Qui sera le prochain crack du cyclisme sur route?

saganComme je l’avais écrit précédemment, le cyclisme sur route est en train de changer de génération, plus particulièrement dans les épreuves d’un jour. La meilleure illustration en est la victoire de Peter Sagan, hier à Richmond, le coureur slovaque, nouveau champion du monde sur route, ayant enfin obtenu le grand succès de prestige que sa classe laissait espérer, même s’il avait déjà remporté Gand-Wevelgem en 2013, et ramené à Paris le maillot vert dans le Tour de France en 2012, 2013, 2014 et cette année. J’ai aussi écrit « enfin », parce que ce jeune homme au look d’enfer a multiplié les places dites d’honneur dans les grandes classiques que sont Milan-San Remo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix ou l’Amstel Gold Race, ce qui en dit long sur ses capacités à s’imposer un peu partout, sauf sur les grands tours, où la haute montagne est pour lui un obstacle infranchissable pour espérer gagner le classement général.

Si je devais faire une comparaison entre Sagan et les grands champions du passé, je dirais que c’est quelqu’un qui se rapproche du profil d’un Rik Van Looy, même s’il est intrinsèquement un peu moins rapide au sprint, mais aussi de Sean Kelly, bien que ce dernier fût un meilleur rouleur. En tout cas, avec son prédécesseur portant le maillot arc-en-ciel, le Polonais Kwiatkowski, il représente le présent et surtout l’avenir du cyclisme sur route dans les courses d’un jour, en notant que ces deux jeunes champions (25 ans) ont un palmarès équivalent en ce qui concerne les grandes victoires, Kwiatkowski ayant remporté cette année l’Amstel Gold Race, sans oublier le titre de champion du monde c.l.m. par équipes obtenu, en 2013, avec ses équipiers de la formation Omega Pharma-Quick Step. Enfin pour terminer sur ce chapitre des courses d’un jour, domaine en partie réservé ces dernières années à Cancellara et Boonen, j’ajouterai qu’il faudra que Kwiatkowski et Sagan se méfient l’un et l’autre d’un autre coureur de la même génération, John Degenkolb (26 ans), vainqueur cette année de Milan-San Remo et Paris-Roubaix, mais aussi de Paris-Tours en 2013 et Gand-Wevelgem en 2014. Toutefois le coureur allemand est moins complet que ses deux rivaux, même s’il est peut-être un peu meilleur sprinter que Sagan. J’en profite aussi pour regretter, encore une fois, de ne pas pouvoir inclure un coureur français dans cet inventaire des nouveaux très grands talents… que nous n’avons plus depuis la retraite de Laurent Jalabert, coureur ô combien complet, capable de remporter des grandes classiques comme Milan-San Remo, la Flèche Wallonne ou le Tour de Lombardie, mais aussi de gagner une Vuelta et de devenir champion du monde contre-la-montre.

Cela dit, une évolution est aussi en train de se dessiner dans les grandes épreuves à étapes , même si le présent continue à être représenté par des coureurs trentenaires, Contador et Froome, voire Nibali, mais ceux-ci ne représentent pas l’avenir comme Quintana ou Aru, ou encore Majka et Dumoulin. Voilà beaucoup de jeunes coureurs de grande classe prêts à prendre la relève, mais je pense que les supers stars de la route dans les grands tours se nommeront vers la fin de la décennie Quintana et Aru, lesquels à moins de 25 ans ont déjà remporté un grand tour, le Giro 2014 pour Quintana en plus de ses deuxièmes places dans le Tour de France (2013 et 2015), et la Vuelta pour Aru, en plus de sa seconde place dans le dernier Giro. Et oui, rien ne vaut pour les sponsors une victoire dans un grand tour pour rentabiliser réellement leurs investissements, à moins d’avoir aussi un champion comme Sagan (Tinkoff-Saxo), à la personnalité bien affirmée ! Néanmoins, les sponsors d’Aru (Astana) et Quintana (Movistar) peuvent se frotter les mains d’avoir un coureur aussi talentueux dans leur équipe, et d’avoir la possibilité d’offrir aux spectateurs et téléspectateurs en mai, juillet et août des duels grandioses entre deux champions très différents. A ce propos, même si le plus doué est Quintana, car c’est un magnifique grimpeur et il roule bien contre-la-montre, il manque au Colombien le look branché d’un Peter Sagan, mais aussi et surtout le goût du panache que semble avoir Aru, à l’image de son idole, Contador, auquel il ressemble beaucoup, notamment dans sa manière d’appréhender les courses auxquelles il participe.

