C’était il y a bientôt 56 ans…et il n’en reste plus beaucoup

Brésil 1958Alors que tout le monde en France et en Europe ne parle que du tirage au sort de la Ligue des Champions, et plus particulièrement chez nous de celui du Paris Saint-Germain qui sera opposé à Chelsea, tirage a priori très difficile pour le club parisien, alors aussi que l’on vient d’apprendre le décès, à l’âge de 100 ans, de l’ancien gardien de but René Llense, doyen des joueurs internationaux français, qui a participé aux Coupes du mondes 1934 et 1938, je voudrais évoquer aujourd’hui l’équipe nationale du Brésil 1958, une des quatre ou cinq plus fortes de l’histoire du football, qui vient de voir disparaître son capitaine lors de la Coupe du monde 1958, Bellini. Evidemment, pour nombre d’internautes dont l’histoire commence à l’an 2000, cette équipe ne présente plus guère d’intérêt, mais dans cette équipe il y avait quand même des joueurs qui s’appellent ou s’appelaient Pelé, que tout le monde ou presque considère comme le meilleur footballeur de tous les temps, mais aussi Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Orlando, Zito, Didi, Garrincha, Vava, Zagalo, sans oublier De Sordi, Altafini, Mauro, Zozimo et Pepe. Que des noms de joueurs qui étaient tous les meilleurs ou parmi les meilleurs à leur poste. Bref, une constellation d’étoiles qui valait bien celle de l’équipe d’Espagne 2008-2010, qui fait référence de nos jours. En fait, pour nombre d’amateurs de football, il n’y a guère que la Hongrie de période 1952-1956 ou le Brésil 1970, qui puisse soutenir réellement la comparaison avec les champions du monde 1958.

Si j’évoque cette équipe aujourd’hui, c’est parce que la « grande faucheuse », comme on disait à l’époque du Moyen Âge ou de la Renaissance, continue son œuvre macabre et envoie au paradis des footballeurs les derniers rescapés de cette formation qui avait enfin délivré tout un peuple, surtout après la terrible déconvenue du Maracana contre l’Uruguay en 1950. Elle aurait pu attendre quand même un peu plus longtemps, car trois d’entre eux étaient décédés entre les mois de juillet et août dernier, à savoir Djalma Santos (23 juillet), De Sordi (24 août) et Gilmar (25 aout). Elle avait d’ailleurs opéré de la même manière en 2002, avec les décès de Mauro, Vava et Dida. Au total, ils ne sont plus que sept encore en vie (Zito, Pepe, Zagallo, Pelé, Dino Santi, Moacir et Altafini qui était surnommé à l’époque Mazzola (en souvenir de Valentino Mazzola, père de Sandro, super joueur décédé en 1949 dans un accident d’avion à Superga avec l’équipe du Torino), ce qui signifie que quinze footballeurs sur les vingt-deux qui ont remporté la Coupe du Monde 1958 ont disparu, dont huit qui ont disputé la finale le 29 juin 1958 à Stockholm contre l’équipe de Suède qui, elle, compte cinq rescapés parmi ceux qui disputèrent cette finale (Parling, Gustavsson, Borjesson, Hamrin, Simonsson), les six autres (Svensson, Bergmark, Axbom, Liedholm, Gren et Skoglund) ayant eux aussi rejoint leur paradis.

Reprenons à présent un à un les joueurs qui nous ont quittés depuis 1958, en commençant par le gardien remplaçant Castilho, décédé en 1987. Autre remplaçant, l’arrière gauche Oreco, mort en 1985, alors que le défenseur central, Zozimo, remplaçant en 1958 mais titulaire lors de la finale en 1962, est décédé en 1977. Un autre champion du monde remplaçant en 1958, titulaire en défense centrale en 1962 en étant devenu le capitaine de l’équipe, Mauro, est mort en 2002. Un an plus tard ce sera au tour de Martins, demi remplaçant en 1958, de disparaître. Par parenthèse, ce joueur a fait partie des rares joueurs brésiliens qui s’expatriaient à l’époque en jouant au Valence FC de 1958 à 1961. Enfin, dernier remplaçant à décéder (en 2002), l’attaquant Dida (6 sélections et 4 buts), qui aurait eu sa place partout ailleurs, mais barré par meilleur que lui à l’époque, notamment un certain Garrincha.

