La Roja 2012 meilleure que la Seleção 1970 ou que le Onze d’Or hongrois?

L’IFAB (International Football Association Board), organisme en charge de déterminer les lois du football, vient d’accepter de modifier son règlement en autorisant l’utilisation de la vidéo sur la ligne de but ! Voilà une information qui va faire parler dans les jours et les mois à venir, d’autant que personne n’est certain que cela règlera tous les problèmes liés à l’arbitrage. D’abord, il y a des cas où la vidéo ne peut pas indiquer avec précision si le ballon a entièrement franchi la ligne de but. Ensuite, comme dans le cas du match entre l’Angleterre et l’Ukraine, même si ballon avait bien franchi la ligne de but, nombre d’observateurs ont oublié de dire qu’il y avait au départ de l’action un hors-jeu non sifflé. Bref, le débat ne fait que commencer, et comme le dit le président de l’UEFA, Michel Platini, « on s’arrête où après » ? Cela étant, le rugby ne se plaint pas de cette évolution technologique…acceptée par tout le monde de nos jours.

Autre nouvelle intéressante, le Brésil  vient de rétrograder à la onzième place du classement de l’UEFA pour la première fois depuis qu’il existe (1993). Si j’évoque ce classement, c’est parce que le Brésil était considéré jusqu’à ce jour comme la nation référence du football, un peu comme la Nouvelle-Zélande en rugby. Mais ces derniers temps la référence serait plutôt l’équipe d’Espagne, surtout aux yeux des internautes, ces derniers oubliant trop souvent que d’autres grandes sélections nationales ont aussi dominé le football mondial à leurs heures de gloire. D’où le débat consistant à se demander si l’Espagne 2008-2012 est supérieure à la Hongrie 1952-1956, au Brésil 1958-1962, au Brésil 1970, aux Pays-Bas 1974, à l’Allemagne 1974-1976 ou à la France 1998-2000, pour ne citer que ces équipes qui, elles aussi et chacune dans leur style, ont régné sur leur époque. Cela ne signifie pas forcément qu’elles ont toutes remporté des titres, mais si l’on conserve un souvenir ému de leur époque, c’est parce qu’elles ont marqué l’histoire.

Essayons donc de faire un petit récapitulatif de ces époques où une formation s’est imposée à la fois par ses résultats et par son style. J’ai déjà longuement évoqué sur ce site la fameuse équipe de Hongrie qui ne perdit pas un seul match entre mai 1950 et la finale de la Coupe du Monde 1954…qu’elle perdit dans des conditions pour le moins douteuses (voir mon article sur le soi-disant miracle de Berne), puisqu’une enquête allemande aurait réussi à déterminer que les Allemands étaient dopés à un produit utilisé pendant la seconde guerre mondiale dans l’armée. Ensuite, malgré cette énorme déception, la grande équipe hongroise poursuivra sa domination jusqu’en 1956, où les évènements de Budapest finiront par avoir raison d’elle. Sans ces évènements, je reste persuadé que la Hongrie, avec son 3-2-3-2 et ses Grosics, Boszik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti, Czibor, aurait remporté la Coupe du Monde 1958…face au Brésil.

Cela ne veut pas dire pour autant que le Brésil 1958 n’était pas une équipe extraordinaire, mais nombre de techniciens (ce que je ne suis pas) ont pensé que la Hongrie aurait pu  empêcher le Brésil de remporter sa première Coupe du Monde en 1958. Après tout, qui nous dit que l’équipe de France n’aurait pas battu le Brésil en demi finale,  si Jonquet n’avait pas eu le malheur d’être blessé dans un choc avec Vava (véritable agression !), alors que le score du match entre l’équipe de Kopa et Fontaine et la sélection brésilienne était à parité (1-1) au moment de cette blessure (34è minute) ? Cela étant avec ses Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Zito, Orlando, Garrincha, Didi, Vava, Zagalo et le tout jeune Pelé, cette formation était vraiment impressionnante. La preuve avec son sytème de jeu en 4-2-4, elle marqua 16 buts n’en encaissant que deux, dont un des pieds de Fontaine pour l’égalisation lors du fameux France-Brésil.

