Réponse aux Saint-Just de pacotille qui dénigrent le cyclisme

Alors que Purito Rodriguez vient de mettre un terme glorieux à sa saison magnifique, en remportant un Tour de Lombardie d’anthologie, couru dans des conditions dantesques avec une pluie qui n’a pas cessé tout au long des 251 km de course, au point que sur son blog Alberto Contador a avoué qu’il était « chiffonné » par tant d’eau, je viens de découvrir avec infiniment de tristesse que certains continuent sans cesse d’évoquer le dopage sur les divers forums des sites de cyclisme. Et c’est pour cela que je vais vous faire part de ce que j’ai écrit à certains, en réponse à ces remarques ou réflexions qui démontrent à l’évidence que ces gens ne comprennent rien au vélo…et plus grave encore, en parlent sans connaître le sujet. C’est tellement facile de se répandre en médisances sur les coureurs, devant sa canette de bière ou sa bouteille de whisky sur la table du salon, parfois même avec une cigarette sur les lèvres. Passons !

Voilà donc ce que j’ai répondu à ces contempteurs du cyclisme : « Vous n’êtes pas fatigués de parler constamment de dopage? Cela vous apporte quoi d’évoquer sans cesse le sujet? Est-ce qu’au moins vous avez essayé de comparer le temps que mettent les coureurs pour monter un grand col, et celui que nous mettons ou avons mis pour faire la même chose…avec 30 ou 50 km dans les jambes, alors que les coureurs ont déjà fait 150 ou 200 km?. Et bien, si vous avez fait ce calcul, en espérant que vous avez monté ce ou ces cols sur un vélo, vous verrez que ces coureurs vivent sur une planète géante, à des années-lumière de ce que nous pouvons faire ».

« Dans ces conditions, qu’ils soient dopés ou pas le résultat est le même : sur le Tourmalet, Contador, Schleck, Rodriguez, Froome…nous mettraient une demi-heure dans la vue. Et si vous voulez un autre exemple, faites la montée du Cade à Millau (7 km à 6%) dans les mêmes conditions, et vous vous apercevrez qu’ils vous mettraient dix minutes dans la vue. Je vous parle de deux montées que je connais particulièrement bien, mais je pourrais aussi évoquer celle du Granon (11 km à plus de 9%) que je vous conseille de faire chaque année début août à l’occasion du Défi du Granon, et bien d’autres encore ».

« Alors de grâce, arrêtez avec vos sornettes sur le dopage! Essayez plutôt de gagner une minute sur ces ascensions…et vous verrez que vous serez admiratifs de ce que font les coureurs, et pas seulement les meilleurs. Quand je pense qu’il y en a qui osent écrire qu’Armstrong n’est pas un vrai sportif! Non, mais je rêve! C’est comme si je disais que Molière n’est pas un grand écrivain, parce qu’on n’est pas certain qu’il ait composé lui-même quelques unes de ses pièces, attribuées à Corneille…sans que cela soit totalement démontré »!

« Ah, si ma démonstration pouvait être utile, combien nous serions plus heureux de débattre sur la classe de tel ou tel coureur, de ses projets, et de sa place dans le cyclisme d’aujourd’hui et celle qu’il aura dans l’histoire. Discutez très fort pour savoir si Démare sera le nouveau grand sprinter français ou si ce sera Coquard…ou les deux! Déchaînez-vous pour déterminer qui est le plus fort en montagne entre Contador, Schleck ou Rodriguez, ou le meilleur rouleur entre Cancellara, Martin ou Wiggins! Quant au reste, considérez que ces gens sont des surhommes sur une bicyclette…et vous serez heureux et apaisés ».

Voilà le commentaire que j’ai fait ce matin sur le site de Cyclism’Actu, et que j’aurais pu faire ailleurs, tellement les sites français sont pollués par des gens qui passent leur temps à dénigrer le vélo. Quand ces personnes comprendront-elles que le cyclisme est le sport qui a fait le plus pour la lutte contre le dopage…sans bien entendu le faire complètement disparaître du peloton ? N’oublions pas qu’un coureur comme Pellizotti, qui appartenait hier en Lombardie au peloton des meilleurs, a été suspendu deux ans parce que son passeport biologique faisait apparaître des anomalies. Voilà un coureur qui, à 32 ans, fut obligé de mettre sa carrière entre parenthèse au moment où il était au sommet de ses possibilités, sans jamais avoir été contrôlé positif ! N’est-ce pas injuste quelque part ?

Le plus surprenant dans tout cela est que ces Saint-Just de pacotille ne se posent des questions qu’à propos du cyclisme. Et le pire est que le pouvoir politique participe aussi à ce dénigrement systématique du cyclisme. De quel droit la ministre des Sports, Valérie Fourneyron, réclame-telle que le palmarès du Tour de France soit gelé entre 1999 et 2006 ? Comme si le vélo était le seul sport touché par le dopage ! Comme si le cyclisme devait être le seul sport où chaque année on décide un changement dans les palmarès de ses grandes épreuves, en oubliant, comme je l’ai dit dans un article précédent, que le dopage ne date pas de 1999, et que de nombreux champions ont avoué s’être dopés à l’époque où le sujet n’était pas tabou ! Pour ma part en tout cas, il ne me viendrait pas à l’idée de changer quoi que ce soit à mes statistiques sur les palmarès du vélo, ce qui signifie que, quelle que soit la décision des instances, Armstrong gardera ses 7 Tours de France, comme Contador doit garder ses 7 victoires dans les grands tours.

D’ailleurs cela me fait penser à la réflexion d’un coureur, qui se voulait exemplaire vis-à-vis du dopage dans les années 30, qui montre qu’à l’époque on prenait aussi des produits…fortifiants, avec des doses supérieures à celles qui étaient prescrites : « Je me rappelle dit-il, en 1932 ou 33, on nous a présenté un produit comme un médicament fortifiant. On nous avait dit qu’il fallait en prendre une ou deux ampoules par jour. Mais, comme tout sportif qui est là pour la gagne, on en avalait quatre. Et des coureurs ont payé l’addition : certains ont eu des furoncles ; d’autres des anthrax. Ce n’est qu’après quelques mois d’expérimentation qu’on a découvert qu’il ne fallait pas abuser de cette potion. Moi, je n’ai jamais pris d’autres médicaments. Seulement ce produit, et encore parce que le soigneur me le donnait ». Même lui n’a pas eu peur d’essayer d’améliorer ses performances avec un fortifiant ! Doit-on lui enlever les victoires qu’il a remportées ? Ridicule !

A ce propos, comment doit on considérer les coureurs prenant des produits non interdits, mais susceptibles d’aider à améliorer la performance ou la récupération ? Oui cela existe. Il y a aussi la cryothérapie qui permet la régénération biologique. Mais où commence le dopage ? Après tout, dans un monde idéal, tous les champions devraient être à égalité dans les compétitions…ce qui est impossible, puisque certains vivent au niveau de la mer et d’autres à 2000 m d’altitude, ce qui leur procure parfois un énorme avantage sans être dopés. N’oublions pas qu’en athlétisme Jim Ryun, le fameux miler des années 60 et 70, n’a jamais été champion olympique parce qu’il a eu le malheur d’être né à Wichita à 400m d’altitude, ce qui ne lui laissait pas la moindre chance sur 1500 m, en 1968, lors des J.O. de Mexico face à Keino, le Kenyan.

