Simon Yates : vainqueur mérité de la Vuelta 2018

Cyclisme. Tour d’Espagne : Simon Yates triomphe, Thibaut Pinot étincelant… ce qu’il faut retenir de la Vuelta

Bonjour à tous
Après un long repos nécéssaire pour de gros problèmes à mes yeux, je peux enfin de nouveau écrire sur mes blogs, et c’est ce que je recommence à faire aujourd’hui. En effet depuis mon dernier article beaucoup de choses se sont passées, à commencer par la victoire de l’équipe de France à la Coupe du Monde de football, sur laquelle, je ne reviendrai pas, sauf pour noter que désormais la France peut être considérée comme une grande nation du football (2 Coupes du Monde, 2 championnats d’Europe des Nations, un titre olympique), au moment où le rugby, premier sport auquel j’ai appris à jouer, poursuit sa longue descente aux enfers, surtout au niveau international, notamment en comparaison avec ce qu’on voit dans des matches comme celui ayant opposé les All Blacks aux Springboks la semaine dernière. Et je ne parle pas de notre horrible Top 14, véritable championnat d’autos tamponneuses, où opèrent des vieilles gloires de l’hémisphère Sud dont on ne veut plus en sélection, et des joueurs français qui n’ont pas le niveau international, à deux ou trois exceptions près…quand ils ne sont pas gravement blessés. Triste Top 14! En revanche, chez les treizistes, beaucoup plus agréable à regarder que les quinzistes, si notre sélection nationale reste largement en dessous de l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Grande Bretagne, nous avons à présent un club français au meilleur niveau international, grâce aux Dragons Catalans, vainqueurs de la Coupe d’Angleterre de Rugby à XIII, ce qui est historique, d’autant que les Dragons ont quand même battu Saint Helens et Warrington, les deux leaders de la super League anglaise. Et en plus, on a pu voir cet exploit à la télé grâce à beIN Sport ! Enfin pour terminer ce long préambule, je veux rajouter deux exploits en athlétisme dont on a peu parler, à savoir Mahiédine Mekhissi qui a rajouté un cinquième titre de champion d’Europe à son magnifique palmarès, en réalité un sixième puisqu’on lui en a volé un pour avoir retiré son maillot avant l’arrivée du 3000m steeple en 2014, et le record du monde du décathlon de notre champion du monde Kevin Mayer, une première pour un Français, avec le fabuleux total de 9126 points.

Voilà pour les principaux sports que j’apprécie, et place maintenant au vélo, avec la confirmation cette année que les meilleurs dans ce sport, que ce soit sur la piste et plus encore sur la route, ce sont les Britanniques. Ils ont en effet réussi un exploit incroyable à savoir gagner cette année les trois grands tours, ce qui n’avait jamais été réalisé par le passé par les grandes nations traditionnelles du vélo, à savoir la Belgique, l’Italie, la France, les Pays-Bas, la Suisse ou l’Espagne. Certes on pourra toujours relativiser en disant que jusqu’au début des années 60, les cracks Italiens par exemple ne participaient pas à la Vuelta, sans quoi on peut supposer que le tandem Coppi-Bartali aurait permis à l’Italie de s’imposer sur la Vuelta comme ils le faisaient sur le Giro et le Tour. N’empêche, pour un pays qui n’a aucune tradition cycliste, sauf sur la piste mais loin toutefois des grandes nations traditionnelles , être devenu en moins de dix ans la nation numéro un du vélo, relève de la part de la Grande Bretagne d’un exploit extraordinaire. Bravo donc à Froome, vainqueur du Giro malgré toutes les polémiques qui ont entouré cette victoire, qu’on aurait dû lui enlever si on avait été aussi sévère qu’avec Contador par exemple pour son affaire du Tour 2010, à Gerraint Thomas, gagnant du Tour, et Simon Yates lauréat de la Vuelta, qui a la particularité de ne pas appartenir à la Sky, l’équipe la plus surpuissante sans doute de l’histoire du cyclisme sur route.