Il l’a prouvé à plusieurs reprises lors du Giro, mais aussi à la Vuelta, qu’il n’aurait pas gagnée s’il n’avait pas attaqué dans l’avant-dernier col de l’ultime étape de montagne. Il y a du Contador chez Aru, même s’il ne sera sans doute jamais aussi fort que le Pistolero en haute montagne ou contre-la-montre. Il n’empêche, ses progrès depuis l’an passé sont évidents, et il a tout pour représenter l’avenir du cyclisme sur route dans les grandes épreuves de trois semaines, d’autant qu’il a encore le temps de progresser, et qu’il avoue lui-même être prêt à tous les sacrifices pour devenir le meilleur. A ce propos il est le contre-exemple d’Andy Scleck, la volonté et l’ambition du jeune italien étant beaucoup plus exacerbées que celle du champion luxembourgeois. Qui aurait pu imaginer que le plus jeune des frères Schleck, deuxième du Giro 2007 alors qu’il avait 22 ans, se retirerait de la compétition à moins de 30 ans avec en tout et pour tout une victoire à Liège-Bastogne-Liège ? Rien que ce sur ce point Aru lui est déjà supérieur. Alors qui sera le plus fort dans l’après Contador et Froome ? La raison indique Quintana, s’il arrive à comprendre que pour gagner une épreuve de trois semaines il ne faut pas attendre la dernière montée pour passer à l’attaque, mais le cœur dit Aru pour le spectacle, même s’il ne faut pas négliger Dumoulin qui pourrait bien être le nouvel Indurain du World Tour, avec ses qualités de rouleur et sa faculté à accompagner longtemps les meilleurs grimpeurs.

Et les Français me direz-vous ? Hélas, trois fois hélas, le nouvel Hinault n’est pas né, ni le nouvel Anquetil, ni le nouveau Bobet, ni le nouveau Fignon, ni même le nouveau Thévenet, et pas davantage le nouveau Jalabert. Evoquer les noms de ces cracks ne rajeunit pas, mais, plus grave encore, nous fait prendre conscience que les Pinot, Bardet, Barguil ne sont pas au niveau de Quintana, d’Aru ou même Dumoulin, pas plus que nos sprinters Bouhanni ou Démare ne sont au niveau de Degenkolb. Reste Alaphilippe (23 ans), second de la Flèche Wallonne et de Liège-Bastogne-Liège au printemps dernier, mais qui n’a pas participé hier au final du championnat du monde, en qui certains,  toujours prêts à s’enthousiasmer à la première performance notable, voient  un nouveau Valverde. Reste aussi peut-être Coquard (23 ans), qui a un peu le même profil qu’ un Darrigade à son époque (années 50 et 60) ou un Cavendish, pistards comme lui  à leurs débuts, qui, outre leur collection de victoires d’étapes dans les grands tours, ont été champion du monde sur route (une fois) et se sont adjugés une grande classique (Tour de Lombardie pour Darrigade et Milan-San Remo pour Cavendish). Compte tenu de notre frustration, nous serions déjà très heureux si un coureur français obtenait pareils résultats!

Michel Escatafal


Le triomphe du « Gaulois » en Italie…

privatL’Italie est une terre où le sport et les jeux sportifs ont toujours eu une grande importance. Il suffit de consulter les historiens romains pour s’apercevoir qu’à Rome on raffolait de ce que l’on appelait à l’époque les spectacles athlétiques. Au premier siècle de notre ère, c’étaient les sujets de conversation, comme le sont aujourd’hui les matches de football ou le Giro au mois de mai. On en discutait avec passion en famille, à l’école, au Forum, au Sénat. Et les jours de spectacle, des foules considérables de 150 ou 200.000 personnes se dirigeaient vers le Circus Maximus, avec des mouchoirs aux couleurs de leur équipe favorite, comme de nos jours sur les pentes de Plan de Corones. Il est même arrivé que l’empereur prenne part à ces courses, comme ce fut le cas pour Néron. La différence avec les compétiteurs tels que nous les connaissons de nos jours se situe au niveau de la monture, puisque les héros de l’époque étaient juchés sur un char tiré par des chevaux  alors que les nôtres le sont sur une bicyclette. A ce propos, on « frottait » de la même façon qu’aujourd’hui en préparant les sprints, avec parfois des heurts entre chars qui provoquaient des chutes monumentales aux conséquences souvent dramatiques…qui n’avaient guère d’importance aux yeux des organisateurs et moins encore des spectateurs.