Et oui, rien n’est simple dans le dopage et dans ce qui s’y rattache. Raison de plus pour lutter contre le vrai dopage, le dopage lourd…sans en rajouter une couche. Il y a quand même une différence, aujourd’hui, entre un contrôle positif à l’EPO et un contrôle avec une quantité infinitésimale de produit…que l’on peut trouver un peu partout, en rappelant que l’EPO n’est détectable que depuis quelques années, comme par le passé les corticoïdes et auparavant les amphétamines. Au fait, va-t-on laisser un blanc dans les palmarès olympiques, sachant ce qui s’est passé par le passé dans les pays communistes…et dans beaucoup d’autres ? Ridicule ! Et qui sait si de nos jours on n’utilise pas dans le sport, j’ai bien dit le sport en général,  des produits indétectables…pour le moment ? Doit-on geler les palmarès en attendant de trouver la parade à ces produits ou d’être sûrs qu’ils n’existent pas ? Ridicule!

Michel Escatafal


Les sanctions à l’égard d’Armstrong posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent

En lisant Biciclismo, j’ai vu que la ministre des Sports, Valérie Fourneyron, médecin spécialisée dans le sport, veut que l’UCI confirme la sentence de l’Agence américaine anti-dopage (USADA) et retire à Lance Armstrong, tous ses titres sportifs depuis 1998. Cela signifie que le coureur texan perdrait ses sept Tours de France, mais aussi son Tour de Suisse et ses deux Critériums du Dauphiné Libéré, ce qui réduirait son palmarès à un titre de champion du monde acquis en 1993, alors qu’il avait moins de 22 ans, à la Flèche Wallonne 1996, et à la Clasica San Sebastian 1995. De quoi faire du champion américain un coureur ordinaire, comme il y en a eu beaucoup dans l’histoire du cyclisme…ce qu’on ne fera croire à personne de sérieux. Cela étant, si l’Union Cycliste Internationale (UCI) confirme la décision de l’USADA et souscrit au vœu de la ministre des Sports, il y a plusieurs questions qui se posent, à commencer par le fait que si Armstrong s’est dopé, il n’aurait commencé à le faire qu’en 1998. Pourquoi pas ?

Autre question soulevée par Valérie Fourneyron : elle souhaite qu’on laisse un blanc dans le palmarès du Tour de France, les sept années où Lance Armstrong est arrivé premier au classement général. Très bien, mais est-on certain que le second au cours de ces années se soit dopé ? A contrario, si l’on avait attribué la victoire à celui qui est arrivé second, qui pourrait affirmer qu’aucun d’eux ne s’est dopé pendant la Grande Boucle entre 1999 et 2006 ? Voilà le dilemme auquel est confrontée l’UCI, et il n’est pas mince, parce que plusieurs coureurs, et non des moindres, ayant gagné le Tour de France depuis qu’il existe, ont reconnu plus ou moins ouvertement avoir eu recours au dopage au cours de leur carrière, surtout avant les années 80, c’est-à-dire avant que le sujet ne soit devenu tabou. Cela veut donc dire qu’en infligeant rétroactivement une telle sanction à Armstrong…on va créer une profonde injustice.

Certains vont me faire remarquer qu’entre le dopage des années 30, 40, 50 ou 60 et celui d’aujourd’hui, il y a un monde. C’est vrai, mais on oublie de dire qu’autrefois on ne disposait pas des mêmes produits (EPO) ou des mêmes techniques (transfusions)…ce qui signifie que si l’on en avait disposé, rien n’interdit d’imaginer qu’on n’aurait pas pris ces produits. Et oui, quand on veut laver plus blanc que blanc, on risque de déchirer le linge…et pas seulement le linge sale. Bref, dans tous les cas avec cette affaire Armstrong qui n’en finit pas, on est en train de créer des problèmes qui jusque-là n’existaient pas. Pour ma part, j’aurais bien vu qu’on ait mis sur le palmarès du Tour (ou une autre épreuve) une mention du style « dopage reconnu ou avéré », comme on l’a fait pour Bjarne Riis (1996) après que ce dernier ait avoué ses pratiques dopantes. Cela aurait été plus juste que de supprimer purement et simplement le nom d’Armstrong, et pas celui des autres qui ont avoué s’être dopé au cours de leur carrière, ou dont on est certain qu’ils se dopaient parce qu’ils se sont fait prendre dans d’autres courses que le Tour de France.

Autre élément à prendre en considération : il y a dopage et dopage. Un coureur qui a consommé un soir de fête du cannabis risque (s’il est contrôlé) plusieurs mois de suspension, ce qui, par exemple, pourrait l’empêcher de participer au Tour de France ou au Giro. Certes ladite sanction n’irait pas jusqu’à une suspension de deux ans, comme pour une prise d’EPO, mais elle serait pénalisante pour la carrière du coureur qui s’est fait prendre, alors qu’il n’y a pas nécessairement intention de dopage dans le fait de consommer du cannabis, même si cette substance doit être formellement prohibée. Il y a aussi les défauts de localisation qui posent problème, et qui ont coûté un titre mondial à Grégory Baugé, notre sprinter, ou un an de suspension à Yoann Offredo, un de nos plus sûrs espoirs sur la route.  Et que dire du cas d’Alberto Contador,  suspendu pour une durée de deux ans, perdant tous ses titres entre juillet 2010 et janvier 2012, parce qu’on a trouvé dans ses urines, lors d’un contrôle effectué un jour de repos du Tour 2010, une quantité infinitésimale de clembutérol, produit pour lequel d’autres sportifs n’ont pas été sanctionnés, y compris pour des quantités un peu plus importantes. Et pourtant, la sanction fut pour Contador exactement la même que s’il avait été pris pour avoir consommé de l’EPO, alors que tout le monde était d’accord pour dire que cette quantité de clembutérol ne pouvait en aucun cas apporter une aide à la performance pour le crack espagnol.

Bref, encore une fois je pense qu’il faut faire attention à ne pas vouloir trop en faire a posteriori dans les cas de dopage, mais plutôt mettre « le paquet », notamment sur le plan financier, pour faire en sorte que les laboratoires rattrapent les vrais tricheurs, ou plutôt que les produits indétectables qui ne cessent d’arriver sur le marché des produits dopants soient le plus rapidement possible détectés et classés dans les produits interdits. C’est à ce prix qu’on luttera efficacement contre le dopage. Et puisque j’ai employé le mot prix, il faut absolument que le cyclisme ne soit pas le seul à consacrer une part importante de son budget à cette lutte, car si les affaires de dopage dans le vélo se sont multipliées ces dernières années…c’est parce qu’on cherche avec vigueur ceux qui usent de produits interdits, et parce que les laboratoires deviennent de plus en plus pointus dans les études des échantillons qui leur sont confiés, au point que de nos jours on met à jour des doses qui sont loin de montrer qu’il y a eu intention de dopage. Et oui, dans la lutte contre le dopage il faut faire attention à ne pas commettre d’injustices pour réparer des injustices. Mais au fait, qui songerait dans le monde du football à donner le titre à la Hongrie de Puskas, Kocsis, Czibor, Hidegkuti, alors que tout le monde y compris en Allemagne reconnaît que les Allemands étaient dopés lors de la Coupe du Monde 1954?

