Jonny Wilkinson : tout chez lui n’est qu’ordre et beauté

wilkinson

Partie 1

Ce soir nous connaîtrons le nouveau champion de France de rugby, et même si tout le monde s’accorde à considérer le RC Toulon comme le grand favori de cette rencontre, bien malin qui pourrait prédire à coup sûr cette victoire annoncée, car, évidemment, le Castres Olympique ne se laissera pas faire. D’ailleurs, si certains étaient trop optimistes pour le club de Mourad Boudjellal, le résultat de l’an passé (victoire 19-14 du Castres O.) suffirait à leur rendre une lucidité égarée par la dernière victoire en Coupe d’Europe du RC Toulon. Une victoire au demeurant plus facile à obtenir sans doute que celle permettant de gagner le Bouclier de Brennus, qui reste quand même quelque chose de spécial dans notre pays, ce qui suffit à démontrer que professionnalisme ou pas, le rugby reste quand même le rugby.

Mais le match de ce soir va aussi revêtir un caractère particulier parce que ce sera le dernier de l’ouvreur du Rugby Club  de Toulon, Jonny Wilkinson, vedette mondiale du rugby et du sport tout court, un homme sur qui toutes les fées semblent s’être penchées sur son berceau. D’abord il a tout pour plaire, étant à la fois beau gosse et merveilleux joueur de rugby. Ensuite il a un talent hors-normes. Mais s’il est devenu un extraordinaire joueur, sans doute le meilleur  du nouveau siècle, c’est essentiellement grâce à son travail et son professionnalisme…ce qu’on aurait tendance à oublier, tellement il semble réciter une partition qu’il n’aurait pas eu besoin d’apprendre. Oui, Jonny Wilkinson est un professionnel accompli, qui cherche constamment la perfection sur et hors du terrain (voir la rapidité avec laquelle il a appris notre langue contrairement à tant d’autres joueurs étrangers),  et d’ailleurs si cela n’avait pas été le cas, jamais il ne serait revenu à son meilleur niveau après les innombrables blessures qui ont jalonné sa carrière entre 2004 et 2008. Aucun autre joueur ne se serait relevé de toutes ces difficultés…à moins d’être quelqu’un d’exceptionnel.

Ce mot exceptionnel convient parfaitement à Jonny Wilkinson, véritable icône en Grande-Bretagne,  au point d’être devenu officier de l’Ordre de l’Empire britannique, mais aussi en France à la fois chez les jeunes et les moins jeunes. Ô certes,  il doit bien avoir quelques défauts car c’est un homme, mais ils sont très bien cachés et couverts par une aura comme seuls les plus grands sportifs peuvent en posséder. Et encore pas tous, car son rayonnement est énorme et va bien au-delà de son sport. Certains sportifs sont immenses par leur palmarès et leur apport au sport qui les a fait roi, mais combien passeront à la postérité par l’influence qu’ils auront eu dans la meilleure époque de leur vie ? Sans être méchant, qui oserait comparer par exemple les meilleurs footballeurs de notre temps, malgré tous leurs trophées, avec Jonny Wilkinson dans ce domaine de l’influence ? Personne, bien évidemment, d’autant que lui n’a jamais éprouvé le besoin de s’afficher de manière aussi ridicule que certains de ses pairs, rugbymen ou autres, savent si bien le faire. Il n’a pas besoin de porter un smoking rouge pour paraître élégant parce qu’il l’est naturellement. Quand il parle on l’écoute, et ses propos sont toujours empreints d’intelligence, ce qui là aussi le différencie de la quasi-totalité des autres stars du sport, et plus particulièrement du football.

Cela dit, toutes ces qualités qu’on lui octroie ne nous empêchent pas de souligner son palmarès sportif, un palmarès tellement fourni qu’il aura gagné tout ce qui peut l’être en rugby…surtout si ce soir il devient champion de France. Son parcours en équipe nationale d’Angleterre (91 sélections), sans oublier ses 6 sélections chez les Lions (sélection des meilleurs joueurs britanniques), est remarquable, avec pour point d’orgue une victoire en Coupe du Monde (2003) à laquelle Wilkinson a très largement contribué en marquant 113 points, dont tous les points en demi-finale contre l’équipe de France (24), et en passant le fameux drop qui, dans les dernières secondes de la finale, permit à l’Angleterre de battre l’Australie chez elle, rendant la fierté à l’hémisphère Nord, jugé inférieur au Sud. Il a aussi remporté à quatre reprises le Tournoi des Six Nations, réussissant le grand chelem en 2003, année où il marqua 20 des 25 points de l’équipe d’Angleterre pour assurer la victoire sur une très bonne équipe de France (25-17).