Pourquoi ce préambule historique sur l’Italie antique ? Pour bien montrer que dans ce pays la passion pour le sport a toujours été exacerbée, et que cette passion touche toutes les classes de la société. Elle a même servi de ciment après la deuxième guerre mondiale, et le cyclisme y a été pour une large part. Il est d’ailleurs vraisemblable que, s’ils avaient vécu au vingtième ou au vingt-et-unième siècle, les poètes de l’Antiquité romaine nous auraient délivré quelques unes de leurs plus belles pages en suivant les grandes épreuves du calendrier de la péninsule, assimilées pour nombre d’entre elles à de véritables épopées, où l’on voit les coureurs vaincre les obstacles redoutables et souvent  inconnus que la nature leur oppose. Ils auraient décrit le vélo comme un sport paré de toutes les merveilles des arts, où les preux chevaliers que sont les coureurs auraient été mis en scène avec  toutes les grâces de leur âge, sachant nous émouvoir jusqu’aux larmes par leur volonté, parfois leurs faiblesses, qui se mêlent à leur héroïsme. On peut aussi être certains qu’ils auraient su saisir les intérêts et les passions des tifosi, qui savent si bien transformer une simple escarmouche en trait de lumière. On imagine enfin la manière dont ils auraient traité le duel au sommet entre les campionissimi Bartali et Coppi, le premier étant sans doute présenté comme l’archétype de l’homme prudent et vertueux, le second étant plutôt un personnage si parfait dans son expression sur la route ou sur la piste, qu’on ne peut lui faire d’autre reproche que sa perfection même.

Parmi les épreuves mythiques du calendrier italien, il y a une course, Milan-San Remo, appelée la Primavera, qui se dispute chaque année au milieu du mois de mars, et qui lance véritablement la saison des classiques. Cette épreuve, très longue, qui approche les 300 km (293 très exactement), fait partie de celles qui peuvent s’offrir à la fois à des grands champions, mais aussi à d’autres qui le plus souvent se contentent de travailler pour les autres. Elle est souvent l’apanage des sprinters, mais peut aussi à l’occasion faire la fortune de quelques baroudeurs audacieux sachant profiter de circonstances favorables. Ce fut le cas en 1960,  avec la victoire de René Privat, surnommé « René la Châtaigne » ou encore « le Gaulois », pour son tempérament, son agressivité et ses attaques répétées…quand il pouvait jouer sa carte, ce qui arrivait assez souvent bien qu’il fût, à partir de 1955, l’équipier du grand Louison Bobet.

Cela lui a permis de se forger un palmarès plus qu’honorable, avec des victoires dans le Critérium National et Gènes-Nice en 1955, les Boucles de la Seine en 1956, trois étapes du Tour de France en 1957, le Tour du Var en 1958, le Tour du Sud-Est et le Grand prix Stan Ockers en 1959, plus une autre étape du Tour de France en 1960.  A cela s’ajoutent de nombreuses places d’honneur, comme nous disions autrefois, notamment une deuxième place dans le Midi-Libre en 1956, ainsi que dans la Flèche Wallonne et le Dauphiné Libéré en 1957. Mais bien entendu, son plus grand succès est cette victoire dans Milan-San Remo le 19 mars 1960.

Des préliminaires émouvants et un début de course mouvementé

Avant le départ de la course, les coureurs furent invités à rendre un hommage particulier à Armando Cougnet, ancien directeur de la Gazzetta dello Sport et organisateur en chef du Giro, disparu depuis peu, mais aussi à Fausto Coppi, le campionissimo, triple vainqueur de l’épreuve, décédé de la malaria le 2 janvier précédent, et à Gérard Saint, qui avait trouvé la mort dans un accident de voiture trois jours auparavant, la France ayant perdu ce jour-là un de ses plus grands espoirs (24 ans), à la fois rouleur et grimpeur, qui avait terminé le Tour de France à la neuvième place l’année précédente.

Ensuite la course s’élança pour un long périple de 288 kilomètres, avec une première échappée dès le quarante cinquième kilomètre, où l’on retrouvait les Italiens Cleto Maule, vainqueur du Tour de Lombardie et de Milan-Turin en 1955, Brenioli, le Belge Vloebergs, ces coureurs étant rejoints une trentaine de kilomètres plus loin par cinq Italiens, Minieri, Salviato, Fontana et deux excellents pistards, Pizzali, qui détint le record du monde amateur des 200 m en 1954 (12s), et le poursuiteur Armando Pellegrini.

Un peu plus tard, au kilomètre 92, douze hommes vont sortir du peloton à la poursuite des fugitifs, et pas n’importe lesquels puisque dans ce groupe il y avait les Belges Molenaers (vainqueur d’un Tour du Luxembourg) et Noel Foré (vainqueur de Paris-Roubaix 1959), Tom Simpson qui était en début de carrière, l’Espagnol Otano, et les Italiens Tomasin, Tamagni, Bruni, Liviero, Pierino Baffi, ainsi qu’Arnaldo Pambianco, qui allait remporter le Giro l’année suivante devant Jacques Anquetil, sans oublier les Français Robert Cazala…et son coéquipier chez Mercier, l’Ardéchois René Privat. Ce dernier avait d’ailleurs failli l’emporter deux ans plus tôt (vainqueur Rik Van Looy), après une longue échappée,  n’ayant été rejoint qu’à 3 kilomètres de l’arrivée.

