Le Ballon d’Or 2013 : une injustice…surtout pour les Français

ballon d'orPour clore définitivement ce chapitre ô combien longuet et fastidieux sur l’attribution à Cristiano Ronaldo du Ballon d’Or 2013, je voudrais rappeler simplement quelques évidences de bon sens. Tout d’abord, même si le Ballon d’Or doit récompenser les résultats de l’année sur le plan de la performance individuelle et en club ou en équipe nationale, il est d’abord une distinction personnelle. Or, sur ce critère strict, il est normal de privilégier en premier le talent pur si, bien évidemment, les statistiques individuelles sont en conformité avec ledit talent. Ainsi cette année il est tout à fait normal que le Ballon d’Or soit attribué à Cristiano Ronaldo aux dépens de Messi, lequel a été victime de trop nombreuses blessures pour espérer concurrencer son rival. A la limite même, Ibrahimovic aurait dû être mieux placé que Messi, car ses statistiques sont affolantes, tant en club qu’en équipe nationale, et il n’est jamais blessé.

Et Ribéry me direz-vous ? Et bien justement je n’en dis pas grand-chose, et j’en arrive à ce que l’on appelle la récompense au nom de l’équipe ayant remporté le plus grand nombre de trophées dans l’année, mais dans ce cas pourquoi privilégier un joueur plutôt qu’un autre. Oui pourquoi, d’autant que cela peut-être trois, quatre ou cinq joueurs qu’il faudrait récompenser et non un seul. Dans le cas du Bayern en 2013, le gardien Neuer, les arrières  Lahm et Alaba, le milieu Schweinsteiger ou Robben méritaient tout autant que Ribéry la distinction, en notant au passage que le collectif du Bayern en est tellement un, qu’aucun joueur ne se dégage réellement de cette équipe. C’est d’ailleurs ce qui différencie le Barça des années précédentes avec le Bayern 2013, car le Barça entre 2009 et 2012 comptait dans ses rangs le meilleur joueur du monde en valeur absolue, en tout cas un des deux meilleurs avec Cristiano Ronaldo, les deux étant très au-dessus de Ribéry. Il faut parfois être sérieux, même si nous parlons de sport !

J’observe à ce propos que l’histoire est là pour nous rappeler que, quel que soit le mode de désignation, ce n’est pas la première fois que pareille situation se produit. Je rappellerais par exemple qu’entre 1956 et 1959, si l’on fait exception de la désignation pour l’ensemble de son œuvre de Stanley Matthews (il avait alors 41 ans) en 1956, lors de l’attribution du premier Ballon d’Or, deux hommes se sont partagés le trophée chacun à tour de rôle, Di Stefano et Kopa, pour la simple raison que c’étaient les deux meilleurs joueurs du monde. Et si en 1958 ce fut Kopa qui gagna le Ballon d’Or sans que Di Stefano ne se place sur le podium, c’est tout simplement parce que Di Stefano jouait pour l’équipe d’Espagne…qui fut incapable de se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde (éliminée par l’Ecosse). Il était donc logique que malgré la victoire du Real en Coupe d’Europe, et malgré le but marqué par Di Stefano lors de la finale contre l’AC Milan (victoire 3-2), Di Stefano ne figure pas parmi les lauréats du Ballon d’Or. Cela étant, entre 1956 et 1959, Di Stefano et Kopa ont totalisé sept podiums dans ce classement.

