La vidéo évite des erreurs, mais ne règle pas les problèmes d’arbitrage

TRYAvant d’aborder le sujet que je voulais traiter aujourd’hui, l’arbitrage vidéo, je veux évoquer  l’actualité de ces dernières heures, une actualité qui touche le basket (je n’y connais pas grand-chose) et le rugby. C’est vrai, je n’ai jamais joué au basket sauf dans les séances de sport au lycée, mais j’aime bien suivre l’équipe de France, et celle-ci nous emballe depuis bientôt une dizaine d’années. Elle a même réussi à devenir championne d’Europe cette année, après avoir récolté plusieurs médailles auparavant. Cette équipe m’est d’autant plus sympathique, qu’elle est emmenée par des joueurs qui paient pour avoir le droit d’y jouer, ce qui nous change d’autres sports collectifs, où, à chaque phase finale de compétitions européennes ou mondiales, on négocie longuement pour savoir le montant des primes qu’on va toucher. Certes, on va me dire que Parker, Batum ou Diaw gagnent autant d’argent, sinon plus, que les meilleurs joueurs de football, mais le constat est là.

Et puisque j’ai parlé de Parker, Batum et Diaw, je veux souligner que leur participation au championnat d’Europe avec l’équipe de France ne les a nullement handicapés pour jouer le championnat NBA, alors que Noah, qui a déclaré forfait pour cette compétition afin de se préserver pour la saison NBA, est loin d’avoir son meilleur rendement. Cela dit, quelle que soit sa valeur, il vaut mieux avoir en équipe de France Parker et Batum que Noah, même si avec le pivot des Bulls cette équipe serait à coup sûre meilleure encore. Espérons que Noah consentira à jouer pour notre pays aux J.O. de Rio, ce qui pourrait permettre à notre équipe nationale de renouveler l’exploit réalisée par celle de 2000, sauf que cette dernière était loin d’être aussi forte que celle qui a remporté la médaille d’or au championnat d’Europe.

Voilà pour le basket, et passons à présent par la case rugby, ce qui est beaucoup plus naturel chez moi, pour évoquer la mauvaise nouvelle qui a touché Morgan Parra, celui-ci étant indisponible au moins jusqu’à la mi-février pour un problème de genou. J’écris mauvaise nouvelle, parce que la blessure est toujours un problème pour un joueur, et je souhaite à Parra un prompt rétablissement. Est-ce pour cela un drame pour le XV de France ? Je réponds NON, car cela permettra enfin d’essayer au poste de demi de mêlée un Doussain ou un Pelissié pendant la durée du Tournoi…à condition de ne pas mettre une épée de Damoclès sur la tête de ces joueurs, ou si l’on préfère à condition de leur faire confiance sur la durée comme Saint-André, et avant lui Lièvremont, l’ont fait pour Parra. Et si j’écris cela, c’est parce que le coaching de Saint-André ne m’inspire aucune confiance. Si Doussain ou Pélissié, celui qui sera choisi ou les deux, font un match moyen, il ne faudra pas immédiatement leur chercher un remplaçant…qui d’ailleurs sera tout trouvé avec le retour de Parra.

Au fait, puisqu’il s’était blessé peu avant la mi-temps, pourquoi Saint-André n’a-t-il pas remplacé Parra dès l’entame de la deuxième mi-temps ? C’est quand même une preuve du manque de confiance du coach envers Doussain ! Si j’étais méchant, je dirais qu’avec deux petites victoires dans l’année, un entraîneur « normal » n’aurait pas hésité à prendre le risque de faire entrer Doussain, d’autant que Parra avait été très insuffisant en première période. De quoi donner raison aux contempteurs toulonnais de Saint-André, qui lui reprochent son incapacité à qualifier pour les plays-off, en 2010-2011, une équipe du RCT qui avait enregistré en début de saison l’arrivée de Smith, Sackey, Carl Hayman et Rudi Wulf, qui s’ajoutaient à des joueurs aussi talentueux que Mignoni, Jamie Robinson, Contepomi, Fernandez Lobbe, Lamont et l’incomparable Jonny Wilkinson.  Espérons quand même que Saint-André se rende compte que le XV de France a besoin d’un jeu plus ambitieux pour aller de l’avant, parce qu’avec celui qui nous est offert depuis trop longtemps l’équipe de France ne gagne même plus le Tournoi des 6 Nations (depuis 2010), la France étant considérée comme la sixième nation mondiale sur les 11 qui comptent dans le concert planétaire (les 6 du Tournoi, plus l’Argentine, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, les Samoa et l’Afrique du Sud). Elle devrait même être septième derrière l’Irlande, si cette dernière avait fait match nul avec la Nouvelle-Zélande…comme cela aurait dû être le cas.

