Les J.O. doivent se recentrer sur leurs sports traditionnels

MekhissiBonjour à tous, après des vacances que je veux qualifier de méritées. Du coup cela fait un certain temps que je n’ai pas écrit, mais je vais essayer de rectifier le tir au cours des prochaines semaines. Après ces palabres en forme d’excuses, je veux évoquer un problème qui nous intéresse tous, puisque nous sommes en plein dans les Jeux Olympiques 2016. Ceux-ci, d’ailleurs, ressemblent de plus en plus à du grand n’importe quoi, entre les épreuves qui concernent les grands sports professionnels et qui n’intéressent guère les habituels supporters, et l’arrivée de sports improbables, nouveaux pour l’essentiel, en attendant les matches entre ceux qui crachent le plus loin et ceux qui sont capables de manger dix kilos de carpaccio en moins de cinq minutes. J’exagère à peine. Pire encore, certains voudraient voir le sport automobile aux J.O. Pourquoi pas ? Ce serait sans doute amusant de voir Hamilton, Rosberg, Vettel, Raikkonen, Ricciardo, Verstappen, Bottas, Alonso, Button, Perez ou Grosjean s’affronter, par exemple sur 50 km, dans des voitures des années 1980 ou 1990. Idem pour le WRC.

Ceci dit redevenons sérieux : qui peut me raconter qu’il considère, en cyclisme, l’épreuve sur route des J.O. au même titre qu’un Paris-Roubaix ou un championnat du monde sur route ? Personne, qui aime tant soit peu le vélo. En plus cette course arrive après un Tour de France qui fut sans doute un des pires au niveau émotionnel que l’on ait connu depuis des décennies. Aucun suspens, avec un Quintana pas dans son assiette et un Contador blessé le premier jour et contraint à l’abandon un peu plus tard, les seuls qui auraient pu inquiéter Froome. Au passage j’en profite pour noter une nouvelle fois que le Pistolero a vu son palmarès officiel amputé de deux grands tours (Tour de France 2010 et Giro 2011), plus quelques autres victoires moindres, pour un contrôle antidopage qualifié d’anormal pour quelques poussières de clembutérol, que seul un ou deux laboratoires au monde pouvaient détecter, alors que plusieurs champions ou championnes et non des moindres, pris pour du bon gros dopage, sont devenus ou deviennent champion olympique sans que cela ne semble trop perturber les instances olympiques ou internationales. En fait les plus fâchés de cette situation sont les concurrents malheureux qui arrivent derrière ces ex-dopés, ou encore d’autres concurrents qui sont contraints d’affirmer haut et fort qu’ils ont gagné en étant propres. Tout cela confine un peu au délire !

Fermons la parenthèse et reprenons notre propos, à propos du cyclisme professionnel aux J.O., même si la course en ligne fut belle sur le plan du spectacle. Pour ma part, cette course n’a pas sa place aux J.O., surtout quand on voit que l’on a abandonné le kilomètre et la poursuite sur la piste….pour faire de la place. Je dirais la même chose pour le football, avec un règlement bancal puisque chaque équipe peut aligner seulement trois joueurs de plus de 23 ans. Ridicule, d’autant plus que nombre de clubs ont refusé à certains joueurs leur participation pour mieux préparer la saison. Et que dire du tennis, sport où les meilleurs mondiaux se font éliminer dès les premiers tours, comme ce fut le cas pour Djokovic ou pour les deux paires françaises de double. Apparemment tout le monde se moque de ces résultats, car dans moins d’un mois c’est l’US Open qui va commencer et là on ne rigolera plus. Je suis sûr que Djokovic ne sera pas éliminé au premier tour ! Et le rugby ? Là on se contente du rugby à 7, qui est un bon moyen pour nombre de joueurs de travailler leur technique, mais qui s’y intéresse?

En revanche je trouve normal que les autres grands sports d’équipe, moins médiatisés dans le monde, participent à la fête olympique, par exemple le basket ou le handball. A part les joueurs de NBA, personne ne connaît les meilleurs joueurs du sport le plus pratiqué dans le monde après le football. C’est la même chose pour le cyclisme sur piste qui, hélas, ne nous offre ses meilleures rencontres qu’une fois par an, lors des championnats du monde. Dommage quand même qu’un titre olympique en vitesse ne soit pas mieux valorisé, en terme de notoriété et aussi sur le plan pécuniaire pour celui qui remporte une des épreuves les plus anciennes de la tradition olympique. Bref, tout cela pour dire que cette fête olympique qui se veut de plus en plus gigantesque depuis les années 1990, qui coûte de plus en cher aux pays organisateurs, n’est plus la fête du sport qu’elle était autrefois. Et quand j’écris fête, cela signifie mettre en valeur des sportifs qui ne le sont pas habituellement, alors que leur sport figure au programme des J.O. depuis des décennies, voire même dès la fin du XIXè siécle.

