Et ça continue encore et encore…un match ?

XV de FranceVoilà, nous venons d’avoir la composition de l’équipe qui va devoir faire en sorte que nous sortions de la Coupe du Monde avec un minimum de dignité, ou, si l’on est optimiste, pour réussir les mêmes exploits que les équipes de 1999 et 2007, à savoir battre les Néo-Zélandais. Tout d’abord disons que l’on ne change pas grand-chose finalement par rapport à l’équipe qui a fait faillite contre l’Irlande, pour la bonne raison qu’il faut faire avec les joueurs que l’on a emmené en Angleterre. On ne pouvait guère changer 7 ou 8 joueurs comme on peut le faire dans le Tournoi des 6 Nations. Donc on va jouer sur la fierté, sur l’impossible exploit, étant entendu « qu’impossible n’est pas français », comme l’aurait dit Napoléon, lequel a pu s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner, même si l’on est dirigé par un génie, lui-même aidé par de grands soldats, si tous les ingrédients pour la victoire ne sont pas rassemblés.

Or, justement celui qui dirige la manœuvre de cette équipe de France n’a rien d’un génial sélectionneur, pas plus que ses lieutenants. Et pourtant tous furent de grands soldats du XV de France à des époques différentes, à commencer par le sélectionneur qui, ne l’oublions pas, marqua un des essais du dernier siécle en 1991 (contre l’Angleterre à Twickenham), son acolyte, Lagisquet, participant activement à un autre des plus merveilleux essais construits par le XV de France dans sa longue histoire, en demi-finale de la Coupe du Monde 1987. Si je fais ce rappel historique, c’est d’abord pour montrer que, malheureusement, ces deux XV de France que j’ai évoqués à travers ces essais d’un autre monde, avaient dans leurs rangs des joueurs infiniment meilleurs que ceux dont dispose de nos jours le rugby français.

A cette époque, il n’y avait dans le XV de France pratiquement que des joueurs figurant parmi les meilleurs du monde, notamment dans les lignes arrières. Qu’on en juge : cinq figuraient déjà dans l’équipe vainqueur de l’Australie en demi-finale de la Coupe du Monde 1987, et ils s’appelaient Blanco, Sella, Mesnel, Didier Camberabero et Berbizier. Ensuite, les départs de Lagisquet et Charvet furent compensés par l’arrivée de Lafond et…Saint-André, qui récupéra lors de ce fameux Angleterre-France de 1991 un merveilleux coup de pied de recentrage de Didier Camberabero, ce qui ponctuait une relance de la ligne de but ou presque initiée par Blanco, lui-même aujourd’hui dans le staff de l’équipe de France. Tout cela pour dire que je n’aurai pas la cruauté de comparer les joueurs poste pour poste tellement il y a une différence de classe entre eux. Aucun joueur des lignes arrières de l’actuel XV de France n’aurait sa place dans les équipes dont je viens de parler, pas même le plus doué de tous en classe intrinsèque, Michalak, en raison de ses 33 ans. Je vais être méchant, mais qui oserait comparer Spedding à Blanco, ou pire Sella à Dumoulin ou encore plus pire si c’est possible, Parra à Berbizier. N’en jetons plus !

Et dire que c’est beaucoup sur les quatre joueurs que je viens de citer que Saint-André, ailier très supérieur en son temps à Nakaitaci ou Dulin, mise pour redonner des couleurs à l’attaque française. On comprend aisément que ceux qui connaissent un minimum le rugby, pour avoir eu un ballon dans les mains pendant quelques années, se demandent à quelle sauce notre équipe va être mangée. Je précise au passage que si je n’ai parlé que des lignes arrières, c’est parce que notre pack, s’il a récupéré de ses efforts contre l’Irlande, peut peut-être surprendre celui des All Blacks, en tout cas ne pas être outrageusement dominé. Et si c’était le cas, qui sait ce qui peut se passer, d’autant qu’un match de rugby reste un match à jouer et à gagner ?

