Le doublé Tour-Vuelta est-il possible? Réponse : sans doute

Il y a comme cela dans le vélo des doublés mythiques (Giro-Tour, Tour-Vuelta) que beaucoup considèrent de nos jours comme impossible à réaliser, et je ne sais pas pourquoi. Certes on va me faire remarquer que la lutte contre le dopage a produit ses effets et que désormais il y a des objectifs impossible à se fixer, sauf à être un doux rêveur. C’est valable en partie en athlétisme comme on peut le constater à propos de certains records du monde féminins (100m, 200m, 400m, les lancers et même les sauts), mais aussi masculins pour les lancers, qui étaient tellement surhumains que personne n’a pu les approcher. Cela dit, le vélo n’est pas l’athlétisme et si les records tombent dans ce sport, c’est aussi en raison de l’évolution de la technologie. Qui songerait à comparer les exploits de Roger Rivière en poursuite (à la fin des années 50) avec ceux de Moser (dans les années 80) ou plus récemment de Wiggins? Toutefois, une chose est certaine : le dopage dans le sport n’a pas disparu, quelles que soient les mesures qui ont été prises pour essayer de l’endiguer.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à des choses concrètes à l’approche du départ du Tour d’Espagne, qui sera marqué, je le rappelle, par le fait que l’on verra Contador pour la dernière fois sur un vélo de compétition. J’espère qu’il finira aussi bien que Mo Farah (une médaille d’or et une d’argent aux derniers championnats du monde d’athlétisme), et mieux que Bolt, foudroyé en plein vol dans la ligne droite du relais 4x100m, après avoir été dominé sur 100m. Cela pour rester dans la comparaison avec l’athlétisme. Cela étant il finira toujours mieux sa carrière que Coppi ou Merckx, voire même Anquetil, qui n’ont pas su s’arrêter à temps, et presque aussi bien qu’Hinault, Indurain ou Armstrong qui n’ont pas démérité, loin de là sur leurs dernières courses. Désolé de parler ainsi d’Armstrong, mais pour moi il n’a fait qu’avouer ce que tant d’autres ont fait avant lui (je pourrais aussi dire après), à une époque où on ne parlait pas ou si peu de dopage, et à une époque où les moyens pour contourner les règlements étaient beaucoup moins sophistiqués que de nos jours. Au fait, que je sache, Armstrong n’a jamais connu la moindre suspension pour dopage, et s’il a bénéficié d’AUT (autorisation d’usage à des fins thérapeutiques), dispositif ô combien controversé, il est loin d’être le seul. Alors pourquoi lui? Sans doute pour son histoire personnelle, mais en attendant il y en a beaucoup d’autres qui ont fait comme lui et à qui on n’a pas retiré leurs victoires, mais eux n’ont pas avoué ou l’ont fait 20 ou 30 ans plus tard, sans parler de certains laboratoires qui n’avaient pas tout à fait les mêmes capacités d’analyse que d’autres, ce qui a abouti à des résultats positifs qui ne l’auraient pas été ailleurs (cas Contador).

Fermons cette nouvelle parenthèse sur un sujet qui m’a constamment énervé, parce que comme toujours on ne sait que faire les choses à moitié, ce qui crée d’énormes injustices qui transforment les palmarès en menus à la carte, où chacun prend ce qu’il veut. Cependant essayons de voir les coureurs ayant le plus de chances de remporter la prochaine Vuelta, avec cette précision qui fait que le doublé Tour-Vuelta n’a été réalisé qu’à deux reprises avec Anquetil en 1963 et Bernard Hinault en 1978. A ce propos, on remarquera que le champion toutes catégories au palmarès des grandes épreuves, Eddy Merckx, ne l’a pas réalisé. ce qui paraît étonnant. En revanche il a fait le doublé Giro-Vuelta en 1973, tout comme Battaglin en 1981. Je ne mettrai pas sur le même plan ce même doublé Giro-Vuelta réussi cette fois par Alberto Contador en 2008, parce que jusqu’en 1994, le Tour d’Espagne se courrait juste avant le Tour d’Italie au printemps. alors qu’aujourd’hui la Vuelta se court en août et septembre, avec un délai d’un mois à peine après l’arrivée du Tour de France…ce qui pourrait expliquer que le dernier doublé Tour-Vuelta date de 1978 avec Bernard-Hinault. Cela étant on relativisera ce constat en notant que Quintana, troisième du Tour en 2016, s’est imposé quelques semaines plus tard en Espagne…en battant Froome qui venait de gagner le Tour de France.

