En rouge et bleu, en rouge et noir…(2)

stade toulousain 2008Partie 2

Je n’évoquerai pas trop longtemps le FC Lourdes, sur lequel j’ai écrit  un article en août 2011 (La plus belle histoire d’amour du rugby français : J. Prat et le F.C. Lourdes) ou encore celui que j’ai mis en ligne en février 2012 (Martine-Maurice Prat, le duo magique du grand F.C. Lourdes). Cela étant les plus anciens n’ont pas oublié cette finale ébouriffante de 1958, où le grand FC Lourdes terrassa le SC Mazamet de Lucien Mias. Jamais peut-être ce FC Lourdais ne fut plus majestueux, pour ne pas dire plus imbattable. Tous les ingrédients étaient réunis pour en faire une finale exceptionnelle, à commencer par la personnalité des deux plus grands capitaines de l’histoire de notre rugby amateur, Jean Prat, appelé par les Britanniques « Monsieur Rugby » et Lucien Mias, « le docteur Pack ». Mais ce match que tout le monde attendait était aussi une confrontation comme les Français les adorent, entre le grand méchant loup qu’était la constellation d’étoiles du FC Lourdes, et l’agneau (loin d’en être un!) qu’était l’équipe mazamétaine, laquelle disposait d’excellents joueurs comme l’ailier Lepatey, les demis Duffaut et Serin, le pilier Manterola, frère du Lourdais, et Aldo Quaglio qui fera une grande carrière internationale à XV et à XIII. La constellation lourdaise était effectivement formée avec des joueurs déjà semi-professionnels (cafetiers, hôteliers, marchands de médailles), ce qui signifie qu’ils s’entraînaient presqu’autant qu’ils le souhaitaient, et qui en plus avaient le goût du rugby récité à la perfection. Enfin ces joueurs étaient les meilleurs à leur poste en France pour la majorité d’entre eux, et peut-être pour certains les meilleurs tout court.

N’oublions pas qu’en 1958, l’équipe de France alla battre les Gallois chez eux à Cardiff (16-6) avec tous les trois-quarts lourdais, Rancoule, M. Prat, Martine, Tarricq, plus l’ouvreur Labazuy, plus les troisièmes lignes Barthe et Domec. Si l’on ajoute à ces joueurs J. Prat, le demi de mêlée F. Labazuy qui n’était pas sélectionnable à cause de son passé treiziste et P. Lacaze, qui allait être un des héros de la tournée en Afrique du Sud, on imagine facilement que jamais le rugby français n’avait connu une aussi forte équipe dans son histoire. En fait, non seulement les Lourdais avaient les meilleurs centres du monde, les meilleurs troisièmes lignes, mais ils se comportaient comme des professionnels, la musculation intensive en moins.

De la musculation le pack de l’AS Béziers des années 70 n’en faisait pas beaucoup par rapport à aujourd’hui, mais c’était le pack le plus surpuissant que l’on ait connu jusque-là. Il allait le prouver plus particulièrement lors de la finale du championnat de France 1978…contre l’AS Montferrandaise, qui allait encaisser un sévère 31-9. Et pourtant il y avait nombre de bons joueurs chez ceux que l’on n’appelait pas encore les « jaunards ». Ils étaient pourtant déterminés à faire tomber l’ogre biterrois qui avait dans ses rangs Cantoni à l’arrière, les demis Cabrol et Astre, la troisième ligne Pesteil, Estève et Saisset, la deuxième ligne Palmié et Sénal et la première ligne formée de Martin, Paco et A. Vaquerin. Cette équipe ressemblait énormément au RC Toulon de nos jours, si l’on ose la comparaison. Toutefois je la mettrais derrière le FC Lourdes, parce que l’apport au XV de France de cette formidable équipe biterroise fut beaucoup plus modeste. Il n’empêche, s’il y avait eu une Coupe d’Europe à l’époque, l’AS Béziers en aurait remporté au moins quatre ou cinq, un peu comme le FC Lourdes deux décennies plus tôt. Voir la lecture aussi de ce que j’ai écrit en septembre 2012 sur l’AS Béziers (L’A.S. Béziers, ancien « grand » du rugby français).

