Quelques considérations sur le sport en ce début d’année 2013…

C’est demain mardi que les organisateurs du Tour d’Italie, ou si l’on préfère du Giro, vont donner le nom des équipes invitées à leur épreuve…et il y aura nécessairement des déçus, dans la mesure où trois équipes seront élues pour onze candidatures. En outre, il y aussi le problème Katusha, l’équipe de Rodriguez, dont personne ne sait si elle sera oui ou non admise dans le World Tour, ce qui promet par parenthèse une belle pagaille si le Tribunal Arbitral du Sport (le fameux TAS) donne raison à l’équipe russe. Qui vont-ils remettre en Continental parmi les équipes actuellement désignées, puisqu’il est dit qu’on n’augmentera pas le nombre d’équipes ayant le label World Tour…ce qui serait trop simple ? En effet, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? On le voit, si cela continue, et j’en suis le premier à être attristé compte tenu de ma passion pour ce sport, le vélo commence à se rapprocher de la boxe en termes de gestion de ses épreuves et de désordre organisationnel. En fait il ne manque plus que l’organisation d’une fédération dissidente, et l’on sera tout près de revoir dans le cyclisme l’évolution de la boxe depuis les années 60. Espérons quand même que l’on n’en arrivera pas à ces extrémités, car si la boxe survit plus ou moins, je ne suis pas certain que le vélo y parviendrait.

Certains vont me trouver bien pessimiste en cette douce journée de janvier, mais le vélo est un sport qui est passé maître dans l’art de tout compliquer….au nom de l’éthique, alors que c’est le sport le plus contrôlé. Certes les contrôles existent partout, comme l’a rappelé hier le pilote de F1 Romain Grosjean sur le plateau de France 2, mais le vélo est sans doute le seul sport qui anticipe à ce point les éventuelles fraudes, comme on a pu le voir sur cette même chaîne avec la recherche de l’AICAR, un produit aujourd’hui indétectable dont on parle de plus en plus, parce qu’il permet de perdre du poids tout en augmentant la performance des utilisateurs. Et bien entendu on a surtout évoqué les coureurs cyclistes avec des images de coureurs en peloton, comme si ces derniers étaient les seuls utilisateurs potentiels de cette nouvelle « potion magique ». Cela dit, grâce au vélo, cette médication, ô combien dangereuse si l’on en croit les spécialistes, devrait être identifiée par les laboratoires dans les mois qui viennent, ce qui pourrait de nouveau chambouler les palmarès. Les palmarès du cyclisme bien sûr, puisque ce sport n’hésite pas à destituer les coureurs de leurs titres, y compris d’ailleurs quand le dopage n’est pas réellement prouvé, quitte à voir un tribunal redonner ce titre à un coureur quelques années après qu’il ait été attribué à un autre (cas Heras).

Reconnaissons que tout cela fait désordre, ce qui explique la nostalgie de ceux qui ont connu le vélo (sur route et sur piste) dans les années 50 ou 60, avec ses excès, ses abus, mais aussi ses règles infiniment plus simples que de nos jours. Aurait-on imaginé interdire de Tour de  France un Coppi, un Bartali, un Magni, un Gaul, un Bahamontes,  s’ils avaient désiré y participer ? Idem pour le Giro et la Vuelta avec les meilleurs Français, Suisses ou Belges, alors qu’aujourd’hui Contador, Valverde, Rodriguez, Menchov ou un autre, pourraient très bien se voir refuser la possibilité de participer aux plus grandes épreuves du calendrier parce que leur équipe n’a pas assez de points UCI, ou parce qu’elle a été privée de la licence World Tour. Ainsi Rolland ou Voeckler, bien que leur équipe ne soit pas en World Tour,  sont sûrs et certains de courir le Tour de France, mais pas Rodriguez qui est, rappelons-le, le dernier numéro un au ranking UCI. Aberrant, idiot, stupide, les mots manquent devant pareille absurdité.

C’est pour cette raison que j’ai fait précédemment la comparaison avec la boxe, qui organise des championnats dits du monde, après avoir destitué le détenteur unique d’un titre mondial. Et oui, nous en sommes là…pour le plus grand plaisir des pourfendeurs du vélo, lesquels prennent de plus en plus le pas sur les vrais amoureux de ce sport. Au fait, pourquoi avoir destitué Armstrong, et pas les autres coureurs ayant avoué avoir amélioré leurs performances en prenant des produits destinés à les rendre plus forts ? Désolé, j’ai l’air de ressasser les mêmes choses, mais je ne supporte plus toute cette hypocrisie dans le vélo et ailleurs. Les performances des sportifs est-allemands dans les années 70 ou 80, mais aussi d’autres pays, étaient-elles réalisées à l’eau claire ? Personne ne le croit, et pourtant certains noms figurent toujours au palmarès des records du monde…sans que cela ne pose problème, sauf pour des athlètes qui ont réalisé des performances légèrement inférieures sans emploi de substances illégales.

Toujours parmi les sujets qui me fâchent, il y a le racisme de plus en plus présent dans et autour des stades, au point que certains joueurs n’en pouvant plus de cette horrible méchanceté, en arrivent à quitter le terrain tellement ils sont dégoûtés. En écrivant cela je pense évidemment à Kevin-Prince Boateng, joueur ghanéen de l’AC Milan, qui a pris la décision d’abandonner le match auquel il participait contre une petite équipe italienne, tellement il endurait des injures racistes. Certains Français n’hésiteront pas à dire que c’était en Italie, oubliant que chez nous aussi il y a des crétins racistes, et ils sont nombreux. D’autres affirment que c’est la faute de la FIFA qui ne prend pas des sanctions assez dures. A ce propos, il est amusant de constater combien chez nous, en France, on est pour des sanctions sévères…si celles-ci touchent les autres pays, parce que ces pays aux yeux des Français ne savent pas traiter les problèmes. Ainsi pour nombre de Français, les Espagnols, pour ne citer qu’eux, sont les champions en termes de dopage, ce qui explique la ridicule fureur de certains contre Contador, Nadal ou Alonso, alors que si ces sportifs étaient français on les adorerait. Plus généralement, pour revenir sur le problème du racisme dans le football, c’est le niveau général des supporters qu’il faut souligner et non tel ou tel discours de dirigeant, comme celui de Blatter, le président de la FIFA, qui a dit que Boateng avait eu tort de quitter le terrain.

Un dernier mot enfin, beaucoup plus rassurant, pour remarquer hier soir sur Eurosport cette effervescence aux alentours du vestiaire du Paris Saint-Germain, avec des joueurs de l’équipe d’Arras faisant en sorte de récupérer un maillot des joueurs parisiens. Au moins ceux qui s’intéressent au football en tant que jeu, comme ceux qui y jouent à un bon niveau (cas des joueurs de l’équipe d’Arras), savent reconnaître que le PSG est devenu un grand club, d’où l’engouement des adversaires des Parisiens pour garder un souvenir de ce match. Et pourtant certaines des grandes stars du club entraîné par Carlo Ancelotti n’avaient pas fait le déplacement (Ibrahimovic, Sirigu, Thiago Silva, Thiago Motta, Lucas, Menez) ! Qu’est-ce que cela aurait été si tous ces joueurs avaient été là ? Preuve que le PSG suscite la passion partout où il se déplace, n’en déplaise aux supporters imbéciles qui n’ont que l’invective à la bouche pour le premier club français de l’histoire ayant atteint une dimension économique internationale. Merci aux Qataris de nous avoir fait ce cadeau, et bravo pour le beau geste d’avoir laissé la recette aux amateurs du club d’Arras !

Michel Escatafal

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Une belle soirée de sport à la télévision (rugby, boxe)

Hier soir, j’ai vécu une belle soirée de sport, entre le match France-Australie, entrecoupé à la mi-temps par les scores du football, et le championnat du monde des poids lourds (WBA, WBO, IBF) opposant l’Ukrainien Wladimir Klitschko et le Polonais Wach, à Hambourg. C’était évidemment un match déséquilibré, que Wladimir Klitschko a remporté aisément aux points, même si le boxeur polonais était invaincu, adjectif facile quand on n’a pas rencontré d’adversaires de classe, ce qui ne pouvait être que le cas de Wach au vu de sa prestation technique. J’ai bien dit technique, parce que sur le plan du courage, Wach n’a de leçon à recevoir de personne, en pensant à tous les coups qu’il a pris. J’ai même cru que l’arbitre allait arrêter le combat à la fin de la huitième reprise, tellement Mariusz Wach semblait en perdition dans les cordes, mais il a tenu le coup, et le gong l’a sauvé. Alors est-ce que ce fut un grand combat ? Réponse, NON, mais le niveau de la boxe a beaucoup baissé depuis la fin des années 1980, et plus encore par rapport à son’âge d’or dans les années 50, 60 ou 70, surtout chez les poids lourds.