L’évocation de ce nom, ô combien prestigieux, me permet de faire la transition toute trouvée avec les joueurs décédés qui ont le plus largement participé à remporter la Coupe du Monde en 1958, en commençant par Bellini, décédé la semaine dernière, qui était un excellent arrière central dans le système en 4-4-2 du Brésil. Ce n’était pas le meilleur joueur de cette équipe mythique, mais comme ce sera le cas pour Didier Deschamps quarante ans plus tard pour la France, il restera à jamais dans l’histoire comme le premier footballeur brésilien à avoir brandi le trophée récompensant l’équipe vainqueur d’une Coupe du Monde, mais aussi comme un de ceux qui ont largement participé à la victoire en se comportant avec calme et précision au moment où l’équipe en avait besoin. Bellini gagnera aussi la Coupe du Monde suivante au Chili, mais, en 1962, il n’était plus titulaire. Autre défenseur emblématique de cette fameuse équipe du Brésil 1958, Nilton Santos, arrière gauche de grand talent, peut-être le meilleur à son poste à l’époque, décédé le 27 novembre dernier.

Cela étant, pour ceux qui ont lu l’épopée brésilienne de 1958, il y avait deux grandes vedettes, comme on disait à l’époque, Didi le meneur de jeu et Garrincha. Ce dernier fut peut-être le meilleur ailier que le football ait connu jusqu’à son époque, voire après. Avec ses jambes torses, son dribble, toujours le même, était irrésistible. Rares, très rares furent les défenseurs à savoir le contenir, au point pour certains de devenir fous à force de voir ce diable de joueur leur échapper, malgré leur attention à surveiller le côté où il enclenchait son dribble. Il fut sélectionné à 50 reprises dans la Seleçao, marquant 12 buts dont 4 pendant la Coupe du Monde 1962, où il remplaça plus qu’avantageusement Pelé blessé, marquant 2 buts très importants contre l’Angleterre en poules éliminatoires et 2 en demi-finale contre le Chili, pays organisateur. C’était d’ailleurs un excellent buteur malgré son poste excentré, puisqu’il marqua 232 buts en 531 matches avec Botafogo, où il fit l’essentiel de sa carrière avant de se perdre dans l’alcool et les déboires conjugaux, finissant sa vie sportive complètement ruiné. Il mourra en 1983 à l’âge de 50 ans.

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site de Didi, pour souligner qu’il nous a quittés en 2001, après avoir été deux fois champion du monde pendant ses 68 sélections dans l’équipe du Brésil. En revanche je n’ai jamais évoqué le nom de De Sordi, mort le 24 août 2013. De Sordi était arrière droit et a compté 22 sélections pour la Seleçao, et son rôle ne fut pas négligeable dans la Coupe du Monde 1958. Rappelons que c’était lui l’arrière droit lors du fameux match contre la France, où il était chargé de marquer un autre grand joueur disparu quelques jours auparavant (le 13 août), Jean Vincent.

Un autre défenseur, arrière central titulaire aux côtés de Bellini pendant la Coupe du Monde en Suède, est mort en 2010. Il s’agit d’Orlando (30 sélections), qui a longtemps joué à Vasco de Gama où il a fini sa carrière, après avoir aussi opéré en Argentine (Boca Junior) de 1961 à 1965, et au F.C. Santos jusqu’en 1969. A propos de Santos, c’est le moment de parler du plus grand gardien brésilien de l’histoire de la Seleçao, Gilmar, lequel a joué pendant sept ans (1962-1969) dans ce club que Pelé a rendu célèbre, après avoir opéré aux Corinthians entre 1951 et 1961. Gilmar, qui est mort le 25 août 2013, était un très grand gardien, calme, brillant sur sa ligne, qui a maintes fois sauvé son équipe.

On n’oubliera pas que le premier à lui avoir inscrit un but dans la Coupe du Monde 1958 était…Just Fontaine, meilleur buteur de cette Coupe du monde avec l’invraisemblable total de 13 buts, sur une magistrale ouverture de Kopa. Gilmar sera tout aussi brillant lors de la Coupe du Monde 1962, participant lui aussi largement à la deuxième victoire consécutive du Brésil, comme Djalma Santos (aucun lien de parenté avec Nilton), disparu le 23 juillet dernier, remarquable arrière droit, sélectionné à 98 reprises dans l’équipe du Brésil. Enfin, parmi ces champions du monde 1958, il y a un joueur qui mérite à lui seul, surtout pour nous Français, un chapitre à part, l’avant-centre Vava, mort en 2002.

