Pourquoi le cyclisme sur piste n’en finit plus de mourir?

vitesseL’une des plus belles spécialités du cyclisme, la piste, est en train de mourir de sa belle mort. Plusieurs raisons expliquent le phénomène : j’en retiens au moins trois, à savoir la mondialisation à marche forcée, la multiplication des épreuves, et l’évolution technologique…ce qui ne veut pas dire que ce sont les seules. En tout cas, ce ne sont pas les résultats des derniers championnats du monde qui diront le contraire. En effet, le bilan de cette petite semaine des mondiaux sur piste a donné une idée des forces en présence avec 9 médailles pour la Grande-Bretagne, 8 pour l’Allemagne, 5 pour l’Australie et 3 pour la Russie et la Chine. On observera au passage l’absence quasi totale dans ce classement des médailles des grands pays à tradition cycliste marquée au cours du vingtième siècle. Le premier d’entre eux, l’Espagne, se situe au huitième rang des récompenses avec deux médailles (dont une seule en or), tandis que l’Italie se trouve au onzième rang avec une seule médaille d’or, juste devant les Pays-Bas, qui ont obtenu certes quatre médailles, mais aucun titre.

Quant à la France et la Belgique, si puissantes autrefois dans les épreuves sur piste, elles se retrouvent respectivement aux quatorzième et dix-huitième rang. Cela étant, tout le monde semble content dans le petit monde des fédérations cyclistes, malgré l’indifférence à peu-près totale dans laquelle se sont déroulés ces championnats. Les plus anciens doivent se dire que le monde du vélo a bien changé…ce qui est vrai puisque 45 pays ont participé, dont 20 ont eu au moins une breloque. La mondialisation a bien marché, mais il semble patent que la qualité des participants s’est bien diluée, surtout si on la compare avec celle que l’on connaissait à l’âge d’or du vélo. Désolé, cela fait ancien combattant, mais c’est la colère d’un passionné de vélo qui regrette infiniment de n’avoir pas vraiment connu cet âge d’or, où le niveau des participants était extrêmement élevé, et où la piste faisait partie des grandes heures du sport en hiver, dans tous les vélodromes européens et américains. Sans parler du faste des six-jours un peu partout sur ces deux continents, qui réunissaient les meilleurs pistards et les routiers également spécialistes de la piste. Partout on faisait le plein, que ce soit pour les réunions où s’affrontaient les meilleurs sprinters, les meilleurs poursuiteurs, les spécialistes de l’américaine (souvent les mêmes), ou les six-jours dans des endroits aussi divers que Milan, Bruxelles, Gand, Anvers, Zurich, Copenhague, Arrhus et Odensee (Danemark), Amsterdam, Rotterdam, Berlin, Cologne, Munich, Hanovre, Paris, Madrid, Los Angeles, Buenos-Aires etc. Que reste-t-il de nos jours de ces réunions ? Rien, je dis bien rien, malgré la création d’une ridicule Coupe du Monde, qui comportait cette saison (entre le 31 octobre et le 17 janvier)…3 manches disputées à Cali, Cambridge et Hong-Kong.

Si j’ai parlé de mondialisation à marche forcée, c’est parce que nombre de gens se réjouissent de voir le vélo s’étendre sur tous les continents, ce qui est très bien. A ce propos, sur la piste la mondialisation existe depuis bien longtemps, à la fois en ce qui concerne les épreuves et les coureurs qui y participaient. Certains des plus grands pistards étaient britanniques à une époque où la Grande Bretagne était une nation très mineure dans le cyclisme, notamment Reginald Harris, champion du monde vitesse professionnel en 1951 et 1954, ou australiens, comme le poursuiteur Patterson, champion du monde de poursuite professionnel en 1952 et 1953. Et dans ces années-là, il fallait vraiment être très fort pour remporter le titre mondial, car la concurrence était infiniment plus rude que de nos jours où des inconnus s’emparent du titre. Qui connaissait Filippo Gana avant de remporter la médaille d’or de la poursuite cette année ? Personne. Certes c’est un très bon coureur (champion d’Italie). Certes cela fait plaisir de voir un Italien prendre le maillot arc-en-ciel dans une discipline majeure de la piste (voir mes articles Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 1 et Cyclisme : qu’est devenue la piste italienne ? Partie 2), même si elle ne figure plus au programme des Jeux Olympiques…ce qui est scandaleux, et sans justification sérieuse.

Si j’écris cela, c’est parce que lesdits championnats du monde sur piste ont tellement multiplié les épreuves que plus personne ne s’y retrouve, d’autant plus que ce ne sont pas les mêmes aux Jeux Olympiques. En outre, plus personne ne connaît les détenteurs du maillot arc-en-ciel, et si on les connaît c’est parce que dans une discipline comme l’américaine, le titre a été remporté par Cavendish et Wiggins, qui retrouvaient leurs premières amours avec la piste. Evidemment, les féminines qui détiennent les titres mondiaux sont tout aussi inconnues, ce qui n’est pas leur faute…puisqu’en dehors des championnats du monde et de la fantomatique Coupe du Monde, personne n’entend jamais parler d’elles. Mais l’Union Cycliste internationale est contente, car elle distribue au total 60 médailles, pas une de moins !!! Il y a vraiment de la quantité !!! En revanche les courbes d’audience à la télévision sont inversement proportionnelles à ce trop plein de médailles. Par ailleurs, mis à part quelques pistards britanniques et encore, quel coureur peut dire qu’il vit très bien de la piste de nos jours, alors que dans les années 1940, 1950 ou 1960, les vrais pistards gagnaient des petites fortunes? D’ailleurs, ce n’était pas pour rien si autant de routiers de renom (Van Steenbergen, Bevilacqua, Schulte, Coppi, Post, Anquetil, Rivière, Sercu, Merckx etc.) faisaient aussi de la piste, où leur talent était aussi reconnu que sur la route.

Aujourd’hui, avec l’évolution du cyclisme et du World Tour, la saison commence en janvier en Australie et en Argentine et s’achève au Japon en novembre. Très bien, mais il n’y a définitivement plus de place pour que les meilleurs coureurs participent à des réunions en hiver…qui n’existent quasiment plus. Qui pourrait citer le nom d’un seul six-jours en dehors de quelques dizaines ou centaines d’initiés de par le monde ? Et c’est là que les promoteurs de la mondialisation ont leur part de responsabilité, dans la mesure où le calendrier est très mal fait. Si l’on avait voulu essayer de développer la piste, et lui permettre de retrouver une seconde jeunesse, il fallait que les épreuves routières de l’hémisphère Sud se placent au mois d’octobre et novembre (donc au printemps dans ces pays), en faisant démarrer la saison sur route en mars, comme autrefois. Il fallait aussi que la semaine des championnats du monde devienne la quinzaine, afin que les meilleurs routiers puissent éventuellement briguer un titre. Et enfin, il n’était pas nécessaire d’avoir 10 épreuves au menu, puisque la piste ne devrait compter comme épreuve que la vitesse, la poursuite, la poursuite par équipes, le kilomètre, et  l’américaine. Ce serait bien suffisant, ces épreuves devant être aussi celles des Jeux Olympiques. Au moins il y aurait de la visibilité avec cette quinzaine mondiale.