Certes on sera toujours plus nombreux à regarder la finale du 100m ou du 1500m en athlétisme que le tir à l’arc ou l’escrime, mais on sera content des médailles que notre pays a obtenu en natation, au judo, en canoë ou en aviron. Peut-être finalement que ce que l’on a tellement reproché à Avery Brundage dans les années 60 ou 70, de n’avoir pas voulu ouvrir les J.O. aux professionnels, n’était pas une si mauvaise chose, sauf évidemment le fait que les pays communistes de l’époque étaient nettement avantagés, puisqu’officiellement il n’y avait pas de professionnels chez eux, bien qu’ils le fussent en réalité, alors que les pays occidentaux ou libéraux ne pouvaient envoyer que leurs amateurs. Et je ne parle pas du dopage d’Etat qui était pratiqué dans certains pays sans la moindre pudeur, puisqu’il en allait de la « grandeur » du pays…ce qui ne signifie pas pour autant que l’on ne se dopait pas ailleurs!

En attendant les J.O. ne vont vraiment commencer pour la plupart de ceux qui aiment le sport sur la planète, qu’à partir de demain avec le début des épreuves d’athlétisme, sport roi de la quinzaine olympique. Là on va avoir des champions qui vont se battre pour les médailles devant des milliards de spectateurs. Ils voudront voir Bolt, Gatlin ou Allyson Félix et tous les autres, et j’ajoute que personne ne se préoccupera de savoir si untel est dopé, ou s’il a été convaincu de dopage, parce que le spectacle avec un grand S sera là. Au passage j’en profite pour espérer qu’un athlète français montera enfin sur le podium du 100m (Vicaut) derrière Bolt et Gatlin, même si j’ai bien peur que cela reste un rêve. Après tout ce n’est jamais arrivé, et si Vicaut réussissait cet exploit cela effacerait toutes les déconvenues qu’il a connues jusque-là dans les grands championnats, y compris la dernière en date où, malgré des temps très supérieurs en qualité par rapport à ses concurrents, il fut quand même battu lors de la faible finale des championnats d’Europe. Pour mémoire il a terminé troisième de la course avec un temps de 10s08, derrière le vainqueur (Churandy Martina) en 10s07, alors que le record d’Europe de Vicaut est de 9s86!

Acceptons l’augure qu’il concrétisera enfin ses possibilités dans cette finale olympique, tout comme il faut espérer que Lavillenie soit à son meilleur niveau à la perche pour conserver son titre de 2012, que Mekhissi ait retrouvé toutes ses sensations au 3000m steeple après sa grave blessure de l’an dernier et ses belles médailles d’argent de 2008 et 2012, qu’un Bascou (110m haies) ou un Bosse (800m) sortent la course de leur vie pour faire un coup à la Colette Besson en 1968 (sur 400m) et remporter l’or. Cela nous rendrait heureux comme nous le fumes avec le doublé 200-400m de Marie-Jo Pérec en 1996, après son titre sur 400m en 1992, avec la victoire de Galfione à la perche en 1996, la médaille d’argent de Joseph Mamhoud en 1984 au 3000m steeple, l’argent en 1992 et l’or de Drut en 1976 sur 110m haies, qui avait réussi l’exploit d’être le premier à avoir mis fin à la supériorité américaine sur la distance depuis 1928, sans oublier la médaille d’argent de Maryvonne Dupureur sur 800m à Tokyo en 1964, ni bien évidemment celle de Jazy en 1960 (voir mes articles (Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 2) et Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 1) ou encore Les grands milers : partie 1), qui avait terminé deuxième d’un des plus grands 1500m de l’histoire olympique, avec comme vainqueur le plus grand miler de l’histoire tout court, l’Australien Herb Elliott, en rappelant qu’il s’est retiré de l’athlétisme en étant invaincu sur sa distance. Voilà je m’arrête à 1960 et aux médailles d’or et d’argent, avec toutefois une pensée pour Alain Mimoun, médaille d’or du marathon en 1956 et triple médaillé d’argent entre 1948 et 1952 (sur 5000 et 10000m) derrière Zatopek. Allez Vicaut, Bascou, Mekhissi, Bosse et Lavillenie, faites-vous plaisir et vous nous en ferez presque autant !

Michel Escatafal


Pauvre France, tu ne mérites pas tes champions !