 A un degré moindre, on soulignera le titre de champion d’Angleterre avec son club des Newcastle Falcons en 1998, et bien entendu ses deux victoires en finale de la Coupe d’Europe avec le RC Toulon (2013-2014), club à qui il a donné une notoriété tellement importante que, déjà, les incultes de l’histoire du rugby en font la meilleure équipe de tous les temps. Comme si l’on pouvait comparer les équipes à des époques différentes, et oublier les exploits du FC Lourdes, de l’AS Béziers, du SU Agen et, plus récemment, du Stade Toulousain. Fermons la parenthèse, et notons qu’à titre individuel Jonny Wilkinson a obtenu toutes les distinctions possibles offertes par son sport. Mais comment pourrait-il en être autrement avec les multiples records de points marqués dans le Tournoi des Six Nations, la Coupe du Monde ou les championnats nationaux et européens qu’il a disputés ?

Un dernier mot enfin à propos de Jonny Wilkinson, pour revenir sur les qualités qui lui ont permis d’être devenu ce qu’il est aujourd’hui, malgré ses blessures. D’abord il faut mettre en avant son jeu au pied, tout simplement fantastique et sans faille. Les qualificatifs manquent parfois pour expliciter ce que nous voulons dire, et c’est le cas avec Wilkinson. Gaucher naturel, mais capable de taper avec un égal bonheur ou presque des deux pieds (voir son drop du pied droit en finale de la Coupe du Monde 2003), il a toujours fait preuve d’une extrême régularité dans ses tirs au but, ce qui explique ses statistiques ébouriffantes (1246 points en équipe nationale et avec les Lions en 97 sélections soit presque 13 points par match). Mais Wilkinson, contrairement à d’autres grands ouvreurs-buteurs, n’est  pas que cela, car il sait aussi attaquer. Evoluant au poste de centre à ses débuts, avant de se fixer à l’ouverture, il est capable de conduire parfaitement le jeu d’attaque et de (bien) faire jouer ses partenaires. Et ce qui ne gâte rien, c’est aussi un excellent défenseur, n’hésitant pas à payer de sa personne chaque fois que les circonstances l’exigent.

Certes on lui a reproché à la fin de sa carrière internationale, surtout en Angleterre, des prises de risques insuffisantes, mais ces critiques furent loin de faire l’unanimité, surtout chez nous. Si je dis cela, c’est parce que nombre de Français considèrent que  Jonny Wilkinson fait bien partie des plus grands ouvreurs britanniques de l’histoire, même si certains opéraient dans un style différent. Je ne vais pas en citer beaucoup, mais c’est une occasion de rappeler aux plus jeunes que les Britanniques nous ont offert quelques demis d’ouverture de grande lignée comme l’Irlandais Jack Kyle, le Gallois Cliff Morgan, l’Anglais Richard Sharp ou encore le Gallois Barry John. Que des noms qui nous font rêver, même si pour certains d’entre eux j’en ai surtout entendu parler…parce que j’étais trop jeune pour apprécier leur immense talent.

Michel Escatafal


Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal


Castres Olympique et F.C. Grenoble, six décennies plus tard…

C.O.FCGQuand on regarde le classement du Top 14, on s’aperçoit que deux équipes classées dans les cinq premières appartiennent à un club qui a connu ses principales heures de gloire dans les années 50. Il s’agit du Castres Olympique et du Football Club de Grenoble. En disant dans les années 50 pour Castres, c’est un peu restrictif puisque Castres fut aussi champion de France en 1993, en plus de ses deux titres consécutifs en 1949 et 1950. A noter que, sans le faire exprès au moment où j’ai décidé d’écrire sur ces deux clubs, je me suis aperçu qu’en 1993, c’est face au FC Grenoble que le C.O. s’est imposé. Ces deux clubs ont aussi une autre particularité, car en plus d’avoir été parmi les seuls à avoir tiré leur épingle du jeu en pleine domination du grand F.C. Lourdes, ils sont aussi des représentants de ce que j’appelle le rugby des villes et celui des champs. Cela dit, qu’on ne se méprenne pas sur mes propos qui n’ont rien d’outrageant, mais je reste convaincu que l’ère du professionnalisme fera que l’élite du rugby sera concentrée  dans les grandes villes telles que Paris, Toulouse, Clermont-Ferrand, Lyon, Bordeaux…et Grenoble.