A ce propos, il est évident que si les frères Klitschko sont des boxeurs de grand talent, ils sont loin des Ali, Frazier ou Foreman, sans remonter plus loin dans le temps. Et que dire des challengers qui leur sont proposés, à commencer par ce Mariusz Wach, mais aussi le Britannique Haye ou encore notre Français Mormeck, qui évidemment n’auraient  jamais eu une chance mondiale pour le titre des poids lourds à l’époque où il n’y avait qu’une ou deux fédérations. Cela étant, il ne sert à rien de vivre dans la nostalgie des époques passées, en espérant que la boxe ne tombera pas plus bas qu’elle l’est aujourd’hui…ce qui serait déjà un pas considérable pour assurer sa survie. Et pourtant, quand on voit comment à Hambourg on est capable de remplir une salle pour un match de boxe, dont on savait à l’avance qu’il était très déséquilibré, on se dit qu’il faudrait peu de choses pour que la boxe puisse repartir,  et retrouver un minimum de crédibilité. Cela étant, ce n’est pas en France qu’on pourrait organiser pareil évènement, mais chacun sait que les Français sont surtout experts pour critiquer les autres (dopage, arbitre etc.), mais sont tout à fait incapables de se déplacer pour les grands évènements…que l’on ne sait pas organiser, du moins en ce qui concerne la  boxe. Résultat, nos meilleurs boxeurs arrêtent très tôt leur carrière, faute de pouvoir vivre de leur sport, y compris quand ils ont été médaillés olympique et ou détenteurs d’un titre mondial !

Et puisque j’ai évoqué l’affluence, j’ai observé avec infiniment de tristesse qu’il y avait énormément de sièges vides au Stade de France, pour un match entre l’équipe de France de rugby et celle d’Australie, c’est-à-dire un match entre deux des quatre ou cinq nations les plus fortes au niveau mondial. Oui, quelle tristesse de voir cela, surtout par contraste avec ce qui allait se passer un peu plus tard à Hambourg, avec une affiche qui pourtant n’avait rien de clinquant ! Cela étant, pour revenir au Stade de France, j’ai lu quelque part que toutes ces places disponibles…valaient 30 ou 40 euros, ce qui explique le peu d’empressement pour les acheter. Simplement, une question : pourquoi ne pas offrir des places davantage bon marché la veille ou l’avant-veille du match pour garnir les tribunes ? Vraiment il y a des choses qui m’échappent dans le sport français, tant du côté des organisateurs, que des dirigeants et des spectateurs…à moins que tout simplement notre pays ne soit pas un pays sportif. Je pencherais personnellement pour cette hypothèse. En France on donne des leçons, mais on n’aime pas (vraiment) le sport.

D’ailleurs si un de nos champions ou une de nos équipes brillent, ils sont le plus souvent critiqués. Par exemple, on leur reproche de ne pas toujours vivre en France, ce qui leur vaut d’être traités de mercenaires, et si c’est une équipe de football susceptible de briller  en Ligue des Champions, et bien on lui reproche d’avoir pour propriétaires des étrangers…ce qui ne dérange personne partout ailleurs. Pauvre sport français, qui n’a jamais réellement mérité les quelques champions qu’il est capable de sortir à intervalles plus ou moins réguliers, et le plus souvent par hasard, grâce au travail de quelques bénévoles ou de petites structures qui ont survécu au professionnalisme exacerbé dans les autres pays. La preuve, dans une épreuve phare comme la Ligue des Champions de football, la France se situe très loin de l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne et le Portugal. En Formule 1, combien notre pays a eu de pilotes champions du monde ? Un seul, Alain Prost. Combien de vainqueurs du Tour de France avons-nous eu depuis 1985, soit depuis 27 ans ? Aucun. Combien de victoires dans les tournois du grand chelem en tennis chez les hommes depuis 1946 ? Une seule (Noah à Roland-Garros en 1983). Même en rugby, nous sommes la seule des grandes nations à ne jamais avoir remporté la Coupe du Monde. Bref, je n’en rajoute plus, car cela va me gâcher mon dimanche.

Et pourtant, je reste d’humeur fort plaisante ce matin, précisément à cause de la victoire du XV de France contre l’Australie hier soir au Stade de France. Une belle victoire quant au score (33-6 avec  trois essais marqués), mais aussi quant à la manière. D’ailleurs ce n’est pas pour rien, si nombre de supporters de notre équipe ont été séduits par le jeu du XV de France. Certes les grincheux feront remarquer que l’équipe d’Australie était handicapée par plusieurs absences, mais la France de son côté était privée de son emblématique capitaine, Thierry Dusotoir. En outre, le propre des grandes équipes est le plus souvent d’avoir des remplaçants qui valent (presque) les titulaires. Hier soir Nyanga en a apporté la preuve flagrante, en montrant que lui aussi était un troisième ligne de très grande qualité, ce que tous les amoureux de rugby savaient depuis longtemps.

Pourtant je suis persuadé que si notre équipe nationale a si bien récité sa partition, c’est aussi parce qu’en plus de son pack dominateur, surtout en mêlée, elle avait à sa disposition une paire de demis comme nous n’en avions pas eu depuis bien longtemps. On finissait par avoir perdu l’habitude de voir un demi de mêlée sachant admirablement  alterner le jeu avec ses avants et ses trois-quarts, un demi de mêlée  ne perdant pas un seul ballon, un numéro 9 apportant de la vision, du punch, de la vitesse, sachant  dynamiser les sorties de balle, bref un joueur de grande classe à un poste clé. Evidemment cela contrastait avec celui qui est considéré comme l’inamovible titulaire depuis quatre ans, Morgan Parra, certes un bon demi de mêlée, mais  dont la seule raison de sa présence constante dans le XV de France tient à ses remarquables qualités de buteur. Hier soir, nous en avons eu encore une illustration, puisque la seule action notable qu’il ait réussi après avoir remplacé Machenaud, fut la pénalité parfaitement convertie à 42m à droite des poteaux. C’est pour cette raison que Saint-André doit continuer dans la voie qu’il s’est tracée, en faisant confiance à Machenaud, en regrettant au passage qu’il ait été remplacé à la 63è minute par Parra. Comme s’il fallait absolument que le Clermontois compte une cape de plus !

Certains me trouveront dur avec Parra, mais je maintiens que si c’est un très bon joueur, ce n’est certainement pas un grand demi de mêlée comme le XV de France en a eu par le passé (Max Barrau, Gallion, Berbizier ou Elissalde).  Parra n’aura jamais une grande vitesse de course, n’aura jamais le dynamisme d’un Machenaud ou d’un Doussain, pour ne citer que des jeunes demis de mêlée qui sont déjà plus que des espoirs. Certains d’ailleurs voient Parra en demi d’ouverture, ce qui est une complète aberration quand on dispose d’un Trinh-Duc, et surtout d’un Michalak. Ah Michalak, que de temps perdu avec ce joueur, ce qui montre qu’en France les sélectionneurs n’apprennent jamais de leurs erreurs. Si je dis cela, c’est parce que je pense aux procès faits à Jean Gachassin en son temps, autre demi d’ouverture incompris, ou aux frères Boniface, qui eux aussi en leur temps avaient connu la solitude des novateurs.

Et bien Michalak appartient à cette catégorie de demis d’ouverture explosifs, parfaits pour construire les attaques. Il est le plus vif des demis d’ouverture sur le plan international, mais en plus il sait tout faire ou presque, sa seule relative faiblesse se situant dans un jeu au pied parfois approximatif. Sinon quel talent, et dans un jeu de plus en plus restreint  par l’étouffement des défenses, aucun autre joueur à ce poste n’est capable de réussir régulièrement des coups de génie. En tout cas pas en France, et ceux qui voudraient voir Parra en demi d’ouverture sont des gens aveuglés par la qualité des tirs au but du joueur de Clermont-Ferrand. Et si on lui laisse le temps, je suis persuadé que cette association de deux purs talents comme Machenaud et Michalak, réussira souvent des matches de cette qualité, voire même meilleurs, car on oublie que c’est seulement la troisième fois qu’ils jouent ensemble. C’est pour cette raison que je m’indigne, une fois encore, de n’avoir pas vu les deux compères jouer ensemble un peu plus longtemps. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’un et l’autre n’auraient pas tenu 10 ou 15 minutes de plus ! Qu’on les ait fait sortir un peu avant la fin pour une standing ovation, pourquoi pas, mais, même cela, était-ce bien nécessaire ? Sommes-nous aveugles pour ne pas voir que ces deux joueurs ont illuminé le Stade de France de leur talent ?

