Serin et Bézy, ces hirondelles qui vont faire le printemps du XV de France

serinAlors que le peuple français ne parle que de football, le championnat d’Europe des Nations occupant l’essentiel des esprits français, sportifs ou non, il n’y a quand même pas que cela dans l’actualité sportive, comme en témoignent quelques évènements importants. Parmi ceux-ci je citerais les championnats de France d’athlétisme avec les 9s88 de Vicaut sur 100m, la finale du Top 14 qui a vu le Racing Club de France renouer avec ses grandes heures du passé en remportant un titre de champion de France cent fois mérité contre le RC Toulon, mais aussi les matches du XV de France amputé de nombreux joueurs pour cause de phases finales du Top 14, ce qui n’a pas empêché les Bleus de battre enfin l’Argentine (27-0), qui plus est chez elle, avec dans cette équipe de très jeunes joueurs pleins de talent et d’avenir. C’est de cela que je veux parler aujourd’hui, avant d’évoquer le Tour de France dans les jours à venir.

27-0, oui j’ai bien écrit 27-0, voilà une belle victoire remportée loin de l’hémisphère Nord face à une équipe qui figure depuis bien longtemps parmi les huit meilleures du monde. Certes, elle était quelque peu handicapée, mais pas plus que le XV de France de Guy Novès. Cela faisait tellement longtemps qu’on attendait un signe de renouveau de notre équipe ! Cette fois c’est fait, et même si ce résultat estival n’aura jamais l’impact de certaines victoires dans des contrées lointaines, comme par exemple en 1958 quand le XV de France de Mias, Martine, Barthe avait battu l’Afrique du Sud chez elle, ou encore celle de 1979, quand le 14 juillet la France du rugby se réveilla en ayant vu son équipe, emmenée par Rives avec Gallion, Caussade, Codorniou et Aguirre, mettre à terre les All Blacks, cela nous rend quand même heureux.

Et nous le sommes d’autant plus que cette nouvelle équipe comptait énormément de jeunes joueurs avec un grand avenir. Bien sûr les esprits chagrins feront toujours remarquer que l’Angleterre a dominé l’Australie chez elle, mais on ne va pas faire la fine bouche après une aussi longue période de disette, comme notre pays n’en a peut-être jamais connue. Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce que notre équipe commence à retrouver la joie de jouer et nous en donne donc par ricochet. Mieux encore, il semble que notre réservoir de joueurs s’enrichisse de quelques pépites, comme disent les amateurs de foot, qui ont tout pour devenir ces grands joueurs qui ont tellement manqué au XV de France ces dernières années.

Parmi ceux-ci je voudrais en citer quelques uns qui nous font penser que la patte de Guy Novès commence à produire ses effets. Cet entraîneur emblématique, qui a porté si haut les couleurs du Stade Toulousain à la fois comme joueur et plus encore comme coach, cherche avant tout des joueurs sachant manier un ballon, et pas seulement des plaqueurs gratteurs qui étaient la religion de ses prédécesseurs. Pour ne prendre qu’un exemple, je voudrais citer un troisième ligne comme Kevin Gourdon, que Clermont n’a pas su garder et qui s’est épanoui à la Rochelle. Ce joueur m’a beaucoup plu parce qu’il semble être extrêmement à l’aise avec un ballon dans les mains…ce qui est quand même une des bases du rugby. Un autre joueur m’a impressionné, Rémi Bonfils, le talonneur. Ce miraculé de la vie, qui aurait pu la perdre dans les attentats de novembre dernier, a fait un excellent match aux dires de tous les observateurs, et a montré qu’il pouvait parfaitement suppléer le capitaine Guirado.

Cela dit, c’est dans les lignes arrière que l’on gagne en richesse, avec l’avènement de deux demis de mêlée extrêmement prometteurs, Serin et Bézy. Ces deux numéros 9 sont de futurs grands cracks, comme le furent tant de demis de mêlée français, Dufau, Danos, Lacroix, Max Barrau, Gallion, Astre, Berbizier et plus près de nous Elissalde. Depuis combien de temps cherchons-nous le successeur d’Elissalde ? Quand je dis cherchons-nous, cela signifie ceux qui aiment le rugby que nous rêvons de voir jouer, et non pas un demi de mêlée uniquement buteur, comme par exemple Parra, qui n’est en aucun cas un grand demi de mêlée, malgré ses multiples sélections. Serin et Bézy sont des avions à réaction, et justement pour mettre en place le jeu que veut imposer Novès on a besoin comme numéro 9 d’avions de chasse, et non comme Parra d’avions à hélices. En outre ces deux grands espoirs du poste sont de bons buteurs, comme ils le prouvent dans leur club respectif. Avec eux le ballon fuse, et ils n’ont pas peur de s’engager à la moindre occasion avec leurs jambes de feu. Tout le contraire de Parra ! Et en plus, nous avons aussi Machenaud, demi de mêlée du RCF, qui reste un excellent numéro 9.

Merci à Guy Novés d’avoir fait confiance à ces jeunes lutins, en regrettant qu’il n’ait pas encore trouvé l’équivalent à l’ouverture, Plisson, comme Doussaint, n’ayant jamais vraiment convaincu au plus haut niveau. Ils ont du talent, mais ni l’un ni l’autre ne semblent avoir l’autorité nécessaire à ce poste pour permettre au XV de France de disposer enfin d’une vraie charnière de niveau international. Cela dit, on peut toujours utiliser Serin en numéro 10, même si son poste de prédilection reste en 9. En tout cas, trouver un grand ouvreur sera un des chantiers de Guy Novès dans les mois à venir, tout comme installer une paire de centres qui tienne la route. Mais avec Fofana, Chavancy, Fickou ou Lamerat, il y a des possibilités, même si finalement nous ne sommes pas si riches à ces postes-là, ce qui est le cas aussi aux ailes et à l’arrière où, toutefois nous disposons d’un remarquable spécialiste avec Dulin.

Voilà quelques considérations sur cette équipe de France, sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoir pour la prochaine Coupe du Monde en 2019. En tout cas, Guy Novès paraît bien décidé à installer dès cette année une équipe en vue de cette échéance , et s’y tenir malgré les aléas du Top 14. C’est comme cela que l’Angleterre fut championne du monde en 2003, et je me dis qu’elle pourrait bien l’être de nouveau dans trois ans, comme en témoignent ses résultats depuis son élimination en phase de poule lors de la dernière Coupe du Monde. J’espère qu’à la fin de la saison prochaine, on pourra en dire autant du XV de France. Après tout, avec sans doute un des XV de France les plus faibles depuis des décennies, le rugby français a failli remporter celle de 2011.

Alors, avec des joueurs ayant plus de classe, notamment aux postes stratégiques, pourquoi n’imiterions-nous pas les Anglais. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il y a trop d’étrangers dans les clubs, comme certains se complaisent à le ressasser, parce qu’en Angleterre il y a aussi nombre d’étrangers, et les résultats internationaux sont bons quand même. Ah les étrangers, l’obsession des Français, comme on peut le constater en voyant les réactions au départ de Laurent Blanc du PSG et l’intronisation d’Unai Emery. Il n’est même pas en poste que les médias français et les forumers franchouillards descendent méchamment l’ex-entraîneur du FC Séville, alors que son palmarès d’entraîneur est supérieur à celui de toute l’histoire du football français au niveau européen avec le FC Séville. Même J.M. Aulas, c’est-dire, a cru bon de critiquer le limogeage de Blanc. Il est vrai que J.M. Aulas est l’idole de nombre de Français, parce qu’il n’a jamais accepté la domination du PSG version qatari. Qu’il se méfie en plus, car si l’Olympique de Marseille trouve un gros investisseur, c’est la troisième place au mieux qui lui sera promise. Et là les Français détesteront et le PSG et l’OM. Pauvre France !!!

Michel Escatafal

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La Celeste, l’équipe la plus titrée du football mondial

celesteNombre de gens s’interrogent pour savoir comment un pays de la taille de l’Uruguay, dont l’équipe nationale est le prochain adversaire de l’équipe de France ce mercredi à Montevideo, 83 ans après y avoir disputé la première Coupe du Monde (dans l’indifférence générale chez nous), a pu obtenir autant de bons résultats tout au long de son histoire footballistique, une histoire qui la place parmi les plus grandes nations du football mondial, et parmi les trois grands pays d’Amérique du Sud, terre bénie de la balle ronde. L’Uruguay est, en effet, un des rares pays qui ont remporté à plusieurs reprises la Coupe du Monde de football. Sur ce plan le football uruguayen a un avantage sur le nôtre, mais apparemment ce n’est plus le seul, car l’âge d’or du football uruguayen qui semblait passé depuis longtemps, est peut-être en train de renaître. En témoigne sa victoire face au Paraguay en finale de la Copa America 2011, l’équivalent en Amérique du sud du Championnat d’Europe des Nations, un an après avoir atteint les demi-finales de la Coupe du Monde en Afrique du Sud.

L’Uruguay, petit pays de 3,5 millions d’habitants comptant 187.500 licenciés, soit quasiment 12 fois moins que chez nous, a la particularité de faire partie des « grands du football » presque depuis l’avènement de ce sport, ce qui est loin d’être le cas du football français. Son équipe est appelée la Celeste, avec son maillot bleu ciel au col blanc orné de quatre étoiles, et ses shorts et bas noirs.  Pourquoi quatre étoiles ? Parce que son palmarès compte, outre ses deux victoires en Coupe du Monde (1930-1950), deux autres aux Jeux Olympiques en 1924 et 1928, auxquelles il faut ajouter quinze Copas America, tout cela faisant de l’Uruguay la meilleure équipe de la décennie 1920-1930, et le pays de football le plus titré toutes compétitions confondues…devant l’Argentine et le Brésil.

