jours, mais qui accordent autant, voire même plus, d’importance à une victoire dans la Drome Classic ou le Tour du Haut-Var qu’à un triomphe au championnat du monde de vitesse. Il suffit d’ailleurs de constater le peu de réactions sur l’énorme performance de François Pervis la semaine dernière avec son triplé inédit, ou celles qu’il a accomplies en fin d’année 2013 quand il a pulvérisé les records du monde du km et du 200m lors de la manche de Coupe du Monde à Aguascalientes (Mexique). Et le plus triste est que c’est le cas dans d’autres pays de vélo, comme j’ai pu le relever en lisant un article de Biciciclismo où, pour les aficionados, Pervis est seulement « un pistero ». Pourtant, un temps de 56s303c sur le kilomètre ou de 9s347 sur 200m lancé sont autant d’exploits stratosphériques que ceux de Bolt en athlétisme avec ses 9s58 sur 100m ou ses 19s19 sur 200m ! Il est vrai, comme je l’écris et le dis souvent, que nombre d’amateurs de vélo sont  davantage intéressés par une affaire présumée de dopage, que par des performances exceptionnelles sur la piste, performances qui subissent aussi leur pesant de sous-entendus suspicieux. C’est ça aussi le vélo…et c’est tellement dommage !

Au passage, je voudrais souligner que ces exploits réalisés par Pervis sont d’autant plus admirables qu’il a dû affronter énormément de difficultés, notamment financières, pour faire de la piste son métier. A ce propos, on peut noter le manque total de discernement des groupes professionnels français, dont aucun n’a voulu l’engager depuis la fin de l’année 2010, qui a vu l’équipe Cofidis mettre fin à son engagement pour la piste, pour mieux se concentrer sur la route…où elle n’a remporté aucune victoire vraiment significative. Et oui, la France, grand pays de cyclisme et de tradition de la piste, ne compte aucune équipe professionnelle de la piste, contrairement à la Grande-Bretagne avec Sky, l’Allemagne avec Ardgas ou l’Australie avec Jayco, autant de gros sponsors. A ce propos on notera que ce gros sponsoring de la Sky ne l’a pas empêché d’être aussi sur la route une des meilleures équipes, si ce n’est la meilleure avec les deux derniers vainqueurs du Tour de France, Froome et Wiggins. En revanche combien de grandes courses ont gagné les équipes professionnelles françaises ces dernières années ? Réponse : aucune, car pour moi grande course signifie les grands tours, le championnat du monde (route et c.l.m.) et les principalesclassiques du calendrier. Désolé, mais je suis élitiste, ce qui veut dire qu’une victoire d’étape au Tour de Vendée ou à celui de Langkawi ne me fait pas rêver !

Fermons la parenthèse pour revenir à Pervis, qui a attendu d’avoir 29 ans pour acquérir le statut qui est le sien dans le monde du vélo et dans son pays, la France. D’abord il a vécu dans l’ombre d’un autre très grand sprinter, Baugé, qui fut quatre fois champion du monde de vitesse. Baugé qui est sans doute plus pur sprinter que Pervis, mais qui est loin d’avoir sa panoplie de coureur de vitesse. C’est un peu la même chose pour Sireau, qui est loin d’avoir la classe et le palmarès de Baugé et Pervis, mais qui passait quand même pour être devant le triple médaillé d’or de Cali aux yeux du staff de l’Equipe de France jusqu’à cet hiver. Ensuite Pervis a dû se débrouiller seul, comme je le rappelais précédemment, ce qui l’a incité à partir au Japon à deux reprises pour participer à la saison de keirin…où il a beaucoup travaillé et appris dans des conditions très spartiates (voir article sur Koichi Nakano, décuple champion du monde de vitesse). Il garde d’ailleurs un tel souvenir de ces deux tournées japonaises, qu’il s’est écrié à sa descente du podium de keirin à Cali : « Le Japon m’a vraiment changé la vie » ! On veut bien le croire, au vu de ses résultats de fin 2013 et début 2014, comme on imagine qu’il sera (enfin) pris dans une équipe professionnelle française dans les semaines à venir, ce qui est encore le plus simple pour ladite équipe pour obtenir des résultats probants et des médailles d’or.

Néanmoins, même si la vie semble plus belle pour Pervis, elle ne l’est pas pour le cyclisme national sur piste bien que la France se soit classée au deuxième rang des médailles (4 médailles d’or et une de bronze) lors des championnats du monde qui viennent de s’achever, juste derrière l’Allemagne (4 médailles d’or et 4 d’argent), mais devant l’Australie ( 3 médailles d’or, deux d’argent et 3 de bronze) et la Grande-Bretagne (2 médailles d’or, une d’argent et deux de bronze), cette dernière nation ayant beaucoup perdu de sa superbe après ses fracassants Jeux Olympiques à Londres (8 médailles d’or et 12 au total). En effet, l’ambiance a l’air tendue chez les sprinters français, et surtout, à part Pervis qui est très autonome, ils semblent traîner un mal-être contagieux, à commencer par Baugé qui n’est que l’ombre du quadruple champion du monde que l’on a connu jusqu’en 2012. Il est le seul d’ailleurs qui aurait pu pousser Pervis dans ses retranchements s’il avait été en grande forme. D’Almeida, autre sprinter plusieurs fois médaillé sur le kilomètre aux championnats du monde, reconnaît que la réussite de Pervis est une sorte de cache-misère. Certes Baugé, Sireau et D’Almeida ont remporté la médaille de bronze en vitesse par équipes, mais le sprint français aurait considérablement régressé sans la réussite extraordinaire de Pervis…qui est l’arbre qui cache la forêt.