Voilà pourquoi j’ai passé une excellente soirée, malgré ces petites restrictions à l’encontre du sélectionneur. Cela dit, on va peut-être me reprocher un excès d’enthousiasme pour cette nouvelle charnière. On va aussi me faire remarquer que Michalak ne sera peut-être pas toujours aussi régulier dans ses tirs au but, contrairement à Parra qui, sur ce plan, est presque un assurance tous risques. Et bien, je réponds que je sais tout cela, mais que ça n’altère en rien mon enthousiasme, surtout si l’on accorde à la paire Machenaud-Michalak autant de crédit qu’on en a accordé à Parra-Trinh-Duc, même si je suis de ceux qui ont toujours pensé que Trinh-Duc avait lui aussi beaucoup de classe, simplement un peu inférieur à Michalak. Pour mémoire je rappellerais que Michalak fut le meilleur joueur, du moins un des tous meilleurs, du groupe France qui alla en demi-finale de la Coupe du Monde 2003. Il avait même globalement connu une belle réussite dans ses coups de pied placés, sauf en demi-finale, les gens faisant immédiatement la comparaison avec Jonny Wilkinson, alors au sommet de son art. Espérons que Saint-André ait compris l’intérêt qu’il avait à tirer le maximum du potentiel de Michalak, seul moyen de nous faire rêver pour la Coupe du Monde 2015. Après tout, Michalak n’aura à ce moment que 33 ans, soit l’âge de Wilkinson aujourd’hui. Et qui oserait affirmer, sans crainte du ridicule, que Wilkinson n’est plus un grand joueur ? Personne, bien entendu !

Michel Escatafal


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 1 (F1-boxe)

En consultant pour la énième fois le dictionnaire International du Cyclisme de Claude Sudres, j’ai eu soudain envie d’écrire sur les surnoms donnés aux sportifs. En effet, dans le monde du sport on aime bien donner des surnoms aux champions…sans que parfois cela corresponde à des caractéristiques bien particulières de ce sportif. Parfois aussi, on utilise les mêmes surnoms pour des champions de sports très différents. Ainsi, on a appelé Alain Prost*, « le Professeur », comme ce fut le cas pour Laurent Fignon. Au passage nous devons reconnaître que cela allait aussi bien à l’un qu’à l’autre, tellement les deux hommes avaient la science de la course, qui au volant de sa Mac Laren, de sa Ferrari ou de sa Williams, qui sur son vélo. Par ailleurs, dans certains sports comme la boxe, c’est un mélange de beaucoup de choses, la ville ou encore l’Etat où le boxeur est né, mais aussi son style ou ses qualités de frappeur. Si j’ai évoqué la boxe, la F1 ou le cyclisme, j’aurais aussi dû parler du rugby, c’est parce que c’est surtout dans ces sports que l’on appelle souvent les champions par leur surnom.

Passons un petit moment sur la F1, en rappelant que Fangio fut le « Maestro », tout simplement parce qu’il fut longtemps le recordman des victoires en grand prix (25), mais surtout parce que jusqu’à Michael Schumacher (7 titres), il fut le seul pilote à avoir été cinq fois champion du monde. D’ailleurs quand on trouvait que quelqu’un allait trop vite au volant on lui faisait la remarque suivante : « Tu te prends pour Fangio » ?  Remarque faite notamment par Madame Prost, femme d’Alain, après un Grand prix de France houleux pour son mari. A propos de Schumacher, chacun sait que pour le grand public il reste « le Baron rouge », grâce à ses succès sur Ferrari, même si aujourd’hui il pilote pour Mercedes.

Parmi les autres surnoms très connus, les plus anciens se rappellent du célèbre « Pétoulet », dont on avait affublé Maurice Trintignant (2 victoires à Monaco), dans les années 50, sans que l’on sache exactement pourquoi. A peu près à la même époque, on se rappelle de Villoresi (pilote Ferrari) que tout le monde appelait « Gigi », de l’Argentin Froilan Gonzales (2 victoires) que l’on avait surnommé « El Cabezon » (le têtu), de Stirling Moss, sans doute le meilleur pilote après la retraite de Fangio, que l’on avait qualifié de « champion sans couronne » à force de flirter avec le titre de champion du mode, puis un peu plus tard de Von Trips (2 victoires au début des années 60)que l’on appelait « Taffy », sans oublier John Surtees, multiple champion du monde moto et champion du monde de F1 en 1964, qui était surnommé « Big John »…sans qu’il soit si gros que cela.

Jim Clark*, un des trois ou quatre plus grands pilotes de l’histoire, sera appelé « l’Ecossais Volant » dans les années 60. Dans les années 70, les surnoms vont fleurir avec « Lole » pour Reutemann, le pilote argentin aux 12 victoires, mais aussi Jean-Pierre Jarier, surnommé « Godasse de Plomb », tellement il était rapide  à défaut  de savoir gagner ou plutôt d’éviter la malchance. A  cette époque et jusque dans les années 80, on n’oubliera pas Niki Lauda (triple champion du monde) que l’on avait surnommé « l’ordinateur », ce qui correspondait parfaitement à sa manière d’évoluer sur la piste.  Peu après que Niki Lauda eut quitté la formule 1, nous allions avoir sans doute le plus fabuleux duel de la discipline (fin des années 80 et début des années 90) avec en face d’Alain Prost, « le Professeur », « Magic » Senna*, dont certains disent qu’il fut le pilote le plus rapide en valeur absolue de la discipline. « Magic », reconnaissons que cela lui allait tellement bien !

Pour être juste, et sans être trop chauvin, deux Français en plus de Prost se seront distingués chez Ferrari, tout en étant reconnu par leur surnom, à savoir René Arnoux dit « Néné » et Jean Alesi, que beaucoup de journalistes ont appelé « Jean d’Avignon », sa ville de naissance. Enfin, un peu plus tard, vers la fin de la décennie 90, la Formule 1 a connu « le Finlandais volant », surnom de Mikka Hakkinen, double champion du monde en 1998 et 1999, le seul vrai rival du « Baron Rouge » (Schumacher), pendant ses années Ferrari.  Un autre Finlandais, lui succéda pour le titre de champion du monde en 2007, Raikkonen, surnommé « Ice Man » (l’homme de glace) pour sa manière d’être dans les paddocks, mais pas du tout dans la vie car c’est un bon vivant. Ses principaux concurrents cette année, pour son retour en F1, pourraient bien être « El Toro de Asturias »(le Taureau des Asturies), Fernando Alonso, le double champion du monde espagnol, et « Baby Schumi » surnom de Sebastian Vettel*, qui semble marcher sur les traces de son illustre compatriote, Schumacher (souvent appelé « Schumi »), puisqu’à moins de 25 ans, il a déjà remporté deux titres mondiaux et 21 victoires.

Mais la Formule 1, comme je l’ai déjà précisé, n’est pas le seul sport où l’on attribue des surnoms. La boxe en est aussi très friande, et nous en avons eu là aussi une quantité énorme, surtout jusque dans les années 80, à savoir pendant l’âge d’or de ce sport. Je ne vais bien sûr en citer que quelques uns, tellement la liste serait longue, ce qui sera une excuse si j’oublie un « inoubliable ».  Je commencerais par Georges Carpentier, sans doute le plus grand boxeur français de l’histoire, que l’on avait surnommé en Amérique « The Orchid man » (L’homme à l’orchidée), en raison de la beauté de sa boxe, son fair-play, et son élégance toute française qui fascinait ses admirateurs et, plus encore peut-être, ses admiratrices. Il fut battu lors d’un championnat du monde des poids lourds encore fameux aux Etats-Unis (2 juillet 1921), par Jack Dempsey que les Américains appelait « le Tueur de Manassa », du nom de la ville où il était né, et aussi parce qu’il pulvérisait ses adversaires.

Parmi les autres boxeurs aux surnoms célèbres, il y eut Joe Louis, le fameux poids lourd noir des années 30 et 40, surnommé « The Brown Bomber » (le Bombardier Brun), qui remportait la quasi-totalité de ses victoires par K.O. technique. En fait, il sera invaincu durant toute la première partie de sa carrière, avant de remonter sur le ring pour des raisons économiques et de subir trois défaites, dont deux par les poings d’Ezzard Charles, surnommé « Le Cobra de Cincinnati », un des deux ou trois meilleurs mi-lourds de l’histoire, qui combattit contre lui en poids lourds, et Rocky Marciano*, surnommé « The Rock from Brockton », du nom lui aussi de son lieu de naissance dans le Massachussets. Rocky Marciano, rappelons-le, fut le seul boxeur de l’histoire des poids lourds qui se retira invaincu à l’issue de sa carrière professionnelle.

A peu près à cette époque, n’oublions pas Marcel Cerdan, notre Français champion du Monde des poids moyens, mort tragiquement dans un accident d’avion en 1949, l’année où il conquit son titre mondial, surnommé le « Bombardier Marocain », parce que sa famille s’était installée au Maroc pendant sa jeunesse. A noter qu’il eut son accident d’avion en allant aux Etats-Unis pour s’entraîner et combattre dans un match revanche contre le prestigieux Jack de la Motta, surnommé « The Raging Bull » pour sa rage de vaincre.  Cerdan faillit d’ailleurs être vengé par un autre Français, Robert Villemain, surnommé « French Bulldog », qui fut volé de la victoire au Madison Square Garden de New-York contre La Motta, par deux juges qui furent suspendus par la suite. A noter que La Motta ne consentit jamais à lui accorder une revanche titre mondial en jeu.