A l’époque il faut noter que les J.O. avaient valeur de championnat de monde, puisque la première édition de la Coupe du Monde eut lieu en 1930. Elle fut organisée en Uruguay…et fut remportée par la sélection uruguayenne. Comme ses deux grands rivaux sud-américains,  les incontournables Brésil et Argentine, l’Uruguay a compté quelques uns des plus grands joueurs de tous les temps, même s’ils sont moins connus que les Brésiliens Didi, Pelé, Zico ou Ronaldo ou les Argentins Kempes, Maradona ou Messi. Rien que dans les années 20 ou 30, des joueurs comme Scarone ou Andrade furent sans doute les deux meilleurs joueurs de cette époque, et figurent parmi les plus grands joueurs du vingtième siècle, sans oublier le buteur patenté que fut Jose Pedro Cea qui marqua 13 buts en 27 sélections entre 1923 et 1932. Comme Scarone et Andrade, il remporta la Coupe du Monde 1930 et fut deux fois champion olympique en 1924 et 1928 avec une sélection commandée par José Nasazzi, surnommé « le grand capitaine », l’équivalent aujourd’hui d’un Thiago Silva, élu aussi meilleur joueur de la Coupe du monde 1930.

Mais l’Uruguay fut aussi un énorme réservoir de grands joueurs dans les années 50, dans la foulée de sa victoire à la Coupe du Monde 1950, où elle avait battu le Brésil chez lui, dans le match décisif qui se disputait au Maracana devant 173.850 spectateurs. On imagine la peine du peuple brésilien qui n’a toujours vécu que par, pour, et avec le football. Parmi ces super joueurs, on peut citer le véloce Ghiggia, Miguez (27 buts en 39 sélections), le remarquable gardien Maspoli, le demi Andrade (homonyme du meilleur joueur des années 20), Varela et sans doute le plus doué de tous, le redoutable milieu-attaquant Schiaffino. Ce dernier a fait ensuite les beaux jours du Milan AC entre 1954 et 1960 et de l’AS Roma jusqu’en 1962. Il a aussi eu la particularité, comme Ghiggia (12 sélections pour Uruguay et 5 pour l’Italie), d’avoir été international pour son pays d’origine l’Uruguay (21 fois), mais aussi pour son pays d’adoption l’Italie (4 fois). A l’époque il était permis de porter le maillot de plusieurs pays, même en ayant joué la Coupe du Monde, comme ce fut le cas pour le merveilleux défenseur central du Real Madrid qu’était José Santamaria (sélectionné pour l’Uruguay et l’Espagne). Ensuite dans les années 60 et 70 la grande vedette fut un gardien, à l’époque le meilleur au monde, Mazurkiewicz.

Aujourd’hui l’Uruguay n’a plus autant de joueurs de ce calibre, mais de temps en temps elle révèle un très grand joueur, comme par exemple Forlan, ancien attaquant de l’Atlético de Madrid qui opère aujourd’hui à l’Internacional de Porto Alegre (Brésil), qui fut désigné comme meilleur joueur de la Coupe du Monde 2010 et co-meilleur buteur (5 buts), un joueur dont l’AS Nacy-Lorraine n’avait pas voulu après un essai de quelques mois (bravo !). Forlan a remplacé dans le cœur des Uruguayens Enzo Francescoli, que les Français ont bien connu dans les années 80, puisqu’il a joué quatre ans au Racing entre 1986 et 1989, et un an à Marseille entre 1989 et 1990, avant d’aller exercer ses talents en Italie à Cagliari et au Torino. C’était un magnifique technicien, reconnu de tous y compris de Zidane, qui a donné à son fils le prénom de Francescoli, Enzo. Mais Forlan n’est plus aujourd’hui l’hirondelle faisant le printemps, car il a reçu le renfort de Luis Suarez (26 ans) qui a joué à l’Ajax d’Amsterdam, avec qui il fut champion des Pays-Bas (2011), mais aussi sacré meilleur buteur des Pays-Bas en 2010 avec 35 buts, avant de partir à Liverpool, et peut-être de rejoindre cet été le Real Madrid. Un autre attaquant uruguayen figure aussi parmi les meilleurs attaquants du monde, Cavani, qui a marqué 104 buts en 139 matches avec l’équipe de Naples, et qui est convoité par les plus grands clubs européens, notamment le Paris Saint-Germain.

Malgré tout le gisement de footballeurs uruguayens semble quelque peu tari, par rapport aux années 20, 30 ou 50, contrairement à celui de ses voisins sud-américains, Brésiliens et Argentins. Cela ne veut pas dire pour autant que la Celeste ne compte pas quelques bons joueurs, en dehors de Forlan, Suarez ou Cavani, mais à l’image de leur capitaine Lugano, qui a joué au Paris Saint-Germain, ils ont généralement des difficultés à s’imposer dans les clubs européens de haut niveau. Bref, a priori pas de quoi faire trop peur à leurs prochains adversaires français, à part précisément la paire Suarez-Cavani, susceptible de causer de sérieux tourments aux meilleures défenses. Cela étant, il ne faudra pas que l’équipe de Didier Deschamps prenne l’Uruguay à la légère, car cette formation est solide, à défaut d’être géniale. En outre, les joueurs qui la composent seront d’autant plus motivés qu’ils doivent montrer leur valeur aux yeux des recruteurs européens.

Michel Escatafal


Quelques Espagne-France firent la gloire du football français

Ce soir l’équipe de France va jouer une partie très difficile en Espagne, même si paradoxalement ce match pourrait lui permettre de se reconstruire un peu plus, ce qu’elle a du mal à faire. N’oublions pas que l’équipe d’Espagne, la Roja, est actuellement la meilleure du monde, certains disent même la meilleure de l’histoire, dans la mesure où elle a réussi un exploit inédit en remportant coup sur coup le championnat d’Europe des Nations (2008), la Coupe du Monde (2010), puis de nouveau le championnat d’Europe des Nations cette année. Je n’irais pas jusque-là, parce qu’on ne peut pas comparer les équipes reines à des époques différentes. La Hongrie 1952-1956 était une très grande équipe, comme le Brésil 1970, ces équipes ayant en commun avec l’Espagne d’être très riches en joueurs de grand talent, lesquels jouaient une partition presque toujours sans faute tellement ils avaient l’habitude de disputer des matches importants ensemble…et les gagner.

Quant à l’équipe de France d’aujourd’hui, elle n’a évidemment plus rien à voir avec celle qui avait réussi le doublé en 1998-2000, avec successivement la Coupe du Monde et le championnat d’Europe des Nations, ni même avec celle de 2006, finaliste de la Coupe du Monde, et pas davantage avec celle de 1958, demi-finaliste de la Coupe du Monde, et celle de 1984, championne d’Europe des Nations. Aujourd’hui, elle n’a plus le joueur emblématique (Kopa, Platini et Zidane) qui la portait vers les sommets en tirant ses partenaires vers l’excellence, et ces partenaires étaient parmi les meilleurs de la planète à l’époque.

Ce match de ce soir à Madrid s’annonce donc relativement déséquilibré entre une équipe en pleine confiance, quasiment imbattable depuis quatre ans, s’appuyant sur l’ossature de ses deux plus grands clubs (Real et Barça), et une équipe qui se cherche une âme…et ne la trouve pas quel que soit le sélectionneur.  Une formation éliminée sans gloire en quart de finale de l’Euro cet été…par celle représentant l’Espagne (3-1). C’était la troisième défaite de rang des Bleus contre leurs adversaires espagnols, après celles de 2010 (0-2) au Stade de France, et de 2008 à Malaga Espagne (1-0), ces deux rencontres étant des matches amicaux. Cela dit, peu importe que ce soit en match amical ou officiel, l’équipe de France ne peut plus battre de nos jours son homologue espagnole, forte de ses Casillas, Albiol, Ramos, Arbeloa, Alba, Xabi Alonso, Busquets, Xavi, Iniesta, Silva ou Fabregas, autant d’éléments de classe mondiale qui feraient  le bonheur de n’importe quelle autre équipe. Et je ne parle pas des absents ou de ceux qui débuteront sur le banc (Puyol, Piqué, Torres, Llorente, Villa etc.) !

Alors, cela veut-il dire que la France n’a aucune chance ce soir contre cette invincible armada ?   Sans doute pas, même si personne n’y croit  réellement.  Et pourtant l’histoire est là pour nous rappeler que l’équipe de France a souvent battu l’équipe d’Espagne, puisque sur 31 rencontres jouées entre les deux sélections, les Espagnols en ont remporté 14, les Français 11, les autres se terminant par un match nul (6). C’est dire combien la série en cours a son importance dans ce décompte, puisque celle-ci a fait pencher la balance du côté espagnol. Raison de plus pour inverser la tendance, ce qui permettrait à notre équipe d’être quasiment assurée d’aller au Brésil disputer la Coupe du Monde 2014, le résultat étant presqu’identique pour les Espagnols en cas de victoire sur les joueurs de Deschamps.

En tout cas, une chose est sûre : les Français n’auront rien à perdre ce soir, et, généralement, c’est dans ce type de match qu’ils sont les plus dangereux, tous sports confondus. D’ailleurs, il leur est déjà arrivé de gagner des matches amicaux ou en compétition officielle contre l’Espagne en n’ayant aucunement les faveurs du pronostic. A ce propos, compte tenu de la place que tient le football dans les deux pays, il n’y a pas de matches vraiment amicaux entre les deux sélections nationales, en raison du prestige que confère une victoire de l’une sur l’autre, remarque valable aussi pour des confrontations contre l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Argentine ou le Brésil. C’est pour cela que je vais évoquer quatre victoires françaises qui appartiennent à l’histoire, à savoir celles de 1955, de 1959, de 1984 et de 2000, toutes ayant eu lieu à des périodes bénies pour le football français.