RinerCette fois c’est fait : en 2024 la France ou plutôt Paris organisera les Jeux Olympiques, cent ans après les avoir organisés. Cela étant, l’organisation des J.O. n’a aujourd’hui rien à voir avec celle de 1924. D’abord parce qu’il y a beaucoup plus de sports concernés, ce qui implique que les Jeux se déroulent à travers tout le pays ou presque (on parle du Havre pour la voile en 2024). A ce propos on peut quand même s’interroger sur l’utilité de la présence de certains sports (on évoque le bridge en hiver, le bowling…) alors que le kilomètre ou la poursuite dans le vélo ont été rayés du programme. Passons. Ensuite les sommes mises en jeu sont de nos jours incomparablement supérieures à celles d’il y a cent ans, en euros constants. Rien que le montant de la campagne de candidature s’élèvera à 60 millions d’euros, nous dit le site Sport 24, et si le budget prévu ne devrait pas dépasser 6 milliards contre 12 milliards pour les J.O. de Londres en 2012, il reste quand même conséquent. Sur ce plan toutefois, soyons prudents, car chacun sait qu’il est très difficile de rester « dans les clous prévus » pour une telle manifestation, même si Paris dispose déjà de l’essentiel des installations sportives ou infrastructures pour recevoir les sportifs du monde entier en août, raison de plus pour approuver ce projet. D’ailleurs la quasi totalité de la classe politique est pour l’obtention de ces Jeux Olympiques, à l’exception notable de J.L. Mélenchon. Mais Mélenchon, combien de divisions ?

Au passage vous remarquerez que je considère comme acquis l’organisation de cette manifestation planétaire ayant lieu tous les quatre ans, car évidemment je n’imagine pas qu’une autre ville puisse nous priver de Jeux chez nous, après trois échecs presque consécutifs en 1992, 2008 et 2012. Ce serait un non-sens de ne pas accorder à la France ces Jeux qu’elle n’a pas organisés, je le répète, depuis cent ans, alors que par exemple l’Allemagne (Hambourg est candidate) les a organisés deux fois entre 1936 et 1972, sans parler des Etats-Unis (Boston est candidate) qui y ont droit régulièrement (quatre fois depuis 1904 et trois fois depuis 1932).

Et puisque nous parlons des J.O., je voudrais en profiter pour noter encore une fois les réactions démagogiques de nombre de personnes de notre pays, relativement aux sommes que perçoit le judoka Teddy Riner de la part du club de judo de la ville de Levallois (24.000 euros par mois). Voilà un phénomène bien français à propos d’un de nos deux ou trois plus grands champions, tous sports olympiques confondus. Un sportif connu planétairement pour ses performances, parce que le judo est un sport très important en Asie, en Europe, et même en Amérique. Un sportif qui a remporté à 26 ans un titre olympique, 7 titres de champion du monde, et 4 titres européens en individuel. Qui dit mieux ? Pas grand monde à la vérité, et rien que cela justifie ses émoluments, surtout si nous faisons la comparaison avec ce que touchent les footballeurs, y compris pour nombre d’entre eux en Ligue 2. Que veulent les censeurs au petit pied, toujours prêts à reprocher aux sportifs, aux hommes d’affaires, aux artistes etc. de gagner trop d’argent ? Mais cet argent ils ne le volent pas ! En outre dans le cas de Teddy Riner, même si la commune de Levallois est la plus endettée de France (11500 euros par habitant), ce n’est quand même pas son salaire, payé par son club de Levallois, qui est la cause de la dette de la ville qui dépasse 750 millions d’euros. Pourquoi stigmatiser un de nos plus brillants représentants au niveau du sport, qui s’entraîne régulièrement dans son club pour le plus grand bonheur des autres licenciés du judo levalloisien ?

Tout cela est vraiment écœurant, et suffit à démontrer que nombre d’habitants de notre pays marchent sur la tête. Il paraît que le Français déteste l’argent, mais si j’en crois un article fait sur le sujet l’an passé, les ménages français avaient parié 46.2 milliards d’euros en 2012 sur les jeux d’argent, soit une progression de 76% par rapport à l’an 2000. Pour des gens qui soi-disant n’aiment pas l’argent, l’attitude de nos compatriotes est plutôt étonnante. Bien sûr certains vont nous dire que c’est la misère qui les fait jouer, mais c’est aller un peu vite en besogne. En fait les Français sont comme les autres habitants de la planète, à savoir qu’ils aiment eux aussi avoir de l’argent. Problème, comparés à d’autres, ils semblent être surtout envieux et jaloux de ce qu’ils ne possèdent pas et que d’autres ont. C’est pour cela qu’ils n’aiment pas les footballeurs du PSG, alors que les Anglais, les Italiens ou les Espagnols sont beaucoup moins préoccupés par les salaires des joueurs de leurs grands clubs, à qui ils demandent simplement de remporter des titres.

Triste constat sur les habitants de mon pays, mais c’est hélas la réalité…ce qui explique nos échecs dans le sport et ailleurs. Ce n’est quand même pas un hasard si les affluences dans nos stades ou nos salles sont nettement inférieures en moyenne à celles de nos voisins européens ou amis américains. Et ce n’est pas non plus un hasard si notre pays n’a remporté qu’une seule C1 en football (OM en 1993), si un coureur de notre pays n’a pas gagné le Tour de France depuis 1985 (Hinault) et aucun grand tour depuis 1995 (Jalabert à la Vuelta), si la France n’a été qu’une seule fois championne d’Europe de basket (2013), si la France n’a jamais été championne du monde rugby, alors que ce sport n’est pratiqué au très haut niveau que par une dizaine de nations en étant généreux (en fait dans les Iles britanniques, en France, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et depuis peu en Argentine et en Italie), si la France n’a eu que huit athlètes champions olympiques depuis 1948 (Micheline Ostermeyer en 1948, Alain Mimoun en 1956, Colette Besson en 1968, Guy Drut en 1976, Pierre Quinon en 1984, Marie-Jo Pérec en 1992 et 1996, Jean Galfione en 1996 et Renaud Lavillenie en 2012), si etc., etc.

