Quand la France remportera-telle la Coupe du Monde de rugby ?

CdM2015Jusqu’à ces dernières années le XV de France avait toujours eu des joueurs qui figuraient parmi les meilleurs à leur poste, au point d’être surnommés par les Britanniques Monsieur Rugby (J. Prat) ou Docteur Pack (Mias). Il arrivait aussi que certains se révèlent lors d’une Coupe du Monde, et deviennent ensuite des éléments de base de notre équipe, alors qu’on ne comptait pas sur eux auparavant. Si je ne devais citer qu’un exemple, je prendrais celui de Didier Camberabero, lors de la Coupe du Monde 1987, passé en quelques semaines du statut d’éternel espoir à celui de grand joueur…en ayant pourtant opéré lors de cette Coupe du Monde à plusieurs places (arrière, ailier) qui n’étaient pas la sienne. Mieux même, au départ pour la Nouvelle-Zélande où se disputait l’épreuve, il n’était pas dans l’avion parce que remplaçant de remplaçants, mais il sut saisir sa chance quand on la lui donna et monta en puissance jusqu’à la finale, opérant à l’aile, poste où seul son immense talent lui permit de tenir son rôle contre l’Australie (face à Burke) en demi-finale et contre la Nouvelle-Zélande en finale (face à Green). Pour mémoire je rappellerais que Didier Camberabero est toujours le meilleur marqueur français en équipe de France sur un seul match (30 points contre le Zimbabwe en 1987).

Voilà pour ce petit rappel historique, mais je pourrais en trouver bien d’autres qui témoignaient de la richesse de notre rugby. Je parle évidemment à l’imparfait, parce que la France aujourd’hui n’a plus de grands joueurs, c’est-à-dire de joueurs capables de figurer dans n’importe quelle équipe de l’hémisphère Sud et à certains postes de l’hémisphère Nord. Voilà pourquoi je ne ferais pas comme tout le monde en critiquant tant et plus le sélectionneur, Philippe Saint-André, même si j’ai des doutes sur sa capacité à être un coach de très haut niveau, et même si sa manière de communiquer est ahurissante de niaiserie. Sur ce plan comme sur les autres, Bernard Laporte, l’actuel entraîneur du RC Toulon, lui a toujours été supérieur. Pour autant, à l’époque où il était sélectionneur, Laporte disposait de joueurs beaucoup plus forts qu’aujourd’hui, et ce dans toutes les lignes. La preuve on compte encore beaucoup sur Michalak, grande vedette du XV de France…en 2003, qui formera la charnière avec Tillous-Borde et l’éternel Parra, deux demis de mêlée loin du niveau d’Elissalde en 2007 ou de Galthier en 1999 et 2003, ou encore de Berbizier en 1987, pour ne citer qu’eux. La remarque vaut aussi pour les autres postes, et en disant cela je pense à celui de trois-quart centre, où Jauzion n’a jamais été remplacé, malgré les qualités intrinsèques de Fofana.

Tout cela signifie que Saint-André, Lagisquet et Bru, aidés par Blanco, tous grands anciens du XV de France n’ont pas à leur disposition un réservoir de joueurs de valeur internationale, sans lequel les espoirs de remporter une épreuve comme la Coupe du Monde est presque illusoire. Au passage, je rappellerais une énième fois que la France est la seule des grandes nations du rugby, notamment quant au nombre de licenciés, à ne pas avoir gagné la Coupe du Monde. Certes on me dira qu’elle est allée trois fois en finale, dont la dernière de façon miraculeuse, une finale qu’elle aurait d’ailleurs dû remporter. Et peut-être que cette fois ce sera la même chose, même si je n’y crois pas, parce que personne ne voit la France triompher, un contexte que le XV de France adore. Il ne gagne jamais quand il est favori, mais il est toujours capable de créer la surprise quand il est un simple outsider. En fait, le XV de France se comporte comme les équipes amateurs dans la Coupe de France de football…ce qui a ses limites, dans la mesure où je ne me souviens pas avoir vu une équipe amateur remporter la Coupe de France. Je pourrais faire la même comparaison avec le tennis féminin, où la semaine dernière on a vu l’Italienne Roberta Vinci (43è mondiale) s’imposer à 32 ans contre Serena Williams (21 victoires en grand chelem) en demi-finale de l’US Open, puis se faire battre par Flavia Pennetta qui n’avait jamais fait mieux auparavant qu’un ¼ de finale à Roland-Garros. De la même manière, nos rugbymen n’ont jamais réussi à confirmer en Coupe du Monde leurs exploits contre l’Australie en 1987 (battus en finale par la Nouvelle-Zélande), contre la Nouvelle-Zélande en 1999 (battus en finale par l’Australie) ou contre cette même Nouvelle-Zélande en 1/4 de finale en 2007 (battus par l’Angleterre en demi-finale).