 Michel Escatafal


Le dopage, toujours le dopage, encore le dopage…

Arrêtez de parler de dopage, le communiqué parle de résultats anormaux. Et ça vaut pour vous les journalistes. Pourquoi mettre « contrôlé positif » quand le communiqué dit « Résultat d’analyse anormal pour Frank Schleck » ? Vous vous devez de respecter une certaine neutralitéCas F Schleck : On parle de moins de 100 picogrammes. Le produit interdit serait le même que celui du cas Kolobnev…  Et voilà, alors là, vous pariez combien que Frank va prendre 2 ans alors que l’autre imbécile de contadope a pris 6 mois… Apparemment, la drogue qu’il a consommé est à son insu…

Voilà un petit florilège de ce qu’on peut lire comme réactions au contrôle « anormal » de F. Schleck sur certains sites parlant de cyclisme. Personnellement je suis atterré de voir les réactions de certaines personnes sur ces sites, tellement elles respirent la stupidité. Désolé de le dire de cette manière, mais j’appelle un chat un chat, et certains forumers des imbéciles , comme aurait écrit quelqu’un qui n’a pas connu le Tour de France, mais qui n’aurait pas manqué d’écrire de remarquables satires à propos du dopage dans le cyclisme (Boileau).

Quand je vois la manière dont on a traité Contador, ce pelé, ce galeux, d’où venait tout le mal du vélo, alors que les mêmes aujourd’hui insistent sur le mot « anormal » pour qualifier le résultat de l’analyse de F. Schleck, terme au passage utilisé aussi par l’UCI dans le cas de Contador, je suis affligé. Comme je le suis quand d’autres en sont à calculer combien de temps F. Schleck va être suspendu…s’il l’est, parce que c’est le même produit que Kolobnev (contrôlé positif sur le Tour 2011), et qui n’hésitent pas à souligner que l’on doit respecter « une certaine neutralité ». Pire même, certains y voient un complot de la propre équipe de F. Schleck pour le discréditer. Bref, pour tous ceux-là, il ne faut surtout pas appliquer à F. Schleck le même traitement qu’à Contador. Parmi eux, il y en a même quelques uns qui trouvaient normal que l’on retire son titre de champion du monde 2011 à Grégory Baugé pour un défaut de localisation…alors qu’il n’a jamais eu le plus petit contrôle anormal.

Tout cela est outrancier, comme l’est la satisfaction malsaine de certains soi-disant supporteurs de Contador, heureux de voir tomber un des ses meilleurs adversaires, alors que ce même Contador doit être très triste pour ce qui arrive à F. Schleck. Et le « Pistolero » a raison d’être triste, parce que c’est le cas de tous ceux qui aiment vraiment ce sport que l’on est train de consumer à petit feu. Encore une fois, pourquoi brimer constamment le cyclisme et s’acharner sur les coureurs qui font un des métiers les plus durs…pour des sommes qui n’ont rien à voir avec celles circulant dans la plupart des grands sports professionnels ? Et le plus désolant dans tout cela, est de voir la réaction de ceux qui vivent de ce sport, ou de ceux qui profitent sur la route ou à la télévision de la beauté du spectacle auquel ils assistent, même si cette année dans le Tour de France comme dans le Giro le spectacle est absent.

Et justement, posons-nous franchement la question de savoir pourquoi le cyclisme est en train de perdre son âme, comme je ne cesse de le répéter, à force de vouloir se guérir de maux qui n’existent pas ou si peu pour les protagonistes d’autres sports et de leurs supporteurs. Quand je pense à la joie qui envahit aujourd’hui le monde du football français parce qu’un des tous  meilleurs joueurs du monde va signer au Paris-Saint-Germain, je ne peux qu’être consterné du sort qui est réservé à nos routiers ou pistards. Quand le monde du vélo va-t-il relever la tête et affirmer haut et fort que c’est le sport le plus contrôlé de tous, et qu’à ce titre il mérite le respect ? Quand va-t-on cesser d’infliger aux coureurs des humiliations du type de celle qu’a subie la semaine dernière Contador, en étant contrôlé à 22h le soir, puis à 6h30 le lendemain matin ? Oserait-on infliger un tel traitement aux grandes vedettes du football ou de la NBA ?

Voilà les questions que devraient se poser les forumers au lieu de porter un jugement moral sur des affaires dont ils ne connaissent ni les tenants, ni les aboutissants. Pour ma part, je suis persuadé que F. Schleck est innocent, comme l’était Contador en 2010 et 2011, années où on lui a enlevé toutes les courses qu’il avait remportées, comme l’étaient aussi Offredo, Baugé etc. Chacun sait bien que le dopage « lourd » et indiscutable n’existe plus dans le peloton, parce que facilement détectable. Et s’il y a des produits indétectables actuellement, ceux qui en usent prennent le risque d’être confondus dans quelques mois ou quelques années. La preuve que la chasse aux produits interdits fonctionne bien, nous la trouvons dans le fait que les grimpeurs sont de nouveau meilleurs en montagne que les rouleurs, et les rouleurs sont meilleurs que les grimpeurs sur des parcours plats contre-la-montre…à la notable exception d’Alberto Contador, mais ce dernier est un fuoriclasse comme on en voit dix par siècle.

Et puisque mon site parle de l’histoire du sport, cela me fait penser à deux anecdotes concernant Jacques Anquetil, qui montrent que le cyclisme a toujours vécu, depuis la mort de Tom Simpson sur les pentes du Mont Ventoux le 13 juillet 1967, avec une sorte de culpabilité qui n’existe nulle part ailleurs. Premier exemple, lors de la tentative victorieuse de Jacques Anquetil contre le record du monde de l’heure le 27 septembre 1967. Ce jour-là, alors qu’il avait presque 34 ans, le super champion normand réalisait un de ses plus beaux exploits en battant le record de Roger Rivière de 146 mètres en couvrant 47.493 km dans l’heure. Certes, on pourra toujours dire qu’en valeur absolue la performance de Rivière était supérieure parce que réalisée malgré le handicap d’une crevaison, mais l’important n’est pas là.

L’important est que Jacques Anquetil qui venait de faire un effort terrible, surtout en fin de carrière, pour l’honneur et le plaisir des dix mille tifosi présents au Vigorelli de Milan, l’important dis-je est qu’Anquetil fut privé de son record parce qu’il n’avait pas satisfait au contrôle antidopage…alors qu’une promesse lui avait été faite qu’il n’y en aurait pas. Et d’ailleurs, est-ce que les précédents recordmen avaient eu à se soucier de tels examens pour accomplir leurs exploits ? Cela ne signifie pas pour autant que les contrôles ne sont pas une bonne chose, au contraire je suis très heureux de savoir que de nombreux jeunes sont précisément protégés par ces contrôles, bien que ceux-ci soient très nettement insuffisants hors des grandes courses. C’est là où le bât blesse !

