Le tennis et ses reines…parfois exaspérantes

cris evertsharapovaPour être franc, je n’apprécie pas cette nouvelle mode de vouloir à tout prix que chaque sport ait une compétition identique chez les hommes et les femmes. C’en devient même ridicule ! Qui oserait dire qu’un combat de boxe entre deux femmes puisse atteindre la beauté d’un Hagler-Léonard, d’un Hagler-Hearns, d’un Leonard-Duran ou d’un Ali-Frazier ? Est-ce qu’une championne cycliste peut offrir en montagne, sur une pente à 9 ou 10%, le merveilleux spectacle d’une « giclette » de Contador ou d’un sprint échevelé sur 300 ou 400 mètres de Froome ? Idem sur la piste, où aucune femme n’égalera la beauté sauvage d’un sprint de Pervis sur 200 mètres. En revanche, nombre de sports méritent que l’on accorde la même considération à celles ou ceux qui le pratiquent au plus haut niveau. Je n’en citerais que quelques uns, à commencer par la gymnastique, le patinage artistique, l’athlétisme ou la natation, sans oublier évidemment le tennis. Certes en écrivant cela je sais que je ne vais pas me faire que des amis, mais, comme disait Boileau qui n’a pas eu la chance de connaître le sport tel qu’il est devenu depuis le début du vingtième siècle, « j’appelle un chat un chat ».

Fermons la parenthèse, et revenons justement au tennis féminin, lequel fut longtemps le symbole de ce mélange harmonieux de force et de beauté, ce qui n’est nullement incompatible, qui fut depuis bien longtemps la marque de fabrique des tenniswomen. J’ai bien écrit depuis bien longtemps, car malgré toute la sympathie que je porte au tennis féminin, je suis de plus en plus perplexe quant à la beauté du spectacle présenté. J’ai du mal à me faire à ce jeu  où les championnes cognent de toutes leurs forces,  alors que les hommes, et notamment Roger Federer, font  preuve d’une grâce que l’on qualifierait presque de féminine. En effet, entre les ahanements ô combien bruyants de nombre de joueuses, et les poings serrés des autres avec une poussée d’adrénaline toute masculine, je me dis que les amateurs de tennis de 40 ans et plus ont eu bien de la chance d’avoir pu voir  en action une Chris Evert, à l’allure merveilleuse, joliment vêtue, sans muscle saillant comme une athlète, bref tellement féminine, ce qui ne l’empêchait pas de frapper fort dans la balle quand les circonstances l’exigeaient. Son revers à deux mains notamment était meurtrier en passing-shot, et rien que d’y penser  je m’en régale encore. En plus cette merveilleuse féminité ne l’a pas empêchée de devenir l’une des plus grandes joueuses de l’histoire, avec ses 18 victoires en simple dans les tournois du grand chelem.

Serena Williams, en valeur absolue (et de très loin) la meilleure des joueuses de ce temps (18 titres en simple dans les tournois comptant pour le Grand chelem plus un titre olympique, 13 en double avec sa sœur plus 3 titres olympiques, et 2 en double-mixte), est très différente : sa première vertu est d’être une terrible combattante, ou encore « une combattante de l’ultime » comme elle se qualifie elle-même. Et c’est vrai que cela lui va bien, comme elle l’a démontrée à de nombreuses reprises dans les finales des tournois majeurs, par exemple face à Justine Hénin qui, dans un autre style, était elle aussi une combattante de premier ordre. En tout cas, si une comparaison devait être faite entre Serena Williams et une autre joueuse américaine, ce serait avec Billie Jean King (12 tournois du grand chelem en simple dans les années 70). Billie Jean King avait un jeu complet, sans doute meilleure volleyeuse que Serena Williams, mais son jeu était quand même basé sur la puissance. Et pour ajouter à la comparaison, comme Serena Williams, la carrière de B.J. King fut émaillée d’ennuis physiques, plus particulièrement d’accidents musculaires. Enfin, comme Serena Williams, B.J. King fut aussi une grande joueuse de double (16 victoires en double dames en grand chelem et 11 en double mixte).

Et puisque nous sommes dans l’histoire, je voudrais rappeler que si B.J. King, Evonne Goolagong, Cris Evert, Monica Seles, Steffi Graf, ou les sœurs Williams, ont marqué l’histoire du tennis féminin, les deux meilleures joueuses, au moins depuis 1945, sont plutôt Margaret Court et Martina Navratilova. Et pas seulement parce qu’elles ont accumulé les victoires dans les plus grands tournois, mais en raison de la qualité de leur jeu qui n’avait aucune faille. Margaret Court totalise 24 victoires en simple dans les tournois du grand chelem, dont le grand chelem en 1970, plus 38 en double et double mixte. Très athlétique pour l’époque (1.75 m) elle savait tout faire, comme plus tard Martina Navratilova (18 titres en grands chelems, plus un grand chelem à cheval sur deux années, et 58 titres en tout) qui avait à peu près le même gabarit. Cela dit, la différence entre ces deux joueuses et Serena  Williams était que leur jeu était plus basé sur le service et la volée, et qu’il était plus beau à regarder pour l’amateur de tennis.