Fermons la parenthèse, et revenons au manque de richesse du XV de France, en évacuant immédiatement la question des étrangers opérant dans notre championnat. Certes parmi ces derniers tous ne sont pas meilleurs que certains Français à leur poste, mais d’autres peuvent permettre d’élever le niveau de certains de nos joueurs. En plus, si ces étrangers sont bons, ils peuvent jouer au bout de trois ans en équipe de France s’ils n’ont pas été sélectionnés dans leur pays. Parmi les joueurs sélectionnés pour la Coupe du Monde il y en a plusieurs, qui s’appellent Atonio le pilier (Nouvelle-Zélande), LeRoux (Afrique du Sud) et Kockott (Afrique du Sud). On observera au passage qu’aucun de ces joueurs ne figure dans l’équipe de départ contre l’Italie samedi prochain, Kockott n’étant même pas sur la feuille de match…alors que nous sommes nombreux à penser que c’est notre meilleur demi de mêlée, en tout cas celui qui a le plus de potentiel avec sa vitesse et sa puissance, sans oublier ses qualités de buteur. Ce n’est sans doute pas le meilleur numéro 9 du monde, mais il a des qualités qui ne s’acquièrent pas uniquement avec le travail.

Ah le mot « travail », combien de fois l’avons-nous entendu pendant le reste de la saison, dans la bouche de Saint-André et des joueurs. Mais, comme je l’ai dit et répété plusieurs fois, le travail ne fera pas courir plus vite Parra, ni ne donnera à Bastareaud l’aisance technique attendu d’un grand centre. Le travail permet de progresser, de s’améliorer dans des domaines tels que le jeu au pied ou la précision dans les tirs au but, permet aussi de gagner en cohésion sur les phases statiques, pour ne citer que cela, mais le travail ne sera pas suffisant pour donner au XV de France au moins une dizaine de joueurs de niveau international, si nous ne les avons pas…ce qui est hallucinant quand on a 262.000 licenciés, soit presque trois fois moins que l’Angleterre (716.000), presque deux fois moins que l’Afrique du Sud (464.000), mais presque deux fois plus que la Nouvelle-Zélande (142.000) et beaucoup plus que l’Australie (190.000), cette dernière nation fortement concurrencée par le rugby à 13, qui a pourtant remporté deux Coupes du Monde (1991 et 1999).

Evidemment je ne vais pas dire ce qu’il faudrait faire pour que notre équipe nationale retrouve des avants comme elle en a eu tellement par le passé de l’époque de J. Prat-Mias à celle plus récente du début des années 2000 avec Califano, Ibanez, Pelous, Benazzi, ou pour retrouver des lignes arrières comme celles de Lourdes dans les années 50, ou des attaquants comme Boniface, Maso, Trillo, Sella ou Charvet, Blanco ou Lagisquet, voire Saint-André qui était un excellent ailier, en passant par N’Tamack, Dominici et un peu plus tard Jauzion, Clerc, Rougerie etc. Si je ne donne pas de conseils, c’est d’abord parce que je ne suis pas éducateur de rugby, mais aussi parce que notre pays regorge de coachs anciens grands joueurs…ce qui ne se voit pas. Pourquoi ? Parce que nos structures ne sont pas à la hauteur du professionnalisme exacerbé que l’on essaie d’imposer au rugby depuis 20 ou 25 ans.

En disant cela je pense à notre Top 14, pas du tout adapté à ce professionnalisme. Imagine-t-on voir le championnat de Ligue 1 continuer à se dérouler pendant la Coupe du Monde de football ? Certainement pas. Et ceci n’est qu’un aspect de la question qui permettra à notre rugby national de se comporter comme un sport authentiquement professionnel, ce que certains dirigeants comme Mourad Boudjellal ont parfaitement compris. Mais il est bien seul, et sans doute trop seul…ce qui lui vaut de multiples critiques de toutes sortes qui prouvent que ceux qui aiment le rugby dans notre pays sont, en grand nombre, profondément passéistes. En attendant combien de temps faudra-t-il pour que le XV de France gagne la Coupe Du Monde ? 20 ans, 30 ans ? Les Français mettent toujours beaucoup de temps à remporter les grandes épreuves, et pas que dans le rugby. Il n’y a qu’à regarder les palmarès du football, du tennis, de la Formule 1, du cyclisme, bref de la quasi-totalité des sports médiatisés.

Michel Escatafal


En rouge et bleu, en rouge et noir…(1)

ToulonPartie 1

Alors que le football français est en train de se ridiculiser, avec les sorties de J.M. Aulas qui veut récupérer un titre de champion de France par tous les moyens, y compris en enfonçant un autre club professionnel, le RC Lens, la France du rugby est en train de vivre son âge d’or au niveau des clubs. Et pour cause, une nouvelle fois un club français, le RC Toulon, vient de remporter la Coupe d’Europe, qui plus est en battant  en finale un autre club français, l’AS Clermont-Auvergne (déjà battue en 2013). C’est quand même la quatrième fois depuis 2010 (Stade Toulousain) que cette compétition continentale enregistre un succès français, ce qui suffit à démontrer que notre Top 14 est bien au sommet du rugby de club en Europe, et sans doute dans le monde. D’ailleurs, si l’on regarde le palmarès depuis sa première édition en 1996, on s’aperçoit que les clubs français l’ont emporté à 8 reprises contre 6 à l’Angleterre et 6 aux franchises provinciales irlandaises. Ces huit victoires ont été remportées par 3 clubs, à savoir le CA Brive (1997), dont c’est le seul vrai titre de gloire, le Stade Toulousain (1996, 2003, 2005 et 2010) et le RC Toulon ces trois dernières années, exploit unique dans les annales.

