Un nouveau coup terrible porté au vélo!

Cette fois nombre d’amateurs de vélo…sur le canapé, devant un sandwich au saucisson et du gros rouge qui tâche dans le verre, sont ou vont être heureux : Froome vient enfin de subir un contrôle dit anormal, parce qu’il y avait dans ses urines, un jour de la dernière Vuelta (qu’il a remportée), une concentration excessive de Salbutamol. Ce médicament sert à quoi? A traiter l’asthme, maladie bien connue dans le peloton, en précisant qu’il ne faut voir dans cette remarque aucune perfidie. Si j’ajoute cela, c’est pour éviter qu’on me reproche de taper sur Froome avant de connaître tous les tenants et aboutissants de cette affaire, contrairement à Tony Martin, le champion du monde contre-la-montre, qui estime, « que Christopher Froome bénéficie d’un traitement de faveur » en raison de l’annonce tardive de ce contrôle anormal, ce qui peut se discuter dans la mesure où ce médicament est autorisé sous certaines conditions. Au passage je ferais toutefois une parenthèse désagréable pour Madame Froome, qui, peu après l’affaire Contador, incriminé pour des traces de clembutérol non décelables dans la quasi totalité des laboratoires européens,s’était écriée après la victoire du Pistolero au Tour du Pays Basque 2014 :  » Un ancien dopé peut gagner le Tour cette année ». Bien qu’elle ait nié avoir pensé à Contador, personne n’a semblé dupe sur le sens de sa remarque, d’autant que cette année-là Contador s’était régulièrement montré plus fort que Froome, y compris sur la Vuelta où les deux hommes se sont retrouvés à armes égales après avoir subi l’un et l’autre une chute au début du Tour de France, chute qui avait provoqué leur abandon, mais qui n’avait en rien compromis leur fin de saison.

Fermons la parenthèse sur Madame Froome qui doit aujourd’hui percevoir toutes les vilénies qui s’attachent à un grand champion…quand celui-ci est confronté à un problème du genre de celui auquel fait face son mari. Ce dernier va devoir se justifier pour avoir dépassé de 1000 nanogrammes par millilitre, le taux autorisé par l’AMA (Agence mondiale antidopage), après avoir bénéficié à plusieurs reprises d’une autorisation thérapeutique pour ce médicament. Il va devoir se justifier d’autant plus qu’il est impossible, si l’UCI et l’AMA veulent faire un exemple, d’éviter une lourde sanction. Là aussi, il y a la jurisprudence Contador, puisque ce dernier a été suspendu deux ans, et s’est vu retirer tous ses succès (dont le Tour 2010 et le Giro 2011)…alors qu’il avait été absous par sa fédération, et que le président de l’UCI de l’époque, Pat Mac Quaid, avait reconnu plus tard qu’on était sans doute allé un peu trop loin avec le champion espagnol, tellement les traces étaient réellement infimes. Tout cela pour dire que le mari de Michelle Cound-Froome n’est pas sorti de l’auberge…à moins que l’on considère que la faute soit réellement vénielle, comme l’avait suggéré a posteriori Mac Quaid à propos de Contador, lequel, on le notera au passage, n’est pas sorti indemne de cette affaire de clembutérol, puisqu’il n’a jamais retrouvé le niveau qui était le sien avant le Tour 2010, sauf au moment du Giro 2011 où il avait écrabouillé la concurrence, transcendé sans doute par ce qu’il considérait comme une injustice, et peut-être en 2014.

Pourquoi j’écris cela? Tout simplement parce que Froome a aujourd’hui 32 ans et donc 33 l’an prochain, ce qui signifie qu’il est nécessairement sur le deuxième versant de sa carrière, un âge bien supérieur à celui de Contador en 2010 (28 ans). Et même s’il arrivait à se sortir de cette affaire, il en restera des traces aux yeux de beaucoup de monde. Déjà que nombre de personnes sur le bord des routes le traitaient de « dopé », alors on imagine ce que ce sera sur les routes du Giro et du Tour, puisqu’il veut ou voulait tenter de réussir le doublé l’an prochain. S’il le rate, les gens diront qu’il était vraiment dopé avant puisqu’il n’a pas réussi à le faire en faisant attention de ne pas se faire prendre. Mais s’il le réussit, les mêmes diront que c’est normal puisqu’il est dopé et qu’il ne risque rien parce qu’il est protégé. Et oui, il est interdit de se faire prendre non seulement si on est réellement dopé, mais il est aussi interdit de prendre quoi que ce soit…si on est un champion du cyclisme, à plus forte raison si on est numéro un mondial.

Si je parle du cyclisme et des cyclistes de cette manière, c’est parce que le vélo est un sport très médiatisé, qui a le premier instauré des contrôles urinaires puis sanguins, et qui, par conséquent, a attrapé un grand nombre de coureurs. Le problème est que les contrôles ne peuvent pas tout contrôler, et il arrive même qu’en voulant tellement tout contrôler on est dépassé par ce qu’on trouve. Résultat, les palmarès bougent sans cesse au point de ne plus pouvoir s’y fier. On s’y fie d’autant moins qu’avec ces lignes effacées, on classe second des gens qui ont eu maille à partir avec le dopage…beaucoup plus que ceux qu’on a déclassés, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. On veut laver plus blanc, ou on essaie de le faire, et malheureusement on peut créer des injustices criantes, ne serait-ce qu’en jetant l’opprobre sur des sportifs qui se sont comportés aussi bien que d’autres qu’on qualifiait de « clean », parce qu’ils n’ont jamais été contrôlés positifs. Ceux-là vont garder leur résultat, alors que d’autres qui ont avoué leur dopage a posteriori seront déclassés, même sans contrôle positif, ce qui est le cas d’Armstrong. Désolé, j’ai l’impression de me répéter sur le sujet du dopage, mais c’est le passionné de vélo qui parle, et qui fait la comparaison avec d’autres sports où les résultats sont entérinés à jamais.

Tout le monde sait bien que l’essence de la Brabham à moteur BMW de Nelson Piquet, en 1983, n’était pas conforme, mais comme Renault ne voulait pas gagner sur tapis vert, et bien on a laissé le titre mondial de Formule 1 à Piquet au détriment de Prost…qui avait décidé de signer chez Mac Laren. A cet exemple on pourrait ajouter le dopage des joueurs allemands lors de la Coupe du Monde de football en 1954, privant ainsi la grande équipe de Hongrie (Puskas, Kocsis, Csibor, Boszik, Lorant, Grosics etc.) d’une victoire mille fois méritée pour l’ensemble de son oeuvre. Mais que dire de Bjarne Riis qui a avoué en 2007 s’être dopé, lors de son succès au Tour de France 1996…et qui a été maintenu au palmarès du Tour de France. Et que dire de Jacques Anquetil et de tant d’autres à son époque ou avant et qui n’ont jamais été inquiétés alors qu’ils parlaient librement de ce qu’ils prenaient. Résultat, plus personne ne se préoccupe du palmarès des grandes épreuves, que j’ai supprimé de mon blog, parce que tout cela ne veut plus rien dire. D’ailleurs, qui se soucie des déclassements aux J.O. de 2008 ou 2012? Personne, parce que tout le monde s’en moque, sachant que celui qui a avancé d’un cran au palmarès était peut-être lui aussi dopé à un produit qu’on ne sait pas encore déceler. Et le dopage mécanique? Certains affirment que cela existe, mais comme on ne l’a pas prouvé sur le coup, si dopage de ce type il y a eu, celui-là a la quasi certitude qu’on ne lui enlèvera pas son titre cinq, dix ou quinze ans après.

