Un très beau week-end de sport, après le décès de Mohammed Ali

Conta froomeAlors que le championnat d’Europe des Nations de football va commencer dans quelques jours, on peut dire que les Bleus sont désormais prêts à entrer dans le vif du sujet, ce qui permettra d’étouffer définitivement les polémiques inutiles instruites par certains anciens joueurs aigris, comme Cantona pour ne pas le citer, qui se croient plus intelligents qu’ils ne le sont en réalité. Place au sport avec les joueurs choisis par Didier Deschamps, qui dispose quand même d’un effectif très riche, lequel autorise bien des espoirs. En outre, c’est une coutume, quand la France organise une compétition chez elle depuis 1984, elle l’emporte. Ce fut le cas en 1984 (championnat d’Europe) avec Platini, Giresse, Tigana, Bossis et Cie, et ce fut aussi le cas en 1998 (Coupe du Monde), avec pour capitaine…Didier Deschamps.

Autre sujet lié au football, la succession de Laurent Blanc, l’entraîneur du PSG, dont on imagine aisément qu’il ne sera plus à la tête du département technique du club lors de la reprise de l’entraînement dans quelques jours. Certains s’offusquent de le voir payer la piteuse élimination contre Manchester City en ¼ de finale de la Ligue des Champions, mais il a échoué là où il devait réussir, et il est donc normal qu’il en paie la facture. Tout le reste à ce propos n’est que billevesée. Il reste à souhaiter que les dirigeants qataris du club réussissent à faire signer un grand entraîneur, c’est-à-dire un homme qui sache mieux que Laurent Blanc galvaniser ses troupes et, plus généralement, diriger un groupe composé de très grands joueurs. Blanc est un bon entraîneur, qui connaît évidemment très bien son métier, mais il lui manque la grinta et le charisme d’un Mourinho, d’un Simeone ou d’un Unai Emery, les deux derniers étant les favoris à sa succession.

Passons à présent au rugby, dont je n’ai pas parlé depuis longtemps, et je le regrette, pour évoquer la fin du Top 14 avec l’attribution du titre de champion de France dans deux semaines. Pour ma part, j’aimerais que le Stade Toulousain soit de nouveau champion de France. Le Stade Toulousain, club le plus titré de l’histoire de notre rugby, amateur et professionnel, va cette année réussir quelque chose de grand, j’en suis sûr. Le club entraîné par Mola, Elissalde et Servat n’est pas favori, mais il faudra les battre pour décrocher le Bouclier de Brennus. Attention toutefois au RC Toulon, habitué des finales victorieuses, voire à l’AS Clermont-Ferrand, généralement battue lors de chaque finale disputée.

Un mot de tennis pour saluer la victoire en double des Françaises Caroline Garcia et Kristina Mladenovic, ce qui est de bonne augure pour les Jeux de Rio, la victoire en simple dames de la jeune espagnole Garbine Muguruza en battant Serena Williams, et le douzième titre en grand chelem de Djokovic. Ce dernier domine son époque comme seuls les très grands l’ont dominée, et il est bien le successeur de Federer, alors que le meilleur joueur de terre battue de l’histoire, Nadal, semble sur une pente qui paraît définitivement descendante. Djokovic réussira-t-il le grand chelem sur lequel tant de joueurs ont échoué depuis 1969 (Rod Laver) ? Peut-être, même si c’est quelque chose de très, très difficile à atteindre. La preuve, seuls Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969) l’ont réalisé, alors que des champions comme Hoad, Borg, Connors, Mac Enroe, Lendl, Sampras ou Federer ont toujours échoué. Certains sont passés tout près comme Hoad en 1956, mais ils n’ont pas réussi. En revanche, il sera peut-être plus facile à Djokovic de dépasser Federer et ses 17 titres, vu son âge et sa domination. Surtout à cause de cette domination, car Federer, par exemple, avait comme adversaire sur terre battue Nadal, vainqueur de 9 Roland-Garros !

Enfin je voudrais parler de vélo, puisque le Dauphiné Libéré a commencé hier par un prologue aussi sympathique qu’original, une course de côte de 3.8 km avec une pente moyenne de 9.7%. Evidemment ce ne pouvait qu’être un crack qui remporte cette étape et ce fut Alberto Contador, le meilleur coureur du nouveau siècle, grand grimpeur devant l’Eternel, devant un surprenant Richie Porte et Chris Froome. Reconnaissons que comme podium, il était difficile de rêver mieux sauf si on considère l’absence de Quintana. En revanche je ne suis pas de ceux qui mettent Nibali au même niveau que Contador, Froome ou Quintana, comme en atteste son dernier Giro, qu’il a certes remporté, mais après avoir été copieusement dominé par Kruijswijk.