Villemain aura aussi eu l’honneur de croiser les gants avec une des quatre ou cinq figures les plus marquantes de l’histoire de la boxe anglaise, Ray Robinson*, dit Sugar Robinson. « Sugar », un surnom qui allait tellement bien à ce merveilleux boxeur qui avait tous les dons, au point d’être sans doute le plus beau boxeur qui soit jamais monté sur un ring jusque-là. A noter que, même si Robinson l’emporta face à Villemain, celui-ci réussit à le mettre au tapis, ce qui à cette époque était un véritable exploit. Un des rares boxeurs à avoir dominé Robinson fut Carl Olson, surnommé « Bobo », sans que l’on sache trop pourquoi, champion du monde des poids moyens en 1953 et 1954, et qui échoua pour le titre des poids mi-lourds face à l’autre gloire de la catégorie, Archie Moore*, surnommé « Old Mongoose » (Vieille Mangouste  en français).

Plus tard, dans les années 60 et 70, ce seront les boxeurs poids lourds qui tiendront le haut du pavé avec Mohammed Ali* surnommé « The Greatest », qui affrontera des boxeurs comme Charles Liston, surnommé « Sonny », puis Joe Frazier, surnommé « Smoking Joe », ou encore Georges Foreman, appelé « Big Georges », sans oublier Ken Norton dont le surnom était « The Black Hercules ». Ensuite ce sera la grande période des poids welters et moyens, avec Ray Leonard, qui lui aussi eut droit pour son élégance dans les gestes d’être appelé « Sugar ». Ray Sugar Leonard fut opposé dans sa merveilleuse carrière à des boxeurs dotés d’un immense talent, comme Benitez que l’on appelait aussi « El Radar » pour la précision de ses coups, mais aussi Roberto Duran, surnommé « Manos de Piedra » (mains de pierre), ou encore Thomas Hearns, un terrible puncheur que l’on désigna sous le surnom de « Hit Man », sans oublier évidemment Marvin Hagler, surnommé « Marvelous », qui offrit au monde de la boxe, en avril 1987, un match du siècle contre Leonard*. Enfin, plus près de nous, on signalera dans les années 80 et 90, les poids lourds Mike Tyson, surnommé « Iron Mike » ou « Kid Dynamite », tellement ses frappes étaient lourdes et puissantes, mais aussi Lennox Lewis, le Britannique, surnommé « The Lion », dernier poids lourd susceptible d’être comparé aux plus grands de l’histoire.

Aujourd’hui, hélas, la boxe n’étant plus ce qu’elle était, les grandes figures de ce sport ne sont plus très nombreuses à avoir leur nom et leur surnom en lettres d’or. Il y a tout d’abord les frères Klitschko, à savoir Vitali, surnommé « Ironfist » (poing de fer), et son frère Wladimir, appelé « Doctor » parce qu’il est diplômé de Sciences sportives, les deux hommes dominant depuis plus de dix ans la catégorie poids lourds, du moins ce qu’il en reste. Ensuite on citera les deux meilleurs ennemis de la catégorie des welters et super welters, Manny Pacquiao, surnommé « Pac-Man », qui battit en 2008 Oscar de la Hoya, surnommé « Golden Boy », et Floyd Mayweather, invaincu après 42 combats, surnommé « Pretty Boy » parce qu’il est toujours resté intact physiquement. A noter que cela fait maintenant quatre ans que le monde de la boxe, et ses fans, attendent une confrontation entre les deux meilleurs boxeurs actuels mais, signe de la dégénérescence de ce sport, jamais jusque-là on a réussi à mettre sur pied ce combat qui, seul, pourrait permettre à la boxe de faire un retour sur son passé.

Michel Escatafal

*Un article a été consacré à ces sportifs sur le blog


Mohamed Ali : “ I’m not the greatest; I’m the double greatest”. Oui, pour la postérité

Le 17 décembre aura lieu en Allemagne (Dusseldorf) un grand combat de boxe…avec un Français, Jean-Marc Mormeck, qui sera opposé à un des meilleurs boxeurs  actuels, toutes catégories confondues, l’Ukrainien Wladimir Klitschko, pour les titres WBA, IBO, IBF et WBO des poids lourds.  Le dernier combat de W. Klitschko remonte au mois de juillet, où il avait battu aux points sans la moindre discussion, David Haye…qui avait battu en 2007 J.M. Mormeck en lui prenant ses couronnes mondiales en lourds-légers. Voilà pour la présentation d’un combat a priori extrêmement difficile pour le Français, mais sait-on jamais ? Après tout, qui aurait misé un dollar sur Douglas quand il battit Tyson à Tokyo en 1990, combat a priori très déséquilibré, au point que personne ne voulait l’organiser aux Etats-Unis ? Malgré tout, quelle que soit sa qualité, ce sera très délicat pour Mormeck contre celui qui est sans doute le meilleur des deux frères, en tout cas le plus jeune et le plus talentueux. Si je dis cela c’est parce qu’il fut champion olympique des super-lourds aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 à l’âge de 20 ans. Et champion olympique, c’est toujours une référence en boxe, parce que cela signifie être le meilleur parmi les jeunes du monde entier. En outre, la boxe amateur est la seule qui soit organisée sur le modèle des autres fédérations sportives.

Cela étant, il est difficile de comparer les mérites de deux frères qui dominent la catégorie des lourds depuis le début des années 2000, ayant trusté toutes les couronnes mondiales dans les diverses fédérations…en prenant bien soin de ne jamais se rencontrer, suivant en cela une promesse faite à leur mère. D’ailleurs leur histoire est singulière déjà par leur parcours familial et universitaire. Leur père en effet était colonel dans l’armée soviétique, ce qui a amené la famille Klitschko à voyager beaucoup dans et hors de l’URSS, un père qui a participé aux opérations de décontamination autour de la centrale nucléaire Tchernobyl avec les séquelles que l’on imagine. Les frères Klitschko ont aussi longtemps fréquenté l’université (ils sont docteur en sciences du sport), et ils sont installés en Allemagne où leur popularité est immense, ce qui ne les empêche pas de faire de la politique dans leur pays d’origine, l’Ukraine. Et en plus ce sont des hommes d’affaires avisés. Bref, les deux frères sont deux « personnages » comme on dit, mais aussi de redoutables boxeurs, comme en témoigne leur palmarès avec respectivement 3 défaites pour Wladimir à côté de 56 victoires dont 49 avant la limite, et 2 défaites pour Vitaly contre 43 victoires dont 40 avant la limite. Quel bilan !

Enfin, espérons que Mormeck se transcende et qui sait ? En tout cas j’espère qu’il touchera une grosse bourse,  car en plus il va défier son adversaire devant 50.000 spectateurs qui seront tous acquis à la cause de l’Ukrainien. Cela dit, il fera ce combat sans peur et sans reproche, dans l’espoir d’être «  le meilleur du monde » et le plus grand boxeur français de l’histoire ». Simplement, tout en saluant son enthousiasme, il faut faire remarquer à Mormeck qu’avant lui il y a quand même eu quelques très grands boxeurs en France, notamment Carpentier dans les années 20, ou encore Cerdan dans les années 40, sans oublier Robert Cohen et Halimi dans les années 50, lesquels furent de vrais champions du monde…à une époque où la boxe n’avait qu’un champion du monde dans chacune des huit catégories, à une époque aussi où l’on était dans l’âge d’or de la boxe.

Cette formule « meilleur du monde » fait aussi penser à un immense champion, que beaucoup considèrent comme un des plus grands champions de tous les temps, Mohamed Ali, que le monde de la boxe a découvert sous le nom de Cassius Clay aux Jeux Olympiques de Rome (1960), où il avait remporté, à l’âge de 18 ans, la médaille d’or chez les poids mi-lourds, en pulvérisant tous ses adversaires y compris en finale où il affrontait le Polonais Pietrzykovski. Tous ceux qui ont assisté à ses combats avaient deviné que ce boxeur allait marquer son époque. Et de fait, il allait devenir « le plus beau poids lourd » de l’histoire, à défaut sans doute d’être « le plus grand » comme il se proclamait lui-même. Une chose est sûre, même si un Rocky Marciano ou un Joe Louis ont peut-être été plus forts que lui, aucun des plus grands poids lourds de l’histoire n’aura jamais eu une aura comme la sienne. Aucun d’eux n’aura été comme lui une bête de scène, aucun non plus n’aura autant fait que lui sur le plan politique, ayant eu le courage de refuser d’aller combattre au Vietnam en 1967, ce qui signifie qu’il a perdu trois ans de sa vie sur les rings au meilleur moment de sa carrière.