 A présent je vais parler de cette équipe toulousaine de 2008, qui mérite elle aussi de figurer au Panthéon du rugby français. Etait-elle la meilleure formation toulousaine que l’on ait connue jusque-là ? Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est qu’elle était extraordinairement complète avec un pack d’avants redoutable, que ce soit en troisième ligne (Sowerby, Dusautoir, Bouilhou), en seconde ligne (Pelous, Albacete) ou en première ligne (Human, Servat et Hasan). Mais derrière c’était tout aussi solide et brillant avec Medard ou Poitrenaud à l’arrière, Heymans, Kunavore, Jauzion et Donguy en trois-quart et une paire de demis exceptionnelle composée de J.B. Elissalde, que j’avais qualifié de « Mozart du rugby » et à qui j’avais consacré un article quand il prit sa retraite de joueur en 2011 (J.B. Elissalde, si grand par le talent…), associé à Byron Kelleher, les deux hommes étant sans doute à l’époque les deux meilleurs demis de mêlée de la planète. Et sur le banc des remplaçants il y avait aussi du beau monde avec Millot-Chluski, Lamboley ou Florian Fritz.

Si j’ai fait cette énumération de joueurs c’est d’abord pour constater que nous étions vraiment entrés de plain-pied dans le professionnalisme, avec des Sud-Africains (Sowerby et Human,), des Argentins (Albacete, Hasan), un Fidjien (Kunavore) et bien sûr le All Black Kelleher. Ensuite, c’est pour citer tous les joueurs qui ont battu en finale…l’AS Clermont Auvergne, le finaliste préféré des grandes équipes de rugby, parce qu’à part une fois (Bouclier de Brennus 2010), les « jaunards » ont toujours échoué en finale du championnat de France, du Top 14 ou de la Coupe d’Europe. Ils n’ont d’ailleurs jamais été aussi proches de remporter un titre que cette année-là, battus 20-26 avec deux essais de chaque côté. Mais le Stade Toulousain était une très grande équipe et l’AS Clermont une excellente équipe, ce qu’elle est toujours avec quelques joueurs de grande classe comme l’arrière anglais Abendanon, les trois-quarts français Fofana et Nakaitaci, l’ailier fidjien Nalaga ou encore le seconde ligne irlandais Cudmore, sans oublier les ex-internationaux français Bonnaire et Rougerie, hélas aujourd’hui vieillissants. Du beau monde, mais pas au niveau du Stade Toulousain de 2008 ou du Toulon 2013-2014 (avec Wilkinson) ou 2015.

Michel Escatafal


Parra est-il un grand demi de mêlée ? C’est surtout un remarquable buteur

parraParmi les informations de cette semaine en rugby, il y a la liste des nominés pour le titre de meilleur joueur européen de l’année, et parmi les 15 joueurs sélectionnés figurent 5 joueurs opérant en Top 14. Jusque-là rien que de très surprenant  dans la mesure où le Top 14 fait référence dans le rugby de l’hémisphère nord, comme apparaît normale la présence de 3 joueurs de l’ASM Clermont Auvergne, sans doute l’équipe la plus complète actuellement du Top 14 et peut-être même d’Europe. Les trois Montferrandais nominés s’appellent  Bonnaire, Fofana…et  Parra. Pourquoi Parra ? Voilà une bonne question à laquelle je n’ai pas de réponse, même si je lui reconnais de belles qualités de  joueur de rugby, sans  toutefois aller jusqu’à le considérer comme un des meilleurs joueurs européens ou mondiaux. En tout cas des qualités, les techniciens du XV de France en trouvent à Parra, au point de ne jamais composer un groupe ou une équipe sans lui. Il y avait longtemps d’ailleurs que le XV de France n’avait pas eu un demi de mêlée ayant autant la côte auprès des sélectionneurs, un peu comme à l’époque de Gérard Dufau, de Danos, de Lacroix, de Berbizier, autant de joueurs qui ont été des titulaires inamovibles à leur poste pendant leurs meilleures années.