Ceci m’amène à évoquer cette Vuelta 2017 qui s’annonce passionnante avec la participation de Froome, Nibali qui a terminé troisième du Giro en mai, Aru vainqueur en 2015, sans oublier Bardet qui est de nouveau monté sur le podium du Tour (3è), le Colombien Chaves, mais aussi Warren Barguil après son très beau Tour de France même s’il affirme concourir simplement pour une victoire d’étape, son leader étant théoriquement Keldermann, le Russe Zakarin (cinquième du dernier Giro), le Néerlandais Kruijswick qui aurait dû gagner le Giro 2016 (battu sur chute après avoir dominé l’épreuve jusqu’à l’avant-dernière étape), et bien évidemment Alberto Contador qui achèvera sa brillante carrière avec le dossard numéro un. En revanche manqueront à l’appel Quintana, Uran le second du Tour de France et le vainqueur du dernier Giro, Tom Dumoulin, sans oublier Landa, Valverde, non remis de sa chute dans le Tour de France. ni Samuel Sanchez qui vient d’apprendre qu’il se serait dopé à une hormone de croissance à…39 ans, après 19 années en tant que professionnel, ce qu’il nie avec force en attendant le résultat de la contre-expertise.

Alors qui va gagner? Je parierais sur Froome, même s’il n’est pas favori comme il l’était avant le Tour de France. Il semble que ses plus belles années (depuis 2012) vont s’arrêter à la fin de cette saison, parce que je ne le vois plus aussi fort, comme l’a confirmé le Tour de France. Néanmoins avec 40 km de contre-la-montre individuel et 13 km par équipes avec sa très forte équipe Sky, il sera très difficile à battre. En plus, qui va lui prendre du temps dans les cinq étapes de montagne. Après il y a Nibali, coureur un peu atypique chez les grands, parce que bon partout mais exceptionnel nulle part. Cela ne l’a pas empêché de gagner quatre grands tours, mais qui a-t-il battu à chaque fois? En revanche il n’a jamais fait le poids face à Contador ou Froome au sommet de leur forme, et il a été incapable de battre Dumoulin cette année dans le Giro, sans oublier sa victoire miraculeuse dans le Giro 2016, que j’évoquais auparavant. Si je devais parier gros, je le ferais sur Kruijswick, en pensant à son magnifique Giro de l’an passé. Ah, si Contador était encore Contador, mais il va avoir 35 ans en décembre…et cela fait 10 ans qu’il est au sommet, période durant laquelle il a gagné trois fois chacun des grands tours, ce qui lui vaut d’être troisième dans ce classement des grands tours nationaux derrière Merckx (11) et Hinault (10), et devant Anquetil (8), Coppi, Indurain et Armstrong (7).

Et les Français me direz-vous? Et bien ils ne seront pas favoris, pas même Bardet, pour qui les 40 km contre le chrono seront rédhibitoires. Au fait depuis quand un Français n’a-t-il pas gagné la Vuelta? Réponse : depuis 1995 et la victoire de Laurent Jalabert, ce qui est quand même plus récent qu’un succès dans le Giro (Fignon 1989) ou dans le Tour de France (Hinault 1985). Terrible constat quand même, même si je suis de ceux qui pensent que Romain Bardet (bientôt 27 ans) ou Warren Barguil (presque 26 ans)peuvent relever le gant dans les années à venir. Espérons que ce sera le cas, sinon c’est à désespérer du vélo dans une nation comme la nôtre qui a eu tellement de grands champions, dont quelques uns figurent parmi les plus grands de l’histoire, notamment Bobet, Anquetil, Hinault, et à un degré moindre Poulidor, Thévenet, Fignon ou Jalabert pour ne citer que des coureurs ayant couru depuis 1946. Remarquons toutefois que les Belges ne sont pas mieux lotis que nous dans les grands tours (dernière victoire De Muynck au Giro en 1978), eux qui ont donné au cyclisme le plus grand coureur au niveau du palmarès, Eddy Merckx. Et que dire des Néerlandais qui n’ont plus eu de vainqueur du Tour de France depuis Zoetemelk en 1980, de la Vuelta depuis 1979 avec ce même Zoetemelk. Cela dit, leur très longue disette s’est arrêtée cette année avec Tom Dumoulin, vainqueur du Giro. Et si Barguil remportait cette Vuelta? Après tout il est permis de rêver!

