Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur

parraParmi les informations de cette semaine en rugby, il y a la liste des nominés pour le titre de meilleur joueur européen de l’année, et parmi les 15 joueurs sélectionnés figurent 5 joueurs opérant en Top 14. Jusque-là rien que de très surprenant  dans la mesure où le Top 14 fait référence dans le rugby de l’hémisphère nord, comme apparaît normale la présence de 3 joueurs de l’ASM Clermont Auvergne, sans doute l’équipe la plus complète actuellement du Top 14 et peut-être même d’Europe. Les trois Montferrandais nominés s’appellent  Bonnaire, Fofana…et  Parra. Pourquoi Parra ? Voilà une bonne question à laquelle je n’ai pas de réponse, même si je lui reconnais de belles qualités de  joueur de rugby, sans  toutefois aller jusqu’à le considérer comme un des meilleurs joueurs européens ou mondiaux. En tout cas des qualités, les techniciens du XV de France en trouvent à Parra, au point de ne jamais composer un groupe ou une équipe sans lui. Il y avait longtemps d’ailleurs que le XV de France n’avait pas eu un demi de mêlée ayant autant la côte auprès des sélectionneurs, un peu comme à l’époque de Gérard Dufau, de Danos, de Lacroix, de Berbizier, autant de joueurs qui ont été des titulaires inamovibles à leur poste pendant leurs meilleures années.

A propos de Gérard Dufau, ancien capitaine de l’équipe de France après la retraite de Jean Prat (1955), je voudrais dire deux mots, pour souligner que ce même  Jean Prat affirmait  qu’il était l’un des deux meilleurs demis de mêlée qu’il ait rencontrés avec le Gallois de Swansea Tanner, capitaine et grand stratège du jeu gallois à la fin des années 40. Dufau était le type même du  joueur ayant toujours su tirer le maximum de ses qualités athlétiques, et surtout il était pétri de classe.  Mais comme si cela n’était pas suffisant,  il était aussi quelque peu inconscient, de cette inconscience qui fait croire que tout est possible sur un terrain de rugby, y compris en défense, ne s’échappant jamais face à n’importe quel adversaire. C’était aussi un joueur capable de perforer n’importe quelle défense, notamment par ses départs au ras de la mêlée dont il s’était fait une spécialité.  Enfin, il savait  diriger de main de maître son paquet d’avants. Bref, c’était un grand maestro à son poste, comme le fut son successeur en équipe de France, avec des qualités différentes, Pierre Danos, dont j’ai longuement parlé dans mon article sur les paires de demis qui m’ont fait rêver. J’avais aussi évoqué des joueurs comme Lacroix, Lilian Camberabero, Max Barrau, Jacques Fouroux, Astre, Gallion, Berbizier, Galthié et Elissalde. En fait Parra ne ressemble vraiment à aucun d’eux, même si sur tel ou tel aspect du jeu il dispose un peu des mêmes atouts. Cela dit, si je devais le comparer à quelqu’un ce serait à Jacques Fouroux, en le mettant au-dessus comme joueur.

Certains me diront que la comparaison n’est pas très flatteuse, dans la mesure où Fouroux était surtout considéré comme un grand meneur d’hommes, qualités que l’on reconnaît volontiers à Parra. La preuve, Lionel Nallet, ancien capitaine du XV de France et comme Parra ancien joueur de Bourgoin,  le considère comme un petit chef autoritaire et « gueulard », comme ses « bestiaux » considéraient Fouroux à l’époque du grand chelem 1977. Comme Fouroux également, on ne peut pas dire que Parra fasse partie des joueurs à la classe folle, à l’instar par exemple de Max Barrau ou de Jérôme Gallion, ni même de Fabien Gathier ou Jean-Baptiste Elissalde. Ces joueurs, en effet, alliaient toutes les qualités que peut espérer avoir un joueur de rugby. Barrau et Gallion étaient de véritables « bombes atomiques » derrière leur mêlée, dont tous les amoureux du rugby des années 70 ou 80 se rappellent avec nostalgie, et ce d’autant plus que, comme tous les joueurs de grande classe ou presque, ils ne furent jamais considérés par les sélectionneurs à leur juste valeur. Galthier, grand et athlétique, disposant  d’une belle passe longue, était un excellent stratège, mais aussi capable de désarçonner les défenses adverses avec ses départs au ras de la mêlée (comme Duffau) ou des regroupements, sans oublier son jeu au pied excellent, autant de qualités qui en ont fait le meilleur demi de mêlée de la planète et le meilleur joueur du monde en 2002. Quant à Elissalde, que j’ai appelé le « Mozart du rugby » dans un article sur ce site, c’était un joueur qui était tellement doué que personne n’a vu la différence dans ses prestations, qu’il joue à la mêlée ou à l’ouverture  à l’arrivée de Kelleher au Stade Toulousain, autre très grand demi de mêlée « all black ».