Alors, que faire? Et bien si l’on aime le sport, il faut regarder et profiter des instants magiques qu’il nous offre, et cela m’oblige à ajouter qu’il ne faut surtout pas faire de comparaisons entre les époques et ne pas se fier au palmarès, notamment dans le cas du vélo ou encore de l’athlétisme. Déjà parce que les vélos de 1924, de 1954, de 1974 ou de 2017 n’ont rien à voir, tout comme les pistes d’athlétisme où l’on est passé de l’herbe à la cendrée puis au synthétiques. Mais que dire de l’évolution des voitures depuis le début du championnat du monde de Formule 1 (1950). Qui pourrait jurer qu’Hamilton aurait battu Fangio ou Ascari, ou Clark ou Senna ou Prost ou Schumacher? Personne, d’autant que les qualités exigées pour un pilote en 2017 ne sont pas les mêmes qu’en 1950 ou 1960. Donc si l’on aime le sport, soyons heureux d’avoir vécu les exploits passés et du bonheur que nous procure ceux du temps présent, et prions pour que cela continue longtemps encore. Donc cessons de nous torturer les méninges pour savoir qui était le meilleur en athlétisme sur 1500m d’Herbert Elliot, de Jim Ryun ou d’El Guerrouj ou sur 100m de Paddock, Owens, Bob Hayes, Carl Lewis, Maurice Greene ou Bolt, sans parler du tennis où les monstres sacrés se ramassent à la pelle avec Lacoste, Tilden, Gonzales, Sedgman, Hoad, Rosewall, Laver, Mac Enroe, Borg, Connors, Sampras, Nadal et Federer, comme c’est aussi le cas chez les fémmes avec Suzanne Lenglen, Maureen Connoly, Margaret Court, Billie-Jean King, Martina Navratilova, Chris Evert, Monica Seles, Steffi Graf ou Serena Williams. Oui, je le répète, contentons-nous d’espérer que nous ayons à nous enthousiasmer pour leurs successeurs et c’est valable pour tous les sports. Ah, au fait qui sera le champion des champions 2017? Sans cette affaire j’aurais volontiers dit Froome pour son extraordinaire doublé Tour-Vuelta (trop extraordinaire diront certains), du coup il faut que je réfléchisse et je dirais Nadal. En tout cas, pour les Français ce sera Riner et Sébastien Ogier.

Bonne fêtes à tous et à l’année prochaine.

Michel Escatafal

Publicités

Des records stupéfiants et d’autres qui ne le sont pas…

séoul 1988Alors qu’on ne sait pas si Christophe Lemaitre sera ou non forfait pour les prochains championnats du monde d’athlétisme, ce qui ne ferait qu’un athlète français de plus incapable de participer à cette épreuve, avec Tamgho, champion du monde du triple saut en 2013, mais aussi le multiple médaillé d’or européen et médaillé d’argent olympique et mondial, Mahiedine Mekhissi, ou encore Yohann Diniz, triple champion d’Europe, tous blessés, ce sport est en train de subir un véritable cataclysme…lié à de supposées affaires de dopage. Décidément on n’en sortira pas ! Au passage on est en train de s’apercevoir qu’il n’y a pas que dans le cyclisme que sévit le dopage, ce dont nous sommes très nombreux à être persuadés. ..le sport engendrant fatalement la tentation du dopage chez certains compétiteurs. Cela dit, doit-on nécessairement remuer de la boue pour des résultats entérinés entre 2001 et 2012, soit pour certains depuis bientôt 15 ans ? Réponse non, car dans ce cas il faudrait remonter des années et des années en arrière, notamment à la « belle » époque du dopage organisé dans les années 70 ou 80, voire même avant, et cela ne servirait à rien.

Je souhaite aussi qu’on ne se ridiculise pas comme on le fait régulièrement dans le cyclisme, où l’on manipule à loisir les palmarès, pour donner parfois des titres à des gens loin d’être insoupçonnables sur le plan du dopage. Parfois même le ridicule tue froidement puisqu’on raye un vainqueur des palmarès, sans attribuer le titre…mais en gardant le reste du podium pour des coureurs suspendus par la suite. Bref, du grand n’importe quoi, ce qu’on a osé faire aussi en athlétisme, mais à une échelle beaucoup moins grande. En fait les seuls champions privés de leur titre l’ont été suite à un contrôle positif ou anormal, ce qui peut s’expliquer même si ces contrôles ne prouvent pas nécessairement qu’il y a eu prise de produit incriminé volontaire, ou suite à des aveux faits par les champions…ce qui signifie qu’ils auraient gardé leur titre s’ils n’avaient rien dit.

Mais comme rien n’est simple dans ce domaine, notamment dans le cyclisme, on peut quand même figurer dans les palmarès si on a avoué s’être dopé…après prescription des faits par le règlement. Qui peut comprendre ça ? Résultat, on a des gens dont est certain qu’ils se sont dopés figurant dans les palmarès…et des gens dont n’a jamais pu prouver qu’ils s’étaient dopés à qui on a retiré leurs titres, y compris ceux pour lesquels ils étaient régulièrement inscrits sur la liste des participants. Là ça devient carrément loufoque ! Mais on oublie aussi les cas où un champion ayant subi un contrôle positif indiscutable garde son ou ses titres, parce qu’il y a eu vice de forme dans la procédure. Là on est carrément dans le déni de justice par rapport aux autres.

Néanmoins tout cela n’est finalement que broutille dans l’histoire du sport, surtout dans un monde où tout va tellement vite que plus personne ne se souvient des résultats vingt ans auparavant. Il n’y a qu’à lire les commentaires des supporters forumers pour s’en rendre compte, certains faisant par exemple de Froome le plus grand coureur cycliste de tous les temps, la remarque valant aussi pour Messi en football ou pour Usain Bolt en athlétisme, sans parler de Federer ou Serena Williams pour le tennis, alors qu’il est déjà très difficile de déterminer le meilleur depuis le nouveau siècle. En fait, seuls les palmarès sont crédibles pour essayer de désigner les meilleurs…à condition qu’ils n’aient pas été manipulés, ou qu’on garde en mémoire le fait qu’il y ait eu jusqu’au début des années 1990 une distinction entre amateurs et professionnels (cyclisme sur piste ou tennis).

Décidément on n’en sort pas, d’autant que personne n’a songé à revenir en arrière, à partir de 1946 ou même avant, pour vérifier si tel coureur, athlète ou tennisman n’ avait pas des qualités supérieures aux stars d’aujourd’hui, en tenant compte aussi de la morphologie moyenne des sportifs, des conditions dans lesquelles on évoluait il y a 50 ou 100 ans, des progrès de la médecine, des progrès technologiques etc. En outre, qu’est-ce qu’on entend par produits dopants, certains se trouvant dans des médicaments utiles à la santé, d’autres dans la nourriture. La créatine par exemple, est-elle un produit dopant ? Non, répondent les spécialistes, même si le docteur Gérard Dine, spécialiste du dopage, a affirmé que « la créatine a des effets bénéfiques minimes mais réels ». D’ailleurs aucune autorisation d’emploi de ce produit en France n’a été accordée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, ce qui n’empêche pas que de nombreux sportifs ont admis l’avoir utilisée, le dernier en date étant le nageur vedette en France,  Florent Manaudou.

En tout cas, si l’on en croit les révélations faites par une chaîne de télévision allemande (ARD) et un quotidien britannique (Sunday Times) sur un fichier secret de la Fédération Internationale d’Athlétisme, « au moins un médaillé sur six dans les épreuves d’athlétisme des JO ou des Mondiaux (hors sprint), entre 2001 et 2012, présentait des résultats suspects ». En outre deux pays, le Kenya et la Russie, sont fortement montrés du doigt. Comme si le dopage ne sévissait que dans ces pays ! Accusations qualifiées de « sentationnalistes et trompeuses«  par l’IAAF (Fédération internationale d’Athlétisme), ce qui signifie qu’on n’y voit guère plus clair sur toutes ces affaires, et sur la réalité du dopage en athlétisme. Et là aussi, je pourrais écrire : Comme si le vélo et l’athlétisme étaient les deux seuls sports touchés par le dopage !