Cela dit, reconnaissons que Saint-André aurait pu jouer son va-tout d’une autre manière en faisant rentrer des joueurs frais, mais cet homme ne veut jamais prendre le moindre risque. En écrivant cela je veux souligner le manque de logique du sélectionneur, qui n’a pas l’air de réaliser que les Néo-Zélandais sont quand même plus forts que les Irlandais. Dans ce cas, pour gagner ce match, il fallait peut-être introduire un peu de folie, et ne pas hésiter à lancer d’entrée Grosso à l’aile, Kockott à la mêlée ou Nyanga en troisième ligne. A ce propos on peut se demander pourquoi on a fait venir Grosso et ce même Kockott…pour ne pas les faire jouer. Et pourtant le match contre l’Irlande, premier match vraiment dur pour le XV de France dans cette Coupe du Monde, nous avait démontré que  Tillous-Bordes n’était pas un grand demi de mêlée, et que celui qui l’a remplacé, Parra, avait été fantomatique. Et ce n’est pas le remplacement de Bastareaud par Dumoulin qui va nous rassurer. En fait, le seul changement intéressant se situe devant, avec l’arrivée dans le XV de départ de Le Roux en troisième ligne. Au moins avec lui, comme cela aurait été le cas avec Kockott, on aura un joueur qui n’a peur de rien ni personne. La preuve, il veut « défoncer »Mac Caw. Certes ce n’est pas comme si c’était fait, mais au moins on a un guerrier dans cette équipe.

Néanmoins ces propos belliqueux, dans le bon sens du terme, ne nous empêchent pas d’être très inquiet sur le résultat, car il va falloir défendre pendant 80 minutes face à des All Blacks qui, soyons-en sûrs, vont attaquer ce match à fond, ce qui va exiger de nos joueurs une énorme dépense physique…qui pourrait nous coûter cher en fin de match, comme ce fut le cas contre les Irlandais. En outre, cette fois les Blacks ne commettront pas l’erreur de sous-estimer les Français, parce que ceux-ci ont la réputation de n’être jamais aussi dangereux que lorsqu’on ne les attend pas. Il n’empêche, même si l’on fait preuve d’un optimisme forcené, même si ceux qui croient au ciel vont faire brûler des cierges, on ne voit pas comment cette équipe pourrait battre les Néo-Zélandais.

Toutefois c’est ce que nous disions et écrivions il y a quatre ans, et la France perdit d’un point (8-7) une finale de Coupe du Monde qu’elle n’aurait jamais dû perdre…face à ces mêmes Néo-Zélandais, lesquels furent avantagés par des décisions arbitrales souvent très contestables. Ah cette fin de match haletante, avec un Trinh-Duc ébourrifant, qui avait remplacé Parra blessé par un coup de genou de Mac Caw! Au fait, il est où Trinh Duc ? A Montpellier, tandis que Parra est toujours là, même s’il a réussi l’exploit samedi dernier d’être encore plus nul que Tillous-Bordes quand il est rentré, peu après la mi-temps. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Saint-André, qui a toujours privilégié la densité physique, n’a pas utilisé davantage Kockott ? J’arrête là, car certains vont trouver que je fais une fixation sur Parra. Ils ont tort si c’est le cas, parce que je souhaite de tout cœur la victoire du XV de France, et je maintiens que Kockott et même Machenaud sont meilleurs joueurs que Parra, et en plus eux aussi savent buter.

Michel Escatafal


Quand la France remportera-telle la Coupe du Monde de rugby ?

CdM2015Jusqu’à ces dernières années le XV de France avait toujours eu des joueurs qui figuraient parmi les meilleurs à leur poste, au point d’être surnommés par les Britanniques Monsieur Rugby (J. Prat) ou Docteur Pack (Mias). Il arrivait aussi que certains se révèlent lors d’une Coupe du Monde, et deviennent ensuite des éléments de base de notre équipe, alors qu’on ne comptait pas sur eux auparavant. Si je ne devais citer qu’un exemple, je prendrais celui de Didier Camberabero, lors de la Coupe du Monde 1987, passé en quelques semaines du statut d’éternel espoir à celui de grand joueur…en ayant pourtant opéré lors de cette Coupe du Monde à plusieurs places (arrière, ailier) qui n’étaient pas la sienne. Mieux même, au départ pour la Nouvelle-Zélande où se disputait l’épreuve, il n’était pas dans l’avion parce que remplaçant de remplaçants, mais il sut saisir sa chance quand on la lui donna et monta en puissance jusqu’à la finale, opérant à l’aile, poste où seul son immense talent lui permit de tenir son rôle contre l’Australie (face à Burke) en demi-finale et contre la Nouvelle-Zélande en finale (face à Green). Pour mémoire je rappellerais que Didier Camberabero est toujours le meilleur marqueur français en équipe de France sur un seul match (30 points contre le Zimbabwe en 1987).