De ces trois coureurs, je vous dirais que Simon Yates est celui que je préfère, parce que contrairement à des Wiggins, Froome ou Thomas, il ne sort pas de nulle part sur la route et a connu une progression linéaire qui ne suscite pas les mêmes interrogations que ses trois autres compatriotes. Pour mémoire, il a fini dans les cinq ou six premiers en 2015 (23 ans) d’épreuves comme le Tour du Pays Basque, le Dauphiné ou le Tour de Romandie, mais aussi sixième de la Vuelta 2016, sans oublier en 2017 sa victoire dans le G.P. Miguel Indurain et plus encore une septième place dans le Tour de France et le maillot de meilleur jeune. Bref, comme beaucoup de grands champions, il a brillé chez les jeunes, y compris sur la piste où il a décroché un titre mondial dans la course aux points en 2013, avant d’arriver au plus haut niveau à l’âge de 26 ans. En outre il n’a pas eu besoin de maigrir de 8 ou 10 kg pour grimper les cols, dans la mesure où il les a toujours affrontés avec succès, comme en témoignent ses victoires en montagne (Morzine et Châtel) lors du Tour de l’Avenir 2013, après avoir fini à la douzième place du Tour du Pays Basque, à ses débuts en professionnels. En somme un coureur de grand talent qui s’est révélé très jeune et n’a cessé de progresser depuis ses débuts sur la route chez les pros. Certains feront remarquer son contrôle positif à l’issue d’un Paris-Nice (2016) qu’il venait de terminer à la septième place, ce qui lui avait valu une suspension de quatre mois…pour « dopage non intentionnel », avec un produit (terbutaline) dont l’ordonnance (AUT) n’a pas été présentée par le médecin de l’équipe. Apparemment cela n’avait pas l’air très grave!

Maintenant la question est : jusqu’où ira-t-il? Sans doute assez loin, voire très loin, car n’oublions pas qu’il aurait dû gagner le Giro 2018 qu’il avait dominé et archi-dominé jusqu’à la 19è étape, où il subit une terrible défaillance, sans doute éprouvé par les efforts faits précédemment sans trop de discernement. D’un côté une telle défaillance (38 mn de perdues) paraît rassurante, car cela prouve qu’il est « humain », mais elle démontre que s’il grimpe remarquablement bien, s’il roule très convenablement, il lui faut acquérir la maîtrise de la course, comme il a commencé à le faire sur la Vuelta, et il faut aussi qu’il ait une équipe plus solide. ce qu’a compris semble-t-il son employeur en engageant le grand espoir italien Edoardo Affini. Toutefois le seul coureur de classe susceptible de l’accompagner loin dans les étapes les plus dures reste son frère jumeau Adam, ce qui est insuffisant face à la Sky.

Cela étant, il a encore une marge de progression vu son âge, et il sera de plus en plus redoutable dans les courses à étapes d’une semaine, mais aussi dans les grands tours et même quelques classiques comme la Flèche Wallone ou Liège-Bastogne-Liège. Quelque chose me dit que c’est peut-être lui le futur patron du peloton, avec des caractéristiques qui me font penser à Pedro Delgado dans les années 80-90, mais un peu plus fort partout. En tout cas, ce dernier remporta son premier grand succès avec la Vuelta 1985, avant de s’imposer dans le Tour de France 1988, puis une nouvelle fois dans la Vuelta 1989. A cela s’joutent quelques succès de moindre importance comme le Grand prix de Navarre en 1988 et 1990, le Tour de Burgos en 1991 et la Semaine catalane en 1993. C’est un palmarès enviable, mais je suis certain que Simon Yates est taillé pour faire beaucoup mieux. Je pense même que le grand duel des années à venir l’opposera à Tom Dumoulin, de deux ans ans son aîné, meilleur rouleur que Simon Yates (champion du monde en titre contre-la-montre), mais moins fort en montagne bien que vainqueur du Giro l’an passé et cette année deuxième du Giro et du Tour, ce qui prouve par parenthèse que le doublé Giro-Tour est toujours possible, ce dont je n’ai jamais douté personnellement, même si le dernier date de 1998 avec Pantani.

Michel Escatafal

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Le doublé Tour-Vuelta est-il possible? Réponse : sans doute

