Le PSG, ce nouveau riche dérangeant…

uefaAujourd’hui je ne vais pas trop me fatiguer pour écrire un article (le trois cent unième), car je vais reprendre presque  intégralement une réponse que j’ai faite à propos d’un billet de Bruno Roger-Petit (Sport 24) sur le Fair Play Financier. Au passage je précise que c’est le seul forum sur lequel je glisse quatre ou cinq fois par an une réponse, tellement les interventions sur lesdits forums sont affligeantes de bêtises et font ressortir le manque de culture de la plupart des intervenants. C’est la raison pour laquelle j’en profite pour dire que sur mon site les commentaires sont sélectionnés, ce qui évite d’y lire poncifs et stupidités.

Fermons cette longue parenthèse introductive et parlons de nouveau de ce ridicule Fair Play Financier, tant vanté par Michel Platini, qui montre à quel point l’UEFA est influencée par les suggestions des clubs historiques, avec une mention spéciale pour le Bayern Munich, qui a beaucoup de mal à accepter l’irruption du PSG parmi les « grands d’Europe ». Et pourtant le PSG est un club sans problème, sans dette, bref un club que les Allemands devraient apprécier…s’il ne devenait pas un rival encombrant. Il est vrai que dans notre singulier pays, certains soi-disant amateurs de foot préfèrent les clubs étrangers, et ils sont plus nombreux qu’on croit. Il y en a même qui, sur les forums, disent « nous » (ridicule!!!) en parlant de Manchester United, du Real, du Barça, d’Arsenal ou de la Juventus, ce qu’ils ne font jamais ou presque pour les clubs de Ligue 1.

Amusant comme les Français n’aiment pas le PSG! J’ose espérer que ce n’est pas parce que les ressources de ce club proviennent de l’étranger. D’ailleurs ce ne serait pas logique, car l’actionnaire majoritaire de Manchester Utd est américain. J’ose espérer aussi que ce n’est pas parce que le PSG est un club opérant en Ligue 1, ce championnat tellement décrié…par les Français. Il paraît que le niveau y est très bas, et le spectacle très souvent nul. Pour le spectacle je veux bien, même si quelques clubs (Lorient par exemple) jouent un joli football, mais la Ligue 1 est loin d’être un championnat aussi facile qu’on le dit, et j’en ai pour preuve les difficultés qu’ont connues des joueurs comme Moutinho ou Falcao, ce dernier marquant beaucoup moins à Monaco qu’auparavant à l’Atlético Madrid.  Autre preuve, le jugement de Carlo Ancelotti, qui est mieux placé que quiconque pour apprécier la difficulté de notre championnat, lui qui, avec son armada de vedettes, avait dû subir la loi de Montpellier pour sa première demi-saison au PSG.

Certes les clubs français ont eu le tort de négliger la Coupe UEFA, seule la LdC les intéressant…parce que beaucoup plus lucrative. Mais il faut aussi comprendre les dirigeants de nos clubs, très étroitement surveillés par la DNCG, ce qui n’est pas le cas partout. Il y a aussi les différences de charges fiscales etc. Tout cela pour dire qu’en France, contrairement à d’autres pays, la plupart de nos clubs de Ligue 1 jouent chaque année pour leur survie avec le risque de descente en Ligue 2, ce qui explique les tactiques défensives de nombre d’équipes. Et oui, un club qui perd de l’agent et qui est trop endetté en Ligue 1 subit les foudres de la DNCG!

Le PSG (comme Manchester City) n’a évidemment pas ce type de problème, parce que son actionnaire est richissime…ce qui dérange les clubs « historiques ». On a toléré un temps l’irruption de Chelsea, mais on ne veut pas que le phénomène se répande trop, car la très lucrative Ligue des Champions paraît être une chasse gardée. Et il ne faut pas que le gâteau soit partagé en trop de parts, d’autant que cela pourrait donner des idées à d’autres investisseurs argentés. Pourtant le football y gagnerait, sachant que dix ou douze prétendants à la victoire en LdC ce serait mieux que trois ou quatre.