Certes ce n’est pas un des joueurs qui ont le plus porté le maillot du Brésil, car il ne compte qu’une vingtaine de sélections, ce n’était pas non plus un technicien comme les Brésiliens en découvrent des dizaines chaque année, mais c’était un redoutable buteur, puisqu’il a marqué 15 buts dans sa carrière internationale, dont 9 en Coupe du Monde (5 en 1958 et 4 en 1962). Sur bien des plans Vava aura été un joueur très particulier. En effet, cet ancien demi ou comme nous disons aujourd’hui milieu de terrain, est devenu avant-centre lors de son arrivée à Vasco de Gama. Il ne fut sélectionné la première fois qu’en 1958, juste avant la Coupe du Monde, commençant l’épreuve comme remplaçant d’Altafini avant de prendre sa place. Il sera deux fois champion du monde en 1958 et en 1962, marquant le premier but en demi-finale contre la France en 1958, puis deux buts en finale. Quatre ans plus tard, il scellera la victoire en finale contre la Tchécoslovaquie. Autre particularité, il jouera avec succès en Espagne, précisément à l’Altlético de Madrid entre 1958 et 1961.

Cela dit, pour nous Français, ce qu’on retient d’abord de Vava, c’est d’avoir blessé Robert Jonquet (décédé en 2008), notre arrière central en demi-finale de la Coupe du Monde 1958, alors que les deux équipes étaient à égalité. Que se serait-il passé si Vava n’avait pas blessé Jonquet ? Nul ne peut le dire, car contrairement à tout ce qu’on peut lire un peu partout, nos Français avaient fait jusque-là jeu égal avec les Brésiliens, et si ces derniers l’emportèrent finalement (5-2), c’était parce que notre équipe a joué à 10 la totalité de la deuxième mi-temps, le remplacement d’un joueur blessé étant interdit à cette époque. Je ne sais pas si au paradis des footballeurs Vava a retrouvé Jonquet, mais sûrement que si l’un prétend que sans cette blessure du défenseur français le sort du match n’en aurait pas été changé, l’autre répliquera que sans ce fait de jeu le nom du vainqueur aurait pu être différent. C’était il y a presque 56 ans, mais pour nombre d’amateurs de football en France nés dans l’immédiat après-guerre, la question reste posée.

Michel Escatafal


Le Stade de Reims et le FC Nantes renouent (un peu) avec leur passé

SRFCNAujourd’hui, comme beaucoup, je pourrais de nouveau évoquer ce fameux Ballon d’Or qui va enfin (ouf !) être attribué ce soir, sans doute à Cristiano Ronaldo, ce qui n’est que justice aux yeux de tous les observateurs avertis et dénués de tout chauvinisme. Cela dit, je vais plutôt parler ce matin du classement de notre Ligue 1 où, plus que jamais, le PSG et l’AS Monaco sont les favoris pour la première et la deuxième place à la fin de la saison, ce qui est normal compte tenu de l’effectif de ces deux clubs, lesquels ont permis de donner du lustre et de la visibilité à notre championnat en attirant en nombre des vedettes du football mondial (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Thiago Motta, Falcao, James Rodriguez, Moutinho).

Mais ce classement m’interpelle aussi parce que j’observe avec beaucoup d’attention les résultats de deux clubs, le Stade de Reims et le FC Nantes, qui furent avec les deux cités précédemment auxquels il faut ajouter l’Olympique de Marseille, l’AS Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais, les plus prestigieux de nos clubs de football. Dans le cas du Stade de  Reims, on peut même dire que seul l’OM a un palmarès qui puisse se comparer au sien, dans la mesure où le Stade de Reims ne s’est pas contenté d’être le meilleur de France dans la décennie 50, car il avait aussi une des deux ou trois meilleures équipes d’Europe pendant cette période, juste derrière le grand Real Madrid.  N’oublions pas que le Stade de Reims c’est six titres de champion de France entre 1949 et 1962, plus deux Coupes de France, et surtout une Coupe Latine (ancêtre de la C1) et deux finales de Coupe d’Europe des clubs.