Fermons la parenthèse et parlons à présent d’un fameux Liège-Bastogne-Liège de 1966 où « Maître Jacques », comme on l’appelait,  fit un retentissant exploit en remportant la doyenne des classiques après une échappée solitaire de 46 kilomètres, arrivant  à Liège avec 4mn53s d’avance sur le second, Van Schil, et reléguant des coureurs comme Godefroot, Dancelli,  le jeune Eddy Merckx ou Gimondi à plus de cinq minutes, prouvant une fois de plus qu’il était encore le meilleur coureur cycliste en activité, même à plus de 32 ans. Mais cette magnifique victoire faillit lui être enlevée  pour une sombre histoire de contrôle antidopage auquel il refusa de se soumettre, puisque seuls les Belges devaient être contrôlés en Belgique. Finalement l’affaire sera classée sans suite, et Anquetil conserva le bénéfice de sa victoire. Ah le dopage !!!

Michel Escatafal


L’autodestruction du cyclisme…

Trois commentaires sur un article consacré au vainqueur du Tour de France 2011, une douzaine sur la chute de F. Schleck, et une multitude sur les affaires concernant Armstrong. On voit immédiatement les priorités de certains forumers sur un site consacré au cyclisme (Cyclism’Actu)! Certes Evans n’a rien d’un coureur glamour, et il ne fait pas parler de lui à tout propos, mais ce n’est pas une raison pour s’intéresser davantage à des témoignages de coureurs sur des faits passés il y a plus de dix ans, plutôt qu’à ce que dit et pense sur la course le favori de ce Tour. Au fond, le cyclisme est train de s’autodétruire chaque jour un peu plus, avec la bienveillante attitude de ceux qui devraient le défendre. Par exemple en acceptant que l’on frappe d’ostracisme certains de ses meilleurs éléments, pour des motifs souvent très discutables, et en faisant preuve de chauvinisme quand on évoque le nom de certains coureurs liés à des affaires présumées de dopage. Ainsi, en France, tout coureur français ou francophone est digne de foi, mais malheur à celui qui est étranger, plus particulièrement espagnol ou américain, d’où le tintamarre constant sur Armstrong et à un degré moindre sur Contador.

Le cyclisme est le seul sport qui veut la destruction de ses stars, contrairement aux autres sports où les supporteurs leur vouent une admiration sans bornes, presque débile, y compris quand celles-ci se livrent à des frasques jugées ridicules par le commun des mortels. Toucher à Messi ou C. Ronaldo sur un forum quelconque est immédiatement sanctionné durement par les autres forumers, ceux-ci ne supportant pas que l’on égratigne un tant soit peu leurs idoles. On leur pardonne tout, au point de voir des forumers français s’inquiéter (à tort d’ailleurs parce qu’ils ne seront finalement pas concernés) qu’on prenne 75% des revenus dépassant le million d’euros à leurs héros…alors qu’eux (les pauvres!) ne gagnent souvent que le SMIC…quand ils ont un travail.

C’est toute la différence entre le supporteur de foot et celui du vélo. J’aurais même envie de dire entre les supporteurs du sport en général et ceux du cyclisme en particulier. Si Armstrong ou Contador étaient footballeurs, tennismen, rugbymen ou pilotes de F1, ils seraient des vedettes intouchables, adulées et admirées. En revanche, le fait d’être ou d’avoir été les meilleurs coureurs cyclistes sur route du nouveau siècle les voue à être lynchés publiquement, et à susciter les passions les plus malsaines. On en arrive même à souhaiter qu’on leur retire tous les titres gagnés à la sueur de leur front…pour les donner à des coureurs ayant été suspendus pour dopage !

C’est cela le monde du cyclisme d’aujourd’hui, avec une fédération qui ne cesse de céder aux diktats de toutes les instances antidopage, comme pour demander pardon de tout ce que peuvent faire ou ne pas faire les coureurs, et des supporters qui, en grand nombre, soutiennent cette chasse aux sorcières sans en mesurer les conséquences pour un sport qu’ils sont  censés aimer. Ils ne se rendent même pas compte qu’après avoir tué la piste, on est en train de mettre à mal la route, au point que celle-ci ne survit que grâce au Tour de France et accessoirement au Giro. Mais que se passera-t-il le jour où les télévisions auront partout la même attitude qu’en Allemagne? Et bien, le cyclisme sur route mourra de sa plus belle mort…après avoir été (peut-être) guéri de tous ses maux. Et qu’on ne vienne pas me dire que j’exagère, car c’est déjà le cas pour la piste…avec l’accord du CIO qui n’accorde qu’un coureur par nation à la vitesse masculine aux J.O., après avoir supprimé la poursuite et le kilomètre, alors que l’athlétisme, la natation ou le tennis en ont davantage. C’est comme si pour le 100m en athlétisme on n’acceptait qu’un seul Américain, un seul Jamaïcain et un seul ThaIlandais!

Bien sûr, il faut lutter contre le dopage, je le redis encore une fois, mais de grâce ne soyons pas plus royalistes que le roi. Pourquoi le cyclisme serait-il la cause à lui seul de toutes les dérives ou de tous les maux du sport de haute compétition? Pourquoi le cyclisme devrait-il payer seul les effets nuisibles engendrés par un argent toujours plus présent dans les grandes compétitions sportives? Et surtout, pourquoi ceux qui se disent amoureux du vélo s’acharnent-ils à participer à sa destruction méthodique? Voilà de bonnes questions que certains devraient se poser, plutôt que s’ériger en censeurs de pacotille, parlant de choses qu’ils ignorent.

La supériorité du foot, du rugby ou du tennis sur le vélo, est que les gens qui en parlent le font avec amour, même s’ils n’ont jamais pratiqué ces sports et même s’ils n’ont qu’une vague idée des règles qui les régissent. Ce n’est pas le cas du vélo, car ceux qui l’ont pratiqué en compétition sont souvent frustrés de n’avoir jamais rien gagné, ou d’avoir été incapables de persévérer. Quant aux autres c’est pire, car ils veulent parler doctement de choses qu’ils ignorent. Grimper le Tourmalet, le Granon ou l’Izoard, est quand même un exercice très différent qu’affronter la pente de la sortie de son garage ou regarder les coureurs à la télévision en mangeant une glace ou en savourant une bière. Dans le premier cas on a un (petit, très petit) aperçu de l’effort demandé à nos champions, alors que dans l’autre on a tout le temps de se poser la question de savoir si un tel a pris ou non un produit interdit, même si tout le monde (heureusement!) n’est pas dans ce cas.