L’Irlande, en effet, a réalisé une formidable performance contre les Néo-Zélandais, ces derniers ne l’ayant emporté samedi dernier que par miracle à l’issue d’un match emballant, les All Blacks n’ayant dû leur succès qu’à une colossale erreur des Irlandais, partis avant le coup de pied de transformation de l’ouvreur Cruder sur l’essai néo-zélandais de dernière minute. Coup de pied raté, mais retiré suite à la décision (normale) de l’arbitre de le faire recommencer, avec réussite cette fois. Quelque chose me dit que si le XV de France avait joué ces Irlandais survoltés il aurait été dominé. J’en suis même certain, comme il est certain que le XV de France ne peut pas se plaindre de l’arbitrage dans son match contre les Sud-Africains, un match qui montre à quel point Michel Platini a raison de ne pas vouloir l’introduction de la vidéo au football.

Ah la vidéo, qu’est-ce qu’elle fait saliver et écrire dans le monde du football ! Règle-t-elle tous les problèmes pour autant ? Certainement pas. Déjà, lors de la finale de la Coupe du Monde de football en 1966, personne ne peut assurer que le but de G. Hurst était valable, bien qu’il ait été examiné des milliers de fois à la vidéo. Et c’est pareil pour le rugby (à XV et à XIII), qui a recours depuis longtemps à la vidéo, ce qui n’empêche nullement les controverses et les erreurs. Je me souviens personnellement d’un drop de J.B. Elissalde, contre Bayonne (je crois que c’était en 2009), dont la vidéo a bien été incapable de nous dire s’il était passé ou non (bien au-dessus des poteaux). Et tant d’autres matches encore, y compris samedi dernier, où l’arbitre vidéo a pris trois décisions très litigieuses…qui ont bien favorisé le XV de France, pour une fois diront les mauvaises langues.

J’avoue d’ailleurs que cela m’agace prodigieusement de voir aussi souvent l’intervention de la vidéo, presque systématique si ce n’est pas très net à XIII comme à XV, ce qui signifie que l’arbitre n’est plus maître de rien dès qu’il y a essai, ce qui n’empêche nullement d’accorder un essai s’il y a en-avant de passe cinquante mètres avant la ligne d’en-but. Et oui, la vidéo ne règle pas tous les problèmes, et c’est pareil pour le football, sauf à vouloir faire durer un match de nombreuses minutes en plus. Qu’il est loin le temps où Lucien Mias, l’illustrissime capitaine de l’équipe de France de 1958-1959,  disait que « l’arbitre fait partie du jeu, comme le vent ». La vidéo a certes des vertus, mais elle ne règle pas tout. Elle n’empêchera jamais un arbitre de football de siffler généreusement un pénalty…ou de ne pas le siffler s’il estime qu’il n’y a pas faute. Elle n’empêche pas non plus un arbitre de rugby d’accorder une pénalité à vingt mètres face aux poteaux, même si c’est très, très sévère, parce qu’il aura vu une faute sur un ruck que personne n’aura vu y compris en regardant les images à la télévision. Je pourrais dire la même chose s’il ne voit pas une faute évidente…à la télévision.

Donc, en résumé, qu’apporte la vidéo au rugby ? Peu de choses en vérité, à part le fait qu’elle décharge la décision de l’arbitre du terrain sur l’arbitre vidéo. Cela fait joli aussi à la télévision de voir inscrit « TRY » ou « NO TRY » sur l’écran, mais même si elle permet de valider des essais que l’arbitre n’aurait pas osé accorder, par exemple l’essai néo-zélandais lors de la demi-finale mondiale à XIII entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, où l’ailier néo-zélandais réussit une passe miraculeuse avant d’avoir touché le sol alors qu’il est un mètre à l’extérieur du terrain, la vidéo ne fait pas tout. En outre, si l’arbitre prend une fois une mauvaise décision, ce ne sera pas le cas très souvent, et au final les mauvaises décisions s’équilibrent très souvent dans un cas comme dans l’autre.