Michel Escatafal

Publicités

Bolt est-il le plus grand sprinter de l’histoire?

telechargementBolt est-il le plus grand sprinter de l’histoire ? A première vue, et si l’on regarde les palmarès, c’est le cas. Aucun autre champion ne peut être comparé avantageusement avec le super crack jamaïcain, en espérant qu’on n’apprendra pas un jour qu’il a bénéficié d’une quelconque aide de la pharmacopée, comme c’est le cas pour certains champions a posteriori. En tout cas, lui jure qu’il est propre, et jusqu’à preuve du contraire on peut le croire. Fermons cette parenthèse, et reprenons le fil de mon propos pour voir quels sont les sprinters qui pourraient rivaliser avec lui dans l’histoire. Ils ne sont pas très nombreux à vrai dire, depuis Jess Owens au milieu des années 30, l’Américain ayant réussi le triplé 100, 200, 4x100m (en plus de la longueur) aux Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, jusqu’à Maurice Greene au début des années 2000, qui réussit le même triplé aux championnats du monde 1999, avant de s’imposer en finale du 100m et du 4x100m aux J.O. de Sydney en 2000. Entre temps, le sprint mondial avait connu quelques très grands champions qui ne feraient pas injure en faisant la comparaison avec Bolt, même s’ils n’ont pas son palmarès. Parmi ceux-ci on citera l’Américain Bobby Morrow, roi du sprint aux J.O. de Melbourne, que l’on appelait « l’éclair blond du Texas », qui domina la période 1956-1958, l’Allemand Armin Hary, dont j’ai déjà parlé sur ce site (Hary, roi de Rome, et les autres), à la fin des années 50 et jusqu’en 1960 (champion olympique du 100m à Rome), Bob Hayes , autre américain, que certains ont appelé « le météorite » tellement sa carrière fut courte au milieu des années 60, Jim Hines, lui aussi américain à la fin de la même décennie, Valéri Borzov, le Soviétique ukrainien au début des années 70, ou encore Carl Lewis, lui aussi américain, que l’on a souvent comparé à Owens parce qu’il avait lui aussi réussi le quadruplé aux J.O. de 1984 avec le 100, le 200, le 4X100 et la longueur, sans oublier le Canadien (né en Jamaïque) Donovan Bailey, champion olympique du 100m à Atlanta en 1996 en battant le record du monde (9s84), malgré un départ raté, après avoir été champion du monde en 1995.

En citant ces champions, je veux préciser que je ne parle que de ceux qui ont glané des succès sur 100 et 200m aux J.O et plus tard aux championnats du monde, mais je ne veux pas oublier deux autres athlètes qui ont été les rois du 200m et du 400m, à savoir Tommy Smith et Michael Johnson. Le premier, à qui l’on avait ajouté le surnom de « Jet » entre son nom et son prénom, disposait d’une immense foulée (2,66m), et d’un style aérien comme on en a vu peu dans l’histoire de l’athlétisme et du sprint. Il réalisa l’exploit extraordinaire de remporter la finale olympique du 200m de Mexico en battant le record du monde (19s83), malgré une douleur à l’aine qui l’empêchait de s’exprimer pleinement, ce qui compensait largement l’avantage de l’altitude de Mexico. C’était aussi à l’occasion un excellent coureur de 100m et de 400m (record du monde en 44s5). Il sera aussi resté célèbre parce qu’avec son compère John Carlos (3è de cette finale) il entendra l’hymne américain avec un poing levé ganté de noir, ce qui lui valut d’être immédiatement chassé du village olympique. Quant à Michael Johnson, il sera à la fois le meilleur sur 400m et 200m, mais aux yeux du grand public, il n’appartient pas réellement au monde des purs sprinters , malgré son fabuleux palmarès sur 200m, notamment son record du monde stratosphérique (pour l’époque) réalisé en finale des J.O. d’Atlanta (19s32). Cela étant il n’a jamais fait mieux que 10s09 (avec vent de 2m) sur 100m. En plus il avait un style qui contrastait avec celui de Tommy Smith autrefois, ou de Carl Lewis, ou encore de Bolt aujourd’hui. Long buste, petites jambes donc petite foulée (2m25), mais évidemment une fréquence très élevée, qui en faisait un sprinter atypique, sans doute plus armé pour le sprint long que pour les distances allant du 60 au 100m.