Du coup l’amateur d’athlétisme que je suis depuis mon plus jeune âge, devrait cesser de rêver en voyant les exploits réalisés par les cracks d’autrefois et d’aujourd’hui, même si quelques performances me laissent de très gros doutes…parce que jamais approchées depuis leur réalisation. Je donnerai plus loin quelques exemples pour illustrer mon propos, en notant aussi que certains exploits me paraissent tout à fait humains (El Guerrouj et ses 3mn26s au 1500m en 1998 ou les 18m29 d’Edwards au triple saut en 1995, pour ne citer qu’eux). En revanche, pour avoir vu la course à la télévision, je n’ai jamais cru à la véracité de l’exploit accompli en son temps par le Canadien Ben Johnson, qui avait réussi, le 24 septembre 1988 aux J .O. de Séoul, le temps de 9s79, qui lui avait permis de devancer largement Carl Lewis lors de la finale du 100m, avant d’être disqualifié quelques heures après son succès et banni des Jeux Olympiques. Vraiment trop beau pour être vrai!

Cela montre, comme je l’ai souvent écrit, que l’on a fait des progrès dans la lutte contre le dopage, mais pas suffisamment pour que ceux qui ont recours à la pharmacopée pour réussir des performances hallucinantes soient attrapés au moment de leurs exploits. En effet, avant de l’être ils ont pu accumuler les performances stupéfiantes…sans que les contrôles permettent de savoir si ces performances étaient normales ou pas. C’est là tout le problème du dopage dans le sport, et pas que dans le cyclisme ou l’athlétisme, puisque des champions peuvent très bien faire toute leur carrière sans jamais se faire prendre, alors que d’autres sont pris pour des traces insignifiantes de produits qui, en aucun cas, ne pouvaient améliorer leurs performances.

Puisque je parle de l’année olympique 1988, ô combien riche en exploits renversants notamment en athlétisme, qui pourrait affirmer avec certitude que Florence Griffth-Joyner a réalisé « proprement » ses 10s49 au 100m en juillet 1998 à Indianapolis, et ses 21s34 en finale des J.O. sur 200m, des temps qui n’ont jamais été approchés depuis cette date ? Pour mémoire, sur 200m la meilleure performance d’une femme après celle Flo-Jo Griffth-Joyner est détenue par…Marion Jones avec 21s62, la suivante immédiate étant Merlène Ottey avec 21s64, elle aussi ayant eu des problèmes de dopage.   Sur 100m, la femme la plus rapide est Carmelita Jeter avec 10s 64, temps réalisé en septembre 2009, donc tout à fait en fin de saison, ce qui avait aussi suscité des interrogations. Pour revenir à Flo-Jo Griffith-Joyner, on rappellera qu’elle n’a jamais confirmé ses performances de 1988, puisqu’elle a annoncé sa retraite en février 1989. Elle est décédée d’une rupture d’anévrisme quasiment 10 ans jour pour jour (21 septembre 1998) après son fabuleux record du monde du 200m (29 septembre 1998). Au fait quand ses records seront-ils battus ? Peut-être, pour ne pas dire sans doute, jamais.

Il y a aussi des  records qui tiennent depuis 25 ans et plus, et qui pourraient tenir encore un  certain temps. Citons simplement  ceux  détenus chez les hommes par l’Allemand de l’Est Schult au disque avec 74.08m   (1986), par l’Ukrainien  Sedhyk ( père de notre grand espoir Alexia) au   marteau avec 86.66m en 1986, et chez les femmes par l’Allemande de l’Est   Marita Koch sur 400m avec 47s60 (1985),    la Tchèque  Jarmila   Kratochvilova sur 800m avec un temps de 1mn53s28 (1983),  la lanceuse de poids russe (aujourd’hui   française) Natalya Lisovkaya qui a effectué un jet de 22.63m en 1987, la   lanceuse de disque est-allemande Gabriele Reinsch qui a lancé son engin à  76.50m, la sauteuse en hauteur bulgare Stefka Kostadinova dont le saut de 2.09m à Rome aux championnats du monde 1987 n’a jamais été égalé ou battu,   même si la Croate Blanka Vlasic a flirté plus d’une fois avec cette   barre ces dernières années,  sans oublier les 12s21 au 100m  haies de la Bulgare Yordanka Donkova et les 7m52 en longueur de l’Ukrainienne Galina Chistyakova en 1988 (décidément l’année des J.O. de Séoul était propice aux exploits!). Cette même année il y eut l’énorme record du 4x400m féminin de l’ex-Union   Soviétique avec un temps de 3mn15s17c, mais aussi les 7291 points à l’heptathlon de Jackie Joyner, sœur de Al Joyner (champion olympique du triple saut   en 1984 à los Angeles), lui-même époux de Florence Griffith-Joyner. Et oui, le monde de l’athlétisme est petit, et le nom de Joyner n’est pas prêt de   disparaître des annales de l’athlétisme, pas plus que celui de la Chinoise Wang Junxia, double recordwoman du monde des 3000m (8mn06s11) et du 10.000 m (29mn31s78), records battus entre les 8 et 13 septembre 1993. D’après son entraîneur, obligé de répondre à certaines interrogations des observateurs et amateurs d’athlétisme, les exploits de Wang Junxia étaient dus à son entraînement et, plus encore sans doute, au fait qu’il lui administrait comme potion magique de la soupe au sang de tortue!

Arrêtons-là et espérons, sans réellement  y croire, que le dopage disparaîtra dans l’avenir des  pistes, des routes ou vélodromes, des bassins de natation, et plus généralement de tous les autres terrains de sport. Après tout, je suis sûr et certain que les records d’Europe de Christine Arron (100m en 10s73) en 1998 ou de Stéphane Diagana (400m haies en 47s37) en 1995, pourtant très haut perchés, ont été réalisés sans le moindre doute quant à la valeur réelle de la performance. Je pourrais évidemment citer bien d’autres exemples, plus récents, par exemple les 6m16 de Renaud Lavillenie à la perche l’an passé, qui prouvent que j’ai raison de garder mes illusions et pas seulement grâce aux seuls athlètes français.

Michel Escatafal


Un Tour de France au goût d’inachevé pour de multiples raisons

froomeEt si nous parlions du Tour de France qui vient de s’achever ? Pour être honnête, je n’ai pas été emballé par ce Tour, comme c’est un peu le cas depuis quelques années. En fait, bientôt le Tour de France n’aura plus que son prestige à opposer aux deux autres grands tours, Giro et Vuelta, autrement plus attrayants ces derniers temps. Pourquoi ce constat ? Pour de multiples raisons, à commencer par la qualité des retransmissions du service public. Si j’évoque cela c’est parce que nombre de téléspectateurs n’ont pas la chance de pouvoir recevoir Eurosport ou ne comprennent pas l’italien. Au passage j’en profite pour rappeler que la RAI retransmet le Tour de France fidèlement chaque année, alors que le service public français ne s’intéresse absolument pas au Giro ou à la Vuelta. Voilà quelque chose de bien français, remarque valable aussi pour le tennis. A croire que notre pays est le phare de l’humanité ! Et pourtant, aucun Français n’a remporté le Tour de France depuis…1985 (Hinault), ni aucun grand tour depuis…1995 (Jalabert la Vuelta). Aucun Français n’a gagné non plus un tournoi de Grand Chelem en tennis (Noah) depuis…1983.

