Kopa restera à jamais le Napoléon du football

kopaStanley Matthews en 2000, Di Stefano en 2014, George Best en 2005, Josef Masopust en 2015, Lev Yachine en 1990, Eusebio en 2014, Omar Sivori en 2005, Ferenc Puskas en 2006, Sandor Kocsis en 1979, Johan Cruyff en 2016, et Raymond Kopa en 2017. Voilà un bien beau panel d’immenses footballeurs, avec l’année de leur disparition, qui, en plus d’avoir accumulé les trophées nationaux, européens ou mondiaux, ont en commun d »avoir été Ballon d’Or, plus prestigieuse distinction personnelle pour un footballeur, sauf pour les deux Hongrois (Puskas et Kocsis), que j’ai tenu à inclure dans cette liste tellement ces deux joueurs auraient mérité d’y figurer. Donc si j’écris cela, c’est aussi et surtout parce que hier matin ils ont été rejoints au paradis des footballeurs par Raymond Kopa, un des plus grands joueurs de l’histoire du football mondial, mais aussi un précurseur dans ce monde du ballon rond par son sens des affaires. Kopa n’était pas qu’un génie du jeu qui l’a amené au firmament de son sport, c’était aussi un précurseur de ce qu’allait devenir le football des années 2000, où l’argent est devenu le symbole du sport le plus connu et pratiqué dans le monde. Et de l’argent il a su en gagner…et en gagnerait encore plus aujourd’hui s’il avait 25 ans.

Parlons donc aujourd’hui de Raymond Kopa footballeur, qui est considéré par tous ceux qui connaissent l’histoire du football comme un des trois plus grands joueurs français de tous les temps avec Platini et Zidane. Bien entendu je ne vais pas faire une hiérarchie entre les trois, parce que les plus jeunes diront que c’est Zidane qui fut le meilleur, les moins anciens voteront Platini, et les plus anciens Kopa. Cependant, à défaut de désigner le meilleur, chacun sait bien que ces trois joueurs représentent ce que notre football a produit de meilleur, chacun d’eux symbolisant aussi une des plus belles périodes de l’équipe de France.

Kopa, c’est l’équipe de 1958 qui termina troisième de la Coupe du Monde, avec le titre de meilleur joueur pour son meneur de jeu. Platini, c’est l’équipe de France qui remporta le championnat d’Europe des Nations en 1984, en étant à la fois le meilleur joueur et le meilleur buteur de la compétition (9 buts en 5 matches). Quant à Zidane, c’est la France championne du Monde 1998 (avec ses deux buts en finale) et championne d’Europe 2000. Enfin pour bien montrer que le choix des amateurs de football n’est pas subjectif, il faut se rappeler, comme je l’ai dit précédemment, que Kopa fut avec Di Stefano le meilleur joueur du Real Madrid entre 1956 et 1959, qui dominait à cette époque le monde du football de club, que Platini a été élu meilleur joueur de la Juventus toutes époques confondues, en plus d’avoir obtenu trois fois consécutivement le Ballon d’Or, et que Zidane fut avec Ronaldo (le Brésilien) le joueur qui symbolisa le Real du début des années 2000.

La véritable carrière de Raymond Kopa, qui a démarré dans la vie comme mineur, commença en avril 1951, avec le match nul du SCO d’Angers (à l’époque en D2) dans un match amical contre le Stade de Reims, qui avait remporté la Coupe de France l’année précédente, et qui comptait dans ses rangs des joueurs comme le gardien Sinibaldi, ou encore Jonquet et Penverne qui seront de la campagne de Suède en 1958, sans oublier le Hollandais Appel. Peu importe le résultat (match nul 4-4), mais ce jour-là un homme allait éclabousser le match de tout son talent, notamment par ses dribbles extraordinaires, Raymond Kopazewski. Il était tellement doué ce jeune joueur de 20 ans, fils de Polonais, qu’Albert Batteux, l’entraîneur du club champenois, s’empressa de le faire signer au Stade de Reims. Voilà comment Raymond Kopa, comme on l’appellera désormais, s’est retrouvé propulsé dans un des meilleurs clubs européens, parce que le Stade de Reims dans les années 50, c’était au minimum le top 5 du foot mondial, comme nous dirions de nos jours, avec comme différence que les les plus grands clubs avaient une équipe comportant en majorité ou presque totalement des joueurs nationaux.

Fermons la parenthèse et revenons à Kopa pour dire qu’à partir de son arrivée à Reims, sa carrière va suivre une trajectoire rectiligne qui va le mener en équipe de France à l’âge de 21 ans, sitôt après qu’il fût naturalisé français. Il honorera la première de ses 45 sélections contre l’Allemagne, le 5 octobre 1952, à Colombes devant 56.000 spectateurs. C’était une équipe très jeune qui avait été composée à cette occasion, avec Roger Marche comme capitaine et doyen d’âge (28 ans). Parmi les jeunes de cette équipe figuraient Penverne, mais aussi Cisowski qui deviendra un des meilleurs buteurs de l’histoire de notre football, l’ex-Hongrois Joseph Ujlaki qui aura eu le malheur d’arriver au sommet en même temps que Kopa, ou encore le gardien Ruminski et le défenseur Gianessi. Cette équipe allait réussir une très belle performance en l’emportant par 3 buts à 1, avec des buts d’Ujlaki, Cisowski et Strappe.

Ensuite Kopa allait devenir très vite le patron sur le terrain du Stade de Reims, avec qui il deviendra à quatre reprises champion de France, et de l’équipe de France, au point d’être appelé le 17 mars 1955 le « Napoléon du football » par les Espagnols, à l’issue d’une victoire au stade Santiago Bernabeu (où jouait le Real Madrid), contre l’Espagne (2-1), avec un but de Kopa qui fut véritablement exceptionnel ce jour-là. Cette performance du meneur de jeu français allait donner évidemment des idées au Real qui le recrutera un an plus tard, en 1956. Auparavant Kopa et le Stade de Reims avaient remporté la Coupe Latine (1953), ancêtre de la Coupe d’Europe, en battant l’AC Milan à Lisbonne (3-0) avec des buts de Jonquet, Kopa et un remarquable jeune joueur, Francis Meano, qui hélas allait trouver la mort accidentellement quelques jours plus tard à l’âge de 22 ans.

Ensuite pour Kopa ce sera l’épopée européenne avec le Stade de Reims, qui arriva en finale de la première Coupe d’Europe contre le Real Madrid (1956), après avoir notamment éliminé en quart de finale le club hongrois de Voros Lobogo, où opéraient Hidegkuti, Sandor, Sipos ou Zakarias, tous membres de la grande équipe de Hongrie de Puskas et Kocsis. Le Real Madrid remportera cette finale sur le score de 4-3, à l’issue d’un match que les Rémois n’auraient jamais dû perdre, ayant mené 2-0 après dix minutes de jeu. Ce n’était que partie remise pour Kopa, puisqu’il allait remporter les trois Coupes d’Europe suivantes en 1957, 1958, et …contre le Stade de Reims en 1959, finale qu’il finit blessé suite à un choc avec Vincent, je devrais plutôt dire une agression. Cette blessure, à la cheville droite, n’allait pas être sans conséquence, puisque cette cheville ne le laissera plus jamais tranquille jusqu’à la fin de sa carrière, malgré plusieurs opérations.