J’ai déjà écrit sur la victoire du 17 mars 1955 à Chamartin, dans l’article que j’ai consacré à Raymond Kopa (Raymond Kopa le Napoléon du football). Ce succès en effet fut l’élément déclenchant du transfert de Kopa au Real, tellement ce jour-là le joueur rémois éclipsa partenaires et adversaires.  Et en parlant de Rémois, ce match était le premier comme entraîneur de l’équipe de France d’Albert Batteux, par ailleurs entraîneur du Stade de Reims, qui formait l’ossature de la sélection française avec 5 joueurs (Jonquet, Penverne, Glovacki, Kopa, Bliard). Mais revenons au match proprement dit, pour noter qu’il avait très mal commencé pour notre équipe, puisque les Espagnols ouvrirent le score dès la onzième minute grâce à leur ailier gauche basque, Gainza.

Mais très rapidement, sous l’impulsion d’un Kopa extraordinaire, les Français allaient s’organiser et faire la preuve de leur supériorité, Kopa se chargeant lui-même de l’égalisation à la 35è minute.  Ensuite le futur Madrilène continua son festival et ses arabesques qui rendaient fous les défenseurs espagnols, jusqu’au moment où il délivra une passe décisive pour Vincent qui marqua à son tour (73è minute). Cette fois les Espagnols étaient à genoux, et ils furent battus chez eux, au stade Chamartin, devant 125.000 spectateurs qui découvraient avant l’heure celui qui allait devenir un des deux meilleurs joueurs du Real Madrid, avec Di Stefano. Un match historique à plus d’un titre, qui vaudra à Kopa d’être surnommé par un journaliste anglais présent au match, « le Napoléon du football ».

En 1959, le contexte était très différent parce que la rencontre entre l’équipe de France et celle d’Espagne avait été organisée au profit des sinistrés de la catastrophe de Fréjus, suite à la rupture d’un barrage qui avait provoqué la mort de 423 personnes, et dévasté toute la vallée en aval de Malpasset jusqu’à Fréjus. Cette rencontre, au-delà de l’aspect émotionnel, allait être inoubliable à bien des titres. D’abord ce fut le dernier match sous le maillot bleu de son capitaine, l’arrière gauche Roger Marche, surnommé le Sanglier des Ardennes (il jouait à Sedan), et il marqua son unique but en équipe de France, sur un centre-tir qui trompa le gardien espagnol Ramallets. En parlant de ce joueur, il faut souligner que l’Espagne alignait pour ce match sa meilleure équipe possible avec un mélange de joueurs appartenant au Barça (Ramallets,  les défenseurs Garay, Gracia et Olivella, les demis Verges et Segara, et les attaquants Kubala, Martinez et Suarez), et au Real représenté par Di Stefano, Mateos et Gento. Bref, du lourd et même du très lourd !

Quant à l’équipe de France, elle était composée en grande partie des joueurs qui avaient terminé à la troisième place de la Coupe du Monde en Suède l’année précédente (Remetter,Jonquet, Kaelbel, Marche, Douis, Kopa, Fontaine et Vincent) . Pas étonnant que les spectateurs et les téléspectateurs aient assisté à un grand match !  Les Espagnols ouvrirent le score par Suarez (22è minute), le futur Ballon d’Or (1960), les Français égalisant tout de suite après (27è minute) par le Rémois Muller, qui fera plus tard les beaux jours du Real et du Barça, avant que l’inévitable Fontaine (meilleur buteur de la Coupe du monde 1958) permette aux Tricolores de prendre l’avantage (31è minute), Vincent ajoutant un but cinq minutes plus tard, ce qui donnait aux Français une confortable avance avant la pause. Ensuite le jeu s’équilibra jusqu’au but de Marche (61è minute) qui porta le score à 4-1. Les Français se relâchèrent quelque peu en fin de match, ce qui permit aux Espagnols de ramener leur défaite à des proportions plus acceptables, Verges et Martinez marquant deux fois avant le coup de sifflet final.

Autre victoire historique française sur l’Espagne, celle du 27 juin 1984, au Parc des Princes, où les Français conquirent leur premier grand titre international en devenant champions d’Europe des Nations. Les Français qui jouaient chez eux avaient réalisé jusqu’en demi-finale un tournoi de grande qualité, en dominant plus ou moins nettement les adversaires qui leur étaient opposés, à savoir le Danemark (1-0), la Belgique (5-0) et la Yougoslavie (3-2), Platini marquant trois fois contre les Belges et les Yougoslaves, et l’unique but contre les Danois. En revanche, en demi-finale, les Bleus souffrirent mille morts pour éliminer le Portugal, battu seulement après prolongations à une minute de la fin sur une action personnelle de Jean Tigana, avec Michel Platini à la conclusion.

Cela étant l’Espagne pour sa part s’était qualifiée dans la douleur pour les demi-finales, après avoir fait match nul contre la Roumanie et le Portugal et avoir battu l’Allemagne (1-0) lors du match de poule décisif sur un but de Maceda à la dernière minute. Et en demi-finale, les Espagnols durent attendre les tirs au but pour éliminer le Danemark. Bref, tout était prêt pour le sacre attendu de l’équipe de Michel Platini, entraînée par Michel Hidalgo. Comment, avec un tel parcours, les Espagnols pouvaient-ils avoir une chance contre les Français, emmenés par un Michel Platini qui ne fut jamais aussi grand qu’à ce moment, et qui venait de marquer 8 buts en 4 matches ?

Et bien, le football est ainsi fait qu’un match n’est jamais gagné à l’avance, car les Espagnols firent énormément souffrir les Bleus, au point qu’il fallut une énorme erreur du portier espagnol Arconada, presqu’à l’heure de jeu, pour qu’ils prennent l’avantage. Enorme erreur, parce que le coup-franc tiré par Michel Platini était loin d’être très dangereux, surtout pour un gardien de la classe d’Arconada, sauf que celui-ci relâcha son ballon dans le but après l’avoir presque arrêté. Ce type d’erreur fut d’ailleurs appelé plus tard une Arconada. Cela dit, jusque-là les Français avaient eu beaucoup de chance de n’avoir pas encaissé de but, puisque l’arbitre aurait pu accorder un pénalty aux Espagnols sur une faute de Bossis contre Francisco, et plus encore quand Battiston sauva sur sa ligne un ballon de Santillana sur corner qui prenait le chemin des filets.

Et après le but de Platini, les Français continuèrent à souffrir, sous la pression de l’équipe espagnole qui n’abdiquait pas, mais aussi parce que son défenseur central, Le Roux, fut expulsé à cinq minutes de la fin. En fait, les Français ne furent certains de la victoire qu’à la dernière minute, quand Tigana récupéra un ballon pour le donner à Bellone, qui s’échappait et ajustait Arconada, ce qui mettait fin à un insoutenable suspens. La France était championne d’Europe et remportait enfin ce titre après lequel elle courait depuis toujours. Néanmoins, pour être juste, les Bleus de Platini formaient incontestablement la meilleure équipe de la compétition avec outre Platini (meilleur joueur et meilleur buteur), des joueurs de grand talent comme le gardien Bats, les arrières Battiston, Amoros, Le Roux, Bossis, Domergue, les milieux de terrain, Giresse, Tigana, Fernandez, Genghini, et les attaquants Lacombe, Bellone, Six et Rocheteau.

Dernier match entre la France et l’Espagne dont je veux parler, celui de l’an 2000 en quart de finale du championnat d’Europe des Nations. Ce fut un match très serré, dont Djorkaeff dira plus tard que c’était le match le plus difficile qu’il ait joué, mais c’était une époque où la France dominait la planète football, même si cela ne se vérifiait pas toujours. En revanche, dès que l’on abordait les matches en phase finale d’un tournoi important, notre équipe se transformait en machine à gagner. Pourtant les Français ont souffert et ont même tremblé pour finir par l’emporter sur une brillante équipe d’Espagne qui comptait dans ses rangs des joueurs comme Salgado, Guardiola dont on entendra beaucoup parler comme entraîneur du Barça, Helguera, Munitis, Mendieta et la grande vedette du Real, Raul.

En face, l’équipe de France ressemblait comme une sœur à celle qui avait gagné la Coupe du Monde deux ans auparavant, avec Barthès, Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu, Vieira, Deschamps, Djorkaeff, Dugarry, Pires et Zidane. Toutefois cette équipe, entraînée par Lemerre, était en valeur absolue plus forte que celle de 1998, parce que Thierry Henry était devenu le meilleur attaquant européen, que son copain Trezeguet marquait de plus en plus de buts, qu’Anelka commençait à s’imposer après son passage au Real, et que Wiltord était devenu un élément de plus en plus décisif. Bref, l’armada française était plus forte que jamais, et elle allait le prouver contre l’Espagne en remportant ce quart de finale sur le score de 2-1, acquis à la mi-temps. Zidane avait ouvert la marque à la 32è minute sur un bijou de coup-franc, digne des plus beaux de Platini, suite à une faute sur Djorkaeff. Mais cela n’avait pas découragé les Espagnols qui répliquaient sur un pénalty indiscutable (faute de Thuram) transformé par Mendieta. Mais Djorkaeff, encore lui, faisait parler la poudre juste avant la mi-temps, et la France menait de nouveau au score (2-1).

