Le cyclisme, un sport où les crétins sont légion…qu’ils soient champions, pratiquants ou supporters

wigginsStybarDeux informations récentes m’ont interpellé…à propos du dopage, et pas grand-monde ne s’en est beaucoup offusqué. Il est vrai que le cyclisme est sans doute l’unique sport où ses pratiquants et ses supporters sont les seuls à passer leur temps à se flageller et à se dénigrer les uns les autres. Par exemple, je n’ai guère entendu d’indignation à propos de la convocation par le Comité Olympique national italien de Paolo Savoldelli, double vainqueur du Giro, pour « violation des règles antidopage »…pendant la période 2005-2006 (il courrait à l’époque avec Armstrong). Oui, j’ai bien dit la période 2005-2006, c’est-à-dire il y a huit à neuf ans. On croit rêver, d’autant qu’en 2005 il a gagné le Tour d’Italie, ce qui signifie vraisemblablement qu’il va perdre ce Giro, ce qui ne fera qu’un changement de plus dans le palmarès de l’épreuve. C’est Simoni qui va être content ! Enfin, le sera-t-il réellement ? Pour ma part j’en doute, car tout cela ne fait pas très sérieux. Et puis, va-t-on rayer d’un trait de plume Coppi et Anquetil des palmarès, alors qu’ils ont avoué l’un et l’autre s’être dopés pendant leur carrière ? Tout cela relève vraiment du délire !

Mais plus délirant encore,  si c’est possible, voilà qu’un récent vainqueur du Tour de France, Bradley Wiggins, affirme (sans rire) qu’on peut compter sur les doigts d’une seule main les coureurs qui ont remporté le Tour de France « de manière propre ». Evidemment il s’inclut dans ce « petit club », ce qui signifie que pour lui il y a au moins 53 coureurs sur les 58 ayant remporté le Tour de France, à l’avoir gagné en se dopant. Chapeau l’artiste ! Pour ma part j’aimerais quand même que Wiggins nous donne la définition du coureur « propre »…ce qu’il ne fait pas, sauf à préciser qu’il n’a « aucune casserole ou squelette dans un placard ». Très bien, mais pour moi cela est insuffisant, car nombre de coureurs sont passés à travers tous les contrôles sans jamais se faire prendre, avant d’avouer plus tard qu’ils s’étaient dopés. Au fait, Bjarne Riis s’était-il fait prendre aux contrôles antidopage, avant de reconnaître des années plus tard avoir ingéré des produits interdits de 1993 à 1998? Certes, certains avaient des suspicions à son propos, mais tous ses contrôles avaient été négatifs…comme un certain Armstrong, comme Virenque et tant d’autres.

D’ailleurs Wiggins lui-même, n’avait-il pas subi les doutes de nombreux suiveurs quand, après avoir terminé 134è du Giro 2008 et 71è de ce même Giro en 2009, il avait obtenu la 4è place au classement général du Tour de France cette même année 2009, derrière Contador, Andy Schleck et Armstrong, qui ne le précédait que de 37 secondes, devançant un autre grand spécialiste des courses à étapes, Franck Schleck, de 3 secondes.  Ces doutes n’avaient d’ailleurs fait que s’amplifier l’année suivante, quand, lors du Giro 2010, il arriva avec 25 minutes de retard au Zoncolan, montrant par là qu’il ne supportait guère la haute montagne, ce qui sera confirmé dans le Tour de France quelques semaines plus tard, perdant presque 5 minutes sur Contador et Schleck dans l’étape où se trouvait le redoutable col de la Madeleine. En revanche, lors de sa victoire dans le Tour 2012, année où il gagna tous les contre-la-montre auxquels il participa alors que jusque-là il n’en remportait aucun, Nibali ne put rien contre lui en montagne, malgré plusieurs attaques tranchantes dans les cols, terminant même derrière Wiggins lors de l’arrivée à Peyragudes. Et pourtant Nibali n’est pas n’importe qui, puisqu’il a remporté en 2010 une Vuelta très montagneuse et en 2013 le Giro en écrabouillant tous ses adversaires en montagne. Allez, j’arrête là, car tout cela est réellement affligeant. Pour ma part, je considère que Wiggins a gagné le Tour de France 2012 en étant « propre », comme Froome l’était en 2013, puisque leurs contrôles étaient négatifs, comme Contador l’était en 2010, puisque personne n’a pu prouver qu’il s’était réellement dopé cette année-là.

Au fait, je viens de m’apercevoir que j’avais écrit une page entière sur ces balivernes, alors que ce n’était pas le sujet que j’avais choisi d’aborder aujourd’hui, à savoir le cyclocross et son évolution. Ce sera pour une autre fois, même si je tiens d’ores et déjà à souligner combien les amateurs de vélo savent se comporter comme des crétins. Pour preuve, la manière scandaleuse dont a été accueillie la victoire du Tchèque Stybar au championnat du monde de cyclo-cross, qui a eu lieu la semaine dernière à Hoogerheide (Pays-Bas). A ce propos, et c’est autrement plus rafraîchissant que les déclarations de Wiggins, la vedette de la discipline, le Belge Sven Nys (second), a avoué avoir été très choqué par les huées des spectateurs présents sur la course à l’encontre d’un coureur, dont le principal défaut est d’être d’abord un routier. Comme si c’était le premier champion du monde de cyclocross à être à la fois routier et remarquable spécialistes des sous-bois.