On me fera remarquer que l’AS Monaco en 2004 a été finaliste de la LdC contre le FC Porto. Certes, mais c’était en 2004. On me fera aussi remarquer que l’Atlético Madrid a été finaliste cette année, mais on oublie que l’Atlético ne pourrait pas opérer en Ligue 1 en raison de ses dettes. En revanche l’Atlético Madrid n’a pas l’air pour le moment dans la ligne de mire de l’UEFA, pas plus que les clubs russes qui offrent des salaires extraordinaires aux joueurs, en ce qui concerne le fameux FPF. Manchester United n’y est même pas du tout, ce qui lui a permis de dépenser  200 ou 250 millions pour se renforcer (bravo le FPF!), malgré ses dettes, alors que le PSG, qui n’a pas de dette, n’a pas le droit de dépenser…son argent. Pire encore, si un équipementier octroie 100M d’euros à un club comme Manchester United c’est normal. Si le PSG reçoit de l’argent d’un très gros sponsor, on le divise par deux. Encore bravo!

Un dernier mot enfin : comment le PSG (ou Manchester City) pourrait-il s’inscrire parmi les très grands clubs si son palmarès reste vierge de victoires en LdC? Or, chacun sait que pour gagner la LdC il faut à la fois de l’expérience et un effectif qualitatif et quantitatif surdimensionné. Pour avoir cela le PSG aurait dû recruter un ou deux fuoriclasse de plus, et ne pas être limité par le nombre de joueurs inscrits. A cause du FPF il n’a pas pu se renforcer comme il l’aurait voulu. Et le plus cocasse est qu’il lui a été nécessaire d’avoir recours à un artifice pour recruter Aurier. Oui, le club le plus riche de la planète, du moins celui qui est susceptible de disposer des plus importantes ressources grâce à son actionnaire, est obligé de quémander un prêt au Toulouse FC pour Aurier. On croit rêver…et pourtant nombre de Français trouvent cela normal, ce qui n’est pas le cas, ou beaucoup moins, à l’étranger. Au fait les Français méritent-ils un club comme le PSG?

Michel Escatafal


Le « fair-play financier », la plus stupide des fausses bonnes idées

FPFJe ne dois pas être très intelligent, sinon je ne me poserais pas la question : c’est quoi le « flair-play financier » ? Oui, désolé, mais je ne comprends pas pourquoi on a décidé à l’UEFA, dirigée par Michel Platini, de créer « ce machin », comme aurait dit le général de Gaulle. Car il s’agit bien d’un « machin » destiné à quelque chose, mais quoi ? Certes, on va me répondre que le « machin » en question est théoriquement destiné à égaliser les chances des clubs participant aux compétitions européennes, afin que ce ne soit pas toujours les mêmes qui gagnent. A priori c’est une bonne idée, mais, c’est trop beau pour être vrai, en précisant toutefois qu’on ne compte plus les clubs aux moyens financiers peu importants qui ont remporté une coupe européenne, à commencer par la Ligue des Champions ou, si l’on préfère, la C1, comme on dit dans le monde du football. Parmi ces clubs je citerais Nottingham Forest (2 fois en 1979 et 1980), Aston Villa (en 1982), le SV Hambourg (en 1983), le Steaua Bucarest (en 1986), le FC Porto 2 fois en 1987 et 2004), l’Etoile Rouge de Belgrade (en 1991), et même l’Ajax d’Amsterdam (4 fois en 1971, 1972, 1973 et 1995) ou encore le Benfica de Lisbonne (2 fois en 1961 et 1962), le Celtic de Glasgow (en 1967), le Feyenoord de Rotterdam (en 1970) .