Fermons la parenthèse pour dire que les douze hommes ont rejoint très vite les premiers fugitifs, dès le début du Turchino. Le train mené par les fuyards était rapide, mais pas suffisamment au goût du tout jeune Tom Simpson (23 ans), ce qui l’incita à  partir seul. Il allait porter son avance à 1mn 40s sur ses poursuivants, eux-mêmes pris en chasse par les Italiens Carlesi, surnommé « Coppino » en raison de sa ressemblance physique avec le Campionissimo, et Nencini, vainqueur du Giro en 1957 devant Louison Bobet, qui allait remporter quelques mois plus tard le Tour de France. Carlesi et Nencini n’allaient pas mettre très longtemps à rejoindre le groupe de chasse derrière Simpson, avant que ce dernier ne soit lui aussi rejoint à environ 80 km de l’arrivée, après un raid solitaire de 45 kilomètres. Certains diront a posteriori qu’il avait pris ses marques pour l’avenir, dans la mesure où le coureur britannique remportera, entre autres grandes victoires, la Primavera en 1964.

René Privat passe à l’action

A un peu plus de 70 km de la via Roma, il y avait encore douze hommes en tête avec deux minutes d’avance sur le peloton, mais la distance commençait à faire sentir ses effets et seuls les meilleurs des groupes initiaux purent se maintenir au commandement de la course. Finalement ils se retrouvèrent au nombre de sept  dans le Capo Mele, situé à un peu moins de 50 km de l’arrivée. Ces sept coureurs avaient pour nom Nencini, Pambianco, Otano, Molenaers, Simpson, Cazala et Privat. Ce dernier se sentant très fort, bien qu’ayant avoué avoir à peine 2000 kilomètres d’entraînement dans les jambes (quelle évolution depuis cette époque !), décide alors de passer à l’offensive, ne serait-ce que pour vérifier l’état de fraîcheur de ses accompagnateurs. Cette accélération apporta la réponse à Privat : son principal rival était Nencini, même si ce dernier avait eu beaucoup de difficultés à répondre à son démarrage.

Cependant  rien ne pressait pour se lancer dans un raid solitaire, dans la mesure où les hommes forts du peloton avaient décidé de rouler pour combler le retard pris sur les échappés. Et il y avait du beau monde dans ce qui restait de ce peloton, à savoir Rik Van Looy, le roi des classiques, mais aussi l’Espagnol Miguel Poblet, double vainqueur de l’épreuve, ou encore un autre grand chasseur de courses d’un jour, Fred De Bruyne, ces trois hommes ayant la particularité d’être très rapides au sprint. Enfin dans ce groupe on citera également le recordman du monde de l’heure, Roger Rivière, qui participait à une des seules classiques qu’il ait eu le temps de disputer jusqu’à sa chute fatale dans le Tour de France. Gérard Saint, Roger Rivière : le cyclisme avait payé un lourd tribut à la malchance et au malheur en cette année 1960 !

La marche triomphale vers la Via Roma

Au pied du Poggio, rajouté cette année-là pour empêcher que la course ne se termine une nouvelle fois au sprint, ils étaient encore sept en tête. C’est le moment que choisit « Le Gaulois », placé à cet instant en troisième position, pour placer un terrible démarrage qui laissa sur place ses compagnons d’échappées, à la tête desquels se trouvait un Nencini pétrifié. René Privat fit cette ascension comme si sa vie en dépendait, ne faisant qu’accroître son avance sur ses poursuivants, réduits au nombre de deux, Jean Graczyk, le célèbre « Popoff », revenu du diable vauvert sur le groupe de tête, et un des premiers échappés de la journée, le Belge Molenaers.  Quant aux autres, ils ont très vite abdiqué, devant la foudroyante attaque de René Privat, ce qui les incita à se laisser gentiment absorber par le peloton des battus.

René Privat se souviendra toute sa vie de cette arrivée sur la Via Roma, sorte d’avenue qui aurait pu lui faire penser au retour à Rome des généraux victorieux, quand ils emmenaient leur char de triomphe devant une foule en délire. Oh certes René Privat ne ramenait pas un énorme butin comme ceux qui étaient pris aux vaincus après une bataille victorieuse, mais il allait entrer dans la légende du cyclisme, laquelle n’accueille que ses plus valeureux serviteurs. Un peu plus loin, Graczyk n’avait même pas besoin de disputer le sprint pour s’emparer de la seconde place à 11secondes du vainqueur, le troisième Molenaers terminant à 20 secondes de René Privat, loin devant le peloton des battus réglé au sprint par le Belge Decabooter devant le Français Ruby et Rik Van Looy, tout ce joli monde franchissant la ligne d’arrivée avec 1mn 40 s de retard sur « l’imperator » du jour. Cette magnifique victoire allait être suivie l’année suivante de celle d’un jeune coureur qui allait beaucoup faire parler de lui pendant les quinze années qui suivirent, Raymond Poulidor, qui remportait à cette occasion sa première grande victoire internationale, pour le plus grand bonheur d’Antonin Magne, inamovible directeur de l’équipe Mercier.