Quatre ans plus tard le Brésil renouvellera son succès, lors de la Coupe du Monde au Chili,avec quasiment la même équipe, dans un style de jeu ayant évolué vers le 4-3-3 (Zagalo opérant en milieu gauche). En disant la même équipe, j’exagère un peu dans la mesure où Pelé fut blessé très tôt dans la compétition, mais son remplaçant, Amarildo, s’avèrera tellement brillant, que l’efficacité de la Seleçao ne s’en ressentira quasiment pas…au point qu’à l’époque déjà on commençait à dire que cette équipe était la meilleure de l’histoire, d’autant que les Brésiliens de 1958 avaient été les premiers à avoir remporté une Coupe du Monde hors de leur continent, évènement qui ne se reproduira qu’en 2002 (Brésil) et 2010 (Espagne). Bref, huit ans après la finale de Berne en 1954, on avait déjà oublié le « Onze d’Or » hongrois.

Mais en 1970, une autre équipe brésilienne allait dépasser sa devancière, en dominant de toute la classe de ses individualités la Coupe du Monde au Mexique. Si l’on en croit Pelé, cette équipe est la meilleure dans laquelle il ait évolué, ajoutant aussi qu’elle était meilleure que celle d’Espagne de nos jours. On veut évidemment le croire facilement, du moins pour ce qui concerne l’équipe brésilienne, d’autant qu’il a joué dans celle de la génération 1958-62 et celle de 1970. Quant à faire la comparaison avec l’Espagne 2008-2012, c’est peut-être plus difficile, même si le Brésil 1970 avait un très grand nombre de joueurs exceptionnels….comme sans doute jamais aucune équipe n’en a eu, à l’exception peut-être de la Hongrie 1952-1956. En tout cas, les Brésiliens ont marqué dix-neuf buts pendant  la Coupe du Monde 1970, dont sept en demi-finale contre l’Uruguay (3-1) et en finale contre l’Italie (4-1), en encaissant sept, ce qui donne une idée de l’esprit offensif de cette équipe. C’est surtout l’extraordinaire maîtrise individuelle des joueurs composant l’équipe qui était impressionnante. En fait l’équipe du Brésil 1970 n’avait qu’un seul joueur plutôt moyen pour le niveau international, le gardien Felix, les autres étant excellents comme Brito, Piazza, Everaldo ou Clodoaldo, ou exceptionnels comme Carlos Alberto, Gerson ,Jairzinho, Tostao, Rivelino, plus Pelé qui gagnait sa troisième Coupe du Monde.

Autre équipe remarquable qui a marqué l’histoire, mais qui (comme la Hongrie) n’a jamais remporté la Coupe du Monde, l’équipe des Pays-Bas en 1974. En fait la Hollande 1974 c’était d’abord un des tous meilleurs joueurs de l’histoire, Johan Cruyff, entouré par toute une génération d’excellents joueurs comme Neeskens, Krol, Suurbier Rep, Haan, qui tous jouaient à l’Ajax d’Amsterdam, club qui a inventé le football total (tout le monde attaque, tout le monde défend), ce qui lui permit de remporter trois Coupes d’Europe des clubs consécutives entre 1971 et 1973. L’équipe était  complétée par des joueurs de grande valeur comme Van Hanegem, Janssen ou encore Resenbrink, qui s’étaient parfaitement fondus dans le collectif de l’Ajax, un peu comme aujourd’hui tous les joueurs espagnols jouent la même partition que le Barça, Messi en moins. Fermons la parenthèse pour dire que cette équipe néerlandaise fut battue en finale de la Coupe du Monde par l’équipe d’Allemagne qui jouait chez elle à Munich.

Disons immédiatement que la victoire de l’Allemagne (2-1) ne souffrait cette fois d’aucune contestation, contrairement à 1954. Ni dopage, ni but refusé parfaitement valable n’étaient venus polluer cette rencontre entre les deux meilleures équipes du tournoi. L’Allemagne disposait d’une très belle équipe, presque aussi forte que celle des Pays-Bas, sauf que les Néerlandais avaient dans leur rang Johan Cruyff, ce qui expliquait leur statut de favoris en finale de la Coupe du Monde. Parmi ces joueurs allemands, nous citerons les joueurs du Bayern Munich (club qui allait succéder à l’Ajax en Coupe d’Europe), Maier le gardien, Beckenbauer que l’on appelait   » le Kaiser », Schwarzenbeck, Breitner, Hoeness, et le formidable buteur qu’était Gerd Muller, auxquels il faut ajouter Vogts, Overath le meneur de jeu, ou Holzenbein.  C’était peut-être moins génial que les Brésiliens de 1970 ou les Hongrois de 1954, mais c’était très, très solide. Ce l’était tellement que cette équipe d’Allemagne venait de réussir un doublé inédit après avoir remporté le Championnat d’Europe des Nations deux ans auparavant.  Il faudra attendre 2000 pour voir une équipe réaliser pareil exploit, la France emmenée par Zidane.