Les Rémois furent d’ailleurs les pionniers de la réussite des clubs français dans les différentes coupes européennes, réussite au demeurant peu importante en comparaison avec celle de nos voisins anglais, espagnols, italiens, allemands ou même portugais. Cela étant, dans les années 50, la France avait la chance d’avoir dans son championnat une équipe qui rivalisait avec bonheur avec les meilleures des pays qui nous entourent. La preuve, comme je l’ai écrit précédemment, le Stade de Reims remporta la Coupe Latine en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Hélas, le Stade de Reims ne réussira pas à se venger l’année suivante, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, car il fut battu par le Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. C’était d’autant plus rageant pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des deux ou trois plus grandes équipes de club de tous les temps avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective.

Ce fut d’ailleurs le grand drame du Stade de Reims que d’être confronté à cette constellation mythique, d’autant que les Rémois n’avaient pas pour se consoler la possibilité de se rabattre sur la Coupe de l’UEFA ou la Coupe des Coupes qui ne sont apparues respectivement qu’en 1958  (Coupe des villes de foires) et 1961. Si je dis cela c’est parce qu’ils auraient pu en gagner quelques unes dans la mesure où le Real était occupé par la C1 qu’il remporta cinq fois de suite entre 1956 et 1960. Il faut dire que le grand Stade de Reims avait de nombreux atouts qui lui permirent en 1955-56 de ne pas subir la moindre défaite jusqu’à la finale, battant au passage en quart de finale le Voros Lobogo (4-2,4-4), club hongrois qui comptait dans ses rangs plusieurs joueurs (Hidegkuti, Sandor, Sipos, Lantos) de la fameuse équipe qui enchanta le monde du football du début des années 50 jusqu’en 1956.

Parmi les grands joueurs qui composaient cette équipe rémoise, il faut citer en 1953 les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959. Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait être remplacé à partir de 1962 par le F.C. Nantes comme club phare du football français.

C’est surtout au niveau de la qualité du jeu que Nantes allait s’imposer comme le successeur de Reims sous l’impulsion d’un grand entraineur José Arribas, et avec des joueurs comme Eon (gardien), Buszinski, Le Chenadec, De Michele, Suaudeau, Simon, Blanchet, Gondet, l’Argentin Ramon Muller et Touré. Une équipe qui gagnait et qui jouait bien, au point que l’on allait parler de « jeu à la nantaise ». Cela dit, il manquait à cette belle équipe des victoires significatives dans les coupes européennes pour que nous puissions la comparer à la grande équipe rémoise.  En revanche, contrairement au Stade de Reims, grâce à un centre de formation de grande qualité, avec l’apport dans l’organigramme technique du club de joueurs comme Suaudeau et Budzinski, encadrés par Arribas, le FC Nantes va rester très longtemps une place forte du football français.

En outre les Nantais sauront aussi recruter quelques grands joueurs étrangers, comme le Polonais Gadocha qui fut une des vedettes de la Coupe du Monde 1974, mais surtout de préférence argentins comme Marcos ou Bargas, lesquels participèrent activement au titre obtenu en 1973, ce qui s’accordait totalement avec la qualité technique qui était la marque de fabrique du club. Plus tard, à la fin des années 70, avec Vincent comme entraîneur,  le F.C. Nantes « sortit » une nouvelle génération exceptionnelle qui remporta la Coupe de France en 1979 et le championnat en 1980, tout en atteignant les demi-finales de la Coupe des Coupes (éliminé par le F.C. Valence). Dans cette équipe on retrouvait de nombreux joueurs issus du centre de formation, notamment Bossis, Rio, Tusseau, Rampillon, Baronchelli, Pécout et Amisse, ainsi qu’Oscar Muller, fils de Ramon, et aussi doué que lui, tout ce joli monde encadré par les deux Trossero (Enzo et Victor) et Henri Michel,  qui sera resté en tout 16 ans dans le club(1966-1982).