A propos de Gérard Dufau, ancien capitaine de l’équipe de France après la retraite de Jean Prat (1955), je voudrais dire deux mots, pour souligner que ce même  Jean Prat affirmait  qu’il était l’un des deux meilleurs demis de mêlée qu’il ait rencontrés avec le Gallois de Swansea Tanner, capitaine et grand stratège du jeu gallois à la fin des années 40. Dufau était le type même du  joueur ayant toujours su tirer le maximum de ses qualités athlétiques, et surtout il était pétri de classe.  Mais comme si cela n’était pas suffisant,  il était aussi quelque peu inconscient, de cette inconscience qui fait croire que tout est possible sur un terrain de rugby, y compris en défense, ne s’échappant jamais face à n’importe quel adversaire. C’était aussi un joueur capable de perforer n’importe quelle défense, notamment par ses départs au ras de la mêlée dont il s’était fait une spécialité.  Enfin, il savait  diriger de main de maître son paquet d’avants. Bref, c’était un grand maestro à son poste, comme le fut son successeur en équipe de France, avec des qualités différentes, Pierre Danos, dont j’ai longuement parlé dans mon article sur les paires de demis qui m’ont fait rêver. J’avais aussi évoqué des joueurs comme Lacroix, Lilian Camberabero, Max Barrau, Jacques Fouroux, Astre, Gallion, Berbizier, Galthié et Elissalde. En fait Parra ne ressemble vraiment à aucun d’eux, même si sur tel ou tel aspect du jeu il dispose un peu des mêmes atouts. Cela dit, si je devais le comparer à quelqu’un ce serait à Jacques Fouroux, en le mettant au-dessus comme joueur.

Certains me diront que la comparaison n’est pas très flatteuse, dans la mesure où Fouroux était surtout considéré comme un grand meneur d’hommes, qualités que l’on reconnaît volontiers à Parra. La preuve, Lionel Nallet, ancien capitaine du XV de France et comme Parra ancien joueur de Bourgoin,  le considère comme un petit chef autoritaire et « gueulard », comme ses « bestiaux » considéraient Fouroux à l’époque du grand chelem 1977. Comme Fouroux également, on ne peut pas dire que Parra fasse partie des joueurs à la classe folle, à l’instar par exemple de Max Barrau ou de Jérôme Gallion, ni même de Fabien Gathier ou Jean-Baptiste Elissalde. Ces joueurs, en effet, alliaient toutes les qualités que peut espérer avoir un joueur de rugby. Barrau et Gallion étaient de véritables « bombes atomiques » derrière leur mêlée, dont tous les amoureux du rugby des années 70 ou 80 se rappellent avec nostalgie, et ce d’autant plus que, comme tous les joueurs de grande classe ou presque, ils ne furent jamais considérés par les sélectionneurs à leur juste valeur. Galthier, grand et athlétique, disposant  d’une belle passe longue, était un excellent stratège, mais aussi capable de désarçonner les défenses adverses avec ses départs au ras de la mêlée (comme Duffau) ou des regroupements, sans oublier son jeu au pied excellent, autant de qualités qui en ont fait le meilleur demi de mêlée de la planète et le meilleur joueur du monde en 2002. Quant à Elissalde, que j’ai appelé le « Mozart du rugby » dans un article sur ce site, c’était un joueur qui était tellement doué que personne n’a vu la différence dans ses prestations, qu’il joue à la mêlée ou à l’ouverture  à l’arrivée de Kelleher au Stade Toulousain, autre très grand demi de mêlée « all black ».

Morgan Parra n’a évidemment pas la classe pure des joueurs que je viens de citer. Ce n’est pas une « bombe atomique », et derrière sa mêlée ou les regroupements sa balle ne gicle pas autant qu’espéré, faisant preuve souvent d’une certaine lenteur. Ce n’est pas non plus un joueur capable de jouer au niveau international aussi bien à la mêlée qu’à l’ouverture, comme on a pu le constater pendant la dernière Coupe du Monde, mais il est assez bon partout, c’est-à-dire dans tous les compartiments du jeu, y compris en défense…ce qui est suffisant aux yeux des sélectionneurs pour l’inviter à chaque rassemblement du XV de France. Certes de temps en temps on lui trouve un concurrent, par exemple Machenaud depuis la fin de la dernière saison, sans doute plus doué que lui, mais Parra a un atout incontestable, que personne ne peut mettre en doute : c’est un buteur de très, très haut niveau. Un de ces buteurs comme le XV de France en a rarement eu, ce qui signifie que je le mets sur le même plan qu’un Vannier, un Albaladejo, un Guy Camberabero, et un peu au dessus de Romeu, Didier Camberabero, Lacroix  ou Lamaison.