Plus rien ne sera marqué ensuite, mais chaque camp aura des occasions, et quelles occasions! A la 71è minute Henry, qui filait seul vers le but, était délibérément ceinturé par Paco…sans que l’arbitre ne pense à exclure le défenseur espagnol qui, pourtant, n’avait personne derrière lui.  Grosse erreur d’arbitrage, mais plus grosse encore quand Barthez est sanctionné à la dernière minute pour avoir bousculé dans la surface Abelardo. Faute bien peu évidente, tellement peu évidente que les dieux du football vinrent à la rescousse du gardien français, celui-ci voyant le tir de Raul s’envoler au dessus  de sa cage. Ouf,  la France avait gagné, et elle allait de nouveau devenir championne d’Europe après une demi-finale gagnée contre le Portugal (2-1) après prolongations,  et sur le même score contre l’Italie, là aussi grâce au but en or en prolongations marqué par Trezeguet sur un centre de Pirès.

La France réalisait un doublé extraordinaire, devenant le seul pays (jusque-là) à remporter un championnat d’Europe après la Coupe du Monde. Mais si elle est parvenue à ce résultat, c’est sans doute parce qu’elle avait su vaincre une très forte formation espagnole en quart de finale, ce qui lui avait donné la conviction que personne ne pouvait l’arrêter. Au fait, et si ce soir la France battait l’Espagne, qui sait si ce ne serait pas le début d’une ascension irrésistible vers les sommets ? Ne rêvons pas trop, et disons-nous qu’un match nul serait déjà un fantastique résultat. Ce n’est pas Didier Deschamps, capitaine des Bleus de 1998 et 2000 qui nous dira le contraire !

Michel Escatafal


La Roja 2012 meilleure que la Seleção 1970 ou que le Onze d’Or hongrois?

L’IFAB (International Football Association Board), organisme en charge de déterminer les lois du football, vient d’accepter de modifier son règlement en autorisant l’utilisation de la vidéo sur la ligne de but ! Voilà une information qui va faire parler dans les jours et les mois à venir, d’autant que personne n’est certain que cela règlera tous les problèmes liés à l’arbitrage. D’abord, il y a des cas où la vidéo ne peut pas indiquer avec précision si le ballon a entièrement franchi la ligne de but. Ensuite, comme dans le cas du match entre l’Angleterre et l’Ukraine, même si ballon avait bien franchi la ligne de but, nombre d’observateurs ont oublié de dire qu’il y avait au départ de l’action un hors-jeu non sifflé. Bref, le débat ne fait que commencer, et comme le dit le président de l’UEFA, Michel Platini, « on s’arrête où après » ? Cela étant, le rugby ne se plaint pas de cette évolution technologique…acceptée par tout le monde de nos jours.

Autre nouvelle intéressante, le Brésil  vient de rétrograder à la onzième place du classement de l’UEFA pour la première fois depuis qu’il existe (1993). Si j’évoque ce classement, c’est parce que le Brésil était considéré jusqu’à ce jour comme la nation référence du football, un peu comme la Nouvelle-Zélande en rugby. Mais ces derniers temps la référence serait plutôt l’équipe d’Espagne, surtout aux yeux des internautes, ces derniers oubliant trop souvent que d’autres grandes sélections nationales ont aussi dominé le football mondial à leurs heures de gloire. D’où le débat consistant à se demander si l’Espagne 2008-2012 est supérieure à la Hongrie 1952-1956, au Brésil 1958-1962, au Brésil 1970, aux Pays-Bas 1974, à l’Allemagne 1974-1976 ou à la France 1998-2000, pour ne citer que ces équipes qui, elles aussi et chacune dans leur style, ont régné sur leur époque. Cela ne signifie pas forcément qu’elles ont toutes remporté des titres, mais si l’on conserve un souvenir ému de leur époque, c’est parce qu’elles ont marqué l’histoire.

Essayons donc de faire un petit récapitulatif de ces époques où une formation s’est imposée à la fois par ses résultats et par son style. J’ai déjà longuement évoqué sur ce site la fameuse équipe de Hongrie qui ne perdit pas un seul match entre mai 1950 et la finale de la Coupe du Monde 1954…qu’elle perdit dans des conditions pour le moins douteuses (voir mon article sur le soi-disant miracle de Berne), puisqu’une enquête allemande aurait réussi à déterminer que les Allemands étaient dopés à un produit utilisé pendant la seconde guerre mondiale dans l’armée. Ensuite, malgré cette énorme déception, la grande équipe hongroise poursuivra sa domination jusqu’en 1956, où les évènements de Budapest finiront par avoir raison d’elle. Sans ces évènements, je reste persuadé que la Hongrie, avec son 3-2-3-2 et ses Grosics, Boszik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti, Czibor, aurait remporté la Coupe du Monde 1958…face au Brésil.

Cela ne veut pas dire pour autant que le Brésil 1958 n’était pas une équipe extraordinaire, mais nombre de techniciens (ce que je ne suis pas) ont pensé que la Hongrie aurait pu  empêcher le Brésil de remporter sa première Coupe du Monde en 1958. Après tout, qui nous dit que l’équipe de France n’aurait pas battu le Brésil en demi finale,  si Jonquet n’avait pas eu le malheur d’être blessé dans un choc avec Vava (véritable agression !), alors que le score du match entre l’équipe de Kopa et Fontaine et la sélection brésilienne était à parité (1-1) au moment de cette blessure (34è minute) ? Cela étant avec ses Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Zito, Orlando, Garrincha, Didi, Vava, Zagalo et le tout jeune Pelé, cette formation était vraiment impressionnante. La preuve avec son sytème de jeu en 4-2-4, elle marqua 16 buts n’en encaissant que deux, dont un des pieds de Fontaine pour l’égalisation lors du fameux France-Brésil.

Quatre ans plus tard le Brésil renouvellera son succès, lors de la Coupe du Monde au Chili,avec quasiment la même équipe, dans un style de jeu ayant évolué vers le 4-3-3 (Zagalo opérant en milieu gauche). En disant la même équipe, j’exagère un peu dans la mesure où Pelé fut blessé très tôt dans la compétition, mais son remplaçant, Amarildo, s’avèrera tellement brillant, que l’efficacité de la Seleçao ne s’en ressentira quasiment pas…au point qu’à l’époque déjà on commençait à dire que cette équipe était la meilleure de l’histoire, d’autant que les Brésiliens de 1958 avaient été les premiers à avoir remporté une Coupe du Monde hors de leur continent, évènement qui ne se reproduira qu’en 2002 (Brésil) et 2010 (Espagne). Bref, huit ans après la finale de Berne en 1954, on avait déjà oublié le « Onze d’Or » hongrois.

Mais en 1970, une autre équipe brésilienne allait dépasser sa devancière, en dominant de toute la classe de ses individualités la Coupe du Monde au Mexique. Si l’on en croit Pelé, cette équipe est la meilleure dans laquelle il ait évolué, ajoutant aussi qu’elle était meilleure que celle d’Espagne de nos jours. On veut évidemment le croire facilement, du moins pour ce qui concerne l’équipe brésilienne, d’autant qu’il a joué dans celle de la génération 1958-62 et celle de 1970. Quant à faire la comparaison avec l’Espagne 2008-2012, c’est peut-être plus difficile, même si le Brésil 1970 avait un très grand nombre de joueurs exceptionnels….comme sans doute jamais aucune équipe n’en a eu, à l’exception peut-être de la Hongrie 1952-1956. En tout cas, les Brésiliens ont marqué dix-neuf buts pendant  la Coupe du Monde 1970, dont sept en demi-finale contre l’Uruguay (3-1) et en finale contre l’Italie (4-1), en encaissant sept, ce qui donne une idée de l’esprit offensif de cette équipe. C’est surtout l’extraordinaire maîtrise individuelle des joueurs composant l’équipe qui était impressionnante. En fait l’équipe du Brésil 1970 n’avait qu’un seul joueur plutôt moyen pour le niveau international, le gardien Felix, les autres étant excellents comme Brito, Piazza, Everaldo ou Clodoaldo, ou exceptionnels comme Carlos Alberto, Gerson ,Jairzinho, Tostao, Rivelino, plus Pelé qui gagnait sa troisième Coupe du Monde.

Autre équipe remarquable qui a marqué l’histoire, mais qui (comme la Hongrie) n’a jamais remporté la Coupe du Monde, l’équipe des Pays-Bas en 1974. En fait la Hollande 1974 c’était d’abord un des tous meilleurs joueurs de l’histoire, Johan Cruyff, entouré par toute une génération d’excellents joueurs comme Neeskens, Krol, Suurbier Rep, Haan, qui tous jouaient à l’Ajax d’Amsterdam, club qui a inventé le football total (tout le monde attaque, tout le monde défend), ce qui lui permit de remporter trois Coupes d’Europe des clubs consécutives entre 1971 et 1973. L’équipe était  complétée par des joueurs de grande valeur comme Van Hanegem, Janssen ou encore Resenbrink, qui s’étaient parfaitement fondus dans le collectif de l’Ajax, un peu comme aujourd’hui tous les joueurs espagnols jouent la même partition que le Barça, Messi en moins. Fermons la parenthèse pour dire que cette équipe néerlandaise fut battue en finale de la Coupe du Monde par l’équipe d’Allemagne qui jouait chez elle à Munich.