Au fait, puisque j’évoque des victoires françaises, depuis combien de temps un Français n’a pas gagné Milan- San Remo ? Très simple, depuis 1995 (année du décès de René Privat), date aussi de la dernière victoire d’un Français (le même) dans un grand tour. Ce champion s’appelle Laurent Jalabert. Cela fait tout juste 20 ans ! Faudra-t-il attendre encore 20 ans pour avoir le plaisir de voir un de nos compatriotes s’imposer sur la Via Roma ? Peut-être pas, car il y a des jeunes coureurs prometteurs qui vont vite au sprint, à savoir Démare, Bouhanni et le plus doué de tous sans doute, Bryan Coquard, lequel vient de remporter (avec Morgan Kneisky) le championnat du monde de course à l’américaine, comme un certain Mark Cavendish en 2008 (avec Wiggins). Hélas Coquard, en plus d’être très jeune (23 ans bientôt), ne dispose pas d’un train du niveau de ceux de ses principaux adversaires, ce qui l’empêchera sauf énorme réussite de l’emporter dès cette année. Alors on attendra encore un peu…Nous en avons l’habitude ! Mais qui pour gagner dimanche prochain ? Je miserais sur Sagan, tellement il mérite de remporter (enfin !) une grandissime victoire.

Michel Escatafal


2015 ne sera pas du même cru que 1955, 1965, 1975, 1985 ou 1995 pour le cyclisme français

PoulidorJajaEnfin un Poulidor qui gagne ! C’est ce que semblent affirmer ceux qui ne connaissent pas la carrière de celui qui fut le meilleur coureur français, et même mondial, des années 60 (après Jacques Anquetil)  jusqu’au début des années 70, à savoir Raymond Poulidor. Car, contrairement à ce qu’on peut lire un peu partout, Poulidor a beaucoup gagné dans sa carrière professionnelle, avec notamment une Vuelta (1964), Milan- San Remo (1961), la Flèche Wallonne (1963), le Dauphiné Libéré (1966 et 1969), , le Grand Prix des Nations qui était à l’époque le véritable championnat du monde contre-la-montre (1963), Paris-Nice (1972 et 1973), la Semaine Catalane (1971) et un titre de champion de France (1961). Rien que ça ! Combien de coureurs d’aujourd’hui peuvent se prévaloir d’un pareil palmarès ? Très peu. En fait seuls Contador, Cancellara, Gilbert et Valverde peuvent s’enorgueillir d’une pareille collection de grandes victoires, avec une diversité que seul Valverde peut revendiquer.

Cela signifie que le petit-fils de Poulidor a de qui tenir d’autant que son papa, Adrie Van der Poel, fut lui-même un beau champion, remportant notamment un Tour des Flandres (1986), Créteil-Chaville appellation à l’époque de Paris-Tours (1987), Liège-Bastogne-Liège (1988) et l’Amstel Gold Race (1990), sans oublier un titre mondial en cyclo-cross (1996). Or, justement, c’est dans cette discipline que Mathieu Van der Poel vient d’être sacré champion des Pays-Bas à l’âge de 20 ans dans la catégorie Elite. Et comme le jeune homme  a déjà remporté le titre de champion du monde sur route juniors en 2013, on voit que son avenir apparaît doré, au point que beaucoup d’observateurs avisés du vélo pensent que c’est peut-être lui le futur crack de la fin des années 2010 et du début des années 2020. Dommage qu’il ait opté pour la nationalité néerlandaise diront les amateurs de vélo franchouillards, mais que les mêmes se consolent en se disant que s’il devient ce qu’il pourrait être, on se chargera de souligner à l’envie qu’il est d’abord le petit-fils de notre Poupou national.

Fermons la parenthèse pour évoquer ce que pourrait être l’année cycliste 2015, qui sera fatalement moins glorieuse pour le cyclisme français que les années 1955, 1965, 1975, 1985 ou 1995. Si j’évoque ces années se terminant par 5, c’est parce que nous sommes en janvier et que les pronostics commencent à fleurir sur la saison à venir, où l’on verra Contador tenter le doublé Giro-Tour, Wiggins et Martin faire une tentative sur l’heure, et Froome et Quintana tenter un doublé inédit, Tour-Vuelta, depuis Bernard Hinault en 1978, à une époque où le Tour d’Espagne se déroulait au printemps. Pour mémoire, l’année 1955 avait été marqué par le troisième succès de Louison Bobet dans le Tour de France, prouvant qu’il était bien le meilleur coureur de son temps, d’autant que cette même année il avait remporté le Tour des Flandres avec le maillot de champion du monde sur le dos. En 1965, l’exploit de la saison aura été le fabuleux doublé Dauphiné Libéré- Bordeaux-Paris de Jacques Anquetil, sept heures séparant l’arrivée de la course à étapes du départ de ce qu’on appelait le « Derby de la route » dont la distance était de 572 kilomètres. Une victoire hallucinante si l’on songe que Jacques Anquetil avait dormi seulement une heure avant de prendre le départ, en pleine nuit,  de la plus longue classique du calendrier. Evidemment les contempteurs du vélo ne manqueront pas de souligner qu’Anquetil n’avait pas avalé que du sucre pendant la course, mais le résultat était là : le coureur normand avait accompli un exploit insensé.