Enfin, pour bien montrer que cela fait partie du jeu, au bout de quelques semaines on oublie l’erreur d’arbitrage…parce que 9 fois sur 10 c’est la meilleure équipe, ce jour-là, qui l’emporte. Qui conteste aujourd’hui la victoire anglaise à la Coupe du monde 1966 ? Plus personne, et ce depuis bien longtemps. Qui ose évoquer le but annulé sur un hors-jeu inexistant de Puskas lors de la finale de la Coupe du Monde 1954, où les Hongrois avec leurs grandes vedettes (Boszik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti et Csibor) furent battus, si l’on en croit une étude allemande récente, par le fait que les Allemands étaient dopés à la pervitine…ce qui explique leur fraîcheur en fin de match, leurs adversaires ayant en outre été confrontés aux Brésiliens et aux Uruguayens précédemment. Même l’histoire est contre les tenants de la vidéo !!!

Michel Escatafal


Et si le XIII était plus attractif que le XV…

Coupe du monde XIIICe matin en me réveillant j’étais très heureux après avoir passé un samedi tout à fait excellent…grâce au rugby à XIII. Merci à beIN SPORT de nous avoir offert la possibilité d’avoir vu un match aussi emballant que cette demi-finale de Coupe du Monde entre l’Angleterre, qui jouait chez elle, et la Nouvelle-Zélande, tenante du titre. Et encore une fois honte à tous ces médias français qui ont refusé de retransmettre cette Coupe du Monde de rugby à XIII, ou qui en parlent si peu, alors que le spectacle peut être grandiose, comme ce fut le cas hier après-midi. Cela nous laisse prévoir une finale fantastique, la semaine prochaine, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Dommage, et je n’ai pas peur de me répéter, qu’il faille être abonné à beIN SPORT pour profiter du spectacle. Au fait, que fait le service public, lui qui prétend que France Télévision c’est le plus grand terrain de sport de France? Pourquoi ne pas promouvoir, ne serait-ce que 80 minutes de temps en temps, un sport collectif qui fut le premier, au début des années 50, à donner à la France le titre de meilleure nation de la planète ? Ah je sais, une retransmission de rugby à XIII ne génèrerait pas assez de rentrées publicitaires. Cela dit, comment un sport peut-il se révéler aux yeux des téléspectateurs si on ne le voit jamais en clair, et si on n’en parle quasiment pas?

Revenons donc à ce match formidable entre la Nouvelle-Zélande et une très valeureuse équipe d’Angleterre…qui fut finaliste jusqu’à la dernière minute, jusqu’à ce que ce que deux joueurs exceptionnels sonnent la charge une dernière fois, et finissent par faire plier les Anglais in extrémis, par un essai que plus personne n’attendait. Ces deux joueurs sont deux extra-terrestres, qu’il s’agisse de Sonny Bill Williams et de Shaun Johnson. Ils sont tellement forts qu’ils font rêver tous les managers et dirigeants des meilleures équipes à XV, ces derniers ayant déjà réussi à récupérer un autre surdoué d’un niveau exceptionnel, Benji Marshall.

Mais Benji Marshall, comme  SBW et Shaun Jonhson, ne sont pas les seuls qui pourraient franchir allègrement le pas les conduisant à XV, car il y a aussi les Anglais Sam Burgess, désigné « homme du match » hier, qui pourrait jouer à tous les postes chez les quinzistes, ou l’ailier aux cheveux blancs Ryan Hall, sans oublier les Australiens, à commencer par l’arrière Slater, le demi Thurston ou le talonneur Cameron Smith. D’autres en revanche, des quinzistes, pourraient très bien franchir le pas et jouer à XIII dans une franchise australienne ou anglaise, et en disant cela je pense à des joueurs comme Fofana ou Doussain, à la fois puissants et rapides, qui feraient un malheur à XIII, comme l’ont fait en leur temps Barthe, Pierre Lacaze, Quaglio, Mantoulan ou Capdouze.