Disons immédiatement que la victoire de l’Allemagne (2-1) ne souffrait cette fois d’aucune contestation, contrairement à 1954. Ni dopage, ni but refusé parfaitement valable n’étaient venus polluer cette rencontre entre les deux meilleures équipes du tournoi. L’Allemagne disposait d’une très belle équipe, presque aussi forte que celle des Pays-Bas, sauf que les Néerlandais avaient dans leur rang Johan Cruyff, ce qui expliquait leur statut de favoris en finale de la Coupe du Monde. Parmi ces joueurs allemands, nous citerons les joueurs du Bayern Munich (club qui allait succéder à l’Ajax en Coupe d’Europe), Maier le gardien, Beckenbauer que l’on appelait   » le Kaiser », Schwarzenbeck, Breitner, Hoeness, et le formidable buteur qu’était Gerd Muller, auxquels il faut ajouter Vogts, Overath le meneur de jeu, ou Holzenbein.  C’était peut-être moins génial que les Brésiliens de 1970 ou les Hongrois de 1954, mais c’était très, très solide. Ce l’était tellement que cette équipe d’Allemagne venait de réussir un doublé inédit après avoir remporté le Championnat d’Europe des Nations deux ans auparavant.  Il faudra attendre 2000 pour voir une équipe réaliser pareil exploit, la France emmenée par Zidane.

Et oui, la France a sa place dans cette galerie des plus grandes équipes de l’histoire. En 1998, nombreux furent les observateurs à lui accorder la chance du pays organisateur de la Coupe du Monde, même si elle l’emporta brillamment en finale contre le Brésil (3-0). Mais elle n’avait pas réellement dominé son sujet contre l’Italie (battue aux tirs au but) en quart de finale, ou contre le Paraguay (battu en prolongation grâce au but en or) en huitième, sans parler d’une première mi-temps très décevante en demi-finale contre la Croatie, finalement vaincue 2-1 grâce à deux buts de Thuram. Et en finale, le Brésil ne pouvait pratiquement pas compter sur son meilleur joueur, Ronaldo, ce dernier ayant été malade juste avant la rencontre…qu’il n’aurait jamais dû disputer. En fait cette équipe de France disposait d’un génial meneur de jeu, Zidane, et d’une défense de fer avec Thuram, Blanc, Desailly et Lizarazu devant le gardien, Barthez, sans doute le meilleur au monde à l’époque. En revanche elle manquait cruellement d’efficacité devant le but, malgré la présence dans certains matches de deux joueurs d’une vingtaine d’années, qui allaient figurer parmi les meilleurs buteurs de l’histoire du football français et international, Henry et Trezeguet. Ces deux derniers apporteront cette puissance de feu qui manquait à l’équipe de 1998, lors du Championnat d’Europe des Nations deux ans plus tard, ce qui permit à l’équipe de France de réaliser le même doublé historique (à l’envers) que les Allemands vingt six ans plus tôt.

Toutefois, depuis 2000, l’équipe d’Espagne a fait encore mieux puisqu’elle vient de réaliser le triplé hallucinant consistant à gagner coup sur coup le championnat d’Europe, la Coupe du Monde, puis de nouveau le championnat d’Europe. Aucune équipe européenne n’avait réussi pareil exploit ! Le Brésil 1958-62 aurait-il pu le réussir s’il avait disputé le championnat d’Europe ? Sans doute, mais personne ne peut l’affirmer. En tout cas, ce triplé vient de donner à l’actuelle équipe d’Espagne le statut de plus grande équipe de tous les temps…du moins sur le plan du palmarès parce que, comme je le dis souvent pour les autres sports individuels ou collectifs dont je parle sur mon site, on ne peut pas comparer l’incomparable, même si les palmarès nous aident à établir une hiérarchie. D’ailleurs, il faut tenir compte du fait que les compétitions n’ont pas toutes la même antériorité, le championnat d’Europe des Nations par exemple ne datant que de 1960, alors que la première Coupe du Monde a eu lieu en 1930. D’autre part, on ne peut pas comparer la Copa America avec le Championnat d’Europe, en raison du faible nombre de nations capables de l’emporter. Depuis 1916 en effet, seuls le Pérou en 1939 et 1975, le Paraguay en 1953 et 1979, la Bolivie en 1963, et la Colombie en 2001 ont troublé le jeu à trois entre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. Par ailleurs, les joueurs opérant en Europe n’ont sans doute pas la même motivation pour obtenir ce trophée qu’une victoire en Ligue des Champions ou qu’une Coupe du Monde, contrairement au titre européen.

Cela dit, l’Espagne est l’équipe phare du nouveau siècle et à coup sûr une des plus belles formations de l’histoire. Comme la plupart de ses devancières, l’équipe nationale espagnole a la chance de pouvoir s’appuyer sur une équipe de club exceptionnelle, qui elle aussi est en train de marquer l’histoire, le Football Club de Barcelone, appelé le Barça par les aficionados et les multiples supporters de ce club mythique. Un club qui depuis le passage comme entraîneur de Cruyff, qui y fit une bonne partie de sa carrière de joueur, a mis en place une manière de jouer qui lui est propre. Un jeu magnifique où la balle circule avec une vitesse et une précision diaboliques, ce qui finit par donner le tournis aux  adversaires, lesquels s’épuisent à courir après un ballon insaisissable.  Pour parler comme le précédent sélectionneur espagnol, Luis Aragones, celui du titre européen en 2008, cette équipe d’Espagne est grande «  par la manière qu’elle a de jouer et de dominer le jeu ».

Les Brésiliens de 1970 avaient sans doute plus de virtuosité individuelle ( seuls Iniesta, Silva et Ramos soutiennent la comparaison avec les meilleurs « auriverde »), mais ils n’avaient pas un gardien de la qualité de Casillas, contrairement à l’équipe de 1958 qui avait Gilmar. Ils n’avaient pas non plus la même précision dans le jeu que l’équipe espagnole actuelle. La preuve, malgré le fait que cette équipe d’inspiration très barcelonaise soit privée de Messi (qui joue dans l’équipe d’Argentine), elle peut se permettre de marquer des buts…sans véritable buteur. Que dire de plus ? En tout cas ce ne sont pas les joueurs Italiens de la Squadra azzura qui contesteront leur supériorité, parce qu’ils n’auraient jamais imaginé être battus en finale de l’Euro de cette manière, et  sur un score plus lourd encore (4-0) que celui de la finale de la Coupe du Monde 1970 au Mexique, où les Azzurri avec  Riva, Boninsegna, Rivera, Mazzola, Burgnich, Facchetti ou Domenghini réussirent à marquer un but aux Brésiliens (4-1).  Alors, Hongrie 1952-1954, ou Brésil 1970, ou Espagne 2008-2012 ? Le débat reste ouvert et le restera toujours.

Michel Escatafal


Les arbitres de rugby m’ont rendu parfois bien malheureux…mais aussi très heureux !

Et bien non, le XV de France n’a toujours pas remporté un titre mondial. Troisième finale, et troisième finale perdue, mais force est de reconnaître que ça se rapproche. Il ne manquait qu’un point. Certes un point c’est beaucoup, mais c’est quand même très peu, si l’on considère que l’arbitrage a quand même beaucoup aidé les Néo-Zélandais…qui toutefois méritaient le titre pour l’ensemble de leur œuvre pendant cette Coupe du Monde. Voilà je n’en dirai pas plus sur cette finale que la France méritait cent fois de gagner, et qui n’a pas donné une bonne image du rugby néo-zélandais que, pourtant, j’ai toujours apprécié. Mais là c’était trop de pression, presque malsaine, à l’image du traitement infligé à Parra par McCaw. Et quand je lis sur le site web de l’Equipe, que le New Zealand Herald évoque sur son  site une possible fourchette de Dussautoir sur McCaw pendant la finale, je suis carrément écoeuré par cette presse néo-zélandaise qui confond presque le rugby avec la guerre. Non, il faut savoir raison garder, le rugby doit rester un sport, et si possible un sport de gentlemen, fut-il joué par des voyous.

Revenons à présent sur cette Coupe du Monde 2011 pour noter, comme l’a dit A. Penaud dans l’Equipe, que le point qui a manqué au XV de France « symbolise sûrement tout ce qui n’a pas été construit durant quatre ans ». Je suis évidemment d’accord avec cet ancien grand joueur, mais j’ajouterais que le dernier avatar de l’ère Lièvremont fut de refuser encore une fois de faire jouer Parra à son vrai poste…pour ne pas vouloir choisir entre lui et Yachvilli. Quelle constance dans l’incompréhensible, d’autant qu’en tant qu’ancien international, Lièvremont savait bien que Parra n’était pas à sa place à l’ouverture, alors qu’on avait dans l’effectif un vrai, un grand demi d’ouverture, Trinh-Duc, et qu’il y avait même comme remplaçant éventuel Doussain, demi d’ouverture de formation, installé à la mêlée par Elissalde au Stade Toulousain depuis l’année passée.  Cela prouve quand même un certain empirisme de la part de Lièvremont et ce, jusqu’au dernier match de la Coupe du Monde. Certes aujourd’hui, suite à cette finale, il est encensé par tous ceux qui le clouaient au pilori après le match contre les Tonga, mais il y a quand même eu pendant ces quatre ans des manques criants dans cette équipe, sans parler de cette manie de faire opérer les joueurs à un autre poste que celui qu’ils occupent habituellement. 