J’ai même envie d’ajouter à ces noms l’Olympique de Marseille de Bernard Tapie qui, contrairement à ce qu’on croit, était loin d’avoir les moyens du club que l’équipe phocéenne avait battu en finale de 1973, le Milan AC. Preuve que ce ne sont pas toujours les clubs les plus puissants financièrement qui finissent par l’emporter, d’autant que, cette année, l’Atlético de Madrid pourrait très bien devenir champion d’Europe avec un budget nettement inférieur aux trois autres clubs qualifiés pour les demi-finales de la Ligue des Champions, le Real Madrid, le Bayern de Munich et Chelsea, club qui prête ses nouvelles recrues un peu partout en Europe, ce qui est une manière d’investir sans faire exploser sa masse salariale et être à l’abri des tracasseries de l’UEFA…ce qui peut aussi générer de gros bénéfices (cas de Courtois ou Lukaku), sans trop creuser les pertes si le joueur n’est pas aussi doué qu’on l’imagine.

Quand je parle de clubs « les plus puissants financièrement », je devrais ajouter « en apparence », car certains clubs disposant soi-disant d’un budget illimité sont extrêmement endettés. Je n’en citerais que deux, sans doute les plus connus dans le monde, le Real et le FC Barcelone, qui à eux deux ont remporté 13 titres en C1 (9 pour le Real et 4 pour le Barça). Au passage je ferais observer que le Real, qui, à grands coups de millions prêtés par les banques, a acheté depuis plus de dix ans la plupart des meilleurs joueurs du monde (dont C. Ronaldo et Gareth Bale), n’a pas gagné une seule fois la Ligue des Champions depuis 2002. Comme quoi l’argent ne fait pas forcément le bonheur, au football comme ailleurs. Alors, me direz-vous, pourquoi cette tocade de l’UEFA à propos du « flair play financier » ?

Et bien, comme sans doute vous tous, je n’en sais rien, car je ne vois pas réellement ce que cela va changer dans le monde du football…sauf à pérenniser et à figer la situation actuelle dans la hiérarchie des clubs de football. Dit autrement, cela signifie aussi que l’UEFA ne veut pas que des riches investisseurs achètent des clubs susceptibles de bousculer la hiérarchie globale des clubs les plus réputés de la planète. En disant cela, je pense notamment à Manchester City et au Paris Saint-Germain, qui sont les clubs phares visés par le « flair play financier ». Par parenthèse, je note que Manchester City, appartenant depuis 2008 à un membre du Conseil exécutif de l’émirat d’Abou Dabi, et qui dispose donc de très gros moyens, n’a toujours pas dépassé le stade des huitièmes de finales de la Ligue des Champions depuis 2008, et s’est contenté d’un titre de champion d’Angleterre en 2012 et d’une Coupe d’Angleterre en 2011. Rien de bien extraordinaire, comparé à des clubs nettement moins riches. Cela étant, Manchester City, comme le PSG, a les moyens de frapper très fort sur le marché des transferts pour enfin figurer dans le dernier carré de la Ligue des Champions et, pourquoi pas, la remporter…sauf si l’UEFA l’empêche de recruter des joueurs ou à défaut lui interdit d’aligner ses recrues dans les compétitions européennes. Idem pour le PSG. Cela signifie que le Real Madrid, malgré son colossal endettement, pourra recruter qui il veut, et faire jouer ses recrues en Ligue des Champions, mais pas Manchester City ou le PSG, alors que le PSG affiche un déficit de 3.5 millions d’euros et n’a pas de dettes autres que celles vis-à-vis de son actionnaire.

Plus curieux encore, alors que le PSG a un contrat d’image et de sponsoring avec QTA (Autorité du Tourisme Qatarien) de 200 millions qui lui assure une visibilité totale à court et moyen-terme, l’UEFA fait des difficultés au club parisien, alors que tel autre club très endetté peut, s’il le désire, refaire à grands frais son stade…parce que tout investissement lié à la rénovation du stade n’entre pas en compte dans le calcul de la dette. Bref, même si ce financement du stade est monté intégralement grâce à des concours bancaires, le club ne risque rien vis-à-vis du « flair-play financier », alors qu’il n’accepte pas un sponsoring pur et dur en provenance d’un Etat… parmi les plus riches du monde. Ridicule!   Après tout si le Qatar a investi sur le PSG, et si un établissement qatari fait du sponsoring pour attirer l’attention sur le pays, ce n’est sans doute pas pour le plaisir de dépenser de l’argent, même s’il en a énormément, mais surtout pour avoir un retour, par exemple sur le tourisme, encore assez embryonnaire au Qatar par rapport à d’autres activités du pays. En outre le PSG est devenu une vitrine pour ce pays…au même titre qu’elle l’est et l’a été pour d’autres clubs dans d’autres pays.