Il est vrai que, comme souvent dans le sport français, les décisions qui sont prises au niveau fédéral peuvent donner lieu à discussion, à commencer, nous dit-on, par la nomination d’un entraîneur néo-zélandais à la place de Florian Rousseau, ancien super crack du sprint dans les années 90-2000, qui avait démissionné avec fracas après les J.O. de Londres (2 médailles d’argent pour la piste et une seule pour le sprint). En plus, malgré la mise en route (enfin !) du Vélodrome National de Saint-Quentin en Yvelines, il y a eu la fermeture du pôle d’Hyères, qui avait permis à nombre de nos sprinters de briller par le passé (Gané, Bourgain etc.), et qui a entraîné le départ à l’étranger de Benoît Vétu qui avait succédé à Daniel Morelon à Hyères d’abord, avant de partir entraîner en Russie, notamment Dmitriev (médaille d’argent en vitesse en 2013 et médaille de bronze en 2014), et à présent en Chine. Cela dit, Pervis de son côté défend son actuel entraîneur, après avoir manifesté son désaccord avec Florian Rousseau qui ne l’avait pas sélectionné pour les J.O. de Londres où, rappelons-le une nouvelle fois, il n’y avait qu’un seul coureur engagé en vitesse…ce qui est révoltant.

Bref, beaucoup d’états d’âme chez nos sprinters, ce qui laisse à penser que les J.O. de Rio de Janeiro ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour nos sprinters, même si Pervis n’a peut-être pas encore atteint son niveau maximum, et même si l’on peut penser que l’échéance de Rio sera une source de motivation supplémentaire pour Baugé, Sireau et D’Almeida. En outre, aux Jeux Olympiques, il n’y a pas le kilomètre, ce qui signifie qu’avec Pervis à la place de D’Almeida nous avons de réelles chances de médaille d’or dans la vitesse par équipes, dans la mesure où les Français ont été battus à Cali de moins d’une demi-seconde par les vainqueurs néo-zélandais. Tout cela pour dire que s’il y a urgence à se mettre tous d’accord en vue des J.O., il ne faut pas encore désespérer de l’Equipe de France. Et peut-être que le bilan des Français à Rio sera meilleur qu’on ne l’imagine car, ne l’oublions pas, Pervis sera à coup sûr encore très fort dans deux ans. Et je parierais bien qu’il réalisera un exploit comparable à celui de Hoy à Pékin, en enlevant trois médailles d’or avec la vitesse, le keirin et la vitesse par équipes. D’ici là, il y aura d’autres manches de Coupe du Monde et les championnats du monde en 2015 et 2016 pour nous permettre d’espérer encore davantage. En attendant savourons une nouvelle fois le fantastique exploit de François Pervis, qui s’est assuré à jamais une place unique dans l’histoire du cyclisme en particulier et du sport en général.

Michel Escatafal


1964-2014 : Le sport a bien changé en 50 ans!

soeurs GoitschelEn présentant mes vœux à mes fidèles lecteurs, je voudrais évoquer brièvement le sport il y a 50 ans. Que de progrès en termes de performances, avec il est vrai l’amélioration du matériel, de l’entraînement, de la médecine…et hélas de la pharmacopée liée au dopage, un phénomène qui a existé de tout temps, ce que certains semblent oublier. Alors que s’est-il passé, entre autres évènements en cette année 1964, en sachant déjà que nous sommes dans un contexte très différent, sur le plan géopolitique au  niveau mondial. L’année l 964, en effet, fut la première véritable année olympique de l’époque post- coloniale, avec notamment le véritable envol du sport africain, lequel allait devenir roi dans certaines disciplines de l’athlétisme (fond et demi-fond).

Cela dit, l’année 1964 aura d’abord été marqué par les Jeux Olympiques de Tokyo, avec l’extraordinaire athlète que fut Bob Hayes (10s au 100m), sans doute un des deux ou trois plus grands sprinters de l’histoire, sorte d’Usain Bolt de son époque, même s’il s’est contenté de courir sur 100m. Il faut toutefois noter qu’à cette époque les athlètes n’étaient pas des professionnels, et que leur entraînement ne leur permettait pas nécessairement d’avoir le fond suffisant pour doubler 100 et 200m. Néanmoins, le peu de compétitions qu’a fait Bob Hayes sur 200m fut suffisant pour savoir qu’il aurait pu facilement doubler aux J.O. s’il l’avait réellement voulu. Pour nous Français, 1964 fut une année olympique horrible puisque l’idole nationale que fut Michel Jazy, fut battu sur 5000m, alors qu’il était le plus fort. Mais à cette époque, les Français souffraient d’un mal aujourd’hui en partie disparu, la peur de gagner ou de perdre.

L’année 1964 fut aussi celle d’un des plus grands duels que le sport en général et le cyclisme en particulier aient connu, à savoir la lutte pour la suprématie mondiale entre Anquetil et Poulidor, laquelle atteignit son paroxysme sur la montée du Puy de Dôme dans le Tour de France.  Une montée où l’Espagnol Jimenez prouva qu’il était un grimpeur exceptionnel en distançant (11 secondes) son compatriote Bahamontes, mais où l’essentiel de la bagarre, dont on parle encore cinquante plus tard, se situait un peu plus bas entre Anquetil et Poulidor. Un mano a mano extraordinaire entre les deux meilleurs coureurs de l’époque, qui tourna à l’avantage de Poulidor, pour une fois, mais sans pour cela pouvoir assurer sa victoire dans le Tour de France. Poulidor pouvait-il faire mieux ? Peut-être, mais les deux champions ont chacun affirmé plus tard qu’ils avaient été au paroxysme de l’effort, ce qui signifie que si Poulidor n’a pas lâché Anquetil plus tôt c’est parce qu’il en était incapable. Verra-t-on un duel de cette intensité cette année entre Contador et Froome ? Pourquoi pas !

1964 fut aussi une année riche en péripétie en ce qui concerne la Formule1, le titre mondial se décidant lors du dernier grand prix, le titre changeant de main à quatre reprises lors du Grand Prix du Mexique. Ce fut d’abord Graham Hill (BRM) qui fut virtuel champion du monde, en se maintenant en troisième position, ce qui était suffisant pour devenir champion du monde une nouvelle fois. Hélas pour lui, il fut percuté par Bandini sur Ferrari, ce qui fit beaucoup de bruit par la suite dans la mesure où Bandini était l’équipier de Surtees, lui aussi candidat au titre. Cela étant, cette collision entre Hill et Bandini profitait à Jim Clark, sauf que le fantastique pilote écossais fut victime d’une fuite d’huile à deux tours du drapeau à damiers…ce qui redonnait le titre à Graham Hill. Mais c’était sans compter sur les consignes d’équipe, puisque Bandini, qui occupait la deuxième place de la course, laissait passer Surtees dans le dernier tour, et lui offrait le titre sur un plateau avec un point d’avance sur Hill. Quel final ! Au passage on notera que John Surtees restera pour la postérité le premier, et peut-être le seul, à avoir été champion du monde sur deux et quatre roues (350cm3, 500 cm3 et Formule 1). Fermons la parenthèse, pour dire que cette année la Scuderia Ferrari, avec son duo de feu Alonso-Raikkonen, pourrait bien retrouver un titre mondial pilotes qui la fuit depuis 2007…avec Raikkonen.