Platini, qui regrettait lundi soir que depuis 2011 il y ait toujours un duel Messi-Ronaldo, aurait dû se rappeler des années 1956 à 1959 au lieu de considérer le duel Messi-Ronaldo comme une anomalie…parce que Ribéry n’avait pas été choisi malgré tous ses titres avec le Bayern Munich.  Et si j’écris cela c’est pour poser la question suivante : qu’avait gagné Platini quand il remporta le premier de ses trois Ballons d’Or en 1983 ? Tout juste une Coupe d’Italie,  Avait-il été choqué d’avoir la distinction ? Je n’en ai pas le souvenir, et pourtant si on avait dû accorder le Ballon d’Or en 1983 en fonction des résultats, cela aurait été Félix Maggath qui l’aurait eu avec la victoire en C1 de son club, le Hambourg SV, en marquant le but de la victoire en finale,  ainsi que son titre de champion d’Allemagne. Autre chose, je ne me souviens pas avoir entendu Platini s’offusquer quand, en 2003, Thierry Henry fut devancé par Nedved (qui jouait à la Juventus comme autrefois Platini), alors qu’Henry avait remporté la Cup, mais aussi la Coupe des Confédérations et avait été meilleur buteur mondial de l’année.  Cela dit, la virulence de Platini ne s’explique-t-elle pas aussi par son désir de se démarquer de Sepp Blatter, le président de la FIFA ?

 Tout cela pour dire que ces polémiques sur le Ballon d’Or sont à la fois dérisoires et ridicules, surtout dans notre pays…parce qu’un Français, fut-il impopulaire chez lui, était concerné. Gageons que si à la place de Ribéry, Lahm, Neuer ou un autre  avaient été en course pour une des trois premières places, cela n’aurait guère fait que quelques lignes dans les médias français. Au fait, plutôt que parler de Ribéry, ne ferait-on pas mieux d’évoquer aussi le fait qu’un seul gardien (Yachine) et seulement trois défenseurs (Beckenbauer deux fois, Sammer, Cannavaro) en aient été lauréats ? Est-ce qu’un Thiago Silva, pour ne citer que lui, ne l’aurait pas mérité aussi cette année ne serait-ce que sur les critères du palmarès? Après tout le capitaine du PSG et de la sélection brésilienne a enrichi le sien en 2013 d’un titre de champion de France et d’une victoire en Coupe des Confédérations, le Brésil battant en finale l’Espagne (championne du Monde), les deux pays ayant éliminé en demi-finales respectivement l’Uruguay (championne d’Amérique du Sud) et l’Italie (finaliste du dernier championnat d’Europe). Certes la Coupe des Confédérations n’est qu’une petite Coupe du Monde, mais vu le calibre des demi-finalistes (12 victoires en Coupe du Monde à eux quatre), on peut considérer qu’il s’agit d’un très beau trophée.

En conclusion, j’en profiterais pour rappeler une nouvelle fois que notre pays est décidément plein de contradictions…ce qui peut-être fait son charme. Nous aimons beaucoup donner des leçons à la terre entière, fustigeant très souvent le chauvinisme des autres, fustigeant aussi l’arbitrage qui nous serait très souvent défavorable, fustigeant encore le fait que les Français sont en quelque sorte mal-aimés, mais oubliant que nous sommes assommants à force de toujours nous plaindre, y compris quand nous avons de la chance. Il suffit de lire à ce propos les remarques acerbes sur le Paris Saint-Germain, parce que son actionnaire est le Qatar, alors que pour la première fois depuis des lustres nous avons une équipe capable de battre n’importe qui en Europe, alors que ce club repose sur des bases solides avec un projet à long terme, ce qui est une première dans notre pays, alors que ce club apporte enfin à la Ligue 1 la visibilité que mérite notre football avec plus de 2 millions de licenciés chez les hommes (un peu moins de 100.000 chez les femmes). Et oui, nous sommes ainsi, et c’est pour cela que nous attendons depuis si longtemps un titre mondial en F1 (depuis 1994), un vainqueur du Tour de France (depuis 1985), un vainqueur homme d’un tournoi du grand chelem en tennis (depuis 1983)…et une victoire en Ligue des Champions en football (depuis 1993). Peut-être le PSG, dès cette année, comblera-t-il une partie de ces perpétuelles déceptions, et là, du moins je l’espère, plus personne ne se souciera du nom de l’actionnaire du club, sinon ce serait à désespérer de notre pays et de ses valeurs.