Et oui, la France a sa place dans cette galerie des plus grandes équipes de l’histoire. En 1998, nombreux furent les observateurs à lui accorder la chance du pays organisateur de la Coupe du Monde, même si elle l’emporta brillamment en finale contre le Brésil (3-0). Mais elle n’avait pas réellement dominé son sujet contre l’Italie (battue aux tirs au but) en quart de finale, ou contre le Paraguay (battu en prolongation grâce au but en or) en huitième, sans parler d’une première mi-temps très décevante en demi-finale contre la Croatie, finalement vaincue 2-1 grâce à deux buts de Thuram. Et en finale, le Brésil ne pouvait pratiquement pas compter sur son meilleur joueur, Ronaldo, ce dernier ayant été malade juste avant la rencontre…qu’il n’aurait jamais dû disputer. En fait cette équipe de France disposait d’un génial meneur de jeu, Zidane, et d’une défense de fer avec Thuram, Blanc, Desailly et Lizarazu devant le gardien, Barthez, sans doute le meilleur au monde à l’époque. En revanche elle manquait cruellement d’efficacité devant le but, malgré la présence dans certains matches de deux joueurs d’une vingtaine d’années, qui allaient figurer parmi les meilleurs buteurs de l’histoire du football français et international, Henry et Trezeguet. Ces deux derniers apporteront cette puissance de feu qui manquait à l’équipe de 1998, lors du Championnat d’Europe des Nations deux ans plus tard, ce qui permit à l’équipe de France de réaliser le même doublé historique (à l’envers) que les Allemands vingt six ans plus tôt.

Toutefois, depuis 2000, l’équipe d’Espagne a fait encore mieux puisqu’elle vient de réaliser le triplé hallucinant consistant à gagner coup sur coup le championnat d’Europe, la Coupe du Monde, puis de nouveau le championnat d’Europe. Aucune équipe européenne n’avait réussi pareil exploit ! Le Brésil 1958-62 aurait-il pu le réussir s’il avait disputé le championnat d’Europe ? Sans doute, mais personne ne peut l’affirmer. En tout cas, ce triplé vient de donner à l’actuelle équipe d’Espagne le statut de plus grande équipe de tous les temps…du moins sur le plan du palmarès parce que, comme je le dis souvent pour les autres sports individuels ou collectifs dont je parle sur mon site, on ne peut pas comparer l’incomparable, même si les palmarès nous aident à établir une hiérarchie. D’ailleurs, il faut tenir compte du fait que les compétitions n’ont pas toutes la même antériorité, le championnat d’Europe des Nations par exemple ne datant que de 1960, alors que la première Coupe du Monde a eu lieu en 1930. D’autre part, on ne peut pas comparer la Copa America avec le Championnat d’Europe, en raison du faible nombre de nations capables de l’emporter. Depuis 1916 en effet, seuls le Pérou en 1939 et 1975, le Paraguay en 1953 et 1979, la Bolivie en 1963, et la Colombie en 2001 ont troublé le jeu à trois entre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. Par ailleurs, les joueurs opérant en Europe n’ont sans doute pas la même motivation pour obtenir ce trophée qu’une victoire en Ligue des Champions ou qu’une Coupe du Monde, contrairement au titre européen.

Cela dit, l’Espagne est l’équipe phare du nouveau siècle et à coup sûr une des plus belles formations de l’histoire. Comme la plupart de ses devancières, l’équipe nationale espagnole a la chance de pouvoir s’appuyer sur une équipe de club exceptionnelle, qui elle aussi est en train de marquer l’histoire, le Football Club de Barcelone, appelé le Barça par les aficionados et les multiples supporters de ce club mythique. Un club qui depuis le passage comme entraîneur de Cruyff, qui y fit une bonne partie de sa carrière de joueur, a mis en place une manière de jouer qui lui est propre. Un jeu magnifique où la balle circule avec une vitesse et une précision diaboliques, ce qui finit par donner le tournis aux  adversaires, lesquels s’épuisent à courir après un ballon insaisissable.  Pour parler comme le précédent sélectionneur espagnol, Luis Aragones, celui du titre européen en 2008, cette équipe d’Espagne est grande «  par la manière qu’elle a de jouer et de dominer le jeu ».