Pour mémoire, je rappellerais que Jean Robic (vainqueur du Tour de France 1947), l’Allemand Rolf Wolfsholl (vainqueur de la Vuelta 1965 devant Poulidor), le Belge Roger De Vlaeminck (victorieux de 13 classiques et d’un Tour de Suisse dans les années 70), le Suisse Pascal Richard (champion olympique en 1996 et vainqueur d’un Tour de Lombardie et de Liège-Bastogne-Liège),  le Néerlandais Adrie Van der Poel (vainqueur d’un Tour des Flandres, de Liège-Bastogne-Liège et de l’Amstel Gold Race dans les années 1980 et 1990), ont été de grands champions sur la route. Ils ont d’ailleurs un palmarès autrement plus conséquent que celui de Stybar sur la route, le Tchèque n’ayant que l’Eneco Tour comme victoire relativement significative, alors qu’il a été à trois reprises (2010, 2011, 2014) champion du monde de cyclo-cross. Et je suis persuadé que parmi les imbéciles qui ont sifflé Stybar aux Pays-Bas, il y en avait beaucoup qui avaient applaudi, en 1996, la victoire de leur compatriote Van der Poel. Comprenne qui pourra…à supposer que l’on puisse comprendre le comportement des champions, des pratiquants ou des supporters du vélo !

Michel Escatafal


Le cyclocross de Dufraisse à Nys (partie 1)

Nys Et si l’on parlait de cyclocross, alors que la saison s’achève dans cette spécialité qui semble reprendre du poil de la bête après une période où elle s’étiolait lentement. Une spécialité où la France fut longtemps une des nations phares, comme du reste elle le fut sur la route et la piste. Si je parle au passé, c’est parce que notre pays n’appartient plus depuis longtemps à l’élite tant dans le cyclocross que sur la route. Quant à la piste, il nous reste heureusement les épreuves de vitesse, pour que nous continuions à figurer parmi les grandes nations, même si les Français arrivent à tirer leur épingle du jeu dans des épreuves telles que l’omnium, la course aux points ou l’américaine. En revanche dans la deuxième grande discipline de la piste, la poursuite, nous ne sommes plus du tout au niveau, ce qui explique que nous n’ayons plus de grands rouleurs depuis bien longtemps.

Fermons la parenthèse pour évoquer deux champions du cyclocross qui ont marqué leur époque à soixante ans d’intervalle, le Belge Sven Nys, incontestable leader de la spécialité du nouveau siècle, et le Français Dufraisse, roi de la discipline dans les années 50. Depuis cette époque  il y eut bien évidemment nombre de grands champions, comme les Français Jean Robic, premier champion du monde en 1950 et rappelons-le vainqueur du Tour de France 1947, son successeur Roger Rondeaux, qui conquit le maillot arc-en-ciel en 1951, 1952 et 1953, avant l’avènement d’André Dufraisse, détenteur du titre mondial entre 1954 et 1958. On notera au passage que le cyclocross était une spécialité typiquement française, puisque les Français obtinrent tous les titres entre 1950 et 1958 ! Hélas pour eux, cela ne durera pas, car, depuis 1958, la France n’emporta la médaille d’or au championnat du monde élite qu’une seule fois, en 1993, avec Dominique Arnould. Cela place certes notre pays au deuxième rang des nations les plus titrées chez les hommes, mais depuis 1966 (première victoire d’Eric de Vlaeminck) la Belgique a vu un de ses représentants être titré à 27 reprises. Et si l’on remonte à 1959, d’autres pays nous devancent nettement, comme la Suisse (7 titres), l’Allemagne et l’Italie (6 titres), les Pays-Bas (5 titres) et la République Tchèque (3 titres).

Parmi les grands champions du vingtième siècle on citera l’Italien Renato Longo ( 5 titres entre 1959 et 1965), l’Allemand Rolf Wolfsholl (3 titres entre 1960 et 1963) qui remporta aussi une Vuelta en 1965, le Belge Eric de Vlaeminck dont beaucoup disent qu’il fut le meilleur de tous, avec ses 7 titres mondiaux acquis entre 1966 et 1973, son frère Roger l’emportant pour sa part en 1975 devant le Suisse Zweifel, lequel allait devenir champion du monde à 5 reprises entre 1976 et 1986. Ensuite ce sera le règne d’un autre Belge, Roland Liboton, qui s’imposera 4 fois entre 1980 et 1984. Deux autres spécialistes belges,  Mario De Clercq (1998, 1999 et 2002) et Erwin Vervecken (2001, 2006 et 2007) conquirent le titre mondial à trois reprises, alors que le Tchèque Zdenek Stybar (2010 et 2011), les Belges Wellens (2003 et 2004), Niels Albert (2009 et 2012) et Sven Nys (2005 et 2013) durent se « contenter » d’une double couronne.