Michel Escatafal


Le Stade de Reims et le FC Nantes renouent (un peu) avec leur passé

SRFCNAujourd’hui, comme beaucoup, je pourrais de nouveau évoquer ce fameux Ballon d’Or qui va enfin (ouf !) être attribué ce soir, sans doute à Cristiano Ronaldo, ce qui n’est que justice aux yeux de tous les observateurs avertis et dénués de tout chauvinisme. Cela dit, je vais plutôt parler ce matin du classement de notre Ligue 1 où, plus que jamais, le PSG et l’AS Monaco sont les favoris pour la première et la deuxième place à la fin de la saison, ce qui est normal compte tenu de l’effectif de ces deux clubs, lesquels ont permis de donner du lustre et de la visibilité à notre championnat en attirant en nombre des vedettes du football mondial (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Thiago Motta, Falcao, James Rodriguez, Moutinho).

Mais ce classement m’interpelle aussi parce que j’observe avec beaucoup d’attention les résultats de deux clubs, le Stade de Reims et le FC Nantes, qui furent avec les deux cités précédemment auxquels il faut ajouter l’Olympique de Marseille, l’AS Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais, les plus prestigieux de nos clubs de football. Dans le cas du Stade de  Reims, on peut même dire que seul l’OM a un palmarès qui puisse se comparer au sien, dans la mesure où le Stade de Reims ne s’est pas contenté d’être le meilleur de France dans la décennie 50, car il avait aussi une des deux ou trois meilleures équipes d’Europe pendant cette période, juste derrière le grand Real Madrid.  N’oublions pas que le Stade de Reims c’est six titres de champion de France entre 1949 et 1962, plus deux Coupes de France, et surtout une Coupe Latine (ancêtre de la C1) et deux finales de Coupe d’Europe des clubs.

Les Rémois furent d’ailleurs les pionniers de la réussite des clubs français dans les différentes coupes européennes, réussite au demeurant peu importante en comparaison avec celle de nos voisins anglais, espagnols, italiens, allemands ou même portugais. Cela étant, dans les années 50, la France avait la chance d’avoir dans son championnat une équipe qui rivalisait avec bonheur avec les meilleures des pays qui nous entourent. La preuve, comme je l’ai écrit précédemment, le Stade de Reims remporta la Coupe Latine en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Hélas, le Stade de Reims ne réussira pas à se venger l’année suivante, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, car il fut battu par le Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. C’était d’autant plus rageant pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des deux ou trois plus grandes équipes de club de tous les temps avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective.

Ce fut d’ailleurs le grand drame du Stade de Reims que d’être confronté à cette constellation mythique, d’autant que les Rémois n’avaient pas pour se consoler la possibilité de se rabattre sur la Coupe de l’UEFA ou la Coupe des Coupes qui ne sont apparues respectivement qu’en 1958  (Coupe des villes de foires) et 1961. Si je dis cela c’est parce qu’ils auraient pu en gagner quelques unes dans la mesure où le Real était occupé par la C1 qu’il remporta cinq fois de suite entre 1956 et 1960. Il faut dire que le grand Stade de Reims avait de nombreux atouts qui lui permirent en 1955-56 de ne pas subir la moindre défaite jusqu’à la finale, battant au passage en quart de finale le Voros Lobogo (4-2,4-4), club hongrois qui comptait dans ses rangs plusieurs joueurs (Hidegkuti, Sandor, Sipos, Lantos) de la fameuse équipe qui enchanta le monde du football du début des années 50 jusqu’en 1956.

Parmi les grands joueurs qui composaient cette équipe rémoise, il faut citer en 1953 les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959. Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait être remplacé à partir de 1962 par le F.C. Nantes comme club phare du football français.