Et le pire est que si nos clubs enlèvent des titres continentaux ou planétaires, on les critique. Par exemple le RC Toulon que j’évoquais hier, parce que son équipe serait soi-disant composée de mercenaires ! Ridicule, stupide, idiot, imbécile, grotesque, insensé, dérisoire, minable ! Heureusement, comme disait Talleyrand, que « tout ce qui est excessif est insignifiant ». En attendant, je souhaite que le RC Toulon soit de nouveau champion d’Europe la saison prochaine, que le PSG gagne la Ligue des Champions en 2016, que Teddy Riner soit de nouveau champion olympique à Rio, que Renaud Lavillenie soit enfin champion du monde à la perche en août prochain, qu’Eloyse Lesueur retrouve tous ses moyens l’année prochaine et devienne championne olympique à la longueur à Rio…et que Contador, que nombre de Français ont tellement voué aux gémonies, réalise en juillet le fameux doublé Giro-Tour, qui lui permettrait de rejoindre Bernard Hinault au classement des victoires en grands tours (10), avec la possibilité de battre le record de Merckx (11) au cours de sa dernière saison l’année prochaine.

Michel Escatafal


Le 110m haies, une spécialité qui sourit aux Français

drutPMLEn lisant une interview de Jimmy Vicaut, un des principaux favoris du 100m aux prochains championnats d’Europe, je suis très surpris de voir à quel point les sportifs de notre époque sont ignorants du passé. Si j’écris cela c’est parce que ce même Vicaut disait dans cette interview : « Nous avons la meilleure génération du sprint français ». Quelle curieuse affirmation, en pensant à la période entre 1962 et 1968, où nous avions Delecour, Piquemal et Bambuck, en rappelant que Piquemal et Delecour ont été premier et second du 100m lors des championnats d’Europe 1962, mais aussi que Bambuck et Piquemal ont été sur le podium du 100m en 1966 à ces mêmes championnats d’Europe, Bambuck remportant le 200m avec Nallet à la troisième place, que Delecour, Piquemal, Bambuck et Berger ont été champions et recordmen d’Europe du 4x100m, que Bambuck a été double finaliste olympique sur 100m et 200m et médaillé de bronze au relais 4x100m des J.O. de 1968 (avec Delecour, Piquemal et Fenouil) malgré une angine attrapée la semaine du début de la compétition. Mais je pourrais aussi parler du début des années 1990, où Sangouma et Trouabal ont été médaillés d’argent respectivement du 100 et du 200m aux championnats d’Europe à Split (1990), avec Marie-Rose à la troisième place du 100m, ces trois sprinters, plus Morinière, battant le record du monde en finale du 4x100m avec un temps de 37s79…que notre relais actuel composé avec la soi-disant « meilleure génération du sprint français » n’a toujours pas égalé plus de 20 ans après. Voilà, Monsieur Vicaut, il ne faut pas refaire l’histoire en s’imaginant, comme nombre de jeunes gens aujourd’hui, que l’histoire du sport et du monde a commencé il ya dix ans à peine.

Fermons cette longue parenthèse qui m’a servi d’introduction, pour évoquer un peu plus longuement les prochains Championnats d’Europe d’athlétisme qui vont se dérouler du 12 au 17 août prochains à Zurich. Un lieu mythique pour les fans de ce sport, où nombre de grandes performances et de records du monde (Lauer, Hary, Davenpoort, Milburn, Coe, Nehemia, Evelyn Ashford, Mary Decker, Carl Lewis, Reynolds, Kingdom, 4x100m américain, Kiptanui, Gebresselasié, El Guerrouj, Kipketer…et j’en oublie peut-être) ont été réalisés sur une piste que l’on a souvent qualifiée de « miracle », même si ladite piste a changé de nature depuis l’apparition des pistes synthétiques. Cela étant, des grandes performances, nous français en attendons quelques unes de très belles, notamment sur une discipline qui, de tous temps,  fut une des plus prolifiques en médailles dans les divers championnats continentaux ou planétaires, à savoir le 110m haies. Il suffit d’ailleurs de consulter les palmarès olympiques, mondiaux ou européens, pour s’apercevoir que le 110m haies a souvent souri aux hurdlers français, depuis André-Jacques Marie (au début des années 50) jusqu’à ce jour, en passant par Guy Drut, un des trois ou quatre plus grands athlètes de l’histoire de notre athlétisme national,  Caristan ou encore  Ladji Doucouré.