Cependant j’ai toujours bien aimé à titre personnel Justine Hénin, jeune retraitée ayant dû renoncer à la compétition début 2011, après avoir tenté un come back suite au premier arrêt de sa carrière  en 2008, sans doute parce qu’elle était exténuée, son jeu exigeant  une grosse dépense physique. C’est pour cela qu’elle mérite tous ses nombreux succès malgré son petit gabarit, d’autant qu’elle était sans doute  moins douée qu’une fille comme Amélie Mauresmo, une de ses plus grandes rivales, mais loin d’avoir son palmarès. Justine Hénin, en effet, a fait une très belle carrière avec 7 victoires en simple en grand chelem et une médaille d’or aux J.O. d’Athènes, battant en finale Amélie Mauresmo.

Personnellement cela me faisait plaisir de voir une jeune femme mesurant 1.67m et pesant 57 kg tenir la dragée haute à  d’autres infiniment plus puissantes qu’elle. C’est aussi  ce qu’avait réussi à faire pendant quelques temps au début des années 2000 la Suissesse Martina Hingis (5 victoires en simple en grand chelem), qui mesure à peine 1.70 et pèse moins de60 kg. Aujourd’hui c’est une Russe d’un tout autre gabarit (1.88m), Maria Sharapova, aussi belle que grande, qui est la plus dangereuse rivale de Serena Williams, du moins quand elle n’est pas blessée. Elle aussi a beaucoup de classe, jouant comme de nombreux joueurs dans les années 70, avec des attaques puissantes du fond du court. Mais elle est exaspérante pour le spectateur ou le téléspectateur, qui a l’impression de sortir du match aussi épuisé qu’elle à force d’entendre ses cris hallucinants chaque fois qu’elle frappe la balle. Néanmoins elle a remporté 5 tournois majeurs en simple dans sa carrière et a été à plusieurs reprises numéro une mondiale, la première fois en 2005, alors qu’elle avait 18 ans. Mais, à titre personnel, je préfère voir jouer Vénus Williams, même si elle n’est plus ce qu’elle était, qui aurait pu faire une carrière équivalente à celle de sa sœur sans ses problèmes de santé. Cela ne l’a pas empêché de compter 7 titres du grand chelem dont 5 à Wimbledon (45 en tout sur le circuit). En outre, parmi les  joueuses actuelles, elle est celle dont le jeu ressemble le plus à Margaret Court ou Martina Navratilova…quand elle est en forme.

Autre caractéristique du tennis féminin depuis le début du nouveau siècle, la hiérarchie fluctuante…quand Serena Williams est blessée, avec des joueuses qui accumulent les performances ponctuelles qui les font grimper au classement, au point d’avoir à la première place mondiale des  Caroline Wozniacki ou (un peu avant) Dinara Safina  n’ayant jamais gagné de tournoi du grand chelem, ce qui était impossible à l’époque de Margaret  Court , Billie Jean King, ou encore de l’Australienne aborigène Evonne Goolagong qui, a 19 ans, a réalisé le doublé Wimbledon-Roland-Garros (1971),  sans oublier  Chris Evert  et Martina Navratilova qui ont illuminé le jeu dans leurs duels des années 70 et 80, mais aussi Steffi Graf (années 80 et 90),  et Monica Selès au début des années 90, l’inventrice des cris sur le court, à l’imitation de joueurs comme Connors.

Tout cela appartient au passé, comme appartiennent au passé les succès de nos trois meilleures joueuses depuis les années 60, à savoir Françoise Durr, qui a remporté Roland-Garros en 1967, Mary Pierce qui a gagné à Melbourne (1995) et à Roland-Garros (2000), et Amélie Mauresmo, vainqueur à Melbourne et à Wimbledon en 2006, du Masters en 2005, autant d’ exploits lui ayant permis d’être à la première place mondiale pendant une partie de l’année 2006. Autre exploit français, beaucoup plus inattendu celui-là, la victoire à Wimbledon en 2013 de Marion Bartoli, jeune femme n’ayant jamais été mieux classée qu’à la septième place en 2010. Une victoire tellement improbable qu’elle décida d’arrêter sa carrière un mois et demi plus tard à l’âge de 28 ans, considérant sans doute qu’elle avait touché son Graal, laissant un grand vide dans notre tennis féminin. Qui sera la prochaine grande championne française ? Personne ne peut le dire, à supposer qu’elle soit née. Et sur le plan mondial, qui succèdera à Serena Williams ? Difficile de répondre, mais je mettrais bien une pièce sur la Tchèque Petra Kvitova (24 ans) qui vient de gagner cette année son deuxième le tournoi de Wimbledon, et qui fait beaucoup penser…à une ex-compatriote, Martina Navratilova. Toutefois il faudra qu’elle fasse preuve de plus de régularité dans les années à venir, si elle veut marquer à son tour l’histoire du tennis féminin.

Bonne et heureuse année 2015!