Ensuite le F.C. Nantes continuera cahin-caha à alterner les bonnes années et les moyennes, avec dans ses rangs des joueurs comme Burruchaga (entre 1985 et 1991) qui fut champion du monde avec l’Argentine en 1986, avant de retrouver de nouveau une génération de jeunes joueurs qui allaient faire leur chemin sur tous les terrains d’Europe et du monde. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils s’appelaient Deschamps (parti en 1989), Karembeu, Desailly (parti en 1992), Makelele, mais aussi Pedros ou encore Loko et N’Doram. Ces joueurs formés sous la direction de Suaudeau et Denoueix, donc à la meilleure école, ne resteront pas très longtemps dans le club pour la plupart d’entre eux, mais le F.C. Nantes aura le temps d’empocher un nouveau titre de champion en 1995 avec deux des trois meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs (Loko et Ouedec), et surtout d’aller en demi-finale de la Ligue des Champions en 1996, battu par la Juventus de Vialli, R. Baggio, Ferrara ou Del Piero (0-2,3-2).

Pour nombre de techniciens, l’équipe nantaise méritait d’aller en finale…parce qu’elle était sans doute la meilleure équipe européenne du moment. Elle l’aurait été encore davantage si le club n’avait pas laissé partir à l’intersaison Loko et Karembeu. Malgré tout, telle qu’elle était, avec Casagrande (gardien), Makelele, Ferri, Cauet, N’Doram, Ouedec, Gourvennec ou encore Pedros, cette équipe avait fière allure.  Hélas, jamais le F.C. Nantes n’allait retrouver une telle équipe, même si avec une équipe de jeunes joueurs comme Landreau, Monterrubio, Da Rocha, Carrière, Stéphane Ziani ou Vahirua, Raynald Denoueix (qui avait succédé à Suaudeau comme entraîneur) réussira des miracles en gagnant deux Coupes de France en 1999 et 2000 et le championnat 2001, avant que cette équipe ne se disloque pour son plus grand malheur, au point de se voir engluer jusqu’à l’an passé dans les affres de la Ligue 2.

Mais cette année, malgré des moyens très limités, semble être celle du redressement pour les « Canaris », lesquels sont aujourd’hui installés à la sixième place de la Ligue 1, avec 32 points, après leur victoire ce dernier week-end contre Lorient. Cela signifie qu’il ne leur manque plus que 10 points pour être certains de se maintenir, objectif affiché du club en début de saison. Au passage on soulignera que le F.C. de Nantes a appartenu sans discontinuer à la Ligue 1 (autrefois Division 1) de 1963 à 2007, avec à la clé huit titres de champions de France, auxquels il faut ajouter trois Coupes de France. Une Ligue 1 dont fait aussi partie depuis le début de la saison dernière le Stade de Reims, qui lui-même occupe cette année la septième place…à égalité de points avec le FC Nantes. Quelle magnifique coïncidence ! Et pour couronner le tout, ce Stade de Reims en plein renouveau enchante souvent les spectateurs du Stade Auguste Delaune par la qualité du football pratiqué, même si hier soir les Champenois ont fait subir au LOSC une défaite qui rappelle celle que les Lillois ont infligé à nombre de leurs adversaires depuis le début de la saison, en jouant de manière très défensive. Alors, jusqu’où iront dans l’avenir le Stade de Reims et le FC Nantes ? Nul ne peut le dire, sauf à considérer qu’il ne faut pas trop rêver quand même : jamais sans doute les Rémois et les Nantais ne reviendront avoir une équipe comme celles qu’ils avaient respectivement dans les années cinquante et les années 90.

Michel Escatafal


A qui peut-on comparer Pastore ? Angellilo, non plutôt Didi

pastoreDepuis deux matches, Javier Pastore crève l’écran…comme entre fin août et octobre de l’an passé, avant de devenir une sorte d’intermittent alternant les moments de grâce, plutôt rares, et une certaine médiocrité qui exaspérait jusque ses plus fidèles admirateurs. Un trou noir qui n’a pas fait les affaires du Paris Saint-Germain, au point que les Parisiens n’ont rien gagné l’an passé, et sont pour le moment tout juste sur le podium de la Ligue 1, ce qui fait dire à certains qu’il y a une Pastore dépendance, après nous avoir abreuvé de l’Ibra dépendance. En football, les choses vont vite, très vite, trop vite, alors que l’idéal est de travailler dans la durée tant pour le staff dirigeant que pour le staff technique. Problème, il y a des sommes très importantes en jeu, beaucoup diront même des sommes folles, ce qui ne facilite pas les choses, dans la mesure où les investisseurs paient parfois très chers leurs investissements et veulent en contrepartie un retour rapide…ce qui se justifie sur le plan économique.