Bravo donc au RC Toulon de Mourad Boudjellal, qui vient de réussir un triplé retentissant, et bravo aussi aux valeureux Auvergnats de Clermont (club autrefois appelé AS Montferrand), qui n’ont pas démérité et qui ont cru en leurs chances jusqu’au bout, même s’il faut bien admettre qu’ils ont été dominés par leurs vainqueurs. Des vainqueurs que nombre de crétins qualifient de « mercenaires », parce que dans l’effectif du RC Toulon il y a nombre de joueurs d’origine étrangère (Néo-Zélandais, Australiens, Sud-Africains, Anglais, Gallois, Ecossais, Fidjiens, Argentins, Italiens, Géorgiens), soit autant que de joueurs français dans l’effectif global. Mais quand il s’agit de jouer des matches à élimination directe, la proportion de joueurs étrangers est infiniment plus importante, puisque dans la finale de samedi à Twickenham il y avait 14 joueurs étrangers contre 7 français. C’est quelque chose d’insupportable aux yeux de soi-disant amateurs de rugby, qui n’ont toujours pas compris que la professionnalisation du rugby est aujourd’hui bien réelle, et que l’on n’y peut rien changer.

Pour ce qui me concerne, je ne boude pas mon plaisir, et tant pis si les champions d’Europe s’appellent Halpfenny, Mitchell, Hernandez, Wulf, Habana, Giteau, Masoe, Armitage, Smith, Fernandez-Lobbe, Williams, Botha, Hayman ou Chilachava. Pour les franchouillards, il restait quand même Bastareaud, Tillous-Borde, Taofifenua, Guirado, Orioli, Chiocci et Menini. On notera au passage que lesdits « mercenaires » ne sont pas n’importe qui, parce qu’ils sont tous internationaux dans leur pays, au même titre que les Français, et qu’il y a parmi eux des champions du monde comme Habana, Juan Smith et Botha (Afrique du Sud), ou encore comme Hayman et Williams (Nouvelle-Zélande). Bref du très beau monde pour pouvoir composer une fantastique équipe, dont certains affirment qu’elle est la plus belle équipe de club de l’histoire. Est-ce vraiment le cas ?

D’abord je vais répondre qu’il est impossible de comparer des équipes à des époques différentes, et ceux qui connaissent le rugby pour l’avoir pratiqué, savent bien que ce n’est plus le même jeu qu’il y a 20, 40 ou 60 ans. Pour autant les bases sont les mêmes, comme la forme du ballon, et j’ai la faiblesse de croire que les artistes des années 1950 ou 60 avaient autant de rugby dans les veines que ceux d’aujourd’hui. La principale différence, en plus des règles, c’est que de nos jours les jeunes gens sont plus grands, plus forts physiquement et qu’ils courent plus vite. Normal me direz-vous quand on sait qu’en 1954 le record du monde du 100m était de 10s2 (manuel) donc autour de 10s40 électrique, alors qu’aujourd’hui il est de 9s58. En outre le rugby est aujourd’hui un sport professionnel, avec tout ce que cela comporte, notamment le fait que les joueurs ne fassent que ça, sans parler des séances de musculation intenses qui n’ont rien à voir avec les muscles acquis par nos anciens piliers dans les travaux des champs.

 Toutefois il n’est pas inintéressant de s’essayer à cette comparaison, comme a voulu le faire l’Equipe sur son site web. Pour ma part je comparerais le Toulon 2013 à 2015 au FC Lourdes des années 50, au Béziers de la décennie 70 et au Stade Toulousain 2008. C’est subjectif, mais j’assume mon choix, même si on aurait pu choisir le SU Agen des années 1962, 1965 ou 1966 avec ses Dehez, Razat, Hiquet, Lacroix, Zani, Sitjar, Fort, Lasserre ou Malbet, une équipe qui comptait dans ses rangs un étranger, italien, Franco Zani, sans doute le meilleur troisième ligne centre du monde à cette époque. Une équipe aussi capable d’offrir une sarabande d’offensives, au point que les Britanniques tressèrent des lauriers au rugby français et à son championnat, qui pouvait offrir un aussi magnifique spectacle que celui de la finale SU Agen-AS Béziers en finale du championnat de France 1962 (14-11), ou celui de la finale 1965 contre le CA Brive (15-8). A ce propos, on pourrait rappeler à J.M. Aulas une anecdote relative à cette finale, que n’aurait jamais dû jouer le seconde ligne briviste Normand, expulsé en demi-finales contre le Stade-Montois, et qui fut requalifié par le président de la FFR, Jean Delbert…pour ne pas diminuer les chances du CA Brive. Le président du SU Agen de l’époque, futur président de la FFR, n’y trouva rien à redire et ne s’adressa pas au CNOSF pour récupérer le titre perdu sur le terrain. Pauvre JM Aulas qui n’accepte pas que le PSG soit tellement plus riche que son Olympique Lyonnais!!!

