Quand la France remportera-telle la Coupe du Monde de rugby ?

CdM2015Jusqu’à ces dernières années le XV de France avait toujours eu des joueurs qui figuraient parmi les meilleurs à leur poste, au point d’être surnommés par les Britanniques Monsieur Rugby (J. Prat) ou Docteur Pack (Mias). Il arrivait aussi que certains se révèlent lors d’une Coupe du Monde, et deviennent ensuite des éléments de base de notre équipe, alors qu’on ne comptait pas sur eux auparavant. Si je ne devais citer qu’un exemple, je prendrais celui de Didier Camberabero, lors de la Coupe du Monde 1987, passé en quelques semaines du statut d’éternel espoir à celui de grand joueur…en ayant pourtant opéré lors de cette Coupe du Monde à plusieurs places (arrière, ailier) qui n’étaient pas la sienne. Mieux même, au départ pour la Nouvelle-Zélande où se disputait l’épreuve, il n’était pas dans l’avion parce que remplaçant de remplaçants, mais il sut saisir sa chance quand on la lui donna et monta en puissance jusqu’à la finale, opérant à l’aile, poste où seul son immense talent lui permit de tenir son rôle contre l’Australie (face à Burke) en demi-finale et contre la Nouvelle-Zélande en finale (face à Green). Pour mémoire je rappellerais que Didier Camberabero est toujours le meilleur marqueur français en équipe de France sur un seul match (30 points contre le Zimbabwe en 1987).

Voilà pour ce petit rappel historique, mais je pourrais en trouver bien d’autres qui témoignaient de la richesse de notre rugby. Je parle évidemment à l’imparfait, parce que la France aujourd’hui n’a plus de grands joueurs, c’est-à-dire de joueurs capables de figurer dans n’importe quelle équipe de l’hémisphère Sud et à certains postes de l’hémisphère Nord. Voilà pourquoi je ne ferais pas comme tout le monde en critiquant tant et plus le sélectionneur, Philippe Saint-André, même si j’ai des doutes sur sa capacité à être un coach de très haut niveau, et même si sa manière de communiquer est ahurissante de niaiserie. Sur ce plan comme sur les autres, Bernard Laporte, l’actuel entraîneur du RC Toulon, lui a toujours été supérieur. Pour autant, à l’époque où il était sélectionneur, Laporte disposait de joueurs beaucoup plus forts qu’aujourd’hui, et ce dans toutes les lignes. La preuve on compte encore beaucoup sur Michalak, grande vedette du XV de France…en 2003, qui formera la charnière avec Tillous-Borde et l’éternel Parra, deux demis de mêlée loin du niveau d’Elissalde en 2007 ou de Galthier en 1999 et 2003, ou encore de Berbizier en 1987, pour ne citer qu’eux. La remarque vaut aussi pour les autres postes, et en disant cela je pense à celui de trois-quart centre, où Jauzion n’a jamais été remplacé, malgré les qualités intrinsèques de Fofana.

Tout cela signifie que Saint-André, Lagisquet et Bru, aidés par Blanco, tous grands anciens du XV de France n’ont pas à leur disposition un réservoir de joueurs de valeur internationale, sans lequel les espoirs de remporter une épreuve comme la Coupe du Monde est presque illusoire. Au passage, je rappellerais une énième fois que la France est la seule des grandes nations du rugby, notamment quant au nombre de licenciés, à ne pas avoir gagné la Coupe du Monde. Certes on me dira qu’elle est allée trois fois en finale, dont la dernière de façon miraculeuse, une finale qu’elle aurait d’ailleurs dû remporter. Et peut-être que cette fois ce sera la même chose, même si je n’y crois pas, parce que personne ne voit la France triompher, un contexte que le XV de France adore. Il ne gagne jamais quand il est favori, mais il est toujours capable de créer la surprise quand il est un simple outsider. En fait, le XV de France se comporte comme les équipes amateurs dans la Coupe de France de football…ce qui a ses limites, dans la mesure où je ne me souviens pas avoir vu une équipe amateur remporter la Coupe de France. Je pourrais faire la même comparaison avec le tennis féminin, où la semaine dernière on a vu l’Italienne Roberta Vinci (43è mondiale) s’imposer à 32 ans contre Serena Williams (21 victoires en grand chelem) en demi-finale de l’US Open, puis se faire battre par Flavia Pennetta qui n’avait jamais fait mieux auparavant qu’un ¼ de finale à Roland-Garros. De la même manière, nos rugbymen n’ont jamais réussi à confirmer en Coupe du Monde leurs exploits contre l’Australie en 1987 (battus en finale par la Nouvelle-Zélande), contre la Nouvelle-Zélande en 1999 (battus en finale par l’Australie) ou contre cette même Nouvelle-Zélande en 1/4 de finale en 2007 (battus par l’Angleterre en demi-finale).