Ces remarques quelque peu acerbes sur mon pays, je pourrais en faire tellement d’autres, à commencer par cette forme de haine pour tout ce qui est étranger. Cela rejoint d’ailleurs ce que je disais auparavant. En effet, si Chris Froome, Nibali ou Contador font un exploit, ils sont « chargés comme des mûles », expression qui sent bon le terroir franchouillard. En revanche si Pinot ou Barguil réalisent une grande performance, c’est parce qu’ils sont plus forts que les autres. Et en cela ils sont bien aidés par le commentateur de France Télévision, lequel semble dans une sorte d’extase, quand un coureur français est en passe de remporter une victoire d’étape. Problème, ni Pinot, ni Barguil, ni aucun autre coureur français ne peut gagner à la régulière un grand tour face à des Contador, Froome, Nibali ou Quintana, dont on ne soulignera jamais qu’il n’a que 25 ans, comme Pinot. Et à 25 ans, le crack colombien a déjà remporté le Giro et a terminé deux fois deuxième du Tour de France, entre autres grandes performances. Cela étant, Pinot comme Barguil ou même Gallopin sont d’excellents coureurs, tout comme Julian Alaphilippe, deuxième de la Flèche Wallonne et de Liège-Bastogne-Liège cette année, alors qu’il n’a que 23 ans.

Quelques lignes auparavant j’évoquais le dopage, sorte de serpent de mer du cyclisme, en rappelant une nouvelle fois que le vélo est le sport le plus contrôlé qui soit, au point qu’un coureur comme William Bonnet, victime d’une grave blessure pendant le Tour de France, a été contrôlé à son domicile…alors qu’il ne courra pas au moins jusqu’au début de la prochaine saison. Cela en fera sourire certains, qui ironisent sur l’efficacité des contrôles, dans la mesure où nombre de coureurs ayant avoué s’être dopés n’ont jamais eu de contrôle positif. Néanmoins on peut penser que ces contrôles ont un minimum d’efficacité…pour des produits apparus au siècle précédent. La preuve, on arrive à détecter des quantités infinitésimales de produits détectables depuis plusieurs décennies (clembutérol 1992), sans être aucunement sûr que le champion ait voulu se doper, ces produits pouvant se trouver dans des compléments alimentaires ou de la nourriture. Mais cela ravit les contrôleurs et les pourfendeurs du vélo (surtout dans notre pays), lesquels, comme je l’écrivais précédemment, considèrent que tous les grands champions sont dopés.

Ils le sont d’autant plus que les quatre ou cinq meilleurs du peloton sont espagnols, italien, britannique ou colombien. On veut même faire généraliser les contrôles…sur les vélos. Et oui, Froome ne pouvait en aucun cas être « propre » dans la montée vers la Pierre Saint-Martin, tandis que Bardet et Pinot l’étaient obligatoirement quand ils ont gagné leur étape…parce qu’ils sont français. Pour ma part je ne risque pas de rentrer dans ces considérations, surtout en pensant que ces champions ne peuvent même pas se soigner parce que les médicaments efficaces contre nombre de maladies courantes contiennent des composants interdits. C’est pour cela que je dis bravo à Froome pour son Tour victorieux, et bravo à Pinot et Bardet qui sont de réels espoirs. Et qu’on arrête une fois pour toutes avec tous ces fantasmes sur le dopage ! Quand je pense qu’il y a des crétins qui sont prêts à cracher sur des coureurs ou à leur jeter de l’urine, sans parler de ceux qui les poursuivent avec une seringue, c’est tout simplement affligeant. Comme sont affligeants les commentaires de nombre de forumers, commentaires qui ne devraient jamais être publiés parce que le plus souvent diffamatoires, et venant de gens qui seraient incapables de monter la côte de l’église de leur village. Là aussi les Français se signalent tout particulièrement par rapport à nos voisins étrangers qui sont sur les routes du Giro et de la Vuelta, qui me paraissent à la fois beaucoup plus connaisseurs et plus sages.

Pendant longtemps on a reproché aux Italiens, y compris à l’organisateur, de surprotéger leurs coureurs pendant le Giro, au point qu’il a fallu attendre 1950 pour voir un étranger (Hugo Koblet) s’imposer dans la grande course italienne. Ensuite, outre le fait pour les commissaires du Giro de fermer les yeux sur les poussettes des tifosi au seul profit exclusif des coureurs de la péninsule, ce fut au tour de l’organisateur de tracer des parcours sur mesure pour les champions italiens, notamment à l’époque Moser-Saronni (années 80), au point de défigurer le Giro en rabotant au maximum la montagne. Aujourd’hui tout cela appartient au passé, et les spectateurs sur le bord des routes ou à l’arrivée des étapes ont infiniment plus de respect pour les coureurs que dans notre pays. Ce n’est pas pour rien si Contador apprécie tellement le Giro, qu’il a remporté à trois reprises en battant Rico en 2008, Scarponi et Nibali en 2011 et Aru cette année, pour l’ambiance générale qui régit la course. Simplement les tifosi sont mieux élevés que les Français, et surtout moins fielleux. C’est ce qui s’appelle le respect et le savoir-vivre, notions qui existent de moins en moins dans le pays de Rabelais, Racine, Corneille, Molière, Voltaire ou Victor Hugo.

Un dernier mot pour demander une nouvelle fois à l’organisateur de faire en sorte que le Tour de France reste dans la tradition des grandes courses à étapes, avec des étapes de plaine, des étapes contre-la-montre en milieu et en fin de parcours, et de vraies étapes de montagnes avec arrivée au sommet. Certes la France n’a pas de cols comme le Mortirolo ou le Zoncolan, ni même l’Angliru, mais il y a quand même de quoi faire pour avoir droit à du beau spectacle…que l’on n’a pas eu cette année, parce que le Tour était terminé à l’issue de la première étape des Pyrénées, à peine à la moitié de l’épreuve. Bonjour le suspense, d’autant que les seuls vrais attaquants du vélo du nouveau siècle n’étaient pas au top. Nibali s’est complètement loupé dans son approche du Tour de France, ne retrouvant la forme qu’en dernière semaine quand il avait 8 minutes de retard au classement général, et Contador avait un Giro beaucoup plus dur qu’on ne l’imaginait dans les jambes, ce qui a fait dire à tout le monde que le doublé Giro-Tour est devenu impossible à réaliser, ce qui est faux. Contador aurait pu réaliser le doublé en 2012 (vainqueur du Giro Hesjedal et vainqueur du Tour Wiggins), mais il lui était interdit de courir pour les raisons que l’on connaît. Maintenant le prochain épisode se situe le mois prochain et le suivant avec la Vuelta, que pourraient courir Froome, Quintana, Valverde et Nibali, Contador étant lui déjà en vacances…pour mieux préparer 2016, qui devrait être sa dernière saison.

Michel Escatafal


C’était il y a 60 ans…dans le Tour de France

bobetAvant de parler du Tour de France 2014, je voudrais simplement souligner que je suis scandalisé par certains propos de Martin Fourcade, double champion olympique du biathlon, mais qui reste un parfait inconnu pour le commun des sportifs mortels. Pourquoi ce courroux contre Fourcade ? Tout simplement parce qu’il veut lui aussi jouer au donneur de leçons à propos du dopage (après tout pourquoi pas!), en y incluant aussi le cyclisme…et cela je ne le supporte plus. Il emploie les mots de « criminel » en évoquant ceux qui se dopent, et, pire encore, souhaite la suspension à vie pour ceux qui sont contrôlés positifs. Rien que ça ! Et pour clôturer le tout il finit par s’en prendre à Jalabert, dont je rappelle qu’il n’a jamais été contrôlé positif. Tout cela est trop gros, et je suis stupéfait de voir que si peu de monde ait condamné les propos de ce spécialiste d’un sport qui, tout autant que le vélo, a souffert de son lot d’affaires par le passé.