Cela dit, une chose est certaine : aucun athlète n’a dominé le sprint (100 et 200m) aussi longtemps que Bolt, pas même Carl Lewis, ce qui signifie que le Jamaïcain est au-dessus de son prestigieux devancier. Alors, pour les autres me direz-vous ? Et bien, je reprends ce que l’on dit tout le temps, à savoir qu’il est très difficile de comparer les champions à des époques précédentes. Pour ce qui concerne l’athlétisme en général et le sprint en particulier, il y a déjà une donnée à ne pas oublier, à savoir que jusque dans les années 80 les athlètes n’étaient pas de vrais professionnels. Pire même, s’ils étaient soupçonnés de toucher de l’argent grâce à leur sport, ils étaient radiés à vie, comme ce fut le cas pour les Français Ladoumègue (demi-fond dans les années 30) et Drut (110m haies dans les années 70). On ne rigolait pas à l’époque sur les règles de l’amateurisme avec toutefois un gros bémol pour les pays communistes, puisque leurs athlètes ne faisaient que du sport avec tout ce que cela pouvait comporter, y compris en matière de dopage. On ne pouvait faire guère mieux en matière d’hypocrisie, même si plus tard on ne se gênera pas en termes de dopage avec les fameuses AUT (autorisation d’usage à des fins thérapeutiques), délivrées avant des grandes compétitions ou parfois même rétroactives. Je pense évidemment au vélo, mais cela doit exister ailleurs, ce qui montre que le dopage est bien plus ancré qu’on ne le croit dans le sport de compétition. Quand je pense que l’on a rayé Contador des palmarès du Tour 2010 et du Giro 2011 pour des traces de clembutérol que l’on ne pouvait détecter que dans deux ou trois laboratoires au monde ! Passons.

Pour revenir au sujet qui nous intéresse aujourd’hui , je voudrais aussi dire que le fait de ne pas être professionnel a empêché nombre d’athlètes de poursuivre leur carrière très longtemps…parce qu’il fallait bien se mettre à travailler, mais aussi parce que la médecine n’était pas ce qu’elle est au vingt-et-unième siècle. J’ai bien dit la médecine la vraie, celle qui soigne à partir d’arrêts de travail ! Bon, je m’égare un peu et revenons à nos moutons, pour noter que nombre de grands sprinters ont stoppé leur carrière très jeune, ce qui fait que l’on ne saura jamais combien de temps ils auraient pu dominer leur discipline. Je pense notamment à Armin Hary, dont j’ai parlé précédemment, mais aussi à Bob Hayes, champion olympique du 100m à Tokyo (1964) avec la même facilité que Bolt de nos jours, en réalisant 10s06, malgré un couloir très défavorable (le n°1) avec une cendrée épouvantable, malgré aussi des chaussures qui ne lui appartenaient pas, parce que Joe Frazier, le boxeur champion olympique des lourds, avait cru amusant de lui cacher les siennes. Hélas, sa carrière dura à peine 2 ans, de juin 1962 à octobre 1964, au cours de laquelle il fut invaincu (54 victoires consécutives). Qu’aurait-il gagné s’il avait pu bénéficier des conditions favorables d’entraînement qu’ont les athlètes de nos jours ? Nul ne le sait, mais ce que nous savons c’est qu’il manifesta pendant les années 1963 et 1964 la même supériorité sur 100m dont fera preuve plus tard Usain Bolt. Il était très au-dessus de tout le monde malgré une technique de course qui suffisait à démontrer qu’il était « brut de décoffrage » comme on dit vulgairement. Il valait quand même 10s électrique sur des pistes en cendrée dont la qualité n’a rien à voir avec les pistes de nos jours.