En tout cas, peut-être que le week-end prochain (la finale se déroulera samedi prochain à 15h30 au stade d’Old Trafford, à Manchester, et on la verra sur beIN SPORT) Sonny Bill Williams rentrera dans l’histoire en devenant le premier double champion du monde de rugby à XV et à XIII. Il le mériterait, et cela ouvrirait peut-être la voie à d’autres joueurs, par exemple Shaun Johnson, demi de mêlée de l’équipe des Kiwis, qui marqua un essai personnel de grande classe, essai qu’il transforma sans trembler (12 points au total), ce qui est normal pour un excellent buteur comme lui.

Au fait, en imaginant un instant que ce même Shaun Johnson arrive en France, et devienne le demi de mêlée d’une grande équipe de Top 14, aurait-il sa chance pour jouer en Equipe de France au bout de trois ans (en supposant que sa fédération ne l’appelle pas) ? Réponse : NON. Pourquoi ? Parce que le demi de mêlée du XV de France s’appelle et s’appellera, au moins jusqu’en 2023, Morgan Parra. A ce moment il aura battu tous les records en sélections, puisqu’il en comptera au moins 200, nettement plus que Gregan, autre demi de mêlée (Australie) mais de grand talent celui-là, qui s’est arrêté à 139 capes, et qui détient le record pour le moment. Un record qui sera sans doute dépassé prochainement par l’emblématique capitaine des All Blacks, Richie Mac Caw, qui en est à 123 sélections. Cela étant, il n’ira pas beaucoup plus loin, parce qu’il a 33 ans dans quelques jours.

Evidemment si je parle encore une fois de Parra, c’est parce que j’ai vu le match France-Afrique du Sud hier soir sur France 2, infiniment moins palpitant que la demi-finale mondiale à XIII. Un match que les Français ne méritaient pas de gagner, et que personne n’imaginait qu’ils finiraient par le gagner…à part peut-être le commentateur de France Télévision. Même Philippe Saint-André, le sélectionneur, n’y a jamais vraiment cru, puisqu’il a avoué que le XV de France n’était pas actuellement « au niveau des Boks et des Blacks », ce qui ne l’empêche pas d’estimer, comme le capitaine Dusautoir, que notre équipe « n’est pas loin des meilleurs », faisant semblant d’oublier que sur la durée nous sommes loin, et même très loin du niveau des meilleures équipes. Certes sur un match les Français sont capables à tout moment de réussir un exploit, mais dans la continuité nous sommes « largués ».

Et hier soir, on ne pouvait même pas se réfugier derrière l’arbitrage, qui a refusé deux essais à l’Afrique du Sud qu’il n’aurait pas été scandaleux d’accorder, et en a accordé un au XV de France, qui aurait très bien pu ne pas l’être. Dit autrement, c’était l’arbitre qui cachait la forêt dans laquelle s’est perdue, une nouvelle fois, notre équipe. Une équipe qui ne reflète pas le vrai niveau du rugby français, n’en déplaise à ceux qui prétendent que c’est la faute des dirigeants de clubs, qui préfèrent recruter étranger plutôt que donner leur chance aux joueurs français. Mais que je sache, un Doussain est bien titulaire au Stade Toulousain, ayant même relégué sur le banc une des références internationales à son poste, le demi de mêlée australien Burgess. Et je pourrais citer bien d’autres exemples prouvant que si les Français sont bons dans leur club, et bien ils jouent…malgré la concurrence. En outre, avoir un Wilkinson, un Giteau, un Botha, un Steyn dans son équipe ne peut qu’aider les joueurs français, notamment les plus jeunes, à progresser. Est-ce qu’ils vont progresser davantage avec Parra ?

Un Parra, qui estime que l’Equipe de France est en progrès dans le jeu (et oui !), oubliant que ce qui a fait la force de notre rugby c’est le fameux « french flair ». Saint-André lui-même semble l’avoir oublié, alors qu’à l’époque où il était joueur il a marqué ce que certains ont considéré comme l’essai du siècle à Twickenham (Angleterre-France 1991), sur un coup de génie où étaient impliqués Berbizier le demi de mêlée, mais aussi Blanco, Sella, Didier Camberabero auteur d’un merveilleux coup de pied pour lui-même avant de délivrer un caviar sous forme d’un coup de pied de recentrage pour Saint-André, qui n’avait plus qu’à aplatir cette action commencée dans l’en-but français.