En tout cas à cette époque Raymond Kopa était considéré comme le meilleur joueur de la planète avec Di Stefano, son coéquipier du Real, un peu comme de nos jours le duel Messi-Ronaldo, sauf que les deux joueurs opéraient dans la même équipe. Pendant sa période madrilène (1956-1959) où il conquit aussi le titre de champion d’Espagne à deux reprises (1957 et 1958), Raymond Kopa joua ailier droit la plupart du temps, le poste de meneur de jeu étant réservé à Di Stefano. Pour l’anecdote je rappellerais une phrase attribuée à Raimundo Saporta, véritable bras droit du président Santiago Bernabeu, répondant à Raymond Kopa qui regrettait de ne pas pouvoir s’exprimer à son meilleur poste : « Ecoute, tu es payé, et même très bien payé. Alors tu dois savoir qu’ici le numéro un c’est Di Stefano, et le numéro deux c’est toi ! ». Néanmoins, ce poste excentré ne l’empêchera pas de marquer 48 buts en 158 matches. En outre il remportera le ballon d’Or en 1958 (accompagné par Fontaine sur le podium) et sera deuxième en 1959, derrière Di Stefano. Kopa sera aussi sacré en 1958 meilleur joueur de la Coupe du monde, comme je l’ai écrit précédemment, devant des joueurs comme les Brésiliens Didi et Pelé, remportant la troisième place avec l’équipe de France, une performance qui aurait pu être plus belle encore sans la blessure de Jonquet contre le Brésil, alors que le score était nul (1-1). Kopa, meilleur joueur, et Fontaine, meilleur buteur (13 buts), étaient au firmament du football mondial, et allaient se retrouver au Stade de Reims au début de la saison 1959-1960.

Kopa en effet, ne pouvant être libéré à sa guise pour jouer avec la sélection nationale, décide de revenir à Reims pour une durée de six ans. Ce fut le premier joueur à disposer d’un contrat à temps, pour lequel il s’était beaucoup battu, et qui allait lentement devenir la règle pour tous les joueurs (1968) qui, auparavant, appartenaient à vie à leur club, au point d’être transférés dans un autre club sans être mis au courant du transfert (cas de Penverne transféré au Red Star en 1959). Il allait aussi être le premier à devenir une icône en termes de marques avec des chaussures, des vêtements ou encore des jus de fruits à son nom. Cela dit, et pour revenir au jeu proprement dit, Kopa et Fontaine n’auront pas, hélas, l’occasion de beaucoup jouer ensemble sous le maillot rouge (Reims) ou bleu (équipe de France), car Kopa n’en finissait plus d’avoir des problèmes à sa cheville, et Fontaine devant arrêter le football à 28 ans (1962), après avoir marqué 165 buts en 200 matches de championnat et 30 buts en 21 sélections (statistiques hallucinantes, supérieures à celles de Messi et Ronaldo), suite à deux fractures de la jambe (1960 et 1961).

Kopa, pour sa part, disputera son dernier match avec l’équipe de France le 11 novembre 1962 (défaite contre la Hongrie 3 buts à 2), avant de refuser toute sélection suite à un différend avec le sélectionneur de l’époque G. Verriest, qui s’obstinait à vouloir le faire jouer ailier droit. Malgré tout, l’empreinte que laisseront les duettistes Kopa et Fontaine restera indélébile dans l’histoire du football français, et ils symboliseront à jamais le jeu à la rémoise des années 50 avec Piantoni, au point qu’on parlait à l’époque du trio Fo-Ko-Pi comme on avait parlé quelques années auparavant du trio suédois du Milan AC Gre-No-Li qui voulait dire Gren-Nordhal-Liedholm. Voilà un tout petit résumé de la carrière de Raymond Kopa, qui restera à jamais le « Napoléon du football », excellente comparaison en faisant référence au génie militaire du vainqueur d’Austerlitz .

Michel Escatafal


Platini trouvait normal d’avoir 3 fois de suite le Ballon d’Or…

ballon d'orDécidément le comportement de Michel Platini insupporte de plus en plus les amateurs « éclairés »de football. Après le fair-play financier qui aboutit à favoriser uniquement les clubs historiques, parfois lourdement surendettés au détriment de ceux qui appartiennent aux nouveaux riches sans dette, voilà qu’il se mêle de vouloir désigner le Ballon d’Or, récompense individuelle suprême du joueur de football. Au nom de quoi ? Parce qu’apparemment il a du mal à accepter que le Ballon d’Or revienne au meilleur joueur, reprochant à ceux qui votent pour cette distinction de choisir toujours les meilleurs, en l’occurrence depuis quelques années Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Cette préférence qu’il avait déjà manifestée par le passé, en criant haut et fort que Ribéry méritait davantage le Ballon d’Or que les deux autres nominés, finit par agacer tout le monde au point qu’Ancelotti a cru bon de dire que « Le poste de président de l’UEFA est important, je pense que prendre position sur le sujet du Ballon d’Or n’est pas correct ». Et c’est tout à fait vrai, même si Neuer, le gardien du Bayern Munich et de l’équipe d’Allemagne, ne déparerait pas au palmarès.

Cela étant, cette querelle n’existerait pas si la récompense qu’est le Ballon d’Or n’était pas devenue ce qu’elle est de nos jours, et était toujours décernée comme elle l’était auparavant, c’est-à-dire uniquement par des journalistes de France Football qui faisaient « le boulot » en leur âme et conscience, sans trop se soucier des désidératas des uns et des autres. Pour mémoire je rappellerais une fois encore que ce Ballon d’Or, a été créé il y a 57 ans par Gabriel Hanot, responsable à l’époque de la rubrique football de l’Equipe et de France-Football, pour récompenser le meilleur joueur européen de l’année. Gabriel Hanot qui avait beaucoup d’idées, puisque c’est aussi lui qui créa à peu près à la même époque la Coupe d’Europe des clubs champions, devenue aujourd’hui la Ligue des Champions. Hélas pour lui, qui aujourd’hui sait que cet ancien excellent footballeur au début du siècle précédent (12 fois international) est le créateur de deux évènements considérables du monde du football ? Plus personne ou presque, sauf ceux qui s’intéressent à l’histoire en général et à celle du sport en particulier.

Cela dit, même si beaucoup de choses ont changé, les idées sont restées, et c’est toujours la même ferveur qui entoure la remise du Ballon d’Or, évènement qui fait rêver tous les footballeurs, du plus grand au plus petit depuis 1956, année où Stanley Matthews obtint le tout premier trophée à l’âge de 41 ans devant les deux super cracks du Real Madrid à cette époque, Di Stefano et Kopa…qui lui étaient bien supérieurs. Cela dit Matthews était anglais, et Hanot avait un amour fou pour le football d’Outre-Manche, sans doute parce que les Anglais ont inventé ce jeu…ce qui montre qu’il est arrivé à certaines époques que le meilleur n’ait pas été couronné. C’est pour cela que nous sommes nombreux à dire que ce trophée, ô combien important pour un footballeur, l’est finalement beaucoup trop, parce qu’il dépend grandement de la qualité des équipiers qui sont autour de la « star ». L’an passé Ribéry avait bénéficié de l’exposition du Bayern Munich pour s’inscrire parmi les trois nominés, avec les éternels Messi et C. Ronaldo. Toutefois si Ribéry joue au Bayern, c’est parce que c’est un excellent  footballeur, remarque qui vaut pour tous les joueurs des grands clubs, y compris Neuer.