Fermons cette parenthèse burlesque pour revenir au sport, au vrai, pour dire aussi qu’on pourrait comparer ce Toulon de Mourad Bodjellal au Stade Toulousain de 1989 qui battit en finale le…RC Toulon à l’issue d’un match d’anthologie, avec notamment cet essai de 90 mètres suite à une pénalité jouée à la main par Rougé-Thomas, lequel donna à Cigagna. Mal replacés, les joueurs toulonnais furent surpris. La balle arriva dans les mains du « magicien » Codorniou, qui fit un impeccable cadrage pour Charvet, lequel, après une course folle, marqua  un de ces essais qui ont fait la légende de ce sport, un essai dont tous ceux qui ont vu le match, au Parc des Princes ou à la télévision, se rappellent encore. Quelle accélération de Charvet flanqué à ses côtés de Rancoule, fils de l’ailier lourdais des années 50 ! Et oui, on en parle encore, comme on parlera longtemps de l’essai de Mitchell samedi dernier. Dans cette équipe toulousaine il y avait aussi J. Cazalbou, Janik, Cigagna, Cadieu, Morin, Soula et les frères piliers Portolan, de quoi composer une très belle équipe.

Michel Escatafal


Jonny Wilkinson au Panthéon du rugby et des numéros 10

barry johnwilkinson2Partie 2

Avant de parler de ces monstres sacrés que furent Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp et Barry John, prédécesseurs de Jonny Wilkinson au Panthéon des demis d’ouverture, revenons d’abord en quelques lignes sur la finale du Top 14, samedi soir, qui a permis au RC Toulon de réaliser un fantastique doublé, premier club français à réaliser cet exploit avec des équipes anglaises participant à la compétition. Au passage, on observera que les Toulonnais ont fait beaucoup mieux que l’autre finaliste de la Coupe d’Europe, les Saracens, ceux-ci ayant été battus par Northampton après prolongations, à l’issue d’une finale extrêmement disputée (24-20). Fermons la parenthèse pour noter que Jonny Wilkinson aura eu la fin de carrière qu’il méritait, en soulevant avec ses copains toulonnais le fameux Bouclier de Brennus, au terme d’un match où il aura réussi à titre personnel un sans-faute, tant au pied (15 points) qu’à la main. Que rêver de plus pour l’artiste anglais, symbole d’une équipe cosmopolite, où brillent de mille feux les internationaux français, anglais, italiens, argentins, sud-africains, australiens et néo-zélandais (en tout une demi-douzaine de champions du monde) ?

A ce propos j’en profite pour dire que ce qu’a construit Mourad Boudjellal depuis son arrivée au club il y a moins de dix ans est tout à fait admirable, ce qui donne à notre Top 14 une visibilité que les gens de la Fédération sont bien incapbles d’offrir à notre rugby. En écrivant cela je pense aussi à ceux qui ont un siècle de retard, et qui discutent sur le fait de savoir si le RC Toulon est encore une équipe française, un peu comme en football le Paris Saint-Germain. Quel débat ridicule, comme celui à propos des soi-disant « valeurs » qui s’attachent à des clubs qui ont dans leur effectif nombre de grands joueurs internationaux…appelés mercenaires par ces censeurs de pacotille. En tout cas, quand on a vu la rage de vaincre d’un Umaga, d’un Gregan, d’un Mehrtens, d’un Oliver ou d’un SB Williams, et de nos jours d’un Wilkinson, d’un Hayman, d’un Botha, d’un Ali Williams, d’un Giteau ou des frères Armitage, on se dit que le rugby français a bien de la chance d’avoir un président de club qui a su trouver les ressources pour faire venir des joueurs de ce calibre, suffisamment motivés pour remonter de Pro D2 en Top 14, et ensuite remporter des titres.

On comprend aisément la fierté de ce président de club atypique, quand il racontait après la remise du Bouclier de Brennus : « En deux ans, on a gagné trois titres, soit autant que le club en 100 ans. C’est magnifique pour la ville et magnifique pour le club ».Bravo aussi à Bernard Laporte, tellement décrié quand il était sélectionneur du XV de France, malgré des résultats à faire pâlir d’envie ses successeurs (Lièvremont et Saint-André), et qui a su fédérer, avec ses adjoints (Mignoni et Delmas) toutes ces stars et en faire une équipe très soudée, comme l’a si bien noté Alexandre Menini, joker médical (pilier gauche) qui était totalement inconnu il y a trois mois, et qui se retrouve aujourd’hui champion d’Europe, champion de France et sélectionné dans le XV de France… à 30 ans. Mieux qu’Alfred Roques au même âge ! Reste quand même à égaler l’extraordinaire pilier cadurcien des années 1950 et 1960.

Et maintenant, après avoir souligné encore une fois la classe sur et hors du terrain de Jonny Wilkinson, son humilité, sa retenue dans le succès comme dans la défaite, l’admiration qu’il suscite chez ses partenaires…et ses adversaires, comme en témoigne l’attitude des joueurs castrais après la finale, tellement dignes dans la défaite en participant à leur manière à l’hommage rendu à Wilkinson, je vais à présent évoquer les monstres sacrés auquel je compare le merveilleux ouvreur anglais. Des monstres sacrés qui ont marqué à leur manière leur époque, celle-ci étant évidemment très différente de celle d’aujourd’hui, faute d’avoir eu la chance de connaître le professionnalisme, ce qui a parfois privé très tôt le rugby de leur immense talent, leur carrière s’arrêtant alors qu’ils étaient encore très jeunes, sauf pour Jack Kyle.