Michel Escatafal


La Coupe Davis n’est plus ce qu’elle était

Coupe DavisIl y a quelque temps (mars 2011) j’avais écrit un article sur le tennis et la Coupe Davis (1991, année magique pour le tennis français), en notant que cette épreuve était loin, très loin même d’avoir son lustre d’antan. C’est pour cela que j’ai écrit en titre que « la Coupe Davis n’est plus ce qu’elle était » et si je n’avais eu peur que le titre soit trop long, j’aurais ajouté que « c’est pour cela que la France peut la gagner cette année ». En fait il y a longtemps qu’elle ne figure plus au rang des priorités des meilleurs joueurs, ceux-ci étant autrement plus préoccupés par leur classement mondial, lui-même étant fortement impacté par les tournois du grand chelem, les seuls qui vaillent dans l’esprit du public. Et s’il en fallait une preuve supplémentaire, nous l’aurions dans le fait que Marion Bartoli est devenue une grande vedette dans notre pays, pour avoir remporté le tournoi de Wimbledon l’an passé…après que 17 des 32 têtes de série aient été éliminées avant le second tour, ce qui lui a permis de remporter le tournoi en ayant battu Elina Svitolina, Christina Mc Hale, Camila Giorgi, Karin Knapp, Sloane Stephens, Kristen Flipkens et l’Allemande Sabine Lisicki. Bref, pour remporter son huitième titre sur le circuit WTA, sur le plus prestigieux des tournois, elle a quand même eu une certaine réussite, même si sa victoire ne doit rien à personne.

En écrivant cela, qu’on me pardonne, mais il faut être objectif même si j’ai été très heureux de la réussite de Marion Bartoli sur le gazon de Wimbledon, sur lequel elle avait déjà atteint la finale en 2007. En outre, on aimerait bien qu’un Français obtienne les mêmes résultats qu’elle dans les tournois du grand chelem, même si pour cela il faudrait qu’un Gasquet ou un Tsonga évite à la fois, Nadal, Djokovic, Federer, Murray ou Wawrinka…ce qui est impensable vu la densité du tennis masculin, autrement plus forte que celle du tennis féminin. Désolé de dire pareilles choses qui vont m’attirer les foudres de mes lectrices ! Toutefois, que celles-ci se rassurent : je ne ferais jamais pareille remarque en ce qui concerne le 100m ou le 400m en athlétisme, le 400m ou le 200m en natation, la descente ou le slalom en ski. Le sport féminin a cette particularité d’avoir des niveaux très élevés dans certains sports, et d’être loin de celui des hommes dans quelques autres, voire à des années-lumière pour quelques uns d’entre eux. Il faut appeler un chat un chat, et c’est la raison pour laquelle je regrette qu’on ait voulu la parité dans le cyclisme sur piste aux Jeux Olympiques, ce qui nous a privé de la poursuite individuelle, du kilomètre et de la possibilité d’aligner trois athlètes par nation en vitesse…pour avoir le même nombre d’épreuves chez les femmes et les hommes. C’est ridicule, mais c’est ainsi !

Cela dit, revenons à présent sur le tennis et plus particulièrement sur la Coupe Davis, seule épreuve avec Roland-Garros qui intéresse France Télévision…et encore, à condition que la France soit qualifiée. Si l’on veut voir les grands ou même les petits tournois, il faut être câblé, à deux ou trois exceptions près. En France, sans joueurs ou joueuses françaises, en dehors des Internationaux de France, les autres tournois du Grand chelem n’existent pas, pas plus que la Coupe Davis ou sa petite sœur féminine la Fed Cup. C’est ainsi hélas, ce qui explique grandement que nous n’ayons eu aucun Français vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem chez les hommes depuis 1983 (Noah à Roland-Garros), l’avant dernier datant de 1946 (Bernard), année de gloire pour notre tennis puisque Petra gagna Wimbledon. En revanche la Suisse, qui compte infiniment moins de licenciés que notre pays, a eu comme figure de proue depuis les débuts de la décennie 2000 Roger Federer, et à présent Wawrinka, qui vient de battre à Melbourne Djokovic en demi-finale et Nadal en finale, deux des meilleurs joueurs de l’histoire du jeu. On comprend mieux pourquoi la Suisse, avec ces deux joueurs, a aussi remporté l’or au tournoi de double des Jeux Olympiques en 2008…ce qui n’est évidemment jamais arrivé à la France depuis que le tennis figure de nouveau au programme olympique. Pour mémoire, puisque ce site évoque surtout l’histoire du sport,  je rappellerais que la France avait obtenu l’or aux J.O. de 1912 et de 1920 chez les femmes, avec respectivement Marguerite Broquedis et Suzanne Lenglen, et en 1912 chez les hommes avec André Gobert. Ce dernier remportera aussi le double à ces mêmes J.O. 1912 avec Maurice Germot.