Le Néerlandais est un bon coureur, mais c’est loin d’être un fuoriclasse, et sans sa chute il l’eut emporté facilement. Certes une chute fait partie de la course, et certains nous diront qu’il ne sait pas descendre, mais il y a quand même une part de malchance pour le coureur batave qui, hélas pour lui, manquait d’expérience comme leader et plus encore d’une bonne équipe pour s’imposer. D’ailleurs, s’il avait eu plus d’expérience, il n’aurait pris aucun risque dans la descente sachant l’avance de plus de 4 mn qu’il avait sur Nibali. Cela étant Nibali reste un grand champion, sorte de Gimondi ou Nencini de son époque, mais ce Giro manquait quand même de concurrence. A ce propos, je pense que Contador ou Froome ou Quintana auraient dû le courir ce Giro, parce que finalement ils auraient eu moins à s’employer cette année que d’autres pour l’emporter, et auraient pu embrayer sur le Tour.

Cela dit, on ne refera pas l’histoire, mais je maintiens que, même de nos jours, le doublé Giro-Tour est possible à une condition : que la concurrence ne soit pas trop forte, et que le leader ne soit pas trop esseulé. C’est la raison pour laquelle, je suis persuadé que Froome avec sa fantastique équipe Sky, ou encore Quintana avec sa très forte équipe Movistar (Valverde à son service), l’aurait emporté très facilement dans ce dernier Giro. Si Nibali a perdu plus de 2mn sur Kruijswijk dans le c.l.m. en côte de 10.8km, on imagine combien il aurait perdu sur Contador, Quintana ou Froome. Ok, on ne refera pas l’histoire, mais pour moi ce fut un petit Giro, d’autant plus que Landa a été malade au début de l’épreuve. Voilà pour mon commentaire sur le Giro, lequel souffre quand même de plus en plus de l’omniprésence du Tour de France dans les visées des sponsors, et de la montée en puissance de la Vuelta depuis son changement de date en 1995 (victoire de Jalabert).

Alors que se passera-t-il dans ce Dauphiné ? A première vue Contador a toutes les chances de l’emporter, mais Contador a un terrible handicap : son équipe. Heureusement que l’an prochain et en 2018 (bonne nouvelle pour tous ceux qui aiment ce merveilleux sport qu’est le vélo, il a confirmé qu’il continuait sa carrière) il devrait avoir une meilleure équipe (chez Trek ?) que ces deux dernières années chez Tinkoff. En attendant, c’est la seule faiblesse du Pistolero cette année, puisqu’il semble s’être préparé aussi bien pour ce Tour qu’en 2014 ou en 2009-2010. Il faut simplement lui souhaiter d’arriver en jaune avec ses adversaires dans la dernière montée du parcours de ce Dauphiné, qu’il a perdu en 2014 face à la coalition de ses adversaires. L’histoire se renouvellera-t-elle ? J’espère que non, mais l’essentiel est de voir que la forme est là, et qu’il a bien travaillé cet hiver et au printemps. En tout cas, comme Valverde, le poids des ans ne semble pas avoir de prise sur lui, ce qui montre que ces deux champions ont bien travaillé au cours de leur carrière pour en arriver à obtenir les résultats qui furent et sont encore les leurs.

Un dernier mot enfin sur les Français, en nets progrès depuis quelques années avec la progression de Pinot et de Bardet, mais encore un cran en dessous des meilleurs. Cela étant, je suis rassuré pour Pinot dans la mesure où il semble en constante amélioration dans les contre-la-montre, ce qui signifie que ce coureur a vraiment de la classe. Sera-telle suffisante pour lui faire passer un palier vers les sommets à partir de l’âge de 26-27 ans, un peu comme l’avait fait Louison Bobet en son temps ou même Pingeon ? Nous verrons bien, mais je suis assez confiant, justement parce que Louison Bobet monta sur le podium du Tour en 1950, à l’âge de 25 ans, derrière Kubler et Ockers. Un Tour où il fut favorisé par l’absence de Coppi, Koblet et le retrait de toute l’équipe italienne emmenée par Bartali et Magni à mi-course. Pour sa part, Thibaut Pinot est déjà monté sur le podium du Tour en 2014, à 24 ans, derrière Nibali et Péraud, mais en l’absence dès le début du Tour des deux supers cracks, Froome et Contador. Souhaitons à Pinot de suivre la même trajectoire que Louison Bobet, et les Français tiendront enfin le grand champion qu’ils attendent depuis tellement longtemps.