Il y a comme cela dans le vélo des doublés mythiques (Giro-Tour, Tour-Vuelta) que beaucoup considèrent de nos jours comme impossible à réaliser, et je ne sais pas pourquoi. Certes on va me faire remarquer que la lutte contre le dopage a produit ses effets et que désormais il y a des objectifs impossible à se fixer, sauf à être un doux rêveur. C’est valable en partie en athlétisme comme on peut le constater à propos de certains records du monde féminins (100m, 200m, 400m, les lancers et même les sauts), mais aussi masculins pour les lancers, qui étaient tellement surhumains que personne n’a pu les approcher. Cela dit, le vélo n’est pas l’athlétisme et si les records tombent dans ce sport, c’est aussi en raison de l’évolution de la technologie. Qui songerait à comparer les exploits de Roger Rivière en poursuite (à la fin des années 50) avec ceux de Moser (dans les années 80) ou plus récemment de Wiggins? Toutefois, une chose est certaine : le dopage dans le sport n’a pas disparu, quelles que soient les mesures qui ont été prises pour essayer de l’endiguer.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à des choses concrètes à l’approche du départ du Tour d’Espagne, qui sera marqué, je le rappelle, par le fait que l’on verra Contador pour la dernière fois sur un vélo de compétition. J’espère qu’il finira aussi bien que Mo Farah (une médaille d’or et une d’argent aux derniers championnats du monde d’athlétisme), et mieux que Bolt, foudroyé en plein vol dans la ligne droite du relais 4x100m, après avoir été dominé sur 100m. Cela pour rester dans la comparaison avec l’athlétisme. Cela étant il finira toujours mieux sa carrière que Coppi ou Merckx, voire même Anquetil, qui n’ont pas su s’arrêter à temps, et presque aussi bien qu’Hinault, Indurain ou Armstrong qui n’ont pas démérité, loin de là sur leurs dernières courses. Désolé de parler ainsi d’Armstrong, mais pour moi il n’a fait qu’avouer ce que tant d’autres ont fait avant lui (je pourrais aussi dire après), à une époque où on ne parlait pas ou si peu de dopage, et à une époque où les moyens pour contourner les règlements étaient beaucoup moins sophistiqués que de nos jours. Au fait, que je sache, Armstrong n’a jamais connu la moindre suspension pour dopage, et s’il a bénéficié d’AUT (autorisation d’usage à des fins thérapeutiques), dispositif ô combien controversé, il est loin d’être le seul. Alors pourquoi lui? Sans doute pour son histoire personnelle, mais en attendant il y en a beaucoup d’autres qui ont fait comme lui et à qui on n’a pas retiré leurs victoires, mais eux n’ont pas avoué ou l’ont fait 20 ou 30 ans plus tard, sans parler de certains laboratoires qui n’avaient pas tout à fait les mêmes capacités d’analyse que d’autres, ce qui a abouti à des résultats positifs qui ne l’auraient pas été ailleurs (cas Contador).

Fermons cette nouvelle parenthèse sur un sujet qui m’a constamment énervé, parce que comme toujours on ne sait que faire les choses à moitié, ce qui crée d’énormes injustices qui transforment les palmarès en menus à la carte, où chacun prend ce qu’il veut. Cependant essayons de voir les coureurs ayant le plus de chances de remporter la prochaine Vuelta, avec cette précision qui fait que le doublé Tour-Vuelta n’a été réalisé qu’à deux reprises avec Anquetil en 1963 et Bernard Hinault en 1978. A ce propos, on remarquera que le champion toutes catégories au palmarès des grandes épreuves, Eddy Merckx, ne l’a pas réalisé. ce qui paraît étonnant. En revanche il a fait le doublé Giro-Vuelta en 1973, tout comme Battaglin en 1981. Je ne mettrai pas sur le même plan ce même doublé Giro-Vuelta réussi cette fois par Alberto Contador en 2008, parce que jusqu’en 1994, le Tour d’Espagne se courrait juste avant le Tour d’Italie au printemps. alors qu’aujourd’hui la Vuelta se court en août et septembre, avec un délai d’un mois à peine après l’arrivée du Tour de France…ce qui pourrait expliquer que le dernier doublé Tour-Vuelta date de 1978 avec Bernard-Hinault. Cela étant on relativisera ce constat en notant que Quintana, troisième du Tour en 2016, s’est imposé quelques semaines plus tard en Espagne…en battant Froome qui venait de gagner le Tour de France.

Ceci m’amène à évoquer cette Vuelta 2017 qui s’annonce passionnante avec la participation de Froome, Nibali qui a terminé troisième du Giro en mai, Aru vainqueur en 2015, sans oublier Bardet qui est de nouveau monté sur le podium du Tour (3è), le Colombien Chaves, mais aussi Warren Barguil après son très beau Tour de France même s’il affirme concourir simplement pour une victoire d’étape, son leader étant théoriquement Keldermann, le Russe Zakarin (cinquième du dernier Giro), le Néerlandais Kruijswick qui aurait dû gagner le Giro 2016 (battu sur chute après avoir dominé l’épreuve jusqu’à l’avant-dernière étape), et bien évidemment Alberto Contador qui achèvera sa brillante carrière avec le dossard numéro un. En revanche manqueront à l’appel Quintana, Uran le second du Tour de France et le vainqueur du dernier Giro, Tom Dumoulin, sans oublier Landa, Valverde, non remis de sa chute dans le Tour de France. ni Samuel Sanchez qui vient d’apprendre qu’il se serait dopé à une hormone de croissance à…39 ans, après 19 années en tant que professionnel, ce qu’il nie avec force en attendant le résultat de la contre-expertise.