Certains vont me faire remarquer que cela supprimerait les championnats espoirs ou juniors sur route, mais à cela je réponds que l’on pourrait toujours les organiser plus tôt dans la saison, ce qui ne serait pas préjudiciable car personne ne s’y intéresse…pas plus qu’on ne s’intéresse aux autres épreuves inscrites aux J.O. Le vélo a certes évolué, j’en conviens, mais à force de vouloir faire plaisir à toutes les fédérations de la terre en multipliant les disciplines, on en est arrivé à ce paradoxe que seule une victoire dans le Tour de France, et à la rigueur au Giro, à la Vuelta et à 4 ou 5 classiques, donne l’idée à quelques sponsors d’investir dans le vélo. Des sponsors qui n’investissent pas ou si peu pour la piste, ce qui explique que des champions du calibre de Baugé et Pervis (multiples champions du monde) puissent à peine survivre de leur sport, alors que s’ils étaient nés 50 ans plus tôt, ils auraient gagné beaucoup d’argent. Voilà la réalité du cyclisme d’aujourd’hui, un cyclisme gangréné par nombre d’affaires en tous genres, ou quelques traces d’anabolisant ou quelques anomalies dans le passeport biologique font perdre deux ans de leur carrière à des coureurs, alors que nombre de coureurs ayant pris de l’EPO n’ont jamais été inquiétés, sans parler de ceux qui ont couru avec des vélos électriques, puisque certains semblent dire que cela a existé bien avant la découverte d’un vélo avec un moteur dissimulé, comme ce fut le cas lors des championnats du monde de cyclo-cross en janvier dernier pour une concurrente belge.

Cela dit, et ce n’est pas fait pour nous consoler, petit à petit le vélo est moins seul à subir la traque du dopage, puisque Maria Sharapova, l’emblématique joueuse de tennis, vient d’être contrôlée positive à un produit qu’elle prend depuis dix ans, le meldonium…inscrit sur la liste des produits dopants depuis le 1er janvier, alors qu’il est utilisé depuis des années. Cela lui vaut d’être suspendue sine die, de recevoir des tombereaux d’injures chez nombre d’internautes, et même la vindicte de certaines de ses collègues (Capriati notamment qui veut qu’on lui enlève ses titres), de perdre des sponsors etc. J’ai l’impression que le tennis commence à être dans le collimateur de ceux qui veulent laver plus blanc que blanc. Comme si tous les sports n’étaient pas atteints par le dopage ! Et la créatine au fait, quand va-telle être inscrite sur la liste des produits interdits ?

Revenons au cyclisme, après avoir évoqué le vélo électrique, pour souligner que la technologie (normale a priori) a aussi contribué à tuer la piste, dans la mesure où les performances ne veulent plus rien dire. On était revenu en arrière à propos du record de l’heure après les performances ahurissantes de Moser, Obree, couché sur son vélo, d’Indurain, Rominger ou Boardman, dans les années 80 et 90, avant de retomber dans les travers de la technologie, au point d’avoir vu ce record battu 5 fois en un an (septembre 2014 et juin 2015). Certes le dernier détenteur, Wiggins, ne dépare pas au palmarès, même s’il souffre de la comparaison avec ces extraordinaires rouleurs qu’étaient Coppi, Anquetil, Baldini, Rivière ou Merckx, mais il y a quand même une gêne à voir les coureurs chevaucher des vélos de plus en plus chers et sophistiqués et atteindre des distances stupéfiantes (54.526 km). N’oublions pas qu’entre 1937 (Archambault) et 2000 (Boardman avec un vélo normal), ce record n’a augmenté que de 3.624 km, alors qu’entre 2000 et 2015 avec Wiggins, il a progressé de 5.085 km. Les temps en poursuite et en vitesse ont évidemment subi la même amélioration, même si en poursuite on s’en préoccupe moins…parce que quasiment personne ne sait que Ganna a été sacré champion du monde la semaine dernière en réalisant 4mn16s141. J’arrête là, car je pourrais écrire pendant des heures, sans que cela me console de voir ce qu’est devenu le cyclisme sur piste de nos jours, en espérant que le cyclisme sur route ne subisse pas un jour ou l’autre le même recul. Certes tant qu’il y aura le Tour de France et les quelques épreuves médiatisées, cela continuera (un peu) comme avant, mais le jour où les sponsors n’investiront plus que se passera-t-il ? Je n’ose pas y penser.

Michel Escatafal


Vélo (piste et route), football et Formule1 ont bien rempli ce week-end

pervis et baugéAvant de parler Formule 1, je voudrais souligner quelques faits d’armes ou péripéties ayant eu lieu au cours de la dernière semaine, à commencer par les championnats du monde de cyclisme sur piste où les Français ont brillé, comme d’habitude, ce qui a permis de mettre en valeur des noms comme ceux de F. Pervis (deux titres en kierin et au km), de Baugé qui a remporté son cinquième titre mondial en vitesse (évidemment je ne compte pas son déclassement en 2011 pour trois contrôles manqués), de Morice (médaille de bronze en poursuite), de Coquard et Kneisky (or dans l’américaine), et enfin de d’Almeida et Sireau qui ont conquis avec Baugé la médaille d’or de la vitesse par équipes. Voilà, c’est fait, en espérant que, comme c’est le cas pour les handballeurs, on parle d’eux à d’autres moments qu’aux championnats du monde. Et oui, la France c’est aussi ça : à part le football et quelques privilégiés emblématiques comme Tony Parker ou Renaud Lavillenie, on oublie vite les autres sportifs, même s’ils sont les meilleurs dans leur discipline. On ne parle d’eux que quand ils gagnent ou s’ils ont un problème personnel, par exemple lié au dopage.

La France c’est encore les remarques acerbes de quelques soi-disant amateurs de vélo, qui au lieu de se réjouir d’avoir assisté au commencement du duel Froome-Contador, ont profité du Tour d’Andalousie la semaine dernière pour évoquer…le dopage, sujet que les Français adorent. Lors de la première arrivée au sommet, c’était Contador qui était dans le collimateur parce qu’il avait remporté la première manche, devant Froome. Le lendemain, ce dernier battait à son tour Contador, et certains mettaient cela sur le compte de je ne sais quel produit. Bref, les soi-disant supporters du cyclisme s’en sont donné à cœur joie ! Encore heureux (pour eux) que Baugé ou Pervis soient français, parce sinon…

Autre remarques qui concernent le football, et qui m’attristent profondément, le PSG malgré les moyens quasi illimités de son actionnaire est toujours cruellement frappé par le fameux fair-play financier, invention de Michel Platini pour empêcher les riches investisseurs de chambouler la hiérarchie avec les clubs qu’ils achètent ou sont susceptibles d’acheter. Si j’écris cela une nouvelle fois (désolé si je me répète), c’est parce que je lis qu’Arsenal négocierait actuellement avec Palerme le transfert de Dybala, joueur argentin suivi depuis un certain temps par le PSG. Et le pire est que ce club pourrait emporter la mise pour 30 millions d’euros. Oui, j’ai bien lu quelque part pour 30 millions, somme dérisoire pour l’actionnaire qatari, mais considérable pour le PSG qui n’a pas le droit de dépenser plus de 65 millions pour l’année…alors qu’il n’a aucune dette et que son résultat est à l’équilibre dans les faits. J’ai dit dans les faits, parce que l’UEFA a divisé par deux l’apport de son principal sponsor qatari. Au fait pourquoi diviser par deux ? Pourquoi pas par trois ? Ou alors pourquoi se préoccuper de la qualité de ce contrat de sponsoring, à partir du moment où ce n’est pas de l’argent « sale » ? Décidément personne ne pourra reprocher à Michel Platini de favoriser le football français, et son club phare le PSG ! Tout le monde peut dépenser des dizaines, voire même des centaines de millions en transfert…sauf le PSG. Est-ce normal ?

Dernière remarque liée au football avant d’aborder le sujet de la Formule 1, le ridicule d’un certain Jean-Michel Aulas, lequel n’en finit plus de twitter depuis que l’Olympique Lyonnais est en tête de la Ligue 1, en arrivant à écrire des âneries sans nom, se moquant entre autres de ses voisins stéphanois (traités d’autistes !), quand il ne vilipende pas les arbitres pour avoir oublié un pénalty, omettant de dire qu’à la fin de la saison les erreurs d’arbitrage se compensent et ne faussent pas l’issue du championnat. Imagine-t-on Nasser Al-Khelaïfi ou Florentino Pérez se livrer à ce genre de facéties ? Rien que cela montre que l’Olympique Lyonnais ne tire pas dans la même catégorie que le Real Madrid ou le PSG, n’en déplaise aux supporters lyonnais, dont certains trouvent géniale la communication de J.M. Aulas . En tout cas, si cette année l’Olympique Lyonnais est champion de France, c’est tout simplement parce qu’il n’était pas européen (éliminé en phase préliminaire de la Ligue Europa), et sans doute aussi parce que les Rhodaniens furent sortis très tôt de la Coupe de la Ligue et de la Coupe de France, contrairement à l’AS Monaco ou le PSG, encore en course sur quatre compétitions, y compris en Ligue des Champions.