Michel Escatafal


Ce n’était que l’équipe d’Ukraine…tirage préféré des Français

France-UkraineAujourd’hui nombre de Français se sentent plus légers que d’habitude. Oublié le ras-le-bol fiscal, oubliées les statistiques du chômage et de l’INSEE, très déprimantes! Bref, la nation est heureuse dans sa quasi-totalité, ce qui est le cas des autres pays dont l’équipe vient de se qualifier en barrages de la Coupe du Monde 2014. Ce matin, en écoutant France-Culture, j’ai même entendu sur cette station de radio, qui refuse le panem et circenses, évoquer la réconciliation nationale en Algérie, grâce à la qualification des Fennecs, comme on appelle les joueurs de l’équipe nationale de ce pays. C’est aussi la même joie collective en Grèce, pays si durement touché par la crise, ce qui a procuré un moment de bien-être à un peuple qui a beaucoup perdu au cours des dernières années. Et que dire du Portugal, guère en meilleure situation, qui a vu son équipe battre une valeureuse équipe de Suède, à l’issue d’un match magnifique où se sont affrontés deux des trois ou quatre meilleurs joueurs du monde, Cristiano Ronaldo et Zlatan Ibrahimovic.

A ce propos, quitte à passer pour un mauvais Français, comment peut-on comparer ces deux immenses footballeurs avec Ribéry ? On a encore vu hier soir la différence entre deux supers joueurs et un excellent footballeur, n’en déplaise aux supporters franchouillards qui veulent absolument voir Ribéry avec le Ballon d’Or. Hier soir, Ronaldo a marqué trois buts et Ibrahimovic deux. Par ailleurs on ne compte pas les situations périlleuses que ces deux géniaux attaquants ont provoqué, alors que Ribéry a certes fait un bon match, mais quand même un ton nettement en-dessous des deux autres. Cela n’a pas empêché les journaux sportifs et les autres de lui donner, comme aux autres joueurs français, des notes allant de 7/10 à 9/10 ou même 10…après avoir été traités de « moins que rien » la semaine dernière. Cela étant, il faut au moins reconnaître que cette fois ils se sont battus pour renverser une situation très compromise avant le coup d’envoi du match. Rien que pour cela on peut se réjouir, tout comme on aura eu le plaisir de voir notre équipe nationale briser cette malédiction dont je parlais hier, à savoir se qualifier pour une Coupe du Monde en Amérique.

Pour autant, le football français a-t-il retrouvé une grande équipe ? Sans doute pas, du moins pas encore, même si certains joueurs ont le niveau international, Ribéry évidemment, mais aussi Benzema, Cabaye, Matuidi ou Lloris, et plus encore ces deux futurs très grands joueurs que sont Varane et Pogba. Il est certain qu’avec ces deux surdoués de 20 ans, opérant dans deux des meilleurs clubs européens (Real et Juventus), notre football dispose de deux « diamants » à qui il ne manque déjà pas grand-chose pour être au plus haut sommet à leur poste respectif. C’est du moins l’avis de tous les techniciens, ce que je ne suis pas, mais, même si on ne l’est pas, on discerne chez eux la grande classe. Quelle tranquillité, quelle aisance, quelle sécurité chez ces deux jeunes gens à un âge où tant de footballeurs font encore leurs classes !

Tout cela pour dire qu’il ne faut peut-être pas trop s’enflammer devant cette victoire remportée sur un pays, l’Ukraine…que tout le monde souhaitait au moment du tirage au sort. L’Ukraine a montré hier soir ses limites, comme elle les avait montrées dans un groupe de qualification où la concurrence n’était pas plus féroce que dans le nôtre. C’est une des raisons pour lesquelles, hier sur ce même site, j’écrivais que la France allait se qualifier, et ce d’autant plus que notre équipe n’était pas en position de favori dans cette course à la qualification pour le Brésil, position que les sportifs français apprécient tout particulièrement.

Ils l’ont d’ailleurs prouvé en allant faire match nul en Espagne à Madrid pendant ces qualifications pour la Coupe du Monde, performance beaucoup plus probante que celle d’hier soir aux yeux de supporters non aveuglés par le chauvinisme. C’est aussi pour cela que je suis persuadé que notre équipe peut très bien aller jusqu’en quart de finale de cette Coupe du Monde 2014, pour peu que l’on ne tombe pas dans une poule de qualification trop difficile avant les huitièmes de finale. Il y a de la qualité dans cette équipe, une équipe dans laquelle Didier Deschamps a fait beaucoup de bricolage, lequel fait penser à celui de Lièvremont avant 2011, et Saint-André après cette date dans le rugby…ce qui n’a pas empêché le XV de France de passer tout près d’un titre mondial il y a maintenant deux ans.