Alors qui emportera le Ballon d’Or cette année? Très certainement Cristiano Ronaldo, une troisième fois, comme Platini en son temps (qui n’avait pas protesté à l’époque !)…ce qui ne sera que justice, et je trouverais normal que Neuer soit son dauphin, d’autant qu’il est incontestablement le meilleur gardien actuel. Néanmoins les statistiques de C. Ronaldo sont toujours aussi hallucinantes, et malgré une Coupe du monde où lui et son équipe (Portugal) n’ont pas été souverains, son aura dans le monde du football est restée égale à celle des années précédentes, tout comme sa superbe sur un terrain. De plus, il reste la grande star du Real Madrid, et son apport dans le dixième titre européen (C1) du club madrilène fut constamment décisif tout au long de la campagne 2013-2014. En outre, et c’est la différence par rapport à Messi, joueur d’un seul club, il a aussi largement contribué à la victoire en Ligue des Champions de Manchester United en 2008, juste avant de rejoindre le Real Madrid.

Si je parle autant de la Ligue des Champions, c’est parce que cette récompense qu’est le Ballon d’Or désigne souvent un joueur qui a gagné une épreuve prestigieuse, même si le reste du temps il n’a pas fait des étincelles. Ce ne sera pas le cas cette année avec Ronaldo, s’il est le lauréat, malgré une Coupe du Monde décevante, comme en 2008, où il fut beaucoup moins brillant au Championnat d’Europe des Nations qu’en Champions League. Toutefois, il y a eu dans le palmarès des cas beaucoup plus choquants, outre celui de Stanley Matthews dont j’ai parlé précédemment.

Le premier exemple qui me vient à l’esprit est celui de l’année 1982, quand Paolo Rossi remporta le trophée…parce qu’il avait marqué 6 buts lors de la Coupe du Monde en Espagne entre les quarts de finale et la finale, que l’Italie avait remportée. Le reste du temps, il a quasiment été aux abonnés absents. Il faut reconnaître que ses dauphins de l’époque, Giresse et Boniek méritaient le Ballon d’Or beaucoup plus que lui. Mais il peut arriver que gagner un grand trophée (Coupe du Monde, championnat d’Europe des Nations) en étant  le meilleur joueur du tournoi, ne suffise pas pour emporter l’adhésion.

Cet exemple concerne plus particulièrement un Français, Thierry Henry. Cette année là, en 2000, la France avait été sacrée championne d’Europe des Nations, en grande partie grâce à Thierry Henry. Et pourtant ce fut Figo qui fut désigné, sans doute parce qu’il jouait au Real Madrid et, nous avait-on dit, parce qu’Henry n’avait pas marqué en finale du championnat d’Europe. C’était quand même tiré par les cheveux, et à partir de là je n’ai plus considéré la remise du Ballon d’Or de la même manière. Pas parce que c’était un Français qui aurait dû avoir la récompense, la preuve puisque je suis de ceux qui pensaient l’an passé que Ribéry était loin du niveau de Ronaldo, Messi ou même Ibrahimovic, mais parce que je considérais qu’il y avait trop d’éléments qui échappaient à la logique des amateurs de football que nous sommes.

D’ailleurs Thierry Henry, bien qu’il ait figuré pendant 5 ou 6 ans parmi les tout meilleurs joueurs du monde, n’a jamais remporté le Ballon d’Or, ce qui est une profonde injustice. En 2003 on lui a préféré Nedved, probablement parce qu’il jouait à la Juventus de Turin. En dehors de cela je ne vois pas la raison d’avoir placé Nedved devant Henry, parce qu’en plus le buteur français avait survolé de toute sa classe la Coupe des Confédérations, sans compter qu’il avait gagné la Cup (avec Arsenal) et avait été sacré meilleur buteur mondial de l’année. Néanmoins il n’est pas le seul grand footballeur à n’avoir jamais gagné le Ballon d’Or, alors que beaucoup d’autres ayant moins de classe et au palmarès nettement moins fourni l’ont remporté.

Simonsen (1977) ou Belanov (1986) étaient d’excellents joueurs, mais franchement que leur nom figure parmi les lauréats et pas Ferenc Puskas et Sandor Kocsis (Hongrie), Mazzola et Riva (Italie), Schuster (Allemagne), Giresse, Tigana, Henry ou Iniesta a quelque chose de choquant. Et puisque je parle de Français, ils sont quand même 4 à avoir été élus Ballon d’Or, à savoir Raymond Kopa en 1958, Michel Platini à 3 reprises en 1983, 84 et 85 (le seul avant Messi à l’avoir eu trois fois de suite), Zinedine Zidane en 1998 et, plus surprenant, Jean-Pierre Papin (en 1991)  à l’époque où il jouait à l’Olympique de Marseille. La France figure ainsi en bonne place  parmi les pays ayant eu des lauréats (6 fois) juste derrière les Pays-Bas et l’Allemagne (7 fois)  et devant l’Angleterre, l’Italie et le Brésil (5 fois),  puisque depuis 1995 les non –européens jouant en Europe peuvent postuler.

D’ailleurs Georges Weah, l’ancien joueur du PSG, a été élu en 1995, et je regrette que Drogba ou Eto’o ne figurent pas au palmarès, car eux aussi l’auraient mérité. En revanche, coté club, la France est très loin (seulement l’OM avec Papin), ce qui veut dire que pour avoir le Ballon d’Or il fallait  ou il faut jouer en Italie, plus particulièrement à la Juventus et au Milan AC (16 trophées), en Espagne, au Real et au Barça (17 aussi), en Allemagne au Bayern ( 5 ) et en Angleterre à Manchester (4). Normal, c’est dans ces clubs et ces pays que l’on recrutait  les meilleurs joueurs…jusqu’à l’arrivée de nouveaux riches (comme on dit) russes (Chelsea), émiratis (Manchester City) ou qataris (PSG). Enfin, il vaut mieux être attaquant ou milieu de terrain (53 Ballons d’Or) que défenseur (4 Ballons d’Or) ou gardien de but (1 Ballon d’Or). Cela peut paraître injuste car à l’image de Yachine en 1963, un gardien comme Banks dans les années 60 (Angleterre), ou plus près de nous Barthez, Buffon (Italie) ou Casillas (Espagne) auraient mérité eux aussi le trophée. Et cette année ce ne serait pas un scandale si Neuer l’emportait…même si l’on sait qu’il terminera second ou troisième ce qui serait anormal, car Messi ne le mérite pas cette année autant que C. Ronaldo ou Neuer.

Un dernier mot enfin, si je devais choisir le triplé le plus prestigieux ce serait celui de 1959 avec Di Stefano comme Ballon d’Or suivi de Kopa et John Charles (Gallois de la Juventus de Turin). Celui de 1974 avec Cruyff (Pays-Bas), Beckenbauer (Allemagne) et Deyna (Pologne) n’était pas mal non plus, tout comme celui de 1989 avec Van Basten, Baresi et Rijkaard, sans oublier ceux de 2009 et 2011 avec Messi, C. Ronaldo et Xavi, ou celui de 2012  avec Messi, Ronaldo et Iniesta. Cela dit un trio Ronaldo, Neuer, Messi a aussi beaucoup d’allure, ne serait-ce qu’en plaçant un gardien à un niveau inédit depuis 2006 avec l’Italien Buffon. Ce serait aussi le deuxième gardien allemand à être sur le podium après Oliver Kahn en 2001 et 2002. Ce dernier succédait sur ce podium au gardien tchèque Viktor en 1976, lequel fut en quelque sorte le successeur de Yachine, seul gardien, je le répète, à avoir été Ballon d’Or (1963).