Jim Hines, autre grand sprinter américain n’était pas de la même trempe que Bob Hayes, même s’il fut le premier recordman du monde « électrique » du 100m (9s95). Electrique parce que depuis les J.O. de Mexico en 1968, les temps ne sont plus calculés en 1/10è de seconde, mais en centième. On peut aussi ajouter que désormais les grandes compétitions allaient se dérouler sur des pistes synthétiques et non plus sur de la cendrée au rendement nettement plus faible pour les athlètes. Résultat Jim Hines, solide gaillard de 1,83m et 81 kg, sera pour l’éternité le premier coureur à avoir réalisé un temps inférieur à 10s électrique sur 100m. Etait-ce supérieur aux 10s06 réalisées par Bob Hayes à Tokyo, sur une cendrée en mauvais état au couloir 1, qu’il avait fallu resurfacer ? Sûrement pas, parce que outre l’avantage d’évoluer sur une piste synthétique, il y avait aussi l’altitude de Mexico. Bref, trop d’éléments favorables pour ne pas affirmer que Bob Hayes était plus fort que Jim Hines, même si ce dernier disposait de toutes les qualités faisant les très grands sprinters, notamment un finish impressionnant, ce qui lui permit de devancer Lennox Miller d’un bon mètre en finale à Mexico. Hélas, lui aussi arrêtera très tôt sa carrière, dès l’année suivante pour faire comme Bob Hayes et devenir professionnel dans une équipe de football américain où il subit, selon ses dires, les affres du racisme, mettant cela aussi sur le compte des poings levés par Smith et Carlos sur le podium du 200m. On notera au passage que le triplé de Bobby Morrow sur 100, 200 et 4x100m aux J.O. de Melbourne en 1956, fut le dernier avant l’avènement de Carl Lewis en 1984, comme si cela apparaissait impossible.

Toutefois, en 1972, Valéri Borzov réussira le doublé (100-200m) au grand étonnement des Américains, qui ont vu leurs sprinters Hart et Robinson, éliminés de la compétition en quart de finale du 100m…pour s’être présentés en retard. Borzov, que ces mêmes Américains appelaient la « fourmi rouge », aurait-il gagné quand même sans cette stupide erreur de Robinson et Hart ? Peut-être et même sans doute, car il battit nettement le troisième américain, Taylor (10s14 contre 10s24), en finale à ces J.O. de Munich, comme en témoigne aussi sa victoire sur 200m où il domina l’Américain Black en le laissant à deux mètres (20s contre 20s19). En outre lors de la finale du relais 4x100m, Borzov lancé réalisa un meilleur temps que Hart (9s21 contre 9s25). L’Ukrainien, à l’époque Soviétique, était un grand sprinter, mais évidemment personne ne le comparait sérieusement à Bob Hayes. En revanche, la différence était sans doute plus ténue avec quelqu’un comme Bobby Morrow, lequel avait bénéficié du forfait de Dave Sime, blessé avant les J.O. de 1956, qui lui était supérieur au moins sur 200m. Surtout, le fait qu’il ait appartenu à l’école soviétique avait permis à Borzov d’acquérir une technique de course quasi parfaite, qui compensait son déficit de vitesse pure par rapport à certains de ses devanciers médaillés d’or olympiques ou rivaux de son époque. En tout cas, il restera pour l’histoire un des deux ou trois plus grands sprinters européens, le seul à avoir réussi le doublé 100 et 200m aux Jeux Olympiques. En outre le fait d’être un athlète d’État dans l’ex Union Soviétique lui a permis, contrairement à ses devanciers d’avoir une carrière qui aura duré 10 ans entre 1969 et 1979.

Quelques années plus tard, en 1984, un surdoué nommé Carl Lewis allait exploser de nombreux records en devenant l’athlète le plus titré de l’histoire des J.O. avec le Finlandais Nurmi et Usain Bolt, lesquels ont remporté chacun 9 médailles d’or olympique. Cela étant, parmi les neuf médailles d’or de Carl Lewis, il y en a eu quatre au saut en longueur. Il était donc moins dominateur à son époque comme sprinter que ne l’a été Usain Bolt, dont il avait un peu les mêmes caractéristiques et la même manière de courir. Sans doute aussi était-il un peu moins fort intrinsèquement, ce qui ne l’empêcha pas d’égaler Jesse Owens aux J.O. de Los Angeles en 1984. A propos de Jesse Owens, on notera au passage qu’il était loin d’être invincible sur 100m, tout comme Carl Lewis en son temps (battu notamment par Burell ou March), ayant été battu en 1935 à plusieurs reprises par Peacock qui, hélas pour lui, se blessera gravement en mai 1936, après avoir dominé Owens sur 50 yards en salle deux mois auparavant, ce qui lui interdit de participer aux sélections américaines, laissant le champ libre à Jesse Owens. Cela dit, pour terminer sur Carl Lewis, il a été un de ceux qui ont le plus contribué à magnifier son sport, par son allure de seigneur et la fluidité de son style, donnant l’impression de courir sur un coussin d’air. Il bénéficiera aussi de l’arrivée des championnats du monde d’athlétisme (1983) pour enrichir son palmarès de 8 médailles d’or, portant son chiffre personnel à 17 titres dans les grands championnats.