Un dernier mot enfin : qui s’est indigné dans les années 50 au moment où le Real Madrid a remporté cinq fois de suite l’ancêtre de la Ligue des Champions (Coupe d’Europe des clubs champions), entre 1956 et 1960? Personne, et pourtant le club madrilène achetait systématiquement les meilleurs joueurs de la planète, ce qui lui permettait d’avoir dans ses rangs le meilleur défenseur du monde (Santamaria) et les quatre plus grand joueurs de l’époque, Di Stefano, Kopa, Puskas et Didi. Et le Real des années 2000, avec Ronaldo (le Brésilien), Figo, Zidane, Beckham, appelés les « galactiques », qui s’en souciait ? Personne. Alors pourquoi chercher des poux dans la tête au PSG, à Manchester City, qui, après tout, ne font qu’appliquer les mêmes méthodes que le Real d’autrefois et d’aujourd’hui, que le Barça d’autrefois et d’aujourd’hui, que l’Inter de Milan, le Milan AC et la Juventus autrefois ? Et le Bayern de Munich et Manchester United, n’ont-t-ils pas de gros sponsors, et ne paient-ils pas leurs vedettes au même tarif que celles du PSG ou de City ? Alors pourquoi toutes ces tracasseries pour certains clubs ? Je m’interroge, et j’espère qu’en cas de sanctions qui empêcheraient les clubs d’investir comme ils l’entendent, les tribunaux trancheront en leur faveur. De toute façon, quoi qu’il arrive, il y aura toujours des clubs plus riches que d’autres…et ce sera ma conclusion pour ce débat qui serait sans fin si l’on n’y met pas un terme.

Michel Escatafal


C’était il y a bientôt 56 ans…et il n’en reste plus beaucoup

Brésil 1958Alors que tout le monde en France et en Europe ne parle que du tirage au sort de la Ligue des Champions, et plus particulièrement chez nous de celui du Paris Saint-Germain qui sera opposé à Chelsea, tirage a priori très difficile pour le club parisien, alors aussi que l’on vient d’apprendre le décès, à l’âge de 100 ans, de l’ancien gardien de but René Llense, doyen des joueurs internationaux français, qui a participé aux Coupes du mondes 1934 et 1938, je voudrais évoquer aujourd’hui l’équipe nationale du Brésil 1958, une des quatre ou cinq plus fortes de l’histoire du football, qui vient de voir disparaître son capitaine lors de la Coupe du monde 1958, Bellini. Evidemment, pour nombre d’internautes dont l’histoire commence à l’an 2000, cette équipe ne présente plus guère d’intérêt, mais dans cette équipe il y avait quand même des joueurs qui s’appellent ou s’appelaient Pelé, que tout le monde ou presque considère comme le meilleur footballeur de tous les temps, mais aussi Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Orlando, Zito, Didi, Garrincha, Vava, Zagalo, sans oublier De Sordi, Altafini, Mauro, Zozimo et Pepe. Que des noms de joueurs qui étaient tous les meilleurs ou parmi les meilleurs à leur poste. Bref, une constellation d’étoiles qui valait bien celle de l’équipe d’Espagne 2008-2010, qui fait référence de nos jours. En fait, pour nombre d’amateurs de football, il n’y a guère que la Hongrie de période 1952-1956 ou le Brésil 1970, qui puisse soutenir réellement la comparaison avec les champions du monde 1958.