Pour ma part, et pour avoir beaucoup souffert sur un vélo dans les nombreuses côtes qui jalonnent les parcours du Lot-et-Garonne, du Jura ou du Doubs, ou pour avoir eu beaucoup de mal à grimper nombre de cols dans le Massif Central, les Pyrénées, les Alpes ou les Vosges, je me contente de savourer le plaisir de voir attaquer un Contador ou un A. Schleck (pour ne citer qu’eux). En revanche, je reconnais volontiers ne jamais me poser la question de savoir ce qu’ils ont pris ou pas pris, pour être capables de nous offrir un spectacle aussi grandiose que celui qu’ils nous ont offert dans la montée de Verbier en 2009, ou dans celle du Tourmalet en 2010, où, malgré le brouillard,  nous avions les yeux illuminés par ce duel qui rappelait celui d’Anquetil et Poulidor en 1964 dans le Puy-de-Dôme. Cette attitude est d’autant plus rationnelle que, compte tenu de la sévérité des contrôles auxquels les coureurs sont astreints chaque jour, chaque semaine, chaque mois, on est au moins certain d’avoir à faire à des sportifs exempts de tout reproche dans la lutte contre le dopage. La preuve, s’ils sont malades, ils ne peuvent même pas se soigner comme chacun d’entre nous…si l’on a un rhume.

Michel Escatafal


Contador traité comme Scipion

Contador condamné ! Une condamnation scandaleuse pour sa sévérité, à propos de laquelle je reparlerai un peu plus loin. Mais avant toute chose je suis attristé non seulement devant cette sentence ô combien injuste, mais aussi par l’affligeante médiocrité des commentaires. Et quand j’écris « affligeante », je devrais même employer le mot « effrayante », avec des gens qui déclarent qu’il faudrait presque appliquer  la peine de mort au coureur espagnol…parce qu’il se serait peut-être dopé, ce que personnellement je n’ai jamais cru. Et je le crois encore moins depuis la démonstration qu’il a faite l’an passé au Giro où, hyper surveillé par les instances anti-dopage (24 contrôles tous négatifs),il a écrasé la concurrence à la manière d’un Hinault des grands jours, d’un Merckx plus cannibale que jamais ou d’un Coppi au sommet de son art. Un Giro qu’il va perdre sur le tapis vert, alors qu’il avait l’autorisation d’y participer par l’UCI, comme du reste le Tour de France 2010, plus les autres courses de moindre notoriété qu’il a remportées, suite au jugement du TAS rendu public hier.

Et si certains s’imaginent que mon jugement sur la sévérité de certains commentateurs sur les sites français est déformé, qu’ils regardent les réactions de certains forumers soi-disant « amateurs de vélo », avec les inévitables réflexions sur les Espagnols qui seraient beaucoup plus laxistes que les Français. Comme si dans notre pays il n’y avait que des gens intègres ! En tout cas des réflexions qui montrent que certains habitants de notre pays sont à la fois haineux et envieux. Et dire que la France, un si beau pays, est le premier a avoir fait une Révolution pour chasser l’obscurantisme et avoir longtemps incarné les valeurs de la dignité et de la fraternité entre les hommes. Que reste-t-il de tout cela ?

Cela dit, il y a quand même matière à s’interroger sur ce jugement rendu hier, dans la mesure où le TAS donne deux ans de suspension à Contador, tout en reconnaissant qu’il n’y a pas de preuve qu’il se soit dopé. Certes je n’ai jamais pratiqué le droit que j’ai étudié à la fac, mais un tel jugement m’apparaît hautement critiquable, même si la justice sportive est différente de la justice civile en ce qui concerne la preuve de la faute. Il n’empêche, un tel jugement est contre toute logique, contre le principe même de la justice, et de la présomption d’innocence. Une telle sanction aussi peu étayée ouvre la porte à toutes les dérives, et ce d’autant plus qu’à cette époque, seuls trois ou quatre laboratoires pouvaient trouver une aussi infime quantité de produit interdit. En outre, la définition du dopage est « l’usage de substances ou de méthodes artificielles pour améliorer le rendement sportif ». Bien entendu, personne de bonne foi n’acceptera l’idée que Contador ait pu voir ses performances améliorées avec une si petite quantité d’anabolisant et, s’il fallait en avoir la preuve, il suffit de se référer à la performance ô combien décevante qu’il a réalisée lors de l’étape c.l.m. de ce Tour  2010 qui lui  a été fatal. Voilà pour les faits !

Oui, comment peut-on condamner quelqu’un sur des présomptions de culpabilité? En effet, le TAS affirme « qu’aussi bien le scénario de la contamination de la viande que celui de la transfusion sanguine, étaient, en théorie, des explications possibles pour justifier un contrôle antidopage positif mais qu’ils étaient tous deux hautement improbables ». Du coup, pour étayer leur jugement, les juges disent que « de l’avis de la formation arbitrale et sur la base des preuves produites, la présence de clembutérol a été plus vraisemblablement causée par l’ingestion de suppléments nutritifs contaminés ». Très bien, sauf qu’on est dans une nouvelle hypothèse qui n’apparaît pas plus clairement que les autres.

En fait l’AMA et l’UCI voulaient une sentence sévère pour justifier de leur crédibilité. Problème, jamais l’AMA n’a paru aussi peu crédible quand on pense au nombre de dossiers de dopage avérés, à propos desquelles elle n’a exigé aucune investigation supplémentaire après des sanctions de pure forme. Quant à l’UCI, elle pourrait contribuer à complètement ruiner le champion espagnol, si ce dernier devait régler les 2.5 millions d’euros (70% du salaire) que la fédération internationale réclame en cas de sanction égale à deux ans, sans parler des prix que Contador a reçus de ses victoires entre juillet 2010 et février 2012 et qu’il devra rendre, sans parler aussi de ses frais de tribunal et d’avocats. Bref, il fallait faire rendre gorge à Contador , tout en l’empêchant de pouvoir participer aux J.O. de Londres, ce qui explique, aux yeux des journaux espagnols, l’incompréhension sur la date de début de la suspension. Cela étant, une chose est sûre : avec cette sanction impitoyable pour ne pas dire pitoyable, encore une fois, c’est le cyclisme qui trinque !

Heureusement dans ce mauvais feuilleton qui dure depuis 536 jours, il y a la réaction des coureurs ou des anciens coureurs, qu’il s’agisse d’Indurain, Merckx ou Oscar Pereiro, lui-même vainqueur du Tour de France suite au déclassement de Landis. Si j’ajoute cette précision c’est pour saluer la réaction d’Andy Schleck, une réaction qui l’honore, ce qui est normal car c’est un champion. Evidemment il ne peut pas avoir la même réaction que les forumers qui ont tous couru après la gloire, parfois et même souvent après la victoire, ou tout simplement qui ne sont jamais monté sur un vélo de compétition sur la route ou sur une piste. J’observe la même retenue chez Scarponi. Bravo Messieurs! Cela prouve que vous avez l’intelligence du cœur, ce qui fait d’autant plus regretter la réaction de certains personnages évoluant dans le monde du vélo depuis des décennies…qui semblent découvrir le problème du dopage dans le cyclisme en particulier, et le sport en général. Et puisque ce blog est consacré à l’histoire du sport, je voudrais rappeler que dans le monde du vélo il y a déjà eu des injustices énormes sous couvert de lutte contre le dopage, même si la sentence finale, pour dure qu’elle fût pour les protagonistes, n’a rien à voir avec celle qui frappe Contador.