Voilà pour ce petit rappel historique, mais je pourrais en trouver bien d’autres qui témoignaient de la richesse de notre rugby. Je parle évidemment à l’imparfait, parce que la France aujourd’hui n’a plus de grands joueurs, c’est-à-dire de joueurs capables de figurer dans n’importe quelle équipe de l’hémisphère Sud et à certains postes de l’hémisphère Nord. Voilà pourquoi je ne ferais pas comme tout le monde en critiquant tant et plus le sélectionneur, Philippe Saint-André, même si j’ai des doutes sur sa capacité à être un coach de très haut niveau, et même si sa manière de communiquer est ahurissante de niaiserie. Sur ce plan comme sur les autres, Bernard Laporte, l’actuel entraîneur du RC Toulon, lui a toujours été supérieur. Pour autant, à l’époque où il était sélectionneur, Laporte disposait de joueurs beaucoup plus forts qu’aujourd’hui, et ce dans toutes les lignes. La preuve on compte encore beaucoup sur Michalak, grande vedette du XV de France…en 2003, qui formera la charnière avec Tillous-Borde et l’éternel Parra, deux demis de mêlée loin du niveau d’Elissalde en 2007 ou de Galthier en 1999 et 2003, ou encore de Berbizier en 1987, pour ne citer qu’eux. La remarque vaut aussi pour les autres postes, et en disant cela je pense à celui de trois-quart centre, où Jauzion n’a jamais été remplacé, malgré les qualités intrinsèques de Fofana.

Tout cela signifie que Saint-André, Lagisquet et Bru, aidés par Blanco, tous grands anciens du XV de France n’ont pas à leur disposition un réservoir de joueurs de valeur internationale, sans lequel les espoirs de remporter une épreuve comme la Coupe du Monde est presque illusoire. Au passage, je rappellerais une énième fois que la France est la seule des grandes nations du rugby, notamment quant au nombre de licenciés, à ne pas avoir gagné la Coupe du Monde. Certes on me dira qu’elle est allée trois fois en finale, dont la dernière de façon miraculeuse, une finale qu’elle aurait d’ailleurs dû remporter. Et peut-être que cette fois ce sera la même chose, même si je n’y crois pas, parce que personne ne voit la France triompher, un contexte que le XV de France adore. Il ne gagne jamais quand il est favori, mais il est toujours capable de créer la surprise quand il est un simple outsider. En fait, le XV de France se comporte comme les équipes amateurs dans la Coupe de France de football…ce qui a ses limites, dans la mesure où je ne me souviens pas avoir vu une équipe amateur remporter la Coupe de France. Je pourrais faire la même comparaison avec le tennis féminin, où la semaine dernière on a vu l’Italienne Roberta Vinci (43è mondiale) s’imposer à 32 ans contre Serena Williams (21 victoires en grand chelem) en demi-finale de l’US Open, puis se faire battre par Flavia Pennetta qui n’avait jamais fait mieux auparavant qu’un ¼ de finale à Roland-Garros. De la même manière, nos rugbymen n’ont jamais réussi à confirmer en Coupe du Monde leurs exploits contre l’Australie en 1987 (battus en finale par la Nouvelle-Zélande), contre la Nouvelle-Zélande en 1999 (battus en finale par l’Australie) ou contre cette même Nouvelle-Zélande en 1/4 de finale en 2007 (battus par l’Angleterre en demi-finale).

Fermons la parenthèse, et revenons au manque de richesse du XV de France, en évacuant immédiatement la question des étrangers opérant dans notre championnat. Certes parmi ces derniers tous ne sont pas meilleurs que certains Français à leur poste, mais d’autres peuvent permettre d’élever le niveau de certains de nos joueurs. En plus, si ces étrangers sont bons, ils peuvent jouer au bout de trois ans en équipe de France s’ils n’ont pas été sélectionnés dans leur pays. Parmi les joueurs sélectionnés pour la Coupe du Monde il y en a plusieurs, qui s’appellent Atonio le pilier (Nouvelle-Zélande), LeRoux (Afrique du Sud) et Kockott (Afrique du Sud). On observera au passage qu’aucun de ces joueurs ne figure dans l’équipe de départ contre l’Italie samedi prochain, Kockott n’étant même pas sur la feuille de match…alors que nous sommes nombreux à penser que c’est notre meilleur demi de mêlée, en tout cas celui qui a le plus de potentiel avec sa vitesse et sa puissance, sans oublier ses qualités de buteur. Ce n’est sans doute pas le meilleur numéro 9 du monde, mais il a des qualités qui ne s’acquièrent pas uniquement avec le travail.