Mais reprenons justement le cours de la carrière de cet extraordinaire boxeur, dont le grand-père était esclave, qui fut appelé Cassius Clay par le patron de son père, et qui s’appela Ali à partir de 1964, date de sa conversion à l’Islam. Après sa belle carrière amateur ponctué par un titre olympique et deux victoires dans les « Golden Gloves », il fit ses grands débuts chez les professionnels en 1960, et se fit vraiment connaître à partir de 1962, battant en novembre un boxeur légendaire qui était aussi son entraîneur, Archie Moore, par K.O. au quatrième round. Ensuite il allait attendre à peine un an et demi pour disputer son premier championnat du monde en février 1964, à Miami Beach, contre le tenant du titre Sonny Liston, surnommé « l’Ours ». Il vaincra ce redoutable adversaire par K.O. au septième round, et remportera la revanche un an plus tard en mettant K.O. à la première reprise son adversaire. Ce fut à cette époque que le monde découvrit son show, insultant copieusement son adversaire lors de la pesée, et affirmant à la face du monde qu’il était le meilleur.

Tout cela évidemment ne pouvait que contribuer à faire de ses combats des évènements planétaires, pour le plus grand bonheur des promoteurs du monde entier. Car Ali appartenait au monde du spectacle, d’autant qu’il était très grand (presque 1.90 m)  et très mobile (à peine 100 kg), ce qui lui permettait de danser et piquer ses adversaires « comme une abeille », volant autour d’eux « comme un papillon ». C’est d’ailleurs sur ce plan, avec sa garde basse et les bras le long du corps, qu’il se singularisait dans la catégorie des poids lourds, parce que sa mobilité et son style faisaient irrésistiblement penser à Ray Sugar Robinson, roi des poids moyens, et sans doute le plus beau spécimen de boxeur  que l’on n’ait jamais vu avec l’autre Ray Sugar, Leonard. Mais comme je l’ai écrit auparavant, Ali pesait autour de 100 kg ! Et même s’il n’était pas réellement un vrai puncheur, comme Leonard, il finissait quand même par gagner ses combats avant la limite (37 sur 56 victoires), tellement ceux-ci s’étaient épuisés à courir après lui dans tous les endroits du ring. C’est ainsi qu’il conservera son titre de champion du monde contre Floyd Patterson (K.O. à la 12è reprise), qui pourtant était lui aussi un boxeur très mobile pour un poids lourd.

Ensuite la carrière d’Ali se poursuivit de la plus brillante des manières, conservant son titre sans problème jusqu’en 1967, contre des adversaires plus ou moins forts, en tout cas inférieur à lui. Ainsi il battit Chuvalo le Canadien, les Britanniques Cooper (premier boxeur à l’envoyer au tapis) et London, Mildenberger l’Allemand ou encore Cleveland Williams et Ernie Terrell. Ce dernier avait récupéré le titre WBA laissé vacant par Ali…parce que cette fédération l’avait destitué de son titre pour des raisons obscures (illégalité de son combat revanche contre Liston), mais Ali réunifiera le titre en 1967 en battant largement aux points ce même Terrell, avant de battre Zora Folley (K.O. à la 7è reprise), pour lequel Ali avait beaucoup de considération. Cela dit, malgré toutes ces victoires qui en faisaient le digne successeur de Joey Louis, dont il était un fervent admirateur, Ali commençait à agacer la classe politique avec ses prises de position depuis sa conversion à l’Islam (1965) et son adhésion aux Black Muslims, dont une des figures de proue était Malcom X. C’est à partir de ce moment d’ailleurs qu’il va devenir aussi une personnalité américaine bien au-delà de son rôle de boxeur, ce qui le conduira à devenir objecteur de conscience en 1967, risquant même cinq ans de prison, ce qui marquera la fin de sa première partie de carrière jusqu’en 1970…alors qu’il était dans la force de l’âge, puisqu’il n’avait que 25 ans.

Cela me fait penser un peu à la vie de Fausto Coppi, contraint par la guerre à faire une croix sur sa carrière au moment où il atteignait sa plénitude. Fermons la parenthèse, pour noter que plus jamais Ali ne sera le même au cours de sa seconde carrière….même si nombre de grands boxeurs se seraient contentés des performances qu’il réalisa. Mais Ali n’était pas seulement un grand boxeur, c’était un super champion, et donc la barre était nécessairement plus haute pour lui. Cela dit, tout avait bien recommencé pour lui, puisqu’il allait donner la leçon (K.O. 3è reprise), pour son vrai combat de reprise, à l’espoir blanc, Jerry Quarry, après avoir récupéré sa licence en 1970. Ensuite il se préparera pour son vrai grand combat de retour contre Joe Frazier, dont on disait qu’il était son ami dans la vie. Je ne sais pas si c’était la réalité, mais ce que je sais c’est que Frazier était un terrible démolisseur, et Ali plus tout à fait le même combattant comme en témoigne sa victoire laborieuse contre un Argentin, Bonavena, qui a certes été mis K.O. au 15è round, mais qui aurait gagné ce combat, avec pour enjeu le titre de champion d’Amérique du Nord, s’il s’était déroulé comme de nos jours en 12 reprises.

Malgré tout Ali est confiant avant d’affronter Frazier, pour ce que certains ont appelé une nouvelle fois « le combat du siècle », entre le virtuose qu’était resté Ali même si la partition n’était plus aussi fine, et le frappeur redoutable et redouté qu’était Frazier. En fait le 8 mars 1971, ce fut un drôle de combat qu’Ali domina jusqu’au 11è round…pour finir par le perdre dans les trois dernières minutes, en allant au tapis lourdement. Il se releva, mais il n’en pouvait plus et perdit son invincibilité. Cela étant, il se vengera presque trois ans plus tard en terrassant Frazier dans une revanche sanglante qui lui tenait à cœur, et qui lui permettait de défier la nouvelle terreur des poids lourds, Georges Foreman, un effrayant puncheur. Ce combat eut lieu à Kinshasa (République Démocratique du Congo), le 30 octobre 1974, avec une bourse de 5 millions de dollars pour chaque boxeur, et contre toute attente, déjouant tous les pronostics qui donnaient Foreman vainqueur, Ali l’emporta par K.O. au 8è round, pour le plus grand plaisir des 50.000 spectateurs présents, tous supporters d’Ali, et qui pour une bonne part criaient « Ali, boma yé », que l’on peut traduire par «Ali, tue-le ».

Et pourtant, le début du combat ressembla au scénario que tout le monde avait écrit avec un Foreman qui cognait sur son adversaire pour lui asséner de véritables coups de massue. Mais Ali plia souvent, bondissant parfois des cordes sur les coups, mais jamais ne rompit jusqu’à la quatrième reprise où le combat commença à s’équilibrer, Foreman faisant part de ses premiers signes de découragement. A la sixième reprise, c’est Ali qui commence à prendre l’avantage, preuve que le combat avait changé d’âme. Enfin au huitième round Ali touche Foreman d’un direct du gauche doublé d’un large crochet droit plongeant qui cisaille Foreman. Foreman K.O., quel exploit de la part d’Ali ! Il faut rappeler, pour mesurer la portée de ce qu’a réalisé ce soir-là Ali, que Foreman avait vaincu avant la limite Frazier en 1973, mais aussi Ken Norton, un des meilleurs poids lourds de la décennie, vainqueur d’Ali l’année précédente. Et voilà comment Ali se retrouva de nouveau au sommet en étant redevenu l’incontestable champion du monde des poids lourds.

Ce sera son chant du cygne au plus haut niveau, même s’il bat une nouvelle fois Frazier (qui n’était plus que l’ombre de lui-même) le 1er octobre 1975 à Manille (Philippines), avec encore une énorme bourse à la clé (6 millions de dollars). Ensuite il battra de justesse Norton en 1976, mais Mohamed Ali n’est plus du tout le champion qui battit Foreman, et encore moins celui de sa première carrière. Il continuera sa carrière jusqu’en 1981, mais il y a longtemps qu’on ne le considère plus comme le roi des poids lourds, même s’il battit Léon Spinks dans un combat revanche, redevenant pour la troisième fois champion du monde. Il terminera sa carrière au plus haut niveau, en essayant de conquérir une quatrième fois le titre des lourds, ce qui aurait constitué un record, contre  Larry Holmes, son ancien sparring-partner, mais il sera nettement battu face à un adversaire de sept ans plus jeune que lui, et qui l’a pourtant ménagé jusqu’au 11è round (jet de l’éponge) en raison de l’admiration qu’il avait pour lui. Le temps d’Ali était définitivement passé.