Michel Escatafal


Le Ballon d’Or 2013 : une injustice…surtout pour les Français

ballon d'orPour clore définitivement ce chapitre ô combien longuet et fastidieux sur l’attribution à Cristiano Ronaldo du Ballon d’Or 2013, je voudrais rappeler simplement quelques évidences de bon sens. Tout d’abord, même si le Ballon d’Or doit récompenser les résultats de l’année sur le plan de la performance individuelle et en club ou en équipe nationale, il est d’abord une distinction personnelle. Or, sur ce critère strict, il est normal de privilégier en premier le talent pur si, bien évidemment, les statistiques individuelles sont en conformité avec ledit talent. Ainsi cette année il est tout à fait normal que le Ballon d’Or soit attribué à Cristiano Ronaldo aux dépens de Messi, lequel a été victime de trop nombreuses blessures pour espérer concurrencer son rival. A la limite même, Ibrahimovic aurait dû être mieux placé que Messi, car ses statistiques sont affolantes, tant en club qu’en équipe nationale, et il n’est jamais blessé.

Et Ribéry me direz-vous ? Et bien justement je n’en dis pas grand-chose, et j’en arrive à ce que l’on appelle la récompense au nom de l’équipe ayant remporté le plus grand nombre de trophées dans l’année, mais dans ce cas pourquoi privilégier un joueur plutôt qu’un autre. Oui pourquoi, d’autant que cela peut-être trois, quatre ou cinq joueurs qu’il faudrait récompenser et non un seul. Dans le cas du Bayern en 2013, le gardien Neuer, les arrières  Lahm et Alaba, le milieu Schweinsteiger ou Robben méritaient tout autant que Ribéry la distinction, en notant au passage que le collectif du Bayern en est tellement un, qu’aucun joueur ne se dégage réellement de cette équipe. C’est d’ailleurs ce qui différencie le Barça des années précédentes avec le Bayern 2013, car le Barça entre 2009 et 2012 comptait dans ses rangs le meilleur joueur du monde en valeur absolue, en tout cas un des deux meilleurs avec Cristiano Ronaldo, les deux étant très au-dessus de Ribéry. Il faut parfois être sérieux, même si nous parlons de sport !

J’observe à ce propos que l’histoire est là pour nous rappeler que, quel que soit le mode de désignation, ce n’est pas la première fois que pareille situation se produit. Je rappellerais par exemple qu’entre 1956 et 1959, si l’on fait exception de la désignation pour l’ensemble de son œuvre de Stanley Matthews (il avait alors 41 ans) en 1956, lors de l’attribution du premier Ballon d’Or, deux hommes se sont partagés le trophée chacun à tour de rôle, Di Stefano et Kopa, pour la simple raison que c’étaient les deux meilleurs joueurs du monde. Et si en 1958 ce fut Kopa qui gagna le Ballon d’Or sans que Di Stefano ne se place sur le podium, c’est tout simplement parce que Di Stefano jouait pour l’équipe d’Espagne…qui fut incapable de se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde (éliminée par l’Ecosse). Il était donc logique que malgré la victoire du Real en Coupe d’Europe, et malgré le but marqué par Di Stefano lors de la finale contre l’AC Milan (victoire 3-2), Di Stefano ne figure pas parmi les lauréats du Ballon d’Or. Cela étant, entre 1956 et 1959, Di Stefano et Kopa ont totalisé sept podiums dans ce classement.

Platini, qui regrettait lundi soir que depuis 2011 il y ait toujours un duel Messi-Ronaldo, aurait dû se rappeler des années 1956 à 1959 au lieu de considérer le duel Messi-Ronaldo comme une anomalie…parce que Ribéry n’avait pas été choisi malgré tous ses titres avec le Bayern Munich.  Et si j’écris cela c’est pour poser la question suivante : qu’avait gagné Platini quand il remporta le premier de ses trois Ballons d’Or en 1983 ? Tout juste une Coupe d’Italie,  Avait-il été choqué d’avoir la distinction ? Je n’en ai pas le souvenir, et pourtant si on avait dû accorder le Ballon d’Or en 1983 en fonction des résultats, cela aurait été Félix Maggath qui l’aurait eu avec la victoire en C1 de son club, le Hambourg SV, en marquant le but de la victoire en finale,  ainsi que son titre de champion d’Allemagne. Autre chose, je ne me souviens pas avoir entendu Platini s’offusquer quand, en 2003, Thierry Henry fut devancé par Nedved (qui jouait à la Juventus comme autrefois Platini), alors qu’Henry avait remporté la Cup, mais aussi la Coupe des Confédérations et avait été meilleur buteur mondial de l’année.  Cela dit, la virulence de Platini ne s’explique-t-elle pas aussi par son désir de se démarquer de Sepp Blatter, le président de la FIFA ?

 Tout cela pour dire que ces polémiques sur le Ballon d’Or sont à la fois dérisoires et ridicules, surtout dans notre pays…parce qu’un Français, fut-il impopulaire chez lui, était concerné. Gageons que si à la place de Ribéry, Lahm, Neuer ou un autre  avaient été en course pour une des trois premières places, cela n’aurait guère fait que quelques lignes dans les médias français. Au fait, plutôt que parler de Ribéry, ne ferait-on pas mieux d’évoquer aussi le fait qu’un seul gardien (Yachine) et seulement trois défenseurs (Beckenbauer deux fois, Sammer, Cannavaro) en aient été lauréats ? Est-ce qu’un Thiago Silva, pour ne citer que lui, ne l’aurait pas mérité aussi cette année ne serait-ce que sur les critères du palmarès? Après tout le capitaine du PSG et de la sélection brésilienne a enrichi le sien en 2013 d’un titre de champion de France et d’une victoire en Coupe des Confédérations, le Brésil battant en finale l’Espagne (championne du Monde), les deux pays ayant éliminé en demi-finales respectivement l’Uruguay (championne d’Amérique du Sud) et l’Italie (finaliste du dernier championnat d’Europe). Certes la Coupe des Confédérations n’est qu’une petite Coupe du Monde, mais vu le calibre des demi-finalistes (12 victoires en Coupe du Monde à eux quatre), on peut considérer qu’il s’agit d’un très beau trophée.

En conclusion, j’en profiterais pour rappeler une nouvelle fois que notre pays est décidément plein de contradictions…ce qui peut-être fait son charme. Nous aimons beaucoup donner des leçons à la terre entière, fustigeant très souvent le chauvinisme des autres, fustigeant aussi l’arbitrage qui nous serait très souvent défavorable, fustigeant encore le fait que les Français sont en quelque sorte mal-aimés, mais oubliant que nous sommes assommants à force de toujours nous plaindre, y compris quand nous avons de la chance. Il suffit de lire à ce propos les remarques acerbes sur le Paris Saint-Germain, parce que son actionnaire est le Qatar, alors que pour la première fois depuis des lustres nous avons une équipe capable de battre n’importe qui en Europe, alors que ce club repose sur des bases solides avec un projet à long terme, ce qui est une première dans notre pays, alors que ce club apporte enfin à la Ligue 1 la visibilité que mérite notre football avec plus de 2 millions de licenciés chez les hommes (un peu moins de 100.000 chez les femmes). Et oui, nous sommes ainsi, et c’est pour cela que nous attendons depuis si longtemps un titre mondial en F1 (depuis 1994), un vainqueur du Tour de France (depuis 1985), un vainqueur homme d’un tournoi du grand chelem en tennis (depuis 1983)…et une victoire en Ligue des Champions en football (depuis 1993). Peut-être le PSG, dès cette année, comblera-t-il une partie de ces perpétuelles déceptions, et là, du moins je l’espère, plus personne ne se souciera du nom de l’actionnaire du club, sinon ce serait à désespérer de notre pays et de ses valeurs.