En parlant de cet ouvreur irlandais, cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer la figure de Jack Kyle, dont certains disaient à son époque qu’il était peut-être le meilleur joueur irlandais de l’histoire, grande vedette (on ne disait pas star chez nous à ce moment) de l’équipe d’Irlande qui remporta le grand chelem en 1948. C’était un ancien élève d’un lycée protestant, opérant au North of Ireland F.C., avant de devenir plus tard le docteur Kyle.  Il savait tout faire avec un ballon de rugby dans les mains, y compris buter  s’il le fallait. Si je dis cela c’est parce qu’il ne fut jamais le buteur attitré de l’équipe d’Irlande pendant les onze années que dura sa carrière internationale, entre 1947 et 1958. Celle-ci démarra dans le Tournoi contre l’équipe de France, qu’il avait affrontée l’année précédente à une époque où notre équipe n’avait pas encore réintégré le concert international, suite à sa rupture avec les Britanniques en 1931, ces derniers accusant le championnat de France d’être trop violent et de faits de professionnalisme. Jack Kyle, aux dires de Jean Prat qui l’avait bien connu, était à la fois un remarquable meneur de jeu, sachant surtout créer des occasions pour ses partenaires, et un joueur au pied de grand talent. Il fut un des premiers à utiliser avec efficacité les chandelles pour mettre le feu dans les défenses adverses, chose aujourd’hui banale dans le rugby professionnel, mais Kyle fut une sorte de précurseur à son époque. C’était aussi un excellent défenseur, ce qui prouve qu’il était un ouvreur très complet.

Autre remarquable demi d’ouverture dans les années 50, le Gallois Cliff Morgan. Il entra dans l’équipe du Pays de Galles un peu plus tard, très exactement en 1951 dans un match du Tournoi…contre l’Irlande de Jack Kyle.  Très vite Morgan s’imposa comme un très grand demi d’ouverture, dans un style différent de celui de Kyle. Ses crochets étaient déroutants, et il en usait tellement que parfois il en abusait. En fait son seul défaut était de vouloir trop en faire. Il n’empêche,  dans ses grands jours l’ouvreur gallois était diabolique. Les Français s’en aperçurent à plusieurs reprises, plus particulièrement en 1957, dans un match où nos tricolores furent héroïques mais où ils durent s’incliner contre des Gallois supérieurement emmenés par un Cliff Morgan superbe. Il arrêtera sa carrière très tôt, à l’âge de 28 ans (en 1958), alors que son talent était intact. En tout cas ces deux joueurs ont largement dominé la décennie 1950 à leur poste. La preuve, on parle encore d’eux à l’occasion. En fait le seul concurrent qu’ils auraient pu avoir à cette époque…jouait au centre la quasi totalité du temps, n’opérant à l’ouverture qu’à l’occasion : il s’appelait Roger Martine. Il suffit de lire le compte rendu du match opposant la France à l’Irlande en 1955, pour en être convaincu. Ce jour-là en effet, Roger Martine soutint largement la comparaison avec Jack Kyle, du moins jusqu’à sa blessure à l’épaule au début de la deuxième mi-temps…qui allait sans doute coûter à la France le grand chelem dans son match contre Galles, Martine ayant joué le match contre les Gallois en étant insuffisamment remis de cette blessure.

Autre grand ouvreur britannique, l’Anglais Richard Sharp. Un surdoué parmi les surdoués, capable de démanteler n’importe quelle défense sur une de ses percées dont il avait le secret.  Ce fut le cas en 1960, lors d’un match à Colombes, où les Anglais obtinrent le match nul contre l’équipe de France, sans doute plus forte que sa rivale anglaise, sur un coup de génie de son ouvreur.  Celui-ci en effet réussit une magistrale percée, suite à une balle perdue en mêlée par les Français, donnant à son centre Weston l’essai du match nul…empêchant la France de réaliser le grand chelem. Sharp  ne comptera que 14 sélections internationales dans sa carrière, mais il laissera le souvenir d’un très grand joueur. En tout cas il m’a beaucoup marqué, puisqu’après Roger Martine ce fut ma seconde idole dans le rugby, celui pour qui je me prenais à cette époque avec un ballon ovale dans les mains.

Un peu plus tard, j’ai eu une profonde admiration pour un autre ouvreur gallois, Barry John, un des plus grands talents que le rugby ait connus,  un demi d’ouverture  qui forma avec l’immortel Gareth Edwards la plus emblématique des paires de demis de l’histoire du rugby. C’est peut-être à lui que je comparerais Wilkinson, si justement je devais faire une comparaison. Barry John fut surnommé The King lors de la tournée des Lions britanniques en 1971 en Nouvelle-Zélande, tellement il fut brillant dans le jeu et au pied. Il a largement contribué à faire de l’équipe galloise du début des années 70 une des équipes du vingtième siècle, au même titre que les équipes de France entre 1958 et 1960, ou encore que celle des  All Blacks en 1987. Barry John avait tout pour lui, et savait absolument tout faire avec un ballon de rugby. Remarquable buteur, il était aussi un génial inspirateur des lignes arrière galloises. Il le démontra par exemple dans les matches contre l’équipe de France en 1971 et 1972.