Je voudrais simplement rappeler à Fourcade, quels que soient les nobles sentiments qui l’habitent,  deux faits qui démontrent qu’il s’est montré extrêmement imprudent dans ses jugements : le premier, le plus récent, c’est le contrôle positif de Darel Impey, coureur sud-africain de la formation Orica Green Edge, à un produit masquant appelé probénicide, qu’il aurait ingurgité avant …le championnat d’Afrique du Sud contre-la-montre. Une compétition d’une importance toute relative quand on connaît le niveau global du cyclisme professionnel sud-africain. Une compétition aussi qui a eu lieu le 6 février, et dont il a reçu la notification le 23 juin dernier. Plus remarquable encore, les contrôles qu’il a subis les 8 et 9 février n’ont pas été anormaux, contrairement à celui du 6 février. De quoi avoir des doutes, sauf pour Fourcade sans doute, puisque le contrôle d’Impey a été positif. Le règlement, c’est le règlement ! Mais quelle serait la réaction de Fourcade, s’il lui arrivait la même mésaventure qu’à Contador ou Rodgers, contrôlés positifs avec quelques picogrammes de clenbutérol, pour avoir ingéré de la viande contaminée ou autre complément alimentaire ?

A ce propos, on observera que Rodgers, comme de très nombreux sportifs, a été ensuite blanchi par les instances du cyclisme avec la bénédiction de l’Agence Mondiale Antidopage, alors que Contador a subi une terrible punition, se voyant privé de deux ans de victoire…pour une faute que même l’ex-président de l’UCI, P. Mac Quaid,  a reconnu très aléatoire, au point d’avoir quelques remords sur le recours au Tribunal Arbitral du Sport après l’acquittement du Pistolero par la fédération espagnole. Cela dit, pour Fourcade, les fans de cyclisme devraient être privés de Contador à jamais…pour une faute qu’il n’a jamais commise. Désolé Monsieur Fourcade, mais nous sommes très nombreux à vouloir profiter de la présence de Contador dans le cyclisme, nombre inversement proportionnel à ceux qui sont au courant de vos exploits, lesquels méritent davantage considération auprès du public. Néanmoins, personne (ou presque) ne niera que la célèbre « giclette » du Pistolero est infiniment plus spectaculaire qu’une séance de tir en biathlon.

Voilà pour la mise au point que je voulais faire sur les propos de Martin Fourcade, aussi décalés que ceux de l’épouse de Froome parlant d’ex-dopé à propos de Contador, pour une supposée faute dérisoire. En évoquant le nom de Froome, cela nous ramène immédiatement au départ du prochain Tour de France, qui aura lieu du 5 au 27 juillet 2014. Un Tour qui, a priori, devrait se résumer à un duel entre Froome et Contador, l’un essayant de remporter sa deuxième Grande Boucle, et l’autre sa quatrième. J’ai bien dit sa quatrième, car sur le bitume Contador a déjà remporté 3 Tours de France. Désolé, je me répète peut-être, mais Contador a gagné 7 grands tours (3 Tours de France, 2 Tours d’Italie, 2 Tours d’Espagne). Peut-il en gagner un huitième en juillet ? Pour ma part, après sa démonstration dans le dernier Dauphiné, je l’en crois capable même si son équipe n’est pas au niveau de celle de Froome.

Elle sera meilleure qu’au Dauphiné, mais, sans Kreuziger, je crains que l’équipe de Contador soit assez nettement en-dessous de l’armada Sky, surtout si les circonstances faisaient prendre très tôt le maillot jaune à Contador. On a vu qu’au Dauphiné l’équipe Sky, à défaut de remporter la victoire, peut parfaitement faire perdre le plus dangereux rival de son leader. Rappelons-nous qu’en 2009, même en étant quelque peu isolé au sein de l’équipe Astana, Contador avait tiré un gros avantage du travail de son équipe…au bénéfice supposé d’Armstrong. Cela précisé, comme ce site est en partie consacré à l’histoire du sport, je voudrais rappeler en quelques phrases les principaux évènements du Tour de France 1954, à une époque où le meilleur coureur du monde sur route était un Français. Ce champion s’appelait Louison Bobet, et il allait faire la transition entre le grand Fausto Coppi et Jacques Anquetil, le coureur breton ayant gagné cette année-là, en plus du Tour, le championnat du monde sur route (voir mon article (Solingen, le chef d’œuvre de Louison Bobet) à la manière du Campionissimo.

La première chose à souligner à propos de l’édition 1954 de la Grande Boucle, c’est la courte vue, en ce qui concerne l’avenir du vélo, de la Fédération Française de cyclisme, laquelle refusa que les Italiens viennent courir le Tour de France avec une publicité sur les maillots. Résultat, faute d’Italiens, les trois grands favoris du Tour étaient le vainqueur de l’année précédente, Louison Bobet, et les deux Suisses Kubler et surtout Hugo Koblet, lequel avait grandement favorisé dans le Giro qui s’était achevé quelques semaines auparavant la victoire de son ami, lui aussi suisse, Carlo Clerici. Cette armada suisse ressemblait sur le papier à celle de Froome cette année, sauf que Froome est l’incontestable leader de son équipe, ce qui n’était pas le cas de Koblet dans l’équipe entraînée par Alex Burtin. Ce dernier en effet, contrairement à Dave Brailsford (directeur sportif de la Sky) qui a préféré laisser Wiggins à la maison, n’avait pas voulu se passer d’un ancien vainqueur de l’épreuve (Kubler l’avait emporté en 1950).

Pour tout le monde à l’époque, les Suisses allaient finir par s’imposer car ils avaient la loi du nombre en qualité avec Koblet, Kubler, Clerici, Schaer, Bobet étant accompagné par des équipiers a priori moins forts que les coureurs au maillot rouge avec la croix blanche. Problème pour les Suisses, à force de mener grand train dans les étapes de plaine, ils finirent par s’imposer des efforts aussi inutiles que pénalisants, et surtout firent le jeu de Louison Bobet en distançant tous les grimpeurs avant la montagne, les rendant peu dangereux au classement général. En plus Kubler, qui avait 33 ans, n’avait plus son punch d’antan, et surtout Koblet ne cessait de laisser quelques doutes sur un retour à son état de grâce des années 1950, 1951 ou du Giro 1953. Enfin, pour couronner le tout, ce même Koblet fut victime de nouveau d’une chute dans la descente de l’Aubisque, presque au même endroit que l’année précédente, dans la descente du Soulor. C’en était trop pour que les Suisses puissent battre Bobet, le nouveau maître du cyclisme sur route. Ce dernier, en effet, arriva à Luchon avec une avance de dix minutes sur Kubler et Schaer, Bauvin ( de l’équipe régionale du Nord-Est-Centre) s’emparant du maillot jaune porté par le Néerlandais Wagtmans.

Bauvin était un bon coureur, mais évidemment il n’avait pas la moindre chance d’inquiéter Louison Bobet. Il sera d’ailleurs proprement exécuté par l’équipe de France entre Albi et Millau, Bobet se chargeant de porter l’estocade dans l’Izoard (étape Grenoble-Briançon), un de ses deux cols de référence avec le Ventoux. Au total Bobet s’imposa avec 15mn49s sur Kubler, second, et 21mn46s sur Schaer, troisième. Les Suisses n’auront quand même pas tout perdu, puisqu’en plus d’être deux sur le podium, comme on dit aujourd’hui, ils gagneront le classement par équipes, sans oublier le maillot vert ramené à Paris par Kubler. Quant à Bauvin, il finira à la dixième place, ce qui était honorable. Il fera mieux en 1956, en terminant deuxième du Tour derrière Walkowiak, remportant aussi en 1958 le Tour de Romandie. Il deviendra un des piliers de l’équipe de France à l’époque des équipes nationales, et sera même décisif dans la victoire en 1957 de Jacques Anquetil.