Morgan Parra n’a évidemment pas la classe pure des joueurs que je viens de citer. Ce n’est pas une « bombe atomique », et derrière sa mêlée ou les regroupements sa balle ne gicle pas autant qu’espéré, faisant preuve souvent d’une certaine lenteur. Ce n’est pas non plus un joueur capable de jouer au niveau international aussi bien à la mêlée qu’à l’ouverture, comme on a pu le constater pendant la dernière Coupe du Monde, mais il est assez bon partout, c’est-à-dire dans tous les compartiments du jeu, y compris en défense…ce qui est suffisant aux yeux des sélectionneurs pour l’inviter à chaque rassemblement du XV de France. Certes de temps en temps on lui trouve un concurrent, par exemple Machenaud depuis la fin de la dernière saison, sans doute plus doué que lui, mais Parra a un atout incontestable, que personne ne peut mettre en doute : c’est un buteur de très, très haut niveau. Un de ces buteurs comme le XV de France en a rarement eu, ce qui signifie que je le mets sur le même plan qu’un Vannier, un Albaladejo, un Guy Camberabero, et un peu au dessus de Romeu, Didier Camberabero, Lacroix  ou Lamaison.

Oui, j’ai beau chercher dans ma mémoire, rarement sur la durée nous avons eu un joueur aussi efficace dans les tirs au but. En écrivant cela, j’ai bien conscience  que par rapport aux joueurs des années 50, 60 ou 70 , le pourcentage de réussite des buteurs dont j’ai parlé était infiniment moindre que celui de Parra aujourd’hui (qui dépasse les 80%), comme celui de Carter  ou de Wilkinson, ou un peu plus loin de nous de l’Italien Dominguez ou du Gallois Jenkins, mais chacun comprendra qu’à l’époque il n’y avait pas le même ballon, ni le tee. Je puis en témoigner à mon très modeste niveau, ce qui n’enlève rien à la remarquable réussite de Parra, Wilkinson ou Carter. La preuve, ils font mieux que les autres, et ce avec une régularité de métronome depuis des années. C’est à ça qu’on reconnaît les grands buteurs, lesquels ne manquent jamais (ou très rarement) une occasion dans les moments décisifs. Et c’est comme cela que ce jeune homme, parfois arrogant, voire agaçant, qu’est Morgan Parra, notamment quand il dit tout haut qu’il n’aime pas être remplaçant, c’est comme cela donc qu’il comptabilise déjà 46 sélections à 25 ans.

Reconnaissons que pour un joueur loin d’être un surdoué, il a quand même une réussite extraordinaire, surtout quand on compare sa carrière à celles de beaucoup d’autres numéros 9, à part celle de Galthier qui totalise 64 sélections. En tout cas, il peut dire merci à Lièvremont, l’ancien sélectionneur, puisque c’est ce dernier qui l’a sélectionné très jeune (à peine vingt ans) et qui lui a confié les responsabilités de buteur, alors qu’à Bourgoin ce n’était pas lui le buteur (c’était Boyet). A quoi tient le destin d’un sportif ? A nombre de facteurs dans lesquels la chance a un rôle à jouer. Mais être là où il faut, quand il le faut, est aussi une forme de mérite, surtout quand le professionnel ne laisse rien au hasard pour être le plus performant possible. Et question professionnalisme, il n’y a justement rien à reprocher à Parra. Il n’empêche, à titre personnel, quitte à susciter l’étonnement de certains, j’aimerais bien que l’on fasse à Machenaud la même confiance qu’à Parra, d’autant que Michalak a fait la preuve qu’il était redevenu un buteur fiable…ce qui rend Parra beaucoup moins indispensable au XV de France. Que les lecteurs fans de Parra veuillent bien me pardonner !