Si j’évoque cette équipe aujourd’hui, c’est parce que la « grande faucheuse », comme on disait à l’époque du Moyen Âge ou de la Renaissance, continue son œuvre macabre et envoie au paradis des footballeurs les derniers rescapés de cette formation qui avait enfin délivré tout un peuple, surtout après la terrible déconvenue du Maracana contre l’Uruguay en 1950. Elle aurait pu attendre quand même un peu plus longtemps, car trois d’entre eux étaient décédés entre les mois de juillet et août dernier, à savoir Djalma Santos (23 juillet), De Sordi (24 août) et Gilmar (25 aout). Elle avait d’ailleurs opéré de la même manière en 2002, avec les décès de Mauro, Vava et Dida. Au total, ils ne sont plus que sept encore en vie (Zito, Pepe, Zagallo, Pelé, Dino Santi, Moacir et Altafini qui était surnommé à l’époque Mazzola (en souvenir de Valentino Mazzola, père de Sandro, super joueur décédé en 1949 dans un accident d’avion à Superga avec l’équipe du Torino), ce qui signifie que quinze footballeurs sur les vingt-deux qui ont remporté la Coupe du Monde 1958 ont disparu, dont huit qui ont disputé la finale le 29 juin 1958 à Stockholm contre l’équipe de Suède qui, elle, compte cinq rescapés parmi ceux qui disputèrent cette finale (Parling, Gustavsson, Borjesson, Hamrin, Simonsson), les six autres (Svensson, Bergmark, Axbom, Liedholm, Gren et Skoglund) ayant eux aussi rejoint leur paradis.

Reprenons à présent un à un les joueurs qui nous ont quittés depuis 1958, en commençant par le gardien remplaçant Castilho, décédé en 1987. Autre remplaçant, l’arrière gauche Oreco, mort en 1985, alors que le défenseur central, Zozimo, remplaçant en 1958 mais titulaire lors de la finale en 1962, est décédé en 1977. Un autre champion du monde remplaçant en 1958, titulaire en défense centrale en 1962 en étant devenu le capitaine de l’équipe, Mauro, est mort en 2002. Un an plus tard ce sera au tour de Martins, demi remplaçant en 1958, de disparaître. Par parenthèse, ce joueur a fait partie des rares joueurs brésiliens qui s’expatriaient à l’époque en jouant au Valence FC de 1958 à 1961. Enfin, dernier remplaçant à décéder (en 2002), l’attaquant Dida (6 sélections et 4 buts), qui aurait eu sa place partout ailleurs, mais barré par meilleur que lui à l’époque, notamment un certain Garrincha.

L’évocation de ce nom, ô combien prestigieux, me permet de faire la transition toute trouvée avec les joueurs décédés qui ont le plus largement participé à remporter la Coupe du Monde en 1958, en commençant par Bellini, décédé la semaine dernière, qui était un excellent arrière central dans le système en 4-4-2 du Brésil. Ce n’était pas le meilleur joueur de cette équipe mythique, mais comme ce sera le cas pour Didier Deschamps quarante ans plus tard pour la France, il restera à jamais dans l’histoire comme le premier footballeur brésilien à avoir brandi le trophée récompensant l’équipe vainqueur d’une Coupe du Monde, mais aussi comme un de ceux qui ont largement participé à la victoire en se comportant avec calme et précision au moment où l’équipe en avait besoin. Bellini gagnera aussi la Coupe du Monde suivante au Chili, mais, en 1962, il n’était plus titulaire. Autre défenseur emblématique de cette fameuse équipe du Brésil 1958, Nilton Santos, arrière gauche de grand talent, peut-être le meilleur à son poste à l’époque, décédé le 27 novembre dernier.

Cela étant, pour ceux qui ont lu l’épopée brésilienne de 1958, il y avait deux grandes vedettes, comme on disait à l’époque, Didi le meneur de jeu et Garrincha. Ce dernier fut peut-être le meilleur ailier que le football ait connu jusqu’à son époque, voire après. Avec ses jambes torses, son dribble, toujours le même, était irrésistible. Rares, très rares furent les défenseurs à savoir le contenir, au point pour certains de devenir fous à force de voir ce diable de joueur leur échapper, malgré leur attention à surveiller le côté où il enclenchait son dribble. Il fut sélectionné à 50 reprises dans la Seleçao, marquant 12 buts dont 4 pendant la Coupe du Monde 1962, où il remplaça plus qu’avantageusement Pelé blessé, marquant 2 buts très importants contre l’Angleterre en poules éliminatoires et 2 en demi-finale contre le Chili, pays organisateur. C’était d’ailleurs un excellent buteur malgré son poste excentré, puisqu’il marqua 232 buts en 531 matches avec Botafogo, où il fit l’essentiel de sa carrière avant de se perdre dans l’alcool et les déboires conjugaux, finissant sa vie sportive complètement ruiné. Il mourra en 1983 à l’âge de 50 ans.