C’est surtout au niveau de la qualité du jeu que Nantes allait s’imposer comme le successeur de Reims sous l’impulsion d’un grand entraineur José Arribas, et avec des joueurs comme Eon (gardien), Buszinski, Le Chenadec, De Michele, Suaudeau, Simon, Blanchet, Gondet, l’Argentin Ramon Muller et Touré. Une équipe qui gagnait et qui jouait bien, au point que l’on allait parler de « jeu à la nantaise ». Cela dit, il manquait à cette belle équipe des victoires significatives dans les coupes européennes pour que nous puissions la comparer à la grande équipe rémoise.  En revanche, contrairement au Stade de Reims, grâce à un centre de formation de grande qualité, avec l’apport dans l’organigramme technique du club de joueurs comme Suaudeau et Budzinski, encadrés par Arribas, le FC Nantes va rester très longtemps une place forte du football français.

En outre les Nantais sauront aussi recruter quelques grands joueurs étrangers, comme le Polonais Gadocha qui fut une des vedettes de la Coupe du Monde 1974, mais surtout de préférence argentins comme Marcos ou Bargas, lesquels participèrent activement au titre obtenu en 1973, ce qui s’accordait totalement avec la qualité technique qui était la marque de fabrique du club. Plus tard, à la fin des années 70, avec Vincent comme entraîneur,  le F.C. Nantes « sortit » une nouvelle génération exceptionnelle qui remporta la Coupe de France en 1979 et le championnat en 1980, tout en atteignant les demi-finales de la Coupe des Coupes (éliminé par le F.C. Valence). Dans cette équipe on retrouvait de nombreux joueurs issus du centre de formation, notamment Bossis, Rio, Tusseau, Rampillon, Baronchelli, Pécout et Amisse, ainsi qu’Oscar Muller, fils de Ramon, et aussi doué que lui, tout ce joli monde encadré par les deux Trossero (Enzo et Victor) et Henri Michel,  qui sera resté en tout 16 ans dans le club(1966-1982).

Ensuite le F.C. Nantes continuera cahin-caha à alterner les bonnes années et les moyennes, avec dans ses rangs des joueurs comme Burruchaga (entre 1985 et 1991) qui fut champion du monde avec l’Argentine en 1986, avant de retrouver de nouveau une génération de jeunes joueurs qui allaient faire leur chemin sur tous les terrains d’Europe et du monde. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils s’appelaient Deschamps (parti en 1989), Karembeu, Desailly (parti en 1992), Makelele, mais aussi Pedros ou encore Loko et N’Doram. Ces joueurs formés sous la direction de Suaudeau et Denoueix, donc à la meilleure école, ne resteront pas très longtemps dans le club pour la plupart d’entre eux, mais le F.C. Nantes aura le temps d’empocher un nouveau titre de champion en 1995 avec deux des trois meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs (Loko et Ouedec), et surtout d’aller en demi-finale de la Ligue des Champions en 1996, battu par la Juventus de Vialli, R. Baggio, Ferrara ou Del Piero (0-2,3-2).

Pour nombre de techniciens, l’équipe nantaise méritait d’aller en finale…parce qu’elle était sans doute la meilleure équipe européenne du moment. Elle l’aurait été encore davantage si le club n’avait pas laissé partir à l’intersaison Loko et Karembeu. Malgré tout, telle qu’elle était, avec Casagrande (gardien), Makelele, Ferri, Cauet, N’Doram, Ouedec, Gourvennec ou encore Pedros, cette équipe avait fière allure.  Hélas, jamais le F.C. Nantes n’allait retrouver une telle équipe, même si avec une équipe de jeunes joueurs comme Landreau, Monterrubio, Da Rocha, Carrière, Stéphane Ziani ou Vahirua, Raynald Denoueix (qui avait succédé à Suaudeau comme entraîneur) réussira des miracles en gagnant deux Coupes de France en 1999 et 2000 et le championnat 2001, avant que cette équipe ne se disloque pour son plus grand malheur, au point de se voir engluer jusqu’à l’an passé dans les affres de la Ligue 2.