Alors qui va gagner? Je parierais sur Froome, même s’il n’est pas favori comme il l’était avant le Tour de France. Il semble que ses plus belles années (depuis 2012) vont s’arrêter à la fin de cette saison, parce que je ne le vois plus aussi fort, comme l’a confirmé le Tour de France. Néanmoins avec 40 km de contre-la-montre individuel et 13 km par équipes avec sa très forte équipe Sky, il sera très difficile à battre. En plus, qui va lui prendre du temps dans les cinq étapes de montagne. Après il y a Nibali, coureur un peu atypique chez les grands, parce que bon partout mais exceptionnel nulle part. Cela ne l’a pas empêché de gagner quatre grands tours, mais qui a-t-il battu à chaque fois? En revanche il n’a jamais fait le poids face à Contador ou Froome au sommet de leur forme, et il a été incapable de battre Dumoulin cette année dans le Giro, sans oublier sa victoire miraculeuse dans le Giro 2016, que j’évoquais auparavant. Si je devais parier gros, je le ferais sur Kruijswick, en pensant à son magnifique Giro de l’an passé. Ah, si Contador était encore Contador, mais il va avoir 35 ans en décembre…et cela fait 10 ans qu’il est au sommet, période durant laquelle il a gagné trois fois chacun des grands tours, ce qui lui vaut d’être troisième dans ce classement des grands tours nationaux derrière Merckx (11) et Hinault (10), et devant Anquetil (8), Coppi, Indurain et Armstrong (7).

Et les Français me direz-vous? Et bien ils ne seront pas favoris, pas même Bardet, pour qui les 40 km contre le chrono seront rédhibitoires. Au fait depuis quand un Français n’a-t-il pas gagné la Vuelta? Réponse : depuis 1995 et la victoire de Laurent Jalabert, ce qui est quand même plus récent qu’un succès dans le Giro (Fignon 1989) ou dans le Tour de France (Hinault 1985). Terrible constat quand même, même si je suis de ceux qui pensent que Romain Bardet (bientôt 27 ans) ou Warren Barguil (presque 26 ans)peuvent relever le gant dans les années à venir. Espérons que ce sera le cas, sinon c’est à désespérer du vélo dans une nation comme la nôtre qui a eu tellement de grands champions, dont quelques uns figurent parmi les plus grands de l’histoire, notamment Bobet, Anquetil, Hinault, et à un degré moindre Poulidor, Thévenet, Fignon ou Jalabert pour ne citer que des coureurs ayant couru depuis 1946. Remarquons toutefois que les Belges ne sont pas mieux lotis que nous dans les grands tours (dernière victoire De Muynck au Giro en 1978), eux qui ont donné au cyclisme le plus grand coureur au niveau du palmarès, Eddy Merckx. Et que dire des Néerlandais qui n’ont plus eu de vainqueur du Tour de France depuis Zoetemelk en 1980, de la Vuelta depuis 1979 avec ce même Zoetemelk. Cela dit, leur très longue disette s’est arrêtée cette année avec Tom Dumoulin, vainqueur du Giro. Et si Barguil remportait cette Vuelta? Après tout il est permis de rêver!

Michel Escatafal


Et ça continue encore et encore…un match ?

XV de FranceVoilà, nous venons d’avoir la composition de l’équipe qui va devoir faire en sorte que nous sortions de la Coupe du Monde avec un minimum de dignité, ou, si l’on est optimiste, pour réussir les mêmes exploits que les équipes de 1999 et 2007, à savoir battre les Néo-Zélandais. Tout d’abord disons que l’on ne change pas grand-chose finalement par rapport à l’équipe qui a fait faillite contre l’Irlande, pour la bonne raison qu’il faut faire avec les joueurs que l’on a emmené en Angleterre. On ne pouvait guère changer 7 ou 8 joueurs comme on peut le faire dans le Tournoi des 6 Nations. Donc on va jouer sur la fierté, sur l’impossible exploit, étant entendu « qu’impossible n’est pas français », comme l’aurait dit Napoléon, lequel a pu s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner, même si l’on est dirigé par un génie, lui-même aidé par de grands soldats, si tous les ingrédients pour la victoire ne sont pas rassemblés.

Or, justement celui qui dirige la manœuvre de cette équipe de France n’a rien d’un génial sélectionneur, pas plus que ses lieutenants. Et pourtant tous furent de grands soldats du XV de France à des époques différentes, à commencer par le sélectionneur qui, ne l’oublions pas, marqua un des essais du dernier siécle en 1991 (contre l’Angleterre à Twickenham), son acolyte, Lagisquet, participant activement à un autre des plus merveilleux essais construits par le XV de France dans sa longue histoire, en demi-finale de la Coupe du Monde 1987. Si je fais ce rappel historique, c’est d’abord pour montrer que, malheureusement, ces deux XV de France que j’ai évoqués à travers ces essais d’un autre monde, avaient dans leurs rangs des joueurs infiniment meilleurs que ceux dont dispose de nos jours le rugby français.