Michel Escatafal


Le Stade de Reims et le FC Nantes renouent (un peu) avec leur passé

SRFCNAujourd’hui, comme beaucoup, je pourrais de nouveau évoquer ce fameux Ballon d’Or qui va enfin (ouf !) être attribué ce soir, sans doute à Cristiano Ronaldo, ce qui n’est que justice aux yeux de tous les observateurs avertis et dénués de tout chauvinisme. Cela dit, je vais plutôt parler ce matin du classement de notre Ligue 1 où, plus que jamais, le PSG et l’AS Monaco sont les favoris pour la première et la deuxième place à la fin de la saison, ce qui est normal compte tenu de l’effectif de ces deux clubs, lesquels ont permis de donner du lustre et de la visibilité à notre championnat en attirant en nombre des vedettes du football mondial (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Thiago Motta, Falcao, James Rodriguez, Moutinho).

Mais ce classement m’interpelle aussi parce que j’observe avec beaucoup d’attention les résultats de deux clubs, le Stade de Reims et le FC Nantes, qui furent avec les deux cités précédemment auxquels il faut ajouter l’Olympique de Marseille, l’AS Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais, les plus prestigieux de nos clubs de football. Dans le cas du Stade de  Reims, on peut même dire que seul l’OM a un palmarès qui puisse se comparer au sien, dans la mesure où le Stade de Reims ne s’est pas contenté d’être le meilleur de France dans la décennie 50, car il avait aussi une des deux ou trois meilleures équipes d’Europe pendant cette période, juste derrière le grand Real Madrid.  N’oublions pas que le Stade de Reims c’est six titres de champion de France entre 1949 et 1962, plus deux Coupes de France, et surtout une Coupe Latine (ancêtre de la C1) et deux finales de Coupe d’Europe des clubs.

Les Rémois furent d’ailleurs les pionniers de la réussite des clubs français dans les différentes coupes européennes, réussite au demeurant peu importante en comparaison avec celle de nos voisins anglais, espagnols, italiens, allemands ou même portugais. Cela étant, dans les années 50, la France avait la chance d’avoir dans son championnat une équipe qui rivalisait avec bonheur avec les meilleures des pays qui nous entourent. La preuve, comme je l’ai écrit précédemment, le Stade de Reims remporta la Coupe Latine en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Hélas, le Stade de Reims ne réussira pas à se venger l’année suivante, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, car il fut battu par le Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. C’était d’autant plus rageant pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des deux ou trois plus grandes équipes de club de tous les temps avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective.

Ce fut d’ailleurs le grand drame du Stade de Reims que d’être confronté à cette constellation mythique, d’autant que les Rémois n’avaient pas pour se consoler la possibilité de se rabattre sur la Coupe de l’UEFA ou la Coupe des Coupes qui ne sont apparues respectivement qu’en 1958  (Coupe des villes de foires) et 1961. Si je dis cela c’est parce qu’ils auraient pu en gagner quelques unes dans la mesure où le Real était occupé par la C1 qu’il remporta cinq fois de suite entre 1956 et 1960. Il faut dire que le grand Stade de Reims avait de nombreux atouts qui lui permirent en 1955-56 de ne pas subir la moindre défaite jusqu’à la finale, battant au passage en quart de finale le Voros Lobogo (4-2,4-4), club hongrois qui comptait dans ses rangs plusieurs joueurs (Hidegkuti, Sandor, Sipos, Lantos) de la fameuse équipe qui enchanta le monde du football du début des années 50 jusqu’en 1956.

Parmi les grands joueurs qui composaient cette équipe rémoise, il faut citer en 1953 les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959. Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait être remplacé à partir de 1962 par le F.C. Nantes comme club phare du football français.

C’est surtout au niveau de la qualité du jeu que Nantes allait s’imposer comme le successeur de Reims sous l’impulsion d’un grand entraineur José Arribas, et avec des joueurs comme Eon (gardien), Buszinski, Le Chenadec, De Michele, Suaudeau, Simon, Blanchet, Gondet, l’Argentin Ramon Muller et Touré. Une équipe qui gagnait et qui jouait bien, au point que l’on allait parler de « jeu à la nantaise ». Cela dit, il manquait à cette belle équipe des victoires significatives dans les coupes européennes pour que nous puissions la comparer à la grande équipe rémoise.  En revanche, contrairement au Stade de Reims, grâce à un centre de formation de grande qualité, avec l’apport dans l’organigramme technique du club de joueurs comme Suaudeau et Budzinski, encadrés par Arribas, le FC Nantes va rester très longtemps une place forte du football français.

En outre les Nantais sauront aussi recruter quelques grands joueurs étrangers, comme le Polonais Gadocha qui fut une des vedettes de la Coupe du Monde 1974, mais surtout de préférence argentins comme Marcos ou Bargas, lesquels participèrent activement au titre obtenu en 1973, ce qui s’accordait totalement avec la qualité technique qui était la marque de fabrique du club. Plus tard, à la fin des années 70, avec Vincent comme entraîneur,  le F.C. Nantes « sortit » une nouvelle génération exceptionnelle qui remporta la Coupe de France en 1979 et le championnat en 1980, tout en atteignant les demi-finales de la Coupe des Coupes (éliminé par le F.C. Valence). Dans cette équipe on retrouvait de nombreux joueurs issus du centre de formation, notamment Bossis, Rio, Tusseau, Rampillon, Baronchelli, Pécout et Amisse, ainsi qu’Oscar Muller, fils de Ramon, et aussi doué que lui, tout ce joli monde encadré par les deux Trossero (Enzo et Victor) et Henri Michel,  qui sera resté en tout 16 ans dans le club(1966-1982).

Ensuite le F.C. Nantes continuera cahin-caha à alterner les bonnes années et les moyennes, avec dans ses rangs des joueurs comme Burruchaga (entre 1985 et 1991) qui fut champion du monde avec l’Argentine en 1986, avant de retrouver de nouveau une génération de jeunes joueurs qui allaient faire leur chemin sur tous les terrains d’Europe et du monde. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils s’appelaient Deschamps (parti en 1989), Karembeu, Desailly (parti en 1992), Makelele, mais aussi Pedros ou encore Loko et N’Doram. Ces joueurs formés sous la direction de Suaudeau et Denoueix, donc à la meilleure école, ne resteront pas très longtemps dans le club pour la plupart d’entre eux, mais le F.C. Nantes aura le temps d’empocher un nouveau titre de champion en 1995 avec deux des trois meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs (Loko et Ouedec), et surtout d’aller en demi-finale de la Ligue des Champions en 1996, battu par la Juventus de Vialli, R. Baggio, Ferrara ou Del Piero (0-2,3-2).

Pour nombre de techniciens, l’équipe nantaise méritait d’aller en finale…parce qu’elle était sans doute la meilleure équipe européenne du moment. Elle l’aurait été encore davantage si le club n’avait pas laissé partir à l’intersaison Loko et Karembeu. Malgré tout, telle qu’elle était, avec Casagrande (gardien), Makelele, Ferri, Cauet, N’Doram, Ouedec, Gourvennec ou encore Pedros, cette équipe avait fière allure.  Hélas, jamais le F.C. Nantes n’allait retrouver une telle équipe, même si avec une équipe de jeunes joueurs comme Landreau, Monterrubio, Da Rocha, Carrière, Stéphane Ziani ou Vahirua, Raynald Denoueix (qui avait succédé à Suaudeau comme entraîneur) réussira des miracles en gagnant deux Coupes de France en 1999 et 2000 et le championnat 2001, avant que cette équipe ne se disloque pour son plus grand malheur, au point de se voir engluer jusqu’à l’an passé dans les affres de la Ligue 2.