Et à propos de cette compétition, j’ai hâte de voir ce que vont faire les jeunes lyonnais l’an prochain face aux grands d’Europe, ce qui nous permettra de voir la réelle valeur du groupe lyonnais, vu que l’Olympique Lyonnais n’a pas d’argent pour recruter, comme en témoignent les résultats d’OL Groupe, dont le résultat net affiche un solde négatif de 9.4 millions d’euros, certes moins élevé que l’an passé (14,1 millions), mais quand même très important. Ce résultat est d’autant plus inquiétant qu’il est permis de se demander combien de temps il pourra garder des joueurs comme  Lacazette et Fekir, qui font l’objet d’attentions des plus grands clubs européens, prêts à leur donner beaucoup plus que ce que peut faire l’OL. Il paraît que le grand stade va résoudre tous les problèmes économiques de ce club, ce que je souhaite, même si j’ai du mal à voir l’avantage à court ou moyen terme de disposer de sa propre enceinte achetée à crédit, surtout si l’on en a une à disposition pour quelques millions d’euros annuels (pour le Parc des Princes, dont le PSG a la concession pour 30 ans, c’est environ 1,5 millions par an). N’oublions pas que ce stade va coûter plus de 400 millions d’euros, et qu’il faudra rembourser les dettes. Après on parle de 70 à 100 millions de revenus futurs supplémentaires grâce à ce nouveau stade et ses annexes (à voir!), à condition que l’Olympique Lyonnais fasse chaque année la Ligue des Champions…ce  qui est le cas par exemple du Bayern Munich, sauf que le Bayern aura toujours plus de moyens à sa disposition que l’OL, les charges en Allemagne, par exemple, étant nettement moindres qu’en France. On verra bien, même si je le répète, je souhaite le meilleur pour l’Olympique Lyonnais.

kimi et sebastianCette fois j’arrête mes réflexions sur les autres sports, pour enfin aborder le sujet de la Formule1 et les essais de pré-saison qui se sont déroulés ces dernières semaines, notamment ceux de Barcelone ce dernier week-end. Mais avant toutes choses  je voudrais évoquer brièvement le décès (hier) de Gérard Ducarouge, qui fut un très grand ingénieur, que ce soit chez Ligier, Alfa-Romeo et Lotus, où il côtoya avec bonheur le jeune Ayrton Senna. Fermons cette triste parenthèse, car la vie continue, et posons une première question sur la saison à venir de Formule 1 (premier G.P. en Australie le 14 mars) : le team Mercedes a-t-il été rattrapé partiellement ou totalement ? Réponse : non, comme en témoignent les performances de Rosberg le week-end dernier à Barcelone…avec des pneus médium. Rien à voir donc avec les super tendres utilisés par Lotus, qui ont permis à Grosjean et Maldonado de se situer aux premier et troisième rangs de la hiérarchie. Derrière les Lotus et la Mercedes on notera la bonne performance de Ricciardo au volant de la Red Bull, mais aussi celle de Kimi Raikkonen sur la nouvelle Ferrari, sans utiliser des pneus super tendres. Enfin, juste derrière Raikkonen, on aperçoit déjà une Williams-Mercedes (Massa) qui n’a jamais réellement cherché la performance.

Bien évidemment, lesdites performances sont à prendre avec des pincettes, mais elles signifient quand même quelque chose. Apparemment la Lotus est bien née et elle va disposer du moteur Mercedes, le même que celui de Rosberg et Hamilton, moteur dont disposeront aussi les pilotes Williams (Massa et Bottas) qui ont brillé l’an passé. Le moteur Renault semble lui aussi s’être amélioré cette année, ce dont va bénéficier Ricciardo et son coéquipier Kvyat, mais aussi Toro-Rosso, qui avec le très jeune Vestappen au volant a obtenu un prometteur huitième temps à Barcelone. Cela dit, l’écurie qui semble avoir le plus progressé semble être Ferrari, à la fois au niveau du moteur, constat confirmé par Nasr qui avait déjà utilisé le précédent, mais aussi au niveau du châssis. Néanmoins, aux yeux de tous les observateurs, Mercedes et son carburant miracle fourni par Petronas restent quand même devant. Si je parle de miracle à propos de l’essence fourni par la pétrolier malaisien, c’est parce que des experts affirment que cela offre une quarantaine de CV supplémentaires au moteur Mercedes, qui plus est grâce à un procédé parfaitement légal. Pas comme en 1983, où Alain Prost et Renault furent privés d’un titre mondial à cause d’une essence non conforme qui aidait grandement le moteur BMW de la Brabham de Piquet.

Au cours de ces essais hivernaux, la SF15-T a fait montre de qualités que Raikkonen a pu exploiter, ce qu’il n’avait jamais réussi à faire avec la voiture de l’an passé…ce qui a fait considérablement baisser sa côte, au point d’être considéré par ceux qui ne connaissent la F1 que depuis trois ans comme un has-been. Il l’était d’autant plus devenu à leurs yeux que son coéquipier s’appelait  Fernando Alonso, lequel avait l’énorme avantage d’être chez Ferrari depuis cinq ans, et d’en être le leader incontesté, comme il l’était quand il avait pour coéquipier Massa, lequel a retrouvé le goût de piloter chez Williams après avoir été dans les faits un numéro 2 triste au sein de la Scuderia . En outre, alors qu’en début de saison Raikkonen accumulait les pépins y compris des accrochages où il n’était nullement impliqué, par exemple à Monaco alors que le podium s’offrait à lui, Alonso de son côté ne souffrait d’aucun problème. Enfin, chacun affirme que sur le plan « politique » Alonso est sans doute le meilleur. Quand j’écris « politique », cela signifie qu’il s’est toujours arrangé pour avoir l’équipe à son entière disposition. A ce propos, et cela n’est jamais souligné, on notera que l’écart entre les deux pilotes s’est considérablement réduit en fin de saison au point de faire quasiment jeu égal lors des derniers grands prix, Raikkonen bénéficiant de toutes les attentions de l’équipe technique de la Scuderia.

Cependant, loin de moi l’idée d’écrire qu’Alonso n’a pas été meilleur que Raikkonen en cette année 2014, Alonso ayant réussi à mieux tirer son épingle du jeu que son coéquipier finlandais, dont tout le monde sait qu’il lui faut une voiture réglée pour lui pour en tirer la quintessence. Dans ce cas, c’est un des tous meilleurs, peut-être même le meilleur. En revanche, il y a un problème récurrent chez lui, lié au réglage du train avant, qui doit absolument lui convenir. Néanmoins si Alonso et Raikkonen avaient disposé d’une Mercedes, ils auraient eux aussi fait un et deux au championnat du monde. Pour en revenir à ce fameux train avant, Kimi avait d’ailleurs connu un peu le même problème chez Mac Laren, avant sa première arrivée chez Ferrari, puisque d’après Pat Fry, quand  il avait pour coéquipier Montoya, « ils ont consommé sept suspensions avant différentes tout au long de la saison », ce qui a fait dire à l’ingénieur britannique que « pour tirer le meilleur de Kimi, vous devez avoir la voiture pour le faire » (toile F1.com).