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site de Didi, pour souligner qu’il nous a quittés en 2001, après avoir été deux fois champion du monde pendant ses 68 sélections dans l’équipe du Brésil. En revanche je n’ai jamais évoqué le nom de De Sordi, mort le 24 août 2013. De Sordi était arrière droit et a compté 22 sélections pour la Seleçao, et son rôle ne fut pas négligeable dans la Coupe du Monde 1958. Rappelons que c’était lui l’arrière droit lors du fameux match contre la France, où il était chargé de marquer un autre grand joueur disparu quelques jours auparavant (le 13 août), Jean Vincent.

Un autre défenseur, arrière central titulaire aux côtés de Bellini pendant la Coupe du Monde en Suède, est mort en 2010. Il s’agit d’Orlando (30 sélections), qui a longtemps joué à Vasco de Gama où il a fini sa carrière, après avoir aussi opéré en Argentine (Boca Junior) de 1961 à 1965, et au F.C. Santos jusqu’en 1969. A propos de Santos, c’est le moment de parler du plus grand gardien brésilien de l’histoire de la Seleçao, Gilmar, lequel a joué pendant sept ans (1962-1969) dans ce club que Pelé a rendu célèbre, après avoir opéré aux Corinthians entre 1951 et 1961. Gilmar, qui est mort le 25 août 2013, était un très grand gardien, calme, brillant sur sa ligne, qui a maintes fois sauvé son équipe.

On n’oubliera pas que le premier à lui avoir inscrit un but dans la Coupe du Monde 1958 était…Just Fontaine, meilleur buteur de cette Coupe du monde avec l’invraisemblable total de 13 buts, sur une magistrale ouverture de Kopa. Gilmar sera tout aussi brillant lors de la Coupe du Monde 1962, participant lui aussi largement à la deuxième victoire consécutive du Brésil, comme Djalma Santos (aucun lien de parenté avec Nilton), disparu le 23 juillet dernier, remarquable arrière droit, sélectionné à 98 reprises dans l’équipe du Brésil. Enfin, parmi ces champions du monde 1958, il y a un joueur qui mérite à lui seul, surtout pour nous Français, un chapitre à part, l’avant-centre Vava, mort en 2002.

Certes ce n’est pas un des joueurs qui ont le plus porté le maillot du Brésil, car il ne compte qu’une vingtaine de sélections, ce n’était pas non plus un technicien comme les Brésiliens en découvrent des dizaines chaque année, mais c’était un redoutable buteur, puisqu’il a marqué 15 buts dans sa carrière internationale, dont 9 en Coupe du Monde (5 en 1958 et 4 en 1962). Sur bien des plans Vava aura été un joueur très particulier. En effet, cet ancien demi ou comme nous disons aujourd’hui milieu de terrain, est devenu avant-centre lors de son arrivée à Vasco de Gama. Il ne fut sélectionné la première fois qu’en 1958, juste avant la Coupe du Monde, commençant l’épreuve comme remplaçant d’Altafini avant de prendre sa place. Il sera deux fois champion du monde en 1958 et en 1962, marquant le premier but en demi-finale contre la France en 1958, puis deux buts en finale. Quatre ans plus tard, il scellera la victoire en finale contre la Tchécoslovaquie. Autre particularité, il jouera avec succès en Espagne, précisément à l’Altlético de Madrid entre 1958 et 1961.

