Pour Roger Walkowiak, le bonheur était dans l’anonymat

walkowiakDeux tristes nouvelles dans le monde du cyclisme ces derniers jours avec d’abord la mort de Serge Baguet, âgé de 47 ans, ce qui est très jeune, et qui va faire dire aux contempteurs du cyclisme que c’est parce qu’il a abusé de produits dopants, alors qu’ils n’en savent absolument rien. Comme si la mort ne frappait pas des gens ayant une vie parfaitement saine à 40 ans ou 50 ans, voire même avant! Juste pour l’histoire, on retiendra que Baguet était un bon coureur professionnel, ayant à son palmarès une victoire dans le Tour du Nord-Ouest de la Suisse, mais aussi une victoire d’étape dans le Tour de France en 2001 et un titre de champion de Belgique en 2005, sans oublier quelques belles places dans L’Amstel Gold Race (3è), ou dans Kuurne-Bruxelles-Kuurne et au Grand Prix de Plouay (2è). Ce n’est pas énorme, mais Baguet était un de ces anonymes du peloton comme il y en a et comme il y en a eu beaucoup, et à ce titre mérite notre respect.

Mais il n’aura jamais eu la chance qui fut celle de Roger Walkowiak, décédé le 6 février juste avant ses 90 ans, qui ne remporta aucune victoire significative chez les professionnels…à part le Tour de France en 1956, ce qui est considéré comme la surprise du vingtième siècle dans le monde du vélo. Pourquoi la surprise? Parce qu’il détonne quelque peu au palmarès de la plus prestigieuse course du monde, où figurent la quasi totalité des plus grands champions du cyclisme sur route. Cela étant, celui qui était le plus vieux vainqueur d’un Tour de France depuis la mort de Ferdi Kubler, laissant ce privilège à présent à Bahamontes, n’était quand même pas un coureur d’opérette, car il termina à la deuxième place de Paris-Nice en 1953, année où il termina huitième de Milan-San Remo, et du Critérium du Dauphiné en 1955, juste derrière le champion de l’époque, Louison Bobet qui, quelques semaines plus tard, allait remporter son troisième Tour de France. Donc, ne diminuons pas Roger Walkowiak, même si sa victoire n’a guère d’égale en termes de surprise que celle de Pereiro en 2006, vainqueur après la disqualification pour dopage de Landis, disqualification au demeurant indiscutable après un exploit à la Merckx ou à la Coppi, qui était trop beau pour être vrai.

Fermons la parenthèse, et revenons à Walkowiak et à ce fameux Tour de France 1956, en précisant que cette année-là la participation fut sans doute une des plus faibles de l’histoire. Néanmoins il y avait quand même quelques coureurs qui auraient dû lutter pour la victoire finale…s’ils n’avaient pas négligé le danger que pouvait présenter le fait de laisser un petit peloton de 31 coureurs prendre 18mn46s à l’arrivée à Angers. Mais comment « les grands » ou ce qu’il en restait avaient-ils pu laisser se développer à ce point cette échappée? Tout simplement parce qu’il y avait trop d’absents dans les grandes équipes pour pouvoir cadenasser la course ou réduire l’écart avec les échappés. N’oublions pas que l’équipe de France était orpheline de Louison Bobet, l’Italie de Coppi et Magni, la Suisse de Kubler et Koblet, et parmi les quelques favoris restants, Charly Gaul, vainqueur du Giro juste auparavant, Federico Bahamontes, Pasquale Fornara, quadruple vainqueur du Tour de Suisse, et Stan Ockers, le champion du monde, n’avaient pas une équipe suffisamment forte pour aider leur leader.

Surtout, personne n’imaginait que Walkowiak résisterait à la meute lancée à ses trousses dans les Pyrénées ou les Alpes, bien qu’étant catalogué comme honnête grimpeur. Résultat, Walkowiak finit par s’imposer devant le Français Bauvin (1mn25s), le Belge Adriaenssens (3mn25s) et Bahamontès relégué à plus de 10mn, Gaul et Ockers terminant respectivement à la huitième et à la treizième place pour s’être trop livré à un marquage aussi étroit que suicidaire. Et oui, un coureur comme Walkowiak avait gagné le Tour, et curieusement cette victoire allait lui apporter plus de regrets que de bonheur. Pourquoi des regrets? Parce que personne ne le prit davantage au sérieux, subissant même les moqueries du milieu pour un succès qu’il n’avait pourtant pas volé, lui le petit régional de l’équipe Nord-Est-Centre, dirigée par celui qui sera son sauveur à plusieurs reprises, le bien-nommé Sauveur Ducazeaux (ça ne s’invente pas!).