Mais cette année, malgré des moyens très limités, semble être celle du redressement pour les « Canaris », lesquels sont aujourd’hui installés à la sixième place de la Ligue 1, avec 32 points, après leur victoire ce dernier week-end contre Lorient. Cela signifie qu’il ne leur manque plus que 10 points pour être certains de se maintenir, objectif affiché du club en début de saison. Au passage on soulignera que le F.C. de Nantes a appartenu sans discontinuer à la Ligue 1 (autrefois Division 1) de 1963 à 2007, avec à la clé huit titres de champions de France, auxquels il faut ajouter trois Coupes de France. Une Ligue 1 dont fait aussi partie depuis le début de la saison dernière le Stade de Reims, qui lui-même occupe cette année la septième place…à égalité de points avec le FC Nantes. Quelle magnifique coïncidence ! Et pour couronner le tout, ce Stade de Reims en plein renouveau enchante souvent les spectateurs du Stade Auguste Delaune par la qualité du football pratiqué, même si hier soir les Champenois ont fait subir au LOSC une défaite qui rappelle celle que les Lillois ont infligé à nombre de leurs adversaires depuis le début de la saison, en jouant de manière très défensive. Alors, jusqu’où iront dans l’avenir le Stade de Reims et le FC Nantes ? Nul ne peut le dire, sauf à considérer qu’il ne faut pas trop rêver quand même : jamais sans doute les Rémois et les Nantais ne reviendront avoir une équipe comme celles qu’ils avaient respectivement dans les années cinquante et les années 90.

Michel Escatafal


Ce n’était que l’équipe d’Ukraine…tirage préféré des Français

France-UkraineAujourd’hui nombre de Français se sentent plus légers que d’habitude. Oublié le ras-le-bol fiscal, oubliées les statistiques du chômage et de l’INSEE, très déprimantes! Bref, la nation est heureuse dans sa quasi-totalité, ce qui est le cas des autres pays dont l’équipe vient de se qualifier en barrages de la Coupe du Monde 2014. Ce matin, en écoutant France-Culture, j’ai même entendu sur cette station de radio, qui refuse le panem et circenses, évoquer la réconciliation nationale en Algérie, grâce à la qualification des Fennecs, comme on appelle les joueurs de l’équipe nationale de ce pays. C’est aussi la même joie collective en Grèce, pays si durement touché par la crise, ce qui a procuré un moment de bien-être à un peuple qui a beaucoup perdu au cours des dernières années. Et que dire du Portugal, guère en meilleure situation, qui a vu son équipe battre une valeureuse équipe de Suède, à l’issue d’un match magnifique où se sont affrontés deux des trois ou quatre meilleurs joueurs du monde, Cristiano Ronaldo et Zlatan Ibrahimovic.

A ce propos, quitte à passer pour un mauvais Français, comment peut-on comparer ces deux immenses footballeurs avec Ribéry ? On a encore vu hier soir la différence entre deux supers joueurs et un excellent footballeur, n’en déplaise aux supporters franchouillards qui veulent absolument voir Ribéry avec le Ballon d’Or. Hier soir, Ronaldo a marqué trois buts et Ibrahimovic deux. Par ailleurs on ne compte pas les situations périlleuses que ces deux géniaux attaquants ont provoqué, alors que Ribéry a certes fait un bon match, mais quand même un ton nettement en-dessous des deux autres. Cela n’a pas empêché les journaux sportifs et les autres de lui donner, comme aux autres joueurs français, des notes allant de 7/10 à 9/10 ou même 10…après avoir été traités de « moins que rien » la semaine dernière. Cela étant, il faut au moins reconnaître que cette fois ils se sont battus pour renverser une situation très compromise avant le coup d’envoi du match. Rien que pour cela on peut se réjouir, tout comme on aura eu le plaisir de voir notre équipe nationale briser cette malédiction dont je parlais hier, à savoir se qualifier pour une Coupe du Monde en Amérique.