Dans le Tournoi 1971, à Colombes, c’est Barry John qui réussit à marquer un essai qui devait tout à sa classe, après que son pack eut réussi à ravir la balle sur introduction de Max Barrau, notre demi de mêlée. Avec Barry John à la baguette, accompagné de Gareth Edwards, les Gallois faisaient preuve d’une sérénité, d’un sang-froid et d’une maturité exceptionnelles. La classe de sa paire de demis donnait aux Gallois l’illusion qu’ils étaient imbattables. Et ils l’étaient effectivement,  puisqu’ils remportèrent tous leurs matches du Tournoi des Cinq Nations en 1971 et 1972. Ils l’étaient aussi avec  les Lions, équipe dont l’ossature était entièrement galloise, puisqu’ils remportèrent  en 1971 leur série de tests en Nouvelle-Zélande, développant un jeu qui enchanta tous les observateurs de cette nation phare du rugby mondial.

En 1972, Barry John crucifia de nouveau  les Français en marquant quatre pénalités, mais aussi en déployant une maîtrise sans pareille dans tous les compartiments du jeu. Edwards-John : fera-t-on mieux un jour ? Peut-être pas. En tout cas, s’il y avait eu une Coupe du Monde à cette époque, le Pays de Galles l’aurait à coup sûr emporté au moins une fois. Barry John n’aura jamais été champion du monde, contrairement à Jonny Wilkinson, mais son nom restera à jamais gravé dans la légende du rugby, un sport qu’il a abandonné très tôt (à 27 ans en 1972) alors qu’il était au sommet de son art. Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp, Barry John : voilà une belle galerie de portraits de demis d’ouverture britanniques qui ont brillamment marqué leur époque. Je crois être assez objectif pour affirmer que Jonny Wilkinson a toute sa place dans cette galerie, qui le met en bonne compagnie dans la mémoire des amoureux du rugby, y compris des Français. Et pourtant jamais notre équipe de France n’avait connu pareil bourreau, tant en Coupe du Monde que dans le Tournoi. Nous lui pardonnerons d’autant plus volontiers qu’il est devenu le plus français des joueurs anglais, et qu’il nous aura fait profiter de son talent dans le Top 14 pendant cinq ans. Merci et bravo à Mourad Boudjellal (président du RCT) d’avoir cru en lui en 2009, alors que certains pensaient que sa carrière était finie !

Michel Escatafal


Le RC Toulon, Nibali et Ancelotti en haut de l’affiche

wilkinsonUn week-end de sport un peu particulier que cette Pentecôte 2013 ! Si je dis cela c’est parce que des évènements importants ont eu lieu dans trois sports parmi les plus médiatisés de la planète. Commençons par le vélo, avec la grosse option prise par Vincenzo Nibali sur la victoire dans le Giro. Le Sicilien est à sa place, dans la mesure où,  avec Contador et Froome, c’est le plus complet des coureurs à étapes. En outre, j’aime beaucoup ce coureur italien pour son tempérament bagarreur et son goût pour l’offensive, qui me fait penser à un autre grand champion que j’ai beaucoup admiré en son temps, Laurent Fignon. Voilà pour le vélo, en espérant pour les rescapés de ce Tour d’Italie que le temps soit moins exécrable qu’il ne l’a été ces derniers jours…ce qui paraît peu probable si l’on en croit les météorologistes.

Ensuite il y a le cas Ancelotti qui fait les grands titres des journaux français et espagnols. Ancelotti veut quitter le PSG pour aller au Real Madrid, afin de remplacer Mourinho, lequel est loin d’avoir réussi au Real Madrid aussi bien que dans les autres clubs où il est passé. Mais au fait, malgré les louanges parfois dithyrambiques qui lui sont adressées depuis qu’il a annoncé son envie de quitter le PSG, est-ce qu’Ancelotti a vraiment été l’homme providentiel qu’attendait le PSG pour lui faire franchir encore plus vite le pas qui le sépare encore des toutes meilleures équipes européennes ? La réponse est loin d’être aussi évidente qu’il n’y paraît, car, avec l’armada dont il disposait, remporter « seulement » un titre de champion de France et aller en quart de finale de la Ligue des Champions est quand même le minimum qu’on pouvait attendre d’un technicien aussi côté que lui. Bien sûr on me dira qu’il a réussi à gérer les egos de grands joueurs comme en possède aujourd’hui le PSG, mais là aussi c’est le moins qu’il ait pu faire, d’autant que les très grands joueurs (Ibrahimovic, Thiago Silva, Lavezzi, Pastore, Lucas ou Motta) ont toujours été titulaires, tout comme d’autres qu’on ne croyait pas aussi fort, comme Matuidi et Sirigu. La preuve, quand on regarde l’effectif parisien, on s’aperçoit que seuls une quinzaine de joueurs ont disputé la plupart des matches au cours de la saison, à savoir Sirigu, Jallet, Alex, Sakho, Silva, Maxwel, Matuidi, Verrati, Menez, Pastore, Lavezzi, Ibrahimovic, et Lucas après son arrivée en janvier, les autres se contentant de bouts de matches ou de remplacer les titulaires absents ou blessés.