Ah le mot « travail », combien de fois l’avons-nous entendu pendant le reste de la saison, dans la bouche de Saint-André et des joueurs. Mais, comme je l’ai dit et répété plusieurs fois, le travail ne fera pas courir plus vite Parra, ni ne donnera à Bastareaud l’aisance technique attendu d’un grand centre. Le travail permet de progresser, de s’améliorer dans des domaines tels que le jeu au pied ou la précision dans les tirs au but, permet aussi de gagner en cohésion sur les phases statiques, pour ne citer que cela, mais le travail ne sera pas suffisant pour donner au XV de France au moins une dizaine de joueurs de niveau international, si nous ne les avons pas…ce qui est hallucinant quand on a 262.000 licenciés, soit presque trois fois moins que l’Angleterre (716.000), presque deux fois moins que l’Afrique du Sud (464.000), mais presque deux fois plus que la Nouvelle-Zélande (142.000) et beaucoup plus que l’Australie (190.000), cette dernière nation fortement concurrencée par le rugby à 13, qui a pourtant remporté deux Coupes du Monde (1991 et 1999).

Evidemment je ne vais pas dire ce qu’il faudrait faire pour que notre équipe nationale retrouve des avants comme elle en a eu tellement par le passé de l’époque de J. Prat-Mias à celle plus récente du début des années 2000 avec Califano, Ibanez, Pelous, Benazzi, ou pour retrouver des lignes arrières comme celles de Lourdes dans les années 50, ou des attaquants comme Boniface, Maso, Trillo, Sella ou Charvet, Blanco ou Lagisquet, voire Saint-André qui était un excellent ailier, en passant par N’Tamack, Dominici et un peu plus tard Jauzion, Clerc, Rougerie etc. Si je ne donne pas de conseils, c’est d’abord parce que je ne suis pas éducateur de rugby, mais aussi parce que notre pays regorge de coachs anciens grands joueurs…ce qui ne se voit pas. Pourquoi ? Parce que nos structures ne sont pas à la hauteur du professionnalisme exacerbé que l’on essaie d’imposer au rugby depuis 20 ou 25 ans.

En disant cela je pense à notre Top 14, pas du tout adapté à ce professionnalisme. Imagine-t-on voir le championnat de Ligue 1 continuer à se dérouler pendant la Coupe du Monde de football ? Certainement pas. Et ceci n’est qu’un aspect de la question qui permettra à notre rugby national de se comporter comme un sport authentiquement professionnel, ce que certains dirigeants comme Mourad Boudjellal ont parfaitement compris. Mais il est bien seul, et sans doute trop seul…ce qui lui vaut de multiples critiques de toutes sortes qui prouvent que ceux qui aiment le rugby dans notre pays sont, en grand nombre, profondément passéistes. En attendant combien de temps faudra-t-il pour que le XV de France gagne la Coupe Du Monde ? 20 ans, 30 ans ? Les Français mettent toujours beaucoup de temps à remporter les grandes épreuves, et pas que dans le rugby. Il n’y a qu’à regarder les palmarès du football, du tennis, de la Formule 1, du cyclisme, bref de la quasi-totalité des sports médiatisés.

Michel Escatafal


Nos rugbymen pourraient devenir des héros en 2015, y compris ceux qui sont nés à l’étranger

K et SAvant de parler rugby, je voudrais souligner une fois encore combien le monde du sport est plein de contradictions. Si j’écris cela c’est parce que je viens de lire sur différents sites que si Angel Di Maria n’a pas signé cet été au Paris Saint-Germain, c’est tout simplement parce qu’il lui était interdit de recruter un autre joueur après l’achat de David Luiz. C’est donc bien ce fameux et ridicule fair-play financier qui a empêché le PSG de se renforcer comme il l’aurait souhaité, pendant que le Real Madrid, le FC Barcelone ou plus encore Manchester United dépensaient des sommes folles pour se renforcer…malgré un niveau de dettes considérable, alors que le PSG n’en a pas. Et après certains nous expliqueront que le fair-play financier est une bonne chose, ce qui est vrai…pour empêcher les clubs ayant des actionnaires richissimes de concurrencer les clubs historiques, lesquels ne veulent pas partager le gâteau qui est le leur depuis des décennies. Il sera amusant de voir le résultat de la plainte formulée par certaines associations auprès du tribunal de première instance de Bruxelles, dont on ne voit pas comment il pourrait entériner ce fair-play financier tel qu’il est. Après tout, comment empêcher des gens qui ont de l’argent de l’investir dans le football…comme d’autres l’ont fait quelques années auparavant ? Ce serait d’autant plus curieux qu’en Europe on ne parle que de concurrence en matière économique. Pourquoi ce qui est valable partout, y compris pour le rail, l’eau ou l’énergie, ne le serait pas pour le football ?