A cette époque, il n’y avait dans le XV de France pratiquement que des joueurs figurant parmi les meilleurs du monde, notamment dans les lignes arrières. Qu’on en juge : cinq figuraient déjà dans l’équipe vainqueur de l’Australie en demi-finale de la Coupe du Monde 1987, et ils s’appelaient Blanco, Sella, Mesnel, Didier Camberabero et Berbizier. Ensuite, les départs de Lagisquet et Charvet furent compensés par l’arrivée de Lafond et…Saint-André, qui récupéra lors de ce fameux Angleterre-France de 1991 un merveilleux coup de pied de recentrage de Didier Camberabero, ce qui ponctuait une relance de la ligne de but ou presque initiée par Blanco, lui-même aujourd’hui dans le staff de l’équipe de France. Tout cela pour dire que je n’aurai pas la cruauté de comparer les joueurs poste pour poste tellement il y a une différence de classe entre eux. Aucun joueur des lignes arrières de l’actuel XV de France n’aurait sa place dans les équipes dont je viens de parler, pas même le plus doué de tous en classe intrinsèque, Michalak, en raison de ses 33 ans. Je vais être méchant, mais qui oserait comparer Spedding à Blanco, ou pire Sella à Dumoulin ou encore plus pire si c’est possible, Parra à Berbizier. N’en jetons plus !

Et dire que c’est beaucoup sur les quatre joueurs que je viens de citer que Saint-André, ailier très supérieur en son temps à Nakaitaci ou Dulin, mise pour redonner des couleurs à l’attaque française. On comprend aisément que ceux qui connaissent un minimum le rugby, pour avoir eu un ballon dans les mains pendant quelques années, se demandent à quelle sauce notre équipe va être mangée. Je précise au passage que si je n’ai parlé que des lignes arrières, c’est parce que notre pack, s’il a récupéré de ses efforts contre l’Irlande, peut peut-être surprendre celui des All Blacks, en tout cas ne pas être outrageusement dominé. Et si c’était le cas, qui sait ce qui peut se passer, d’autant qu’un match de rugby reste un match à jouer et à gagner ?

Cela dit, reconnaissons que Saint-André aurait pu jouer son va-tout d’une autre manière en faisant rentrer des joueurs frais, mais cet homme ne veut jamais prendre le moindre risque. En écrivant cela je veux souligner le manque de logique du sélectionneur, qui n’a pas l’air de réaliser que les Néo-Zélandais sont quand même plus forts que les Irlandais. Dans ce cas, pour gagner ce match, il fallait peut-être introduire un peu de folie, et ne pas hésiter à lancer d’entrée Grosso à l’aile, Kockott à la mêlée ou Nyanga en troisième ligne. A ce propos on peut se demander pourquoi on a fait venir Grosso et ce même Kockott…pour ne pas les faire jouer. Et pourtant le match contre l’Irlande, premier match vraiment dur pour le XV de France dans cette Coupe du Monde, nous avait démontré que  Tillous-Bordes n’était pas un grand demi de mêlée, et que celui qui l’a remplacé, Parra, avait été fantomatique. Et ce n’est pas le remplacement de Bastareaud par Dumoulin qui va nous rassurer. En fait, le seul changement intéressant se situe devant, avec l’arrivée dans le XV de départ de Le Roux en troisième ligne. Au moins avec lui, comme cela aurait été le cas avec Kockott, on aura un joueur qui n’a peur de rien ni personne. La preuve, il veut « défoncer »Mac Caw. Certes ce n’est pas comme si c’était fait, mais au moins on a un guerrier dans cette équipe.

Néanmoins ces propos belliqueux, dans le bon sens du terme, ne nous empêchent pas d’être très inquiet sur le résultat, car il va falloir défendre pendant 80 minutes face à des All Blacks qui, soyons-en sûrs, vont attaquer ce match à fond, ce qui va exiger de nos joueurs une énorme dépense physique…qui pourrait nous coûter cher en fin de match, comme ce fut le cas contre les Irlandais. En outre, cette fois les Blacks ne commettront pas l’erreur de sous-estimer les Français, parce que ceux-ci ont la réputation de n’être jamais aussi dangereux que lorsqu’on ne les attend pas. Il n’empêche, même si l’on fait preuve d’un optimisme forcené, même si ceux qui croient au ciel vont faire brûler des cierges, on ne voit pas comment cette équipe pourrait battre les Néo-Zélandais.