Il n’en reste pas moins que la postérité retiendra de lui son extraordinaire talent, et cette manière unique qu’il avait de faire le spectacle, comme je l’ai dit précédemment.  Son palmarès témoigne aussi qu’à défaut d’être le plus grand, il fut quand même un des plus grands, avec ses 56 victoires (dont 22 en championnat du monde) et seulement 5 défaites. Il se retira des rings riche, contrairement à nombre de ses prédécesseurs qu’il ne voulait surtout pas imiter, affirmant : « Je ne partirai pas en minable, comme les boxeurs d’autrefois. On ne dira pas que je me suis payé une Cadillac et une ou deux nanas blanches, et que je n’avais plus un sou à la fin de ma carrière ». Hélas pour lui, il fut atteint à l’âge de 40 ans de la maladie de Parkinson, mais cela ne l’empêcha pas de continuer à militer pour les bonnes causes, ou à se consacrer à ses activités religieuses, et de retrouver la gratitude de la nation américaine, puisqu’il alluma la flamme olympique à Atlanta en 1996. Enfin, il a eu le plaisir de voir sa fille Leila devenir championne du monde de boxe  à son tour, même s’il n’avait pas un goût prononcé pour la boxe féminine, ce que pour ma part je comprends parfaitement.

Michel Escatafal


Un beau sport en perdition

Aujourd’hui je veux parler de boxe, parce qu’il y a plusieurs faits ou informations qui m’ont interpellé ces derniers jours. D’abord la victoire de Floyd Mayweather contre le champion WBC des mi-moyens, Victor Ortiz, dans des conditions que certains ont trouvées scandaleuses, à tort, dans la mesure où Ortiz était largement dominé. Ce dernier a en effet donné un coup de tête au menton de Mayweather,  involontaire affirme-t-il, ce qui n’a absolument pas convaincu ni le public, ni les téléspectateurs. Du coup, après avoir été rappelé à l’ordre par l’arbitre, Ortiz essaie de s’excuser autant qu’il le peut, au point qu’à peine les boxeurs en garde, Ortiz reçoit une droite qui va le jeter à terre pour le compte. Mais le public, très versatile, en veut cette fois à Mayweather d’avoir achevé son adversaire sur un coup qu’il juge douteux, même s’il n’y avait rien à redire. En fait, si l’on doit faire un (léger) reproche à Mayweather, c’est d’avoir terminé le combat de cette manière, car il est évident qu’Ortiz était déjà au bout du rouleau, à la limite bien content que cela se termine.

Ce spectacle qui méritait une autre issue, surtout quand on connaît le prix des places ou du paiement sur la télé à péage (plus de 50$), n’a pas grandi la boxe une nouvelle fois, et c’est bien le plus dommage pour ceux qui aiment ce sport déjà trop décrié. Cela étant, à quelque chose malheur sera peut-être bon, cette victoire de Mayweather légitime encore un peu plus l’organisation d’un match contre Manny Pacquiao, considéré comme le meilleur boxeur actuel, toutes catégories confondues, avec Floyd Mayweather, invaincu en 43 combats professionnels. Ce combat, repoussé à plusieurs reprises pour des raisons inhérentes hélas à l’organisation de la boxe, finira-t-il par avoir lieu ? C’est une question à laquelle tous les amateurs de boxe, très nombreux dans le monde, aimeraient avoir une réponse positive, car c’est le seul évènement planétaire qui pourrait ressembler (un peu) aux grands combats qui ont tant fait pour l’image de la boxe (Marciano-Moore, Robinson-Fullmer, Ali-Frazier, Ali Foreman, Hagler-Hearns, Léonard-Duran, Hagler-Léonard etc.).

Autre évènement  notable qui m’a surpris, l’annonce d’un combat entre le champion WBC des mi-lourd, Bernard Hopkins (46 ans) contre un certain Dawson de dix-sept ans son cadet, le 15 octobre prochain. L’occasion nous dit-on pour Hopkins d’améliorer son record de plus vieux champion du monde de l’histoire. A qui fera-ton croire qu’un tel combat a une réelle crédibilité, entre un boxeur qui n’avait plus détenu de couronne mondiale depuis 2005, avant d’en retrouver une (WBC) en mai 2011 en battant le Canadien Jean Pascal aux points à Montréal, après avoir fait match nul avec lui en décembre. Certes Hopkins fut un grand boxeur pour son époque, j’ai bien dit pour son époque, ne serait-ce que pour avoir unifié (WBA, WBC, IBF, et WBO) le titre des moyens en battant un boxeur très doué, Oscar de la Hoya, en 2004, mais cela ne signifie pas qu’il est aussi fort aujourd’hui qu’à cette époque. A 46 ans, on ne peut pas des ans réparer l’irréparable outrage, et ce serait même très inquiétant pour la boxe s’il parvenait à battre Chad Dawson, loin d’être un super boxeur,  mais qui a détenu les titres WBC et IBF des mi-lourds entre 2007 et 2009.

Cela dit, si Hopkins remporte ce combat, il pourra se targuer d’enfoncer encore un peu plus l’ancien record d’un très grand boxeur poids lourd, Georges Foreman, qui reconquit un titre mondial des lourds, vingt ans après le précédent…perdu contre Mohammed Ali. A ce propos, qui pourrait imaginer que Georges Foreman, ancien champion olympique des lourds en 1968 et champion du monde en 1973-1974, qui perdit son titre contre Ali après l’avoir pris à Frazier, était aussi fort  en 1994 que vingt ans auparavant?  Personne bien entendu, et nous pourrions multiplier les exemples dans l’histoire de la boxe ces dernières années. D’ailleurs, si Foreman ou Hopkins avaient boxé dans les années 50 ou 60 jamais ils n’auraient pu continuer leur carrière au-delà de quarante ans. Il n’y avait qu’Archie Moore* et son régime miracle qui y était parvenu jusque-là, et encore dans sa catégorie des mi-lourds…dont on dit qu’il fut le meilleur de tous les temps.

Si tout cela est possible de nos jours, c’est parce que la boxe a ceci de particulier qu’elle reste un sport en marge des règles normales de tous les autres, faute d’avoir une fédération centralisatrice qui organise les compétitions internationales, du moins chez les professionnels. Et c’est infiniment regrettable parce que c’est un sport magnifique pour qui sait l’apprécier. Pour ma part j’ai toujours été plus ou moins fasciné par les boxeurs, plus particulièrement les poids moyens et lourds. Mes premiers émois pour ce sport (j’avais moins de 10 ans) l’ont été pour Ray Sugar Robinson*, extraordinaire poids moyen, dont  certains disent qu’il fut le plus grand de tous, parce qu’il a rencontré et battu beaucoup de monstres sacrés qui ont laissé une trace dans l’histoire de la boxe (La Motta, Turpin, Graziano, Basilio, Olson, Fullmer etc.). Chez les Français, à l’époque, la vedette s’appelait Charles Humez, qui était champion d’Europe des poids moyens jusqu’à ce qu’il perde contre un Allemand (Scholz) en 1958…ce qui m’avait beaucoup peiné.

Ce qu’il faut préciser c’est que dans les années 50 et même 60, il n’y avait pas cette ridicule litanie de champions du monde avec 17 catégories, et 4 ou 5 fédérations différentes. De plus les combats pour un titre mondial ou continental se faisaient en 15 reprises et non en 12 comme aujourd’hui…ce qui n’enlève rien au spectacle. Dans ces conditions, quel boxeur de nos jours aurait une chance contre les grands anciens ? Sans doute aucun, pas même Pacquiao ou Mayweather, car les meilleurs n’affrontent jamais d’adversaires de haut calibre. Et même s’ils battent des boxeurs invaincus, ceux-ci le sont après 15 ou 20 combats professionnels, alors qu’autrefois il fallait généralement avoir rencontré 40 ou 50 adversaires avant d’avoir une chance mondiale.

J’ai parlé auparavant de Charles Humez, mais dans les années 50 la France a compté deux vrais champions du monde en 1954 et 1957, à savoir Robert Cohen en poids coq (que je n’ai jamais vu boxer car j’étais trop jeune) et ensuite Alphonse Halimi dans la même catégorie. Ce dernier se rendra très célèbre grâce à la télévision quand, après avoir gagné un combat pour le titre européen contre un Britannique (Freddy Gilroy) en1960, il s’écrira : « J’ai vengé Jeanne d’Arc ». Cependant cette notoriété ne l’empêchera pas de finir sa vie dans le dénuement malgré des sommes importantes amassées sur les rings américains, européens ou français.