Nous étions vers la fin du Giro 1969, très exactement le 2 juin,  et Eddy Merckx, le grand Eddy Merckx avait dominé tous ses rivaux dans l’ascension des Trois Cimes du Lavaredo, une ascension d’autant plus difficile qu’elle se faisait sous la neige. A trois jours de l’arrivée, personne ne doute qu’il a remporté son second Giro avec son avance de 1mn14s sur Gimondi, son seul véritable interlocuteur, mais qui lui était un peu inférieur partout. Toutefois, c’était sans compter sur le contrôle antidopage qui faisait apparaître des traces d’un stimulant, dont j’ai oublié le nom, dans ses urines. Merckx eut beau protester de son innocence, eut beau recevoir les témoignages de sympathie du médecin contrôleur lui affirmant qu’il le croyait innocent, Merckx sera déclassé, la contre-expertise s’avérant elle-aussi positive, une contre-expertise à laquelle Merckx ne fut pas conviée sous le fallacieux prétexte qu’on ne pouvait pas le joindre…alors qu’il était resté cloîtré dans son hôtel.

Et si l’on ajoute que les mauvaises langues affirmaient que le médecin contrôleur était un intime de Gimondi, il faut reconnaître qu’Eddy Merckx avait le droit de croire au complot, même s’il reçut le réconfort de certains coureurs italiens, notamment Vito Taccone, Paolini…et Felice Gimondi, lequel allait hériter de la victoire finale. Personne ne saura ce qui s’était passé réellement en cette fin de Giro, mais force est de reconnaître qu’Eddy Merck, qui jure encore aujourd’hui qu’il ne s’était pas dopé, subit l’opprobre ce jour-là, et que cet évènement allait le suivre jusqu’à la fin de sa carrière. Et encore avait-il la chance qu’à cette époque il n’y ait pas internet, sinon j’imagine la réaction des forumers à propos de cette affaire, certains n’hésitant pas à la rappeler quand Merckx s’indigne de ce que vient de subir Contador…alors que nombre de ces forumers excités n’ont pas connu l’époque Merckx.

Autre rappel qui remonte à 1966, avec le record de l’heure non homologué de J. Anquetil, lequel avait couvert 47.493 km, soit 146 mètres de plus que Roger Rivière en 1958, ce qui était un sacré exploit. Et pourtant ce record n’a jamais existé sur les tablettes des records…faute pour Anquetil de satisfaire au contrôle antidopage, dont les modalités étaient différentes selon les fédérations. En outre, au moment de sa tentative, il était prévu que Jacques Anquetil ne serait pas ennuyé par un quelconque contrôle. Résultat, le coureur normand fit cet exploit pour rien, ce qui n’empêcha pas tout le monde de saluer la portée de sa performance exceptionnelle…alors qu’il avait presque 33 ans. Et pour terminer sur le sujet, il faut noter que si Anquetil a eu recours dans sa carrière à des stimulants, cela ne l’a pas empêché de faire une carrière qui a duré treize longues années. Cependant force est de reconnaître que les contrôles antidopage ont permis de rendre le cyclisme moins dangereux pour ses pratiquants au plus haut niveau et, accessoirement, ont permis ces dernières années de ramener le cyclisme à ses bases antérieures, avec des poids légers qui grimpent mieux que des coureurs de 80 kg et plus, ce qui n’était plus la cas à une certaine époque. Ce n’est pas une raison pour faire du zèle vis-à-vis de certains coureurs au moindre problème. Bref, il y a la loi et l’esprit de la loi !

Un dernier mot enfin pour raconter un épisode historique que j’évoquais sur Cyclism’Actu, dont je recommande une nouvelle fois la lecture. Fermons la parenthèse, pour s’interroger sur la manière dont un certain Caton, moraliste vétilleux, essaya de détruire la réputation de Scipion l’Africain. Nous étions en 187 av. J.C., et Caton était tribun, ce qui lui permit  de demander à Scipion et à son frère Lucius qui revenaient d’Asie en triomphateurs, de rendre compte au Sénat des sommes versées par Antiochus comme prise de guerre. C’était certes une requête parfaitement légitime, mais qui surprit les Romains parce qu’elle mettait en doute la probité  du vainqueur de Zama, laquelle en fait était au-dessus de tout soupçon.

On ne comprend toujours pas la raison qui poussa Caton à faire cela. Peut-être voulut-il simplement rétablir le principe, qui commençait à tomber en désuétude à cette époque, que les généraux, quels que fussent leur nom et leur mérite, eussent à rendre des comptes? Peut-être aussi y avait-il là dessous une violente antipathie pour le clan Scipion, esthétisant, hellénisant et modernisant pour l’époque? Sans doute un peu des deux. En tout cas cette prétention coalisa contre celui qui l’avançait nombre de gens lettrés de Rome.

Il n’empêche, Scipion fut convoqué devant l’Assemblée pour s’expliquer. Le châtiment fut épargné à Scipion grâce à un certain Tiberius Gracchus (père des Gracques) qui avait épousé Cornelia, sa fille, sans pour autant être son ami. Mais il fut convoqué une seconde fois, et cette fois refusa de se présenter. Rempli d’amertume, il préféra se retirer dans sa villa de Literne où il résida jusqu’à sa mort. Cela dit, Caton n’était pas un saint, comme en témoigne ce qui ressort de son Traité sur l’Agriculture. Par exemple, il nourrissait ses esclaves d’olives pourries, leur faisait boire de l’eau coupée de vinaigre, les habillait de haillons. Quand ces esclaves étaient vieux et usés, pour ne pas nourrir de bouches inutiles, il les vendait pêle-mêle avec les bœufs hors de service et la ferraille hors d’usage. Bref, Caton était un monument d’avarice qui ne pensait qu’à l’argent…au nom de la morale.

Dans tout cela n’y-a-t-il pas quelque analogie avec le cas Contador ? Après tout que reproche-t-on surtout à Contador, glorieux vainqueur de six grands tours ? De s’être dopé ? Mais si c’était le cas, il y a longtemps que son cas serait réglé et il finirait de purger sa suspension de deux ans. En plus, il n’y a pas la moindre preuve qu’il ait pris un produit pour améliorer ses performances, donc si l’on s’est acharné sur son cas, c’est tout simplement pour faire un exemple. Mais alors pourquoi l’AMA réagit-elle ainsi chaque fois qu’un cycliste de grande notoriété rencontre un problème…et très rarement pour les autres sportifs ? Là est toute la question, et c’est pour cela que l’AMA a remporté une victoire à la Pyrrhus, et que le cyclisme vient de subir une terrible défaite. J’ose simplement espérer qu’à l’inverse de Scipion, Contador persistera dans son idée de remonter sur son vélo pour prouver de nouveau à tous ses détracteurs qu’il fait partie de la plus belle histoire du cyclisme, quitte à continuer à susciter, plus particulièrement en France, une jalousie aussi morbide que ridicule.  Et qu’il me permette de faire une suggestion, à savoir profiter de ces six mois pour travailler sur la piste afin de s’attaquer en fin de saison au record de l’heure, lequel a besoin d’un sérieux rafraîchissement.