Cela étant, et là nous sommes meilleurs que les Suisses, la France a remporté 9 fois le fameux Saladier d’argent, dont 3 fois depuis la création du Groupe mondial, en 1991, 1996 et 2001. Pas mal comme bilan, surtout si on y ajoute les résultats de l’époque des Mousquetaires (entre 1927 et 1932 avec Borotra, Cochet, Brugnon et le meilleur de tous, Lacoste). C’était la belle époque pour le tennis français, lequel avait à sa disposition les meilleurs joueurs du monde en simple comme en double, cette discipline ayant toujours une grande importance en Coupe Davis entre les journées de simple. A noter aussi, pour ceux qui aiment l’histoire, qu’à cette époque il y avait ce qu’on appelait le Challenge Round, c’est-à-dire que le vainqueur de l’année précédente était automatiquement qualifié pour la finale de l’année suivante, ce qui était quand même un sacré avantage, sans compter l’avantage supplémentaire de jouer « à la maison ». Ce fut ainsi jusqu’en 1971, date à laquelle on décida de remettre toutes les équipes sur un pied d’égalité à partir de l’année suivante, ce qui redonna de la vigueur à l’épreuve, surtout à cause de l’apparition du tennis au plus haut niveau des joueurs des pays communistes, ceux-ci faisant de l’épreuve reine du tennis par équipes un vecteur de propagande politique. Ainsi, en 1972, la première finale de la Coupe Davis nouvelle version donna lieu à un combat épique entre la Roumanie de Nastase et Tiriac et les Etats-Unis de Stan Smith, les Etats-Unis finissant par l’emporter par 3 victoires à 2. Il faut dire qu’à ce moment nous étions au début d’une nouvelle grande époque du tennis américain, lequel allait voir éclore dans les années suivantes des joueurs comme Ashe, Connors, Mac Enroe et Gerulaitis.

Curieusement Jimmy Connors n’a jamais gagné la Coupe Davis, symbole du peu d’attrait à partir de l’ère open des meilleurs joueurs pour cette épreuve…faute d’y trouver un intérêt financier suffisant. En outre, à ce moment (dans les années 70), la politique était de plus en plus présente dans le tennis comme par exemple en 1974, quand l’Inde refusa d’affronter en finale l’Afrique du Sud en raison de l’apartheid. Décision parfaitement justifiable au demeurant sur le plan moral, mais décision qui finissait d’affaiblir une compétition qui était loin d’exercer la même fascination qu’elle avait du temps du tennis amateur, époque où il était impensable que les Australiens Sedgman, Hoad, Rosewall, Laver, ou les Américains Trabert Seixas, Olmedo, pour ne citer qu’eux, ne disputent pas l’épreuve avant de passer dans les rangs professionnels. Un peu plus tard, en 1981, la Coupe Davis finit par supprimer les zones éliminatoires géographiques, ce qui lui redonna un petit regain d’intérêt, mais plus jamais elle ne retrouvera son prestige de l’époque des Mousquetaires ou de celle des années 50 et 60, quand Australiens et Américains se battaient pour remporter le Challenge Round, les deux nations ayant à leur disposition les meilleurs joueurs du monde.

Jamais plus la Coupe Davis ne retrouvera son prestige d’antan, la finale, en fin de saison (fin novembre) étant devenue presque une corvée pour des joueurs éreintés par les exigences d’un calendrier démentiel. Elle l’est d’autant plus que les meilleurs joueurs du monde vont presque toujours dans les phases ultimes des tournois (Master 1000 et Grand chelem), et participent au Masters (mi-novembre), juste avant la finale de la Coupe Davis si leur pays est qualifié. Ainsi la Suisse, malgré Federer et Wawrinka, mais aussi la Grande-Bretagne malgré Murray, l’Argentine malgré Del Potro, n’ont jamais remporté l’épreuve. La Serbie, avec Djokovic, ne l’a emporté qu’en 2010. Quant à l’Espagne, malgré Nadal et plusieurs joueurs parmi les tous meilleurs (Ferrer, Robredo), elle n’a plus gagné depuis 2011, battue en finale 2012 par la République Tchèque, équipe qui a battu aussi la Serbie en finale 2013. A noter toutefois que, cette dernière année, la République Tchèque s’est qualifiée pour la finale en ayant vaincu la Suisse au premier tour, celle-ci ayant joué sans Federer, et l’Argentine en demi-finale, sans Del Potro. Pas la peine d’ajouter d’autres commentaires…ce qui laisse beaucoup d’espoirs à l’équipe de France en 2014, avec un tirage au sort a priori assez facile, parce que pour l’équipe de France la Coupe Davis est très, très importante. En plus avec Gasquet et Tsonga, elle dispose de deux excellents joueurs…même s’ils sont un ton en dessous des tous meilleurs (Nadal, Djokovic, Murray, Federer, Del Potro  et sans doute à présent Wawrinka). En fait, la vraie grande victoire de l’équipe de France en Coupe Davis depuis l’époque des Mousquetaires date de 1991, où Leconte et Forget battirent les Etats-Unis d’Agassi, Sampras et d’une paire de double composée de Flach et Seguso, considérée à l’époque comme la meilleure du monde. Et oui, c’était il y a 23 ans ! Décidément les grands exploits du sport français sont toujours historiques, hélas !

Michel Escatafal


Gauchers de génie dans le sport – partie 1 (boxe, basket, tennis )

S’il y a bien une catégorie d’individus doués pour le sport, et le reste aussi (Platon, Charlemagne et Napoléon), c’est bien celle des gauchers. J’en profite au passage pour dire que je suis droitier, comme tous les membres de ma famille, cela pour montrer que je ne fais que constater une évidence. Fermons la parenthèse pour noter que cette catégorie de personnes se servant quasi exclusivement de leur main ou pied gauche pour faire du sport a une importance dans l’histoire du sport infiniment supérieure à la proportion de gauchers exclusifs dans l’ensemble de la population, puisqu’on en comptabilise entre 12 et 13%, certains disent même 10% de gauchers exclusifs. Et oui, il y a gauchers et gauchers, sans parler des gauchers contrariés, ce qui m’incite à n’évoquer dans ces articles consacré aux gauchers de génie du sport que des gauchers avérés à défaut d’être exclusifs, dans les sports que j’ai pratiqués ou que je connais à travers leur histoire.