Fermons cette introduction sur l’économie du sport pour parler à présent de rugby, ce que je n’avais pas fait depuis un certain temps. Il est vrai que depuis plusieurs années notre équipe de France n’avait pas de quoi enthousiasmer les foules tant au niveau des résultats que de la manière dont elle s’y prenait pour essayer de gagner ses matches, ce qui n’arrivait que très rarement face aux grandes nations du rugby. Or hier soir le XV de France a battu un des ténors du rugby mondial, deux fois vainqueur de la Coupe du Monde (1991 et 1999) et finaliste en 2003. Cette performance est d’autant plus méritoire que les joueurs français ont non seulement gagné, mais aussi réussi des actions offensives auxquelles nous n’étions plus habitués, ce qui a cloué le bec de ceux qui prétendaient que la victoire contre les Fidji (40-15) ne signifie rien, alors que les Fidjiens ont superbement résisté aux Gallois samedi après-midi (13-17). Une victoire aussi qui n’est pas dû à l’arbitrage « maison » de Monsieur Owens, lequel, malgré un match globalement correct, a fait preuve d’une certaine mansuétude vis-à-vis des Australiens, notamment sur certains placages litigieux, alors qu’il n’a pas hésité à sortir un carton jaune pour Talès, au demeurant mérité si l’on applique le règlement avec toute sa rigueur, alors que ce dernier venait à peine de rentrer en jeu.

Mais me direz-vous, comment le staff de l’équipe de France a-t-il pu rétablir aussi vite une situation que d’aucuns jugeaient désespérée il y a quelques jours, surtout en vue de la prochaine Coupe du Monde dans moins d’un an, après trois ans de tâtonnements ? Est-ce déjà l’effet Blanco, qui est venu apporter sa touche personnelle à notre équipe nationale, ce qui fait dire à certains que c’est lui le vrai sélectionneur du XV de France ? Peut-être, pourquoi pas ? En tout cas, on a l’impression que les joueurs français sont plus libérés qu’avant, et qu’ils n’ont plus peur de prendre certains risques comme ces dernières saisons, sans parler aussi de leurs progrès dans le domaine de la conquête. Autant de questions, auxquelles on aura la réponse dans le prochain Tournoi des 6 nations.

En revanche il semble certain que les sélectionneurs ont enfin trouvé les hommes qu’il fallait à certains postes, et notamment au niveau de la charnière. Il aura fallu en essayer une bonne quinzaine avant, enfin, d’en avoir une ou deux qui tiennent la route au niveau international. Certes là aussi il ne faut pas s’emballer trop vite, mais à la mêlée Tillous-Bordes et plus encore Kockott apportent ce qu’un Parra par exemple, malgré ses  plus de 50 sélections, n’a jamais pu amener au XV de France, notamment cette capacité à accélérer le jeu afin de mettre ses partenaires dans les meilleures conditions. Comme je l’ai écrit dans un article sur lui il y a presque deux ans (Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur), le demi de mêlée clermontois est d’abord et avant tout un excellent buteur, mais cela ne suffit pas au niveau international, surtout face aux numéros 9 des grandes nations du rugby. En tout cas, en deux matches contre les Fidji et l’Australie, Tillous-Bordes et plus encore Kockott ont démontré des qualités que l’on n’a jamais connues chez Parra. Doté d’un très bon jeu au pied, Kockott est rapide, puissant, et en plus c’est un gagneur dans tous les sens du terme, un de ces demis de mêlée capable de galvaniser son paquet d’avants, surtout quand le jus commence à faire défaut. Avant-hier soir, par exemple, il a remarquablement géré la fin de match, à un moment où les Français à 14, avec Atonio blessé, étaient sur le point de craquer. En outre son pied n’a pas tremblé quand il s’agissait de passer, à plus de 40 m, la pénalité de « la gagne » à 8 minutes de la fin du match