Est-ce que Parra, à la place de Berbizier, aurait eu une seconde l’idée de relancer ce ballon ? Certainement pas. Est-ce que, même si l’idée lui en était venue, l’action se serait poursuivie de la même manière aujourd’hui ? Réponse : Non, en dépit des qualités offensives d’un Dulin ou d’un Fofana. Conclusion, et je suis désolé de le dire, mais Parra est à l’image du rugby que veut imposer Saint-André, qu’a voulu imposer Lièvremont, à savoir un rugby sans risque, où on compte sur un pack surpuissant pour faire reculer en mêlée les autres équipes…pour donner à Parra la possibilité d’inscrire trois points. Voilà où nous en sommes aujourd’hui avec le XV de France…totalement impuissant quand en face l’équipe ne recule pas en mêlée. Hier soir, combien de pénalités concédées par les Sud-Africains ? Très peu, donc une seule tentative (ratée) pour Parra jusqu’à son remplacement par Doussain.

Un Doussain qui a immédiatement apporté sa vitesse et son punch à cette équipe, mais qui est entré sur le terrain à 13 mn de la fin du match !  Bon j’arrête là, car certains vont croire que j’ai une animosité personnelle contre Parra, ce qui est archifaux car je ne connais absolument pas ce joueur. Et d’ailleurs, dans cette affaire, Parra n’est-il pas finalement une victime, en étant constamment la cible des amateurs de rugby, ne comprenant pas qu’on puisse sélectionner un joueur uniquement pour la qualité de ses coups de pied placés? J’ai bien écrit pour ses coups de pied placés, parce que son jeu au pied est faible par ailleurs. Cela étant, le jeune homme s’y retrouve aussi en bénéficiant d’une notoriété infiniment supérieure à celle d’autres joueurs plus talentueux que lui, mais qui n’ont pas eu la chance de bénéficier aussi longuement de la confiance et la mansuétude des sélectionneurs. Parra peut faire n’importe quelle « boulette », il sera toujours sélectionné. Quel contraste avec l’époque où, pour une passe déviée par un coup de vent (Galles-France 1966), on virait comme des malpropres trois des plus grands joueurs de l’histoire de notre rugby (les Boniface et Gachassin). A l’époque on ne pardonnait rien aux artistes, ce qui est encore le cas de nos jours (voir la carrière de Michalak)…mais Parra n’a pas de souci à se faire, car ce n’est pas un artiste du rugby.

Michel Escatafal


Vivement le début de la Coupe du Monde de rugby à XIII!

MarshallSBWCeux qui, comme moi, sont abonnés à beIN Sport vont avoir la chance de pouvoir admirer les meilleurs joueurs treizistes, à l’occasion de la Coupe du Monde de rugby à XIII, qui aura lieu entre le 26 octobre et le 30 novembre, jour de la grande finale à Manchester (Old Trafford).  En tout il y aura 28 matches qui auront lieu dans les Iles britanniques et en France, même si notre pays n’accueillera que 2 matches en Avignon (France contre la Nouvelle-Zélande tenante du titre) et à Perpignan, pour un autre match de poule. A noter au passage, que l’Angleterre se taillera la part du lion pour cette Coupe du Monde, avec 15 matches dans ses stades, ce qui est bien normal du fait que la Grande-Bretagne est le pays organisateur, mais aussi parce que si la Grande-Bretagne a remporté à trois reprises la Coupe du Monde, c’est essentiellement avec des joueurs opérant dans des clubs anglais.  Une Coupe du Monde qui, comme pour d’autres sports collectifs, est la compétition phare du rugby à XIII, même si elle n’a pas lieu d’une manière immuable, comme le football et le rugby à XV, tous les quatre ans (parfois il faut attendre cinq ans pour avoir la nouvelle édition).