Les All Blacks, par exemple, ont remplacé, ou plutôt essayé de remplacer Carter par un vrai demi d’ouverture, ce qui était logique. Certes il peut y avoir des circonstances qui font qu’on peut utiliser un joueur à un poste plutôt qu’un autre, mais cela ne peut être que ponctuel. Il peut aussi arriver qu’un sélectionneur ait à se disposition deux supers joueurs à un même poste, auquel cas il est tentant pour lui de faire jouer les deux à des postes où l’adaptation sera facile, comme centre et ouvreur, ou encore arrière et ailier. A ce propos, je me rappelle quand j’étais très jeune avoir vu les Anglais aligner en même temps deux ouvreurs au talent exceptionnel, Richard Sharp et B. Risman, ce dernier placé au centre. Cela dit, cette association ne dura que le temps d’un tournoi (1961), Sharp finissant par s’imposer, et devenir un des plus grands numéros 10 de l’histoire.  J’ai aussi en mémoire le positionnement au poste de centre de Tony O’Reilly, l’Irlandais, un ailier comme le rugby en a peu connu, avec un succès très mitigé. Cela étant, il peut aussi y avoir des joueurs capables d’opérer à divers postes sans que cela n’affecte leur rendement. Parmi eux je citerais Martine, Gachassin, Maso, Aguirre, Blanco, et plus près de nous Michalak et Elissalde, pour ne citer que des joueurs des lignes arrière, ce qui n’empêche pas qu’ils ne furent jamais aussi bons qu’installés à leur poste de prédilection.

Fermons la parenthèse, pour se rappeler un évènement qui fut jugé considérable à l’époque, et qui n’est pas sans rappeler l’aventure que vient de vivre le XV de France, à savoir le premier grand chelem de l’équipe de France dans le Tournoi des 5 Nations en 1968. Curieusement, jamais la France n’avait réussi à réaliser le grand chelem jusque-là, même si elle passa très près en 1955. Cette année-là en effet, le XV de France avait remporté trois victoires successives dans le Tournoi, et rencontrait le Pays de Galles à Colombes pour ce qui était attendu comme la consécration d’une saison exceptionnelle où la France, après avoir nettement battu l’Ecosse à Colombes (15-0), puis l’Irlande (5-3) et l’Angleterre (16-9) chez elles, n’avait plus qu’à dominer les Gallois pour remporter seule le Tournoi pour la première fois, et réaliser du même coup le grand chelem. Hélas, contre toute attente, notre équipe commandée par Jean Prat fut battue par Galles (16-11), après toutefois avoir joué toute la seconde mi-temps à 14, suite à une blessure au genou du troisième ligne aile Domec. Et on allait attendre l’année 1968 pour remporter enfin quatre victoires, ce que même la super équipe de Mias en 1959 ou celle de Moncla en 1960, ou encore celle de Crauste en 1966, n’avait pas réussi à faire.

En 1968 donc, nous étions en pleine  guerre  picrocholine entre tenants d’une équipe offensive avec Gachassin à l’ouverture, et les autres préférant la sécurité avec les frères Camberabero à la charnière, Guy étant aussi un buteur exceptionnel. Tout cela laissant penser à certains, qu’avec les Camberabero on pouvait mettre n’importe qui dans la ligne de  trois-quarts. On commença donc le 13 janvier par un match à Murrayfield contre l’Ecosse, que la France remporta (8-6) grâce à une transformation du bord de la touche de Guy Camberabero dans un vent tourbillonant…et à la maladresse des buteurs Ecossais. Cela nous fait beaucoup penser à la demi-finale du XV de France face aux Gallois à la Coupe du monde  cette année. Ensuite, sous la pression de l’opinion, les sélectionneurs changèrent de charnière pour jouer contre l’Irlande à Colombes, en sélectionnant à la place des Camberabero, la paire improvisée Maso en 10 et Fouroux en 9. Mais une blessure de Maso dans la semaine précédant le match, obligea les sélectionneurs à rappeler Gachassin, et pour garder de l’homogénéité à la charnière on décida de titulariser J.H. Mir à la mêlée, pour reconstituer la paire de demis du F.C. Lourdes, en lieu et place de Fouroux. Quel tact de la part des sélectionneurs ! Surtout si l’on songe que  sans la blessure de Maso, on allait avoir comme demis deux joueurs qui n’avaient jamais joué ensemble. Comprenne qui pourra !

 Cela dit, la France remporta ce match (16-6) grâce à deux essais magnifiques marqués par Campaes et Dauga. En revanche la prestation du pack fut plutôt quelconque, comme contre l’Ecosse, malgré quelques grands noms dans ses rangs comme Christian Carrère le capitaine, mais aussi Dauga, Spanghero, Cester ou Gruarin. Allait-on malgré tout faire confiance à cette équipe qui venait de remporter deux victoires de suite pour jouer à Colombes contre l’Angleterre ? Et bien non, parce qu’entre temps il y avait eu un match où le XV de France était opposé à une sélection du Sud-Est, lors d’une rencontre à Grenoble disputée dans le cadre des festivités des Jeux Olympiques. Et le XV de France fut battu 11-9, ce qui amena les sélectionneurs à modifier la moitié de l’équipe pour le match contre l’Angleterre. On rappela les frères Camberabero, en plaçant Gachassin…au centre à la place de Trillo, et en remplaçant toute la première ligne, avec comme talonneur un certain Yachvilli (père de Dimitri), Dauga faisant aussi les frais de ce bouleversement remplacé par Plantefol.

Ce fut un match bizzare que les Français remportèrent avec beaucoup de chance, après avoir été menés 6-3 à la pause. Heureusement les Français savaient encore attaquer, et après une attaque classique avec l’arrière Claude Lacaze  intercalé qui alla jusqu’à l’aile de Campaes, celui-ci décocha un coup de pied de recentrage que Gachassin récupéra dans l’en-but.  Avec la transformation de Guy Camberabero, et deux drops de Lacaze et Lilian Camberabero, les Français remportèrent ce match (14-9). Mais les Anglais pouvaient être frustrés…par l’arbitrage, M. Laidlaw (Ecossais) ayant refusé deux essais aux Anglais, l’un pour un en-avant qu’il fut sans doute le seul à voir, et l’autre qui aurait dû être accordé, l’ailier anglais ayant glissé jusque dans l’en but. Comme quoi, il est arrivé que l’arbitre soit de notre côté, comme du reste lors du match France-Nlle Zélande en 2007. Cela dit, revenons au Tournoi 1968 pour constater que le XV de France, après cette troisième journée, était seul en tête avec trois victoires. Plus qu’une et c’était le grand chelem !

Allait-on de nouveau bouleverser l’équipe pour ce dernier match ou garder la même ? En fait, il y aura trois changements, avec d’abord l’arrivée de Greffe au poste de troisième ligne centre ce qui eut pour effet de déplacer  W. Spanghero comme flanker. Ce changement était dicté par les circonstances, puisque Salut était blessé. En revanche on décida de changer la paire de centres du match contre l’Angleterre, Gachassin-Lux, pour la remplacer par une association Maso-Dourthe. Les Français n’étaient pas favoris face à une équipe galloise où l’on découvrait une paire de demis, Edwards-Barry John, dont beaucoup disent qu’elle fut la meilleure de l’histoire du rugby. Certes ces deux pépites n’étaient pas encore au niveau auquel elles allaient évoluer les années suivantes, certes aussi l’équipe galloise était loin d’être au niveau de certaines de ses devancières, mais le match se jouait à Cardiff où il était toujours difficile de gagner. En outre, ce jour-là le terrain était boueux et le vent était de la partie, et chacun savait que les Français n’aimaient guère ce type de conditions pour pouvoir s’exprimer. D’ailleurs à la mi-temps les Gallois menaient 9-3, grace à un essai (qui valait trois points à l’époque) de leur ailier Ken Jones, et à deux pénalités. Mais ce jour-là les dieux du rugby étaient avec nous, les Gallois manquant deux pénalités faciles face au vent, alors que les Français réussissaient à marquer deux essais par Carrère, suite à un drop contré de Lilian Camberabero, et par ce même Lilian Camberabero, les deux étant toutefois entachés de hors-jeu des avants français. Guy Camberabero complétant le score par un drop et une pénalité. C’était quasiment du 100% pour les Camberabero !

Malgré tout les Français avaient eu beaucoup de réussite, et pouvaient dire une nouvelle fois merci à l’arbitre, le même que contre l’Angleterre.  Mais le grand chelem était enfin réalisé, une première depuis 1906 pour le XV de France. C’est pour cela qu’il ne faut pas désespérer pour le titre de champion du monde, parce qu’un jour ou l’autre la France enlèvera la Coupe du Monde, et comblera ce vide dans son palmarès. Le plus étonnant est que ce premier grand chelem fut réalisé avec une équipe somme toute moins forte que celles que j’ai évoqué précédemment, celles de 1955, 1959, 1960 ou encore celle de 1966, avec l’épisode de la fameuse passe de Gachassin à Darrouy rabattu par le vent sur Stuart Watkins, qui permit aux Gallois de l’emporter sur le score de 9 à 8…comme cette année en demi-finale de la Coupe du Monde, mais cette fois avec un résultat inversé. Et pour compléter la comparaison entre l’équipe vainqueur du grand chelem en 1968, et l’équipe battue dimanche en finale de la Coupe du Monde, on dira aussi que le XV de France finaliste de 2011 était sans doute moins fort que celui de 1987, ou encore que celui qui s’inclina en 1995 sur des décisions arbitrales très controversées en demi-finale  contre le vainqueur, l’Afrique du Sud, pays organisateur. Finalement l’arbitre c’est une fois d’un côté et une fois de l’autre ! C’est pour cela que je n’aurais pas dû me mettre en colère contre M. Joubert,

Michel Escatafal


L’histoire nous prouve qu’il ne faut pas désespérer du XV de France

J’ai vu hier  matin le match du XV de France contre les Iles Tonga…et j’ai été déçu comme tout le monde par le triste spectacle que nous ont offert  les Bleus. Je n’arrive pas à comprendre qu’en  quatre ans le sélectionneur Marc Lièvremont n’ait pas réussi à dégager un noyau d’une vingtaine de joueurs indiscutables pour former une équipe. Je n’arrive pas non plus à accepter de voir des joueurs sur le terrain ayant l’air perdus, faute d’un véritable plan de jeu comme toute grande équipe se doit d’en développer. J’ai eu  mal aussi hier après-midi en voyant des joueurs toulousains, jouant chaque semaine en top 14, être extrêmement performants comparés à certains joueurs qui sont en Nouvelle-Zélande, même si au fond de moi je n’étais pas mécontent de voir le Stade Toulousain étriller Clermont grâce à la prestation des « oubliés » de la sélection.