Pour situer le fossé entre ces deux villes ou plutôt ces deux agglomérations, l’une Castres compte à peine 60.000 habitants, et l’autre Grenoble dix fois plus (670.000). Cela étant, on a déjà vu dans le football, roi des sports collectifs professionnels, des clubs de petites villes (Auxerre, Bastia)  tenir la dragée haute à ceux des grandes villes, même si cela finit par s’arrêter un jour. Dans le cas de Castres, souhaitons que le C.O. continue encore longtemps à figurer dans la grosse élite avec le Stade Toulousain, le Racing, l’ASM, Montpellier Hérault ou Toulon, une élite à laquelle peut aspirer durablement  le FC Grenoble.

Cela dit, pour le moment le Castres Olympique, largement soutenu par son sponsor et propriétaire (Laboratoires Fabre), se maintient régulièrement parmi les meilleures équipes du Top 14 aux côtés des grosses cylindrées, comme c’était le cas à la charnière des années 40 et 50. Pour mémoire le Castres Olympique remporta son premier titre en 1949 à l’issue de deux finales contre le Stade Montois, lui aussi présent cette année en Top 14, à la différence que si Castres a de bonnes chances d’atteindre les playoffs, le Stade Montois est quasi certain de retrouver la Pro D2, malgré de très belles prestations, bien dans la ligne de sa tradition de jeu à la main, une tradition qui date plutôt des années 60 à l’époque des Boniface.

En tout cas en 1949, la première finale jouée à Toulouse (le 15 mai aux Pont-Jumeaux), précisément contre le Stade Montois, fut surtout marquée par la pluie et un terrain qui formait un véritable cloaque, éléments peu propices au beau jeu. Résultat, les 30 acteurs se séparèrent sur le score de 3 à 3 après prolongations. Une semaine plus tard, toujours dans le même stade mais cette fois avec un soleil radieux, la supériorité des Castrais fut manifeste face aux Montois emmenés par  l’ouvreur Baradat, le demi de mêlée et capitaine Darrieusecq, et un talonneur de grand talent, Pierre Pascalin, présent de nouveau en finale en 1959 contre le R.C. de France  de Crauste, Moncla et Marquesuzaa. Lors de cette seconde édition de la finale les Castrais, bénéficiant d’un pack supérieur,  permirent à leur excellente paire de demis (Torrens-Chanfreau) de mener le jeu comme ils le voulurent, avec au final une victoire indiscutable (14-3), en marquant trois essais contre un seul pour les Montois. En plus de  sa paire de demis, Castres avait la chance de disposer dans son effectif de deux joueurs internationaux de grande classe, l’ailier Maurice Siman et le troisième ligne Matheu-Cambas, qui forma avec Jean Prat et Guy Basquet, une des plus belles troisième-ligne de l’histoire du XV de France.

Les Castrais allaient conserver leur titre l’année suivante, en 1950, s’imposant en finale à Toulouse au Racing Club de France de Gérard Dufau, mais aussi des arrières internationaux que furent Dizabo, et les trois-quarts Porthault, Jeanjean, Desclaux et Cazenave. Malgré cette belle brochette de talents offensifs face à eux, les Castrais l’emportèrent (11-8) en marquant trois essais contre deux aux Parisiens. A noter qu’on assista lors de cette finale à un épisode peu courant, Desclaux, le buteur parisien, voyant sa transformation du second essai contré par un bras adverse.  Le Bouclier de Brennus était donc resté deux ans de suite sur les bords de la rivière Agout, avant de partir l’année suivante chez le voisin de Carmaux qui, à la surprise générale, pour la première finale ayant eu lieu au Stadium de Toulouse, l’emporta après prolongations sur le Stado Tarbais (14-12).

Mais revenons au Castres Olympique, pour noter que les Castrais, après diverses fortunes et infortunes, allaient de nouveau réaliser l’exploit de remporter le Bouclier de Brennus en 1993, soit quatre ans après avoir été vainqueur du championnat Pro D2 (1989). A cette époque, rares étaient ceux qui prédisaient un avenir doré au Castres Olympique, mais c’était sans compter sur l’engagement des Laboratoires Fabre, et de l’ancien président de la Ligue, Pierre-Yves Revol, qui avaient parfaitement œuvré pour reconstituer une belle équipe. Le résultat ne se fit pas attendre, puisqu’avec des joueurs comme le seconde ligne international Néo-Zélandais Garry Whetton, Alain Carminati, Thierry Lafforgue, Christophe Urios, le capitaine Francis Rui et l’actuel entraîneur Laurent Labit, cette équipe conquit de nouveau le titre. Elle l’obtint à l’issue d’un match assez pauvre techniquement, avec de nombreuses fautes sanctionnées que ne surent pas convertir les buteurs des deux équipes, mais qui est resté dans les mémoires pour une erreur d’arbitrage qui coûta le match au F.C. de Grenoble, Whetton s’étant vu accorder un essai après que le demi de mêlée isérois, Hueber, ait déjà aplati le ballon dans l’en-but.