Seulement voilà, le football est un sport, on peut même dire un jeu, joué par des hommes donc par essence faillibles. Même les tous meilleurs joueurs ont des périodes où ils sont moins bien que d’autres, mais, dans les plus grands clubs, le collectif est là pour compenser les difficultés passagères des stars, au point que certains en arrivent à dire des âneries du style : « Mais lui est toujours au top » !  C’est faux bien évidemment, mais au Barça de nos jours, comme autrefois au Real, une baisse de forme de Messi et ou Iniesta, ou de Di Stefano et ou Kopa, ne se voie ou ne se voyait pas trop…car il y a les autres, tous les autres, et la manière de jouer collectivement.

C’est justement ce collectif qui a manqué au Paris Saint-Germain depuis sa renaissance, grâce aux capitaux injectés par les investisseurs qataris, qu’on ne remerciera jamais assez de vouloir créer en France un club à dimension mondiale, comme l’ont toujours été depuis des décennies le Real Madrid et le F.C. Barcelone, mais aussi la Juventus de Turin, les deux Milan ou Manchester United. Tous les clubs que je viens de citer étaient déjà présent au plus haut niveau à l’époque de la naissance des compétitions européennes (Coupe d’Europe des clubs en 1955). En revanche, malgré des centaines de millions de livres englouties depuis une dizaine d’années par un milliardaire russe (Abramovitch) à Chelsea, ce club n’a réussi à remporter la Ligue des Champions que cette année. Curieusement d’ailleurs, au moment où sans doute son équipe était la moins forte depuis le début des années 2000. Cela fait partie des pieds de nez de l’histoire du football !

Et j’observe que ce club, devenu très grand sur le plan du palmarès, a eu du mal à digérer d’avoir enfin atteint son Graal. La preuve, c’est la première fois qu’un vainqueur de la Ligue des Champions est éliminé dans la phase de groupes. Cela prouve qu’il est très difficile pour un club d’arriver,  et plus encore de se maintenir au sommet, quand il n’a pas des décennies d’histoire au plus haut niveau, ce qui est le cas de Chelsea. Alors pourquoi se poser autant de questions, après seulement un an et demi d’existence, sur le nouveau PSG ? Pourquoi la presse sportive, la presse de football surtout, est-elle à ce point impatiente vis-à-vis d’un club à peine porté sur les fonds baptismaux, un club certes riche, très riche même, le plus riche aujourd’hui, mais un club monté de toutes pièces en moins d’un et demi ? Oui, pourquoi écrire tous les commentaires qu’on a pu lire suite à la défaite de Nice, alors que le Paris Saint-Germain n’était qu’à 5 points du leader lyonnais, et qu’il restait 69 points à prendre ?

Pourquoi avoir parié sur le renvoi d’un entraîneur parmi les plus prestigieux dans le monde, un entraîneur qui a tout gagné dans les clubs où il est passé, un entraîneur qui, comme je l’ai écrit dans un article précédent, était un des seuls à pouvoir attirer à Paris, c’est-à-dire en Ligue 1, des stars mondiales comme Ibrahimovic ou Thiago Silva, ce qui par parenthèse n’était jamais arrivé dans notre championnat, pas même à l’Olympique de Marseille à l’époque de Tapie (80-90) ou de Leclerc (60-70). Certains soi-disant supporters de football devraient quand même réfléchir avant d’invectiver le club parisien et son entraîneur, d’autant qu’il faut être carrément crétin et ou profondément inculte pour prétendre contester les choix techniques d’un Carlo Ancelotti. Ah les supporters, quelle mauvaise image ils donnent de la nature humaine, et cela est valable pour tous les sports !