En 1975, c’est Bernard Thevenet qui allait se couvrir de gloire en faisant mordre la poussière au grand Eddy Merckx. Après une victoire au Dauphiné Libéré, Thevenet se sentait prêt pour frapper un grand coup lors du Tour de France et priver ainsi Merckx du record de victoires dans le Tour de France (5 à l’époque). La victoire du coureur bourguignon paraissait à première vue quelque peu utopique, car jusque-là seul Ocana avait vraiment battu le fantastique coureur belge à la régulière. Et pourtant, malgré un début de Tour un peu poussif, avec une perte de 52 secondes sur 16 km c.l.m. à Merlin-Plage (sixième étape), Thévenet ne perdait pas espoir, parce qu’il ne concédait que 9 secondes au « Cannibale » entre Fleurance et Auch sur une distance de 37 kilomètres (neuvième étape), preuve que la marge de Merckx n’était pas si importante. La confirmation viendra un peu plus tard sur les pentes du Puy-de-Dôme (quatorzième étape), où Van Impe s’imposait au sommet devant Thévenet, avec l’épisode imbécile d’un « beauf » sur le bord de la route, celui-ci donnant un coup de poing au foie à Merckx, lequel fut handicapé sur la fin de la montée. Mais ce coup de bêtise du spectateur n’expliquait pas tout, puisque lors de la première étape alpestre Thévenet allait reléguer Merck à près de 2 minutes, ce dernier s’effondrant après une descente du col d’Allos à tombeau ouvert, où il avait pris pratiquement une minute à Thevenet. Le lendemain Bernard Thévenet, revêtu de jaune, allait porter l’estocade définitive dans l’Izoard, là où tellement de grands champions (Bobet, Coppi…) ont écrit quelques unes de leur plus belles pages d’histoire.

En 1985, c’est Bernard Hinault qui réalisera de nouveau le doublé Giro-Tour, après avoir été dominé l’année précédente par Laurent Fignon dans le Tour de France. Cela étant, en 1984, malgré toute sa bravoure, Hinault ne pouvait rien contre le meilleur Laurent Fignon que l’on ait connu, en raison aussi des suites de son opération un an auparavant. L’année suivante en revanche Hinault retrouvera toute sa verve et s’imposera devant son équipier Greg Le Mond, malgré une chute à Saint-Etienne où il eut le nez cassé, et grâce aussi, il faut bien le dire, à la bienveillance de son directeur sportif, Paul Koechli, qui avait interdit à l’Américain d’attaquer son adversaire blessé. Cela permettait à Hinault de rentrer dans le club très fermé des quintuples vainqueurs du Tour  avec Anquetil, Merckx, et dix ans plus tard Indurain, lesquels seront dépassés dans les années 2000 par Armstrong, qui l’emportera à 7 reprises…même s’il ne figure plus au palmarès, contrairement à d’autres coureurs ayant avoué s’être dopés. Comprenne qui pourra !  Trente ans après, Hinault est toujours le dernier vainqueur français du Tour de France, et ce n’est pas en 2015 qu’il aura un successeur, même si cette année deux Français (Péraud et Pinot) sont montés sur le podium…en l’absence pour raison diverses de Froome, Contador et Quintana.

Enfin il faut ajouter la formidable saison réalisée par Laurent Jalabert en 1995, avec au printemps ses victoires dans Paris-Nice, Milan-San Remo, la Flèche Wallonne, le Tour de Catalogne, le Critérium International et à la fin de l’été la Vuelta. Ouf, n’en jetons plus ! Laurent Jalabert était bien à ce moment le meilleur coureur du monde, même si Indurain pouvait lui contester cette suprématie en ayant gagné cette même année 1995, le Dauphiné Libéré, le Tour de France et le championnat du monde contre-la-montre. Il n’empêche, en 1995, comme en 1996, 1997 et 1999, Jalabert terminera premier au classement UCI. Personnellement, si je devais souligner une victoire plus qu’une autre en cette année 1995 bénie pour lui, ce serait Milan-San Remo, où il fut le seul à résister à la terrible attaque de Fondriest, champion du monde en 1988 et vainqueur en 1993 de la Primavera, dans la montée du Poggio. A cette occasion Jalabert fit preuve, dans la descente qui menait à l’arrivée, d’un sang-froid extraordinaire, en roulant avec son adversaire pour conserver les 8 secondes d’avance qu’ils avaient au sommet, tout en ne se découvrant pas trop pour l’emporter au sprint , ce qu’il fit à l’issue d’un mano a mano d’anthologie, les deux hommes terminant aux deux premières places avec quelques mètres d’avance sur leurs poursuivants. Magnifique succès de « Jaja », d’autant  qu’il était le super favori des suiveurs, preuve qu’il était bien considéré comme le meilleur. Quand un autre Français remportera-t-il la magnifique classique italienne ? Je ne sais pas, même si nos deux jeunes sprinters, Bouhanni et Démare, sont en grands progrès depuis deux ans. Mais sera-ce suffisant pour vaincre sur la Via Roma ? Je le souhaite très fort, sans trop y croire cependant. Peut-être un jour Bryan Coquard, coureur très véloce et remarquable pistard, capable en outre de passer de courtes bosses ?

Meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2015.

Michel Escatafal


Coquard est-il le nouveau Darrigade ? Peut-être…

darrigadecoquardDepuis mes plus jeunes années, j’ai toujours aimé le sport cycliste et c’est pourquoi j’ai autant de mal à me faire aux commentaires de la presse, spécialisée ou non, concernant le vélo. Quand je parle de presse, j’y inclus bien sûr les forums, endroit où on peut lire tout et n’importe quoi, ce qui explique que je ne participe plus depuis bien longtemps à ce type de discussions. Pourquoi en suis-je arrivé là ? Parce que j’aime viscéralement le vélo, et que je ne supporte pas qu’on l’égratigne, ne serait-ce qu’un peu. Oui le vélo fait partie de ma vie, comme aucun autre sport que j’ai pratiqué, parce que pour moi c’est le plus beau spectacle qui se puisse offrir, qui plus est dans des conditions encore extraordinairement favorables, surtout si on les compare à bien d’autres sports aussi médiatisés ou plus, qui voient  les prix des places s’envoler. Cela étant, et je ne suis pas le seul, nombre d’amateurs de vélos de plus de quarante ans seraient prêts à payer pour assister à des grands matches sur la piste, comme cela se faisait autrefois. Et précisément, c’est cette culture qui manque aux fans de vélo d’aujourd’hui…et malheureusement à nombre de coureurs.

Aujourd’hui la saison commence à la mi-janvier sur la route et se finit en novembre. Quels routiers iraient de nos jours participer à des réunions sur piste dans ces conditions ? D’ailleurs le voudraient-ils, qu’il n’y a pas d’organisateurs capables de les organiser. Et pourtant, quand je repense à l’époque pas si lointaine (dans les années 90) où était organisé l’Open des Nations à Bercy, je puis témoigner que cette réunion rencontrait un grand succès. Elle en rencontrait tellement que parmi les spectateurs il y avait de nombreux « anciens » qui avaient l’impression de revivre la glorieuse époque des Six jours de Paris, où les meilleurs routiers se mêlaient aux stars des vélodromes, dans des épreuves où ces stars avaient toutes les peines du monde à battre les routiers…quand ils y arrivaient. Certes, en 1958, pour les derniers Six jours de Paris, les routiers en question n’étaient pas n’importe qui, puisque dans les équipes engagées, aux côtés des Terruzzi, Batiz, Gillen, Timoner, Von Buren, Faggin, Plattner, Bellenger, Carrara, Senfftleben, Gaignard, Brun ou Forlini, on trouvait le nom de trois des plus grands rouleurs de l’histoire, si ce n’est les plus grands, à savoir Coppi, Anquetil et Rivière. Mais ils n’étaient pas les seuls, car il y avait aussi Miguel Poblet, le sprinter espagnol, le rapide belge Van Daele, Bernard Gauthier, Jean Stablinski et un certain André Darrigade.

Darrigade n’était pas encore champion du monde (il le sera en 1959), mais il comptait déjà à son palmarès de nombreuses victoires d’étapes dans le Tour de France, un Tour de Lombardie (1956), le trophée Baracchi (avec Graf), épreuve contre-la-montre par équipes de deux coureurs  très prestigieuse à l’époque (1956), ou encore le championnat de France sur route (1955), plus une multitude de victoires que de nos jours on traiterait sur le même plan (ou presque) qu’une victoire dans une grande classique. Si j’écris cela, c’est parce que maintenant on ne fait plus trop la différence entre une victoire au Tour de Langkawi ou à celui de Turquie avec Liège-Bastogne-Liège. En fait, on comptabilise pour chaque coureur le nombre de fois où celui-ci a franchi une ligne d’arrivée en vainqueur, quelle que soit l’épreuve…ce qui est un peu trop simpliste. Désolé, mais une victoire dans un grand tour, au championnat du monde sur route ou c.l.m., ou dans une des grandes classiques du calendrier, vaut quand même plus qu’une quinzaine de bouquets ramassés dans des épreuves de seconde zone!