Un autre boxeur m’a beaucoup fasciné, mais cette fois un peu plus tard. Il s’appelait aussi Ray Sugar, et son nom était Léonard. Comme Ray Sugar Robinson, Ray Léonard* était un prodige de vitesse et d’adresse. C’est lui qui mit fin à la carrière de Marvin Marvelous Hagler en 1987, un des deux ou trois plus grands poids moyens de l’histoire, à l’issue d’un combat très crispant et  indécis jusqu’à la fin, mais le verdict fut pour celui qui s’était avéré le plus malin. Pourtant Hagler avait beaucoup d’atouts avant le combat,  et notamment celui d’avoir disputé auparavant une douzaine de championnats du monde, tous conclus par des victoires. Le malheur pour lui est qu’il a affronté un extraordinaire surdoué, qui avait arrêté sa carrière en 1982 en raison d’un décollement de la rétine mais qui, ayant été opéré avec succès, a repris la boxe en 1987 pour rencontrer Hagler*.

Je pourrais aussi parler de Cassius Clay, devenu par la suite Mohammed Ali, ou encore de Floyd Patterson (champion olympique et plus jeune champion du monde des lourds), sans oublier Rocky Marciano*, autre champion du monde des lourds, qui réussit l’exploit de se retirer invaincu, mais aussi Hearns (surnommé Hitman) et Duran (surnommé Manos de piedra) les grands rivaux de Léonard en welters, sans oublier certains boxeurs français comme Bouttier et Menetrey qui furent d’excellents champions d’Europe. Cela dit, il y a eu tellement de grands champions dans ce sport qu’il faudrait des pages pour faire le résumé de leurs combats. Il reste à souhaiter, ce qui sera sans doute un vœu pieux, que ce sport très populaire dans la première moitié du 20è siècle retrouve une certaine crédibilité.

Pour cela il faudrait évidemment que les quatre ou cinq fédérations qui distribuent des ceintures mondiales décident de s’unifier, pour n’attribuer qu’un seul titre par catégorie. Il faudrait aussi qu’il y ait, comme autrefois, une véritable hiérarchie pour arriver à combattre pour un vrai titre. Aujourd’hui on voit des boxeurs de 23 ou 25 ans qui n’ont été ni champion de France, ni champion d’Europe, disputer un titre mondial ce qui leur vaut parfois de mettre un terme prématuré à leur carrière. D’autres au contraire, ayant chanté pendant leurs belles années, se trouvent fort dépourvus quand l’heure de la retraite a sonné. Alors, ils font ce que l’on appelle le combat de trop. Puisse ce beau sport nous réserver à l’avenir beaucoup de moments merveilleux comme nous en avons connu tellement par le passé, y compris avec des boxeurs français en plus de ceux que j’ai déjà cités, Cerdan bien sûr, Boudouani, les frères Tiozzo, Londas, Mendy, Monshipour, Mormeck, et sans doute le plus doué de tous, Brahim Asloum.

Michel Escatafal

*J’ai écrit dans la catégorie boxe un article sur ces boxeurs


Robinson, le plus beau boxeur de tous les temps

Il y a quelques jours j’avais écrit sur ce site consacré à l’histoire du sport qu’Hugo Koblet, « le pédaleur de charme », avait tous les atouts pour être une image magnifiée du vélo. J’aurais tendance à dire que ce fut la même chose pour le boxeur Ray Sugar Robinson.  Nombreux sont ceux qui disent qu’il fut le « plus beau boxeur de tous les temps », titre qu’il pourrait partager avec une autre légende de la boxe, Rays Sugar Leonard, lequel avait en gros les mêmes qualités que Robinson. L’un et l’autre avaient un style d’une pureté extraordinaire, boxant  et se déplaçant sur le ring avec une vitesse hallucinante pour leurs adversaires, tout cela ne les empêchant pas de disposer d’un punch qui leur permit de mettre K.O. la plupart de leurs adversaires. Bref, deux boxeurs exceptionnels, dont on serait bien en peine de dire quel fut le plus grand des deux, même si les puristes n’hésitent pas à classer Robinson avant Leonard pour sa puissance.

Donc je vais parler aujourd’hui de Ray Sugar Robinson, après avoir longuement évoqué dans un article précédent Ray Leonard, à propos de son fameux match avec Hagler en 1987, un des plus grands matches du vingtième siècle. Tout d’abord il faut savoir que Ray Sugar Robinson n’était pas son nom, puisqu’il s’appelait Smith Walker, et qu’il vécut les premières années de sa vie comme les dernières dans la difficulté. Entre temps il aura gagné énormément d’argent grâce à la seule chose qu’il savait bien faire, la boxe professionnelle, après avoir été un remarquable boxeur amateur, puisqu’il termina cette première carrière invaincu (85 victoires en autant de combats dont 69 par K.O.). En outre il a remporté les Golden Gloves, très prisées aux Etats-Unis. Et, sans la deuxième guerre mondiale, nul doute qu’il aurait remporté au moins un titre olympique (en poids légers), comme nombre d’autres immenses boxeurs tels que Patterson, Ali, Frazier, Foreman ou Leonard.

Né en 1920, il disputera son premier combat professionnel en octobre 1940, entamant une carrière qui va durer 25 ans, entrecoupée d’arrêts et de come back au gré de sa vie personnelle. Cela étant, il aura quand même le temps de disputer 202 combats, en remportant 181 dont 109 par K.O. Au passage on soulignera qu’il fallut attendre son quarante et unième combat pour qu’il subisse sa première défaite face à un boxeur dont les Français ont beaucoup entendu parler, Jake La Motta, lequel prit le titre de champion du monde des poids moyens à Marcel Cerdan en 1949. Et oui, en évoquant ces noms ô combien prestigieux, on réalise que Ray Sugar Robinson a réalisé sa prodigieuse carrière au moment de l’âge d’or de la boxe, une époque où les champions de haute lignée étaient en nombre dans toutes les catégories. A une époque aussi où il n’y avait qu’un champion du monde par catégories, celles-ci étant au nombre de  huit (mouches, plumes, coqs, légers, welters, moyens, mi-lourds et lourds).

Son premier titre de champion du monde il l’obtint dans la catégorie des poids welters (entre 63,503 kg  et 66,678 kg), en battant aux points Tommy Bell en décembre 1946. Il allait régner dans cette catégorie jusqu’à ce qu’il passe dans la catégorie supérieure, en ayant vécu un drame lors de la première défense de son titre, puisque le boxeur qu’il mit K.O. à la huitième reprise, Jimmy Doyle, mourra quelques heures après la fin du combat. Ensuite, en juin 1952, il monte chez les poids moyens (entre 69,853 et 72,574 kg), pour conquérir le titre mondial face à …Jake La Motta.  Encouragé par ce succès, il va s’attaquer en 1952 à la catégorie suivante, après avoir vaincu Olson et le vieux Tony Graziano (ancien champion du monde entre 1947 et 1948), les poids mi-lourds ( 76,205 à 79,378 kg), catégorie pour laquelle il semble fait compte tenu de sa taille (1.79m). Hélas pour lui, il allait affronter un des plus grands boxeurs de la catégorie, Joey Maxim, et se faire battre en juin 1952. Vexé, il décide de se retirer… jusqu’au moment où, ayant perdu sa fortune, il décide de remonter sur le ring en 1955.

Trois ans sans boxer, un peu comme Leonard mais pour d’autres raisons, le défi paraissait insensé. Et pourtant il ne l’était pas, tellement l’homme avait la chance d’avoir une classe folle. Et à la fin de l’année 1955, il pulvérisera Carl Bobo Olson par K.O. à la deuxième reprise. Ray était redevenu le roi des poids moyens !  Toutefois, il commençait à vieillir puisqu’il avait 35 ans, et ce titre il fallait le défendre contre des boxeurs très forts, comme Fullmer et Carmen Basilio (un des meilleurs poids welters de l’histoire). Il le défendra mais au prix de gros efforts, en subissant à chaque premier match une défaite qu’il corrigera lors de la revanche, ce qui continuera à faire de lui le roi d’une des deux catégories reines de la boxe avec les poids lourds.

Un peu plus tard il sera déchu de son titre par la fédération américaine NBA (ancêtre de la World Boxing  Association plus connue sous le nom de WBA), mais échouera à reprendre son titre contre Pender, un bon boxeur avec ses 40 victoires pour 6 défaites et deux nuls,  et contre Fullmer, contre qui il fit match nul en 1961, mais qui n’était plus lui aussi le grand boxeur qu’il fut quelques années auparavant, lors de leur premier affrontement.  Ensuite ce sera la chute inexorable de ce boxeur de génie, à qui l’on aurait pu donner le surnom de « boxeur de charme », et à partir de 1962 jusqu’en 1965  il courra le cachet en Europe pour essayer de rembourser ses dettes. Hélas, malgré ces combats qui n’étaient pas dignes de lui, cela sera insuffisant pour lui permettre de s’assurer une reconversion tranquille. Il était manifestement plus doué pour la boxe que pour les affaires ou les métiers du spectacle, même s’il a dirigé avec quelque succès une troupe de danseurs et de chanteurs.