Michel Escatafal


Pourquoi Armstrong est-il traité différemment des autres sportifs ?

armstrongSi l’on en croit l’Institut du Sport Allemand, l’histoire du dopage en Allemagne est très riche, et pas seulement qu’à l’Est. En fait le dopage a sévi depuis toujours, un peu partout dans le sport outre-Rhin…et ailleurs. J’ai déjà évoqué la finale de la Coupe du Monde 1954 sur ce site (Cruel pour l’équipe de Hongrie 1954 : le miracle de Berne n’en était sans doute pas un!),  mais j’aurais pu aussi parler de nombreuses victoires qui sont dues au dopage, en supposant toutefois que les autres n’étaient pas dopés. Et oui le dopage dans le sport a toujours existé, et j’ai bien peur qu’il en soit encore ainsi bien longtemps, au point qu’on se demande quelle est la vraie hiérarchie dans certains sports…surtout de nos jours. Pourquoi j’ajoute cette phrase ? Tout simplement parce que, pendant longtemps, tout le monde était à peu près à égalité, notamment dans le cyclisme, pour ne parler que de ce sport.

C’était l’époque des amphétamines, pratiques héritées de la deuxième guerre mondiale, qui étaient tellement « naturelles » que personne n’y prêtait attention. Personne ne s’est jamais préoccupé de savoir comment Koblet avait pu résister pendant 140 km à un peloton lancé à ses trousses, entre Brive et Agen dans le Tour de France 1951. Simplement, tout le monde avait découvert ce jour-là que le magnifique coureur suisse était un surdoué, peut-être le cycliste le plus doué de sa génération avec Fausto Coppi, seul coureur qui ait pu se mesurer à lui au sommet de ses capacités. Personne non plus ne s’est demandé ce qu’avait bien pu prendre Jacques Anquetil quand il réalisa son fameux doublé Dauphiné-Bordeaux-Paris en 1965, s’embarquant dans un avion le soir de sa victoire dans le Dauphiné pour prendre le départ à minuit de Bordeaux-Paris, et finir par l’emporter à l’issue des 630 km de course malgré la fatigue et le manque de sommeil. Et pourquoi se le serait-on demandé puisque tout le monde (ou presque)  avait recours aux amphétamines ?

A l’époque, dans les années 50 ou 60 notamment, se « faire une fléchette » était une pratique tellement courante que c’était la première explication des coureurs en voyant l’un d’entre eux « marcher » à un niveau anormal. Cela permettait à ce coureur d’en « mettre un coup sur la meule », donc d’augmenter d’un coup son effort et d’éliminer nombre d’adversaires. Et de fait, une fois ce travail achevé, cet attaquant pouvait « emmener la bracasse », c’est-à-dire adopter un développement très important et mettre à la torture ses accompagnateurs. Voilà ce qu’on disait dans et autour du peloton…et on le disait tout aussi normalement que j’écris ici sur ce site. Bref, le dopage faisait partie de la course, ce que les coureurs, y compris les plus grands, avouaient bien volontiers, se faisant même une gloire de savoir apprivoiser mieux que d’autres cet élément de la course.

Et puis, suite à la mort de Tom Simpson sur les pentes du Ventoux dans le Tour de France 1967, tout le monde a fait semblant de découvrir le phénomène du dopage…après que l’on ait pu voir à la télévision ce que l’on pourrait appeler « la mort en direct ». Du coup on décida de faire des contrôles dans le vélo, mais aussi peu à peu dans les autres sports, afin d’éradiquer ce que l’on appelait « le fléau du dopage ». Attention, loin de moi l’idée de ne pas considérer le dopage comme un fléau, mais force est de constater que, malgré des milliers et des milliers de contrôles, jamais on n’a autant suspecté les sportifs que de nos jours. Jamais aussi le dopage n’a paru aussi dangereux pour la santé de ceux qui y ont recours, car maintenant « on envoie du lourd » pour parler comme dans le jargon sportif.

Fini le temps des amphétamines, finie l’éphédrine présente aussi dans d’autres sports comme le football, finies aussi sans doute les œstrogènes, la testostérone, et bientôt l’EPO sous toutes ses formes, parce que ces produits dopants sont à présent détectables. Qui aujourd’hui se fait prendre à ces types de produits ? Quasiment personne parmi les grands champions, sauf si certains de ces produits se trouvent dans les compléments alimentaires ou dans les aliments que nous consommons. C’est d’ailleurs de cette manière qu’Alberto Contador a été reconnu « positif » lors d’un contrôle dans le Tour de France 2010, sans que l’on sache exactement d’où provenaient ces traces de clenbutérol, produit anabolisant hautement détectable, ce qui a fait douter nombre de biologistes sur l’intention du coureur espagnol d’utiliser ce produit pour se doper.

Fermons la parenthèse pour noter qu’en 2013 on évoque le dopage dans la quasi-totalité des sports…sans que l’on sache exactement de quoi on parle. On constate aussi que les contrôles permettent de confondre les contrevenants…après toutefois que ceux-ci aient été contrôlés des dizaines ou des centaines de fois sans qu’il y ait eu la plus petite trace de dopage. Alors les contrôles, sont-ils efficaces ou pas ? J’aurais tendance à répondre qu’ils sont « un peu » efficaces, puisqu’il y a de plus en plus de contrôles positifs, sans toutefois que la proportion de cas positifs soit très importante, en comparaison au nombre de contrôles négatifs. J’en profite à ce propos pour noter que nombre de forumers, sur les sites sportifs, considèrent qu’un sportif qui n’a jamais eu de contrôle positif est nécessairement un « sportif propre ». Au fait combien de cas positifs pour Virenque, Armstrong…et tant d’autres? Aucun !

Tout cela pour dire que si la guerre contre le dopage est de plus en engagée, elle est loin d’être gagnée…parce que les concurrents ne sont plus du tout à égalité, contrairement à ce qui se passait autrefois. L’inégalité est même de plus en plus flagrante, dans la mesure où les contrôles sont de plus en plus nombreux, ce qui implique d’avoir à sa disposition des produits de plus en plus sophistiqués, donc indétectables. Et pour arriver à obtenir ces produits il faut disposer de beaucoup d’argent, ce qui signifie que la course aux armements ne peut qu’être à l’avantage des plus riches. C’est là toute l’ambigüité de la lutte contre le dopage, ce qui en outre fait plus que jamais douter de la véracité des performances des uns et des autres. La preuve, il suffit qu’un coureur inconnu il y a deux ans, Froome, gagne le Tour de France, pour qu’il soit presque unanimement suspecté par la plupart de ceux qui s’intéressent au vélo.

Certains de ses supporters (il en a quelques uns !) diront qu’il est après tout possible qu’il ait énormément progressé, grâce à des méthodes d’entraînement ultra planifiées et très sophistiquées. D’autres, les plus nombreux, affirmeront qu’un coureur qui n’a jamais rien gagné à 26 ou 27 ans, et qui s’affirme être tout d’un coup le meilleur, doit avoir trouvé la « potion magique ». D’autres encore font le parallèle avec le vainqueur du Tour de France 2012, un autre Britannique, Wiggins, qui ne gagnait jamais un contre-la-montre jusqu’en 2011, et qui est devenu imbattable depuis 2012, au point de prendre une minute à des coureurs comme Cancellara et Phinney, pour sa rentrée au Tour de Pologne, sur une distance de 37 km. Wiggins sait-il mieux s’entraîner que Cancellara ou Phinney ? Peut-être. Est-il dopé à un produit inconnu depuis deux ans, tout comme Froome et nombre de pistards britanniques qui ont tout raflé ou presque aux J.O. de 2012 ? Pour ma part je répondrais que, jusqu’à preuve du contraire, tous ces coureurs sont propres, puisque tous leurs contrôles sont négatifs, mais j’ajouterais que je comprends que certains n’acceptent pas l’idée de résumer cette supériorité à des méthodes d’entraînement que les autres n’ont pas ou ne maîtrisent pas.