En tout cas la voiture de cette année, dessinée par son ancien ingénieur chez Lotus, Allison, lui convient beaucoup mieux,  et je suis persuadé que cette saison on retrouvera le vrai Kimi, avec comme nouveau coéquipier Vettel, dont le style de pilotage se rapproche du sien, et qui est aussi son ami. La preuve il vient de s’acheter une maison…en Finlande! Un Vettel qui n’a guère fait mieux qu’Iceman l’an passé, puisque tout quadruple champion du monde qu’il était, il fut lui aussi dominé par le presque débutant Ricciardo, qui avait eu beaucoup de mal en course face à J.E. Vergne chez Toro Rosso. Et oui, c’est ça la Formule 1, et ceux qui écrivent sur les forums feraient bien d’acquérir cette culture historique sans laquelle il est impossible de tirer des conclusions. Qui se rappelle que Sébastien Bourdais tenait la dragée haute à Vettel à ses débuts chez Toro-Rosso en 2008? Personne, parce qu’à partir du moment où les deux hommes ont eu la nouvelle voiture, Vettel a su en tirer profit immédiatement, contrairement à Bourdais qui à partir de mai est devenu « un tocard », ce qu’il n’était pas évidemment.

Mais si l’on remonte quelques années auparavant, qui aurait imaginé que Mansell puisse devenir champion du monde après avoir raté le titre en 1986 avec la Williams-Honda, battu par Prost qui disposait d’une Mac-Laren inférieure, ce même Prost qui fut son équipier et le domina copieusement chez Ferrari en 1990 (71 points contre 37). Mansell ratera encore le titre en 1987, toujours sur Williams-Honda, battu par son équipier Nelson Piquet, pourtant moins rapide que lui. Cela ne l’empêcha pas de devenir champion du monde en 1992, en écrasant la concurrence avec sa Williams-Renault, comme rarement un pilote ne le fit, battant son coéquipier (Patrese) de plus de 50 points (52) et Schumacher sur Benetton-Ford, troisième du championnat du monde, de 55 points. Cette année-là le binôme Mansell- Williams-Renault était absolument imbattable, remportant 8 des 10 premiers grands prix, ce qui lui permit d’assurer son titre mondial alors qu’il restait 5 grands prix à courir. Lui qu’on avait tellement moqué pour ses fautes grossières, pour ses manques en termes de réglage, venait d’administrer la preuve qu’avec une voiture qui lui convenait, il était presque invincible.

Voilà quelques considérations qui demanderaient de plus amples développements, mais ce sera pour une prochaine fois. Cela dit, j’en profite pour noter qu’hier Alain Prost  a eu 60 ans. Que le temps passe vite, surtout quand on pense qu’Ayrton Senna est mort depuis bientôt 21 ans! Prost-Senna, Senna-Prost, peu importe qui était le meilleur, mais ce que je sais c’est que ce fut l’un des plus beaux duels que le sport automobile et le sport tout court nous ait offert.  Une sorte de Coppi-Koblet ou Coppi-Bartali en cyclisme ou pourquoi pas, et sans chauvinisme, un duel du type de celui que vont nous offrir cette année, si la malchance ne s’en mêle pas, Contador et Froome, séparés de deux secondes à la fin du Tour d’Andalousie, le troisième étant à plus de 2mn30s après 5 étapes.  Pardon pour cet article fourre-tout, mais j’ai pris plaisir à l’écrire, et j’espère que vous éprouverez le même plaisir à le lire.

Michel Escatafal


Ibrahimovic zlatane le foot féminin? Faux !

Lotta SchelinibrahimovicQui a dit cela ? « Vous ne pouvez pas comparer le football masculin avec le football féminin. L’attention que le football féminin obtient dans notre pays (la Suède) est sans équivalent dans le monde. C’est en soi une chose étonnante. Attention, elles accomplissent leur travail merveilleusement bien, et elles continueront à le faire, mais on ne peut pas comparer la performance individuelle d’une femme avec celle d’un homme« .  Réponse: Zlatan Ibrahimovic, une des trois grandes stars mondiales du football, avec C. Ronaldo et Messi (désolé pour Ribéry, mais il ne tire pas dans la même catégorie!). Voilà le genre de phrases qui déclenche aussitôt une polémique grotesque, et, si j’emploie cet adjectif, c’est parce que je ne suis pas, loin de là, de ceux qui ne trouvent aucun intérêt pour le sport  féminin (voir mon article sur ce site : Le sport se conjugue aussi au féminin). Au contraire, je trouve la même beauté que chez les hommes dans les gestes ou les courses des sportives féminines dans des sports tels que le tennis, l’athlétisme, la natation, la gymnastique ou le ski, pour ne citer qu’eux. Et je n’hésite pas à écrire qu’une victoire en finale olympique sur 100m, en athlétisme, a pour moi la même valeur, qu’elle soit remportée par un homme ou une femme. En revanche, désolé de le dire, mais pour moi ce ne sera jamais le cas pour le football, le rugby, la boxe ou le vélo.

Je ne regarderais jamais avec la même passion un match de vitesse (cyclisme sur piste) disputé par deux hommes ou par deux femmes, et je l’assume parfaitement. Y-a-t-il plus beau spectacle, au vrai sens du terme, qu’un affrontement entre Baugé et Pervis ou Kenny ? Réponse, NON, tellement un match de vitesse recèle à la fois la force physique dans ce qu’elle a de plus pur, la technique dans ce qu’elle a de plus affirmé, et une beauté gestuelle digne des plus belles représentations artistiques. Ce n’est quand même pas pour rien qu’on affublait autrefois les sprinters du nom, ô combien juste, « d’aristocrates de la piste». Et puisque je parle de beauté gestuelle, qui oserait comparer celle de Ray Sugar Robinson, Mohammed Ali ou Ray Leonard avec celle des boxeuses féminines ?  En revanche je me souviens bien de mon professeur de tennis, à l’époque où j’apprenais à jouer, me conseillant de bien observer le service et la volée de Martina Navratilova ou le coup droit de Chris Evert, tellement le geste était à la fois pur et précis, et j’ajouterais d’une beauté rare.

Cela dit, à part quelques féministes qui s’effarouchent à la vitesse de la lumière, qui peut s’offusquer des propos tenus par Zlatan Ibrahimovic, surtout quand, en plus, on connaît le goût de la provocation du géant suédois ? A priori personne, d’autant que je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de sexiste dans ses propos, soulignant au passage qu’elles « accomplissent leur travail merveilleusement bien ». Il faut vraiment être de mauvaise foi pour en faire un sujet de polémique. En outre, qui connaît, même en Suède, le nom des grandes vedettes du football féminin ? Je suis intimement persuadé que si tout le monde dans ce pays connaît Ibrahimovic, comme on connaissait autrefois Gren, Nordhal, Liedholm, Hamrin ou Skoglund, peu de monde pourrait citer plus d’une ou deux joueuses de football.

Pour ma part, on me demanderait quelles sont les meilleures joueuses actuelles, je serais bien en peine d’en citer une seule, sauf Lotta Schelin (attaquante de Lyon), dont j’ai découvert le nom en lisant l’article que le journal L’Equipe a consacré à cette pseudo affaire (Quand Zlatan Ibrahimovic se moque du football féminin). Et je suis certain que la quasi-totalité de ceux qui s’intéressent au football sont dans mon cas dans la plupart des pays, comme en témoignent les tribunes vides à chaque match retransmis sur les différentes chaînes sportives…ce qui se comprend quand on sait que le football masculin est né à la fin du dix-neuvième siècle, alors que le football féminin essaie désespérément de prendre son envol depuis le début du nouveau siècle. Et pourtant on ne peut pas dire que les télévisions ou autres médias n’en font pas des tonnes pour donner de la notoriété au football féminin, espérant secrètement que si ce sport se féminise, comme l’ont fait le tennis ou l’athlétisme, les retombées commerciales en seront considérables vu le nombre de pays où le football est le sport-roi.