Evidemment on ne mettra pas dans ce panel des géants du sprint Ben Johnson, malgré ses fantastiques performances entre 1983 et 1988, année où il fut disqualifié des J.O. de Séoul en raison d’un contrôle antidopage positif. Il ne sera pas le seul à avoir subi des contrôles positifs, mais lui n’avait apparemment aucune excuse, sauf à reconnaître « avoir fait comme les autres ». C’est ce qu’il avouera plus tard. En plus de son titre olympique, il perdra aussi ses records du monde battus en 1987 (9s83) et 1988 (9s79). A noter que bien qu’ayant reconnu son dopage depuis 1981, il conserva ses médailles de bronze sur 100 et 4x100m aux J.O. de Los Angeles en 1984 et sa médaille d’or sur 60m acquise lors des championnats du monde en salle à Paris en 1985. Comprenne qui pourra !

Fermons cette nouvelle parenthèse sur le dopage pour évoquer à présent le nom de celui qui a dominé le sprint mondial à la fin des années 1990 et jusqu’en 2000, Je veux parler de Maurice Greene, qui fut le premier athlète à remporter le 100 et le 200m aux championnats du monde (1999), réalisant le triplé avec le relais 4x100m, et qui devint champion olympique du 100m en 2000 à Athènes et du 4x100m. Greene était vraiment très fort à l’époque, car il devança son copain de l’écurie HSI de John Smith, Ato Boldon, de 12 centièmes de seconde. Un an plus tard, ce sprinter râblé (1,75m et 80 kg) à la foulée extrêmement puissante, que l’on appelait « le pitbull » en raison de ses mimiques au départ des courses, s’imposera de nouveau sur 100m aux championnats du monde avec un temps qui frôlait son record du monde établi à Athènes le 16 juin 1999. Ce record avait été porté à 9s79, ce qui correspondait très exactement au temps réalisé par Ben Johnson lors de la finale des Jeux de Séoul en 1988, temps annulé pour dopage. Tout un symbole aux yeux du public qui ne voulait pas croire qu’on puisse se doper à la fin des années 1990. En tout cas, comme Bolt de nos jours, il n’a jamais été contrôlé positif.

A ce propos, ces histoires de dopage ajoutent encore à la difficulté de comparer les champions à travers les époques. Certains n’ont jamais été suspendus, mais ont été positifs sans conséquences pour leur carrière. Parmi ceux-ci Carl Lewis, qui a reconnu avoir été contrôlé positif en juillet 1988 avec notamment de l’éphédrine dans ses urines, mais, comme il l’a affirmé, il n’y avait absolument pas intention de dopage, puisque cette substance provenait d’un complément alimentaire dont il ignorait la composition. D’ailleurs, ajoutait-il, « des centaines de personnes ont bénéficié de cette indulgence » de la part de l’USOC (Comité olympique américain). On est heureux de le savoir, mais Contador a été rayé des palmarès du Tour 2010 et du Giro 2011 (sans le moindre contrôle positif) pour quelques traces de clembutérol dues à un complément alimentaire ou à de la viande contaminée, malgré le fait que le TAS (Tribunal arbitral du Sport) ait reconnu qu’on ne pouvait pas prouver que Contador avait l’intention de se doper lors de son contrôle du Tour 2010. Ah que tout cela est triste ! Au fait, j’ai parlé au début de mon propos des AUT et je termine par l’indulgence de l’USOC. Quelle tristesse le sport si on réfléchit un peu sur les performances ! Cela nous empêche en tout cas d’être formel sur les mérites de nombreux champions, et surtout sur les comparaisons que l’on peut faire à travers l’histoire. Il n’empêche, Usain Bolt est vraiment un extra-terrestre du sprint au même titre que Bob Hayes à son époque. Qu’est-ce que cela aura donné s’ils avaient couru ensemble ? Je vais me mouiller : Hayes aurait gagné sur 100m et Bolt sur 200m. Mais Bolt aurait-il battu Tommy Smith sur 200m ? Et Bob Hayes aurait-il vaincu sur 100m Paddock, le phénomène du début des années 1920 ? J’arrête là, car on va me reprocher de poser des questions auxquelles il est impossible de répondre.