1964 fut aussi une année riche en rugby, avec le Bouclier de Brennus (on ne parlait pas de Top 14 à cette époque) remporté par la Section paloise de François Moncla, mais aussi de J.P. Saux, Jean Capdouze et Jean Piqué, face à l’AS Béziers de Danos, Gensane et Dedieu. Une chose est sûre : en 2014, ces deux équipes, aujourd’hui en Pro D2, ne décrocheront pas un nouveau titre de champion de France. Le rugby professionnel est passé par là, même si le Castres Olympique a prouvé qu’on pouvait jouer dans la cour des grands sans être le club d’une grande ville. Mais pour combien de temps ? Quant à l’équipe de France, elle ne termina le Tournoi des Cinq Nations qu’à une décevante troisième place, derrière l’Ecosse et Galles,  ne remportant qu’un seul match. Résultat très décevant, j’insiste, d’autant que les Français avaient réussi à faire match nul contre les Gallois à Cardiff, mais aussi parce que dans cette équipe il y avait des joueurs comme Claude Lacaze, Gachassin les frères Boniface, Crauste, Herrero, Dauga ou Gruarin. Que du beau monde auquel il faut ajouter Pierre Albaladejo, qui a achevé après le Tournoi sa carrière internationale à Springs contre l’Afrique du Sud par une courte défaite (6-8). Que feront les Français cette année dans le Tournoi ? Difficile à dire, tellement notre équipe joue un jeu sans réelle ambition, face à des Anglais et des Gallois qui paraissent supérieurs à notre équipe.

Et le football me direz-vous? Peu de chose à souligner sinon que nous étions vraiment, en 1964, au creux de la vague à cette époque. Malgré tout notre équipe nationale avec des joueurs comme Aubour et Pierre Bernard dans les buts, Chorda, Arlesa, Djorkaeff (père de Youri) et Bosquier comme défenseurs, Bonnel, Herbin, Muller et Ferrier au milieu et Lech, Combin, Di Nallo et Rambert comme attaquants, allait préserver l’essentiel dans les matches de qualification pour la Coupe du Monde en Angleterre. En outre, après des années de disette depuis la finale de la Coupe d’Europe 1959 avec le grand Stade de Reims, une équipe française, l’Olympique Lyonnais, allait briller dans feu la Coupe des Coupes, en arrivant jusqu’en demi-finale, battu en match d’appui par le Sporting du Portugal…qui aurait été éliminé si le règlement du but à l’extérieur comptant double avait existé (0-0 à Lyon et 1-1 à Lisbonne). Que sera l’année 2014 pour le football français ? Peut-être glorieuse, avec le PSG devenu depuis l’an passé un grand d’Europe, et qui figure parmi les outsiders de la Ligue des Champions. Ou encore avec l’Equipe de France, capable du meilleur comme du pire, et dont personne ne s’aventurerait à prédire quoi que ce soit pour la Coupe du Monde au Brésil. Néanmoins, il manque à cette équipe, ce qu’elle avait en 1958 (avec Kopa et Fontaine), en 1982 et 1986 (avec Platini, Giresse, Tigana), en 1998 (Zidane) ou en 2006 (Zidane encore et Henry), à savoir le ou les joueurs capables à tout moment de faire la différence, comme un Messi pour l’Argentine, un Neymar pour le Brésil ou un C. Ronaldo pour le Portugal.

Reste enfin à parler des Jeux Olympiques d’hiver en 1964 à Insbruck en Autriche, où la France avait remporté trois médailles d’or dont deux grâce aux sœurs Goitschel, Christine enlevant le slalom devant sa sœur Marielle, celle-ci prenant sa revanche devant Christine, un double doublé fraternel unique à ce jour. Quant à la troisième médaille d’or elle fut l’œuvre d’un autre très grand skieur, François Bonlieu, qui trouvait là l’occasion de couronner une carrière qui avait commencé dix ans plus tôt par une médaille d’argent aux championnats du monde à Are, alors qu’il avait tout juste dix-sept ans. Cette année, hélas, je crains que la moisson soit inférieure en ski à Sotchi, d’autant que nos deux meilleures chances chez les féminines (Tésa Worley et Marion Rolland) sont blessées. En revanche, nous sommes plus forts qu’à l’époque en ski nordique (Lamy-Chappuis, Fourcade). Nous verrons bien, mais ne soyons pas trop optimistes, même si de bonnes surprises peuvent nous attendre en patinage artistique (Nathalie Péchalat-Bourzat, Ciprès-Vanessa James et pourquoi pas Amodio).

Tout cela pour dire que les amateurs de sport auront de nombreuses occasions de vibrer en cette année 2014, comme ce fut le cas en 1964. Le sport français est-il plus fort qu’à cette époque ? Difficile à dire, même s’il semble que oui sur un plan global. Néanmoins il nous manque par exemple un vainqueur de tournoi du grand chelem en tennis chez les hommes (le dernier étant Noah en 1984), un vainqueur du Tour de France en cyclisme (le dernier est Hinault en 1985), un champion du monde de Formule 1 (le dernier est Prost en 1993) etc. En attendant je vous souhaite à tous mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2014, avec beaucoup de succès sportifs pour nos Français (équipes nationales, mais aussi Camille Muffat, Baugé, Pervis, Agnel, Mekhissi, et le PSG etc).

Michel Escatafal


Ibrahimovic zlatane le foot féminin? Faux !