Par la suite les Castrais allaient se maintenir parmi l’élite, restant des adversaires redoutables, plus particulièrement dans leur petit stade Pierre-Antoine (à peine 11.500 places), y compris pour les équipes se déplaçant dans le cadre de la Coupe d’Europe, à laquelle participe régulièrement le Castres Olympique. Cette année d’ailleurs les Castrais, malgré un budget ne dépassant guère les 15 millions d’euros, ont encore des chances de se qualifier pour les phases finales de la H Cup avec des joueurs talentueux comme le grand espoir à l’arrière et ex-agenais, Brice Dulin, l’ailier Marc Andreu, l’ouvreur Bernard,  le demi de mêlée Kockott (sud-africain mais susceptible de jouer en équipe de France), les troisièmes ligne Diarra, Caballero et le Sud-Africain Claasen ou encore le pilier Forestier, ce joli monde étant remarquablement coaché par les deux Laurent, Labit et Travers.

Parlons à présent du F.C. de Grenoble, dernier adversaire en finale du championnat de Castres et vice-versa. Le club alpin n’a pas le palmarès du Castres Olympique, puisque celui du F.C. de Grenoble se résume à un titre de champion en 1954 et une victoire dans feu le Challenge du Manoir  (sous sa forme de l’époque) en 1987. Néanmoins le F.C. Grenoble dispose de nombreux atouts pour devenir un des clubs phares du Top 14. D’abord il y a la population du bassin grenoblois, une des dix plus importantes dans le pays. Ensuite, les Grenoblois disposent de deux stades, comme le Stade Toulousain, l’un de 12.000 places (Stade Lesdiguières) et l’autre tout neuf de 20.000 places, construit sans doute plus pour le football que pour le rugby, sauf que le club de football  est aujourd’hui en CFA. Enfin il y a un vrai potentiel pour le rugby dans une région où les clubs sont moins nombreux que dans le Sud-Ouest, mais où la passion du rugby est intacte depuis des décennies, voire même exacerbée depuis le resserrement de l’élite.

Si j’affirme cela c’est parce que dans les années 50, le rugby était un élément clé de nombreuses petites villes, voire même de villages, alors que dans les grandes villes, les loisirs étaient beaucoup plus nombreux, y compris à Toulouse ou Bordeaux. D’ailleurs, en 1954, le championnat de France se déroulait avec une première division à 64 clubs, donc avec nombre de petits clubs, et dont la moitié était qualifiée pour les seizièmes de finale, auxquels le F.C. Grenoble a failli ne pas participer, ayant été qualifié au trente-et-unième rang. Ensuite les Grenoblois se hissèrent jusqu’en finale, en éliminant en demi-finale leurs voisins de l’US Romans (8-5), une finale où ils affrontèrent et battirent l’US Cognac qui, à la surprise générale, avait éliminé le grand Lourdes (5-3). Dans cette équipe de Grenoble on retrouvait des joueurs de plusieurs nationalités, qui préfiguraient déjà le rugby professionnel, avec quatre joueurs italiens, dont le célèbre troisième ligne Lanfranchi, un Estonien (le deuxième ligne Rein), un Polonais (le troisième ligne centre Smogor) et un Russe né à Paris (l’ailier Pliassof). A ces joueurs il fallait ajouter les demis Baqué et Liénard, sans oublier le troisième ligne Coquet, venu du basket. Ce fut, disons-le tout de suite, une finale médiocre, entre deux outsiders tout heureux d’être là. En fait la finale peut se résumer à un essai de Lanfranchi entre les poteaux, sur une échappée de Martin relayée par Coquet, contre une pénalité du centre Meynard, qui deviendra international ensuite à l’arrière.

Le F.C. de Grenoble aurait dû remporter un autre titre comme je l’ai écrit auparavant, mais l’arbitre ne disposant pas à l’époque de la vidéo, ni de l’aide des arbitres de côté, valida un essai absolument pas valable. Certains affirment qu’il a reconnu son erreur de longues années plus tard, sans doute après avoir visionné un film retraçant cet épisode. Toujours est-il que c’est le nom du C.O. qui figure au palmarès du championnat de France (en rugby on ne revient pas sur les palmarès). Autre grande ligne du F.C. Grenoble sur les palmarès, celui du Challenge Yves du Manoir 1987, où les Grenoblois dominèrent  les Agenais, demi-finalistes du championnat cette année-là, sur le score de 26 points à 7.  Enfin, la saison 1992-1993, marqua le vrai renouveau des Grenoblois avec l’arrivée aux commandes techniques de Jacques Fouroux, ancien capitaine et sélectionneur emblématique du XV de France.