Pour ce qui me concerne, ce qui me dérange le plus, c’est ce désir irrépressible de vouloir mettre sur un même plan les femmes et les hommes dans le sport, au point d’avoir modifié de fond en comble le programme olympique d’un des sports les plus anciens aux J.O., le cyclisme sur piste, pour que la parité soit totale entre les épreuves masculines et féminines. Ainsi, au nom de ce principe égalitariste, on en est arrivé à cette aberration de voir une épreuve comme le kilomètre (présente aux premiers J.O.) être supprimée du programme. Et que dire de l’épreuve de vitesse qui ne peut accueillir qu’un sprinter par nation…ce qui dénature complètement une compétition où les meilleurs sont répartis dans quelques nations (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Australie). Imagine-t-on un 100m en athlétisme (masculin ou féminin) avec un seul représentant de la Jamaïque et des Etats-Unis, ou des épreuves de demi-fond (masculines ou féminines) avec un seul représentant du Kenya et de l’Ethiopie ? Impensable, et pourtant c’est le cas dans la vitesse masculine aux J.O., où un seul de nos deux cracks de la piste, Baugé (quadruple champion du monde de vitesse individuelle) et Pervis (champion du monde du kilomètre et recordman du monde du 200m lancé et du kilomètre), pourra participer à la vitesse aux J.O. de Rio de Janeiro. Ridicule !

Et sachant que certains vont me vouer aux gémonies, je voudrais terminer en notant que si les féministes sont outrées parce qu’on ne considère pas les femmes à leur juste valeur sur le plan sportif, nombre de vedettes féminines se rattrapent largement en posant pour les magazines…préférés des hommes. Pour ma part, cela ne me dérange nullement, mais je m’aperçois qu’on n’entend jamais, ou très rarement, les féministes se scandaliser devant ces pratiques que je qualifierais de mercantilistes. Certains vont me rétorquer, que faute de toucher les mêmes émoluments que les hommes, faute aussi d’avoir la même exposition médiatique, il faut bien trouver un moyen de se faire connaître ou de promouvoir son image d’une autre manière. Certes, mais que dire de certaines stars du tennis féminin qui, pourtant, gagnent autant d’argent que leurs collègues masculins! Cela étant, reconnaissons qu’Ana Ivanovic, Agnieszka Radwanska, Daniela Hantuchova, Caroline Wozniacki sont vraiment magnifiques à regarder…qu’elles jouent au tennis ou qu’elles posent pour des magazines. Ah, on va dire que je suis un horrible macho…mais je m’en moque!

Michel Escatafal


Pervis : Hip hip hip hourra !

pervisSi François Pervis était né en 1930, il aurait fait une carrière extraordinaire, et, plus encore peut-être, il serait sans doute très riche. En effet, s’il avait fait l’essentiel de sa carrière dans les années 50, il aurait été un des sportifs les mieux payés de notre pays, et on se serait battu pour le voir courir un peu partout en Europe, voire même en Amérique, surtout après avoir réalisé deux retentissants exploits comme ceux qu’il vient de faire à Aguascalientes, au Mexique, ces derniers jours. Quel est le plus grand de ces deux exploits ? Son temps stratosphérique sur 200m lancé (9s347) ou celui, qui ne l’est pas moins, sur le kilomètre (56s303)? Difficile de se prononcer, même si personnellement je pencherais plutôt pour celui sur le kilomètre, en raison notamment de la différence faite avec ses concurrents, notamment le second d’entre eux, l’Allemand Maximilian Levy (champion du monde de keirin en 2009 et de vitesse par équipes en 2010, 2011 et 2013), qui a terminé à plus d’une seconde et demie (57s949), ce qui est tout simplement considérable.

Certes ces performances exceptionnelles ont été réalisées sur une piste ultra rapide, dans des conditions parfaites, avec l’avantage de l’altitude (plus de 1800m), mais cela représente quand même un moment d’anthologie pour le cyclisme, pour la piste, et tous ceux qui aiment passionnément le vélo. Dommage simplement que les plus jeunes n’aient pas connu ou seulement très peu entendu parler du cyclisme sur piste, car eux (les pauvres !) n’ont pas vraiment idée de la portée de l’exploit de François Pervis. Pour mémoire je rappellerais que le record du monde du 200m lancé était, il y a cinquante ans (en 1963), de 10s099, temps réalisé sur piste couverte en 1990 par le Russe Adamachvili. Et toujours en 1963, le record du kilomètre était détenu par l’Allemand de l’Est Malchow en 1mn02s091. Rappelons aussi que Pierre Trentin, champion olympique du kilomètre en 1968, avait réalisé à Mexico un temps de 1mn03s91, et que les précédents détenteurs de ces deux records battus par Pervis étaient français, Kevin Sireau pour le 200m (9s572 à Moscou en 2009) et Arnaud Tournant pour le kilomètre (58s875 à La Paz en 2001).

On mesure à travers les performances de François Pervis à Aguascalientes le bond en avant qu’il a fait faire à ces records, mais aussi que, malgré son manque de notoriété, le cyclisme sur piste a réalisé de grands progrès depuis quatre ou cinq décennies. Cela démontre tout simplement qu’outre l’amélioration des pistes et du matériel, ces jeunes gens conduisent leur carrière de la même façon que s’ils étaient traités avec les égards octroyés aux as des vélodromes dans les années 50. Ces derniers en effet, avaient à cette époque la possibilité de faire fructifier leur talent dans des réunions qui attiraient 15 ou 20.000 spectateurs, qui se massaient pour aller admirer des matches en poursuite entre Coppi et Schulte ou Bevilacqua et Peters, et des matches de vitesse opposant les monstres sacrés qu’étaient Harris, Derksen, Plattner, Van Vliet ou Maspès, sans oublier les « américaines » qui avaient pour grandes vedettes des champions comme Von Buren, Koblet, Senfftleben , Arnold ou Terruzzi.

Et tous ces gens participaient évidemment aux courses de six-jours, où les spectateurs se pressaient tellement aux guichets qu’ils menaçaient de faire écrouler les enceintes qui les abritaient. A cette époque les pistards étaient rois, au point que les meilleurs routiers (Coppi, Bobet, Anquetil, Darrigade, Van Steenbergen, Ockers etc.) se faisaient un devoir de participer à ces épreuves. Et oui, c’était le bon temps pour les pistards et le cyclisme, parce qu’on parlait vélo de janvier à décembre, alors qu’aujourd’hui la seule chose dont on parle toute l’année à propos du cyclisme est le…dopage. Le reste du temps on en parle un peu dans les médias au moment des classiques sur route du printemps, pendant le Giro, la Vuelta et lors des championnats du monde, et davantage pendant le Tour de France…en raison des vacances. Quant à la piste, totalement absente entre mars et novembre, on évoque son existence en quelques lignes quasi exclusivement dans les journaux sportifs.

Heureusement d’ailleurs qu’il y a les chaînes payantes, sinon on ne verrait même pas en direct les épreuves du championnat du monde. Tout cela est vraiment désolant ! Et ce l’est d’autant plus que les sponsors qui veulent investir dans le cyclisme le font essentiellement sur la route. Même le cyclo-cross bénéficie de ressources supérieures à la piste. Il suffit de comparer les gains des meilleurs champions des sous-bois avec les pistards, lesquels n’ont guère que quelques épreuves de Coupe du Monde pour se montrer, et encore ne peuvent-ils le faire qu’en cas de record du monde, plus les championnats du monde et les Jeux Olympiques tous les quatre ans. Donc pour le grand public, on entend parler de vitesse individuelle ou par équipes, de keirin, d’omnium et de poursuite par équipes que tous les quatre ans ou presque.