Michel Escatafal


A propos de l’audition de Contador…

Aujourd’hui   je vais reproduire quasi intégralement ce que j’ai posté comme commentaire sur le site Cyclism’Actu, parce que l’audience de Contador coïncide à quelques jours près avec  l’intervention dans la presse de Noah sur le dopage. Intervention qui a fait polémique pour la bonne raison que certains n’ont voulu ou pu y voir que le premier degré, alors que justement il fallait aller au fond des choses. Et ce qui me rassure, c’est qu’un autre grand sportif français, Romain Mesnil (vice champion du monde de saut à la perche et accessoirement ingénieur) , dit à peu près la même chose, en affirmant que même s’il est très engagé dans la lutte contre le dopage, il apprécie les propos de Noah en dénonçant l’impasse dans laquelle est engagée cette lutte. Pour ma part, je suis de ceux qui souhaitent que l’on combatte le dopage, mais je veux aussi que cette lutte se fasse dans tous les sports et de la même manière, sinon, et là je parle en amoureux du vélo, ce sera au détriment de ce sport, ce que je trouve insupportable.

J’observe que ceux qui interviennent sur les sites de vélo sont souvent des gens qui ont pratiqué peu ou prou le vélo en compétition, ou qui ont parcouru beaucoup de km sur leur bicyclette. Tous ceux-là, à des niveaux différents, savent ce que le vélo est capable d’apporter comme joies, mais aussi comme souffrances. Et pour cela on n’a pas besoin d’avoir gagné le Tour de France, ni d’avoir été champion du monde de poursuite, ni même tout simplement d’être coureur professionnel. Quand on participe à une course du dimanche, la frustration est la même quand on est lâché dans une côte que celle qui envahit le coureur pro moyen quand il est incapable de suivre le crack qui accélère.  Cette frustration-là est saine, et, hélas pour moi, je l’ai souvent ressentie, ce qui explique en partie mon admiration pour ceux qui ont fait l’histoire de ce sport, laquelle vaut beaucoup d’autres épopées.

Mais la frustration est différente de l’amertume, car la frustration entraîne généralement l’acceptation de son statut. Oui, j’étais doué pour faire une dissertation philosophique, et non pour devenir un coureur cycliste professionnel, ni même d’ailleurs pour monter en première ou deuxième catégorie. Dame Nature m’a donné certains dons, mais pas tous, ce que je conçois parfaitement. Tout le monde ne peut pas monter le Tourmalet en 40 mn (côté La Mongie), ou  réaliser 1 mn et quelques centièmes sur le kilomètre. C’est la loi de la nature tout simplement, ce qui interdit de dénigrer systématiquement ceux qui sont capables de réaliser pareils exploits. Or, malheureusement il y a quelques anciens coureurs, de tous niveaux, pour expliquer que tout cela est impossible sans dopage…sauf bien sûr pour leurs champions favoris. Ceux-là ont toutes les qualités, et s’ils sont battus c’est parce que ceux qui sont devant eux étaient dopés. En revanche s’ils gagnent, ils sont nécessairement propres. Comment oserait-on mettre en doute leur probité ?

Enfin, il y a ceux qui ne connaissent pas le vélo. Ceux-là on les reconnaît tout de suite à leur manière de s’exprimer. Ils essaient de faire de l’esprit, par exemple en utilisant sans cesse le mot contadope, mais chacun sait bien que quand on court après l’esprit, on attrape la sottise, cet esprit-là étant ce qu’il y a de plus bête au monde, pour parodier Montesquieu ou Du Camp, qui n’ont jamais eu la chance de monter sur une bicyclette.  Le problème est que ces contempteurs  du cyclisme font surtout preuve de méchanceté, et donc n’ont aucun respect pour le sport et les sportifs dont ils parlent.  Au fond peu leur importe que se déchaîner sur Contador (ou un autre) fasse du tort au vélo. La preuve, ils s’érigent en juge, chacun y allant de sa vindicte personnelle.

A leurs yeux, Contador est le Satan absolu. Pour quelle raison ? Ils ne la connaissent pas eux-mêmes, ce qui pourrait nous inciter à leur pardonner parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Mais doit-on aller jusqu’au pardon, avec des gens qui salissent allègrement des coureurs dont ils ignorent tout de leur vie privée ?  Difficile à accepter, parce que dans leur cas ce n’est plus de l’amertume, mais une forme de haine de l’autre au nom de la morale…ce qui nous ramène plusieurs siècles en arrière. Heureusement,  ces moralistes au petit pied n’ont aucun pouvoir, ce qui les remet  à la condition qui fut toujours la leur : hurler avec les loups faute de pouvoir devenir chef de meute.

esca


Pourquoi toujours évoquer le dopage pour le vélo?

Aujourd’hui j’ai une nouvelle fois envie de réagir, en pleine « affaire Contador» à toutes les stupidités que je lis sur les divers forums à propos du dopage et même, ce qui est plus grave, dans des journaux dits sérieux. Cependant je suis surtout choqué quand je lis qu’un ancien grand champion comme Greg Le Mond participe aussi à ce mouvement. Parmi les « forumers » il y en a 99% qui ne sont jamais monté sur un vélo de course, et leur avis est totalement sans intérêt. Ils n’y connaissent rien et ils parlent, ce qui est une des caractéristiques de la nature humaine. Les gens aiment bien disserter sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas du tout, comme on peut le constater quand ils évoquent tel ou tel auteur…qu’ils n’ont jamais pris la peine de lire. C’est pareil pour le vélo, mais quand c’est un très grand champion c’est plus gênant. Que se passe-t-il donc dans la tête de Greg Le Mond quand il s’en prend aux coureurs actuels, et contribue ainsi à alimenter les polémiques stériles sur le dopage dans le vélo. Certes on l’entend moins sur le contrôle « anormal* » (traces de clembutérol) de Contador, qu’on ne l’a entendu après l’exploit de ce dernier sur la montée de Verbier dans le Tour 2009, mais il aime manifestement parler du dopage.

Pour ceux qui connaissent l’histoire du sport, et du vélo en particulier, je veux rappeler que le donneur de leçons Le Mond a quand même gagné le Tour de France en 1989 avec un vélo qui n’était pas vraiment règlementaire à l’époque, avec son guidon de triathlète. Or quand on sait qu’il a battu Laurent Fignon (qui n’utilisait pas ce type de matériel) de 8 secondes à l’arrivée, cela signifie que sans sa machine spéciale il n’aurait sans doute pas remporté ce Tour de France. Il était donc normal qu’il y ait de la suspicion sur sa victoire, même si elle portait un peu moins sur le dopage que de nos jours. Question de mode ! Et la dite suspicion s’est faite plus ample encore, quand Le Mond a remporté le titre de champion du monde à Chambéry, toujours en 1989, en battant au sprint le Russe Konyshev et Sean Kelly qui étaient tous deux infiniment plus rapides que lui. Cela dit, ce jour-là je pense qu’il était tout simplement le plus fort.