Oui, je pense que le XV de France a peut-être trouvé ses deux charnières pour la Coupe du Monde avec Tillous-Bordes et Lopez et celle qui aurait ma préférence composée de Kockott et Trinh-Duc. Là on a l’impression que c’est du solide, avec en outre dans les deux cas un buteur aussi prolifique et régulier que Parra. Mais notre XV national a sans doute aussi retrouvé un pack qui avance, comme en témoignent ses prestations contre les Fidgi et surtout contre l’Australie. Contre les Wallabies, les Français ont été dominés au début du match en mêlée, mais ils ont vite rectifié le tir et ont fini par être dominateurs, sauf tout à fait en fin de match. Ils disposent aussi d’un alignement qui leur a permis de récupérer bon nombre de lancers en touche. Et surtout, à côté des valeurs sûres que sont Dusotoir, Papé, Maestri ou Guirado, il a su trouver des joueurs comme les Toulonnais Menini et Chiocci, sans oublier le surpuissant pilier Atonio et le troisième ligne sud-africain Le Roux, qui a fait un match énorme samedi soir. Tout ce joli monde pouvant être accompagné à la Coupe du Monde par Picamoles, Nyanga ou même Haridornoquy qui, à Toulouse, retrouve une nouvelle jeunesse. Et derrière il y a aussi du beau monde, avec les révélations de Thomas et  Dumoulin, mais aussi Lamerat, plus des joueurs confirmés comme Fofana, Fritz, Huget ou Bastareaud, sans oublier Dulin et Spedding, pour ne citer qu’eux.

Au fait, j’observe que j’ai beaucoup parlé de joueurs étrangers ou d’origine étrangère, attribut qui semble beaucoup gêner nombre de Français qui ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de Kockott, Le Roux, Atonio, Spedding, ou encore Claessen, tous nés hors de notre pays. Ah les Français, ils ont quand même du mal avec les étrangers, même si leur nom se termine par a, i ou o, ce qui signifie qu’eux-mêmes sont nés de parents ou grands-parents issus de l’immigration, pour notre plus grand bonheur. Et oui, nombre de Français sont vraiment incorrigibles, alors qu’ailleurs ça ne choque pas grand-monde d’avoir dans son équipe nationale des joueurs étrangers, y compris en Nouvelle-Zélande alors que ce pays a une pépinière très riche en joueurs de talent. Certains s’en sont émus, mais les supporters des All Blacks se sont plutôt réjouis que l’on ait sélectionné le remarquable centre tongien Malakai Fekitoa.

Cela étant, rassurons-nous, car si d’aventure les Français remportaient la finale de la Coupe du Monde en 2015 grâce à un essai en dernière minute de Spedding, transformé par Kockott, les supporters du XV de France seraient les premiers à oublier que ni l’un ni l’autre ne sont nés à Mirande ou à Bayonne. En revanche, malheur à eux si la France était éliminée en demi-finale par la faute d’un coup de pied contré. Je vois d’ici les forumers s’insurger sur le fait  d’avoir sélectionné ces joueurs formés à l’étranger, au détriment de joueurs nés à Lavelanet ou Castelnaudary. Que tout cela est triste ! C’en serait même risible, si cela n’avait pas des relents de chauvinisme exacerbé. Heureusement mes parents ne m’ont pas élevé de cette manière, ce qui fait que mon rugbyman préféré s’appelle S.B. Williams suite à la retraite de Wilkinson, mon coureur cycliste préféré est Alberto Contador, mon pilote de Formule 1 favori est Kimi Raikkonen malgré son problème de train avant cette année sur sa Ferrari et pour le football c’est Pastore. Ah j’oubliais, même si je ne connais rien au basket, j’ai une énorme admiration pour Tony Parker, notre emblématique basketteur NBA, né à Bruges (Belgique), fils d’une mère néerlandaise, d’un père américain et marié à une française. En somme un vrai représentant d’une grande partie de la population de notre pays. J’espère qu’à Rio de Janeiro, aux J.O. 2016, ce sera notre porte-drapeau, car nul n’a davantage l’amour du maillot bleu frappé du coq que lui.