Michel Escatafal


Rugby : ces charnières qui m’ont marqué…Partie 2

Après la période des Camberabero, une autre paire de demis, composée de Fouroux et Romeu, déclencha un peu les mêmes controverses entre 1974 et  1977 qu’en 1967-68, dans la mesure où à l’époque Béziers dominait le rugby français avec une paire de demis célèbre, Astre et Cabrol. Celle-ci n’a toutefois n’a jamais fait ses preuves en match international…faute d’avoir connu la sélection ensemble, y compris lors d’un match contre l’Irlande à Colombes,  où les sélectionneurs avaient convoqué 7 joueurs de l’AS Béziers, dont 5 dans le pack.  Quelle occasion manquée, si les sélectionneurs voulaient réellement construire du solide avec une ossature biterroise, qui ne pouvait l’être sans ses demis, Astre et Cabrol ! Peu importait cependant, puisque le 16 février 1974, dans un match contre le Pays de Galles à Cardiff,  une blessure de Max Barrau (demi de mêlée très doué) allait donner au sélectionneur l’occasion de tester, avec Fouroux à la mêlée et Romeu à l’ouverture, une paire qui faisait un peu penser à celle composée des frères Camberabero.

Si je dis cela, c’est parce que ni Romeu, et sans doute encore moins Fouroux, n’étaient des surdoués du rugby, mais l’un comme l’autre étaient…solides. Et l’un, Fouroux, allait même devenir un des plus grands capitaines qu’ait connu le XV de France, pendant que l’autre devenait un buteur redouté et redoutable. D’ailleurs, lors de ce premier match contre les Gallois, Romeu marqua 12 des 16 points de l’équipe de France qui l’emporta à Cardiff (16-12). Deux semaines plus tard Romeu fera encore mieux, toujours associé à Fouroux, en marquant tous les points français du match nul contre l’Angleterre (12-12). Une nouvelle paire de demis était née, et cela allait durer jusqu’au 18 janvier 1975, où le XV de France s’inclina lourdement face aux Gallois (25-10 et surtout 5 essais à 1), ce qui entraîna la mise en sommeil de l’association Fouroux-Romeu, jusqu’en octobre 1975, contre l’Argentine à Lyon (29-6 pour la France), qui marquait le début d’une nouvelle aventure pour les deux hommes, laquelle dura en gros jusqu’en décembre 1977 (France-Roumanie 9-6).

Une aventure inoubliable pour eux et pour tous les amateurs de rugby, car, plus encore qu’à l’époque des Camberabero, le XV de France allait devenir une machine à gagner presqu’unique dans son histoire, avec pour point d’orgue la victoire dans le Tournoi 1977, en faisant le grand chelem, marquant  8 essais sans en encaisser un seul. Il est vrai qu’à ce moment l’Equipe de France avait un pack extraordinaire (Skrela, Bastiat, Rives, Imbernon, Palmié, Papremborde, Paco, Cholley), magnifiquement commandé par  Captain Fouroux, un Fouroux qui savait comme personne motiver ses avants, et dont l’entente avec Romeu se faisait les yeux fermés. Oh certes on a connu plus brillant, plus pétillant que ce XV de France, mais jamais une équipe de France ne parut aussi invulnérable grâce à son terrible paquet d’avants . Résultat, la victoire était toujours au bout, une victoire austère, sobre et rigoureuse, mais une victoire qui avait quelque chose d’inexorable, d’autant que les lignes arrières comptaient dans leurs rangs quelques joueurs de grand talent, comme l’arrière Aguirre et les centres Bertranne et Sangalli, sous-utilisés aux yeux de beaucoup par la faute de la paire de demis.  Un peu le même débat qu’à l’époque des Camberabero !

Peu après, c’est une autre charnière qui me fit rêver, même si elle disputa infiniment moins de rencontres que celle dont je viens de parler. Elle était composée de deux merveilleux manieurs de balle, Jérôme Gallion le demi de mêlée et Alain Caussade le demi d’ouverture. Ils n’ont certes pas laissé l’empreinte sur la durée de Fouroux et Romeu, ni même celle des Camberabero, mais les passionnés de rugby, du jeu d’attaque, n’oublieront jamais cette association de deux joueurs au talent prodigieux, extraordinairement habiles ballon en main, et dotés de jambes de feu. Quel dommage qu’ils n’aient pas été servis par un pack comme celui de 1977 ! Et oui, le monde du rugby est mal fait parfois : la preuve, au cours des huit rencontres que disputa la paire Gallion-Caussade, une fois, une seule, le pack français fut réellement conquérant. Ce fut lors du fameux match du 14 juillet 1979, quand les Français terrassèrent les All Blacks chez eux, avec un match fantastique de Gallion et Caussade, les deux hommes marquant chacun un essai  et réussissant le match parfait. Le pire pour ces deux joueurs, c’est qu’ils avaient réussi précédemment d’excellents matches, notamment en Irlande (9-9) et contre Galles à Paris (14-13), où les Français ne durent qu’à leurs lignes arrières de sauver ce qui pouvait l’être, le pack ne ressemblant en rien à celui du grand chelem de 1977. Voilà pourquoi on se rappelle moins de cette paire de demis que de celles composées des frères Camberabero ou de Romeu et Fouroux, les uns et les autres étant pourtant loin en classe pure de Gallion et Caussade. En fait si je devais vraiment comparer la paire Gallion-Caussade , je penserais plutôt à le faire avec  Danos-Martine.