Oui, j’ai beau chercher dans ma mémoire, rarement sur la durée nous avons eu un joueur aussi efficace dans les tirs au but. En écrivant cela, j’ai bien conscience  que par rapport aux joueurs des années 50, 60 ou 70 , le pourcentage de réussite des buteurs dont j’ai parlé était infiniment moindre que celui de Parra aujourd’hui (qui dépasse les 80%), comme celui de Carter  ou de Wilkinson, ou un peu plus loin de nous de l’Italien Dominguez ou du Gallois Jenkins, mais chacun comprendra qu’à l’époque il n’y avait pas le même ballon, ni le tee. Je puis en témoigner à mon très modeste niveau, ce qui n’enlève rien à la remarquable réussite de Parra, Wilkinson ou Carter. La preuve, ils font mieux que les autres, et ce avec une régularité de métronome depuis des années. C’est à ça qu’on reconnaît les grands buteurs, lesquels ne manquent jamais (ou très rarement) une occasion dans les moments décisifs. Et c’est comme cela que ce jeune homme, parfois arrogant, voire agaçant, qu’est Morgan Parra, notamment quand il dit tout haut qu’il n’aime pas être remplaçant, c’est comme cela donc qu’il comptabilise déjà 46 sélections à 25 ans.

Reconnaissons que pour un joueur loin d’être un surdoué, il a quand même une réussite extraordinaire, surtout quand on compare sa carrière à celles de beaucoup d’autres numéros 9, à part celle de Galthier qui totalise 64 sélections. En tout cas, il peut dire merci à Lièvremont, l’ancien sélectionneur, puisque c’est ce dernier qui l’a sélectionné très jeune (à peine vingt ans) et qui lui a confié les responsabilités de buteur, alors qu’à Bourgoin ce n’était pas lui le buteur (c’était Boyet). A quoi tient le destin d’un sportif ? A nombre de facteurs dans lesquels la chance a un rôle à jouer. Mais être là où il faut, quand il le faut, est aussi une forme de mérite, surtout quand le professionnel ne laisse rien au hasard pour être le plus performant possible. Et question professionnalisme, il n’y a justement rien à reprocher à Parra. Il n’empêche, à titre personnel, quitte à susciter l’étonnement de certains, j’aimerais bien que l’on fasse à Machenaud la même confiance qu’à Parra, d’autant que Michalak a fait la preuve qu’il était redevenu un buteur fiable…ce qui rend Parra beaucoup moins indispensable au XV de France. Que les lecteurs fans de Parra veuillent bien me pardonner !

Michel Escatafal


J.B. Elissalde, si grand par le talent…

Depuis que j’ai foulé pour la première fois un terrain de rugby avec le ballon dans les mains, à la fin des années 50, j’ai toujours eu une admiration sans bornes pour les joueurs qui étaient « rugby » jusqu’au bout des ongles.  Et parmi ceux-ci il y en a un pour qui j’ai eu beaucoup d’admiration pendant  quelques années, Jean-Baptiste Elissalde, que je me représentais en « Mozart du rugby ». Je l’avais baptisé ainsi après un match de Coupe d’Europe remporté contre Cardiff (en 2008) où il avait éclaboussé le match de toute sa classe. Aujourd’hui J.B. Elissalde n’est plus joueur puisqu’il a arrêté sa carrière l’an passé à moins de 33 ans, ce qui n’est certes pas un âge canonique, mais qui est largement suffisant pour rencontrer des problèmes physiques à répétition après une carrière très bien remplie, riche de nombreux titres. En fait pour que celle-ci eût été parfaite, il aurait fallu que l’équipe de France remportât la Coupe du Monde 2007…qui était largement à sa portée, avec J.B. Elissalde à la baguette.

A ce propos,  j’ai toujours pensé que ce sont les années 2007 et 2008 qui l’ont vraiment atteint physiquement, dans la mesure où il a participé à une dizaine de matches internationaux en 2007, et où comme plusieurs autres joueurs ayant disputé l’intégralité ou presque de la Coupe du Monde, il a embrayé immédiatement sur une saison de compétition très lourde, puisque le Stade Toulousain a été cette année-là en finale de la Coupe d’Europe et a remporté le championnat de France. Presque 12 mois de compétition ou de préparation non-stop ! C’était sans doute trop pour J.B. Elissalde, comme pour d’autres qui eux aussi ont payé très cher cette débauche d’efforts. En tout cas depuis la fin de la saison 2007-2008, J.B.E. a accumulé les pépins physiques, ce qui l’a empêché de s’exprimer sur le terrain comme son immense classe naturelle l’y aurait  autorisé.