En fait, plus encore que le rugby à XV, le XIII souffre de sa faible pratique dans le monde pour que cette Coupe du Monde soit un évènement planétaire. Si j’écris cela, c’est parce que le rugby à XIII ne se pratique réellement à un haut niveau que dans cinq pays, à savoir l’Australie avec plus de 400.000 licenciés dont 30.000 pour la seule ville de Sydney, à comparer aux 10.000 licenciés en France, la Grande Bretagne avec ses 63.000 licenciés, plus la Nouvelle-Zélande qui souffre terriblement de la concurrence du rugby à XV, sport national, et enfin la Papouasie-Nouvelle Guinée, où le rugby à XIII est assimilé à une religion. On comprend pourquoi l’Australie est le pays archi-dominant dans ce sport, avec ses neuf victoires en Coupe du Monde en treize éditions. En fait, l’Australie domine encore plus le monde du rugby à XIII que la Nouvelle-Zélande exerce sa domination sur les quinzistes, ce qui est normal vu que le rugby à XV est davantage mondialisé, y compris au niveau des clubs, puisqu’il n’y a que deux vraies compétitions de clubs au plus haut niveau dans le rugby à XIII, la National Rugby League, essentiellement australienne,  et la Super League en Europe, essentiellement anglaise.

En écrivant cela, j’en profite pour rappeler avec plaisir que nous avons en France une belle équipe dans cette Super league, que nous pouvons voir régulièrement sur beIN Sport, les Dragons Catalans, dont 15 joueurs ont été retenus parmi les 24 Français qui vont disputer la Coupe du Monde. Ils ont aussi eu comme coach quelqu’un de très célèbre, puisqu’il s’agit de Trent Robinson, l’entraîneur des Roosters, qui joua à Toulouse XIII, avant d’en devenir entraîneur, et de devenir coach des Dragons. Fermons la parenthèse, pour dire que j’espère qu’une autre franchise française les rejoindra bientôt, ce qui nous fera une occasion de plus de soutenir nos couleurs. Si j’écris cela c’est parce que les Dragons Catalons, comme je l’ai dit dans un article précédent, se défendent très bien dans cette Super League, qui plus est avec nombre de joueurs français.  Cela dit, le problème du XIII en France reste sa confidentialité dans les médias, en espérant que grâce à beINSport ce sport reçoive une exposition à la hauteur du beau jeu qu’il offre à ses passionnés. Je suis d’autant plus à l’aise pour le dire, que, je le répète, je n’ai jamais joué à XIII, mais en revanche je sais apprécier la qualité du spectacle, comme par exemple quand on voit jouer l’extraordinaire ouvreur néo-zélandais des West Tigers, qui serait plutôt un centre à XV, Benji Marshall. Avons-nous déjà vu un attaquant ayant autant de qualités naturelles que lui sur un terrain de rugby ? Peut-être, mais pas sûr ! Il a tout ce joueur, la vitesse, la technique, sans oublier cette capacité hors du commun à s’infiltrer dans les défenses les plus resserrées avec ses crochets meurtriers. Je conseille, pour ceux qui ne le sauraient pas, d’aller voir sur YouTube la sarabande d’essais de B. Marshall offerte par ce site…ce qui les mettra d’excellente humeur pour la journée.

Autre merveilleux joueur néo-zélandais, que les Français amateurs de rugby (XIII et XV) connaissent beaucoup mieux parce qu’il a évolué deux saisons au RC Toulon, Sonny Bill Williams. Lui aussi est un surdoué de la balle ovale. Lui aussi possède tous les dons d’un très grand joueur. Lui aussi n’a pas son pareil pour enflammer les foules en le voyant évoluer. La preuve, il est et fut à la fois un des tous meilleurs à XIII, puis à XV, puis de nouveau à XIII, avant, qui sait, qu’on le revoie de nouveau à XV, par exemple en vue et lors de la Coupe du Monde 2015.  Il n’est pas resté très longtemps à Toulon, mais son nom fait immédiatement surgir des éclairs lumineux chez les supporters du RCT…et les autres, comme seuls peuvent le faire les très grands. Il comptera moins de sélections (même en additionnant celles à XV et à XIII)  en fin de carrière que Morgan Parra aujourd’hui, mais tout le monde du rugby se souviendra de S.B. Williams pendant des années, alors que Parra sera oublié sitôt sa carrière finie,  au même titre qu’il se souvient d’un Puig-Aubert, d’un Gilbert Benausse ou d’un Philippe Sella, dix, vingt, cinquante ou soixante ans après avoir abandonné le rugby. Ce sera aussi le cas de Marshall s’il franchit le Rubicon en passant au rugby à XV, puisqu’il n’y a plus de frontière entre les deux sports cousins.