Pour autant, le football français a-t-il retrouvé une grande équipe ? Sans doute pas, du moins pas encore, même si certains joueurs ont le niveau international, Ribéry évidemment, mais aussi Benzema, Cabaye, Matuidi ou Lloris, et plus encore ces deux futurs très grands joueurs que sont Varane et Pogba. Il est certain qu’avec ces deux surdoués de 20 ans, opérant dans deux des meilleurs clubs européens (Real et Juventus), notre football dispose de deux « diamants » à qui il ne manque déjà pas grand-chose pour être au plus haut sommet à leur poste respectif. C’est du moins l’avis de tous les techniciens, ce que je ne suis pas, mais, même si on ne l’est pas, on discerne chez eux la grande classe. Quelle tranquillité, quelle aisance, quelle sécurité chez ces deux jeunes gens à un âge où tant de footballeurs font encore leurs classes !

Tout cela pour dire qu’il ne faut peut-être pas trop s’enflammer devant cette victoire remportée sur un pays, l’Ukraine…que tout le monde souhaitait au moment du tirage au sort. L’Ukraine a montré hier soir ses limites, comme elle les avait montrées dans un groupe de qualification où la concurrence n’était pas plus féroce que dans le nôtre. C’est une des raisons pour lesquelles, hier sur ce même site, j’écrivais que la France allait se qualifier, et ce d’autant plus que notre équipe n’était pas en position de favori dans cette course à la qualification pour le Brésil, position que les sportifs français apprécient tout particulièrement.

Ils l’ont d’ailleurs prouvé en allant faire match nul en Espagne à Madrid pendant ces qualifications pour la Coupe du Monde, performance beaucoup plus probante que celle d’hier soir aux yeux de supporters non aveuglés par le chauvinisme. C’est aussi pour cela que je suis persuadé que notre équipe peut très bien aller jusqu’en quart de finale de cette Coupe du Monde 2014, pour peu que l’on ne tombe pas dans une poule de qualification trop difficile avant les huitièmes de finale. Il y a de la qualité dans cette équipe, une équipe dans laquelle Didier Deschamps a fait beaucoup de bricolage, lequel fait penser à celui de Lièvremont avant 2011, et Saint-André après cette date dans le rugby…ce qui n’a pas empêché le XV de France de passer tout près d’un titre mondial il y a maintenant deux ans.

Certes on va me dire que la concurrence est faible dans une Coupe du Monde de rugby jusqu’en huitième ou en quart de finale, mais si l’on regarde bien les qualifiés, c’est un peu la même chose dans une Coupe du Monde de football, le délayage ayant déjà été fait en qualifications dans la zone Europe. N’oublions pas que l’Australie, l’Iran, le Costa-Rica, le Honduras, pour ne citer qu’eux, iront au Brésil, alors que la Suède et la Roumanie n’iront pas. Cela dit, puisse l’Equipe de France de football, en juin-juillet de l’année prochaine, faire au moins aussi bien que son homologue du rugby en 2011 en Nouvelle-Zélande !

Michel Escatafal


Cristiano Ronaldo au PSG : un rêve éveillé?

Apparemment, si l’on en croit les médias espagnols, Cristiano Ronaldo n’est pas très bien dans sa peau au Real Madrid, club auquel il appartient depuis trois ans, et pour lequel il a marqué 151 buts en 149 matches, ce qui est tout simplement extraordinaire. Mais pourquoi a-t-il le spleen ? Ne gagne-t-il pas assez d’argent ? Certainement pas, même s’il pourrait en gagner davantage dans un club aux moyens encore supérieurs au Real Madrid, comme Chelsea, Manchester City ou le PSG. Craint-il de ne plus remporter de nouveaux trophées en jouant en Espagne, pays en proie à de grandes difficultés, où la population est de moins en moins encline à tout accepter des statuts spéciaux accordés au football ou aux footballeurs ? Je ne pense pas, car le Real continue à dépenser sans compter en termes de transferts et envisage de recruter le milieu gallois Bale, pour 55 ou 60 millions d’euros, sans compter le refus de céder Kaka…quitte à le laisser dans les tribunes. Alors pourquoi Cristiano a-t-il du vague à l’âme, alors qu’il aurait a priori tout pour être heureux ?