Mais cette année, malgré des moyens très limités, semble être celle du redressement pour les « Canaris », lesquels sont aujourd’hui installés à la sixième place de la Ligue 1, avec 32 points, après leur victoire ce dernier week-end contre Lorient. Cela signifie qu’il ne leur manque plus que 10 points pour être certains de se maintenir, objectif affiché du club en début de saison. Au passage on soulignera que le F.C. de Nantes a appartenu sans discontinuer à la Ligue 1 (autrefois Division 1) de 1963 à 2007, avec à la clé huit titres de champions de France, auxquels il faut ajouter trois Coupes de France. Une Ligue 1 dont fait aussi partie depuis le début de la saison dernière le Stade de Reims, qui lui-même occupe cette année la septième place…à égalité de points avec le FC Nantes. Quelle magnifique coïncidence ! Et pour couronner le tout, ce Stade de Reims en plein renouveau enchante souvent les spectateurs du Stade Auguste Delaune par la qualité du football pratiqué, même si hier soir les Champenois ont fait subir au LOSC une défaite qui rappelle celle que les Lillois ont infligé à nombre de leurs adversaires depuis le début de la saison, en jouant de manière très défensive. Alors, jusqu’où iront dans l’avenir le Stade de Reims et le FC Nantes ? Nul ne peut le dire, sauf à considérer qu’il ne faut pas trop rêver quand même : jamais sans doute les Rémois et les Nantais ne reviendront avoir une équipe comme celles qu’ils avaient respectivement dans les années cinquante et les années 90.

Michel Escatafal


Briser la malédiction de la Coupe du Monde en Amérique du Sud !

bulgarie-france-1961Nous étions en septembre 1960, et l’Equipe de France, encore auréolée de sa troisième place à la dernière Coupe du Monde en 1958, commençait un exercice dans lequel elle n’a jamais brillé, à savoir la qualification à la phase finale de la Coupe du Monde, en l’occurrence à celle qui devait avoir lieu au Chili en 1962. Voilà déjà une première similitude avec l’évènement qui passionne tellement les Français aujourd’hui, puisque, si la France se qualifie, elle se rendra l’été prochain en Amérique du Sud (Brésil) pour y disputer la Coupe du Monde. Fermons cette première parenthèse, et revenons aux rencontres de qualification pour la Coupe du Monde 1962, où notre équipe nationale rencontrait lors de son premier match la Finlande à Helsinki.

Premier match et première victoire dans la douleur, puisque après avoir vu les modestes Finlandais ouvrir le score sur pénalty à la 36è minute par Palhman, nos Français égalisèrent seulement à la 63è minute par Wisnieski, avant de s’imposer à la 83è minute grâce à un but d’Ujlaki. Ouf, nous avions battu la plus faible équipe du groupe, mais cette Equipe de France, qui ne comprenait que trois titulaires de la Coupe du Monde 1958 (Kaelbel, Wisnieski et Vincent), n’avait rassuré personne, d’autant qu’à part le Toulousain Rytkonen, il n’y avait que des joueurs inconnus dans cette équipe finlandaise.

Les trois matches amicaux suivants, à l’extérieur, match nul contre la Pologne (2-2), et défaites contre la Suisse (6-2) et la Suède (1-0), confirmaient que notre équipe était loin d’être irrésistible, bien au contraire. Les Suisses, notamment, avec 5 buts de leur avant-centre Hugi, avaient perforé la défense française avec une dérisoire facilité, ce qui nous laissait beaucoup d’inquiétudes face aux Bulgares et ses Naidenov, Illiev, Yakimov et leur grande star, l’ailier gauche Kolev, pour le prochain match de qualification au Chili, prévu en décembre à Colombes.

Et bien on avait tort, comme toujours avec l’Equipe de France (c’est la même chose au rugby !), puisque contre toute attente la France s’imposa (3-0) avec des buts de Wisnieski, J.J. Marcel et Cossou en deuxième mi-temps. A ce propos,  je parierais bien sur un même résultat ce soir, surtout après les critiques du match-aller en Ukraine, d’autant que si celle-ci a de très bons joueurs, elle n’en a aucun qui a un niveau exceptionnel. Fermons la parenthèse, et revenons à la suite de cette saison 1960-61, pour noter qu’après son exploit à Colombes, la France a obtenu un pénible match nul (1-1) en ce même lieu contre la Belgique d’Heylens, Hanon et Jurion dans un match amical en mars 1961, qui ne l’était pas complètement dans la mesure où la France avait toujours du mal à battre nos amis belges. Un match où pourtant les Français avaient ouvert le score dès la troisième minute par Piantoni, ce qui ne les avait pas libérés pour autant. Espérons que ce soir, si les Français ouvrent très rapidement le score, ce sera différent !

Un peu plus tard, le 2 avril à Madrid, l’Espagne s’imposera très facilement face à nos Tricolores, grâce à deux buts du joueur du F.C. Barcelone, Gensana, et de l’ailier du Real, Gento. Etait-ce une contre-performance d’avoir perdu en Espagne ? Sans doute pas, car nos voisins espagnols disposaient dans leur équipe nationale de très grands joueurs comme l’arrière droit du Barça Rivilla, l’arrière central du Real Santamaria, l’équivalent à l’époque de Thiago Silva, et d’une attaque extraordinaire avec Tejada, Kubala, Di Stefano, Del Sol et Gento. En face, la France avait dans ses rangs un Kopa vieillissant, qui n’a d’ailleurs pas fini la partie, les héros de Suède qu’étaient Douis et Marcel, plus Muller (qui jouera au Real et à Barcelone) et Rodzik, mais c’était insuffisant face aux cracks espagnols issus presque tous de leurs deux clubs phares, le Real et le Barça, sans doute les deux meilleurs clubs européens du moment. Cela dit, de là à penser que la France n’irait pas au Chili, il y avait un pas que personne n’osait franchir. La preuve, au match retour au Parc des Princes fin septembre, l’Equipe de France écrasait les modestes Finlandais (5-1), ce qui ne faisait que conforter les certitudes des supporters français.

En revanche le match amical suivant ne laissait présager rien de bon, car les Belges battaient nettement les Français au Heysel (3-0). Une sorte de douche froide, mais aussi pour d’autres un avertissement avant d’aller en Bulgarie à Sofia affronter les coéquipiers de Kolev devant 60.000 spectateurs déchaînés. Un match nul suffisait aux Français pour se qualifier,  et ils le tinrent ce résultat nul jusqu’à la 89è minute (but d’Illiev). A une minute près la France était qualifiée…mais elle ne l’était pas encore, même si elle n’était pas éliminée puisqu’il y avait un match d’appui à disputer sur terrain neutre. Avant ce match d’appui, comme pour se rassurer, notre équipe obtenait un très bon match nul contre l’Espagne et ses vedettes (1-1), moins d’une semaine avant de se rendre à Milan disputer ce fameux match d’appui qui devait en toute logique (française) amener notre équipe au Chili en juin 1962.

Milan, stade de San Siro qui sonnait creux (34.000 spectateurs pour une capacité maximale de 80.000), le 16 décembre 1961, pour ce match d’appui entre la France et la Bulgarie. Tel était le décor de cette rencontre arbitrée par un arbitre italien, Lo Bello, dont le fils sera lui aussi arbitre international. Il n’influencera pas vraiment l’issue du match, puisque le but bulgare sera inscrit par…l’arrière central français et capitaine André Lerond, par ailleurs excellent, qui dévia un tir de Yakimov à la 47è minute de la partie, rendant impuissant notre gardien, Pierre Bernard. Un but que les Français ne purent jamais remonter malgré les assauts, plus ou moins désordonnés, des attaquants qui s’appelaient Wisnieski, Muller, Skiba, Heutte et Van Sam. Un but qui empêchait l’Equipe de France de participer à la Coupe du Monde au Chili, comme ce fut le cas en 1950 pour la Coupe du Monde au Brésil.