Michel Escatafal


Les J.O. doivent se recentrer sur leurs sports traditionnels

MekhissiBonjour à tous, après des vacances que je veux qualifier de méritées. Du coup cela fait un certain temps que je n’ai pas écrit, mais je vais essayer de rectifier le tir au cours des prochaines semaines. Après ces palabres en forme d’excuses, je veux évoquer un problème qui nous intéresse tous, puisque nous sommes en plein dans les Jeux Olympiques 2016. Ceux-ci, d’ailleurs, ressemblent de plus en plus à du grand n’importe quoi, entre les épreuves qui concernent les grands sports professionnels et qui n’intéressent guère les habituels supporters, et l’arrivée de sports improbables, nouveaux pour l’essentiel, en attendant les matches entre ceux qui crachent le plus loin et ceux qui sont capables de manger dix kilos de carpaccio en moins de cinq minutes. J’exagère à peine. Pire encore, certains voudraient voir le sport automobile aux J.O. Pourquoi pas ? Ce serait sans doute amusant de voir Hamilton, Rosberg, Vettel, Raikkonen, Ricciardo, Verstappen, Bottas, Alonso, Button, Perez ou Grosjean s’affronter, par exemple sur 50 km, dans des voitures des années 1980 ou 1990. Idem pour le WRC.

Ceci dit redevenons sérieux : qui peut me raconter qu’il considère, en cyclisme, l’épreuve sur route des J.O. au même titre qu’un Paris-Roubaix ou un championnat du monde sur route ? Personne, qui aime tant soit peu le vélo. En plus cette course arrive après un Tour de France qui fut sans doute un des pires au niveau émotionnel que l’on ait connu depuis des décennies. Aucun suspens, avec un Quintana pas dans son assiette et un Contador blessé le premier jour et contraint à l’abandon un peu plus tard, les seuls qui auraient pu inquiéter Froome. Au passage j’en profite pour noter une nouvelle fois que le Pistolero a vu son palmarès officiel amputé de deux grands tours (Tour de France 2010 et Giro 2011), plus quelques autres victoires moindres, pour un contrôle antidopage qualifié d’anormal pour quelques poussières de clembutérol, que seul un ou deux laboratoires au monde pouvaient détecter, alors que plusieurs champions ou championnes et non des moindres, pris pour du bon gros dopage, sont devenus ou deviennent champion olympique sans que cela ne semble trop perturber les instances olympiques ou internationales. En fait les plus fâchés de cette situation sont les concurrents malheureux qui arrivent derrière ces ex-dopés, ou encore d’autres concurrents qui sont contraints d’affirmer haut et fort qu’ils ont gagné en étant propres. Tout cela confine un peu au délire !

Fermons la parenthèse et reprenons notre propos, à propos du cyclisme professionnel aux J.O., même si la course en ligne fut belle sur le plan du spectacle. Pour ma part, cette course n’a pas sa place aux J.O., surtout quand on voit que l’on a abandonné le kilomètre et la poursuite sur la piste….pour faire de la place. Je dirais la même chose pour le football, avec un règlement bancal puisque chaque équipe peut aligner seulement trois joueurs de plus de 23 ans. Ridicule, d’autant plus que nombre de clubs ont refusé à certains joueurs leur participation pour mieux préparer la saison. Et que dire du tennis, sport où les meilleurs mondiaux se font éliminer dès les premiers tours, comme ce fut le cas pour Djokovic ou pour les deux paires françaises de double. Apparemment tout le monde se moque de ces résultats, car dans moins d’un mois c’est l’US Open qui va commencer et là on ne rigolera plus. Je suis sûr que Djokovic ne sera pas éliminé au premier tour ! Et le rugby ? Là on se contente du rugby à 7, qui est un bon moyen pour nombre de joueurs de travailler leur technique, mais qui s’y intéresse?

En revanche je trouve normal que les autres grands sports d’équipe, moins médiatisés dans le monde, participent à la fête olympique, par exemple le basket ou le handball. A part les joueurs de NBA, personne ne connaît les meilleurs joueurs du sport le plus pratiqué dans le monde après le football. C’est la même chose pour le cyclisme sur piste qui, hélas, ne nous offre ses meilleures rencontres qu’une fois par an, lors des championnats du monde. Dommage quand même qu’un titre olympique en vitesse ne soit pas mieux valorisé, en terme de notoriété et aussi sur le plan pécuniaire pour celui qui remporte une des épreuves les plus anciennes de la tradition olympique. Bref, tout cela pour dire que cette fête olympique qui se veut de plus en plus gigantesque depuis les années 1990, qui coûte de plus en cher aux pays organisateurs, n’est plus la fête du sport qu’elle était autrefois. Et quand j’écris fête, cela signifie mettre en valeur des sportifs qui ne le sont pas habituellement, alors que leur sport figure au programme des J.O. depuis des décennies, voire même dès la fin du XIXè siécle.