Toutefois c’est ce que nous disions et écrivions il y a quatre ans, et la France perdit d’un point (8-7) une finale de Coupe du Monde qu’elle n’aurait jamais dû perdre…face à ces mêmes Néo-Zélandais, lesquels furent avantagés par des décisions arbitrales souvent très contestables. Ah cette fin de match haletante, avec un Trinh-Duc ébourrifant, qui avait remplacé Parra blessé par un coup de genou de Mac Caw! Au fait, il est où Trinh Duc ? A Montpellier, tandis que Parra est toujours là, même s’il a réussi l’exploit samedi dernier d’être encore plus nul que Tillous-Bordes quand il est rentré, peu après la mi-temps. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Saint-André, qui a toujours privilégié la densité physique, n’a pas utilisé davantage Kockott ? J’arrête là, car certains vont trouver que je fais une fixation sur Parra. Ils ont tort si c’est le cas, parce que je souhaite de tout cœur la victoire du XV de France, et je maintiens que Kockott et même Machenaud sont meilleurs joueurs que Parra, et en plus eux aussi savent buter.

Michel Escatafal


Qui sera le prochain crack du cyclisme sur route?

saganComme je l’avais écrit précédemment, le cyclisme sur route est en train de changer de génération, plus particulièrement dans les épreuves d’un jour. La meilleure illustration en est la victoire de Peter Sagan, hier à Richmond, le coureur slovaque, nouveau champion du monde sur route, ayant enfin obtenu le grand succès de prestige que sa classe laissait espérer, même s’il avait déjà remporté Gand-Wevelgem en 2013, et ramené à Paris le maillot vert dans le Tour de France en 2012, 2013, 2014 et cette année. J’ai aussi écrit « enfin », parce que ce jeune homme au look d’enfer a multiplié les places dites d’honneur dans les grandes classiques que sont Milan-San Remo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix ou l’Amstel Gold Race, ce qui en dit long sur ses capacités à s’imposer un peu partout, sauf sur les grands tours, où la haute montagne est pour lui un obstacle infranchissable pour espérer gagner le classement général.

Si je devais faire une comparaison entre Sagan et les grands champions du passé, je dirais que c’est quelqu’un qui se rapproche du profil d’un Rik Van Looy, même s’il est intrinsèquement un peu moins rapide au sprint, mais aussi de Sean Kelly, bien que ce dernier fût un meilleur rouleur. En tout cas, avec son prédécesseur portant le maillot arc-en-ciel, le Polonais Kwiatkowski, il représente le présent et surtout l’avenir du cyclisme sur route dans les courses d’un jour, en notant que ces deux jeunes champions (25 ans) ont un palmarès équivalent en ce qui concerne les grandes victoires, Kwiatkowski ayant remporté cette année l’Amstel Gold Race, sans oublier le titre de champion du monde c.l.m. par équipes obtenu, en 2013, avec ses équipiers de la formation Omega Pharma-Quick Step. Enfin pour terminer sur ce chapitre des courses d’un jour, domaine en partie réservé ces dernières années à Cancellara et Boonen, j’ajouterai qu’il faudra que Kwiatkowski et Sagan se méfient l’un et l’autre d’un autre coureur de la même génération, John Degenkolb (26 ans), vainqueur cette année de Milan-San Remo et Paris-Roubaix, mais aussi de Paris-Tours en 2013 et Gand-Wevelgem en 2014. Toutefois le coureur allemand est moins complet que ses deux rivaux, même s’il est peut-être un peu meilleur sprinter que Sagan. J’en profite aussi pour regretter, encore une fois, de ne pas pouvoir inclure un coureur français dans cet inventaire des nouveaux très grands talents… que nous n’avons plus depuis la retraite de Laurent Jalabert, coureur ô combien complet, capable de remporter des grandes classiques comme Milan-San Remo, la Flèche Wallonne ou le Tour de Lombardie, mais aussi de gagner une Vuelta et de devenir champion du monde contre-la-montre.

Cela dit, une évolution est aussi en train de se dessiner dans les grandes épreuves à étapes , même si le présent continue à être représenté par des coureurs trentenaires, Contador et Froome, voire Nibali, mais ceux-ci ne représentent pas l’avenir comme Quintana ou Aru, ou encore Majka et Dumoulin. Voilà beaucoup de jeunes coureurs de grande classe prêts à prendre la relève, mais je pense que les supers stars de la route dans les grands tours se nommeront vers la fin de la décennie Quintana et Aru, lesquels à moins de 25 ans ont déjà remporté un grand tour, le Giro 2014 pour Quintana en plus de ses deuxièmes places dans le Tour de France (2013 et 2015), et la Vuelta pour Aru, en plus de sa seconde place dans le dernier Giro. Et oui, rien ne vaut pour les sponsors une victoire dans un grand tour pour rentabiliser réellement leurs investissements, à moins d’avoir aussi un champion comme Sagan (Tinkoff-Saxo), à la personnalité bien affirmée ! Néanmoins, les sponsors d’Aru (Astana) et Quintana (Movistar) peuvent se frotter les mains d’avoir un coureur aussi talentueux dans leur équipe, et d’avoir la possibilité d’offrir aux spectateurs et téléspectateurs en mai, juillet et août des duels grandioses entre deux champions très différents. A ce propos, même si le plus doué est Quintana, car c’est un magnifique grimpeur et il roule bien contre-la-montre, il manque au Colombien le look branché d’un Peter Sagan, mais aussi et surtout le goût du panache que semble avoir Aru, à l’image de son idole, Contador, auquel il ressemble beaucoup, notamment dans sa manière d’appréhender les courses auxquelles il participe.