A croire que la Coupe du Monde en Amérique du Sud  est interdite aux Français…depuis 1930, date de la première Coupe du Monde, voire même en Amérique tout court, en pensant au triste résultat de 1993 où, il y a presque 20 ans jour pour jour (17 novembre), la France avec ses Lama, Desailly, Blanc, Petit, Deschamps (tous futurs champions du monde en 1998), plus Papin, Cantona et Ginola, fut aussi éliminée par la Bulgarie de Stoitchkov, au Parc des Princes, dans les derniers instants du match sur un but de Kostadinov. Est-ce un mauvais présage ? Réponse, ce soir. Mais si les Français se qualifient, non seulement ils auront mis fin à cette malédiction, mais surtout ils auront réussi un fameux exploit, puisqu’aucune équipe ne s’est qualifiée en barrages en ayant été battu…sur le score d’Ukraine-France. Cela dit, les Français, je le répète encore une fois, ne sont jamais aussi forts que quand on les donne perdants. Là, au fond, personne ne croit vraiment à une qualification contre l’Ukraine…et c’est pour cela que notre équipe ira au Brésil.

Michel Escatafal


De Di Stefano (Real Madrid) à Messi (F.C. Barcelone)

Nombre d’amateurs de football ne cessent de parler de meilleure équipe de club de l’histoire en évoquant les exploits du F.C. de Barcelone et de Messi. Pour eux, l’histoire se résume évidemment à ces dix dernières années, et encore. Tout le reste n’existe plus ! Et pourtant il faut être présomptueux pour affirmer que telle équipe ou tel joueur est le meilleur, comme on a tendance à le faire pour tous les sports. En outre, dans les sports collectifs il y a aussi l’environnement qui joue énormément. Même si un joueur est le meilleur du monde, si son club n’a que lui il ne pourra pas gagner grand-chose. Bref, tout dépend avec qui il évolue, ce qui peut faire de lui un héros ou un joueur surcoté, et ce même s’il a prouvé précédemment qu’il pouvait être le meilleur ou un des tous meilleurs.

Pour moi, le meilleur de ces exemples fut le Brésilien Didi, qui n’a pas fait la carrière qu’il aurait dû faire au Real Madrid à la fin des années 50, alors qu’il était le meneur de jeu d’une des deux meilleures équipes brésiliennes de l’histoire, celle de Gilmar, Nilton Santos, Zito, Garrincha, Vava et Pelé. Certes son bilan au Real a été correct, si l’on considère qu’il disputa 19 matches en marquant 6 buts, mais en fait il était remplaçant, car si Kopa pouvait jouer avec Di Stefano en occupant le poste d’ailier droit où il était très à son aise, Didi ne pouvait pas jouer avec Di Stefano qui était le joueur numéro un du Real…et de la planète foot. Et pourtant Didi a sa place parmi les meilleurs joueurs de l’histoire, comme il l’a prouvé en retournant dans son pays en 1960 après son expérience ratée au Real, en redevenant le génial meneur de jeu de l’équipe du Brésil vainqueur de la Coupe du Monde au Chili en 1962. Au total il aura marqué 20 buts en 68 matches avec l’équipe du Brésil, ce qui est très convenable pour un joueur qui n’évoluait pas en pointe.

Après ce long préambule, je vais évoquer aujourd’hui cinq équipes qui ont marqué l’histoire du football depuis le début des années 50, et qui avaient la particularité d’avoir dans leurs rangs le meilleur joueur de l’époque. Il est même arrivé qu’un club ait dans ses rangs les deux, voire même les trois meilleurs, luxe que pouvait se payer le grand Real Madrid des années 50. Cela est arrivé en 1958 quand le Real, qui avait déjà dans ses rangs Di Stefano et Kopa, qui ont monopolisé les Ballons d’Or entre 1957 et 1959, a ajouté un autre immense joueur à son extraordinaire équipe, en la personne du Hongrois Puskas. Evidemment cette équipe-là était tout simplement irrésistible, et capable de tous les exploits si le besoin s’en faisait sentir. En tout cas le Real de Di Stefano, car c’était lui le patron sur le terrain, a réussi l’exploit inégalé à ce jour de remporter cinq Coupes d’Europe (ancêtre de la Ligue des Champions) consécutivement, entre 1956 et 1960, plus cette même année la première Coupe Intercontinentale contre le club uruguayen de Penarol.  

Pour autant, peut-on dire que le Real Madrid, qui avait aussi dans ses rangs des joueurs comme Marquitos, Santamaria, Munoz, Zarraga, Rial et Gento, qui pratiquait un football très ouvert, a été la plus grande équipe de tous les temps ? Peut-être sur le plan du palmarès, mais la concurrence était-elle la même que de nos jours ? Pas sûr, même si en Espagne le Real était confronté à son éternel rival, le F.C. Barcelone de Ramallets, Garay, Gensana, Kubala, Kocsis, Evaristo, Suarez et Czibor, qui formaient une équipe redoutable. Et en Europe, il y avait aussi les équipes italiennes comme la Fiorentina de Sarti, Cervato, Segato, Gratton, Virgili et Montuori, ou le Milan AC de Fontana, Cesare Maldini, Liedholm, Schiaffino et Grillo, sans oublier le Stade de Reims de Fontaine, Piantoni, Vincent, Penverne et Jonquet.

A la fin de la période hégémonique du Real, la meilleure équipe de club était brésilienne, ce qui se concevait parfaitement dans la mesure où c’était l’équipe brésilienne de Santos, laquelle comptait dans ses rangs celui qui est considéré par tout le monde comme le plus grand joueur que le football ait produit, Pelé. Et Pelé, en plus, était entouré par plusieurs champions du monde brésiliens comme le gardien Gilmar, sans doute un des deux ou trois meilleurs de l’époque, plus l’arrière central Mauro, le demi Zito, l’avant-centre Coutinho et l’ailier gauche Pepe, un fantastique tireur de coup-francs. Cette équipe de Santos, qui faisait nombre de tournées à travers le monde, pratiquait un football offensif à la brésilienne. Elle a remporté en plus de la Copa Libertadores (équivalent en Amérique du Sud de la Coupe d’Europe), deux Coupes Intercontinentales en 1962, d’abord contre Benfica, l’équipe d’Humberto, Cavem, Coluna, Augusto et Eusebio qui venait de gagner deux Coupes d’Europe consécutives, puis l’année suivante contre le Milan AC où opéraient entre autres deux joueurs brésiliens, Altafini et Amarildo, ce dernier ayant parfaitement remplacé Pelé quand ce dernier fut blessé pendant la Coupe du Monde 1962. Cela signifie que Santos était bien la meilleure équipe de club de l’époque, avec comme figure de proue le roi Pelé, comme on l’avait surnommé en raison du nombre hallucinant de buts qu’il marqua au cours de sa carrière (680 en 720 matches officiel et 77 en 92 matches avec la Seleçao)..