Je ne suis d’ailleurs pas le seul à affirmer que si Jauzion, Poitrenaud ou autres David jouaient en équipe de France, le Stade Toulousain serait complètement décapité, malgré le talent de Mac Allister, Bézy, Nyanga et leurs copains restés au pays, mais cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup de regrets, même si je sais bien que ces joueurs auraient du mal à être aussi performants dans le XV de France, parce que l’environnement dans leur club est beaucoup plus favorable à leur épanouissement. J’enrage enfin de voir à quel point Lièvremont se moque du monde en faisant venir Doussain, demi d’ouverture de formation, en Nouvelle-Zélande…pour ne pas le faire jouer, obligeant Elissalde à rechausser les crampons au risque d’y laisser sa santé, préférant mettre Parra à l’ouverture en remplacement de Skrela.

On nous dit que Parra a démarré sa carrière chez les jeunes à l’ouverture, soit. Mais depuis qu’il opère en Top 14 il joue à la mêlée, poste où il est très bon sans être d’ailleurs exceptionnel. Cela étant, preuve que quelque chose ne va pas dans cette équipe de France, cette dernière ne dispose comme buteurs que des deux  demis de mêlée Parra et Yachvilli…ce qui signifie qu’on n’a pas pu essayer une charnière avec Trinh-Duc et Doussain à la mêlée, poste où il opère depuis ses débuts en équipe première au Stade Toulousain (l’an passé à la place de Kelleher), parce que Doussain  n’est pas un vrai buteur en club. Par parenthèse c’est un argument qui ne tient pas nécessairement, dans la mesure où Doussain sait aussi botter. En outre, quand on a confié le rôle de buteur à Parra en équipe de France, il n’était pas le buteur attitré de son club de Bourgoin. Cela dit, certains vont dire qu’avec Wisnieski, excellent buteur et véritable ouvreur, le problème serait  plus simple. Ouf, j’espère que vous avez suivi, car tous ces commentaires à l’emporte-pièce ne font que démontrer à quel point c’est le capharnaüm dans le XV de France !

Et pourtant je pense que le XV de France peut encore être sacré champion du monde dans trois semaines. Comment puis-je m’avancer à ce point ? D’abord parce que le rugby a moins de dix nations qui comptent dans le monde. Ensuite pour des raisons objectives tenant au tirage des phases finales et au déroulement de la compétition, avec d’un côté l’hémisphère Nord et de l’autre l’hémisphère Sud. Enfin parce que l’histoire du XV de France est suffisamment riche pour nous faire savoir que ce dernier n’est jamais aussi performant que lorsqu’on l’a enterré, comme s’il avait besoin d’être au fond du trou pour redevenir une équipe, voire même parfois une grande équipe, comme en témoigne la victoire sur le Pays de Galles lors du dernier Tournoi après la déroute contre l’Italie. Grande équipe, je ne sais pas si notre XV national actuel peut espérer mériter un jour ce qualificatif, car manifestement une grande équipe comporte en son sein de grands ou de très grands joueurs, figurant parmi les meilleurs du monde. C’était le cas de l’équipe de 58-59 avec les Lourdais et Lucien Mias, comme c’était le cas en 1966 avec notamment  Gachassin, les Boniface, Darrouy, Dauga, Spanghero emmenés par Crauste, ou comme en 1977 avec Aguirre, Bertranne, Sangali, et le meilleur pack que nous ayons peut-être jamais possédé (Skrela, Rives, Bastiat, Palmié, Imbernon, Paparembored, Paco, Cholley) sous les ordres de Fouroux.

En parlant de Fouroux, cela me permet de faire la liaison avec l’aventure de l’équipe de France en 1987, dont il était le sélectionneur, lors de la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande et en Australie, en rappelant que c’était la première fois qu’était organisée cette compétition, ce qui m’autorise à rendre hommage à Albert Ferrasse, l’ancien président de la FFR, qui avait beaucoup œuvré pour sa naissance. Continuons dans l’histoire en rappelant que Jacques Fouroux avait déjà été un grand capitaine, à défaut d’être un grand joueur, et que son emprise sur les hommes était très importante. Sur le plan des résultats, quand l’équipe de France était arrivée à la Coupe du Monde, elle venait de réaliser le grand chelem, en faisant l’admiration des Britanniques, lesquels estimaient que « seuls les Français sont touchés par cette inspiration qui parfois confine au génie ». Evidemment on n’a jamais dit pareille chose à propos de l’équipe de Lièvremont. Dans son équipe, surtout celle du dernier Tournoi et celle qui opère actuellement en Nouvelle-Zélande, il n’y a pas l’équivalent derrière de Blanco, Sella, Charvet, Lagisquet, Mesnel ou Berbizier. En fait il n’y a qu’au niveau du pack, et encore, que l’on puisse espérer soutenir la comparaison. Ce n’est pas suffisant, on en conviendra.

Pour autant, le début de la Coupe du Monde en 1987 ne fut pas brillant, avec un match nul contre l’Ecosse, qui  permettait à notre équipe d’éviter la Nouvelle-Zélande en quart de finale. Néanmoins le XV de France n’avait dû son salut qu’à une transformation manquée de Gavin Hastings à la dernière minute, et au fait qu’il ait marqué trois essais contre deux aux Ecossais, pourtant loin d’être des foudres de guerre. Au match suivant, les Français n’avaient pas non plus fait grosse impression  en dominant la Roumanie  sur un score très lourd (55-12), des Roumains que les Irlandais avaient écrasée peu avant (60-0). Ce fut l’occasion pour Fouroux, qui n’était pas Lièvremont, de mettre dans le bain D. Camberabero, qui avait remplacé au pied levé Lafond blessé juste avant le départ. Ce même Camberabero, ouvreur de formation mais capable de jouer à l’arrière ou à l’aile, allait lors du match suivant remporté contre le Zimbawe (70-12) marquer 30 points, et battre le record de son père Guy (27) établi contre l’Italie vingt ans auparavant. Cela dit, cette victoire ne rassurait personne tellement les Français avaient gâché d’occasions.

Le moins que l’on puisse dire est que nos Bleus n’avaient pas vraiment convaincu jusque là, mais ils étaient qualifiés  pour les quarts de finale où ils allaient affronter  les Fidji, équipe qui comportait dans ses rangs quelques bons joueurs, notamment l’ailier Damu et surtout l’ouvreur Koraduadua. Match a priori facile, un peu comme les Tonga hier, que les Français remportèrent, mais au prix de quelques souffrances dues à de nombreuses errances en défense, notamment la paire de centre Mesnel-Sella qui n’avait jamais joué ensemble à ce poste. Comme quoi, même avec un grand talent, il faut quand même avoir joué ensemble un minimum, et mieux vaut jouer à son poste. Or Mesnel était d’abord un ouvreur…mais n’était pas botteur, ce qui avait incité Fouroux à faire jouer Laporte à l’ouverture. Finalement le XV de France battit les Fidji (31-16) en ayant marqué quatre essais, mais notre équipe n’avait absolument pas rassuré les supporters, lesquels se demandaient à quelle sauce allaient être mangé nos Tricolores contre l’Australie en demi-finale. Ils se trompaient lourdement !

Cette fois Fouroux avait retrouvé tous ses joueurs, et alignait sa meilleure équipe* avec Mesnel à l’ouverture et Didier Camberabero à l’aile, avec la charge de buteur. Je ne vais pas décrire cette rencontre dont j’ai déjà parlé dans un précédent article, sauf pour souligner que ce fut un match exceptionnel, que nombre d’observateurs ont qualifié de « match du siècle ». Une rencontre indécise jusqu’au bout, puisque le score était de  21-21 à la soixante quatrième minute, puis 24-24 à l’issue de la première minute des arrêts de jeu, avec une égalisation pleine de sang-froid de Camberabero. Mais ce n’était pas fini car les Français, sur une relance depuis leurs quarante mètres, allaient marquer un essai ou la presque totalité de l’équipe avait touché le ballon, Blanco finissant le travail en plongeant tout près du drapeau de touche, ce qui n’empêcha pas Camberabero de transformer cet essai extraordinaire. La France était en finale contre la Nouvelle-Zélande en ayant battu à Sydney l’Australie chez elle, une équipe d’Australie avec ses Campese, Herbert, Lynagh, Farr-Jones, Poidevin, Campbell et Lawton, une équipe qui allait remporter la Coupe du Monde quatre ans plus tard. Quel exploit monumental !

Il l’était tellement que les Français de Fouroux et du capitaine Dubroca avaient déjà disputé leur finale avant la vraie contre les Néo-Zélandais. Les deux équipes se présentaient en ce 20 juin 1987 avec leur équipe type.  Les All Blacks qui jouaient chez eux, avaient un profond désir de revanche après avoir été nettement battus (16-3) à Nantes en novembre de l’année précédente. En fait  on y a cru jusqu’à la mi-temps atteinte sur le score de 9 points à 3, les Français marquant sur la seule pénalité tentée par Camberabero juste avant la mi-temps. Des Français qui avaient souffert d’un arbitrage pour le moins très sévère en deux occasions, ce qui permit à Fox,  le buteur néo-zélandais, de réussir deux pénalités très importantes. En revanche en deuxième mi-temps, les All Blacks ont fait parler leur classe avec des joueurs comme Kirwan, Fox, Kirk, Michael Jones, Shelford, les deux Whetton ou le talonneur Fitzpatrick,, mais aussi leur cohésion, et leur condition physique. Ils marquèrent trois essais contre un aux Français, lesquels allaient en outre se faire pénaliser pour de trop nombreuses fautes. Les Néo-Zélandais qui n’avaient pas beaucoup souffert pour battre les Gallois, étaient beaucoup plus frais que les Français qui avaient bataillé jusqu’à la dernière minute contre les Australiens, et aussi sans doute un peu plus forts.