Cela dit, pour nous Français, ce qu’on retient d’abord de Vava, c’est d’avoir blessé Robert Jonquet (décédé en 2008), notre arrière central en demi-finale de la Coupe du Monde 1958, alors que les deux équipes étaient à égalité. Que se serait-il passé si Vava n’avait pas blessé Jonquet ? Nul ne peut le dire, car contrairement à tout ce qu’on peut lire un peu partout, nos Français avaient fait jusque-là jeu égal avec les Brésiliens, et si ces derniers l’emportèrent finalement (5-2), c’était parce que notre équipe a joué à 10 la totalité de la deuxième mi-temps, le remplacement d’un joueur blessé étant interdit à cette époque. Je ne sais pas si au paradis des footballeurs Vava a retrouvé Jonquet, mais sûrement que si l’un prétend que sans cette blessure du défenseur français le sort du match n’en aurait pas été changé, l’autre répliquera que sans ce fait de jeu le nom du vainqueur aurait pu être différent. C’était il y a presque 56 ans, mais pour nombre d’amateurs de football en France nés dans l’immédiat après-guerre, la question reste posée.

Michel Escatafal


Hip hip hip Drogba!

Hier soir, ce fut une grande joie pour moi de voir Chelsea remporter sa première Ligue des Champions. Cependant si j’étais très heureux, c’est surtout parce que Didier Drogba a enfin conquis ce grand titre international qui manquait à son palmarès. Et oui, malgré ses trophées en Angleterre (3 titres de champion,  4 Coupes d’Angleterre et 2 Coupes de la Ligue), Didier Drogba n’avait jamais rien gagné sur le plan européen ou planétaire. Plus curieux encore, il fait partie des rares grands joueurs de l’histoire du football à n’avoir jamais conquis le Ballon d’Or, au même titre que Puskas, Mazzola, ou plus près de nous Thierry Henry, alors que tant d’autres joueurs moins brillants l’ont enlevé au moins une fois. Enfin, pour être complet dans les regrets, et même si cela fait de la peine à nos amis ivoiriens, il est vraisemblable qu’avec Didier Drogba dans ses rangs, l’équipe de France aurait gagné la Coupe du Monde 2006, d’autant que cette année-là Didier Drogba avait fait une superbe saison avec son club de Chelsea.

Si je dis cela, c’est parce qu’en France personne, jusqu’à la fin de la saison 2003, ne s’était aperçu que Drogba avait un extraordinaire talent. A cette époque il opérait dans le club de Guingamp, et il avait tellement brillé au cours de la saison 2002-2003 qu’il fut transféré à l’Olympique de Marseille, qu’il emmènera l’année suivante en finale de la Coupe de l’UEFA.  En disant personne en France j’exagère un peu, car il y a au moins un Français qui avait repéré Didier Drogba, Robert Nouzaret, à l’époque sélectionneur de la Côte d’Ivoire qui, en septembre 2002, réussit à le convaincre de porter les couleurs de la Côte d’Ivoire (son pays d’origine), alors qu’en France il ne fut jamais sélectionné dans la moindre équipe de jeunes, bien qu’ayant aussi la nationalité française. Tant mieux pour la sélection de Côte d’Ivoire, à qui il aura apporté son énorme talent, marquant 55 buts en 84 sélections, et tant pis pour l’équipe de France à qui il a tellement manqué.

Parmi ceux qui ont remarqué immédiatement les qualités de Didier Drogba, il y a aussi José Mourinho, l’entraîneur du Real Madrid, peut-être le meilleur du monde, en tout cas le plus emblématique de la planète football. Il lui aura suffi d’un match de Ligue des Champions entre l’Olympique de Marseille et le F.C. Porto pour déceler l’exceptionnel talent de Drogba, contrairement à la quasi-totalité des entraîneurs de Ligue 1 et de la Direction Technique Nationale. Et c’est comme cela qu’à la fin de la saison 2003-2004, il se retrouva au club de Chelsea, avec à la clé un transfert de plus de 35 millions d’euros, malgré son désir de rester à Marseille. L’OM peut évidemment avoir beaucoup de regrets d’avoir laissé partir sa « pépite », mais ceux qui apprécient le joueur et l’homme sont en revanche heureux de son choix, parce qu’il se sera confectionné  un magnifique palmarès dans le club londonien. En employant le pot « pépite » je n’exagère nullement, car dans l’imaginaire marseillais il a rejoint  le buteur suédois Anderson, le non moins fameux buteur croate Josip Skoblar, le merveilleux dribbleur suédois Roger Magnusson  ou encore Chris Waddle, le mythique ailier anglais de l’équipe championne d’Europe en 1993, et tout cela en une saison.