On a même supprimé le kilomètre et la poursuite individuelle du programme olympique, qui y figuraient respectivement depuis 1928 et 1964! Et en plus, même dans l’épreuve reine du cyclisme sur piste, la vitesse individuelle, un pays n’a droit qu’à un seul compétiteur…ce qui dévalorise complètement la compétition. A-t-on imaginé le 100m en athlétisme avec un seul Jamaïcain ou un seul Américain aux J.O. ? Comment l’UCI a-t-elle pu accepter cela en 2010 ? Ah si, j’oubliais : pour permettre à un nombre plus important de nations d’aligner des coureurs sur ces épreuves. Comme si les qualifications ne servaient pas à déterminer les meilleurs ! Pourquoi, après les qualifications en vitesse ne pas organiser directement les quarts-de finales ou les demi-finales pour les meilleurs ? On le fait bien en poursuite individuelle aux championnats du monde.

Voilà où nous en sommes, et ce n’est pas François Pervis et ses copains de l’Equipe de France (Baugé, Sireau, d’Almeida, Bourgain, Lafargue) qui vont nous démentir, Pervis lançant même il y a peu un appel pathétique sur les journaux spécialisés pour qu’un sponsor veuille bien l’aider, ce qui fut heureusement le cas avec le Groupe Lucas. Cela étant, le fait que notre pays attende un vélodrome promis…en 1968, après les succès olympiques de Morelon, Trentin et Rebillard, est aussi pour quelque chose dans le fait que la piste française n’ait survécu que grâce à quelques entraîneurs de grand talent (Morelon, Quyntin, Vétu), et des individualités de grande classe (Rousseau, Tournant, Gané, Magné, Ermenault, Moreau, et plus récemment Baugé, Sireau et Pervis…). Heureusement ce vélodrome nous l’avons, mais sera-ce suffisant pour que les médias français s’intéressent à la piste ? J’en doute hélas, ce qui ne fera que perpétuer « le bricolage » que nous connaissons, un « bricolage » qui a eu raison de l’investissement personnel de Florian Rousseau, lequel estimait : « avec ce fonctionnement (à la FFC), je ne suis pas en mesure de faire progresser les athlètes ». Consummatum est.

Michel Escatafal


Le cyclisme, c’est aussi la piste

michel rousseauAlors que les championnats du monde de cyclisme sur piste commencent ce soir à Minsk, et que les mauvaises nouvelles s’accumulent pour la délégation française, avec les problèmes de santé d’un de nos plus sûrs espoirs de médaille, Michael D’Almeida (kilomètre), qui s’ajoutent au forfait du quadruple champion du monde de vitesse sur la piste, Baugé, je voudrais de nouveau évoquer la piste en reprenant un article que j’avais écrit précédemment retraçant en bref l’histoire des championnats du monde. Et la première réflexion qui me vient à l’esprit est que cette année les championnats du monde ont lieu en plein hiver, et non au printemps comme l’an passé, où ces championnats, déjà peu médiatisés dans de nombreux pays, subissaient la concurrence de la plupart des grandes classiques du calendrier. Ensuite, je repense à ce qui s’est passé l’été dernier aux J.O. de Londres, où les Britanniques ont écrasé la concurrence comme jamais aucun pays ne l’avait fait auparavant, avec sept titres sur les dix qui étaient attribués, ce qui situe le fossé séparant la piste britannique des autres. A commencer par la piste française qui survit surtout par ses sprinters, à travers la vitesse par équipes, le kilomètre, et la vitesse individuelle.

A propos de cette discipline, je voudrais rappeler que la France a la chance d’avoir encore aujourd’hui un des meilleurs sprinters de l’histoire, quadruple champion du monde entre 2009 et 2012, Grégory Baugé. Si je dis quadruple champion du monde, c’est parce que je considère comme nulle la suppression par l’UCI de sa troisième victoire en 2011, une décision qui ne peut que paraître loufoque aux yeux des vrais amateurs de cyclisme, pour un manquement aux obligations de localisation alors qu’il avait été autorisé à concourir. Du coup le titre était revenu à son rival battu en finale, le Britannique Jason Kenny, lequel a enfin réussi à battre notre Français en finale de l’épreuve aux Jeux Olympiques l’an passé, se vengeant de sa défaite en finale des championnats du monde 2012.

Cependant même si la supériorité britannique est aujourd’hui écrasante, depuis les débuts de l’ère open (1993), c’est la France qui est largement en tête au classement des médailles d’or (56) aux championnats du monde, devant l’Australie (46) et la Grande-Bretagne (44), nations traditionnellement fortes sur la piste déjà avant l’époque open (les Britannique Harris, Porter ou les Australiens Patterson, Nicholson, Johnsson etc.), alors que, par parenthèse, l’Italie a presque complètement disparu des palmarès après les avoir meublés dans les années cinquante et soixante (Bevilacqua, Maspes, Sacchi, Morettini, Ogna, Gaiardoni, Messina, Faggin etc.).

La tradition française en vitesse

Pour revenir à la vitesse, discipline reine des épreuves sur piste, un peu comme le 100m en athlétisme, on ne compte plus les titres remportés par les coureurs français, que ce soit chez les amateurs ou les professionnels jusqu’en 1991 ou depuis le début de l’ère open en 1993. Depuis cette date les Français ont remporté onze médailles d’or, même si les chiffres de l’UCI en comptabilisent dix puisqu’on en a retiré une à Baugé, avec tout d’abord les trois de Florian Rousseau en 1996, 1997 et 1998, puis les deux de Laurent Gané en 1999 et 2003, celle d’Arnaud Tournant en 2001 et enfin celles de Baugé en 2009, 2010, 2011 et 2012. De quoi réjouir notre entraîneur national qui n’est autre que le grand Florian Rousseau lui-même.

En outre, pour bien montrer que la filière française de vitesse fonctionne parfaitement, l’Equipe de France de vitesse par équipe a remporté onze médailles d’or (dix pour l’UCI en retirant celle de 2011 suite à l’affaire Baugé) et quatre d’argent en dix-huit éditions des championnats du monde, plus des médailles de chaque métal en quatre éditions des Jeux Olympiques depuis 2000, ce qui est tout simplement exceptionnel. Mais puisque nous sommes dans l’histoire, il faut aussi ajouter que Daniel Morelon a été le sprinter le plus titré (derrière le Japonais Nakano qui remporta dix titres consécutifs chez les professionnels entre 1977 et 1986), avec sept titres dans les années 60 et 70, plus deux titres olympiques en vitesse, tous acquis chez les amateurs qui, à l’époque, étaient meilleurs que les professionnels. D’autre part, avec Lucien Michard, deux fois titré chez les amateurs en 1923 et 1924 et quatre fois chez les professionnels entre 1927 et 1930, plus Michel Rousseau qui fut champion olympique de vitesse en 1956, puis deux fois champion du monde amateur en 1956 et 1957, mais aussi champion du monde professionnel en 1958, la France a compté dans ses rangs quelques uns des plus beaux modèles de la discipline, en plus de ceux que j’ai cités précédemment (Rousseau, Gané, Tournant et Baugé)..

Deux anecdotes qui ont marqué l’histoire des championnats du monde de vitesse

A propos de Michard, il aurait dû être champion du monde une fois de plus, car il fut privé du titre en 1931…en raison d’une erreur de jugement qui profita à son concurrent danois qui s’appelait Falk-Hansen. Cette année-là les championnats du monde sur piste étaient organisés à Copenhague, ce que les mauvaises langues n’ont pas manqué de noter, parce que toutes les photos de l’arrivée indiquaient que Michard avait gagné d’une roue. Problème, le juge, au nom bien français d’Alban Collignon, ne vit pas que Michard avait remporté la manche lui donnant le titre…parce qu’il se situait du côté du coureur extérieur, ce qui lui donna l’illusion que Falk-Hansen avait dominé Michard qui se trouvait à l’intérieur. Bien entendu il y eut réclamation de la part des Français, la presse parla de cela pendant des semaines, mais rien n’y fit et la décision du juge fut sans appel.