Il l’a prouvé à plusieurs reprises lors du Giro, mais aussi à la Vuelta, qu’il n’aurait pas gagnée s’il n’avait pas attaqué dans l’avant-dernier col de l’ultime étape de montagne. Il y a du Contador chez Aru, même s’il ne sera sans doute jamais aussi fort que le Pistolero en haute montagne ou contre-la-montre. Il n’empêche, ses progrès depuis l’an passé sont évidents, et il a tout pour représenter l’avenir du cyclisme sur route dans les grandes épreuves de trois semaines, d’autant qu’il a encore le temps de progresser, et qu’il avoue lui-même être prêt à tous les sacrifices pour devenir le meilleur. A ce propos il est le contre-exemple d’Andy Scleck, la volonté et l’ambition du jeune italien étant beaucoup plus exacerbées que celle du champion luxembourgeois. Qui aurait pu imaginer que le plus jeune des frères Schleck, deuxième du Giro 2007 alors qu’il avait 22 ans, se retirerait de la compétition à moins de 30 ans avec en tout et pour tout une victoire à Liège-Bastogne-Liège ? Rien que ce sur ce point Aru lui est déjà supérieur. Alors qui sera le plus fort dans l’après Contador et Froome ? La raison indique Quintana, s’il arrive à comprendre que pour gagner une épreuve de trois semaines il ne faut pas attendre la dernière montée pour passer à l’attaque, mais le cœur dit Aru pour le spectacle, même s’il ne faut pas négliger Dumoulin qui pourrait bien être le nouvel Indurain du World Tour, avec ses qualités de rouleur et sa faculté à accompagner longtemps les meilleurs grimpeurs.

Et les Français me direz-vous ? Hélas, trois fois hélas, le nouvel Hinault n’est pas né, ni le nouvel Anquetil, ni le nouveau Bobet, ni le nouveau Fignon, ni même le nouveau Thévenet, et pas davantage le nouveau Jalabert. Evoquer les noms de ces cracks ne rajeunit pas, mais, plus grave encore, nous fait prendre conscience que les Pinot, Bardet, Barguil ne sont pas au niveau de Quintana, d’Aru ou même Dumoulin, pas plus que nos sprinters Bouhanni ou Démare ne sont au niveau de Degenkolb. Reste Alaphilippe (23 ans), second de la Flèche Wallonne et de Liège-Bastogne-Liège au printemps dernier, mais qui n’a pas participé hier au final du championnat du monde, en qui certains,  toujours prêts à s’enthousiasmer à la première performance notable, voient  un nouveau Valverde. Reste aussi peut-être Coquard (23 ans), qui a un peu le même profil qu’ un Darrigade à son époque (années 50 et 60) ou un Cavendish, pistards comme lui  à leurs débuts, qui, outre leur collection de victoires d’étapes dans les grands tours, ont été champion du monde sur route (une fois) et se sont adjugés une grande classique (Tour de Lombardie pour Darrigade et Milan-San Remo pour Cavendish). Compte tenu de notre frustration, nous serions déjà très heureux si un coureur français obtenait pareils résultats!

Michel Escatafal


Attention aux comparaisons dans le vélo !

AruDe la concurrence, dont je parlais dans un précédent article, il y en a beaucoup dans le cyclisme, et notamment dans les grands tours. Cette année les victoires ont été partagées entre Contador au Giro, Froome au Tour de France et Aru à la Vuelta qui vient de s’achever, avec un renversement de situation dans l’avant-dernière étape. Pour ma part je suis très heureux d’avoir vu Aru faire basculer la course sur une attaque lointaine, dans l’avant-dernier col, avec une stratégie parfaite de son équipe, Astana, laquelle avait déjà démontré sa force au Giro, donnant dans les derniers jours de la grande épreuve italienne du fil à retordre à Contador…qui lui en revanche n’avait qu’une équipe très moyenne à ses côtés. Contador l’avait certes emporté au final, devant Aru, mais il avait dû puiser dans ses réserves beaucoup plus que prévu au départ, et ce d’autant plus qu’il dut subir deux lourdes chutes handicapantes. Néanmoins, sur ce Giro, Aru avait déjà montré sa force, ce qui explique que je l’avais placé parmi mes favoris, même si j’avais plutôt misé sur Rodriguez, qui a fini à la deuxième place.