A propos de Doucouré, même s’il peine à revenir à un bon niveau, on peut quand même saluer son investissement, malgré une cascade de blessures qui n’ont cessé de contrarier sa carrière entre 2006 et 2011, en notant qu’il vient de réussir 13s38 dernièrement à Castres (avec vent), après avoir réussi 13s44 peu avant à La Roche-sur-Yon, ce qui aurait pu lui permettre de disputer les Championnats d’Europe…si la France ne disposait pas déjà de trois coureurs de très haut niveau international, dont un, Pascal Martinot-Lagarde, devrait s’attribuer le titre européen à Zurich. N’oublions pas qu’il détient la meilleure performance mondiale de l’année, en 12s95 (à Monaco), ce qui lui a permis de battre le vieux record de France de Doucouré (12s97 en 2005).

En fait seule une chute ou une grosse contre-performance pourrait priver notre champion du titre européen, tellement ses progrès sont évidents cette année. En tout cas le changement dans sa technique de course (sept foulées avant la première haie au lieu de huit), expérimenté avec son ancienne coach, Patricia Girard, qu’il a quitté depuis le mois d’avril pour rejoindre le groupe de Giscard Samba dans lequel figurent aussi son frère aîné Thomas et Cindy Billaud, la nouvelle co- recordwoman de France (12s56 comme Monique Ewange-Epée en 1990), est rien moins qu’une réussite. Certains trouveront un peu cavalier d’avoir quitté Patricia Girard au moment où celle-ci lui a permis d’acquérir une nouvelle technique, mais ce sont les aléas de la condition de coach.

Le frère de Pascal Martinot-Lagarde, Thomas, aura lui aussi une belle chance de médaille à Zurich s’il est au niveau de son record personnel (13s26), tout comme l’autre Français, Dimitri Bascou, dont le record personnel est de 13s25. Qui sait, peut-être aurons-nous un podium 100% français aux prochains Championnats d’Europe, ce qui serait évidemment inédit ? Cela dit, la discipline en France est tellement riche, qu’outre Doucouré, notre délégation sera privée de Garfield Darien, double médaillé d’argent  aux championnats d’Europe (2010 et 2012).   Oui, le 110m haies est bien la distance phare de notre athlétisme, même si nous avons avec Renaud Lavillenie le meilleur perchiste mondial de ces derniers années (champion olympique du saut à la perche en 2012 et recordman du monde depuis cet hiver).

Cela étant, comme ce site est surtout consacré à l’histoire du sport, je voudrais dire quelques mots de nos meilleurs coureurs de 110m haies, dont on a parfois oublié le nom, mais qui ont néanmoins participé à la gloire de l’athlétisme français, à une époque où la Diamont League n’existait pas, mais à une époque où les matches internationaux étaient très nombreux en plus des nombreux meetings qui avaient lieu un peu partout dans le monde. Bref, à une époque où l’athlétisme n’était pas seulement une compétition de championnats, comme c’est le cas de nos jours, depuis l’avènement du professionnalisme.

J’ai déjà parlé d’André-Jacques Marie, champion d’Europe du 110m haies en 1950, mais ensuite il y eut un athlète qui ne remporta jamais un grand championnat, mais qui, en revanche, fut un des meilleurs athlètes européens dans sa discipline pendant presque une décennie. Il s’agit d’Edmond Roudnitska, excellent technicien, qui participa à trois Jeux Olympiques. Il était surtout redoutable avec le maillot de l’équipe de France (vainqueur de tous les matches internationaux auxquels il participa en 1956), comme si ce maillot lui permettait de se surpasser encore davantage qu’en grande compétition individuelle. Dommage qu’il n’ait pas eu la même réussite aux J.O. de Melbourne en 1956, où il fut éliminé en demi-finale en 14s9, après avoir réalisé 14s3 en séries (la médaille de bronze a été obtenue avec 14s1).

 Dix ans plus tard, en 1966, Marcel Duriez sera médaillé de bronze aux championnats d’Europe 1966, derrière Eddy Ottoz, hurdler italien né en France, qui remporta aussi l’or en 1969. Duriez, athlète qui ne s’avouait jamais battu, fut également deux fois finaliste olympique en 1964 (6è) et 1968 (7è). D’une certaine manière, on pourrait dire que Duriez annonçait l’arrivée de Guy Drut au firmament de la discipline en Europe et dans le monde (voir mon article Borzov, Akii-Bua…et Drut aux J.O. de Munich). Drut qui allait devenir tout naturellement champion d’Europe en 1974, deux après avoir réussi l’exploit d’empêcher un triplé américain aux J.O. de Munich en s’intercalant entre l’extraordinaire Milburn et Hill. Quatre ans plus tard, aux J.O. de Montréal, Guy Drut réussira là où Jazy avait échoué en 1964 à Tokyo (sur 5000m), qui plus est en n’étant pas forcément le meilleur, car son second, le Cubain Cabanas, lui était sans doute très légèrement supérieur, Drut souffrant légèrement de la cuisse. Un champion, un immense champion même, car remporter une médaille d’or olympique dans ces conditions ressort presque du miracle. Une victoire qui allait en quelque sorte servir d’exemple à tous les sportifs français.