Tout cela pour dire que dans le cas Ancelotti, il faut savoir raison garder…sauf à considérer que sans sa présence sur le banc, peut-être qu’Ibrahimovic, Thiago Silva ou Lavezzi ne seraient pas venus. Alors, et maintenant ? Et bien, il finira sans doute par partir au Real, mais ce ne sera pas sans conditions, ni pour lui, ni pour le Real. On peut même imaginer qu’il est un formidable atout dans la manche des dirigeants parisiens pour faire venir à Paris Cristiano Ronaldo ou pourquoi pas un autre grand joueur du Real, ou encore pour faire en sorte que le Real ne marche pas sur les plates-bandes du PSG pour un gros renfort qui ne manquera pas d’arriver à Paris d’ici la fin juillet. De toutes façons, contrairement à ce que de nombreux forumers ou journalistes pensent, cela ne va pas déstabiliser le PSG, car la seule chose qui pourrait le faire ce serait le départ des Qataris, comme l’a rappelé très justement Leonardo…car ils ont l’argent. Or, comme il n’est pas question pour les Qataris de  se désengager, bien au contraire, Ancelotti ou pas sur le banc n’est pas aujourd’hui le plus important, surtout que son remplaçant sera nécessairement un « tout bon ». En plus, compte tenu de l’ampleur du projet parisien et des moyens mis à sa disposition, les entraîneurs de renom ne peuvent qu’être flattés d’être sollicités par le PSG.

Dernière chose, j’ai du mal à accepter les explications affichées ou non d’Ancelotti pour expliquer son envie de départ. Par exemple quand il dit que « le Real est une possibilité », comme s’il voulait nous prendre pour des idiots. De même, quand j’entends dire qu’il a été froissé de  l’impatience manifestée par les décideurs qataris à propos des résultats du club francilien en novembre-décembre, cela me fait doucement rire, dans la mesure où il est parmi les deux ou trois entraîneurs les mieux payés au monde.  Comme l’a fait justement remarquer ce matin le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, il était quand même normal qu’après une série de trois défaites qui hypothéquaient la saison du club, on lui demande des explications. On notera à ce propos que c’est après ces explications que le PSG s’est de nouveau remis sur de bons rails, notamment avec le passage en 4-4-2 qui, à présent, fait la force de l’équipe, et qui a permis à certains joueurs importants de s’exprimer au mieux de leurs possibilités, par exemple Pastore et Lucas.

Passons enfin au sujet que je voulais traiter en priorité, à savoir la victoire du RC Toulon en Coupe d’Europe de rugby, une victoire qui m’a fait un immense plaisir. Pourquoi ? Non pas parce que j’ai une dent contre l’ASM Clermont, mais pour les efforts faits par un homme, Mourad Boudjellal, pour faire évoluer son club en particulier, et le rugby en général vers plus de professionnalisme. Cet homme en effet a apporté au rugby français son savoir-faire industriel, et c’est ce dont le Top 14 avait besoin. Point n’est besoin d’être grand clerc pour savoir que l’évolution du rugby vers plus de professionnalisme est irréversible. Et dans ce cas, il nous faut des grands clubs, comme le Stade Toulousain, l’ASM Clermont, le Racing, le Stade Français ou le RC Toulon, pour ne citer qu’eux, avec des joueurs venus du monde entier qui apportent un plus dans les championnats européens, à commencer par le notre. Il est bien pour le Top 14 qu’il y ait à côté de Dusotoir, Pascal Papé, Fofana ou Michalak, des joueurs comme Mac Allister, Sivivatu, Botha ou Wilkinson. Et c’est bon aussi pour tout le rugby européen, à travers les clubs ou franchises qu’ils soient français, anglais, gallois, écossais ou irlandais, ce qui nous permet d’avoir une Coupe d’Europe de très haut niveau. Et ce qui fait plaisir, c’est de voir que chaque année un club du Top 14 figure parmi les favoris de la compétition ou la gagne, cas ces dernières années du Stade Toulousain, de Clermont et à présent Toulon.

Le RC Toulon, qui a retrouvé en cinq ans son rang de place forte du rugby français (3 fois champion de France en 1931, 1987 et 1992 et 6 fois finaliste entre 1948 et 2012), après être remonté de la Pro D2 en 2008. Une progression extraordinaire…que l’on espère pour le PSG, même si la concurrence en football est largement supérieure. Une progression tellement extraordinaire que l’on a du mal à y croire, et à laquelle personne ne croyait sauf cet homme de défi qu’est Mourad Boudjellal, lequel a beaucoup payé de sa personne et a mis de gros moyens à la disposition du club pour faire venir quelques uns des meilleurs joueurs du monde. Parmi ceux-ci on citera le All Black Tana Umaga, le Sud-Africain Victor Madfield, l’Australien Georges Gregan, un autre All Black, Andrew Merthens, Bakies Botha le pendant de Madfield en deuxième ligne, Sonny Bill Williams qui était en 2008 le meilleur treiziste du monde…et Jonny Wilkinson, le fantastique ouvreur anglais, sans doute un des plus grands joueurs de l’histoire à son poste au même titre qu’un Barry John.