Michel Escatafal


Les anni horribiles du XV de France – Partie 2

France-Ecosse 1969Une autre année difficile aura marqué durablement les amateurs de rugby de notre pays, l’année 1969, sans doute un des épisodes les plus caractéristiques de l’inconstance des Français au plus niveau. Rappelons-nous de l’année 1968, avec le premier grand chelem réussi par le XV de France dans le Tournoi. Certes, il fut acquis dans la douleur, certes d’autres XV de France tels que ceux de 1955, 1958, 1959, 1960 ou 1966 auraient sans doute mérité de l’obtenir, mais le résultat était là : l’équipe de France avait battu la même année les quatre nations britanniques. En outre, sa tournée en Nouvelle-Zélande avait été très convaincante, malgré trois défaites (12-9, 9-3 et 19-12) qui n’avaient rien d’humiliant dans la mesure où les Français ont été surtout battus par l’arbitre lors du premier et du troisième test. Un troisième test où les Maso, Trillo, Dourthe, Lux et Campaes, ont laissé un souvenir doré dans ce pays qui ne vit que par, pour et avec le rugby. Enfin, même battu par l’Afrique du sud dans ses tests de novembre (12-9 et 16-11) le XV de France n’avait nullement démérité et s’imposait comme le grand favori du Tournoi 1969.

Hélas, les Français, qui avaient donné tellement de promesses en Nouvelle-Zélande, allaient accumuler les déceptions, avec pourtant une équipe sans doute nettement meilleure que celle qui avait réalisé le grand chelem un an avant. Il suffit pour cela de regarder la composition de l’équipe qui joua contre l’Ecosse le 11 janvier 1969, avec Villepreux à l’arrière, une ligne de trois-quarts composée de J. M.  Bonal, Lux, Maso, Campaes et une charnière Gachassin et Bérot. Aucune autre équipe au monde n’était capable d’aligner autant de purs talents dans les lignes arrières! Et devant ce n’était pas mal non plus, avec Carrère, Dauga et Spanghéro (suite au forfait de dernière minute de Salut) en troisième ligne, plus Lasserre et Cester en seconde ligne, et enfin une première ligne composée de Yachvilli (père de Dimitri) au talonnage entouré par Esponda et Iraçabal.  Résultat, une défaite à Colombes contre l’Ecosse (6-3) malgré les très nombreux ballons utilisés par nos trois-quarts, peu aidés il est vrai par l’arbitrage pointilleux d’un arbitre anglais, puis une autre contre l’Irlande (17-9) pourtant privée de son meilleur joueur, Mike Gibson, les Français ne sachant jamais comment contenir la furia irlandaise. Et malgré huit changements, Bérot et Gachassin étant évincés et Spanghero refusant de jouer parce qu’il n’approuvait pas l’attitude de certains de ses coéquipiers, les Français s’inclinaient lourdement en Angleterre (22-8) et surtout trois essais contre un.

Trois défaites en trois matches, de quoi déclarer la patrie en danger, à tel point que le président Pompidou réclama le retour de Spanghero…et pas seulement je suppose parce que Spanghero n’a jamais caché ses sympathies politiques. En tout cas notre président fut écouté, et Spanghero retrouva sa place comme troisième ligne centre avec à ses côtés un autre Narbonnais, Viard, l’Agenais Biémouret étant l’autre avant-aile. Au total d’ailleurs il y aura 5 Narbonnais dans l’équipe, avec la charnière composée de Sutra-Maso, ainsi que le talonneur Bénésis. En face les Gallois, dont l’équipe allait dominer la planète rugby dans les années suivantes avec leur fameuse paire de demis Edwards-John, mais aussi JPR Williams à l’arrière, ou encore les avants Davies, Thomas, Price ou Lloyd, faisaient figure de grands favoris. Ils justifièrent ce statut en marquant deux essais en première mi-temps, par Gareth Edwards et l’ailier Richards, dont un fut transformé, ce qui faisait 8-0 à la mi-temps. Mais les Français ne se décourageaient pas, et après un beau mouvement d’ensemble, Campaes, le magnifique ailier lourdais,  marqua un essai au pied des poteaux, ce qui, avec la transformation et une pénalité réussie peu avant par Villepreux, permettait aux Français d’obtenir le match nul, malgré une intense domination galloise dans les dernières minutes de jeu. Ouf, la France marquait un point dans ce Tournoi, et évitait une onzième défaite consécutive ! Un an plus tard, le XV de France remportera le Tournoi à égalité avec les Gallois, en écrasant l’Angleterre (35-13) avec à la clé un essai de 100 mètres marqué par J.M. Bonal. Comme quoi, il ne faut jamais s’étonner de rien avec notre équipe !