Lotta SchelinibrahimovicQui a dit cela ? « Vous ne pouvez pas comparer le football masculin avec le football féminin. L’attention que le football féminin obtient dans notre pays (la Suède) est sans équivalent dans le monde. C’est en soi une chose étonnante. Attention, elles accomplissent leur travail merveilleusement bien, et elles continueront à le faire, mais on ne peut pas comparer la performance individuelle d’une femme avec celle d’un homme« .  Réponse: Zlatan Ibrahimovic, une des trois grandes stars mondiales du football, avec C. Ronaldo et Messi (désolé pour Ribéry, mais il ne tire pas dans la même catégorie!). Voilà le genre de phrases qui déclenche aussitôt une polémique grotesque, et, si j’emploie cet adjectif, c’est parce que je ne suis pas, loin de là, de ceux qui ne trouvent aucun intérêt pour le sport  féminin (voir mon article sur ce site : Le sport se conjugue aussi au féminin). Au contraire, je trouve la même beauté que chez les hommes dans les gestes ou les courses des sportives féminines dans des sports tels que le tennis, l’athlétisme, la natation, la gymnastique ou le ski, pour ne citer qu’eux. Et je n’hésite pas à écrire qu’une victoire en finale olympique sur 100m, en athlétisme, a pour moi la même valeur, qu’elle soit remportée par un homme ou une femme. En revanche, désolé de le dire, mais pour moi ce ne sera jamais le cas pour le football, le rugby, la boxe ou le vélo.

Je ne regarderais jamais avec la même passion un match de vitesse (cyclisme sur piste) disputé par deux hommes ou par deux femmes, et je l’assume parfaitement. Y-a-t-il plus beau spectacle, au vrai sens du terme, qu’un affrontement entre Baugé et Pervis ou Kenny ? Réponse, NON, tellement un match de vitesse recèle à la fois la force physique dans ce qu’elle a de plus pur, la technique dans ce qu’elle a de plus affirmé, et une beauté gestuelle digne des plus belles représentations artistiques. Ce n’est quand même pas pour rien qu’on affublait autrefois les sprinters du nom, ô combien juste, « d’aristocrates de la piste». Et puisque je parle de beauté gestuelle, qui oserait comparer celle de Ray Sugar Robinson, Mohammed Ali ou Ray Leonard avec celle des boxeuses féminines ?  En revanche je me souviens bien de mon professeur de tennis, à l’époque où j’apprenais à jouer, me conseillant de bien observer le service et la volée de Martina Navratilova ou le coup droit de Chris Evert, tellement le geste était à la fois pur et précis, et j’ajouterais d’une beauté rare.

Cela dit, à part quelques féministes qui s’effarouchent à la vitesse de la lumière, qui peut s’offusquer des propos tenus par Zlatan Ibrahimovic, surtout quand, en plus, on connaît le goût de la provocation du géant suédois ? A priori personne, d’autant que je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de sexiste dans ses propos, soulignant au passage qu’elles « accomplissent leur travail merveilleusement bien ». Il faut vraiment être de mauvaise foi pour en faire un sujet de polémique. En outre, qui connaît, même en Suède, le nom des grandes vedettes du football féminin ? Je suis intimement persuadé que si tout le monde dans ce pays connaît Ibrahimovic, comme on connaissait autrefois Gren, Nordhal, Liedholm, Hamrin ou Skoglund, peu de monde pourrait citer plus d’une ou deux joueuses de football.

Pour ma part, on me demanderait quelles sont les meilleures joueuses actuelles, je serais bien en peine d’en citer une seule, sauf Lotta Schelin (attaquante de Lyon), dont j’ai découvert le nom en lisant l’article que le journal L’Equipe a consacré à cette pseudo affaire (Quand Zlatan Ibrahimovic se moque du football féminin). Et je suis certain que la quasi-totalité de ceux qui s’intéressent au football sont dans mon cas dans la plupart des pays, comme en témoignent les tribunes vides à chaque match retransmis sur les différentes chaînes sportives…ce qui se comprend quand on sait que le football masculin est né à la fin du dix-neuvième siècle, alors que le football féminin essaie désespérément de prendre son envol depuis le début du nouveau siècle. Et pourtant on ne peut pas dire que les télévisions ou autres médias n’en font pas des tonnes pour donner de la notoriété au football féminin, espérant secrètement que si ce sport se féminise, comme l’ont fait le tennis ou l’athlétisme, les retombées commerciales en seront considérables vu le nombre de pays où le football est le sport-roi.

Pour ce qui me concerne, ce qui me dérange le plus, c’est ce désir irrépressible de vouloir mettre sur un même plan les femmes et les hommes dans le sport, au point d’avoir modifié de fond en comble le programme olympique d’un des sports les plus anciens aux J.O., le cyclisme sur piste, pour que la parité soit totale entre les épreuves masculines et féminines. Ainsi, au nom de ce principe égalitariste, on en est arrivé à cette aberration de voir une épreuve comme le kilomètre (présente aux premiers J.O.) être supprimée du programme. Et que dire de l’épreuve de vitesse qui ne peut accueillir qu’un sprinter par nation…ce qui dénature complètement une compétition où les meilleurs sont répartis dans quelques nations (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Australie). Imagine-t-on un 100m en athlétisme (masculin ou féminin) avec un seul représentant de la Jamaïque et des Etats-Unis, ou des épreuves de demi-fond (masculines ou féminines) avec un seul représentant du Kenya et de l’Ethiopie ? Impensable, et pourtant c’est le cas dans la vitesse masculine aux J.O., où un seul de nos deux cracks de la piste, Baugé (quadruple champion du monde de vitesse individuelle) et Pervis (champion du monde du kilomètre et recordman du monde du 200m lancé et du kilomètre), pourra participer à la vitesse aux J.O. de Rio de Janeiro. Ridicule !