Fermons la parenthèse, pour dire que cette fois il semble que l’entraîneur du PSG ait trouvé la formule qui convient à son équipe, et la cohésion qui va avec, seule façon pour une équipe de briller sur le plan national et international. Et cette renaissance coïncide avec le renouveau d’un footballeur extraordinairement doué, Javier Pastore, arrivé à Paris l’an passé pour une somme de 42 millions d’euros. Ah, ces 42 millions, qu’est-ce qu’ils auront pu peser sur Pastore, même si peut-être ils sont moins lourds à supporter pour le joueur que certains ne se l’imaginent. En tout cas, pour le supporter français de base, c’est presque un crime d’acheter un footballeur de 22 ans pour une somme pareille. Et oui, hélas, les habitants de notre pays n’aiment pas l’argent…du moins ils le disent ! En tout cas, même s’il ne commence que tout doucement à parler français, donc même s’il ne comprend pas tout, Pastore doit avoir autour de lui des tas de gens pour lui rappeler qu’il a coûté 42 millions d’euros, ce qui est pitoyable.

Cela dit, s’il a des détracteurs, Pastore a aussi des admirateurs, et j’en fais partie, car j’aime les artistes. Pour moi en effet, enfant né dans le rugby, Pastore me rappelle Pierre Danos, ce qui signifie qu’il est fait pour jouer merveilleusement bien du piano, mais qu’il n’est pas du tout fait pour les déménager. C’est un artiste Pastore, un joueur capable de jouer une partition où l’improvisation n’est jamais absente. C’est un merveilleux technicien, qui caresse la balle plus qu’il ne la frappe. En ce sens je me rappelle du surnom, Patte de velours,  que l’on donnait à son compatriote Angellilo, argentin comme lui d’origine italienne, et qui fut une des grandes vedettes du Calcio dans les années 50 et 60. Il n’opérait pas dans le même registre que Pastore aujourd’hui (le football non plus n’était pas le même), car c’était d’abord un avant-centre et un buteur (meilleur buteur du Calcio en 1958-1959 avec 33 buts inscrits), mais il avait cette élégance, cette gestuelle qu’ont les danseurs de tango argentins.

En fait je comparerais davantage Pastore au Brésilien Didi, le meneur du jeu de la grande équipe du Brésil, double championne du monde en 1958 et 1962. Lui aussi a beaucoup souffert de son transfert retentissant au Real Madrid en 1959…qui n’avait nul besoin de lui, même s’il était considéré comme un des trois ou quatre meilleurs footballeurs de la planète, ayant le handicap d’opérer un peu dans le même registre que Di Stefano, ce qui explique en grande partie son échec. Et pourtant c’était un génie du football, comme en témoigne ce que Pelé lui-même disait de lui : « Je ne suis rien comparé à Didi. C’est mon idole, mon modèle. Je ne lui arriverai jamais à la cheville. Les premières figurines que j’ai achetées étais des figurines de Didi ». Sinon, sur le plan de l’élégance, de la technique, de la gestuelle, on peut faire la comparaison entre Didi et Pastore. Comme le Brésilien, on a l’impression que Pastore conduit le ballon avec amour. Comme lui aussi, la balle dans ses pieds ressemble à une rose aussi belle que fragile. Autre chose, comme Didi à son époque, Pastore sait très bien que c’est le ballon qui doit courir vite et non le joueur. Simplement il faudra dans les années à venir qu’il apprenne à être simple et appliqué en toutes occasions, comme Didi savait l’être…ce qui lui permettra d’acquérir cette sérénité qui lui manque encore, et qui lui donnera la régularité dans l’excellence.

Tout cela pour dire que la manière de jouer de Pastore ne supporte pas la médiocrité…et c’est son drame. C’est pour cela que je loue Carlo Ancelotti pour la patience dont il a su faire preuve avec « El Flaco » (surnom de Pastore qui veut dire en espagnol « le Maigre »). Ancelotti, en effet, a compris que derrière cette élégance un peu provocante dans ses passes et ses coups de reins, il y avait une merveilleuse inspiration à laquelle il suffit d’ajouter un minimum de méthode pour transformer le prodige argentin en véritable chef d’orchestre. Et quand dans cet orchestre il y a des exécutants de grand talent, cela ne peut que donner des représentations de grande qualité…quand tout le monde joue au diapason. C’est la raison pour laquelle je suis persuadé que l’orchestre PSG, avec à la baguette Pastore, est capable dès cette année d’aller très, très loin en Ligue des Champions, tout en étant à même de renouveler régulièrement des prestations suffisamment solides pour s’épargner des déboires dans son championnat domestique.

Michel Escatafal