En tout cas, nous aurons  le plaisir de retrouver SB. Williams en Avignon le jour de la Toussaint, puisque le XIII de France y affrontera la Nouvelle-Zélande en matches de poule de la Coupe du Monde.  Au passage j’en profite pour saluer le club mythique du S.O. Avignon XIII, qui a remporté la Coupe de France à cinq reprises ((1955, 1956, 1982, 1989 et 2013), un club qui a pour emblème « le bison », surnom donné à un des plus grands ailiers de notre rugby (XV et XIII confondus), André Savonne, et dans lequel ont joué dans les années 50, à l’époque où le XIII de France était à son sommet (champion du monde officieux en 1951 et finaliste de la Coupe du Monde 1954), outre Savonne, le surdoué ¾ centre Jacky Merquey et le troisième ligne Rouqueirol.  Fermons la parenthèse pour revenir à S.B. Williams, en notant que nous allons le retrouver au sommet de son art, puisqu’il vient de remporter avec les Sydney Roosters le titre suprême en compétition de clubs, champion d’Australie. Pour ceux qui connaissent peu le rugby à XIII, j’assimile ce titre à celui de champion NBA en basket, même si les sommes en jeu sont beaucoup moins considérables. Il n’empêche, les Sydney Roosters ont battu (26-18) les Manly Sea Eagles devant plus de 81.000 spectateurs, à l’issue d’une partie enthousiasmante ou les Sydney Roosters ont marqué trois essais dans les vingt cinq dernières minutes, pour finalement l’emporter alors que tout le monde pensait que jamais ils ne remonteraient les dix points d’écart au score avant cette période de folie. Et l’homme du match fut S.B. Williams, non seulement parce que ce fut lui qui créa le déclic en délivrant une merveille de passe qui allait aboutir à un essai, mais aussi parce qu’il coûta un essai sur une grosse erreur en défense. Il n’empêche, ce joueur est un monstre, et s’il lui arrive d’avoir quelques absences comme tous les surdoués,  il est cet homme que toute équipe voudrait avoir dans ses rangs, au même titre que Benji Marshall, car avec eux un match n’est jamais fini.

Il a aussi comme défaut d’être tellement doué qu’il ne sait jamais quel sport il va choisir, comme en témoignent ses titres de champion du monde en 2011 avec les All Blacks à XV, sa victoire dans le Super XV en 2012,  champion d’Australie à XIII cette année…et champion de boxe poids lourds en Nouvelle-Zélande. Bref, un sportif qui a tous les dons avec ses mains, et qui n’a pas fini de faire parler de lui, puisqu’il n’a que 28 ans. On avait évoqué un retour en France possible au RC Toulon, mais il semble que cela soit illusoire à court terme, car la prochaine Coupe du Monde à XV a lieu dans deux ans, et SBW voudra être de la partie. Cela agacera encore un peu plus ses détracteurs, qui lui reprochent sa continuelle valse hésitation entre le XIII où il a grandi et le XV qui l’a fait connaître en Europe. Cela étant, bien que les meilleurs treizistes soient très bien rémunérés, des vedettes du calibre de B. Marshall ou SB Williams ne gagnent pas plus que des internationaux français à XV, de bon niveau. Or justement,  B. Marshall et SB Williams peuvent devenir plus riches encore s’ils signent dans quelques grands clubs du Top 14, prêts à se payer des joueurs au potentiel hors du commun. En attendant, j’invite tous mes lecteurs qui disposent de la chaîne beINSport à regarder cette Coupe du Monde, en espérant que la France se qualifie au moins pour les demi-finales, ce qui serait déjà une magnifique performance, l’Australie, l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande étant au-dessus du lot. Au fait, qui succèdera à la Nouvelle-Zélande qui, contre toute attente, l’emporta en 2008 ? Parions quand même pour un dixième titre de l’Australie.

Michel Escatafal