Mais qui était ce Walkowiak qui, avant d’être professionnel, avait appris le métier de tourneur ? C’était un fils d’émigrés polonais venus se fixer en France en 1923, à Montluçon, ce qui lui valut, dans le Tour de France 1956, le bonheur d’arriver en jaune dans sa ville natale, la veille de l’arrivée à Paris, où, par parenthèse, Hassenforder s’offrit une quatrième victoire d’étape après un long raid solitaire de 180 km. Pour revenir à notre sujet, Walkowiak comme son père, ouvrier métallurgiste puis concierge d’usine, était un dur au mal, et on imagine aisément qu’il était prêt à mourir sur son vélo pour s’offrir une victoire qui lui paraissait impensable au départ du Tour de France, mais qui, au fur et à mesure que l’on s’approchait de Paris, devenait de plus en plus possible, puis vraisemblable, dans un contexte de course folle où les échappées fleurissaient chaque jour jusqu’aux Pyrénées.

Là, chacun se disait, chez les coureus comme chez les suiveurs, que la fête serait finie pour ces francs-tireurs, qui en avaient bien profité. et qui laisseraient la place aux quelques cadors restant en course, à commencer par les deux rois de la montagne, Gaul et Bahamontes, même si leur retard paraissait vraiment conséquent. Mais ces derniers ne seront pas aussi irrésistibles qu’on aurait pu le penser en montagne, Gaul ne l’emportant qu’à Grenoble. Du coup, rien d’étonnant que ce soit trois coureurs loin d’être considérés comme des cracks, que l’on allait retrouver aux trois premières places à Paris, à savoir Walkowiak, Bauvin et Adriaenssens, comme écrit précédemment. Mais, pour en revenir à Walkowiak, en plus de ses qualités d’endurance, il avait la chance d’appartenir à une équipe régionale, et non à l’équipe de France, où sa marge de manoeuvre aurait sans doute été moins importante, surtout avec des coureurs comme André Darrigade, lequel s’était pris à rêver de devenir leader face à une concurrence amoindrie.

Cela dit, nombre de suiveurs ont toujours pensé que, sans la malice parfois teintée d’un minimum de vice de Sauveur Ducazeaux, Walkowiak n’aurait jamais remporté la Grande Boucle. Et de fait, en appliquant à la lettre les consignes de Ducazeaux, Walkowiak arrivait dans les Pyrénées dans les meilleures conditions pour un coureur suffisamment complet pour ne pas perdre tout le bénéfice des deux échappées qu’il avait animées de Saint-Malo à Lorient et de Lorient à Angers. Deux échappées qui lui permirent de prendre le maillot jaune. Un paletot d’or que lui avait fait miroiter Ducazeaux, ce dernier lui ayant soufflé la veille de l’étape reliant Saint-Malo à Lorient : »Tu n’es pas assez rapide pour gagner une étape au sprint, mais en te glissant dans des échappées tu pourras prendre le maillot jaune un jour ou deux, ce qui est éminemment rentable dans les tournées d’après-Tour ».

Ducazeaux avait vu juste avec un coureur qui, en plus, connaissait la forme de sa vie, et qui se découvrait des talents qu’il ne croyait pas avoir. Certes il perdit le maillot de leader à Bayonne pour le laisser à Voorting, excellent rouleur néerlandais, qui le cèdera au Belge Adriaenssens à Pau, mais Ducazeaux commença à se persuader et à persuader son coureur qu’il pouvait gagner ce Tour de France, parce que disait-il, Walkowiak ne sera sans doute pas sujet à une grosse défaillance compte tenu de sa robustesse. Un discours qui convenait parfaitement à Walkowiak, lequel se prenait à rêver, surtout en pensant à l’avance qu’il avait sur Bahamontes, Ockers et Gaul, les seuls qui lui paraissaient inaccessible à égalité de temps avec lui. Et de fait, ce fut lui qui prit le maillot jaune à Grenoble pour ne plus le lâcher jusqu’à Paris.