Certes on sera toujours plus nombreux à regarder la finale du 100m ou du 1500m en athlétisme que le tir à l’arc ou l’escrime, mais on sera content des médailles que notre pays a obtenu en natation, au judo, en canoë ou en aviron. Peut-être finalement que ce que l’on a tellement reproché à Avery Brundage dans les années 60 ou 70, de n’avoir pas voulu ouvrir les J.O. aux professionnels, n’était pas une si mauvaise chose, sauf évidemment le fait que les pays communistes de l’époque étaient nettement avantagés, puisqu’officiellement il n’y avait pas de professionnels chez eux, bien qu’ils le fussent en réalité, alors que les pays occidentaux ou libéraux ne pouvaient envoyer que leurs amateurs. Et je ne parle pas du dopage d’Etat qui était pratiqué dans certains pays sans la moindre pudeur, puisqu’il en allait de la « grandeur » du pays…ce qui ne signifie pas pour autant que l’on ne se dopait pas ailleurs!

En attendant les J.O. ne vont vraiment commencer pour la plupart de ceux qui aiment le sport sur la planète, qu’à partir de demain avec le début des épreuves d’athlétisme, sport roi de la quinzaine olympique. Là on va avoir des champions qui vont se battre pour les médailles devant des milliards de spectateurs. Ils voudront voir Bolt, Gatlin ou Allyson Félix et tous les autres, et j’ajoute que personne ne se préoccupera de savoir si untel est dopé, ou s’il a été convaincu de dopage, parce que le spectacle avec un grand S sera là. Au passage j’en profite pour espérer qu’un athlète français montera enfin sur le podium du 100m (Vicaut) derrière Bolt et Gatlin, même si j’ai bien peur que cela reste un rêve. Après tout ce n’est jamais arrivé, et si Vicaut réussissait cet exploit cela effacerait toutes les déconvenues qu’il a connues jusque-là dans les grands championnats, y compris la dernière en date où, malgré des temps très supérieurs en qualité par rapport à ses concurrents, il fut quand même battu lors de la faible finale des championnats d’Europe. Pour mémoire il a terminé troisième de la course avec un temps de 10s08, derrière le vainqueur (Churandy Martina) en 10s07, alors que le record d’Europe de Vicaut est de 9s86!

Acceptons l’augure qu’il concrétisera enfin ses possibilités dans cette finale olympique, tout comme il faut espérer que Lavillenie soit à son meilleur niveau à la perche pour conserver son titre de 2012, que Mekhissi ait retrouvé toutes ses sensations au 3000m steeple après sa grave blessure de l’an dernier et ses belles médailles d’argent de 2008 et 2012, qu’un Bascou (110m haies) ou un Bosse (800m) sortent la course de leur vie pour faire un coup à la Colette Besson en 1968 (sur 400m) et remporter l’or. Cela nous rendrait heureux comme nous le fumes avec le doublé 200-400m de Marie-Jo Pérec en 1996, après son titre sur 400m en 1992, avec la victoire de Galfione à la perche en 1996, la médaille d’argent de Joseph Mamhoud en 1984 au 3000m steeple, l’argent en 1992 et l’or de Drut en 1976 sur 110m haies, qui avait réussi l’exploit d’être le premier à avoir mis fin à la supériorité américaine sur la distance depuis 1928, sans oublier la médaille d’argent de Maryvonne Dupureur sur 800m à Tokyo en 1964, ni bien évidemment celle de Jazy en 1960 (voir mes articles (Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 2) et Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 1) ou encore Les grands milers : partie 1), qui avait terminé deuxième d’un des plus grands 1500m de l’histoire olympique, avec comme vainqueur le plus grand miler de l’histoire tout court, l’Australien Herb Elliott, en rappelant qu’il s’est retiré de l’athlétisme en étant invaincu sur sa distance. Voilà je m’arrête à 1960 et aux médailles d’or et d’argent, avec toutefois une pensée pour Alain Mimoun, médaille d’or du marathon en 1956 et triple médaillé d’argent entre 1948 et 1952 (sur 5000 et 10000m) derrière Zatopek. Allez Vicaut, Bascou, Mekhissi, Bosse et Lavillenie, faites-vous plaisir et vous nous en ferez presque autant !

Michel Escatafal