Fermons la parenthèse, pour revenir à André Darrigade, sans doute le seul très grand routier-sprinter qu’ait eu le cyclisme français depuis 1946. Oh certes, on va m’en citer quelques autres entre 1950 et aujourd’hui (Caput, Graczyk, Groussard, Guimard, Esclassan, Jalabert, Nazon etc.), mais aucun autre coureur que Darrigade dans notre pays ne pouvait ou ne peut se vanter d’être capable de remporter régulièrement un sprint du peloton contre les tous meilleurs. Evidemment, je ne mets pas dans la catégorie des routiers-sprinters, les deux fuoriclasse qu’étaient en leur temps Bobet et Hinault. Pour mémoire je rappellerais que Bobet a gagné en 1956 Paris-Roubaix en battant au sprint les très rapides Debruyne et Van Steenbergen, ce dernier ayant été aussi battu par ce même Bobet l’année précédente au Tour des Flandres. Quant à Hinault nul n’a oublié sa victoire sur le vélodrome de Roubaix devant De Vlaeminck en 1981, ni celle remportée la même année dans l’Amstel en battant au sprint tout le peloton.

Fermons cette nouvelle parenthèse pour évoquer de nouveau André Darrigade et peut-être, je dis bien peut-être, celui qui pourrait enfin lui succéder comme référence mondiale chez les routiers-sprinters, à savoir Bryan Coquard. Comme André Darrigade, Coquard a l’avantage sur les deux autres excellents jeunes routiers-sprinters français de sa génération, Démare et Bouhanni, d’avoir débuté dans la carrière par la piste. Si je fais la comparaison avec Darrigade, c’est parce que le Landais de Narosse avait battu lors d’une épreuve sur piste à ses débuts (en 1949) le futur septuple champion du monde de vitesse professionnel, Antonio Maspes. Rien que ça ! En outre, lors des Six jours de Paris, comme je l’ai déjà conté dans un article précédent relatif au championnat du monde sur route 1959, Darrigade s’était permis de battre dans un sprint pour une grosse prime, lors des Six jours de Paris 1958, celui que l’on a appelé dans les années 40-50 le « Machiavel du sprint », Oscar Plattner (champion du monde de vitesse amateur en 1946 et professionnel en 1952). Tout cela pour dire que Darrigade était intrinsèquement très rapide, mais aussi très adroit sur la piste.

Coquard n’a pas les mêmes références en vitesse sur la piste, même s’il fut champion du monde de l’omnium en juniors en 2009 et 2010, raflant aussi cette année-là le titre junior en scratch. Surtout, il fut médaillé d’argent aux J.O. de Londres en 2012 dans l’omnium, sorte de décathlon de la piste avec le tour lancé, l’élimination, la poursuite, la course aux points, le scratch et le kilomètre. Il n’est donc pas un pur sprinter comme pouvait l’être Darrigade, mais outre le fait que le sprint a une grande importance sur le scratch (distance 15 km, avec le classement établi à l’issue du sprint à l’arrivée) et l’omnium, cette pratique assidue de la piste a conféré à Coquard une adresse que n’auront jamais Démare et Bouhanni. Au passage on notera que la référence absolue du sprint sur la route ces dernières années, Mark Cavendish, a été deux fois champion du monde à l’américaine. Et si j’ajoute ce détail, c’est pour bien montrer que d’une part la pratique de la piste est un avantage pour un sprinter, et que d’autre part Coquard est certainement aussi véloce dans l’absolu que Cavendish.

De quoi faire fantasmer les fans de vélo français…qui ne fantasment plus depuis si longtemps, du moins les connaisseurs.  Certains me feront remarquer que Coquard (22 ans dans deux mois) est plutôt un sprinter de poche (1.69m et 58 kg) , surtout comparé à des Greipel ou des Kittel, mais Cavendish n’est pas un monstre non plus (1.75m et 68 kg), ce qui ne l’empêche pas d’être très difficile à battre dans les deux cents derniers mètres. En outre, si je connais bien l’histoire du vélo, Roger Gaignard, qui aurait mérité de remporter au moins un titre mondial en vitesse dans les années 50, était un sprinter de poche. Mais il était très véloce naturellement. C’est pour cela que les mensurations de Coquard ne m’inquiètent pas, et que je crois de plus en plus en lui, même s’il faut encore attendre un peu pour s’enflammer et le considérer comme le vrai successeur de Darrigade. Une chose est certaine, le jeune homme semble très mur pour son âge, et il semble avoir un sens tactique qui a parfois fait défaut à André Darrigade, ce qui lui a fait manquer nombre de victoires à sa portée. En tout cas, l’avènement de Coquard, mais aussi celui un peu moins récent de Démare et Bouhanni, nous fait dire que le cyclisme français a sans doute de beaux jours devant lui dans les courses d’un jour, avant de trouver dans les grands tours le successeur de Bobet, Anquetil, Hinault ou Fignon.

Michel Escatafal