Toutefois même s’il ne joue plus, il n’a pas quitté le rugby pour autant, puisqu’il est devenu l’entraîneur des lignes arrières du  Stade Toulousain. Nul doute qu’il réussira dans ces fonctions, le jeune homme ayant  tous les atouts pour occuper une fonction de ce type. Sur ce plan il me fait penser à Jacques Fouroux, autre demi de mêlée et capitaine emblématique de l’équipe de France de 1977, à l’époque la meilleure du monde, devenu par la suite l’entraîneur de l’équipe qui réussit à se hisser en finale de la première Coupe du monde en 1987. Cela dit par rapport à Fouroux, et ce n’est pas trahir sa mémoire, J.B. Elissalde aura été un joueur exceptionnel, capable de jouer avec le même bonheur à l’ouverture ou à la mêlée, et de surcroît remarquable buteur. Cette polyvalence lui a permis de se relever  facilement du coup sur la tête que lui ont infligé ses dirigeants quand ils ont recruté, l’été 2007, Byron Kelleher, le demi de mêlée des All Blacks.

Dire qu’il en était satisfait à l’époque serait exagéré, mais un joueur de son calibre se doit d’être fort dans sa tête. Et il l’a été puisqu’il s’est repositionné tout naturellement au poste de ses débuts, demi d’ouverture, au point que nous sommes nombreux à avoir pensé que les dirigeants  toulousains  avaient cette idée derrière la tête quand ils ont recruté Kelleher.  En tout cas il a bien fait d’entamer sans maugréer cette seconde carrière, puisque ses dirigeants lui ont offert une place dans le staff technique du club le mieux structuré en France et en Europe. Il pourra faire profiter les joueurs qu’il aura sous sa coupe de sa science du rugby, car dans ce domaine personne ne lui était supérieur.

Et puisque j’évoque de nouveau ses qualités, je voudrais souligner encore une fois que ce fils et petit-fils d’international aura été pour nombre de jeunes, un exemple, ne serait-ce qu’en raison de son gabarit aujourd’hui hors-normes (1,72m et 73 kg). A ce propos, comme par exemple Shane Williams (l’ailier gallois), J.B. Elissalde a démontré que l’on n’a pas besoin d’être une « armoire à glace », comme on en trouve de plus en plus sur les terrains de jeu, pour devenir un super joueur, ce qui redonne au rugby  une représentation élargie notamment pour les jeunes attirés par ce sport merveilleux.  Mais d’après ce que j’en sais, c’était aussi à la fois un meneur d’hommes et un bon camarade pour ses coéquipiers, autant de qualités qui ne peuvent que l’aider dans ses nouvelles fonctions. Enfin il donnait aussi une image flatteuse du rugby à chacune de ses interventions hors du terrain, les journalistes ayant manifestement plaisir à l’avoir comme interlocuteur.

Bref, Jean-Baptiste Elissalde c’était la grande classe, et pas seulement pour la fluidité, la vivacité ou la gestuelle du joueur. Bien sûr tous ceux qui l’ont admiré garderont un trait particulier de son jeu, et feront la comparaison avec ceux qui vont lui succéder. Pour ma part,  je garderais surtout comme souvenir ses « chistéras » d’une longueur incroyable, ou encore cette façon unique qu’il avait de déposer le ballon au pied là où il le voulait. On avait l’impression qu’il lançait le ballon avec la main tellement c’était précis. Et si je ne devais garder qu’un fait de jeu en mémoire, ce serait son superbe placage sur Evans qui filait à l’essai entre les poteaux, ce qui aurait condamné les Bleus dans son match de ¼ finale contre la Nouvelle-Zélande en Coupe du Monde à Cardiff (2007).  Au lieu de cela, deux minutes après Jauzion marquait un essai pour l’équipe de France… transformé par Elissalde. Bravo l’artiste et merci !

Michel Escatafal