Parlons maintenant de Michel Rousseau, un des plus doués parmi les « aristocrates de la piste » comme on surnomme les sprinters. C’était un coureur que tout le monde trouvait sympathique, peut-être en raison de son côté « titi parisien ». Ses mensurations étaient impressionnantes pour l’époque, puisqu’il mesurait 1.73m et pesait un peu plus de 80 kg, ce qui lui donnait une impression de puissance à nul autre pareil, et lui valut d’être surnommé « le costaud de Vaugirard ». Il avait tout d’un très grand sprinter, mais il ne fit pas la carrière qu’on aurait pu attendre de lui, laissant après 1958 la vedette à l’Italien Antonio Maspes, sept fois champion du monde professionnel entre 1955 et 1964. Et pourtant, en 1958, pour sa première année chez les professionnels, Michel Rousseau jongla littéralement avec lui en demi-finale des championnats du monde, le battant sèchement en deux manches, avant de s’imposer tout aussi facilement en finale face à un autre Italien, Sacchi.

Cela dit l’histoire retiendra aussi de Rousseau et Maspes, un surplace historique en 1961, pour l’attribution du titre mondial à Zurich. En effet Rousseau, qui avait été battu par Maspes en finale du tournoi mondial de 1959, se mit dans l’idée d’imposer une séance de surplace à son adversaire, pour l’obliger à mener. Le surplace à l’époque n’était pas rare, contrairement à aujourd’hui, les sprinters préférant être derrière l’adversaire pour éviter d’être surpris au moment du lancement du sprint. Dans le cas où il y a surplace, c’est généralement celui qui a les nerfs les plus solides qui réussit à obliger son adversaire à passer en tête, et qui gagne le plus souvent. Michel Rousseau céda le premier (plus d’une demi-heure) et il fut battu, ce qui permit à Maspes de conserver son titre.

Ce fut le chant du cygne de Michel Rousseau, car jamais plus il ne fréquentera les podiums mondiaux, au grand regret de ses nombreux admirateurs. Et pourtant son extraordinaire puissance, sa vélocité naturelle, plus les leçons techniques de son mentor Louis Gérardin, ancien champion du monde de vitesse amateur en 1930, qui découvrit Pierre Trentin (champion du monde de vitesse en 1964) et Morelon, auraient dû lui valoir bien d’autres satisfactions dans les années 60. Espérons au passage que Grégory Baugé, très doué et très puissant lui aussi, incontestablement le meilleur sprinter mondial depuis cinq ans, poursuive sa carrière, comme il l’a annoncé, jusqu’aux J.O. de Rio de Janeiro en 2016. La remarque vaut aussi pour Kévin Sireau, recordman du monde du 200m (9s572), toujours à la recherche de son premier titre individuel. Cela dit, ces jeunes gens ont un exemple tout trouvé avec l’entraîneur de l’équipe de France, Florian Rousseau, qui remporta dix titres mondiaux et trois titres olympiques, sur le kilomètre, en vitesse individuelle, par équipe, et au keirin, entre 1993 et 2001.

La poursuite et le demi-fond assuraient aussi le spectacle à la belle époque de la piste

Néanmoins, par le passé, à la belle époque de la piste, dans les années 50 et 60, il y avait d’autres épreuves pour assurer le spectacle, notamment la poursuite (à partir de 1946) disputée sur une distance de cinq kilomètres, et le demi-fond couru jusqu’en 1971 sur la distance de 100 km derrière grosses motos. Chacune de ces épreuves a eu ses champions mythiques. En ce qui concerne la poursuite, quelques noms connus ou quasiment oubliés de nos jours ont marqué la discipline. Parmi ceux-ci, il faut citer le redoutable Néerlandais Schulte (champion du monde en 1948), les Italiens Bevilacqua (champion du monde en 1950 et 51) et Messina, triple champion du monde entre 1954 et 1956, année où il battit en finale un certain Jacques Anquetil après avoir battu Hugo Koblet en 1954, mais aussi Rudi Altig qui revêtit le maillot arc-en-ciel en 1960 et 1961, avant de conquérir celui de la route en 1966, exploit que réalisa aussi Francesco Moser ( champion du monde de poursuite en 1976 et sur route en 1977), ou encore notre Français Alain Bondue, qui s’octroya le titre mondial en 1981 et 1982, comme plus tard Francis Moreau (1991) et Philippe Ermenault (1997 et 1998). Mais les deux plus brillants furent incontestablement le campionissimo Fausto Coppi, champion du monde en 1947 et 1949, vainqueur de quatre-vingt quatre poursuites individuelles sur les quatre-vingt quinze qu’il disputa dans sa carrière, dont vingt et une victoires consécutives au cours de l’hiver 1947- 1948, et plus encore peut-être Roger Rivière, sans doute le plus doué de tous, invaincu dans la discipline avec trois titres mondiaux dans sa courte carrière entre 1957 et 1959, considéré par beaucoup comme le meilleur rouleur de tous les temps sur des distances allant jusqu’à 70 kilomètres.

Enfin en demi-fond, comment ne pas parler d’un Espagnol, Guillermo Timoner, qui fut un grand spécialiste des courses à l’américaine avant de devenir le roi des stayers, comme on appelait les coureurs de demi-fond. Timoner allait succéder à un autre crack de la discipline, le Belge Adolphe Verschueren, excellent routier chez les amateurs, qui remporta le titre mondial en 1952, 1953 et 1954. Timoner était ce que l’on appelle l’archétype du stayer, à la fois souple et nerveux, sachant admirablement se servir de l’abri de la moto, ce qui n’était pas sans danger en raison de la vitesse très élevée qui pouvait être atteinte (jusqu’à 100km/h). Il l’emporta à six reprises au championnat du monde entre 1955 et 1965, ce qui constitue un record, qu’il aurait pu améliorer sans une grave chute qui faillit lui coûter la vie lors des Six-Jours de Madrid en 1960, et qui l’empêcha de défendre son titre en 1961. En revanche, si sa gloire fut grande à cette époque, il se déconsidéra complètement quand il effectua son retour à la compétition en 1984, à l’occasion des championnats du monde de Barcelone, pour représenter l’Espagne dans les épreuves de demi-fond…alors qu’il était âgé de 56 ans. Cette folie lui fut d’autant plus reprochée, ainsi qu’à sa fédération, qu’il ne fit que de la figuration dans une épreuve qui avait pourtant perdu tout son prestige depuis longtemps, au point qu’elle disparut des championnats du monde en 1995.

Des épreuves disparaissent, et d’autres apparaissent, notamment les compétitions féminines

Ce ne fut pas la seule, au demeurant, à disparaître, puisque le même sort fut réservé au tandem, épreuve olympique depuis 1908, et aux championnats du monde à partir de 1966 (victoires des Français Trentin et Morelon) jusqu’en 1994 (victoire française avec Colas et Magné). En revanche d’autres épreuves apparurent comme le kilomètre à partir de 1966, où plusieurs Français s’illustrèrent en remportant le titre mondial, Pierre Trentin en 1966, puis Florian Rousseau en 1993 et 1994, sans oublier Arnaud Tournant, le recordman du monde (58s875), qui s’imposa quatre fois consécutivement entre 1998 et 2001. La poursuite olympique (4 km) fit son apparition en 1962, puis plus tard le keirin en provenance du Japon à partir de 1980, avec des victoires de Magné en 1995, 1997 et 2000, année ou Florian Rousseau fut champion olympique de la discipline, et Laurent Gané en 2003. On n’omettra pas de citer également dans ce panorama des courses inscrites au championnat du monde, des épreuves moins prestigieuses comme la course aux points, le scratch, l’omnium ou l’américaine, cette dernière épreuve n’ayant plus rien à voir avec son ancêtre le Critérium de l’Europe à l’américaine, qui réunissait quelques uns des meilleurs routiers-pistards entre 1949 et 1990 devant des foules considérables, avec comme figures de proue Schulte, Hugo Koblet, Terruzzi, Van Steenbergen, Post, Altig, Sercu et Eddy Merckx.