Il eut toutefois une grande frayeur entre Grenoble et Saint-Etienne, car il fut victime d’une chute, certes sans gravité, mais qui provoqua un instant de panique, car Gilbert Bauvin (équipe de France), son second ne l’attendit pas, bien au contraire. Mais il était dit que rien n’empêcherait Walkowiak de gagner ce Tour, car il reçut d’abord la roue de son équipier Scodeller et surtout le renfort d’un équipier modèle, Adolphe Deledda, qui avait beaucoup travaillé pour Louison Bobet dans les Tours précédents, et qui n’avait pas été sélectionné cette année-là par Marcel Bidot, directeur technique de l’équipe de France. Encore une chance supplémentaire pour Walkowiak dans sa quête du Graal, car dans cette poursuite infernale, Deledda retrouva l’efficacité qui avait si souvent aidé Bobet, se permettant même quelques poussettes sur son leader, et le maillot jaune de Walkowiak fut sauvé.

Décidément, comme nous dirions aujourd’hui, toutes les planètes étaient alignées pour que Roger Walkowiak finisse par s’imposer et connaisse enfin la célébrité. Toutefois cette gloire allait être éphémère, et il retrouva très vite l’anonymat dans sa bonne ville de Montluçon. Avec l’argent amassé en cet an de grâce 1956, il s’acheta un bar, mais lassé d’entendre les clients lui rappeler sa victoire dans le Tour, il reprit son métier de tourneur, jusqu’à sa retraite. Curieuse vie que celle de ce champion, loin d’être Coppi, Bobet, Koblet ou Kubler, mais qui figure à côté d’eux au palmarès du Tour de France. Qu’en serait-il aujourd’hui s’il avait gagné le Tour de France dans les années 2010? Personnellement je ne sais pas, mais je ne suis pas sûr qu’il serait plus heureux qu’il ne le fût. Après tout, il avait réalisé un rêve à priori insensé et avait retrouvé une vie tranquille qui, sans doute lui convenait.

Michel Escatafal

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Le Dauphiné, une épreuve incontournable dans la grande histoire du vélo (2)

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Créé en 1947, le Critérium du Dauphiné Libéré devenu aujourd’hui Le Critérium du Dauphiné appartient au patrimoine du cyclisme mondial. Pour beaucoup de connaisseurs c’est même la plus belle course à étapes après les grands tours, parce qu’elle rassemble en huit jours tous les ingrédients d’une grande course à étapes, avec  un prologue, des étapes planes, un grand contre-la-montre, et de très belles étapes de montagne qui n’ont rien à envier à celles du Tour de France. Et c’est ainsi depuis pratiquement la création de l’épreuve, ce qui explique que l’on trouve parmi ses lauréats la plupart des grands noms qui ont fait l’histoire du vélo. En fait seuls manquent au palmarès les campionissimi, Coppi et Bartali, qui participaient chaque année au Giro, les Suisses Koblet et Kubler qui privilégiaient le Tour de Suisse, ou encore Laurent Fignon qui dans ses grandes années (1984 et 1989) avait disputé lui aussi le Tour d’Italie, sans oublier Alberto Contador, mais ce dernier a encore le temps pour inscrire son nom au palmarès.

Les Français y ont souvent brillé, ce qui est normal, mais surtout au cours des premières éditions. En effet, il aura fallu attendre 1956 pour voir la victoire d’un étranger, le Belge Alex Close, qui succédait au palmarès à Louison Bobet, lequel  l’avait emporté en 1955 avec le maillot de champion du monde sur les épaules, devant un coureur qui allait beaucoup faire parler de lui l’année suivante en remportant le Tour de France, Roger Walkowiak, ce qui suffit à démontrer que ce dernier était un champion. Louison Bobet fut d’ailleurs le premier des très grands champions à remporter le Critérium du Dauphiné, comme le feront plus tard Anquetil, Poulidor, Merckx, Ocana, Thévenet, Hinault, Lemond, Herrera, Mottet, Indurain, Vinokourov, Armstrong, Valverde et les deux derniers vainqueurs, Wiggins et Froome. A noter que depuis l’an 2000, l’épreuve a été remportée à deux reprises  par le Français Christophe Moreau (2001 et 2007). C’est tellement rare de nos jours de voir un Français triompher dans une grande course à étapes que cela mérite d’être signalé !