Fermons la parenthèse, et revenons au manque de richesse du XV de France, en évacuant immédiatement la question des étrangers opérant dans notre championnat. Certes parmi ces derniers tous ne sont pas meilleurs que certains Français à leur poste, mais d’autres peuvent permettre d’élever le niveau de certains de nos joueurs. En plus, si ces étrangers sont bons, ils peuvent jouer au bout de trois ans en équipe de France s’ils n’ont pas été sélectionnés dans leur pays. Parmi les joueurs sélectionnés pour la Coupe du Monde il y en a plusieurs, qui s’appellent Atonio le pilier (Nouvelle-Zélande), LeRoux (Afrique du Sud) et Kockott (Afrique du Sud). On observera au passage qu’aucun de ces joueurs ne figure dans l’équipe de départ contre l’Italie samedi prochain, Kockott n’étant même pas sur la feuille de match…alors que nous sommes nombreux à penser que c’est notre meilleur demi de mêlée, en tout cas celui qui a le plus de potentiel avec sa vitesse et sa puissance, sans oublier ses qualités de buteur. Ce n’est sans doute pas le meilleur numéro 9 du monde, mais il a des qualités qui ne s’acquièrent pas uniquement avec le travail.

Ah le mot « travail », combien de fois l’avons-nous entendu pendant le reste de la saison, dans la bouche de Saint-André et des joueurs. Mais, comme je l’ai dit et répété plusieurs fois, le travail ne fera pas courir plus vite Parra, ni ne donnera à Bastareaud l’aisance technique attendu d’un grand centre. Le travail permet de progresser, de s’améliorer dans des domaines tels que le jeu au pied ou la précision dans les tirs au but, permet aussi de gagner en cohésion sur les phases statiques, pour ne citer que cela, mais le travail ne sera pas suffisant pour donner au XV de France au moins une dizaine de joueurs de niveau international, si nous ne les avons pas…ce qui est hallucinant quand on a 262.000 licenciés, soit presque trois fois moins que l’Angleterre (716.000), presque deux fois moins que l’Afrique du Sud (464.000), mais presque deux fois plus que la Nouvelle-Zélande (142.000) et beaucoup plus que l’Australie (190.000), cette dernière nation fortement concurrencée par le rugby à 13, qui a pourtant remporté deux Coupes du Monde (1991 et 1999).

Evidemment je ne vais pas dire ce qu’il faudrait faire pour que notre équipe nationale retrouve des avants comme elle en a eu tellement par le passé de l’époque de J. Prat-Mias à celle plus récente du début des années 2000 avec Califano, Ibanez, Pelous, Benazzi, ou pour retrouver des lignes arrières comme celles de Lourdes dans les années 50, ou des attaquants comme Boniface, Maso, Trillo, Sella ou Charvet, Blanco ou Lagisquet, voire Saint-André qui était un excellent ailier, en passant par N’Tamack, Dominici et un peu plus tard Jauzion, Clerc, Rougerie etc. Si je ne donne pas de conseils, c’est d’abord parce que je ne suis pas éducateur de rugby, mais aussi parce que notre pays regorge de coachs anciens grands joueurs…ce qui ne se voit pas. Pourquoi ? Parce que nos structures ne sont pas à la hauteur du professionnalisme exacerbé que l’on essaie d’imposer au rugby depuis 20 ou 25 ans.

En disant cela je pense à notre Top 14, pas du tout adapté à ce professionnalisme. Imagine-t-on voir le championnat de Ligue 1 continuer à se dérouler pendant la Coupe du Monde de football ? Certainement pas. Et ceci n’est qu’un aspect de la question qui permettra à notre rugby national de se comporter comme un sport authentiquement professionnel, ce que certains dirigeants comme Mourad Boudjellal ont parfaitement compris. Mais il est bien seul, et sans doute trop seul…ce qui lui vaut de multiples critiques de toutes sortes qui prouvent que ceux qui aiment le rugby dans notre pays sont, en grand nombre, profondément passéistes. En attendant combien de temps faudra-t-il pour que le XV de France gagne la Coupe Du Monde ? 20 ans, 30 ans ? Les Français mettent toujours beaucoup de temps à remporter les grandes épreuves, et pas que dans le rugby. Il n’y a qu’à regarder les palmarès du football, du tennis, de la Formule 1, du cyclisme, bref de la quasi-totalité des sports médiatisés.