Enfin, pour être complet, notons que les épreuves féminines firent leur apparition en 1958 (vitesse et poursuite). La France remporta six victoires en vitesse avec Nicoloso en 1985 et Félicia Ballanger entre 1995 et 1999, cette dernière réalisant le doublé sur le 500 mètres pour les cinq premières éditions de cette nouvelle épreuve. Notre pays gagna aussi six titres en poursuite grâce à Jeannie Longo et Marion Clignet (trois chacune), lesquelles remportèrent aussi le titre dans la course aux points apparue en 1988. Enfin le keirin fut inscrit au programme à partir de 2002 (deux victoires françaises avec Clara Sanchez en 2004 et 2005), tout comme la vitesse par équipes en 2007, la poursuite par équipe depuis 2008, sans oublier le scratch en 2002 et l’omnium en 2009.

Michel Escatafal


L’autodestruction du cyclisme…

Trois commentaires sur un article consacré au vainqueur du Tour de France 2011, une douzaine sur la chute de F. Schleck, et une multitude sur les affaires concernant Armstrong. On voit immédiatement les priorités de certains forumers sur un site consacré au cyclisme (Cyclism’Actu)! Certes Evans n’a rien d’un coureur glamour, et il ne fait pas parler de lui à tout propos, mais ce n’est pas une raison pour s’intéresser davantage à des témoignages de coureurs sur des faits passés il y a plus de dix ans, plutôt qu’à ce que dit et pense sur la course le favori de ce Tour. Au fond, le cyclisme est train de s’autodétruire chaque jour un peu plus, avec la bienveillante attitude de ceux qui devraient le défendre. Par exemple en acceptant que l’on frappe d’ostracisme certains de ses meilleurs éléments, pour des motifs souvent très discutables, et en faisant preuve de chauvinisme quand on évoque le nom de certains coureurs liés à des affaires présumées de dopage. Ainsi, en France, tout coureur français ou francophone est digne de foi, mais malheur à celui qui est étranger, plus particulièrement espagnol ou américain, d’où le tintamarre constant sur Armstrong et à un degré moindre sur Contador.

Le cyclisme est le seul sport qui veut la destruction de ses stars, contrairement aux autres sports où les supporteurs leur vouent une admiration sans bornes, presque débile, y compris quand celles-ci se livrent à des frasques jugées ridicules par le commun des mortels. Toucher à Messi ou C. Ronaldo sur un forum quelconque est immédiatement sanctionné durement par les autres forumers, ceux-ci ne supportant pas que l’on égratigne un tant soit peu leurs idoles. On leur pardonne tout, au point de voir des forumers français s’inquiéter (à tort d’ailleurs parce qu’ils ne seront finalement pas concernés) qu’on prenne 75% des revenus dépassant le million d’euros à leurs héros…alors qu’eux (les pauvres!) ne gagnent souvent que le SMIC…quand ils ont un travail.

C’est toute la différence entre le supporteur de foot et celui du vélo. J’aurais même envie de dire entre les supporteurs du sport en général et ceux du cyclisme en particulier. Si Armstrong ou Contador étaient footballeurs, tennismen, rugbymen ou pilotes de F1, ils seraient des vedettes intouchables, adulées et admirées. En revanche, le fait d’être ou d’avoir été les meilleurs coureurs cyclistes sur route du nouveau siècle les voue à être lynchés publiquement, et à susciter les passions les plus malsaines. On en arrive même à souhaiter qu’on leur retire tous les titres gagnés à la sueur de leur front…pour les donner à des coureurs ayant été suspendus pour dopage !

C’est cela le monde du cyclisme d’aujourd’hui, avec une fédération qui ne cesse de céder aux diktats de toutes les instances antidopage, comme pour demander pardon de tout ce que peuvent faire ou ne pas faire les coureurs, et des supporters qui, en grand nombre, soutiennent cette chasse aux sorcières sans en mesurer les conséquences pour un sport qu’ils sont  censés aimer. Ils ne se rendent même pas compte qu’après avoir tué la piste, on est en train de mettre à mal la route, au point que celle-ci ne survit que grâce au Tour de France et accessoirement au Giro. Mais que se passera-t-il le jour où les télévisions auront partout la même attitude qu’en Allemagne? Et bien, le cyclisme sur route mourra de sa plus belle mort…après avoir été (peut-être) guéri de tous ses maux. Et qu’on ne vienne pas me dire que j’exagère, car c’est déjà le cas pour la piste…avec l’accord du CIO qui n’accorde qu’un coureur par nation à la vitesse masculine aux J.O., après avoir supprimé la poursuite et le kilomètre, alors que l’athlétisme, la natation ou le tennis en ont davantage. C’est comme si pour le 100m en athlétisme on n’acceptait qu’un seul Américain, un seul Jamaïcain et un seul ThaIlandais!

Bien sûr, il faut lutter contre le dopage, je le redis encore une fois, mais de grâce ne soyons pas plus royalistes que le roi. Pourquoi le cyclisme serait-il la cause à lui seul de toutes les dérives ou de tous les maux du sport de haute compétition? Pourquoi le cyclisme devrait-il payer seul les effets nuisibles engendrés par un argent toujours plus présent dans les grandes compétitions sportives? Et surtout, pourquoi ceux qui se disent amoureux du vélo s’acharnent-ils à participer à sa destruction méthodique? Voilà de bonnes questions que certains devraient se poser, plutôt que s’ériger en censeurs de pacotille, parlant de choses qu’ils ignorent.

La supériorité du foot, du rugby ou du tennis sur le vélo, est que les gens qui en parlent le font avec amour, même s’ils n’ont jamais pratiqué ces sports et même s’ils n’ont qu’une vague idée des règles qui les régissent. Ce n’est pas le cas du vélo, car ceux qui l’ont pratiqué en compétition sont souvent frustrés de n’avoir jamais rien gagné, ou d’avoir été incapables de persévérer. Quant aux autres c’est pire, car ils veulent parler doctement de choses qu’ils ignorent. Grimper le Tourmalet, le Granon ou l’Izoard, est quand même un exercice très différent qu’affronter la pente de la sortie de son garage ou regarder les coureurs à la télévision en mangeant une glace ou en savourant une bière. Dans le premier cas on a un (petit, très petit) aperçu de l’effort demandé à nos champions, alors que dans l’autre on a tout le temps de se poser la question de savoir si un tel a pris ou non un produit interdit, même si tout le monde (heureusement!) n’est pas dans ce cas.

Pour ma part, et pour avoir beaucoup souffert sur un vélo dans les nombreuses côtes qui jalonnent les parcours du Lot-et-Garonne, du Jura ou du Doubs, ou pour avoir eu beaucoup de mal à grimper nombre de cols dans le Massif Central, les Pyrénées, les Alpes ou les Vosges, je me contente de savourer le plaisir de voir attaquer un Contador ou un A. Schleck (pour ne citer qu’eux). En revanche, je reconnais volontiers ne jamais me poser la question de savoir ce qu’ils ont pris ou pas pris, pour être capables de nous offrir un spectacle aussi grandiose que celui qu’ils nous ont offert dans la montée de Verbier en 2009, ou dans celle du Tourmalet en 2010, où, malgré le brouillard,  nous avions les yeux illuminés par ce duel qui rappelait celui d’Anquetil et Poulidor en 1964 dans le Puy-de-Dôme. Cette attitude est d’autant plus rationnelle que, compte tenu de la sévérité des contrôles auxquels les coureurs sont astreints chaque jour, chaque semaine, chaque mois, on est au moins certain d’avoir à faire à des sportifs exempts de tout reproche dans la lutte contre le dopage. La preuve, s’ils sont malades, ils ne peuvent même pas se soigner comme chacun d’entre nous…si l’on a un rhume.

Michel Escatafal