Comme toutes les grandes épreuves, le Dauphiné aura connu de nombreux faits d’armes qui ont leur place dans la grande histoire du vélo. Parmi ceux-ci le premier qui vient à l’esprit est la victoire de Jacques Anquetil en 1965, qui réalisa sans doute à cette occasion son plus bel exploit en terminant vainqueur du Dauphiné à Grenoble le samedi,  et en remportant le lendemain Bordeaux-Paris. Ensuite il y a Bernard Hinault, qui certes connut dans cette épreuve une de ses plus grandes désillusions, quand il fut battu par le Colombien Ramirez en 1984 (année qui suivit son opération du genou), mais qui s’y s’imposa en 1977 en entrant dans la légende après avoir côtoyé l’enfer.  Tout le monde, du moins ceux qui sont nés peu après la deuxième guerre mondiale, se rappellent de ce plongeon dans un ravin de la descente du col de Porte. Nombreux aussi furent ceux qui pensèrent en voyant cette cabriole, à la chute de Roger Rivière dans le col du Perjuret lors du Tour de France 1960, chute qui mit fin à l’âge de 24 ans à la carrière du  plus extraordinaire rouleur de l’histoire du cyclisme. Heureusement Hinault s’en tira avec quelques égratignures, qui ne l’empêchèrent nullement de remporter l’épreuve.

En évoquant Roger Rivière, nous rappellerons qu’il eut le temps de participer au Dauphiné en 1959, où il prit la troisième place derrière deux excellents coureurs français, Raymond Mastrotto, le Taureau de Nay, vainqueur en 1962 mais aussi trois fois second, et Henry Anglade qui cette année-là  tutoyait les cimes puisqu’en plus de sa victoire au Dauphiné, il fut aussi champion de France sur route, et deuxième d’un Tour de France qu’il eut remporté à coup sûr si Anquetil et Rivière ne s’étaient pas ligués contre lui…pour favoriser la victoire de Federico Bahamontes.

Deux autres coureurs français auront marqué l’histoire du Critérium du Dauphiné, un peu plus tôt, deux coureurs qui ne furent pas parmi les plus grands du peloton, mais deux routiers de grande valeur, Jean Dotto et Nello Lauredi. Jean Dotto, surnommé  « Le vigneron de Cabasse », vainqueur d’un Tour d’Espagne (1955) et deux fois vainqueur du Dauphiné en 1952 et 1960, était avant tout un excellent grimpeur, ce qui explique en grande partie sa réussite dans une épreuve où la montagne a toujours été très présente. Nello Lauredi  pour sa part a inscrit trois fois son nom au palmarès, en 1950, 1951 et 1954, ce qui en fait le recordman de l’épreuve à égalité avec Bernard Hinault, Ocana, et Charly Mottet, lui aussi vainqueur en 1987, 1989 et 1992.  Nello Lauredi, outre ses performances dans le Dauphiné, est surtout resté dans l’histoire par sa victoire d’étape à Béziers dans le Tour de France 1953, au nez et à la barbe de Louison Bobet qui, en tant que leader de l’équipe de France, avait demandé qu’on lui amenât le sprint pour gagner l’étape et conquérir la minute de bonification. Problème, Lauredi n’avait jamais réellement admis le leadership de Bobet, et ce jour-là il était tellement fort que Bobet n’a pas pu le déborder, ce qui lui vaudra pour un certain temps  l’inimitié farouche du coureur breton.

Un dernier mot enfin, pour parler d’un évènement datant de 1971 que nombre de suiveurs ont oublié, mais qui allait avoir son importance quelques semaines plus tard dans le Tour de France. Luis Ocana sortait d’un Tour d’Espagne qu’il avait disputé sans trop forcer, et se préparait à affronter sur les routes du Dauphiné le grand Eddy Merckx lui-même qui, après avoir remporté Milan-San Remo et Liège-Bastogne-Liège en mars et avril, venait tout juste de dominer le Trophée des grimpeurs au Creusot.  Or dans ce Dauphiné, Eddy Merckx faillit bien être battu pour la première fois de sa carrière « à la régulière » par Luis Ocana, seul coureur de sa génération à pouvoir inquiéter le « cannibale » dans les courses à étapes.

Luis Ocana, en effet, était passé à l’attaque dans la grande étape de montagne, et Merckx avait été décroché peu avant le sommet du col du Granier. Hélas pour Ocana, la pluie sauva le crack belge du naufrage, Ocana ne s’exprimant jamais aussi bien que dans la chaleur. Cela étant, même si finalement Ocana dut s’incliner dans ce Dauphiné face à Merckx, il avait acquis définitivement la certitude qu’il pouvait battre Merckx dans le Tour de France, d’autant plus qu’il ne lui était guère inférieur contre la montre. Les faits lui donneront raison quelques semaines plus tard dans la fameuse étape du Tour qui arrivait à Orcières-Merlette, où Ocana infligea à Merckx une terrible défaite, celui-ci arrivant près de neuf minutes après « l’Espagnol de Mont-de-Marsan ».