J’avoue que je suis très heureux du succès d’Aru, parce qu’il est un attaquant né. Si Quintana avait eu le tempérament d’attaquant d’Aru, il aurait peut-être gagné le Tour de France, car sur la fin du Tour Froome était vulnérable. Il a d’ailleurs reproduit la même erreur à la Vuelta attendant tranquillement les ultimes kilomètres du dernier col de l’avant-dernière étape pour essayer de renverser la situation, après avoir laissé Aru et ses équipiers faire tout le travail pour distancer le Néerlandais Dumoulin, grande confirmation de l’épreuve. Pour sa part Rodriguez n’a pas changé non plus ses habitudes, et a attendu les derniers hectomètres à plusieurs reprises pour grapiller du temps sur ses rivaux. Résultat, Rodriguez n’a toujours pas gagné de grand tour, et n’en gagnera sans doute jamais, parce qu’il a 36 ans. Quant à Quintana, s’il veut marquer l’histoire comme un Contador, et comme son talent devrait lui permettre, il lui faudra comprendre qu’on ne peut pas s’imposer dans un grand tour sans attaquer et sans prendre le moindre risque, chose que l’on ne pourra jamais reprocher à celui qui devrait être son grand rival dans les années à venir, Fabio Aru, qui présente à peu près les mêmes caractéristiques que lui.

Au passage on notera qu’après un Tour de France 2014 privé pour diverses raisons de Froome, Contador, Quintana et Aru, les Français n’ont guère brillé cette année dans les courses de trois semaines, retrouvant simplement leur vrai niveau. Quand aurons-nous de nouveau un vainqueur du Giro, du Tour ou de la Vuelta ? Rien qu’en posant la question on est découragé, surtout quand on sait que le dernier vainqueur français du Giro fut Laurent Fignon en 1989, que le dernier vainqueur français du Tour fut Bernard Hinault en 1985, et que le dernier vainqueur français de la Vuelta fut Laurent Jalabert en 1995. Heureux Britanniques (Froome), Espagnols (Contador), et plus encore Italiens (Nibali, Aru), qui possèdent des champions capables de s’imposer régulièrement sur ces grandes épreuves !

Pour terminer, je voudrais souligner que je reste perplexe quant à la possibilité de remporter deux grands tours en suivant dans la même année, même si je pense que ce n’est pas impossible…avec des circonstances favorables, comme je l’ai développé à plusieurs reprises à propos de Contador. Si je fais cette remarque, c’est parce que Quintana a plutôt bien fini cette Vuelta, après toutefois avoir été malade. Froome aurait pu faire mieux que ce qu’il a fait dans cette même Vuelta sans sa chute, même s’il semblait avoir perdu sa grande forme du Tour…après avoir participé à de nombreux critériums. Quant à Contador, il ne pouvait pas réaliser le doublé Giro-Tour sans avoir à sa disposition une grosse équipe, comme l’était l’équipe Astana au Giro et à la Vuelta. N’oublions pas, comme l’a affirmé Didier Rous, que « sportivement, au niveau du relief, c’est le Giro le plus dur ». Quant à la Vuelta,  elle a lieu à la fin de la saison, surtout qu’elle arrive un mois après l’arrivée finale du Tour de France, où généralement tous les meilleurs sont là. Disons que faire le doublé Giro-Tour ou Tour-Vuelta est extrêmement difficile à réaliser de nos jours, mais je reste persuadé que Contador aurait pu faire en  2012 le doublé Giro-Tour sans sa suspension et s’il en avait fait un objectif, et aurait aussi pu le faire en 2011 sans les problèmes extra-sportifs et les chutes qui l’ont handicapé en 2011, sans oublier l’extrême dureté du parcours du Giro cette année-là. Je pense aussi que Froome, s’il conserve son niveau actuel encore pendant trois ou quatre ans, peut aussi réussir un de ces doublés, à condition de le préparer minutieusement…et avec un peu de chance. Même si les époques sont différentes, même si les coureurs ne peuvent plus se soigner comme ils le désirent (je ne parle pas de dopage), je ne crois pas que nos champions actuels soient inférieurs à ceux du passé, en considérant que chaque époque a son ou ses phénomènes, comme Coppi et Bartali à la fin des années 40, Coppi, Koblet, Bobet dans les années 50, Anquetil dans les années 60, Merckx dans les années 70, Hinault, Fignon, Lemond dans les années 80, Indurain et Pantani dans les années 90, Armstrong dans les années 2000, puis Contador depuis 2007 et à présent Froome, en fait depuis 2012, année où il aurait dû gagner le Tour de France si son équipe ne l’avait pas obligé à l’offrir à Wiggins.

Michel Escatafal