Et sachant que certains vont me vouer aux gémonies, je voudrais terminer en notant que si les féministes sont outrées parce qu’on ne considère pas les femmes à leur juste valeur sur le plan sportif, nombre de vedettes féminines se rattrapent largement en posant pour les magazines…préférés des hommes. Pour ma part, cela ne me dérange nullement, mais je m’aperçois qu’on n’entend jamais, ou très rarement, les féministes se scandaliser devant ces pratiques que je qualifierais de mercantilistes. Certains vont me rétorquer, que faute de toucher les mêmes émoluments que les hommes, faute aussi d’avoir la même exposition médiatique, il faut bien trouver un moyen de se faire connaître ou de promouvoir son image d’une autre manière. Certes, mais que dire de certaines stars du tennis féminin qui, pourtant, gagnent autant d’argent que leurs collègues masculins! Cela étant, reconnaissons qu’Ana Ivanovic, Agnieszka Radwanska, Daniela Hantuchova, Caroline Wozniacki sont vraiment magnifiques à regarder…qu’elles jouent au tennis ou qu’elles posent pour des magazines. Ah, on va dire que je suis un horrible macho…mais je m’en moque!

Michel Escatafal


Le cyclisme, c’est aussi la piste

michel rousseauAlors que les championnats du monde de cyclisme sur piste commencent ce soir à Minsk, et que les mauvaises nouvelles s’accumulent pour la délégation française, avec les problèmes de santé d’un de nos plus sûrs espoirs de médaille, Michael D’Almeida (kilomètre), qui s’ajoutent au forfait du quadruple champion du monde de vitesse sur la piste, Baugé, je voudrais de nouveau évoquer la piste en reprenant un article que j’avais écrit précédemment retraçant en bref l’histoire des championnats du monde. Et la première réflexion qui me vient à l’esprit est que cette année les championnats du monde ont lieu en plein hiver, et non au printemps comme l’an passé, où ces championnats, déjà peu médiatisés dans de nombreux pays, subissaient la concurrence de la plupart des grandes classiques du calendrier. Ensuite, je repense à ce qui s’est passé l’été dernier aux J.O. de Londres, où les Britanniques ont écrasé la concurrence comme jamais aucun pays ne l’avait fait auparavant, avec sept titres sur les dix qui étaient attribués, ce qui situe le fossé séparant la piste britannique des autres. A commencer par la piste française qui survit surtout par ses sprinters, à travers la vitesse par équipes, le kilomètre, et la vitesse individuelle.

A propos de cette discipline, je voudrais rappeler que la France a la chance d’avoir encore aujourd’hui un des meilleurs sprinters de l’histoire, quadruple champion du monde entre 2009 et 2012, Grégory Baugé. Si je dis quadruple champion du monde, c’est parce que je considère comme nulle la suppression par l’UCI de sa troisième victoire en 2011, une décision qui ne peut que paraître loufoque aux yeux des vrais amateurs de cyclisme, pour un manquement aux obligations de localisation alors qu’il avait été autorisé à concourir. Du coup le titre était revenu à son rival battu en finale, le Britannique Jason Kenny, lequel a enfin réussi à battre notre Français en finale de l’épreuve aux Jeux Olympiques l’an passé, se vengeant de sa défaite en finale des championnats du monde 2012.

Cependant même si la supériorité britannique est aujourd’hui écrasante, depuis les débuts de l’ère open (1993), c’est la France qui est largement en tête au classement des médailles d’or (56) aux championnats du monde, devant l’Australie (46) et la Grande-Bretagne (44), nations traditionnellement fortes sur la piste déjà avant l’époque open (les Britannique Harris, Porter ou les Australiens Patterson, Nicholson, Johnsson etc.), alors que, par parenthèse, l’Italie a presque complètement disparu des palmarès après les avoir meublés dans les années cinquante et soixante (Bevilacqua, Maspes, Sacchi, Morettini, Ogna, Gaiardoni, Messina, Faggin etc.).

La tradition française en vitesse

Pour revenir à la vitesse, discipline reine des épreuves sur piste, un peu comme le 100m en athlétisme, on ne compte plus les titres remportés par les coureurs français, que ce soit chez les amateurs ou les professionnels jusqu’en 1991 ou depuis le début de l’ère open en 1993. Depuis cette date les Français ont remporté onze médailles d’or, même si les chiffres de l’UCI en comptabilisent dix puisqu’on en a retiré une à Baugé, avec tout d’abord les trois de Florian Rousseau en 1996, 1997 et 1998, puis les deux de Laurent Gané en 1999 et 2003, celle d’Arnaud Tournant en 2001 et enfin celles de Baugé en 2009, 2010, 2011 et 2012. De quoi réjouir notre entraîneur national qui n’est autre que le grand Florian Rousseau lui-même.

En outre, pour bien montrer que la filière française de vitesse fonctionne parfaitement, l’Equipe de France de vitesse par équipe a remporté onze médailles d’or (dix pour l’UCI en retirant celle de 2011 suite à l’affaire Baugé) et quatre d’argent en dix-huit éditions des championnats du monde, plus des médailles de chaque métal en quatre éditions des Jeux Olympiques depuis 2000, ce qui est tout simplement exceptionnel. Mais puisque nous sommes dans l’histoire, il faut aussi ajouter que Daniel Morelon a été le sprinter le plus titré (derrière le Japonais Nakano qui remporta dix titres consécutifs chez les professionnels entre 1977 et 1986), avec sept titres dans les années 60 et 70, plus deux titres olympiques en vitesse, tous acquis chez les amateurs qui, à l’époque, étaient meilleurs que les professionnels. D’autre part, avec Lucien Michard, deux fois titré chez les amateurs en 1923 et 1924 et quatre fois chez les professionnels entre 1927 et 1930, plus Michel Rousseau qui fut champion olympique de vitesse en 1956, puis deux fois champion du monde amateur en 1956 et 1957, mais aussi champion du monde professionnel en 1958, la France a compté dans ses rangs quelques uns des plus beaux modèles de la discipline, en plus de ceux que j’ai cités précédemment (Rousseau, Gané, Tournant et Baugé)..