Déjà je vais passer très vite sur les sportifs pour qui être gaucher ou droitier n’a a priori qu’une importance toute relative. En disant cela je pense notamment aux pilotes automobiles, peut-être les deux meilleurs de l’histoire dans leur discipline, à savoir Ayrton Senna pour la Formule 1 et Sébastien Loeb pour les rallyes. Je dirais la même chose pour le vélo, et notamment en pensant à nos trois champions du monde de vitesse, du kilomètre et du keirin que furent  Frédéric Magné, Laurent Gané et Arnaud Tournant, dans les années 1990 et 2000. C’est déjà plus important quand il s’agit de boxeurs, car leur façon de boxer peut en dépendre, certains boxant en « fausse garde ». Je ne vais pas en citer beaucoup, simplement ceux qui me viennent à l’esprit, mais tous à des titres divers figurent parmi les plus grands boxeurs, toutes époques confondues.

Carmen Basilio d’abord, qui fut un grand rival de Ray Sugar Robinson, et qui lui prit même le titre de champion du monde des poids moyens en 1957, avant de perdre dans le match revanche l’année suivante. Auparavant il avait été champion du monde des poids welters entre 1955 et 1957. Bref Basilio, fut un très grand boxeur gaucher, remarquable technicien, au point d’avoir été élu boxeur de l’année en 1957 par Ring Magazine.  Et à cette époque, nous étions dans l’âge d’or de la boxe !

Autre grand boxeur gaucher dont je voudrais parler, le grand, l’immense Marvin Hagler, dont j’ai souvent parlé sur ce site, et à qui j’ai consacré un article à propos de son fameux match contre Ray Sugar Leonard , un combat qui fait partie de la légende de la boxe. Hagler était certes gaucher, mais beaucoup d’amateurs de boxe ont comme souvenir de lui qu’il savait boxer avec les deux gardes, comme il l’a prouvé lors de son championnat du monde contre le boxeur ougandais John Mugabi, redoutable puncheur, vaincu par K.O. à la onzième reprise. Dans ce combat, en effet, Hagler a boxé en droitier les deux premiers rounds, puis en gaucher jusqu’au onzième round, où de nouveau il changea de garde.

Troisième boxeur gaucher dont je veux évoquer le nom, Oscar de la Hoya, surnommé le Golden Boy, qui a été champion olympique des poids légers en 1992 à Barcelone, et qui fit une carrière professionnelle extraordinaire, puisqu’il est le premier  boxeur à avoir remporté un titre mondial dans six catégories différentes (des super-plumes aux poids moyens), avant d’être battu par les deux meilleurs boxeurs de l’époque actuelle, Floyd Mayweather et Manny Pacquiao. A noter que De la Hoya était gaucher, mais il boxait généralement  en droitier, même s’il boxa en fausse-garde contre un autre gaucher célèbre, Pernell Whitaker, qui fut lui aussi champion olympique des poids légers à Los Angeles en 1984, et qui détint une ceinture mondiale dans quatre catégories (des légers jusqu’aux super-welters).  Les deux hommes se sont affrontés en 1997 pour le titre des welters WBC, et De la Hoya l’emporta de peu sur son adversaire, ce dernier lui transmettant en quelque sorte le témoin car il était âgé alors de 33 ans.

Passons à présent à d’autres sports où les gauchers ont laissé une empreinte beaucoup plus significative encore…parce que leur main gauche faisait partie de leur outil de travail. En basket je pense à Larry Bird, joueur américain de NBA qui fut membre de la fameuse Dream Team de 1992, que l’on avait surnommé Golden Hand (main d’or). Si on lui a donné ce surnom, c’est tout simplement parce que sa main gauche était vraiment magique. Elle l’était tellement qu’il a gagné dans sa carrière tout ce qu’un joueur peut remporter comme trophées collectifs ou individuels dans le basket, et surtout il fut désigné comme sportif de l’année par l’Associated Press en 1986, premier joueur basket de l’histoire à obtenir cette distinction. Si j’osais, je dirais que sa main gauche peut-être comparée à celle de Michel-Ange, Raphaël et Léonard de Vinci, autres gauchers de génie.

Mais que dire des joueurs de tennis, sport qui compte de nombreux gauchers parmi ses plus grands joueurs. A ce propos il faut déjà commencer par souligner que jouer contre un gaucher est déjà plus difficile, pour la simple raison que le revers devient coup droit ou encore que le rebond du service tourne à contre sens. Bref, déjà il faut apprendre à jouer contre un gaucher, plus encore que dans la boxe, ce qui est un avantage considérable pour un gaucher. Ce n’est pas pour rien si Federer n’a jamais réellement su comment maîtriser le coup droit lifté de Nadal, plus particulièrement sur terre battue!