En 1986, la France allait reprendre sa suprématie européenne sur 110m haies grâce à Stéphane Caristan, hurdler extrêmement doué, mais hélas fragile comme du verre. A 20 ans, en 1984, il terminait déjà à la sixième place aux J.O. de los Angeles, puis remporta l’or aux Jeux mondiaux en salle l’année suivante, avant de s’emparer avec une dérisoire facilité du titre européen en 1986 en 13s20, ce qui constituait un nouveau record d’Europe. La France semblait tenir en lui le successeur de Drut, mais sa fragilité allait perturber sa carrière jusqu’à ce que le professeur Saillant, chirurgien des sportifs, lui conseille de faire des haies basses (400m haies). Et au prix de douloureux efforts, avec un orgueil comme seuls les grands champions peuvent en avoir, il réussira sa reconversion sur 400m haies en devenant finaliste olympique sur 400m haies aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 (7è). Belle performance certes, mais jusqu’où serait-il allé sur les haies hautes ? Nul ne le saura, mais ce dont on est sûr c’est que la fragilité de Caristan nous a privé de bien beaux duels avec le Britannique Colin Jackson, de trois ans son cadet.

L’histoire allait hélas recommencer quelques années plus tard avec Ladji Doucouré, autre athlète super doué et tout aussi fragile que Caristan. Il aura néanmoins le temps, que n’a pas eu Caristan, pour se confectionner un remarquable palmarès qui le rapproche de Drut et le place au deuxième rang de nos plus grands spécialistes du 110m haies. En plus de deux titres européens en salle, c’est surtout son titre mondial remporté en 2005 que l’histoire retiendra, parce que ce titre fut acquis en battant le champion olympique chinois, Liu Xiang, et le quadruple champion du monde américain, Allen Johnson. Doucouré était bien le meilleur des meilleurs cette année-là ! Et comme un bonheur ne vient jamais seul, c’est en excellent sprinter (10s30 au 100m) qu’il lança le relais 4x100m en finale de ces mêmes championnats du monde 2005, un relais qui, pour la première fois, sera sacré champion du monde. Deux titres mondiaux pour notre champion, comme Gatlin, Wariner, Ramzi ou Lauryn Williams ! Dommage que lui aussi n’ait pas connu une carrière davantage exempte de blessures, car il aurait pu être recordman du monde et champion olympique. Cela dit, pour nous Français, il sera un des trois seuls athlètes masculins à avoir conquis un titre de champion du monde, en plus de Teddy Thamgo au triple saut (2013), et Stéphane Diagana sur 400m haies en 1997. Stéphane Diagana qui avait justement commencé sa carrière sur 110m haies, et qui, lui aussi, n’a pas été ménagé par les blessures.

Michel Escatafal


Borzov, Akii-Bua…et Drut aux J.O. de Munich

Les Jeux Olympiques d’été ayant  lieu chaque année bissextile, je vais m’intéresser aux J.O. qui ont eu lieu il y a quarante ans, c’est-à-dire en 1972. Pourquoi avoir choisi cette année-là ? Tout simplement, parce qu’en 1952 j’étais beaucoup trop jeune pour m’intéresser aux J.O., et parce que 1992 est encore très présent dans l’esprit de beaucoup de gens, ne serait-ce qu’en raison des nombreux reportages qu’en ont fait les journaux ces derniers jours. En outre 1992 est d’autant plus présent à nos yeux, qu’à Barcelone nous sommes entrés dans une nouvelle ère pour les J.O. avec l’arrivée des professionnels, jusque là interdits. Et quand je dis professionnels, pas n’importe lesquels, puisqu’il y avait parmi eux les joueurs de tennis, les cyclistes et les basketteurs avec la fameuse « Dream Team », sans doute la plus belle  équipe de basket jamais réunie dans l’histoire de ce sport (M. Jordan, E. Johnson, L. Bird, S. Pippen, D. Robinson etc.). C’est pour cette raison que je vais évoquer les J.O. de  Munich en 1972, qui sont restés célèbres aussi par l’horrible attentat le mardi 5 septembre 1972 qui fit 17 morts…sans que cela n’empêche un déroulement quasi normal des épreuves. En effet, après un jour d’interruption et une cérémonie funèbre dans le stade, le Comité Olympique International décidera, contre l’avis de nombreux compétiteurs et de nombreux observateurs,  de reprendre la compétition…presque comme si rien ne s’était passé.