Enfin, je ne saurais terminer ce petit récapitulatif à la fois nostalgique et émotionnel sans parler d’une charnière beaucoup plus présente à l’esprit des plus jeunes, la paire toulousaine Kelleher-Elissalde. Certains me feront remarquer que ces deux joueurs étaient demi de mêlée, ce qui est vrai, mais je reste persuadé qu’en recrutant Kelleher, demi de mêlée de l’équipe de Nouvelle-Zélande, en pleine Coupe du Monde 2007, les dirigeants et techniciens toulousains ne se faisaient aucun souci quant à la concurrence qui pourrait s’installer entre deux des meilleurs numéros 9 de la planète rugby. Ce ne fut apparemment pas le cas de Jean-Baptiste Elissalde, dont certains dirent qu’il prit un peu ombrage de ce recrutement, mais cela ne dura pas très longtemps dans la mesure où celui que j’ai appelé dans un article précédent  le Mozart du rugby a tout naturellement repris la place de ses débuts, à l’ouverture, ce qui nous permit d’apprécier, en 2008 et 2009, une paire de demi de très haut niveau formée d’un joueur très puissant appelé  Le Bison, ce qui se passe de commentaires, premier attaquant et premier défenseur de son équipe, et donc d’un Mozart du rugby, ce qui là aussi veut tout dire, considéré comme le roi de la chistéra (passe dans le dos), sans parler de son extraordinaire sens de l’anticipation. Oui, une bien belle association entre deux joueurs qui auraient au contraire dû s’opposer !

Voilà, j’arrête-là mon propos, en ayant bien conscience que tout ce que j’ai pu écrire était parfaitement subjectif, mais ce sont des choses que j’ai ressenties dès ma plus tendre enfance, en fait dès l’âge de onze ans, où j’ai commencé à apprendre à maîtriser un ballon de rugby. C’est la raison pour laquelle j’ai un souvenir aussi ému de Danos-Martine, que de Gallion-Caussade ou de Kelleher-Elissalde. J’aurais aussi pu évoquer la magnifique paire galloise Edwards-John, peut-être la plus brillante de l’histoire du rugby, ou encore chez nous les frères Labazuy, qui ont eu toute leur part dans la grande période lourdaise des années 50, mais aussi Puget-Roques qui ont tellement contribué à faire du C.A. Brive un des meilleurs clubs de l’hexagone, sans oublier Mesnel-Martinez, excellents animateurs de l’équipe du « Show-Bizz » du Racing Club de France, qui parvint en finale du championnat de France en 1987.

Michel Escatafal


J.B. Elissalde, si grand par le talent…

Depuis que j’ai foulé pour la première fois un terrain de rugby avec le ballon dans les mains, à la fin des années 50, j’ai toujours eu une admiration sans bornes pour les joueurs qui étaient « rugby » jusqu’au bout des ongles.  Et parmi ceux-ci il y en a un pour qui j’ai eu beaucoup d’admiration pendant  quelques années, Jean-Baptiste Elissalde, que je me représentais en « Mozart du rugby ». Je l’avais baptisé ainsi après un match de Coupe d’Europe remporté contre Cardiff (en 2008) où il avait éclaboussé le match de toute sa classe. Aujourd’hui J.B. Elissalde n’est plus joueur puisqu’il a arrêté sa carrière l’an passé à moins de 33 ans, ce qui n’est certes pas un âge canonique, mais qui est largement suffisant pour rencontrer des problèmes physiques à répétition après une carrière très bien remplie, riche de nombreux titres. En fait pour que celle-ci eût été parfaite, il aurait fallu que l’équipe de France remportât la Coupe du Monde 2007…qui était largement à sa portée, avec J.B. Elissalde à la baguette.