Deux anecdotes qui ont marqué l’histoire des championnats du monde de vitesse

A propos de Michard, il aurait dû être champion du monde une fois de plus, car il fut privé du titre en 1931…en raison d’une erreur de jugement qui profita à son concurrent danois qui s’appelait Falk-Hansen. Cette année-là les championnats du monde sur piste étaient organisés à Copenhague, ce que les mauvaises langues n’ont pas manqué de noter, parce que toutes les photos de l’arrivée indiquaient que Michard avait gagné d’une roue. Problème, le juge, au nom bien français d’Alban Collignon, ne vit pas que Michard avait remporté la manche lui donnant le titre…parce qu’il se situait du côté du coureur extérieur, ce qui lui donna l’illusion que Falk-Hansen avait dominé Michard qui se trouvait à l’intérieur. Bien entendu il y eut réclamation de la part des Français, la presse parla de cela pendant des semaines, mais rien n’y fit et la décision du juge fut sans appel.

Parlons maintenant de Michel Rousseau, un des plus doués parmi les « aristocrates de la piste » comme on surnomme les sprinters. C’était un coureur que tout le monde trouvait sympathique, peut-être en raison de son côté « titi parisien ». Ses mensurations étaient impressionnantes pour l’époque, puisqu’il mesurait 1.73m et pesait un peu plus de 80 kg, ce qui lui donnait une impression de puissance à nul autre pareil, et lui valut d’être surnommé « le costaud de Vaugirard ». Il avait tout d’un très grand sprinter, mais il ne fit pas la carrière qu’on aurait pu attendre de lui, laissant après 1958 la vedette à l’Italien Antonio Maspes, sept fois champion du monde professionnel entre 1955 et 1964. Et pourtant, en 1958, pour sa première année chez les professionnels, Michel Rousseau jongla littéralement avec lui en demi-finale des championnats du monde, le battant sèchement en deux manches, avant de s’imposer tout aussi facilement en finale face à un autre Italien, Sacchi.

Cela dit l’histoire retiendra aussi de Rousseau et Maspes, un surplace historique en 1961, pour l’attribution du titre mondial à Zurich. En effet Rousseau, qui avait été battu par Maspes en finale du tournoi mondial de 1959, se mit dans l’idée d’imposer une séance de surplace à son adversaire, pour l’obliger à mener. Le surplace à l’époque n’était pas rare, contrairement à aujourd’hui, les sprinters préférant être derrière l’adversaire pour éviter d’être surpris au moment du lancement du sprint. Dans le cas où il y a surplace, c’est généralement celui qui a les nerfs les plus solides qui réussit à obliger son adversaire à passer en tête, et qui gagne le plus souvent. Michel Rousseau céda le premier (plus d’une demi-heure) et il fut battu, ce qui permit à Maspes de conserver son titre.

Ce fut le chant du cygne de Michel Rousseau, car jamais plus il ne fréquentera les podiums mondiaux, au grand regret de ses nombreux admirateurs. Et pourtant son extraordinaire puissance, sa vélocité naturelle, plus les leçons techniques de son mentor Louis Gérardin, ancien champion du monde de vitesse amateur en 1930, qui découvrit Pierre Trentin (champion du monde de vitesse en 1964) et Morelon, auraient dû lui valoir bien d’autres satisfactions dans les années 60. Espérons au passage que Grégory Baugé, très doué et très puissant lui aussi, incontestablement le meilleur sprinter mondial depuis cinq ans, poursuive sa carrière, comme il l’a annoncé, jusqu’aux J.O. de Rio de Janeiro en 2016. La remarque vaut aussi pour Kévin Sireau, recordman du monde du 200m (9s572), toujours à la recherche de son premier titre individuel. Cela dit, ces jeunes gens ont un exemple tout trouvé avec l’entraîneur de l’équipe de France, Florian Rousseau, qui remporta dix titres mondiaux et trois titres olympiques, sur le kilomètre, en vitesse individuelle, par équipe, et au keirin, entre 1993 et 2001.

La poursuite et le demi-fond assuraient aussi le spectacle à la belle époque de la piste

Néanmoins, par le passé, à la belle époque de la piste, dans les années 50 et 60, il y avait d’autres épreuves pour assurer le spectacle, notamment la poursuite (à partir de 1946) disputée sur une distance de cinq kilomètres, et le demi-fond couru jusqu’en 1971 sur la distance de 100 km derrière grosses motos. Chacune de ces épreuves a eu ses champions mythiques. En ce qui concerne la poursuite, quelques noms connus ou quasiment oubliés de nos jours ont marqué la discipline. Parmi ceux-ci, il faut citer le redoutable Néerlandais Schulte (champion du monde en 1948), les Italiens Bevilacqua (champion du monde en 1950 et 51) et Messina, triple champion du monde entre 1954 et 1956, année où il battit en finale un certain Jacques Anquetil après avoir battu Hugo Koblet en 1954, mais aussi Rudi Altig qui revêtit le maillot arc-en-ciel en 1960 et 1961, avant de conquérir celui de la route en 1966, exploit que réalisa aussi Francesco Moser ( champion du monde de poursuite en 1976 et sur route en 1977), ou encore notre Français Alain Bondue, qui s’octroya le titre mondial en 1981 et 1982, comme plus tard Francis Moreau (1991) et Philippe Ermenault (1997 et 1998). Mais les deux plus brillants furent incontestablement le campionissimo Fausto Coppi, champion du monde en 1947 et 1949, vainqueur de quatre-vingt quatre poursuites individuelles sur les quatre-vingt quinze qu’il disputa dans sa carrière, dont vingt et une victoires consécutives au cours de l’hiver 1947- 1948, et plus encore peut-être Roger Rivière, sans doute le plus doué de tous, invaincu dans la discipline avec trois titres mondiaux dans sa courte carrière entre 1957 et 1959, considéré par beaucoup comme le meilleur rouleur de tous les temps sur des distances allant jusqu’à 70 kilomètres.