Mais, heureusement, il n’y eut pas que cela, car sur le plan sportif nous avons assisté à quelques exploits retentissants, notamment sur le stade olympique dans les épreuves d’athlétisme, sport pour lequel j’ai toujours eu une affection particulière, et que j’ai découvert  à l’âge de onze ans à la fin de ma première année de rugby…parce que je courais un peu plus vite que d’autres.  A cet âge-là,  on ne  court pas encore le 100m mais, pour ce qui me concerne, au départ d’un 50 ou d’un 60 mètres je me prenais pour Armin Hary, le champion d’Europe et recordman du monde du 100m, devenu champion olympique en 1960 à Rome au nez et à la barbe des Américains Sime et Norton, grands favoris de la presse internationale. Cette anecdote personnelle me permet de parler d’un athlète aujourd’hui oublié, Valéri Borzov, surnommé « la fourmi rouge » par les médias sportifs américains,  qui  a réussi l’exploit de faire aux J.O. de  Munich un doublé rare sur 100 et 200m (comme J. Owens, B. Morrow, C. Lewis ou Usain Bolt.

Pourquoi ce surnom ? Parce que Borzov courait avec un maillot rouge et des chaussures rouges, ce qui était normal puisqu’il était soviétique, l’Ukraine, son pays, appartenant à l’époque  à l’ex Union Soviétique.  Borzov n’était pas un inconnu avant les J.O. de 1972, puisqu’il avait été champion d’Europe en 1969, en battant d’extrême justesse le Français Alain Sarteur. Il allait conserver son titre et remporter le 200m deux ans plus tard, aux championnats d’Europe d’Helsinki avec des temps déjà respectables sur 100m (10s27) comme sur 200m (20s30). Entre temps (1971), il avait aussi remporté le 100m du match URSS-Etats-Unis. Autant dire que s’il avait été américain, tout le monde en aurait fait un favori pour les J.O. de Munich. Il est vrai qu’on avait connu par le passé d’autres sprinters soviétiques de talent, Barteniev et Konovalov dans les années 50, qui n’ont jamais réellement existé face à leurs concurrents américains. De fait, chacun pensait que les sprinters des Etats-Unis ne feraient qu’une bouchée de Borzov à ces J.O. de 1972. C’était d’ailleurs l’avis du célèbre entraîneur  américain, Stan Wright, lequel affirmait que les trois sélectionnés à l’issue des sélections américaines, Eddie Hart, Reynaud  Robinson et Robert Taylor, étaient au sommet de leur forme.

Borzov lui aussi était en super forme, avec une préparation extrêmement minutieuse, planifiée scientifiquement,  comme seuls les Soviétiques savaient le faire. Cette préparation devait amener Borzov à pouvoir courir en 9s9 le jour de la finale des J.O., et avec ce temps son entraîneur, Petrovsky, savait qu’il serait imbattable. Malgré tout rares étaient ceux qui y croyaient, y compris dans les rangs soviétiques. Et pourtant cela se passa presque comme l’avait prévu Petrovsky, à ceci près que Stan Wright oublia tout simplement de vérifier l’horaire exact des quarts de finale du 100m. Du coup, au lieu de préparer leur course, les trois sprinters américains flânaient tranquillement dans le village olympique, pensant que leur 100m aurait lieu deux heures plus tard. Funeste erreur, car seul finalement Taylor pourra chausser ses pointes et participer aux quarts de finale. Cela ne l’empêchera pas de se qualifier pour les demi-finales, en terminant second de son quart de finale en 10s16, juste derrière Borzov qui avait réalisé 10s07, temps qui lui permettait d’améliorer son record d’Europe. En revanche Hart et Robinson arrivèrent trop tard pour prendre part aux quarts de finale,  et furent éliminés sans combattre. La voie était libre pour Borzov,  qui l’emportera très facilement en finale (10s14) devant Taylor en 10s24.

Bien évidemment, tout le monde doutait de la réelle supériorité de Borzov, puisque les deux meilleurs Américains avaient été éliminés par la faute de leur entraîneur. Cependant la comparaison n’était pas défavorable à Borzov, si l’on se fie aux meilleurs temps réalisés par Borzov (10s07) et Hart, ce dernier n’ayant jamais réalisé pareille performance jusque-là. En outre, lors de la finale du relais 4x100m, Borzov réussit même à reprendre un peu de l’avance qu’avaient les Américains lors du dernier relais. Enfin et surtout, Borzov allait confirmer sa supériorité sur le sprint mondial en dominant très facilement le 200m (20s) devant l’Américain Black (20s19) et le futur recordman du monde la distance, l’Italien Mennea (20s30). Après une pareille démonstration, qui pouvait douter que Borzov était bel et bien le meilleur sprinter de la planète ?  Il prouvera quatre ans plus tard, lors des J.O. de Montréal, qu’il était bien un sprinter d’exception en terminant troisième du 100m, malgré une préparation perturbée par des blessures. Il est aujourd’hui  président de la fédération ukrainienne d’athlétisme, et est considéré, avec  le perchiste Bubka, comme le plus grand athlète de l’Ukraine.