Les Brésiliens de 1970 avaient sans doute plus de virtuosité individuelle ( seuls Iniesta, Silva et Ramos soutiennent la comparaison avec les meilleurs « auriverde »), mais ils n’avaient pas un gardien de la qualité de Casillas, contrairement à l’équipe de 1958 qui avait Gilmar. Ils n’avaient pas non plus la même précision dans le jeu que l’équipe espagnole actuelle. La preuve, malgré le fait que cette équipe d’inspiration très barcelonaise soit privée de Messi (qui joue dans l’équipe d’Argentine), elle peut se permettre de marquer des buts…sans véritable buteur. Que dire de plus ? En tout cas ce ne sont pas les joueurs Italiens de la Squadra azzura qui contesteront leur supériorité, parce qu’ils n’auraient jamais imaginé être battus en finale de l’Euro de cette manière, et  sur un score plus lourd encore (4-0) que celui de la finale de la Coupe du Monde 1970 au Mexique, où les Azzurri avec  Riva, Boninsegna, Rivera, Mazzola, Burgnich, Facchetti ou Domenghini réussirent à marquer un but aux Brésiliens (4-1).  Alors, Hongrie 1952-1954, ou Brésil 1970, ou Espagne 2008-2012 ? Le débat reste ouvert et le restera toujours.

Michel Escatafal


Le roi Pelé a réalisé l’idéal du footballeur

Alors que nous sommes dans les phases finales de la Copa America (équivalent du championnat d’Europe des Nations en Amérique),  je vais parler d’un  footballeur d’origine sud-américaine, à coup sûr le meilleur de tous, le roi Pelé lui-même. Pelé avait tous les dons qu’un footballeur puisse espérer avoir. Il n’y avait pas un domaine où on puisse lui trouver un défaut sur un terrain de football. Il paraît même qu’à l’entraînement il lui arrivait de se muer en gardien de buts, et il y était fort brillant. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, Pelé reste la référence absolue en matière de football, même si nombre de jeunes ne l’ont jamais vu jouer ailleurs que sur des vidéos, et encore. Pour les plus jeunes, Zidane est déjà dépassé par Messi ou Cristiano Ronaldo, alors on imagine pour Pelé ! Et pourtant, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, plus communément appelé le roi Pelé, a quand même marqué 767 buts en 831 matches officiels, beaucoup plus que tous ceux que l’on peut considérer comme ses rivaux pour le titre officieux de plus grand footballeur de l’histoire.

En effet , en regardant de près les statistiques, on s’aperçoit que l’Hispano-Argentin Di Stefano, meilleur joueur de la décennie 50, a marqué 502 buts en 658 matches officiels, que Cruyff, le roi de la décennie 70, en a marqué  330 en 579 matches, et que Platini et Maradona qui se sont partagés le titre de meilleur joueur dans la décennie 80 en ont marqué respectivement  356 (665 matches) et 353 (679matches).  En fait parmi les joueurs du 20è siècle qui peuvent être comparés à Pelé en terme de rayonnement sur le terrain, un seul a des statistiques se rapprochant de celles de l’artiste brésilien, Ferenc Puskas, qui fut la figure de proue de la grande équipe de Hongrie des années 50, dont certains disent qu’elle est la seule qui puisse être comparée aux équipes du Brésil de 1958 et plus encore sans doute de 1970. Des joueurs actuels, seul Lionel Messi peut espérer rejoindre en termes de statistiques la plupart de ces grands anciens, à l’exception toutefois de Puskas et Pelé bien sûr. A ce propos, on peut penser que Messi sera bien à la fin de sa carrière un monstre sacré comme les joueurs que je viens de citer, plus encore que Cristiano Ronaldo. 

Et cela nous ramène à Pelé et à sa carrière en rappelant qu’en plus de tous les buts qu’il a marqué, il a gagné trois Coupes du Monde (1958,1962 et 1970), plus de multiples titres au Brésil et aux Etats-Unis. Il aurait même pu remporter une quatrième Coupe du Monde, si les défenseurs chargés de le marquer ne l’avaient pas maltraité, au point de le blesser gravement lors de la Coupe du Monde 1966 en Angleterre. Pour mémoire on rappellera que le Brésil fut éliminé en poule éliminatoire lors de cette épreuve, mais Pelé n’avait pu disputer le deuxième match, et avait été sérieusement blessé contre le Portugal par un certain Morais, qui avait achevé le travail du Bulgare Jetchev. Voilà deux joueurs qui sont passés tristement dans l’histoire de la Coupe du Monde ! Cela dit, sans leur chercher la moindre excuse, Pelé était tellement fort qu’il était le plus souvent inarrêtable à la régulière.  En outre à l’époque on était moins sévère avec les défenseurs, et les cartons jaunes n’existaient pas encore, puisqu’ils ont été utilisés pour la première fois à la Coupe du Monde 1970.