A cette liste il faut ajouter, outre Roger De Vlaeminck, qui a l’un des plus beaux palmarès sur la route (13 victoires dans les grandes classiques dont 4 Paris-Roubaix et 3 Milan-San Remo), des routiers de très grande valeur comme le Suisse Pascal Richard, champion du monde de cyclocross en 1988 et vainqueur sur la route de l’épreuve olympique en  1996, d’un Tour de Suisse en 1994, plus le Tour de Lombardie 1993 et Liège-Bastogne-Liège en 1996. Enfin, dernier grand routier détenteur d’un titre mondial en cyclocross, le Néerlandais Adrie Van der Poel, gendre de Raymond Poulidor, qui remporta notamment Paris-Bruxelles, la Clasica San Sebastian, le Tour des Flandres, Créteil-Chaville (Paris-Tours), Liège-Bastogne-Liège et l’Amstel. Tout cela pour dire que rares furent les grands champions de la route à obtenir des résultats dans les sous-bois.

Il est vrai que le calendrier sur la route commençant de plus en plus tôt, il devient de plus en plus difficile de concilier cyclocross, qui exige lui-même une longue préparation et une pratique constante pour s’y affirmer, et épreuves routières, ce que l’on peut regretter en pensant que des coureurs comme Lars Boom ou Roman Kreuziger furent d’excellents juniors, et même champion du monde en 2008 dans le cas de Boom. Chez les Français, John Gadret fut deux fois champion de France de cyclocross (2004-2006), mais aussi quatrième (sur la route) du Tour d’Italie 2011, remporté (sur la route) par Alberto Contador devant Scarponi et Nibali.

Cela dit, parlons à présent de Sven Nys qui est quand même le grand champion des années 2000 et 2010 jusqu’à présent, même s’il n’a « que » deux titres mondiaux à son actif. Il est le coureur emblématique du cyclocross moderne, en même temps que le symbole de la Belgique triomphante dans la discipline. L’âge (bientôt 37 ans) semble n’avoir pas de prise sur lui, qui fut rappelons-le 11 fois vainqueur du Super Prestige et 6 fois vainqueur de la Coupe du Monde, sans oublier ses 8 titres de champion de Belgique, plus difficiles à obtenir qu’un titre mondial en raison de l’énorme concurrence qui règne dans ce pays. Au passage, on soulignera que la Begique a obtenu 3 des 4 premières places lors des derniers championnats du monde aux Etats-Unis (Louisville), avec Nys, Vantornout (second) et Wellens (quatrième).

A propos de cette dernière épreuve, ceux qui reprochent parfois à Nys de ne pas savoir courir, comme ceux qui s’étonnent de sa malchance, ont pu constater qu’il avait su mener sa course de main de maître, ne s’affolant pas quand le Français Mourey a placé une offensive très tôt, sa rage de vaincre faisant le reste pour obtenir  une seconde couronne mondiale. Et je suis persuadé qu’il remportera un nouveau titre l’année prochaine, ce qui sera la plus belle manière de dire adieu à la compétition dans une discipline qui l’a fait roi. Et si je dis cela, c’est aussi parce que j’ai lu que ses revenus grâce au cyclocross, dépassaient largement ceux de nombre d’excellents routiers, puisqu’on rapporte qu’il gagne en plus de son salaire (500.000 euros annuels) 8.000 euros par course disputée (une quarantaine par année). Et oui, le cyclocross peut rapporter gros…à condition d’en être une grande vedette, comme le sont aussi Stybar, Niels Albert et Wellens.

En revanche, aucun Français n’émarge dans cette catégorie, et, hélas pour lui, il est certain que ce ne sont pas toutes les victoires qu’il a remportées dans les années 50 et 60, qui ont pu permettre à André Dufraisse* de vivre très confortablement de ses rentes après avoir mis fin à sa carrière…comme pourra le faire Nys. C’était une autre époque il est vrai, où l’argent n’avait pas la même valeur que de nos jours, tant pour les coureurs que pour les organisateurs. Si j’écris cela, c’est parce que si l’on en croit Mourey, le meilleur cyclocrossman français, les organisateurs du Super prestige préfèrent « inviter un Belge, même moins bon », parce que ce dernier draine derrière lui davantage de supporters, Mourey n’en amenant aucun…ce qui n’étonnera personne, nombre de Français préférant suivre les affaires de dopage que les grandes courses de cyclocross. Et on sera surpris après de n’avoir pas de grands champions sur la route, comme en cyclocross !

*Je parlerai plus longuement de Dufraisse dans la partie 2 (prochain article)

Michel Escatafal