Autre athlète qui a surpris tout le monde aux J.O. de Munich, le coureur de 400m haies ougandais John Akii-Bua, qui allait redorer le blason de l’Ouganda, gouverné à l’époque par un dictateur, Idi Amin-Dada. Personne ou presque ne connaissait ce John Akii-Bua avant les J.O. de Munich, sa seule performance notable étant une quatrième place aux Jeux du Commonwealth en 1970. Comme Borzov sur 100m, il allait bénéficier de circonstances favorables pour remporter la médaille d’or du 400m haies, notamment lors d’une demi-finale qui élimina trois de ses principaux concurrents pour l’or olympique. Tout d’abord l’Américain Seymour qui resta dans ses starting-blocks, ayant cru au faux départ d’un concurrent…et attendant en vain le rappel des concurrents. Ensuite ce fut la chute de deux Allemands, l’un de l’Ouest, Buttner, et l’autre beaucoup plus dangereux, représentant la RDA, Rudolph. Du coup il ne restait plus comme favoris que le champion olympique de Mexico en 1968, le Britannique David Hémery, et l’Américain Raph Mann,  que J.C. Nallet avait battu à Paris un soir de juillet 1970, lors d’un match France-Etats-Unis resté fameux, et qui  aurait pu lui aussi se mêler à cette lutte pour la médaille d’or s’il n’avait pas été blessé.

Fermons la parenthèse et revenons à cette finale du  400m haies des J.O. de Munich, qui n’allait pas se passer comme les spécialistes l’avaient prévu, même si Hémery partit très vite suivant son habitude. Seulement cette fois, outre une petite erreur sur la septième haie, son départ canon ne lui avait pas permis de décrocher  John Akii-Bua, lequel au prix d’un effort prodigieux reviendra à la hauteur d’Hemery à la neuvième haie, avant de s’envoler et de pulvériser le record du monde d’Hémery de 30 centèmes (47s82 contre 48s12). En même temps il devenait le premier champion olympique ougandais, ce qui lui valut un accueil délirant dans la capitale de son pays, Kampala. Hélas pour lui, il ne pourra pas défendre son titre quatre ans plus tard à Montréal, puisqu’Amin Dada avait décidé, comme tous les chefs d’états africains (sauf ceux du Sénégal et de la Côte d’Ivoire),  le boycott des  J.O. de 1976, pour protester contre la présence d’athlètes néo-zélandais à ces Jeux. Cette année-là, en effet, l’équipe de rugby de Nouvelle-Zélande avait  participé à une tournée en Afrique du Sud, alors que ce pays vivait sous le régime de l’apartheid. Et comble de l’infortune, la fin de vie de John Akii-Bua fut cruelle, puisqu’il dut quitter son pays en 1979, puis de nouveau en 1987, persécuté par le régime ougandais, avant de s’éteindre en 1998, à l’âge de 49 ans, victime d’une crise de malaria.

Enfin, je ne voudrais pas terminer cette séquence souvenir sans évoquer la médaille d’argent remportée par Guy Drut sur 110 m haies, derrière l’intouchable américain Milburn. Drut, comme Michel Jazy, était né à Oignies, ce qui fait de cette ville du Nord de la France (dans le Pas-de-Calais) une cité bénie par les amateurs d’athlétisme. Il allait très vite s’affirmer comme un athlète de grande classe, au point qu’il aurait sans doute pu réussir une très belle carrière au décathlon. Mais c’est sur les haies que l’orientera son entraîneur, Pierre Legrain, lui-même ancien lanceur de marteau. Très vite il allait s’affirmer comme le meilleur hurdler français sur 110m haies, et comme un espoir olympique de première grandeur. Malchanceux aux championnats d’Europe 1971 (chute dans les séries), dont il était le super favori, il explosa littéralement sur la planète athlétisme en 1972 en devenant sans contestation possible le meilleur adversaire de Milburn, le recordman du monde invaincu depuis 1971, au point que tout le monde le voyait sur la deuxième marche du podium aux J.O., performance rarissime pour l’athlétisme français à l’époque.

De fait, après une qualification facile en séries et en demi-finale, il se retrouva comme prévu en finale du 110m haies, une distance où les Américains ont toujours réussi au moins le doublé aux Jeux Olympiques depuis 1948. Drut était au couloir huit, avec à ses côtés Hill, Milburn étant au cinq. Dès le coup de feu Milburn prit la tête, mais c’est entre les couloirs sept et huit que la lutte était intense. Alors que Milburn remporta la course en battant le record du monde (13s24), Drut réussit à dépasser Hill à la septième haie pour finir à la seconde place en devançant son adversaire de 14 centièmes (13s34 contre 13s48). Médaille d’argent pour Drut, une première pour un non européen sur la distance ! Deux ans plus tard, en 1974, il deviendra enfin champion d’Europe, et surtout en 1976, à Montréal, Drut transformera sa médaille d’argent olympique en or, devenant le premier européen champion olympique du 110 m haies, devant le Cubain Casanas, battu de trois centièmes. Après avoir été disqualifié pour avoir avoué une forme de professionnalisme en fin de saison 1976, il quittera l’athlétisme sur la pointe des pieds pour se lancer dans la politique, et devenir député-maire de Coulommiers, puis ministre des sports entre 1995 et 1997.

Michel Escatafal