Certes on va me dire que la concurrence est faible dans une Coupe du Monde de rugby jusqu’en huitième ou en quart de finale, mais si l’on regarde bien les qualifiés, c’est un peu la même chose dans une Coupe du Monde de football, le délayage ayant déjà été fait en qualifications dans la zone Europe. N’oublions pas que l’Australie, l’Iran, le Costa-Rica, le Honduras, pour ne citer qu’eux, iront au Brésil, alors que la Suède et la Roumanie n’iront pas. Cela dit, puisse l’Equipe de France de football, en juin-juillet de l’année prochaine, faire au moins aussi bien que son homologue du rugby en 2011 en Nouvelle-Zélande !

Michel Escatafal


Briser la malédiction de la Coupe du Monde en Amérique du Sud !

bulgarie-france-1961Nous étions en septembre 1960, et l’Equipe de France, encore auréolée de sa troisième place à la dernière Coupe du Monde en 1958, commençait un exercice dans lequel elle n’a jamais brillé, à savoir la qualification à la phase finale de la Coupe du Monde, en l’occurrence à celle qui devait avoir lieu au Chili en 1962. Voilà déjà une première similitude avec l’évènement qui passionne tellement les Français aujourd’hui, puisque, si la France se qualifie, elle se rendra l’été prochain en Amérique du Sud (Brésil) pour y disputer la Coupe du Monde. Fermons cette première parenthèse, et revenons aux rencontres de qualification pour la Coupe du Monde 1962, où notre équipe nationale rencontrait lors de son premier match la Finlande à Helsinki.

Premier match et première victoire dans la douleur, puisque après avoir vu les modestes Finlandais ouvrir le score sur pénalty à la 36è minute par Palhman, nos Français égalisèrent seulement à la 63è minute par Wisnieski, avant de s’imposer à la 83è minute grâce à un but d’Ujlaki. Ouf, nous avions battu la plus faible équipe du groupe, mais cette Equipe de France, qui ne comprenait que trois titulaires de la Coupe du Monde 1958 (Kaelbel, Wisnieski et Vincent), n’avait rassuré personne, d’autant qu’à part le Toulousain Rytkonen, il n’y avait que des joueurs inconnus dans cette équipe finlandaise.

Les trois matches amicaux suivants, à l’extérieur, match nul contre la Pologne (2-2), et défaites contre la Suisse (6-2) et la Suède (1-0), confirmaient que notre équipe était loin d’être irrésistible, bien au contraire. Les Suisses, notamment, avec 5 buts de leur avant-centre Hugi, avaient perforé la défense française avec une dérisoire facilité, ce qui nous laissait beaucoup d’inquiétudes face aux Bulgares et ses Naidenov, Illiev, Yakimov et leur grande star, l’ailier gauche Kolev, pour le prochain match de qualification au Chili, prévu en décembre à Colombes.

Et bien on avait tort, comme toujours avec l’Equipe de France (c’est la même chose au rugby !), puisque contre toute attente la France s’imposa (3-0) avec des buts de Wisnieski, J.J. Marcel et Cossou en deuxième mi-temps. A ce propos,  je parierais bien sur un même résultat ce soir, surtout après les critiques du match-aller en Ukraine, d’autant que si celle-ci a de très bons joueurs, elle n’en a aucun qui a un niveau exceptionnel. Fermons la parenthèse, et revenons à la suite de cette saison 1960-61, pour noter qu’après son exploit à Colombes, la France a obtenu un pénible match nul (1-1) en ce même lieu contre la Belgique d’Heylens, Hanon et Jurion dans un match amical en mars 1961, qui ne l’était pas complètement dans la mesure où la France avait toujours du mal à battre nos amis belges. Un match où pourtant les Français avaient ouvert le score dès la troisième minute par Piantoni, ce qui ne les avait pas libérés pour autant. Espérons que ce soir, si les Français ouvrent très rapidement le score, ce sera différent !

Un peu plus tard, le 2 avril à Madrid, l’Espagne s’imposera très facilement face à nos Tricolores, grâce à deux buts du joueur du F.C. Barcelone, Gensana, et de l’ailier du Real, Gento. Etait-ce une contre-performance d’avoir perdu en Espagne ? Sans doute pas, car nos voisins espagnols disposaient dans leur équipe nationale de très grands joueurs comme l’arrière droit du Barça Rivilla, l’arrière central du Real Santamaria, l’équivalent à l’époque de Thiago Silva, et d’une attaque extraordinaire avec Tejada, Kubala, Di Stefano, Del Sol et Gento. En face, la France avait dans ses rangs un Kopa vieillissant, qui n’a d’ailleurs pas fini la partie, les héros de Suède qu’étaient Douis et Marcel, plus Muller (qui jouera au Real et à Barcelone) et Rodzik, mais c’était insuffisant face aux cracks espagnols issus presque tous de leurs deux clubs phares, le Real et le Barça, sans doute les deux meilleurs clubs européens du moment. Cela dit, de là à penser que la France n’irait pas au Chili, il y avait un pas que personne n’osait franchir. La preuve, au match retour au Parc des Princes fin septembre, l’Equipe de France écrasait les modestes Finlandais (5-1), ce qui ne faisait que conforter les certitudes des supporters français.