Nadal justement,  est le dernier des fantastiques joueurs gauchers qui ont illustré l’histoire du tennis, avec son grand chelem en carrière puisqu’il a remporté sept titres à Roland-Garros, plus ses victoires à Wimbledon (2), et ses succès  à Melbourne et Flushing-Meadow, ce qui le place au niveau de Rod Laver et de Bjorn Borg au nombre de tournois du grand chelem gagnés (11), juste derrière Emerson (12 avant l’époque open), Sampras (14) et Federer (17). A la lecture de ces chiffres, certains me feront remarquer que les trois joueurs qui ont remporté le plus grand nombre de tournois du grand chelem ne sont pas gauchers. Certes, mais parmi les deux seuls joueurs ayant réalisé le grand chelem, outre Donald Budge,  il y a le gaucher australien Rod Laver, qui l’a réalisé deux fois à sept ans d’intervalle (1962-1969).

En outre, comme je l’ai écrit à plusieurs reprises sur ce site, si Laver a un tableau de chasse vide dans les tournois majeurs entre 1963 et 1967, c’est parce qu’il n’avait pas le droit de les disputer puisqu’il était professionnel. Combien en aurait-il gagné de plus pendant les cinq ans où il se trouvait au sommet de sa carrière (entre 25 et 29 ans) ? Nul ne le sait, mais vu la supériorité qu’il manifestait sur le circuit professionnel, on peut imaginer que c’est lui qui détiendrait le record de tournois du grand chelem remportés. Pour mémoire on rappellera qu’il a vulgarisé le lift, qu’il est le précurseur de la prise unique de raquette, qu’il avait tous les coups du tennis,  et un jeu de jambes exceptionnel. Tout cela lui ayant permis d’être le vrai numéro un mondial en 1961 et 1962, puis chez les professionnels, et enfin en 1968 et 1969. Qui dit mieux ? Personne.

Parmi les gauchers de génie je pourrais aussi évoquer les deux Américains Jimmy Connors et John Mac Enroe. L’un et l’autre dominèrent le tennis à leur époque, parfois même en même temps. Connors fut le meilleur joueur en 1974, un des deux meilleurs avec Borg par la suite (jusqu’en 1978), puis de nouveau numéro un en 1982 après la retraite du Suédois. A la même époque son plus grand rival fut John Mac Enroe, peut-être le plus doué de tous. Connors, à son meilleur niveau, était un joueur qui semblait jouer avec un lance-flammes, ce qui détruisait l’adversaire. Mais ce qui le différenciait le plus des joueurs qu’il affrontait, c’était ce revers à deux mains de gaucher qui était véritablement meurtrier, tant en passing qu’en retour de service. Mac Enroe en revanche, bien qu’ayant un jeu lui aussi très violent, était davantage artiste. Il ne donnait pas la même impression de cogner que « Jimbo », mais ses coups faisaient très mal aussi. Son service tellement spécial, qu’il délivrait au départ en étant sur une ligne parallèle à celle du court, était extraordinairement efficace, suivi le plus souvent par une volée qui ne l’était pas moins. Et, plus que tout sans doute, il possédait tous les coups dans sa raquette. D’ailleurs il était aussi brillant en double qu’en simple.

Et puisque j’en suis aux joueurs de tennis, je voudrais souligner que nous avons eu en France deux magnifiques joueurs gauchers, qui ont remporté la Coupe Davis en 1991, à savoir Guy Forget et Henri Leconte. Pour ceux qui l’ont connu quand il jouait au plus haut niveau, il est amusant d’entendre Henri Leconte donner  des conseils aux joueurs d’aujourd’hui, comme pourrait le faire un Lendl qui a tiré la quintessence de ses qualités. Leconte, en effet, aurait dû devenir un des joueurs du vingtième siècle…s’il avait exploité ses extraordinaires dons. Il savait tout faire, et tout faire bien.  Inutile de décrypter ses qualités, car il les avait toutes, sauf  la constance et la concentration. Forget était moins doué, mais son service, sa volée et son application lui ont permis de faire une très belle carrière, en simple et plus encore en double, en rappelant au passage que la paire Forget-Leconte est la seule à être invaincue en double dans toute l’histoire de la Coupe Davis (11 victoires en 11 matches).

Cela étant, pour être complet avec l’apport des gauchers sur le tennis, on n’oubliera surtout pas les dames. En effet, avec Martina Navratilova nous sommes en présence de la meilleure joueuse de l’histoire tant en simples (18 tournois du grand chelem plus le grand chelem en simple sur deux saisons) qu’en double (31 titres plus 10 titres en double mixte). J’ai souvent parlé d’elle sur ce site, et c’est pour cela que je ne vais pas insister. Elle aussi avait toutes les qualités, tous les coups du tennis, et avait acquis au fil des ans la ténacité qui font les supers champions. Quant à Monica Seles, elle aurait dû devenir plus grande encore qu’elle ne le fût si un fou n’avait eu l’idée de la poignarder en 1993, alors qu’elle arrivait dans les plus belles années de sa carrière (20 ans), et qu’elle avait déjà remporté 8 tournois du grand chelem. Hélas pour elle, après deux ans sans compétition et le traumatisme subi, elle ne retrouvera plus jamais son niveau d’avant l’accident, et se contentera de gagner l’Open d’Australie peu après son retour (en 1996). Sans cet accident horrible, combien de tournois du grand chelem aurait remporté Monica Seles, sorte de Jimmy Connors au féminin, avec une envie constante de « cogner » en poussant des cris stridents, ses retours de service fulgurants et son revers giflé. Autant d’atouts qui ont fait d’elle une joueuse hélas trop méconnue, compte tenu de ses qualités intrinsèques, mais qui a marqué l’histoire.