Et si j’insiste pour Wilkinson, c’est parce que Mourad Boudjellal fut sans doute le seul à avoir cru en lui en 2009, après une multitude de blessures qui laissaient penser que le corps de Jonny Wilkinson ne pouvait plus supporter les rigueurs et la dureté du rugby professionnel, après une carrière qui l’avait vu débuter au plus haut niveau en 1997 à l’âge de 18 ans, carrière dont le point d’orgue était un titre de champion du monde pour l’Angleterre, équipe qu’il a longtemps portée à bout de bras, notamment en 2003 lors de la Coupe du Monde en Australie. Je l’admire tellement Wilkinson, que j’ai écrit sur ce site un article où je l’avais qualifié de « plus que parfait ». Et pourtant il fut très souvent le bourreau du XV de France, mais cela démontre simplement que j’aime le rugby et ses grands joueurs…quelle que soit leur nationalité. Fermons la parenthèse pour souligner que Mourad Boudjellal mérite une statue pour avoir su  organiser la résurrection du merveilleux numéro 10 anglais, alors que beaucoup parlaient de lui au passé. Et c’est un juste retour des choses que, grâce à Jonny Wilkinson, le RC Toulon ait remporté samedi le plus beau titre de son histoire, avec cette Coupe d’Europe, victoire qui récompense l’énorme investissement personnel de Mourad Boudjellal pour son club.

Oh certes, Wilkinson n’était pas seul dans cette équipe constellée de stars planétaires du rugby (les frères Armitage*, Giteau, Bastareau, Michalak, Rossouw, Masoe, Fernandez-Lobbe, Botha, Sheridan ou Jenkins), mais  Wilkinson a été tout au long de l’épreuve l’âme de l’équipe, sorte d’assurance tous risques pour une formation qui savait pouvoir compter presque à 100% sur son ouvreur-buteur. La preuve, nous l’avons dans le fait qu’un point seulement séparait les deux équipes de Toulon et Clermont en finale, point que l’on trouve dans une transformation manquée par Parra sur un des deux essais clermontois, alors que Wilkinson a fait de nouveau un sans-faute dans les tirs au but. Et puisque je parle des deux buteurs, comment ne pas être confondu devant le match ô combien décevant du demi de mêlée clermontois, joueur dont j’ai toujours dit qu’il était surtout un excellent buteur, alors que Wilkinson fut non seulement remarquable buteur dans cette finale européenne, mais aussi excellent dans le jeu. Là est toute la différence entre un très bon joueur, Parra, comme il y en a beaucoup en France, et un très grand joueur, Wilkinson, comme il y en a très peu dans le monde, ce qui lui a valu le trophée du meilleur joueur européen, même si pour ma part je n’accorde qu’une valeur très relative à cette distinction…indiscutable cette année.

Un dernier mot enfin pour saluer un autre personnage qui fut pour beaucoup dans cette victoire européenne du RC Toulon, Bernard Laporte. Autant je n’appréciais guère le ministre des Sports qu’il fut, autant en revanche on ne peut que le féliciter d’avoir aidé le club toulonnais à grandir. Laporte a certes échoué dans la conquête du titre mondial en 2007, mais à côté de cet échec que de succès à la tête de l’équipe de France (4 victoires dans le Tournoi dont 2 grands chelems) entre 2000 et 2007) ou du Stade Français (champion de France 1998) ! Je crois qu’il fallait le dire, d’autant que le contraste est frappant entre son palmarès et celui de ses prédécesseurs ou successeurs en club ou en équipe de France. D’ailleurs qu’a-t-il manqué au XV de France en 2003 ou 2007 pour ne pas être champion du monde ? Simplement un Jonny Wilkinson . Imagine-t-on une paire de demis composée de Galthier ou Michalak associés à Wilkinson en 2003 ou une paire Elissalde-Wilkinson en 2007 ? Oui, dans ce cas la France aurait été imbattable.  Après tout ce n’est pas la faute de Laporte si Wilkinson est né anglais ! Reste à présent à B. Laporte et à Jonny Wilkinson à réaliser le doublé Top 14 et Coupe d’Europe avec leur club du RC Toulon, inédit pour un club français. Même le Stade Toulousain n’y est jamais parvenu, c’est dire ! Pour être franc, je pense que le Stade Toulousain de Guy Novès et J.B. Elissalde a les meilleures chances de remporter cette année, et une nouvelle fois, le fameux Bouclier de Brennus, à moins que Wilkinson…

Michel Escatafal

*A propos de Delon Armitage, certains se sont offusqués de son geste vis-à-vis de Brock James alors qu’il filait à l’essai. Ceux-là ne connaissent pas l’histoire du rugby. Il suffit de se rappeler, par exemple, le geste de J.P. Bastiat en demi-finale du championnat de France 1973, où l’on vit l’immense avant dacquois aplatir un essai au milieu des poteaux en narguant les joueurs biterrois de la grande époque, vaincus sur le score de 23-3 ! Ce geste ne porta pas bonheur à l’US Dax qui perdit, contre toute attente, sa cinquième finale contre le Stado Tarbais (12-18).