En revanche le match amical suivant ne laissait présager rien de bon, car les Belges battaient nettement les Français au Heysel (3-0). Une sorte de douche froide, mais aussi pour d’autres un avertissement avant d’aller en Bulgarie à Sofia affronter les coéquipiers de Kolev devant 60.000 spectateurs déchaînés. Un match nul suffisait aux Français pour se qualifier,  et ils le tinrent ce résultat nul jusqu’à la 89è minute (but d’Illiev). A une minute près la France était qualifiée…mais elle ne l’était pas encore, même si elle n’était pas éliminée puisqu’il y avait un match d’appui à disputer sur terrain neutre. Avant ce match d’appui, comme pour se rassurer, notre équipe obtenait un très bon match nul contre l’Espagne et ses vedettes (1-1), moins d’une semaine avant de se rendre à Milan disputer ce fameux match d’appui qui devait en toute logique (française) amener notre équipe au Chili en juin 1962.

Milan, stade de San Siro qui sonnait creux (34.000 spectateurs pour une capacité maximale de 80.000), le 16 décembre 1961, pour ce match d’appui entre la France et la Bulgarie. Tel était le décor de cette rencontre arbitrée par un arbitre italien, Lo Bello, dont le fils sera lui aussi arbitre international. Il n’influencera pas vraiment l’issue du match, puisque le but bulgare sera inscrit par…l’arrière central français et capitaine André Lerond, par ailleurs excellent, qui dévia un tir de Yakimov à la 47è minute de la partie, rendant impuissant notre gardien, Pierre Bernard. Un but que les Français ne purent jamais remonter malgré les assauts, plus ou moins désordonnés, des attaquants qui s’appelaient Wisnieski, Muller, Skiba, Heutte et Van Sam. Un but qui empêchait l’Equipe de France de participer à la Coupe du Monde au Chili, comme ce fut le cas en 1950 pour la Coupe du Monde au Brésil.

A croire que la Coupe du Monde en Amérique du Sud  est interdite aux Français…depuis 1930, date de la première Coupe du Monde, voire même en Amérique tout court, en pensant au triste résultat de 1993 où, il y a presque 20 ans jour pour jour (17 novembre), la France avec ses Lama, Desailly, Blanc, Petit, Deschamps (tous futurs champions du monde en 1998), plus Papin, Cantona et Ginola, fut aussi éliminée par la Bulgarie de Stoitchkov, au Parc des Princes, dans les derniers instants du match sur un but de Kostadinov. Est-ce un mauvais présage ? Réponse, ce soir. Mais si les Français se qualifient, non seulement ils auront mis fin à cette malédiction, mais surtout ils auront réussi un fameux exploit, puisqu’aucune équipe ne s’est qualifiée en barrages en ayant été battu…sur le score d’Ukraine-France. Cela dit, les Français, je le répète encore une fois, ne sont jamais aussi forts que quand on les donne perdants. Là, au fond, personne ne croit vraiment à une qualification contre l’Ukraine…et c’est pour cela que notre équipe ira au Brésil.

Michel Escatafal


Quelques Espagne-France firent la gloire du football français

Ce soir l’équipe de France va jouer une partie très difficile en Espagne, même si paradoxalement ce match pourrait lui permettre de se reconstruire un peu plus, ce qu’elle a du mal à faire. N’oublions pas que l’équipe d’Espagne, la Roja, est actuellement la meilleure du monde, certains disent même la meilleure de l’histoire, dans la mesure où elle a réussi un exploit inédit en remportant coup sur coup le championnat d’Europe des Nations (2008), la Coupe du Monde (2010), puis de nouveau le championnat d’Europe des Nations cette année. Je n’irais pas jusque-là, parce qu’on ne peut pas comparer les équipes reines à des époques différentes. La Hongrie 1952-1956 était une très grande équipe, comme le Brésil 1970, ces équipes ayant en commun avec l’Espagne d’être très riches en joueurs de grand talent, lesquels jouaient une partition presque toujours sans faute tellement ils avaient l’habitude de disputer des matches importants ensemble…et les gagner.

Quant à l’équipe de France d’aujourd’hui, elle n’a évidemment plus rien à voir avec celle qui avait réussi le doublé en 1998-2000, avec successivement la Coupe du Monde et le championnat d’Europe des Nations, ni même avec celle de 2006, finaliste de la Coupe du Monde, et pas davantage avec celle de 1958, demi-finaliste de la Coupe du Monde, et celle de 1984, championne d’Europe des Nations. Aujourd’hui, elle n’a plus le joueur emblématique (Kopa, Platini et Zidane) qui la portait vers les sommets en tirant ses partenaires vers l’excellence, et ces partenaires étaient parmi les meilleurs de la planète à l’époque.