L’histoire peut-elle se répéter au moins jusqu’au 23 octobre ? Difficile à envisager a priori, mais pas impossible, car les adversaires du XV de France  ne sont pas non plus d’une grande sérénité, y compris les All Blacks. Ces derniers vont devoir se passer jusqu’à la finale de Carter, et sans doute en quart de finale de leur emblématique capitaine Mac Caw. Or, sans ces deux joueurs, les Blacks ne sont plus tout à fait les Blacks. Ensuite l’Australie a paru très poussive et sans solution contre l’Irlande en match de poule.  Enfin si les Français battent les Anglais, ils rencontreront en demi-finale  le vainqueur du match entre l’Irlande et le Pays de Galles. Angleterre, Irlande, Galles, aucun adversaire n’ayant de quoi effrayer des Français habitués à les rencontrer et même à les battre le plus souvent, sauf peut-être les Anglais. Quant aux Sud-Africains et autres Argentins, eux non plus n’ont pas paru irrésistibles en phase de poule. Bref, c’est un tableau très ouvert pour la France, et ce ne serait pas une grande surprise de les retrouver en finale. N’oublions pas que notre pack est très fort en mêlée, et que nos adversaires concèdent beaucoup de pénalités dans ce secteur. Et si Parra et Yachvilli sont loin d’être les meilleurs demis de la planète rugby, ils ont un pourcentage de réussite excellent dans les tirs au but. Alors, qui sait ? Après tout il n’est pas interdit de rêver.

Michel Escatafal

*Equipe de France 1987 en demi-finale et en finale de la Coupe du Monde : Blanco ; D. Camberabero, Sella, Charvet, Lagisquet ; Mesnel, Berbizier ; Erbani, Rodriguez, Champ ; Condom, Lorieux ; Garuet, Dubroca, Ondarts.


Le roi Pelé a réalisé l’idéal du footballeur

Alors que nous sommes dans les phases finales de la Copa America (équivalent du championnat d’Europe des Nations en Amérique),  je vais parler d’un  footballeur d’origine sud-américaine, à coup sûr le meilleur de tous, le roi Pelé lui-même. Pelé avait tous les dons qu’un footballeur puisse espérer avoir. Il n’y avait pas un domaine où on puisse lui trouver un défaut sur un terrain de football. Il paraît même qu’à l’entraînement il lui arrivait de se muer en gardien de buts, et il y était fort brillant. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, Pelé reste la référence absolue en matière de football, même si nombre de jeunes ne l’ont jamais vu jouer ailleurs que sur des vidéos, et encore. Pour les plus jeunes, Zidane est déjà dépassé par Messi ou Cristiano Ronaldo, alors on imagine pour Pelé ! Et pourtant, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, plus communément appelé le roi Pelé, a quand même marqué 767 buts en 831 matches officiels, beaucoup plus que tous ceux que l’on peut considérer comme ses rivaux pour le titre officieux de plus grand footballeur de l’histoire.

En effet , en regardant de près les statistiques, on s’aperçoit que l’Hispano-Argentin Di Stefano, meilleur joueur de la décennie 50, a marqué 502 buts en 658 matches officiels, que Cruyff, le roi de la décennie 70, en a marqué  330 en 579 matches, et que Platini et Maradona qui se sont partagés le titre de meilleur joueur dans la décennie 80 en ont marqué respectivement  356 (665 matches) et 353 (679matches).  En fait parmi les joueurs du 20è siècle qui peuvent être comparés à Pelé en terme de rayonnement sur le terrain, un seul a des statistiques se rapprochant de celles de l’artiste brésilien, Ferenc Puskas, qui fut la figure de proue de la grande équipe de Hongrie des années 50, dont certains disent qu’elle est la seule qui puisse être comparée aux équipes du Brésil de 1958 et plus encore sans doute de 1970. Des joueurs actuels, seul Lionel Messi peut espérer rejoindre en termes de statistiques la plupart de ces grands anciens, à l’exception toutefois de Puskas et Pelé bien sûr. A ce propos, on peut penser que Messi sera bien à la fin de sa carrière un monstre sacré comme les joueurs que je viens de citer, plus encore que Cristiano Ronaldo. 

Et cela nous ramène à Pelé et à sa carrière en rappelant qu’en plus de tous les buts qu’il a marqué, il a gagné trois Coupes du Monde (1958,1962 et 1970), plus de multiples titres au Brésil et aux Etats-Unis. Il aurait même pu remporter une quatrième Coupe du Monde, si les défenseurs chargés de le marquer ne l’avaient pas maltraité, au point de le blesser gravement lors de la Coupe du Monde 1966 en Angleterre. Pour mémoire on rappellera que le Brésil fut éliminé en poule éliminatoire lors de cette épreuve, mais Pelé n’avait pu disputer le deuxième match, et avait été sérieusement blessé contre le Portugal par un certain Morais, qui avait achevé le travail du Bulgare Jetchev. Voilà deux joueurs qui sont passés tristement dans l’histoire de la Coupe du Monde ! Cela dit, sans leur chercher la moindre excuse, Pelé était tellement fort qu’il était le plus souvent inarrêtable à la régulière.  En outre à l’époque on était moins sévère avec les défenseurs, et les cartons jaunes n’existaient pas encore, puisqu’ils ont été utilisés pour la première fois à la Coupe du Monde 1970.

Cette Coupe du Monde fut aux dires des observateurs sans doute la plus belle de toutes celles qui furent jouées jusque-là, et peut-être même après. Cette équipe du Brésil était vraiment flamboyante avec ses Carlos Alberto, Brito, Everaldo, Clodoaldo, Gerson, Jairzinho (qui jouera plus tard à l’OM), Tostao, Rivelino et Pelé. Elle battit d’ailleurs en finale une grande équipe d’Italie sur un score sans appel (4-1). Je dis grande équipe d’Italie, car la Squadra azzura comptait dans ses rangs un excellent gardien, Albertosi, mais aussi Burgnich, Faccheti, Mazzola, Domenghini, Rivera, et deux buteurs de grand talent Boninsegna et Riva. Autant de joueurs qui figurent parmi les légendes du Calcio. Cette équipe d’Italie avait d’ailleurs éliminé l’Allemagne de Beckenbaueur, lequel joua une partie du match avec le bras en écharpe, Seeler, Overath, Grabowski et le jeune Muller qui deviendra un buteur de légende (701 buts en 763 matches officiels). A ce propos je ne connais que Kocsis et Fontaine pouvant offrir un rapport de buts aussi impressionnant comme buteur.

Cela dit le Brésil était-il réellement plus fort qu’en 1958, où il avait pulvérisé en finale (5-2) la Suède de Gren, Hamrin, Liedhom, Skoglund et  Gustavsson ? Je crois pouvoir répondre oui sans réserves, dans la mesure où le Brésil 1970 n’avait jamais été réellement inquiété pendant cette Coupe du Monde, ce qui ne fut pas le cas en 1958, où il avait été tenu en échec en matches de poule par l’Angleterre (0-0), où il avait battu petitement en quart de finale le Pays de Galles, et surtout où il avait pleinement bénéficié de la blessure de Jonquet avant la mi-temps dans son match en demi finale contre la France, alors que le score était à parité à ce moment (1-1). Que se serait-il passé si la France avait pu jouer au complet toute la partie ? Nul ne le sait, car à cette époque l’attaque française avec Fontaine, Kopa et Piantoni ( le fameux trio Fo Ko Pi) marquait but sur but. En tout cas, réduits à 10 (remplacement à l’époque non autorisé), nos Bleus ont succombé sous les assauts de Didi, Garrincha et Pelé qui, ce jour-là (24 juin à Stockhom), marqua 3 buts. Il récidivera presque en finale contre la Suède, puisqu’il inscrira deux des cinq buts brésiliens.

Cette Coupe du Monde 1958 venait en effet de voir l’avènement d’un prodige de 17 ans, qui allait très rapidement surpasser les plus grands talents de l’époque (Di Stefano, Kopa, Puskas, Didi, etc.). Je ne parlerai pas beaucoup de la Coupe du Monde 1962, même si Pelé l’a gagnée, parce qu’il n’a participé qu’à un match et un peu plus, s’étant blessé lors du second match contre la Tchécoslovaquie… que le Brésil retrouvera et battra en finale (3-1). Ce jour-là Pelé n’était pas présent sur le terrain, mais le football brésilien était tellement riche en grand talents que le remplaçant de Pelé, Amarildo, fit des merveilles, la formation carioca pouvant compter en outre sur l’ossature de l’équipe 1958 avec Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Zito, Didi, Vava, Zagalo et l’extraordinaire Garrincha, sans doute un des plus fameux dribbleurs de l’histoire du football. Et oui, en évoquant Pelé c’est toute une partie de la grande histoire du football qui défile sous nos yeux, d’autant que sa vraie carrière a duré une vingtaine d’années, période pendant laquelle il a aussi fait les beaux jours de Santos (963 buts en 659 matches), son club de toujours, du moins pendant sa vraie carrière, avant de s’exiler aux Etats-Unis au Cosmos de New-York.

Michel Escatafal