Voilà une question qui ne manque pas d’agiter le landernau du football, sport où tout ce qui concerne les meilleurs joueurs est disséqué au moindre signe d’humeur, qu’il s’agisse de bonheur ou de malheur. D’ailleurs, dans la presse espagnole, ce spleen du crack portugais est considéré comme « une bombe », d’autant que le joueur lui-même avoue qu’il est triste pour une raison qui tient à son métier, ajoutant que dans le club on sait pourquoi. Et c’est cela qui semble faire peur aux aficionados du Real Madrid, car si Cristiano avait des velléités de quitter le club ce serait au détriment des ambitions du Real Madrid, non seulement en Liga, mais surtout pour la Ligue des Champions, but suprême à atteindre pour les équipes de club européennes. En effet, quelle que soit la qualité des Xabi Alonso, Ramos, Ozil, Higuain, Di Maria, Modric ou Benzema, Cristiano Ronaldo c’est la classe au-dessus. C’est même le seul joueur à tutoyer les étoiles de l’univers footballistique, contrairement par exemple au grand Real des années 50, où à côté de Di Stefano il y avait aussi Kopa, Puskas, Gento ou Santamaria, lesquels figuraient tous parmi les tous meilleurs à leur poste. Contrairement aussi au Barça d’aujourd’hui, où Messi est épaulé par Iniesta, Xavi, Fabregas, Piqué ou Puyol.

Certains pensent que C. Ronaldo en a assez d’être régulièrement devancé, depuis 2009, pour l’attribution du Ballon d’Or par Messi ou encore Iniesta, comme ce fut le cas la semaine dernière pour un des multiples trophées individuels que s’est inventé le football ces dernières années. Si je dis cela, c’est parce le lauréat du  prix du  meilleur joueur de l’UEFA de la saison passée est Iniesta, joueur dont on peut dire qu’il est aux antipodes de Cristiano Ronaldo, pour son comportement sur et en dehors du terrain. Autant l’un, Iniesta est simple, discret et sait faire preuve d’humilité, autant l’autre, C. Ronaldo, fait montre d’un ego surdimensionné, estimant que le monde entier l’envie parce qu’il est « riche, beau et grand joueur ». Curieux qu’il n’ait pas osé ajouter intelligent, même si c’est un adjectif qui ne convient pas toujours aux supporters du football, comme en témoignent les commentaires que l’on peut lire sur les forums des sites web des journaux français et espagnols. En tout cas, ce n’est apparemment pas le fait d’être devancé par Messi ou Iniesta pour l’obtention de ces trophées qui gêne le plus l’attaquant portugais, puisque lui-même affirme le contraire, ce que je veux bien croire.

Le plus amusant dans cette affaire, qui n’en est pas une, est que C. Ronaldo manifeste sa mélancolie…en ne célébrant plus les buts qu’il marque. Pour ma part, je n’y aurais vu aucune malice, dans la mesure où il marque tellement de buts qu’il est peut-être quelque peu blasé. Et bien non, ce n’est pas cela, car Cristiano aime toujours autant marquer des buts, ce qui est l’essence même du football pour un attaquant. Donc le mal est plus profond, mais C. Ronaldo se refuse obstinément à dire pourquoi aux journalistes et à ses fans. Comportement un peu puéril on en conviendra, mais qui démontre qu’il ne suffit pas d’avoir le talent, la gloire et la fortune pour être heureux. D’ailleurs, comme le souligne la presse espagnole, quand « C. Ronaldo n’est pas en colère, il est triste ». Et cela l’amène à polémiquer inutilement sur et hors du terrain, à vociférer contre les arbitres qu’il ne cesse de brocarder, sans parler de ses simulations dès qu’il est contré sur la pelouse, ce qui lui arrive de temps en temps…comme cela arrive à Messi ou Iniesta, et comme cela est arrivé à Pelé, Kopa, Di Stefano, Eusebio, Cruyff, Platini, Maradona, Van Basten,  l’autre Ronaldo ou Zidane, pour ne citer qu’eux, sans pour autant donner constamment une image d’enfants gâtés.