Michel Escatafal


Borg, roi du tennis open dans les années 70

A quelques jours de Roland-Garros, je voudrais revenir aujourd’hui sur un joueur, le Suédois Bjorn Borg, qui fut peut-être avec Rafael Nadal le meilleur joueur de l’histoire sur la terre battue. En tout cas, nombre de spécialistes pensent qu’à sa façon il a révolutionné le jeu sur terre, avec son formidable coup droit lifté et son magnifique revers à deux mains (croisé ou le long de la ligne). A ce propos, je rappellerais que si de nos jours beaucoup de joueurs utilisent le revers à deux mains, ce n’était pas le cas encore au début des années 70 et de l’ère open. En fait, le développement de cette technique a été mis en évidence parce que les deux meilleurs joueurs de la décennie 70, Borg et Connors, l’ont mise en pratique. Fermons la parenthèse pour revenir sur la technique en coup droit de Borg, en précisant qu’il y mettait un lift extraordinaire pour l’époque avec une raquette en bois (tendue à près de 30 kg), négociant sa balle très tôt, et attaquant sur pratiquement tous ses coups de ce côté, obligeant l’adversaire à rester au fond du court, parfois même loin de la ligne. Et s’il voulait desserrer l’étreinte, cet adversaire devait nécessairement prendre des risques qui, à la fin, finissaient par provoquer une faute.

Bien sûr Borg n’avait pas que cet atout dans son jeu, car il était aussi redoutable par ses passing-shots, qu’ils soient délivrés en coup droit ou en revers, grâce à une grande mobilité cultivée dans son passé d’athlète. Certains prétendaient d’ailleurs que ce Suédois à la concentration sans faille, était en fait un décathlonien des courts, ce qui n’était pas faux dans la mesure où son endurance (rythme cardiaque de 39 battements/minute) n’avait d’égale que sa souplesse et sa détente. Bref, Borg avait un ensemble de qualités qui en faisait l’archétype du joueur de terre-battue, tout en l’autorisant à tirer son épingle du jeu sur toutes les surfaces. Son service frappé très haut, était loin d’être un handicap, et lui permettait de réussir un nombre d’aces important, notamment dans les moments les plus stratégiques. Enfin, même s’il n’était pas un volleyeur pur, il était difficile de parler de faiblesse dans ce domaine, dans la mesure où il n’était pas maladroit quand il montait au filet. La preuve,  pour son entraîneur suédois, Lennart Bergelin, c’était un remarquable joueur de double même si, en fait, il ne le disputait pratiquement qu’en Coupe Davis. Cela étant Borg n’a jamais été un adepte du service-volée, mais le seul fait qu’il ait gagné à cinq reprises sur l’herbe de Wimbledon démontre qu’il savait jouer aussi sur surface rapide (il avait beaucoup joué sur bois dans ses jeunes années en Suède), ses retours de service meurtriers en témoignant, et qu’il possédait bien tous les coups du tennis.

Néanmoins, c’est quand même sur la terre-battue de Roland-Garros que Borg a sans doute le mieux donné sa pleine mesure. D’abord c’est Porte d’Auteuil qu’il a remporté le premier de ses onze titres dans les tournois du grand chelem. C’était en 1974, alors qu’il était à peine âgé de dix-huit ans, face à un adversaire qui avait sept ans de plus que lui, l’Espagnol Manuel Orantes. Le début d’un long règne qui allait lui permettre d’écraser tous ses adversaires les années suivantes, sauf en 1976 (battu en huitième de finale par le futur vainqueur Panatta) et en 1977 (participation à un circuit Intervilles) où il était absent. Et les adversaires qu’il a battus n’étaient pas n’importe lesquels entre l’Argentin Vilas (1975 et 1978), laminé les deux fois en trois petits sets, qui fut numéro un mondial en 1977, ou encore Victor Pecci le Paraguayen à la boucle d’oreille (il a lancé la mode) en 1979, puis Vitas Gerulaitis en 1980, le flamboyant joueur américain qui figura pendant des années entre la troisième et la quatrième place mondiale, et enfin Ivan Lendl en 1981, date qui correspond à sa véritable dernière année de compétition, où il dut batailler cinq sets pour l’emporter. Il remportera aussi bien d’autres succès sur cette surface qui lui allait tellement bien, notamment aux Internationaux d’Italie à Rome qu’il a gagnés en 1974 et 1978, ou encore à Monte-Carlo où il atteignit la finale en 1973, alors qu’il n’avait pas encore dix-sept ans, avant de l’emporter en 1977, 1979 et 1980.