Enfin en demi-fond, comment ne pas parler d’un Espagnol, Guillermo Timoner, qui fut un grand spécialiste des courses à l’américaine avant de devenir le roi des stayers, comme on appelait les coureurs de demi-fond. Timoner allait succéder à un autre crack de la discipline, le Belge Adolphe Verschueren, excellent routier chez les amateurs, qui remporta le titre mondial en 1952, 1953 et 1954. Timoner était ce que l’on appelle l’archétype du stayer, à la fois souple et nerveux, sachant admirablement se servir de l’abri de la moto, ce qui n’était pas sans danger en raison de la vitesse très élevée qui pouvait être atteinte (jusqu’à 100km/h). Il l’emporta à six reprises au championnat du monde entre 1955 et 1965, ce qui constitue un record, qu’il aurait pu améliorer sans une grave chute qui faillit lui coûter la vie lors des Six-Jours de Madrid en 1960, et qui l’empêcha de défendre son titre en 1961. En revanche, si sa gloire fut grande à cette époque, il se déconsidéra complètement quand il effectua son retour à la compétition en 1984, à l’occasion des championnats du monde de Barcelone, pour représenter l’Espagne dans les épreuves de demi-fond…alors qu’il était âgé de 56 ans. Cette folie lui fut d’autant plus reprochée, ainsi qu’à sa fédération, qu’il ne fit que de la figuration dans une épreuve qui avait pourtant perdu tout son prestige depuis longtemps, au point qu’elle disparut des championnats du monde en 1995.

Des épreuves disparaissent, et d’autres apparaissent, notamment les compétitions féminines

Ce ne fut pas la seule, au demeurant, à disparaître, puisque le même sort fut réservé au tandem, épreuve olympique depuis 1908, et aux championnats du monde à partir de 1966 (victoires des Français Trentin et Morelon) jusqu’en 1994 (victoire française avec Colas et Magné). En revanche d’autres épreuves apparurent comme le kilomètre à partir de 1966, où plusieurs Français s’illustrèrent en remportant le titre mondial, Pierre Trentin en 1966, puis Florian Rousseau en 1993 et 1994, sans oublier Arnaud Tournant, le recordman du monde (58s875), qui s’imposa quatre fois consécutivement entre 1998 et 2001. La poursuite olympique (4 km) fit son apparition en 1962, puis plus tard le keirin en provenance du Japon à partir de 1980, avec des victoires de Magné en 1995, 1997 et 2000, année ou Florian Rousseau fut champion olympique de la discipline, et Laurent Gané en 2003. On n’omettra pas de citer également dans ce panorama des courses inscrites au championnat du monde, des épreuves moins prestigieuses comme la course aux points, le scratch, l’omnium ou l’américaine, cette dernière épreuve n’ayant plus rien à voir avec son ancêtre le Critérium de l’Europe à l’américaine, qui réunissait quelques uns des meilleurs routiers-pistards entre 1949 et 1990 devant des foules considérables, avec comme figures de proue Schulte, Hugo Koblet, Terruzzi, Van Steenbergen, Post, Altig, Sercu et Eddy Merckx.

Enfin, pour être complet, notons que les épreuves féminines firent leur apparition en 1958 (vitesse et poursuite). La France remporta six victoires en vitesse avec Nicoloso en 1985 et Félicia Ballanger entre 1995 et 1999, cette dernière réalisant le doublé sur le 500 mètres pour les cinq premières éditions de cette nouvelle épreuve. Notre pays gagna aussi six titres en poursuite grâce à Jeannie Longo et Marion Clignet (trois chacune), lesquelles remportèrent aussi le titre dans la course aux points apparue en 1988. Enfin le keirin fut inscrit au programme à partir de 2002 (deux victoires françaises avec Clara Sanchez en 2004 et 2005), tout comme la vitesse par équipes en 2007, la poursuite par équipe depuis 2008, sans oublier le scratch en 2002 et l’omnium en 2009.

Michel Escatafal


Kenny et les Britanniques voltigent, Baugé et les autres se font trimbaler

Alors que le cyclisme sur piste interpelle de plus en plus les coureurs et les responsables des autres délégations, les Britanniques continuent leur moisson de médailles aux Jeux Olympiques, sans se préoccuper de quoi que ce soit. Ils ont quasiment tout gagné, ils ont tout écrasé, à commencer par Kenny en vitesse individuelle qui s’est littéralement joué de Baugé, alors qu’il ne l’avait jamais  battu jusque-là. Et en plus, si un des leurs avoue avoir triché, on fait comme s’il n’avait rien dit. Je fais évidemment allusion à l’affaire de la vitesse par équipes jeudi soir, quand un jeune coureur de l’équipe britannique a avoué avec naïveté avoir fait exprès de chuter, parce qu’il avait pris un mauvais départ. Et par-dessus le marché, les responsables britanniques du cyclisme sur piste prennent tout le monde pour des imbéciles en évoquant un problème de traduction pour les aveux de Hindes, celui-ci n’étant citoyen britannique que depuis peu. Plus grave encore, l’UCI s’est ridiculisée en détournant les yeux sur cette supercherie, faisant preuve une fois de plus d’un laxisme coupable…à côté d’une grande sévérité dans d’autres cas, comme si le fait de tricher ne concernait que le dopage.

La sévérité à l’égard d’une tricherie ne doit pas être sélective, et c’est d’autant plus dommage qu’une nouvelle fois le vélo est sur la sellette. Si je dis cela c’est parce que l’UCI (Union Cycliste Internationale) est montrée du doigt à propos de la procédure lancée par l’USADA (agence antidopage américaine) contre Lance Armstrong, affaire qui n’en finit pas de polluer le cyclisme depuis des années. Encore une fois l’UCI est brocardée, puisque l’USADA refuse de lui confier le dossier Armstrong parce que cela « reviendrait à laisser un renard garder le poulailler ». Quelle claque pour l’UCI…qui l’a bien cherché ! En effet, ou bien l’UCI avait des preuves de culpabilité sur Armstrong et il fallait qu’elle les dévoile, ou bien elle n’en avait pas et, dans ce cas, il n’y aurait pas eu de polémique. Surtout que l’UCI sait parfois faire preuve d’une grande sévérité à l’égard de certains coureurs, même si la tricherie est loin d’être évidente. Baugé et Contador, pour ne citer qu’eux, peuvent en témoigner !