Cela dit, Didier Drogba a enfin remporté la Ligue des Champions après laquelle lui et son club couraient depuis 2004. Et en plus il l’a fait à l’issue d’une finale où il s’avéra décisif comme rarement un joueur peut l’être, malgré la faute bête commise sur Ribéry qui coûta un pénalty à son équipe en prolongation, heureusement sans conséquence puisque Cech, le gardien de Chelsea, stoppa le tir de Robben. Entre parenthèse, si Drogba a provoqué le penalty c’est aussi parce que cet extraordinaire attaquant est le premier défenseur de son équipe, et pas seulement sur les coups de pied arrêtés où il vient systématiquement apporter  l’aide de son remarquable jeu de tête à ses partenaires défenseurs. En disant cela on peut mesurer au passage l’étendue de son activité, ce qui ne l’empêche pas de se battre seul à la pointe de l’attaque de la première à la quatre-vingt-dixième ou à la cent vingtième minute. Et ce ne sont pas les joueurs du F.C. Barcelone qui me contrediront, parce que Drogba fut aussi décisif en demi-finale contre le Barça qu’il le fut hier soir à Munich en finale de cette Ligue des Champions. Et si l’on trouve que j’exagère dans le dithyrambe, il suffit de demander à Puyol, l’emblématique défenseur du Barça, ce qu’il pense de Drogba pour être convaincu de la véracité de mes dires.

A ce propos, sans être un technicien du football, je suis persuadé qu’un Drogba est aussi utile dans une équipe qu’un Messi ou un C. Ronaldo. Oh certes, il n’a peut-être pas la vivacité de ces joueurs, il donne aussi une moindre impression de vitesse, il marque aussi moins de buts dans une saison, mais en revanche dans une équipe organisée  comme Chelsea, qui recèle infiniment moins de talent pur qu’au Real ou au Barça, il est sans doute  plus important d’avoir dans ses rangs un attaquant comme Didier Drogba. Ce dernier ne l’oublions pas est  capable à lui seul d’épuiser une défense, aussi solide soit-elle, mais aussi de convertir la seule occasion qui lui est offerte, comme il l’a fait hier soir dans les derniers instants du match. Oui, Didier Drogba est vraiment un merveilleux gladiateur des temps modernes par sa technique, sa puissance, son jeu de tête et son altruisme.

Je pourrais  ajouter que c’est aussi un très bon camarade pour ses équipiers, comme l’ont souligné hier soir ses coéquipiers Cech et Florent Malouda, son ancien partenaire de Guingamp, lequel va rejoindre l’équipe de France pour préparer le championnat d’Europe des nations auréolé d’un titre de champion d’Europe, un peu inespéré il y a seulement quelques semaines. Alors, quoiqu’il arrive à présent pour Didier Drogba, il aura enfin touché son Graal avec cette Ligue des Champions…qu’il n’espérait sans doute plus. Et ce n’est peut-être pas fini car, même s’il quitte Chelsea, il n’aura que l’embarras du choix pour opérer dans un grand club malgré ses 34 ans passés. J’espère à ce propos qu’on  fera  pour lui au Chelsea FC ce qui a été fait pour Thierry Henry à Arsenal, à savoir élever une statue à son nom car, sans son « vieux gladiateur », jamais Chelsea n’aurait complété ce manque à son palmarès que représentait la Ligue des Champions. Au fait, j’y pensais, le PSG ne cherche-t-il pas un avant-centre pour la saison prochaine ? Où pourra-t-il en trouver un meilleur que Didier Drogba ? Réponse, nulle part.  Un dernier mot enfin : j’espère que pour l’ensemble de son œuvre on donnera enfin le Ballon d’Or à Didier Drogba.

Michel Escatafal