Tout cela pour dire que le vélo, mais aussi l’athlétisme, sans doute les deux sports qui font le plus en matière de lutte contre le dopage, sont de nos jours les deux sports qui suscitent le plus de méfiance quant aux résultats de leurs principales vedettes. Ils la suscitent d’autant plus que quelques unes de leurs plus grandes stars ont été convaincues de dopage suite à des contrôles inopinés. Résultat, plus grand monde ne croit à la propreté de ces sportifs. Et ce ne sont pas les révélations a posteriori sur les résultats du Tour de France 1998, pas plus que le rapport sur le dopage en Allemagne il y a quelques décennies, qui vont aider à crédibiliser ces deux sports. Et cela m’amène à reconnaître deux grosses injustices dans ces histoires de dopage : la première, c’est que certains sports qui font beaucoup moins dans ce domaine que le vélo et l’athlétisme sont épargnés de tout procès en matière de suspicion, et la deuxième est qu’il est scandaleux qu’Armstrong ait été l’unique bouc-émissaire de ces révélations sur le dopage, alors qu’il n’a fait que ce que tant d’autres de ses pairs ont fait aussi.

Il n’était tout de même pas le seul à prendre de l’EPO, puisque nombre de ses adversaires en prenaient aussi, et l’ont avoué plus tard. Savait-il mieux s’y prendre que d’autres ? Peut-être. Avait-il plus de classe que d’autres ? Sans doute. C’est pour cela que je suis heureux de n’avoir pas changé quoi que ce soit à mon tableau relatif au palmarès des grandes épreuves du cyclisme routier international (palmarès des plus grandes courses depuis 1946), que l’on peut consulter sur ce site, en rappelant que j’ai toutefois enlevé ceux qui ont été confondus pendant l’épreuve de manière flagrante (Landis, Heras)…qui n’étaient peut-être pas plus dopés que d’autres. Difficile d’être parfait!

Michel Escatafal


100 Tours de France et 110 ans de passion (1)

Tour de FrancePartie 1 : des débuts quelque peu chaotiques

Le départ du Tour de France est chaque année un évènement considérable qui dépasse en émotions tout ce qu’il est possible d’imaginer, y compris pour les coureurs. Comme l’avait dit il y a quelque années avec beaucoup d’à propos Gianni Bugno, deuxième du Tour en 1991 et troisième l’année suivante, dans la Gazzetta dello Sport : « Quand on va au Tour, il semble que l’on part à la guerre, sans savoir si nous allons revenir. On regarde les étapes, et ces trois semaines paraissent une éternité. Puis le temps passe, et quand nous arrivons à Paris on est triste que cela soit déjà fini ». Et nous pourrions ajouter qu’il en est ainsi pratiquement depuis la naissance de l’épreuve, le vendredi 1er juillet 1903 à Montgeron, une épreuve où depuis quelques années, hélas, sort juste avant son départ une affaire de dopage. Et cette année, après le feuilleton Armstrong qui a duré tout l’hiver, l’affaire Puerto, et les récentes révélations d’Ullrich, on s’attaque à Laurent Jalabert, dernier des grands champions français.

Laurent Jalabert fut à son époque une de mes idoles absolues, et personne ne fut plus heureux que moi quand il remporta une Vuelta, quelques grandes classiques comme Milan-San Remo, la Flèche Wallonne ou le Tour de Lombardie, sans oublier un titre de champion de France, et mieux encore le championnat du monde contre-la-montre en 1997. Je n’oublie pas non plus son terrible duel face à Pantani dans le Giro 1999, une course qu’il aurait gagnée s’il n’avait pas osé défier le fantastique grimpeur italien dans les cols des Dolomites…finalement exclu de la course pour dopage. Oui, tout cela je ne l’oublie pas, et c’est la raison pour laquelle je trouve rien moins qu’attristant qu’on ressorte un prélèvement datant de 15 ans (1998), pour salir à la fois ce grand coureur (pourquoi lui seul ?)…et le cyclisme. Voilà, c’est dit, mais cela ne m’empêche pas de regretter que personne ne veuille examiner de près les analyses de cette même époque concernant les autres sports. Au fait pourquoi s’attaque-t-on ainsi à ce sport merveilleux qu’est le vélo, le plus dur qui soit ? Encore un mystère que je ne m’explique pas !

Revenons à présent au sujet dont je veux parler aujourd’hui, à savoir le Tour de France, en survolant sa longue histoire. En ce 1er juillet 1903 il faisait très chaud, nous dit-on,  et à 15h16 très exactement les 60 coureurs sont partis pour un périple de 2428 km, parcourus en 6 étapes. Le vainqueur,  Maurice Garin, a remporté l’épreuve en 94h33 minutes, presque 26 km/h de moyenne, ce qui situe déjà la performance, car à cette époque les routes étaient loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui tout comme le matériel, très rudimentaire. L’année suivante  Cornet,  plus jeune coureur à avoir gagné le Tour (20 ans), couvrira les 2500 Km en 96h5minutes. Cela étant, le véritable gagnant n’était pas Cornet, mais de nouveau Maurice Garin, qui sera déclassé pour irrégularités (on aime beaucoup les déclassements dans le vélo !), comme d’ailleurs ses trois suivants au classement général. A cette époque en effet, les supporters armés de gourdins étaient capables d’arrêter sur les routes les coureurs qui précédaient ou poursuivaient  leurs favoris.  Ces épisodes rocambolesques ont d’ailleurs failli mettre à mort le Tour de France, car l’organisateur Henri Desgranges, directeur du journal  l’Auto, avait décidé un temps de ne plus renouveler l’expérience.

Il revint heureusement sur sa décision mais, ayant tiré les leçons de l’année précédente, il multiplia presque par deux les étapes (11 au lieu de 6) pour éviter les longues randonnées de nuit. C’était d’autant plus nécessaire que le parcours commençait à emprunter les routes de montagne (Vosges, Alpes), avec en 1910 le franchissement des Pyrénées, notamment le Tourmalet et ses 2114 m d’altitude, que les coureurs escaladaient avec des développements allant de 3.60 m (Trousselier) à 4.65m (Faber), certains comme Lapize alternant pédalage et course à pied. Ces incursions en montagne allaient permettre de découvrir une catégorie de coureurs qui allait devenir très populaire, les grimpeurs. René Pottier, qui l’emporta en 1906, en fut le premier prototype, et les suiveurs pensaient que le Tour de France s’était trouvé un maître pour quelques années. Hélas, il se suicida en janvier 1907, laissant la voie libre à Petit-Breton (1907-1908), Faber (1909), Lapize (1910) et Garrigou (1911).

D’autre part il avait été décidé en 1905 (vainqueur Trousselier) que le classement ne se ferait plus au temps, mais aux points, et cela dura jusqu’à l’édition de 1912, qui restera dans l’histoire parce que pour la première fois un Belge, Odile Defraye, l’emporta. Cette victoire belge sera la première d’une longue série, puisque celle-ci dura jusqu’en 1922 avec la victoire de Scieur en 1921 et un triplé de Philippe Thys (1913, 1914 et 1920). Ensuite les vainqueurs changeront de nationalité assez souvent avec un Français (Henri Pelissier en 1923), un Italien (Bottechia en 1924-1925), aussi fort en montagne que sur le plat ou au sprint, un Belge à nouveau (Buysse en 1926), un Luxembourgeois (Frantz en 1927 et 1928) et de nouveau un Belge (Dewaele en 1929).