Michel Escatafal


Nos rugbymen pourraient devenir des héros en 2015, y compris ceux qui sont nés à l’étranger

K et SAvant de parler rugby, je voudrais souligner une fois encore combien le monde du sport est plein de contradictions. Si j’écris cela c’est parce que je viens de lire sur différents sites que si Angel Di Maria n’a pas signé cet été au Paris Saint-Germain, c’est tout simplement parce qu’il lui était interdit de recruter un autre joueur après l’achat de David Luiz. C’est donc bien ce fameux et ridicule fair-play financier qui a empêché le PSG de se renforcer comme il l’aurait souhaité, pendant que le Real Madrid, le FC Barcelone ou plus encore Manchester United dépensaient des sommes folles pour se renforcer…malgré un niveau de dettes considérable, alors que le PSG n’en a pas. Et après certains nous expliqueront que le fair-play financier est une bonne chose, ce qui est vrai…pour empêcher les clubs ayant des actionnaires richissimes de concurrencer les clubs historiques, lesquels ne veulent pas partager le gâteau qui est le leur depuis des décennies. Il sera amusant de voir le résultat de la plainte formulée par certaines associations auprès du tribunal de première instance de Bruxelles, dont on ne voit pas comment il pourrait entériner ce fair-play financier tel qu’il est. Après tout, comment empêcher des gens qui ont de l’argent de l’investir dans le football…comme d’autres l’ont fait quelques années auparavant ? Ce serait d’autant plus curieux qu’en Europe on ne parle que de concurrence en matière économique. Pourquoi ce qui est valable partout, y compris pour le rail, l’eau ou l’énergie, ne le serait pas pour le football ?

Fermons cette introduction sur l’économie du sport pour parler à présent de rugby, ce que je n’avais pas fait depuis un certain temps. Il est vrai que depuis plusieurs années notre équipe de France n’avait pas de quoi enthousiasmer les foules tant au niveau des résultats que de la manière dont elle s’y prenait pour essayer de gagner ses matches, ce qui n’arrivait que très rarement face aux grandes nations du rugby. Or hier soir le XV de France a battu un des ténors du rugby mondial, deux fois vainqueur de la Coupe du Monde (1991 et 1999) et finaliste en 2003. Cette performance est d’autant plus méritoire que les joueurs français ont non seulement gagné, mais aussi réussi des actions offensives auxquelles nous n’étions plus habitués, ce qui a cloué le bec de ceux qui prétendaient que la victoire contre les Fidji (40-15) ne signifie rien, alors que les Fidjiens ont superbement résisté aux Gallois samedi après-midi (13-17). Une victoire aussi qui n’est pas dû à l’arbitrage « maison » de Monsieur Owens, lequel, malgré un match globalement correct, a fait preuve d’une certaine mansuétude vis-à-vis des Australiens, notamment sur certains placages litigieux, alors qu’il n’a pas hésité à sortir un carton jaune pour Talès, au demeurant mérité si l’on applique le règlement avec toute sa rigueur, alors que ce dernier venait à peine de rentrer en jeu.

Mais me direz-vous, comment le staff de l’équipe de France a-t-il pu rétablir aussi vite une situation que d’aucuns jugeaient désespérée il y a quelques jours, surtout en vue de la prochaine Coupe du Monde dans moins d’un an, après trois ans de tâtonnements ? Est-ce déjà l’effet Blanco, qui est venu apporter sa touche personnelle à notre équipe nationale, ce qui fait dire à certains que c’est lui le vrai sélectionneur du XV de France ? Peut-être, pourquoi pas ? En tout cas, on a l’impression que les joueurs français sont plus libérés qu’avant, et qu’ils n’ont plus peur de prendre certains risques comme ces dernières saisons, sans parler aussi de leurs progrès dans le domaine de la conquête. Autant de questions, auxquelles on aura la réponse dans le prochain Tournoi des 6 nations.

En revanche il semble certain que les sélectionneurs ont enfin trouvé les hommes qu’il fallait à certains postes, et notamment au niveau de la charnière. Il aura fallu en essayer une bonne quinzaine avant, enfin, d’en avoir une ou deux qui tiennent la route au niveau international. Certes là aussi il ne faut pas s’emballer trop vite, mais à la mêlée Tillous-Bordes et plus encore Kockott apportent ce qu’un Parra par exemple, malgré ses  plus de 50 sélections, n’a jamais pu amener au XV de France, notamment cette capacité à accélérer le jeu afin de mettre ses partenaires dans les meilleures conditions. Comme je l’ai écrit dans un article sur lui il y a presque deux ans (Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur), le demi de mêlée clermontois est d’abord et avant tout un excellent buteur, mais cela ne suffit pas au niveau international, surtout face aux numéros 9 des grandes nations du rugby. En tout cas, en deux matches contre les Fidji et l’Australie, Tillous-Bordes et plus encore Kockott ont démontré des qualités que l’on n’a jamais connues chez Parra. Doté d’un très bon jeu au pied, Kockott est rapide, puissant, et en plus c’est un gagneur dans tous les sens du terme, un de ces demis de mêlée capable de galvaniser son paquet d’avants, surtout quand le jus commence à faire défaut. Avant-hier soir, par exemple, il a remarquablement géré la fin de match, à un moment où les Français à 14, avec Atonio blessé, étaient sur le point de craquer. En outre son pied n’a pas tremblé quand il s’agissait de passer, à plus de 40 m, la pénalité de « la gagne » à 8 minutes de la fin du match