Cependant la postérité n’a retenu de lui que la beauté de sa boxe, sport ô combien dur qui n’a jamais mieux mérité qu’avec Robinson le nom de « noble art ». Cela lui aura permis d’être considéré par nombre de connaisseurs comme le plus grand boxeur de tous les temps. Même Ali, qui affirmait sans arrêt qu’il était le plus grand, a reconnu que  Ray Sugar Robinson a été l’unique boxeur  meilleur que lui. Si Ali l’a dit, c’est qu’on ne devait pas être loin de la vérité. Et sur le plan humain, c’était aussi un homme généreux, trop sans doute ce qui explique ses déboires financiers, comme il le prouvera en créant une fondation pour aider des jeunes issus des milieux les plus défavorisés. Il rejoindra le paradis des boxeurs le 12 avril 1989, victime de la maladie d’Alzheimer et du diabète. Mais jamais cette triste fin n’effacera l’image de ce merveilleux artiste, qui a largement contribué à transformer un combat de boxe, par essence brutal,  en un merveilleux ballet.

Michel Escatafal


Archie Moore : « la vieille mangouste »

Né théoriquement en 1916, mais plus vraisemblablement en 1913, Archie Moore (qui s’appelait en réalité Archibal Lee Wright)  aura marqué l’histoire de la boxe au même titre que les autres plus grands champions de son époque, c’est-à-dire à l’âge d’or de ce sport, dans les années 40 et 50. En fait cet homme n’aura rien fait comme les autres durant toute sa carrière professionnelle, ou plutôt durant sa carrière tout court, car il ne fit quasiment pas de carrière amateur, tout juste une dizaine de combats dont presque la moitié de défaites. Et pourtant cela ne l’empêcha pas de passer professionnel et d’entreprendre une carrière qui allait durer vingt sept ans, de 1936 à 1963, au cours de laquelle il ira de records en records, à commencer par la durée pendant laquelle il conserva son titre de champion du monde des poids mi-lourds ( presque 10 ans entre 1952 et 1962), et le nombre de championnats du monde qu’il disputa après avoir dépassé l’âge de 40 ans (10 en tout). En revanche, il ne réalisera jamais son rêve de devenir champion du monde des poids lourds, ce qui l’empêchera de rester dans le panthéon des boxeurs aux côtés d’un Marciano ou d’un Mohammed Ali, deux monstres sacrés qui lui infligèrent chacun une défaite.

Toutefois, il restera comme un des plus extraordinaires frappeurs que la boxe ait produits, capable d’assommer un bœuf et d’envoyer au tapis n’importe quel adversaire, y compris Rocky Marciano. D’ailleurs il a remporté 141 de ses 199 victoires par K.O. en 228 combats comptabilisés. Par ailleurs il savait faire preuve d’un courage extraordinaire, comme en témoigne le fait qu’on ait stoppé seulement sept fois un de ses combats, bien qu’ayant affronté nombre de grands champions, que ce soit chez les poids moyens (sa première catégorie) et chez les mi-lourds, qui était sa vraie catégorie. A ce propos il lui faudra attendre le 17 décembre 1952, soit sept ans d’antichambre en affrontant les meilleurs, pour qu’enfin il puisse combattre pour le titre de champion du monde des poids mi-lourds, contre Joey Maxim. Et oui, à cette époque, contrairement hélas à ce qui se passe de nos jours, on ne devenait pas challenger pour le titre mondial après 10 ou 20 combats. En outre il n’y avait pas toutes ces fédérations, puisqu’on ne parlait que d’un seul champion du monde.

Fermons la parenthèse, pour noter qu’un long règne allait commencer pour celui que l’on appelait  le rusé « Old Mongoose »  ou si l’on préfère, en français « la vieille Mangouste ». Pourquoi au fait un tel surnom ? Peut-être parce qu’on avait l’impression qu’il dévorait ses adversaires à la manière dont les mangoustes dévorent les reptiles. Pour parler vrai  je ne sais pas, mais une chose est sûre, la plupart de ses adversaires ont été laminés en passant sous ses poings. En fait le seul poids mi-lourds  qui l’ait affronté avec succès fut Ezzard Charles, champion méconnu mais de très grande classe, qui  est monté chez les poids lourds en 1949. Il a battu par trois fois Archie Moore dont la dernière par K.O. à la huitième reprise.  Ezzard Charles est d’ailleurs  le seul boxeur qui puisse contester à Archie Moore le titre de meilleur poids mi-lourds de l’histoire.

Le plus étonnant avec Archie Moore fut quand même sa longévité exemplaire, parce que chacun se disait qu’à son âge (40 ans ou plus) il allait finir par affronter un adversaire beaucoup plus jeune que lui, qui allait l’envoyer à la retraite. Hélas pour ses challengers,  Joey Maxim en match revanche, Harold Johnsson ou encore Carl Bobo Olson qui détenait le titre des poids moyens, aucun d’entre eux n’était assez fort pour détrôner le vieil Archie, lequel pour justifier sa longévité affirmait détenir un régime secret.  En tout cas, sans connaître les extraordinaires vertus de ce régime, à supposer qu’il existât, le champion du monde des mi-lourds avait fini par se retrouver sans adversaires à sa taille, et n’avait donc plus rien à prouver dans sa catégorie.  Du coup il décida de tenter sa chance, en 1955, contre l’incontesté champion du monde des poids lourds, l’invaincu Rocky Marciano, lequel avait aussi fait le vide dans sa catégorie.

Archie Moore avait déjà affronté et battu des poids lourds les années précédentes, notamment Valdes Nino à deux reprises, Bob Baker ou Bert Whitehurst, et il se disait que nul boxeur n’est imbattable…ce en quoi il se trompait, car Rocky Marciano allait se retirer des rings invaincu. Toutefois, même s’il n’était pas favori, nombre de spécialistes pensaient qu’Archie Moore avait une chance contre Marciano, parce que son punch pouvait lui permettre à tout moment d’envoyer son adversaire au tapis pour le compte. Et le 21 septembre 1955, au second round, titre mondial en jeu, Archie Moore envoya Marciano au tapis, mais pas pour le compte. Au contraire, après ce knock-down, Marciano fut plus vigilant, et ce fut lui qui mit K.O. son adversaire à la neuvième reprise, après lui avoir fait subir une cruelle correction le round précédent, ce qui incita le médecin à lui demander de cesser le combat, ce que la « vieille Mangouste » refusa parce que pour lui « un champion retourne toujours au combat ». Cela dit, toute chance n’était pas perdue pour Archie Moore, puisque Marciano décida de se retirer définitivement des rings.

Et un peu plus d’un an plus tard, en novembre 1956, Archie Moore se voyait offrir une seconde chance en affrontant le jeune Floyd Patterson, champion olympique des moyens à Helsinki en 1952, mi-lourd naturel comme lui. Malheureusement pour Archie Moore, il eut affaire à un boxeur certes inférieur en puissance à de nombreux poids lourds, mais beaucoup plus mobile et somme toute très dangereux. La preuve, Floyd Patterson battit Archie Moore par K.O. au cinquième round, et devenait le plus jeune champion du monde de l’histoire des poids lourds à 21 ans. La chance d’Archie Moore était passée, et il fut contraint de se contenter de défendre son titre des mi-lourds, ce qu’il fit victorieusement jusqu’à ce qu’il soit destitué par la NBA en 1960, faute d’avoir défendu son titre depuis plus d’un an. Entre temps il battra à deux reprises un Canadien très doué, Yvon Durelle, qui allait lui faire subir au cours du premier combat un véritable calvaire, allant à trois reprises au tapis dans la première reprise, puis de nouveau à la cinquième reprise. Mais Archie Moore était indestructible face à un poids mi-lourd, et Durelle finira K.O. au onzième round.

Après avoir défendu une nouvelle fois son titre contre un certain Giulio Rinaldi, il sera définitivement destitué de son titre en février 1962 par la Commission de New-York et l’UER (fédération européenne). Ensuite il fera quelques combats de plus qui n’ajouteront rien à sa gloire, sauf peut-être celui qu’il livra, toujours en 1962, contre un certain Cassius Clay (champion olympique à Rome en 1960), qui n’était pas encore Ali, mais qui allait le battre par K.O. à la quatrième reprise. Ensuite il disputera un dernier combat contre un inconnu (Di Biasi) qu’il mettra K.O. pour clôturer en beauté une extraordinaire carrière qui aura fait de lui un boxeur inoubliable, puisqu’il est membre de l’International Boxing Hall of Fame depuis sa création en 1990. Ensuite à la retraite il fit du cinéma, de la télévision, mais fut aussi entraîneur de deux grands boxeurs, Ali (très peu de temps) et surtout Foreman avec qui il conquit le titre des lourds en 1994, ce titre dont il avait tellement rêvé à titre personnel. Il s’occupa aussi de jeunes à qui il essaya d’inculquer les vertus qui furent les siennes sa vie durant. Il mourra en 1998, à l’âge de 84 ans.

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