A ce propos,  j’ai toujours pensé que ce sont les années 2007 et 2008 qui l’ont vraiment atteint physiquement, dans la mesure où il a participé à une dizaine de matches internationaux en 2007, et où comme plusieurs autres joueurs ayant disputé l’intégralité ou presque de la Coupe du Monde, il a embrayé immédiatement sur une saison de compétition très lourde, puisque le Stade Toulousain a été cette année-là en finale de la Coupe d’Europe et a remporté le championnat de France. Presque 12 mois de compétition ou de préparation non-stop ! C’était sans doute trop pour J.B. Elissalde, comme pour d’autres qui eux aussi ont payé très cher cette débauche d’efforts. En tout cas depuis la fin de la saison 2007-2008, J.B.E. a accumulé les pépins physiques, ce qui l’a empêché de s’exprimer sur le terrain comme son immense classe naturelle l’y aurait  autorisé.

Toutefois même s’il ne joue plus, il n’a pas quitté le rugby pour autant, puisqu’il est devenu l’entraîneur des lignes arrières du  Stade Toulousain. Nul doute qu’il réussira dans ces fonctions, le jeune homme ayant  tous les atouts pour occuper une fonction de ce type. Sur ce plan il me fait penser à Jacques Fouroux, autre demi de mêlée et capitaine emblématique de l’équipe de France de 1977, à l’époque la meilleure du monde, devenu par la suite l’entraîneur de l’équipe qui réussit à se hisser en finale de la première Coupe du monde en 1987. Cela dit par rapport à Fouroux, et ce n’est pas trahir sa mémoire, J.B. Elissalde aura été un joueur exceptionnel, capable de jouer avec le même bonheur à l’ouverture ou à la mêlée, et de surcroît remarquable buteur. Cette polyvalence lui a permis de se relever  facilement du coup sur la tête que lui ont infligé ses dirigeants quand ils ont recruté, l’été 2007, Byron Kelleher, le demi de mêlée des All Blacks.

Dire qu’il en était satisfait à l’époque serait exagéré, mais un joueur de son calibre se doit d’être fort dans sa tête. Et il l’a été puisqu’il s’est repositionné tout naturellement au poste de ses débuts, demi d’ouverture, au point que nous sommes nombreux à avoir pensé que les dirigeants  toulousains  avaient cette idée derrière la tête quand ils ont recruté Kelleher.  En tout cas il a bien fait d’entamer sans maugréer cette seconde carrière, puisque ses dirigeants lui ont offert une place dans le staff technique du club le mieux structuré en France et en Europe. Il pourra faire profiter les joueurs qu’il aura sous sa coupe de sa science du rugby, car dans ce domaine personne ne lui était supérieur.

Et puisque j’évoque de nouveau ses qualités, je voudrais souligner encore une fois que ce fils et petit-fils d’international aura été pour nombre de jeunes, un exemple, ne serait-ce qu’en raison de son gabarit aujourd’hui hors-normes (1,72m et 73 kg). A ce propos, comme par exemple Shane Williams (l’ailier gallois), J.B. Elissalde a démontré que l’on n’a pas besoin d’être une « armoire à glace », comme on en trouve de plus en plus sur les terrains de jeu, pour devenir un super joueur, ce qui redonne au rugby  une représentation élargie notamment pour les jeunes attirés par ce sport merveilleux.  Mais d’après ce que j’en sais, c’était aussi à la fois un meneur d’hommes et un bon camarade pour ses coéquipiers, autant de qualités qui ne peuvent que l’aider dans ses nouvelles fonctions. Enfin il donnait aussi une image flatteuse du rugby à chacune de ses interventions hors du terrain, les journalistes ayant manifestement plaisir à l’avoir comme interlocuteur.

Bref, Jean-Baptiste Elissalde c’était la grande classe, et pas seulement pour la fluidité, la vivacité ou la gestuelle du joueur. Bien sûr tous ceux qui l’ont admiré garderont un trait particulier de son jeu, et feront la comparaison avec ceux qui vont lui succéder. Pour ma part,  je garderais surtout comme souvenir ses « chistéras » d’une longueur incroyable, ou encore cette façon unique qu’il avait de déposer le ballon au pied là où il le voulait. On avait l’impression qu’il lançait le ballon avec la main tellement c’était précis. Et si je ne devais garder qu’un fait de jeu en mémoire, ce serait son superbe placage sur Evans qui filait à l’essai entre les poteaux, ce qui aurait condamné les Bleus dans son match de ¼ finale contre la Nouvelle-Zélande en Coupe du Monde à Cardiff (2007).  Au lieu de cela, deux minutes après Jauzion marquait un essai pour l’équipe de France… transformé par Elissalde. Bravo l’artiste et merci !

Michel Escatafal