Et puisqu’on est dans l’histoire du vélo je voudrais signifier, une fois pour toutes, qu’il n’y a rien d’anormal à voir un coureur passer les cols en tête dans le Tour ou le Giro, et être aussi vainqueur de la grande étape contre-la-montre, performance qu’a réussie Contador dans le Tour 2009 sur les bords du lac d’Annecy. Bartali, Coppi, Koblet, mais aussi Bobet, Merckx, Hinault, en sont quelques uns des plus prestigieux exemples…parce que c’étaient des « fuoriclasse ». J’aurais pu ajouter Armstrong, mais je ne veux pas ajouter de la polémique aux polémiques. Tout cela signifie que Contador est l’actuel roi du cyclisme sur route, et qu’il est le meilleur de sa génération. Un coureur qui à 28 ans a déjà remporté six grands tours et a réalisé la triple couronne (Tours de France, d’Italie et d’Espagne) est nécessairement un immense champion.

Sur ce plan on peut déjà le comparer aux plus grands parmi les plus grands. Certains même, comme Millar, pensent qu’il surpassera tous les champions du passé en ce qui concerne les grandes courses à étapes…à moins que les instances du cyclisme ne lui coupent les ailes pour quelques poussières de clembutérol trouvées dans ses urines lors du dernier Tour de France, affaire toujours pas réglée un an après. Affaire qui suscite l’ire des forumers français, et qui semble concerner jusqu’à notre ministre des sports. Il est vrai qu’il est plus facile de parler de la présence de Contador au Tour de France 2011, pour lequel il est autorisé légalement à courir, que d’évoquer le manque d’infrastructures dont souffre notre pays, par rapport aux pays voisins, notamment pour la piste, alors que nos sprinters sont les meilleurs du monde.

Mais au fait pourquoi Contador suscite-t-il autant la suspicion de certains censeurs ? Parce qu’il monte soi-disant les cols à une vitesse supersonique, et qu’en outre il est capable de battre les meilleurs à la fin du Tour de France dans un contre-la-montre de 40 km. Est-ce si inédit comme performance ? Je réponds non. Tout d’abord il faut préciser que si Contador a gagné en 2009 l’étape contre-la-montre du Tour de France sur 40 km, il a bénéficié pleinement d’une difficile côte de presque 4 km aux trois-quarts du parcours. Sans cette cote c’est Cancellara qui aurait gagné. J’ajoute que Contador n’a pas fait dans cette étape des différences extraordinaires, car le second (Cancellara) était à 3 secondes et le troisième (Ignatiev) à 15 secondes. Et que dire de Christophe Moreau qui a fini 8è à 45 secondes, et même de Sandy Casar qui a termine à la 40è place à 2mn 45 secondes. Contador n’a donc pas écrasé la course comme on a pu le lire dans certains commentaires. Je pourrais aussi ajouter les écarts que ce même Contador a faits sur l’étape contre-la-montre en côte lors du dernier Giro, où il a battu des coureurs comme Nibali et Scarponi d’une quarantaine de secondes.

On est loin des différences faites à certaines époques dans les courses contre-la-montre, par exemple dans le Tour 1993 à Madine (59 km), où Indurain reléguait le second (Bugno le double champion du monde) à plus de 2mn, malgré une crevaison. Dans le même ordre d’idées quand on s’extasie sur la performance de Contador dans la montée de Verbiers (Tour 2009), il faut rappeler qu’il n’a pris que 43 secondes à Andy Schleck en 5,6 km d’ascension, et entre une minute et une minute et demie sur ses principaux rivaux (Armstrong 9è à 1mn35s), ce qui est peu. Dernièrement sur les pentes de l’Etna dans le Giro qui vient de s’achever, Contador a réalisé une grosse performance, mais il a battu le Vénézuélien Rujano de quelques secondes et Nibali et Scarponi d’une petite minute. Pourquoi ne dit-on jamais cela ? Pourquoi en est-on toujours à suspecter tout le monde de tricherie, alors qu’il suffit de regarder les chiffres et l’histoire du vélo pour s’apercevoir que la domination de Contador est somme toute banale. C’est le champion de sa génération et Andy Schleck, le Luxembougeois, est son plus dangereux rival…sur le Tour de France, car il ne court et ne se prépare que pour cette épreuve, ce qui n’est pas le cas de Contador qui fait chaque année une grosse première partie de saison.

Et puisque je parle d’un Luxembourgeois, cela me fait une transition toute trouvée pour revenir aux succès remportés par un grimpeur ailé dans les courses contre-la-montre en mettant à part ceux que j’appelle, comme les Italiens, les fuoriclasse. Je veux parler bien sûr de Charly Gaul, celui qu’on appelait « l’Ange de la montagne » tellement il paraissait facile dès que la route s’élevait. Tous les connaisseurs estiment qu’il figure parmi les plus grands grimpeurs de tous les temps. Il avait d’ailleurs un gabarit fait pour la montagne avec ses 62 kg pour 1,68m. Il était donc un peu plus petit que Contador (1,76m) mais avait le même poids, ce qui en fait deux coureurs assez comparables à époques différentes. Cela n’a pas empêché Charly Gaul de remporter nombre d’étapes contre-la-montre dans le Giro et le Tour. En 1958 il a même battu une des références absolues dans la spécialité, Jacques Anquetil, sur 46 km. En disant cela, je veux simplement rappeler que Contador n’est donc pas le premier grimpeur ailé à bien rouler. Que ceux qui se posent des questions étudient d’abord l’histoire du vélo !

Pour terminer, je voudrais simplement dire à ceux qui passent leur temps à dénigrer le vélo qu’ils arrêtent de dire des âneries. Si le Tour de France ne les intéresse pas qu’ils cessent d’en parler, et qu’ils laissent les millions de spectateurs et de téléspectateurs rêver autant qu’ils peuvent le faire. Au passage j’observe que malgré toutes ces insinuations sur le dopage, les gens sur le bord de la route sont toujours aussi nombreux et vibrent toujours autant aux exploits de Contador, Schleck, Nibali, Scarponi ou Evans, comme ils ont vibré à ceux de Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Gaul, Anquetil, Merckx, Hinault, Lemond ou Indurain et tant d’autres.

Alors que les moralistes de tout poil qui trouvent normal de boire cinq ou six cafés par jour pour tenir le coup à leur boulot, de prendre du viagra pour essayer d’être performants dans certaines circonstances, d’user de boissons énergétiques pour faire semblant de courir quand ils font un footing, bref que tous ces zozos mènent leur vie comme ils en ont envie, mais qu’ils cessent de médire sur les coureurs et ceux qui les admirent. Je remarque à ce propos que c’est chez nous, en France, pays de la surconsommation médicale, que l’on parle le plus de dopage. Encore une exception française !

Michel Escatafal

*Je parle de contrôle anormal parce que selon C. Prudhomme, directeur du Tour de France, « le laboratoire de Cologne a des normes quarante fois plus drastiques que la norme exigée par l’Agence Mondiale Antidopage. C’est-à-dire que peu de laboratoires auraient pu le (clembutérol) déceler ».