Oui, je pense que le XV de France a peut-être trouvé ses deux charnières pour la Coupe du Monde avec Tillous-Bordes et Lopez et celle qui aurait ma préférence composée de Kockott et Trinh-Duc. Là on a l’impression que c’est du solide, avec en outre dans les deux cas un buteur aussi prolifique et régulier que Parra. Mais notre XV national a sans doute aussi retrouvé un pack qui avance, comme en témoignent ses prestations contre les Fidgi et surtout contre l’Australie. Contre les Wallabies, les Français ont été dominés au début du match en mêlée, mais ils ont vite rectifié le tir et ont fini par être dominateurs, sauf tout à fait en fin de match. Ils disposent aussi d’un alignement qui leur a permis de récupérer bon nombre de lancers en touche. Et surtout, à côté des valeurs sûres que sont Dusotoir, Papé, Maestri ou Guirado, il a su trouver des joueurs comme les Toulonnais Menini et Chiocci, sans oublier le surpuissant pilier Atonio et le troisième ligne sud-africain Le Roux, qui a fait un match énorme samedi soir. Tout ce joli monde pouvant être accompagné à la Coupe du Monde par Picamoles, Nyanga ou même Haridornoquy qui, à Toulouse, retrouve une nouvelle jeunesse. Et derrière il y a aussi du beau monde, avec les révélations de Thomas et  Dumoulin, mais aussi Lamerat, plus des joueurs confirmés comme Fofana, Fritz, Huget ou Bastareaud, sans oublier Dulin et Spedding, pour ne citer qu’eux.

Au fait, j’observe que j’ai beaucoup parlé de joueurs étrangers ou d’origine étrangère, attribut qui semble beaucoup gêner nombre de Français qui ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de Kockott, Le Roux, Atonio, Spedding, ou encore Claessen, tous nés hors de notre pays. Ah les Français, ils ont quand même du mal avec les étrangers, même si leur nom se termine par a, i ou o, ce qui signifie qu’eux-mêmes sont nés de parents ou grands-parents issus de l’immigration, pour notre plus grand bonheur. Et oui, nombre de Français sont vraiment incorrigibles, alors qu’ailleurs ça ne choque pas grand-monde d’avoir dans son équipe nationale des joueurs étrangers, y compris en Nouvelle-Zélande alors que ce pays a une pépinière très riche en joueurs de talent. Certains s’en sont émus, mais les supporters des All Blacks se sont plutôt réjouis que l’on ait sélectionné le remarquable centre tongien Malakai Fekitoa.

Cela étant, rassurons-nous, car si d’aventure les Français remportaient la finale de la Coupe du Monde en 2015 grâce à un essai en dernière minute de Spedding, transformé par Kockott, les supporters du XV de France seraient les premiers à oublier que ni l’un ni l’autre ne sont nés à Mirande ou à Bayonne. En revanche, malheur à eux si la France était éliminée en demi-finale par la faute d’un coup de pied contré. Je vois d’ici les forumers s’insurger sur le fait  d’avoir sélectionné ces joueurs formés à l’étranger, au détriment de joueurs nés à Lavelanet ou Castelnaudary. Que tout cela est triste ! C’en serait même risible, si cela n’avait pas des relents de chauvinisme exacerbé. Heureusement mes parents ne m’ont pas élevé de cette manière, ce qui fait que mon rugbyman préféré s’appelle S.B. Williams suite à la retraite de Wilkinson, mon coureur cycliste préféré est Alberto Contador, mon pilote de Formule 1 favori est Kimi Raikkonen malgré son problème de train avant cette année sur sa Ferrari et pour le football c’est Pastore. Ah j’oubliais, même si je ne connais rien au basket, j’ai une énorme admiration pour Tony Parker, notre emblématique basketteur NBA, né à Bruges (Belgique), fils d’une mère néerlandaise, d’un père américain et marié à une française. En somme un vrai représentant d’une grande partie de la population de notre pays. J’espère qu’à Rio de Janeiro, aux J.O. 2016, ce sera notre porte-drapeau, car nul n’a davantage l’amour du maillot bleu frappé du coq que lui.

Michel Escatafal