Décidément cet homme s’y entendait pour permettre à une équipe d’obtenir très vite des résultats, même s’il ne partait pas de rien puisque le F.C. de Grenoble avait atteint les demi-finales la saison précédente. Et je suis à l’aise en écrivant cela, parce que je fus un de ses détracteurs comme joueur dans les années 70, lui préférant  de beaucoup le Lourdais Jean-Henri Mir ou le Biterrois Richard Astre. Il n’empêche, ce « petit Napoléon » comme certains l’avaient surnommé, avait un grand talent pour galvaniser ses équipiers ou ses joueurs. Il savait en outre s’entourer comme il l’a prouvé en arrivant à Grenoble, où il partagea les commandes de l’équipe avec Michel Ringeval, ancien demi de mêlée lourdais, ancien entraîneur de Clermont-Ferrand (deux fois finaliste du championnat), qui partageait les mêmes convictions sur le rugby. Les deux hommes en effet étaient adeptes d’un jeu basé sur une très grosse ligne d’avants, comme l’équipe de France de 1977, et les résultats ne se firent pas attendre, puisque « les Mammouths », comme on appelait les gros joueurs du pack, propulsèrent le club jusqu’en finale, contre Castres, ratant le titre sur une grossière erreur de l’arbitre, comme je l’ai déjà écrit, mais aussi et surtout à cause de l’échec répété de ses buteurs, lesquels s’y mirent à trois ( Savy et les internationaux Vélo et Hueber) pour réussir deux pénalités sur les dix accordées par l’arbitre en bonne position.

Dans cette équipe, il y avait peu de grands noms, mais l’équipe jouait avec une grande cohésion, rappelant un peu le grand Béziers de la décennie précédente. A part Vélo et Hueber derrière dont j’ai déjà cité le nom, et les avants Olivier Brouzet et Olivier Merle, internationaux connus  et reconnus, seuls les initiés connaissaient les noms des autres joueurs du pack  Tapié, Capdeville, Chaffardon, Kacala, Taofifénua  ou Landreau, lequel par la suite se fera un nom comme entraîneur d’abord au Stade Français (champion de France en 2007 avec Galthié) et ensuite à…Grenoble où il officie à ce jour. Avant cette époque, le FC Grenoble connaîtra des moments heureux et malheureux, avec l’exil des meilleurs joueurs après le départ de Fouroux en 1994, année où le club se qualifia pour les demi-finales du championnat (battu par l’AS Montferrand), cette même équipe privant les Grenoblois de finale en 1999, lesquels s’avérèrent incapables de se maintenir parmi l’élite l’année suivante.

Après une remontée en Top 14 en 2002, et une qualification pour les phases finales en 2003, ce sera de nouveau la relégation en 2005, avec une descente administrative en Fédérale 1, le club étant en faillite. Mais comme le sphinx qui renaît de ses cendres, le FC de Grenoble retrouvera les ressources nécessaires pour intégrer la Pro D2 en 2009, puis le Top 14 en 2012 en terminant à la première place du championnat de Pro D2 à l’issue de la saison 2011-2012.  L’avenir du FC Grenoble s’inscrit-il pour autant dans la grande élite du rugby français de club ? Sans doute, car le F.C. Grenoble dispose à présent de structures l’autorisant aux plus grands espoirs, avec un encadrement technique de qualité et d’excellents joueurs de nationalités très diverses, renouant ainsi avec sa tradition d’antan, même si cela est devenu la règle dans le Top 14. Parmi eux l’Argentin Tuculet (arrière), l’ailier néo-zélandais Wagaseduada, les centres sud-africains Cokke et Coetzee, l’ouvreur néo-zélandais Stewart, l’ancien troisième ligne centre toulousain Sowerby (Afrique du Sud), le deuxième ligne Hulme lui aussi sud-africain, sans oublier le pilier australien Edwards. A ces joueurs s’ajoutent quelques valeurs sûres du Top 14 comme les Français Vincent Courrent (mêlée ou ouverture) ou Nicolas Laharrague l’ouvreur international, tout cela nous donnant une équipe homogène, ayant sans doute de beaux jours devant elle. C’est tout le mal que nous souhaitons à cette place forte du rugby depuis tant d’années, où sont passés, outre les joueurs déjà cités, des gloires de notre XV national comme Jean de Gregorio, Gérard Bouguyon, Patrick Mesny, Didier Camberabero, Alain Lorieux, Sylvain Marconnet ou Vincent Clerc.

Michel Escatafal