Mais revenons à la domination britannique sur les épreuves de cyclisme à ces Jeux Olympiques de Londres, pour noter que ce qui étonne les observateurs et les techniciens, c’est l’extraordinaire domination chronométrique des Britanniques. Je dis bien chronométrique, car les records du monde tombent à la pelle, pratiquement à chaque épreuve et parfois même dès les éliminatoires. Quand on pense que les Français ont été battus en vitesse par équipe de quatre dixièmes, c’est tout simplement ahurissant, surtout quand on sait que Baugé (quatre fois vainqueur de la vitesse aux championnats du monde) est considéré comme le meilleur démarreur, que Sireau est recordman du monde du 200m lancé, et que D’Almeida est un des deux meilleurs « kilométreurs» avec l’Allemand Nimke. Et bien, cette « dream team » française a été archi dominée  par l’équipe britannique ! Même Baugé a été battu dans le premier tour par un coureur venu de nulle part, le désormais légendaire Hindes (moins de 20 ans) !

Tout cela effectivement pose question, même s’il paraît difficile d’affirmer avec certitude que les Britanniques bénéficient de je ne sais quel avantage sur leurs concurrents. Sont-ils mieux préparés que d’autres ? Peut-être, mais Français, Allemands et Australiens s’y connaissent aussi en matière de préparation. Disposent-ils d’un avantage en termes de matériel ? Peut-être, même si a priori cela devrait être impossible, mais c’est une possibilité, du moins si l’on en croit certains pistards qui participent régulièrement aux championnats du monde, donc des gens qui connaissent le cyclisme sur piste mieux que personne. Pour eux le matériel n’est pas règlementaire, notamment les roues. En tout cas, si cela est vrai, c’est tout simplement scandaleux, et il ne sert à rien de chercher des doses infinitésimales de produit interdit qui n’améliorent en aucun cas les performances, alors que ce qui devrait être facilement vérifiable ne l’est peut-être pas. Et qu’on ne vienne pas me dire que nous sommes jaloux des succès britanniques, car toutes ces questions n’auraient pas lieu d’être si nos coureurs étaient battus de quelques centièmes, parce que ce serait la loi du sport. En revanche une supériorité trop manifeste ne peut que susciter la polémique et les interrogations…en souhaitant pour le sport que tout cela ne soit que supputations.

Alors en attendant de savoir exactement où se situe la vraie supériorité britannique, contentons-nous d’accepter les résultats, en notant à la décharge des Britanniques que ce n’est quand même pas la première fois qu’une nation exerce une domination sans partage ou presque aux Jeux Olympiques. En 1968 par exemple, aux J.O. de Mexico, à une époque où le cyclisme sur piste féminin ne figurait pas au programme des J.O. (la première fois c’était en 1988 avec la vitesse), l’équipe de France avait raflé quatre titres sur cinq avec Morelon en vitesse, Trentin au Kilomètre, Morelon et Trentin en tandem, Rebillard en poursuite, le Danemark remportant la poursuite par équipe. Cela dit, outre le fait qu’il n’y avait que cinq épreuves, la domination des Français fut nette mais sans être outrageante au point de laisser les autres principaux concurrents à des années-lumière.

Même en 1960, aux Jeux Olympiques de Rome, alors que l’Italie avait confirmé de manière éclatante sa suprématie sur la piste mondiale en enlevant les quatre épreuves, les adversaires des pistards italiens n’avaient pas l’impression d’une pareille impuissance. De plus, les victoires italiennes étaient pour moitié l’œuvre d’un grand sprinter, Sante Gaiardoni, qui avait remporté le kilomètre et la vitesse, les autres victoires des Transalpins étant l’œuvre de Bianchetto et Beghetto en tandem, et des poursuiteurs italiens. Tout cela pour dire qu’il est plus facile de dominer quatre épreuves qu’une dizaine, avec la participation de tous les pays, alors qu’en 1960 les pays de l’Est européens se consacraient surtout  à la route, et qu’il n’y avait pas encore d’équipe de la RDA. Comme on le voit le contexte était très différent de celui d’aujourd’hui.

Un dernier mot enfin pour parler de ces fameux pistards italiens aujourd’hui oubliés, mais qui furent de grands champions. Gaiardoni (né en 1939) fut le plus brillant d’entre eux, car outre ses deux titres olympiques, il fut aussi champion du monde amateur de vitesse en 1960, mais aussi recordman du monde du km dans le temps extraordinaire pour l’époque de 1mn7s27, et du 200m lancé en 11s tout juste. On mesurera au passage les différences avec les temps réalisés de nos jours, inférieurs de sept secondes sur le km (le record du monde par Arnaud Tournant qui est de 58s875 a été réalisé en altitude), et de presque une seconde et  demi sur le 200m lancé (le record de Kevin Sireau est de 9s572). Fermons la parenthèse pour revenir à Gaiaidoni, et noter qu’il fut aussi champion du monde de vitesse chez les professionnels en 1963, battant en finale un des plus grands sprinters de l’histoire, Antonio Maspès (7 fois champion du monde).

Pour sa part Bianchetto qui gagna l’épreuve du tandem, qui ne figure plus au programme des J.O. depuis 1976, fut aussi un remarquable sprinter avec ses deux titres en tandem à Rome et à Tokyo (1964), mais aussi ses deux sacres mondiaux amateurs en 1961 et 1962, et son record du monde du 200m sur piste couverte en 1960 (11s40). En revanche, contrairement à son compatriote Beghetto, avec qui il remporta l’épreuve de tandem à Rome, il ne fut jamais champion du monde chez les professionnels. Beghetto, né comme Bianchetto en 1939, ne fut jamais couronné chez les amateurs, mais enleva le titre mondial en vitesse à trois reprises, en 1965, 1966 et 1968, battant en finale notamment le Belge Patrick Sercu en 1965 et 1968, ce qui situe la qualité de ce pur produit de la piste italienne. Une piste italienne qui n’existe quasiment plus de nos jours, ce qui est quand même très surprenant quand on pense à la domination qu’elle a exercée dans les années 50 et 60. En fait, parmi les nations traditionnelles du cyclisme, seule la France rivalise avec les nations anglo-saxonnes (Grande-Bretagne, Australie).  C’est une belle consolation ! Comme peut l’être aussi la magnifique médaille d’argent dans l’omnium de Bryan Coquard, jeune coureur de 20 ans, qui pourrait nous apporter d’énormes satisfactions dans l’avenir  sur la piste et sur la route.

Michel Escatafal