Michel Escatafal


Le Dauphiné Libéré, épreuve incontournable dans la grande histoire du vélo (1)

froomePartie 1

Le Critérium du Dauphiné, avec sa riche histoire et son parcours très escarpé, est devenu incontournable dans le Pro-Tour, et presque un passage obligé pour nombre de coureurs avant le Tour de France. C’est généralement l’épreuve qui permet de faire le point sur les favoris du Tour de France, plus encore que le Tour de Suisse qui a lieu à peu près à la même époque, mais à la participation généralement moins riche. Je reviendrai plus tard sur l’histoire du « Dauphiné » comme on l’appelle, mais avant je veux évoquer l’édition qui s’est achevée dimanche dernier, et qui a consacré l’énorme supériorité de Christopher Froome et l’équipe de Sky. Une supériorité tellement manifeste qu’elle inspire à certains coureurs du peloton des remarques amères. Ainsi Pierrick Fédrigo, vainqueur entre autres succès d’un championnat de France (2005) et d’un Critérium International (2010), n’a pas peur de comparer (journal Sud-Ouest lundi) l’équipe Sky à l’US Postal en s’écriant : « La domination de l’équipe Sky, c’est écœurant. J’ai l’impression d’être revenu dans les années Armstrong, lorsqu’on passait toute la journée dans les roues à subir, sauf si l’on avait réussi à prendre une échappée… En ce moment, c’est toujours le même scénario ».

En parlant de Fédrigo, j’ai envie aussi de mettre en exergue le comportement de Thomas Voeckler, décidément le plus représentatif des coureurs français, qui après sa fracture de la clavicule suite à une chute dans l’Amstel Gold Race, a réussi a remporter une étape, ce qui a permis de sauver l’honneur des Français, lesquels en avaient bien besoin après ce que certains appellent déjà l’affaire Rolland…qui n’en serait pas une. Passons, car le problème aujourd’hui est que les coureurs ne peuvent plus se soigner correctement, à cause des multiples interdictions qui leur sont imposées par les contrôles antidopage. A côté de cela, on constate chaque semaine ou chaque mois que de nombreux coureurs ont réussi pendant très longtemps à passer entre les mailles du filet avant de se faire prendre…ce qui n’est pas toujours le cas.

En tout cas la question qui se pose est bel et bien : qui pourra battre Froome dans le Tour ? A priori, sur ce qu’on a vu dans le Dauphiné, la réponse est : personne. Pas même Contador me direz-vous ? Je ne sais pas, aurais-je envie de répondre, car l’équipe Sky est vraiment très, très impressionnante. N’oublions pas que cette équipe est aussi celle de Richie Porte, qui a terminé à la deuxième place de ce Dauphiné…ce qui en dit long sur la supériorité de l’équipe britannique. Et il n’y avait pas Wiggins, le vainqueur du dernier Tour de France qui, d’ailleurs, ne défendra pas son titre à partir du 29 juin. C’est dire la force de Sky, en notant qu’ils savent quand même transformer des bons coureurs en leaders, comme en témoigne la métamorphose de Porte, bon équipier chez Saxo-Bank, et aujourd’hui leader de rechange chez Sky, vainqueur de Paris-Nice en début d’année.

Pourtant l’équipe Saxo-Tinkoff de Contador aura fière allure dans le prochain Tour de France avec des coureurs comme Kreuziger, Roche  et Rogers pour épauler leur leader. Mais, même en considérant que Contador ira en s’améliorant jusqu’au départ du Tour, même en considérant que le Pistolero est un attaquant redoutable en montagne…et ailleurs, comme il l’a prouvé dans la dernière Vuelta, même en considérant qu’il n’est jamais aussi fort que dans la deuxième partie d’un grand tour, bref même en étant optimiste, il paraît difficile de le considérer comme le favori du prochain Tour de France…ce qui n’est peut-être pas plus mal pour lui, car cela va lui enlever beaucoup de pression, ainsi qu’à son équipe. Là c’est le supporter qui parle, et ce même supporter a quand même le secret espoir que les pronostics soient inversés à l’arrivée sur les Champs-Elysées.

Michel Escatafal