Ce match de ce soir à Madrid s’annonce donc relativement déséquilibré entre une équipe en pleine confiance, quasiment imbattable depuis quatre ans, s’appuyant sur l’ossature de ses deux plus grands clubs (Real et Barça), et une équipe qui se cherche une âme…et ne la trouve pas quel que soit le sélectionneur.  Une formation éliminée sans gloire en quart de finale de l’Euro cet été…par celle représentant l’Espagne (3-1). C’était la troisième défaite de rang des Bleus contre leurs adversaires espagnols, après celles de 2010 (0-2) au Stade de France, et de 2008 à Malaga Espagne (1-0), ces deux rencontres étant des matches amicaux. Cela dit, peu importe que ce soit en match amical ou officiel, l’équipe de France ne peut plus battre de nos jours son homologue espagnole, forte de ses Casillas, Albiol, Ramos, Arbeloa, Alba, Xabi Alonso, Busquets, Xavi, Iniesta, Silva ou Fabregas, autant d’éléments de classe mondiale qui feraient  le bonheur de n’importe quelle autre équipe. Et je ne parle pas des absents ou de ceux qui débuteront sur le banc (Puyol, Piqué, Torres, Llorente, Villa etc.) !

Alors, cela veut-il dire que la France n’a aucune chance ce soir contre cette invincible armada ?   Sans doute pas, même si personne n’y croit  réellement.  Et pourtant l’histoire est là pour nous rappeler que l’équipe de France a souvent battu l’équipe d’Espagne, puisque sur 31 rencontres jouées entre les deux sélections, les Espagnols en ont remporté 14, les Français 11, les autres se terminant par un match nul (6). C’est dire combien la série en cours a son importance dans ce décompte, puisque celle-ci a fait pencher la balance du côté espagnol. Raison de plus pour inverser la tendance, ce qui permettrait à notre équipe d’être quasiment assurée d’aller au Brésil disputer la Coupe du Monde 2014, le résultat étant presqu’identique pour les Espagnols en cas de victoire sur les joueurs de Deschamps.

En tout cas, une chose est sûre : les Français n’auront rien à perdre ce soir, et, généralement, c’est dans ce type de match qu’ils sont les plus dangereux, tous sports confondus. D’ailleurs, il leur est déjà arrivé de gagner des matches amicaux ou en compétition officielle contre l’Espagne en n’ayant aucunement les faveurs du pronostic. A ce propos, compte tenu de la place que tient le football dans les deux pays, il n’y a pas de matches vraiment amicaux entre les deux sélections nationales, en raison du prestige que confère une victoire de l’une sur l’autre, remarque valable aussi pour des confrontations contre l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Argentine ou le Brésil. C’est pour cela que je vais évoquer quatre victoires françaises qui appartiennent à l’histoire, à savoir celles de 1955, de 1959, de 1984 et de 2000, toutes ayant eu lieu à des périodes bénies pour le football français.

J’ai déjà écrit sur la victoire du 17 mars 1955 à Chamartin, dans l’article que j’ai consacré à Raymond Kopa (Raymond Kopa le Napoléon du football). Ce succès en effet fut l’élément déclenchant du transfert de Kopa au Real, tellement ce jour-là le joueur rémois éclipsa partenaires et adversaires.  Et en parlant de Rémois, ce match était le premier comme entraîneur de l’équipe de France d’Albert Batteux, par ailleurs entraîneur du Stade de Reims, qui formait l’ossature de la sélection française avec 5 joueurs (Jonquet, Penverne, Glovacki, Kopa, Bliard). Mais revenons au match proprement dit, pour noter qu’il avait très mal commencé pour notre équipe, puisque les Espagnols ouvrirent le score dès la onzième minute grâce à leur ailier gauche basque, Gainza.

Mais très rapidement, sous l’impulsion d’un Kopa extraordinaire, les Français allaient s’organiser et faire la preuve de leur supériorité, Kopa se chargeant lui-même de l’égalisation à la 35è minute.  Ensuite le futur Madrilène continua son festival et ses arabesques qui rendaient fous les défenseurs espagnols, jusqu’au moment où il délivra une passe décisive pour Vincent qui marqua à son tour (73è minute). Cette fois les Espagnols étaient à genoux, et ils furent battus chez eux, au stade Chamartin, devant 125.000 spectateurs qui découvraient avant l’heure celui qui allait devenir un des deux meilleurs joueurs du Real Madrid, avec Di Stefano. Un match historique à plus d’un titre, qui vaudra à Kopa d’être surnommé par un journaliste anglais présent au match, « le Napoléon du football ».