Reste une hypothèse, que certains jugeront hardie, mais qui est tout à fait plausible, à savoir l’envie de CR7, comme on l’appelle souvent dans le milieu du foot, d’aller voir ailleurs qu’à Madrid. Mais où un tel joueur, un tel prédateur de défenses, un tel buteur, pourrait-il aller jouer ? Qui pourrait se payer Cristiano Ronaldo ? Pour ma part, je ne vois qu’un club : le Paris Saint-Germain, et je m’en explique. Tout d’abord il est impensable que C. Ronaldo rejoigne le Barça, pour la simple raison qu’une association avec Messi est impensable, les deux joueurs évoluant dans le même registre. Certes, comme je l’ai souvent fait remarquer sur ce site, Di Stefano et Kopa ont bien cohabité pendant trois ans avec succès au Real (1956-1959), mais c’était parce que Kopa avait accepté de jouer au poste d’ailier droit, laissant à Di Stefano le rôle de meneur de jeu…tenu par Kopa seulement en cas d’absence de celui que l’on appelait la saeta rubia (en français la flèche blonde) », clairement désigné par les dirigeants comme le numéro un, Kopa étant le numéro deux.

Si C. Ronaldo ne peut pas aller jouer ailleurs qu’au Real en Espagne, il est vraisemblable aussi qu’il n’ait pas envie de retourner en Angleterre, car il y a déjà joué pendant six ans, à Manchester United, qui l’a recruté alors qu’il avait 18 ans. Pourquoi retournerait-il en Angleterre, et pour jouer où ? Certes plusieurs clubs, notamment Chelsea ou Manchester City comme je l’ai dit précédemment, auraient les moyens de s’offrir C. Ronaldo, mais ce dernier est un pur latin et la vie en Angleterre ne correspond plus forcément aux désirs d’un homme aujourd’hui âgé de 27 ans, qui, en outre, n’aurait que des challenges à relever qu’il a déjà connus  dans le passé. En revanche Paris c’est magique, parce que c’est…Paris, la ville lumière, parce que le Paris Saint-Germain est en train de monter un grand projet, avec de grands joueurs, pour réussir le défi de remporter dans les trois ans à venir la Ligue des Champions. En outre, même avec la présence au club d’Ibrahimovic ou Thiago Silva, vedettes mondialement connues, même avec l’arrivée récente et à venir d’espoirs de grande envergure comme Verratti ou Luca Moura, C. Ronaldo resterait la star…quitte à partager un peu ce rôle, ce qui lui enlèverait une pression qui doit parfois être insoutenable au Real.

Oh certes, on va me dire que je rêve éveillé, mais mon intuition et ma connaissance de l’histoire du football  me disent que c’est une hypothèse tout à fait envisageable, étant entendu que la question du montant du transfert n’est pas vraiment l’obstacle le plus difficile à franchir. Et si le PSG devient champion de France cette année, et brille en Ligue des Champions, je suis persuadé que l’hypothèse d’une arrivée de C. Ronaldo au PSG est loin d’être farfelue. Il aurait en plus l’avantage d’évoluer presqu’en famille, compte tenu de l’importance de la colonie d’origine portugaise en région parisienne. Enfin, il s’affirmerait définitivement comme un des plus grands joueurs de l’histoire, s’il parvenait à rendre effective la réussite au plus haut niveau du projet du club de la capitale française, une réussite tellement souhaitable pour tout le football français. Un football qui, je le répète, accumule les échecs dans les diverses compétitions européennes depuis tant d’années, au point d’être classé au sixième rang du classement UEFA, derrière l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne…et le Portugal.

Michel Escatafal