Enfin, il y a une autre année qui aura laissé un très mauvais souvenir aux supporters français, 1982. Cette année-là le XV de France s’annonçait comme le favori du Tournoi, dans la mesure où il avait réalisé son troisième grand chelem l’année précédente. Certes il avait eu un peu de chance et n’avait rien d’irrésistible comparé à certains autres,  comme en témoignent ses défaites contre l’Australie pendant la tournée d’été et contre les Néo-Zélandais lors des tests automnaux, mais en Europe le XV de France semblait le meilleur, ce qu’il n’allait pas confirmer dans le Tournoi, en débutant par deux défaites contre Galles à Cardiff et contre l’Angleterre au Parc des Princes, plus une encore plus calamiteuse contre l’Ecosse à Murrayfield. Mais, contre l’Irlande, qui venait de remporter ses trois premiers matches, les Français allaient soudain se réveiller pour l’emporter à Paris (22-9), en marquant deux essais, alors que les Irlandais devaient se contenter de trois pénalités, pleurant sur leur grand chelem perdu. La France était-elle redevenue une grande équipe ? Sans doute pas, dans la mesure où à l’automne les Français s’inclinèrent à Bucarest contre la Roumanie (13-9), avant de s’imposer deux fois contre l’Argentine, à Toulouse (25-12) et à Paris (13-6), loin d’être à l’époque à son niveau de ces dernières années.

Il faut dire que tout au long de cette année 1982, Jacques Fouroux, qui présidait aux destinées de l’équipe de France avait multiplié les essais, avant de trouver enfin la bonne formule…l’année suivante. Lors du premier match à Cardiff, le 6 février 1982, Fouroux avait essayé de faire ce qui avait si bien réussi en 1958, en composant une ligne de trois-quarts presque totalement bayonnaise avec les centres Perrier et Bélascain et l’ailier Pardo, Blanco opérant à l’aile, puisque Sallefranque, arrière de Dax était sélectionné à l’arrière. La charnière, quant à elle était  inédite avec à l’ouverture Lescarboura (US Dax) et à la mêlée le Toulousain Martinez. Devant Lacans et Rodriguez (n°8) formaient la troisième ligne avec J. P Rives le capitaine, alors que Revailler et Lorieux étaient associés en seconde ligne, la première ligne étant composée de Paparemborde et Crémaschi en piliers, entourant le talonneur Dintrans. Cette équipe avait une certaine allure, même si on pouvait regretter que Blanco opère à un poste d’ailier qui n’était pas le sien, alors qu’il était le meilleur arrière du monde.

Tout cela n’empêcha pas les Gallois de s’imposer sans trop souffrir (22-12), les Français étant dominés devant, notamment en touche, sans parler des nombreuses pénalités qu’ils concédèrent, qui permirent à l’arrière Evans de se régaler et de marquer 18 points. En outre, malgré leur valeur, les trois-quarts bayonnais étaient loin du niveau de leurs prédécesseurs lourdais, lesquels étaient sans doute les meilleurs du Tournoi. La suite allait confirmer cette impression, malgré de nombreux changements dont le moindre ne fut pas la mise à l’écart provisoire de Paparemborde contre l’Angleterre au Parc, remplacé par un pilier débutant, Wolf (AS Béziers), ce qui fut une grosse erreur, notre mêlée subissant mille tourments. Pas étonnant dans ces conditions que les Anglais l’emportent sans trembler (27-15) hors de leurs bases. Contre l’Ecosse, à Murrayfield, ce ne sera pas mieux, malgré les retours de Chrémaschi et Revailler dans le pack pour durcir la mêlée. Hélas, ce ne fut pas suffisant pour dominer de faibles Ecossais, nos lignes arrières n’étant guère inspirées quand en de rares occasions elle eurent l’occasion de montrer leur talent. Ce furent au contraire les Ecossais qui, en fin de partie, marquèrent un magnifique essai par leur ouvreur Rutherford. Les Français venaient de toucher le fond, ce qui ne les empêcha pas de battre l’Irlande lors du match suivant comme je l’ai écrit précédemment, et de remporter le tournoi l’année suivante à égalité avec les Irlandais. Et oui, c’est ça le XV de France, qu’il ne faut jamais enterrer, mais qui occasionne parfois de terribles cauchemars à ses supporters !

Michel Escatafal