En 1959, le contexte était très différent parce que la rencontre entre l’équipe de France et celle d’Espagne avait été organisée au profit des sinistrés de la catastrophe de Fréjus, suite à la rupture d’un barrage qui avait provoqué la mort de 423 personnes, et dévasté toute la vallée en aval de Malpasset jusqu’à Fréjus. Cette rencontre, au-delà de l’aspect émotionnel, allait être inoubliable à bien des titres. D’abord ce fut le dernier match sous le maillot bleu de son capitaine, l’arrière gauche Roger Marche, surnommé le Sanglier des Ardennes (il jouait à Sedan), et il marqua son unique but en équipe de France, sur un centre-tir qui trompa le gardien espagnol Ramallets. En parlant de ce joueur, il faut souligner que l’Espagne alignait pour ce match sa meilleure équipe possible avec un mélange de joueurs appartenant au Barça (Ramallets,  les défenseurs Garay, Gracia et Olivella, les demis Verges et Segara, et les attaquants Kubala, Martinez et Suarez), et au Real représenté par Di Stefano, Mateos et Gento. Bref, du lourd et même du très lourd !

Quant à l’équipe de France, elle était composée en grande partie des joueurs qui avaient terminé à la troisième place de la Coupe du Monde en Suède l’année précédente (Remetter,Jonquet, Kaelbel, Marche, Douis, Kopa, Fontaine et Vincent) . Pas étonnant que les spectateurs et les téléspectateurs aient assisté à un grand match !  Les Espagnols ouvrirent le score par Suarez (22è minute), le futur Ballon d’Or (1960), les Français égalisant tout de suite après (27è minute) par le Rémois Muller, qui fera plus tard les beaux jours du Real et du Barça, avant que l’inévitable Fontaine (meilleur buteur de la Coupe du monde 1958) permette aux Tricolores de prendre l’avantage (31è minute), Vincent ajoutant un but cinq minutes plus tard, ce qui donnait aux Français une confortable avance avant la pause. Ensuite le jeu s’équilibra jusqu’au but de Marche (61è minute) qui porta le score à 4-1. Les Français se relâchèrent quelque peu en fin de match, ce qui permit aux Espagnols de ramener leur défaite à des proportions plus acceptables, Verges et Martinez marquant deux fois avant le coup de sifflet final.

Autre victoire historique française sur l’Espagne, celle du 27 juin 1984, au Parc des Princes, où les Français conquirent leur premier grand titre international en devenant champions d’Europe des Nations. Les Français qui jouaient chez eux avaient réalisé jusqu’en demi-finale un tournoi de grande qualité, en dominant plus ou moins nettement les adversaires qui leur étaient opposés, à savoir le Danemark (1-0), la Belgique (5-0) et la Yougoslavie (3-2), Platini marquant trois fois contre les Belges et les Yougoslaves, et l’unique but contre les Danois. En revanche, en demi-finale, les Bleus souffrirent mille morts pour éliminer le Portugal, battu seulement après prolongations à une minute de la fin sur une action personnelle de Jean Tigana, avec Michel Platini à la conclusion.

Cela étant l’Espagne pour sa part s’était qualifiée dans la douleur pour les demi-finales, après avoir fait match nul contre la Roumanie et le Portugal et avoir battu l’Allemagne (1-0) lors du match de poule décisif sur un but de Maceda à la dernière minute. Et en demi-finale, les Espagnols durent attendre les tirs au but pour éliminer le Danemark. Bref, tout était prêt pour le sacre attendu de l’équipe de Michel Platini, entraînée par Michel Hidalgo. Comment, avec un tel parcours, les Espagnols pouvaient-ils avoir une chance contre les Français, emmenés par un Michel Platini qui ne fut jamais aussi grand qu’à ce moment, et qui venait de marquer 8 buts en 4 matches ?

Et bien, le football est ainsi fait qu’un match n’est jamais gagné à l’avance, car les Espagnols firent énormément souffrir les Bleus, au point qu’il fallut une énorme erreur du portier espagnol Arconada, presqu’à l’heure de jeu, pour qu’ils prennent l’avantage. Enorme erreur, parce que le coup-franc tiré par Michel Platini était loin d’être très dangereux, surtout pour un gardien de la classe d’Arconada, sauf que celui-ci relâcha son ballon dans le but après l’avoir presque arrêté. Ce type d’erreur fut d’ailleurs appelé plus tard une Arconada. Cela dit, jusque-là les Français avaient eu beaucoup de chance de n’avoir pas encaissé de but, puisque l’arbitre aurait pu accorder un pénalty aux Espagnols sur une faute de Bossis contre Francisco, et plus encore quand Battiston sauva sur sa ligne un ballon de Santillana sur corner qui prenait le chemin des filets.