Cette Coupe du Monde fut aux dires des observateurs sans doute la plus belle de toutes celles qui furent jouées jusque-là, et peut-être même après. Cette équipe du Brésil était vraiment flamboyante avec ses Carlos Alberto, Brito, Everaldo, Clodoaldo, Gerson, Jairzinho (qui jouera plus tard à l’OM), Tostao, Rivelino et Pelé. Elle battit d’ailleurs en finale une grande équipe d’Italie sur un score sans appel (4-1). Je dis grande équipe d’Italie, car la Squadra azzura comptait dans ses rangs un excellent gardien, Albertosi, mais aussi Burgnich, Faccheti, Mazzola, Domenghini, Rivera, et deux buteurs de grand talent Boninsegna et Riva. Autant de joueurs qui figurent parmi les légendes du Calcio. Cette équipe d’Italie avait d’ailleurs éliminé l’Allemagne de Beckenbaueur, lequel joua une partie du match avec le bras en écharpe, Seeler, Overath, Grabowski et le jeune Muller qui deviendra un buteur de légende (701 buts en 763 matches officiels). A ce propos je ne connais que Kocsis et Fontaine pouvant offrir un rapport de buts aussi impressionnant comme buteur.

Cela dit le Brésil était-il réellement plus fort qu’en 1958, où il avait pulvérisé en finale (5-2) la Suède de Gren, Hamrin, Liedhom, Skoglund et  Gustavsson ? Je crois pouvoir répondre oui sans réserves, dans la mesure où le Brésil 1970 n’avait jamais été réellement inquiété pendant cette Coupe du Monde, ce qui ne fut pas le cas en 1958, où il avait été tenu en échec en matches de poule par l’Angleterre (0-0), où il avait battu petitement en quart de finale le Pays de Galles, et surtout où il avait pleinement bénéficié de la blessure de Jonquet avant la mi-temps dans son match en demi finale contre la France, alors que le score était à parité à ce moment (1-1). Que se serait-il passé si la France avait pu jouer au complet toute la partie ? Nul ne le sait, car à cette époque l’attaque française avec Fontaine, Kopa et Piantoni ( le fameux trio Fo Ko Pi) marquait but sur but. En tout cas, réduits à 10 (remplacement à l’époque non autorisé), nos Bleus ont succombé sous les assauts de Didi, Garrincha et Pelé qui, ce jour-là (24 juin à Stockhom), marqua 3 buts. Il récidivera presque en finale contre la Suède, puisqu’il inscrira deux des cinq buts brésiliens.

Cette Coupe du Monde 1958 venait en effet de voir l’avènement d’un prodige de 17 ans, qui allait très rapidement surpasser les plus grands talents de l’époque (Di Stefano, Kopa, Puskas, Didi, etc.). Je ne parlerai pas beaucoup de la Coupe du Monde 1962, même si Pelé l’a gagnée, parce qu’il n’a participé qu’à un match et un peu plus, s’étant blessé lors du second match contre la Tchécoslovaquie… que le Brésil retrouvera et battra en finale (3-1). Ce jour-là Pelé n’était pas présent sur le terrain, mais le football brésilien était tellement riche en grand talents que le remplaçant de Pelé, Amarildo, fit des merveilles, la formation carioca pouvant compter en outre sur l’ossature de l’équipe 1958 avec Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Zito, Didi, Vava, Zagalo et l’extraordinaire Garrincha, sans doute un des plus fameux dribbleurs de l’histoire du football. Et oui, en évoquant Pelé c’est toute une partie de la grande histoire du football qui défile sous nos yeux, d’autant que sa vraie carrière a duré une vingtaine d’années, période pendant laquelle il a aussi fait les beaux jours de Santos (963 buts en 659 matches), son club de toujours, du moins pendant sa vraie carrière, avant de s’exiler aux Etats-Unis au Cosmos de New-York.

Michel Escatafal