A noter qu’entre 1915 et 1918, pendant la première guerre mondiale, le Tour fut interrompu pour reprendre en 1919 avec une nouveauté,  le maillot jaune (couleur de l’Auto),  pour récompenser le premier du classement général. C’est Eugène Christophe qui porta le premier « paletot d’or », mais il laissera la victoire finale au Belge Firmin Lambot suite à un incident mécanique à deux jours de l’arrivée, et ne gagnera jamais le Tour. Pourtant il aurait mérité la victoire en 1912, car il avait mis moins de temps que le vainqueur pour parcourir les 15 étapes. Il aurait aussi dû gagner en 1913, s’il n’avait pas été victime de la malchance dans la descente du Tourmalet. En effet, après être passé en deuxième position au sommet du col, il cassa sa fourche et dut faire 14 km à pied avec le vélo sur l’épaule avant de trouver une forge à Sainte-Marie de Campan, et réparer seul (sous l’œil des commissaires) sa fourche après quatre heures de dur labeur. A l’époque, il faut savoir que les coureurs appointés par une marque de cycles devaient impérativement ramener leur machine à l’arrivée, dûment poinçonnée, avec le cadre d’origine.

A partir de 1930 le Tour prend un essor de plus en plus important qui en fait la grande course du calendrier cycliste. Les Français (Leducq, Magne, Speicher, R. Lapébie) et les Belges (Romain et Sylvère Maes) se partagèrent toutes les victoires jusqu’en 1939, à la notable exception de 1938 où ce fut un jeune Italien, Gino Bartali, qui l’emporta. 1930 marque aussi un tournant dans l’histoire de l’épreuve, car le Tour est couru pour la première fois avec cinq équipes aux couleurs de leur pays (France, Belgique, Italie, Allemagne, Espagne), les autres coureurs étant des « touristes-routiers » sélectionnés.  La formule de course par équipes nationales se généralisera par la suite et  durera jusqu’en 1962, puis réapparaîtra de nouveau en 1967 et 68 avant d’être remplacée (définitivement sans doute) par celle des équipes de marque en vigueur aujourd’hui.  Autre nouveauté en 1937, les « as » étaient autorisés à utiliser le dérailleur, déjà couramment employé par les cyclotouristes et dans les autres grandes courses.

Michel Escatafal


Le temps des confessions dans le vélo

Aujourd’hui nous sommes de nouveau dans le temps des confessions pour le cyclisme. Et il est d’autant plus facile de se confesser que les faits datent de nombreuses années, parce que de nos jours (évidemment) les choses ont changé. Voilà en gros ce qu’on peut lire ça et là à propos de cette affaire Armstrong et du rapport de l’USADA (l’agence américaine antidopage), qui n’a pas fini de faire des vagues et qui va toucher le cyclisme, l’éclabousser même, comme peut-être il ne l’a jamais été. A présent l’information circule en temps réel, et comme toute information elle n’est pas que factuelle, donc soumise aux considérations ou aux croyances de chacun de ceux qui discourent sur le sujet. Et je ne parle pas seulement des forumers qui croient avec naïveté détenir la vérité, alors que dans la plupart des cas leurs remarques sont sans intérêt ou carrément ridicules. Mais le jugement des journalistes est-il meilleur ? On voudrait le croire, mais là aussi on s’aperçoit que ce jugement est sujet à caution dans la mesure où il est évolutif. Il suffit de lire ce qu’écrit le docteur J.P. de Mondenard (auteur de nombreuses études sur le dopage) dans son livre la Grande Imposture pour s’en convaincre si l’on avait des doutes, en notant au passage que lui n’a jamais été naïf sur le sujet du dopage dans le sport.

D’ailleurs que lit-on dans la première page de ce livre ? Que dès 1896, « le Gallois Arthur Lindon décède deux mois après sa participation au mythique Bordeaux-Paris, en raison d’une surconsommation de caféine ». Et sur la seconde ? Que « 63 ans plus tard, le plus grand journaliste de cyclisme du vingtième siècle, Pierre Chany, évaluait le nombre de coureurs chargés pendant le Grand Prix des Nations (championnat du monde c.l.m. à l’époque) à 22 sur 25 » ! Et sur la troisième page ? « Qu’analysés rétrospectivement, les échantillons urinaires des coureurs de la Grande Boucle 1997 révèlent un taux de positifs aux corticoïdes de 80% lors de la deuxième semaine de course », mais aussi qu’en 1998, « les analyses d’échantillons prélevés lors du Tour de France, avaient montré a posteriori que sur 70 flacons d’urine, 40 étaient positifs à l’EPO ». J’espère à ce propos qu’on gardera suffisamment longtemps les prélèvements effectués cette année ou les précédentes pour avoir une idée plus précise de l’évolution dans le domaine du dopage. Si je formule ce souhait, c’est tout simplement parce que les tests positifs dans les grandes épreuves sont extrêmement rares ou contestés pour ne pas dire contestables.

C’est cela qui me gêne dans cet immense déballage à propos d’Armstrong et son équipe, une équipe qui était celle de plusieurs coureurs (11) ayant témoigné sous serment contre « le boss ». Le dopage existe et a toujours existé, comme tricher au jeu, comme le fait de « marcher » sur son collègue de travail pour obtenir un meilleur poste, du moins pour ceux qui peuvent aspirer à des fonctions plus importantes et valorisantes, ou dénigrer systématiquement ceux qui font des choses que l’on est incapable de réaliser, bref, autant de défauts majeurs inhérents à la nature humaine. Et c’est la raison pour laquelle je souris, même si cela me rend très triste parce que cela touche le vélo, sport pour lequel j’ai toujours avoué une affectation particulière, quand je lis « qu’Armstrong et l’US Postal utilisaient le programme de dopage le plus sophistiqué et le plus professionnalisé » qui ait existé. Quand je lis aussi que d’après Leipheimer, « le dopage n’était pas l’exception, mais était la norme », et plus encore en prenant connaissance de cette déclaration de Slipstream Sports (Garmin dans le Worl Tour) : « Nous pouvons regarder derrière et dire : jamais plus »…ce qui ne met nullement en cause la bonne foi de celui qui a écrit ce communiqué.

Tout cela pour dire que le fameux système mis en place par Armstrong l’a été parce qu’il disposait de moyens techniques que n’avaient pas les coureurs des années 50 et après. Les champions de l’époque utilisaient les armes dont ils disposaient pour améliorer leur rendement, en espérant que cela s’avèrerait décisif pour remporter la victoire. C’était même tout un art pour un coureur comme Rivière, sans doute le meilleur rouleur de l’histoire, qui avouait après son record de l’heure : « Le jour de mon record de 1958, je me connaissais bien, je savais exactement ce qu’il me fallait. Cinq minutes avant le départ, au vestiaire, le soigneur m’a fait une forte injection d’amphétamines et de solucamphre. Juste avant de monter en selle, j’ai avalé encore cinq comprimés d’amphétamines, car l’effet de la piqûre ne me durait que 40 minutes. Les comprimés devaient faire le reste ». C’était bien étudié !

Un dernier mot enfin, et je vais le laisser au coureur belge Nico Mattan qui, en 2007, interrogé sur les aveux de Johan Museeuw, posait la question : « Qui ne s’est encore jamais comporté de façon incongrue dans sa vie » ? Tout est dit dans cette réponse-question. C’est la raison pour laquelle, je le répète encore une fois, cette curée vis-à-vis d’Armstrong me dégoûte profondément, ce qui ne veut pas dire que le plains et qu’il ne faille pas dénoncer les pratiques dopantes, celles-ci étant à proscrire, même si chacun sait bien qu’on n’éradiquera jamais complètement le dopage. Tout au plus le fera-t-on reculer dans ses aspects les plus contraignants et les plus dangereux, surtout pour les jeunes. Cela étant, je voudrais ajouter qu’il est quand même très surprenant, et surtout très choquant, que le sport le plus en pointe dans la lutte contre les pratiques dopantes soit constamment mis à l’index, alors que tout le monde sait que le dopage touche peu ou prou le sport dans son ensemble.

Michel Escatafal