Mais cela ne doit pas nous empêcher de parler de ses succès à Wimbledon, car ce fut un exploit inédit qu’avoir réussi à remporter le tournoi londonien à cinq reprises (record battu ensuite par Sampras) depuis le début du siècle précédent, tout comme il est le seul à avoir réussi trois doublés Roland-Garros-Wimbledon, qui plus est consécutivement (1978-1979-1980). Une telle série de records et de succès signifie bien que Bjorn Borg figure incontestablement parmi les meilleurs joueurs de l’histoire. Essentiellement joueur de terre battue à ses débuts, il a réussi à s’adapter au jeu sur gazon après avoir amélioré son service et ses volées. Sa première victoire sur le gazon londonien (1976), il la remporta sur Nastase en finale, en dépit d’une douleur à l’abdomen (élongation) qui l’obligea à se vaporiser à intervalles réguliers à l’endroit où il avait mal. Il souffrira de la même blessure en 1980, cette fois contre Mac Enroe, dans un match beaucoup plus difficile puisqu’il alla jusqu’au cinquième set (8-6), après un tie-break inoubliable au quatrième set qui se termina sur le score de 18-16.

A propos de cinquième set, il faut noter que Borg était très difficilement battable dans le cas où le match allait jusque-là. Connors s’en est aperçu à ses dépens à Wimbledon en 1977, à l’issue d’un match somptueux, dont il eut quelque mal à se remettre. La preuve, l’année suivante, dans une finale que tout le monde attendait acharnée, au lance-flamme comme avait titré Denis Lalanne dans l’Equipe, Borg s’imposa très facilement en trois sets secs, ne laissant que sept jeux à son adversaire américain. En revanche l’année d’après, en 1979, Borg souffrit mille morts pour arriver à s’imposer à Roscoe Tanner, gaucher américain et grand serveur, qui fut battu 6-4 au cinquième set. Borg eut très peur ce jour-là, car l’Américain était un joueur qui ne lui convenait pas sur surface rapide (il sera éliminé en 1979 à Flushing Meadow par ce même joueur), et il reconnut que si Tanner avait réussi à égaliser dans le cinquième set à 5-5, il aurait sans doute été battu. Il n’empêche, une nouvelle fois la concentration de celui qu’on appelait « Ice Borg », lui avait permis de se tirer d’un mauvais pas. En revanche, en 1981, face à Mac Enroe, il ne renouvellera pas son succès de 1980 et sera battu en quatre sets. Ce fut une sorte de passation de pouvoir avec son jeune rival américain qui le battra une nouvelle fois en finale à Flushing Meadow.

Flushing Meadow justement, sorte de morne plaine pour Borg, parce qu’il ne réussit jamais à s’y imposer, ce qui l’empêcha de réaliser le grand chelem. Cette succession d’échecs à l’US Open avait quelque chose d’incongru dans la mesure où Borg était très fort sur le décoturf, surface du tournoi américain. Il est vrai qu’il affronta chaque fois en finale Connors (en 1976 puis en 1978) et Mac Enroe (en 1980 et 1981). Chacun sait qu’il était très difficile de rencontrer les deux Américains chez eux, comme en témoigne par exemple le match contre Connors en 1978, où Borg fut autant écrasé que Connors le fut la même année à Wimbledon. Le joueur suédois avait pourtant une excuse, qui n’explique pas tout parce que ce jour-là Connors marchait sur l’eau, mais on apprit une semaine après la fin du tournoi new-yorkais que Borg souffrait d’une ampoule au pouce qui le handicapa considérablement au service. Sans doute aurait-il été battu quand même tellement Connors se sentait fort dans l’antre de Flushing Meadow, mais sa chance était passé de gagner au moin une fois l’US Open, et de réussir du même coup le grand chelem, qu’il serait allé chercher en Australie, tournoi très dévalué à l’époque.

Borg, comme d’autres joueurs avant et après lui, mesurait la difficulté de réaliser le grand chelem, exploit qu’ils sont deux seulement à avoir accompli, Donald Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969). Cependant il restera dans l’histoire comme un des plus grands joueurs qu’ait produit le tennis. Il sera aussi le premier joueur à avoir transformé le tennis en un spectacle populaire, grâce à la télévision. Et pourtant la carrière de Borg ne fut pas très longue, à peine huit ans, puisqu’il s’arrêta quasi définitivement en 1982 après une défaite contre Noah à Monte-Carlo. Il essaiera de revenir dans le circuit l’année suivante, toujours à Monte-Carlo, et cette fois c’est Henri Leconte qui lui fera comprendre que son temps était passé. Dommage, car à 27 ans Borg avait encore beaucoup à donner au tennis, et peut-être qu’en continuant à jouer au plus niveau quelques années de plus il se serait-il évité quelques déboires dans sa vie d’après. Malgré tout, entre son lift, son revers à deux mains, sa concentration extrême et ses passings-shot, il aura énormément apporté au tennis, plus certainement que tout autre joueur avant lui. Et en plus, il aura eu à affronter dans sa carrière une ou deux générations de joueurs extraordinaires, tels Nastase, Panatta, Connors, Mac Enroe, Gerulaitis, Lendl, Noah.

Michel Escatafal