Et après le but de Platini, les Français continuèrent à souffrir, sous la pression de l’équipe espagnole qui n’abdiquait pas, mais aussi parce que son défenseur central, Le Roux, fut expulsé à cinq minutes de la fin. En fait, les Français ne furent certains de la victoire qu’à la dernière minute, quand Tigana récupéra un ballon pour le donner à Bellone, qui s’échappait et ajustait Arconada, ce qui mettait fin à un insoutenable suspens. La France était championne d’Europe et remportait enfin ce titre après lequel elle courait depuis toujours. Néanmoins, pour être juste, les Bleus de Platini formaient incontestablement la meilleure équipe de la compétition avec outre Platini (meilleur joueur et meilleur buteur), des joueurs de grand talent comme le gardien Bats, les arrières Battiston, Amoros, Le Roux, Bossis, Domergue, les milieux de terrain, Giresse, Tigana, Fernandez, Genghini, et les attaquants Lacombe, Bellone, Six et Rocheteau.

Dernier match entre la France et l’Espagne dont je veux parler, celui de l’an 2000 en quart de finale du championnat d’Europe des Nations. Ce fut un match très serré, dont Djorkaeff dira plus tard que c’était le match le plus difficile qu’il ait joué, mais c’était une époque où la France dominait la planète football, même si cela ne se vérifiait pas toujours. En revanche, dès que l’on abordait les matches en phase finale d’un tournoi important, notre équipe se transformait en machine à gagner. Pourtant les Français ont souffert et ont même tremblé pour finir par l’emporter sur une brillante équipe d’Espagne qui comptait dans ses rangs des joueurs comme Salgado, Guardiola dont on entendra beaucoup parler comme entraîneur du Barça, Helguera, Munitis, Mendieta et la grande vedette du Real, Raul.

En face, l’équipe de France ressemblait comme une sœur à celle qui avait gagné la Coupe du Monde deux ans auparavant, avec Barthès, Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu, Vieira, Deschamps, Djorkaeff, Dugarry, Pires et Zidane. Toutefois cette équipe, entraînée par Lemerre, était en valeur absolue plus forte que celle de 1998, parce que Thierry Henry était devenu le meilleur attaquant européen, que son copain Trezeguet marquait de plus en plus de buts, qu’Anelka commençait à s’imposer après son passage au Real, et que Wiltord était devenu un élément de plus en plus décisif. Bref, l’armada française était plus forte que jamais, et elle allait le prouver contre l’Espagne en remportant ce quart de finale sur le score de 2-1, acquis à la mi-temps. Zidane avait ouvert la marque à la 32è minute sur un bijou de coup-franc, digne des plus beaux de Platini, suite à une faute sur Djorkaeff. Mais cela n’avait pas découragé les Espagnols qui répliquaient sur un pénalty indiscutable (faute de Thuram) transformé par Mendieta. Mais Djorkaeff, encore lui, faisait parler la poudre juste avant la mi-temps, et la France menait de nouveau au score (2-1).

Plus rien ne sera marqué ensuite, mais chaque camp aura des occasions, et quelles occasions! A la 71è minute Henry, qui filait seul vers le but, était délibérément ceinturé par Paco…sans que l’arbitre ne pense à exclure le défenseur espagnol qui, pourtant, n’avait personne derrière lui.  Grosse erreur d’arbitrage, mais plus grosse encore quand Barthez est sanctionné à la dernière minute pour avoir bousculé dans la surface Abelardo. Faute bien peu évidente, tellement peu évidente que les dieux du football vinrent à la rescousse du gardien français, celui-ci voyant le tir de Raul s’envoler au dessus  de sa cage. Ouf,  la France avait gagné, et elle allait de nouveau devenir championne d’Europe après une demi-finale gagnée contre le Portugal (2-1) après prolongations,  et sur le même score contre l’Italie, là aussi grâce au but en or en prolongations marqué par Trezeguet sur un centre de Pirès.

La France réalisait un doublé extraordinaire, devenant le seul pays (jusque-là) à remporter un championnat d’Europe après la Coupe du Monde. Mais si elle est parvenue à ce résultat, c’est sans doute parce qu’elle avait su vaincre une très forte formation espagnole en quart de finale, ce qui lui avait donné la conviction que personne ne pouvait l’arrêter. Au fait, et si ce soir la France battait l’Espagne, qui sait si ce ne serait pas le début d’une ascension irrésistible vers les sommets ? Ne rêvons pas trop, et disons-nous qu’un match nul serait déjà un fantastique résultat. Ce n’est pas Didier Deschamps, capitaine des Bleus de 1998 et 2000 qui nous dira le contraire !

Michel Escatafal