Dans les années 70, la meilleure équipe, du moins celle qui a le plus marqué l’histoire à la fois par son palmarès et par le jeu qu’elle pratiquait, s’appelait l’Ajax d’Amsterdam, le « Grand Ajax » comme on dit. Cette équipe entraînée par Rinus Michels, puis par le futur sélectionneur de l’équipe de France, le Roumain Stefan Kovacs, pratiquait ce que l’on appelle un football total, tout le monde défendant et tout le monde attaquant. Mais sans la présence dans ses rangs du meilleur joueur de la planète du moment, Johann Cruyff, elle n’aurait pas remporté trois Coupes d’Europe en suivant (1971, 1972, 1973), ni la Coupe Intercontinentale en 1972, même si Cruyff (trois Ballons d’Or entre 1971 et 1974) était entouré par des joueurs aussi talentueux que Suurbier, Krol, Neeskens, Haan, Rep ou Keizer. Cependant cette équipe était quand même très tributaire de l’extraordinaire talent de Cruyff, la meilleure preuve en étant qu’elle ne se remit pas vraiment de son départ en fin de saison 1973 vers le F.C. Barcelone, où il allait faire une belle carrière, même si elle fut moins fructueuse en titres qu’à l’Ajax, preuve si besoin en était qu’un joueur est tributaire de son entourage sur le terrain. Fermons la parenthèse pour noter aussi que Cruyff fut aussi brillant en sélection qu’il le fut en club, emmenant l’équipe des Pays-Bas en finale de la Coupe du Monde 1974, et marquant 33 buts en 48 sélections.

En fait il ne manqua à Cruyff qu’une victoire en Coupe du Monde, et cette remarque vaut aussi pour celui qui allait marquer son époque au début des années 80, notre Michel Platini,  premier joueur à avoir remporté le Ballon d’Or trois fois consécutivement entre 1983 et 1985. Après avoir débuté à l’AS Nancy-Lorraine, puis être passé par l’AS Saint-Etienne (entre 1979 et 1982), meilleur club français de la fin des années 70, Platini signa à la Juventus de Turin, un des clubs les plus prestigieux d’Europe, où il allait démontrer un talent extraordinaire, multipliant trophées et récompenses, au point d’avoir été désigné comme meilleur « Bianconero » de tous les temps. Avec Platini, la Juve va remporter deux titres de champion d’Italie, une Coupe d’Italie, une Coupe des vainqueurs de Coupe, la Coupe d’Europe des clubs champions et la Coupe Intercontinentale.

A cette époque la Juventus de Turin était bel et bien la meilleure équipe du monde, et Platini le meilleur joueur, à la fois remarquable organisateur et buteur exceptionnel. En effet, bien qu’étant milieu de terrain, Platini fut trois fois meilleur buteur du championnat d’Italie entre 1983 et 1985, performance tout à fait inouïe. Certes il y avait dans son équipe de très grands joueurs comme les arrières Scirea et Cabrini, les milieux Tardelli et le Polonais Boniek, ou encore les attaquants Bettega et Paolo Rossi, mais celui qui tirait l’équipe vers le haut était incontestablement Michel Platini. Ce dernier sera aussi le meneur de jeu et capitaine de l’Equipe de France, remportant le championnat d’Europe des Nations en 1984, en étant de surcroît meilleur buteur de la phase finale (9 buts en 5 matches). Enfin, s’il ne parvint pas à remporter la Coupe du Monde (demi-finaliste en 1982 et 1986), il fut longtemps le meilleur buteur des Bleus avec 41 buts en 72 sélections.

La dernière équipe dont je voudrais parler est celle du F.C. Barcelone, le fameux Barça, incontestablement la meilleure équipe du nouveau siècle avec ses victoires en Ligue des Champions en 2006, 2009 et 2011, mais aussi sa victoire en Coupe Intercontinentale en 2004 et ses deux Coupes du Monde des clubs (qui a remplacé la Coupe Intercontinentale) en 2009 et 2011. Un palmarès extraordinaire en six ans, avec comme figure de proue un joueur fantastique, Lionel Messi. Là aussi, les qualificatifs ne suffisent pas, les jeunes considérant que Messi est le meilleur de tous les meilleurs. Est-ce exagéré ? Sans doute, en tout cas prématuré. Il faudra déjà attendre la fin de sa carrière pour se faire une idée plus précise, car même si Messi multiplie les trophées avec le Barça, même si les distinctions à titre individuel prouvent qu’il est incontestablement le meilleur joueur actuel, il lui restera à faire preuve de la même régularité dans ses performances avec l’équipe d’Argentine, que celle dont ont fait preuve Pelé avec le Brésil , Cruyff avec les Pays-Bas, Platini avec l’équipe de France ou Di Stefano (29 buts en 37 matches internationaux avec l’Argentine et l’Espagne). Pour l’instant Messi affiche des statistiques incroyables avec le Barça (241 buts en 320 matches), mais est beaucoup moins prolifique avec l’équipe d’Argentine (22 buts en 67 matches), ce qui le place très loin de ses glorieux prédécesseurs.

A ce propos nombreux sont ceux qui se posent la question de savoir pourquoi il y a une telle différence entre le rendement de Messi, irrésistible avec son club, et celui qu’il a avec l’équipe d’Argentine. Peut-être, tout simplement, que dans la sélection argentine il n’a pas les mêmes affinités avec ses coéquipiers, fussent-ils très brillants (Samuel, Di Maria, Mascherano, Higuain, Aguerro, Tevez etc.), qu’avec l’équipe du F.C. Barcelone où tout tourne autour de lui, avec des coéquipiers de grand talent pour l’entourer, comme Puyol, Abidal, Busquet, Piqué, Xavi, Iniesta, ou précédemment E’too et Henry ? En tout cas, s’il veut rejoindre les plus grands joueurs du passé, il devra amener l’équipe d’Argentine a un niveau qu’elle n’a plus atteint depuis l’époque de Maradona.

Maradona justement, qui est avec le Brésilien Ronaldo (deux fois Ballon d’Or en 1997 et 20002), un des deux plus grands joueurs de l’histoire, a n’avoir pas gagné la Coupe d’Europe (C1) ou la Ligue des Champions. En revanche, l’un et l’autre remportèrent la Coupe du Monde, pour Maradona en 1986 (finaliste en 1990), et pour Ronaldo en 1994 (sans jouer), et en 2002, plus une finale (contre la France) en 1998, ce dernier ayant des statistiques excellentes en équipe du Brésil (62 buts en 97 sélections). Il a aussi le meilleur total pour un joueur dans les différentes Coupes du Monde avec 15 buts marqués, après avoir été meilleur buteur de la compétition en 2002 avec 8 buts.

Dommage qu’il n’ait jamais gagné la Ligue des Champions avec ses différents clubs, mais il a quand même à son palmarès une Coupe des Coupes (1997 avec le Barça), une Coupe de l’UEFA (1998 avec l’Inter), et une Coupe Intercontinentale (en 2002 avec le Real), en plus de titres nationaux. En revanche pour Maradona, la liste des trophées internationaux se résume à une Coupe de l’UEFA en 1989 avec Naples, et ce bien qu’il ait opéré pendant deux ans au Barça. Ses statistiques en sélection sont également relativement faibles par rapport à Platini, avec qui il a partagé le leadership mondial dans les années 80.  En effet, comme Messi il a été beaucoup plus efficace en club qu’en équipe nationale. Pour mémoire, il a marqué 35 buts en 91 sélections avec l’équipe d’Argentine, alors qu’en club son ratio est nettement meilleur avec 311 buts pour 589 matches.

Cela dit, il ne faut tirer aucune conclusion de toutes ces statistiques pour savoir quelle fut la meilleure équipe de club, et quel fut le meilleur joueur de l’histoire, en mettant à part Pelé qui fait l’unanimité de tous les techniciens. Sinon, je dirais que Di Stefano fut le meilleur dans les années 50, Pelé dans les années 60, Cruyff dans les années 70, Platini dans les années 80, Maradona à la fin des années 80 et au début des années 90, Ronaldo pendant la période à cheval sur la fin du siècle passé et le début du nouveau, et Lionel Messi de nos jours. En disant cela je ne prends aucun risque, et je suis certain de ne pas me tromper.

Michel Escatafal