Un très beau week-end de sport, après le décès de Mohammed Ali

Conta froomeAlors que le championnat d’Europe des Nations de football va commencer dans quelques jours, on peut dire que les Bleus sont désormais prêts à entrer dans le vif du sujet, ce qui permettra d’étouffer définitivement les polémiques inutiles instruites par certains anciens joueurs aigris, comme Cantona pour ne pas le citer, qui se croient plus intelligents qu’ils ne le sont en réalité. Place au sport avec les joueurs choisis par Didier Deschamps, qui dispose quand même d’un effectif très riche, lequel autorise bien des espoirs. En outre, c’est une coutume, quand la France organise une compétition chez elle depuis 1984, elle l’emporte. Ce fut le cas en 1984 (championnat d’Europe) avec Platini, Giresse, Tigana, Bossis et Cie, et ce fut aussi le cas en 1998 (Coupe du Monde), avec pour capitaine…Didier Deschamps.

Autre sujet lié au football, la succession de Laurent Blanc, l’entraîneur du PSG, dont on imagine aisément qu’il ne sera plus à la tête du département technique du club lors de la reprise de l’entraînement dans quelques jours. Certains s’offusquent de le voir payer la piteuse élimination contre Manchester City en ¼ de finale de la Ligue des Champions, mais il a échoué là où il devait réussir, et il est donc normal qu’il en paie la facture. Tout le reste à ce propos n’est que billevesée. Il reste à souhaiter que les dirigeants qataris du club réussissent à faire signer un grand entraîneur, c’est-à-dire un homme qui sache mieux que Laurent Blanc galvaniser ses troupes et, plus généralement, diriger un groupe composé de très grands joueurs. Blanc est un bon entraîneur, qui connaît évidemment très bien son métier, mais il lui manque la grinta et le charisme d’un Mourinho, d’un Simeone ou d’un Unai Emery, les deux derniers étant les favoris à sa succession.

Passons à présent au rugby, dont je n’ai pas parlé depuis longtemps, et je le regrette, pour évoquer la fin du Top 14 avec l’attribution du titre de champion de France dans deux semaines. Pour ma part, j’aimerais que le Stade Toulousain soit de nouveau champion de France. Le Stade Toulousain, club le plus titré de l’histoire de notre rugby, amateur et professionnel, va cette année réussir quelque chose de grand, j’en suis sûr. Le club entraîné par Mola, Elissalde et Servat n’est pas favori, mais il faudra les battre pour décrocher le Bouclier de Brennus. Attention toutefois au RC Toulon, habitué des finales victorieuses, voire à l’AS Clermont-Ferrand, généralement battue lors de chaque finale disputée.

Un mot de tennis pour saluer la victoire en double des Françaises Caroline Garcia et Kristina Mladenovic, ce qui est de bonne augure pour les Jeux de Rio, la victoire en simple dames de la jeune espagnole Garbine Muguruza en battant Serena Williams, et le douzième titre en grand chelem de Djokovic. Ce dernier domine son époque comme seuls les très grands l’ont dominée, et il est bien le successeur de Federer, alors que le meilleur joueur de terre battue de l’histoire, Nadal, semble sur une pente qui paraît définitivement descendante. Djokovic réussira-t-il le grand chelem sur lequel tant de joueurs ont échoué depuis 1969 (Rod Laver) ? Peut-être, même si c’est quelque chose de très, très difficile à atteindre. La preuve, seuls Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969) l’ont réalisé, alors que des champions comme Hoad, Borg, Connors, Mac Enroe, Lendl, Sampras ou Federer ont toujours échoué. Certains sont passés tout près comme Hoad en 1956, mais ils n’ont pas réussi. En revanche, il sera peut-être plus facile à Djokovic de dépasser Federer et ses 17 titres, vu son âge et sa domination. Surtout à cause de cette domination, car Federer, par exemple, avait comme adversaire sur terre battue Nadal, vainqueur de 9 Roland-Garros !

Enfin je voudrais parler de vélo, puisque le Dauphiné Libéré a commencé hier par un prologue aussi sympathique qu’original, une course de côte de 3.8 km avec une pente moyenne de 9.7%. Evidemment ce ne pouvait qu’être un crack qui remporte cette étape et ce fut Alberto Contador, le meilleur coureur du nouveau siècle, grand grimpeur devant l’Eternel, devant un surprenant Richie Porte et Chris Froome. Reconnaissons que comme podium, il était difficile de rêver mieux sauf si on considère l’absence de Quintana. En revanche je ne suis pas de ceux qui mettent Nibali au même niveau que Contador, Froome ou Quintana, comme en atteste son dernier Giro, qu’il a certes remporté, mais après avoir été copieusement dominé par Kruijswijk.

Le Néerlandais est un bon coureur, mais c’est loin d’être un fuoriclasse, et sans sa chute il l’eut emporté facilement. Certes une chute fait partie de la course, et certains nous diront qu’il ne sait pas descendre, mais il y a quand même une part de malchance pour le coureur batave qui, hélas pour lui, manquait d’expérience comme leader et plus encore d’une bonne équipe pour s’imposer. D’ailleurs, s’il avait eu plus d’expérience, il n’aurait pris aucun risque dans la descente sachant l’avance de plus de 4 mn qu’il avait sur Nibali. Cela étant Nibali reste un grand champion, sorte de Gimondi ou Nencini de son époque, mais ce Giro manquait quand même de concurrence. A ce propos, je pense que Contador ou Froome ou Quintana auraient dû le courir ce Giro, parce que finalement ils auraient eu moins à s’employer cette année que d’autres pour l’emporter, et auraient pu embrayer sur le Tour.

Cela dit, on ne refera pas l’histoire, mais je maintiens que, même de nos jours, le doublé Giro-Tour est possible à une condition : que la concurrence ne soit pas trop forte, et que le leader ne soit pas trop esseulé. C’est la raison pour laquelle, je suis persuadé que Froome avec sa fantastique équipe Sky, ou encore Quintana avec sa très forte équipe Movistar (Valverde à son service), l’aurait emporté très facilement dans ce dernier Giro. Si Nibali a perdu plus de 2mn sur Kruijswijk dans le c.l.m. en côte de 10.8km, on imagine combien il aurait perdu sur Contador, Quintana ou Froome. Ok, on ne refera pas l’histoire, mais pour moi ce fut un petit Giro, d’autant plus que Landa a été malade au début de l’épreuve. Voilà pour mon commentaire sur le Giro, lequel souffre quand même de plus en plus de l’omniprésence du Tour de France dans les visées des sponsors, et de la montée en puissance de la Vuelta depuis son changement de date en 1995 (victoire de Jalabert).

Alors que se passera-t-il dans ce Dauphiné ? A première vue Contador a toutes les chances de l’emporter, mais Contador a un terrible handicap : son équipe. Heureusement que l’an prochain et en 2018 (bonne nouvelle pour tous ceux qui aiment ce merveilleux sport qu’est le vélo, il a confirmé qu’il continuait sa carrière) il devrait avoir une meilleure équipe (chez Trek ?) que ces deux dernières années chez Tinkoff. En attendant, c’est la seule faiblesse du Pistolero cette année, puisqu’il semble s’être préparé aussi bien pour ce Tour qu’en 2014 ou en 2009-2010. Il faut simplement lui souhaiter d’arriver en jaune avec ses adversaires dans la dernière montée du parcours de ce Dauphiné, qu’il a perdu en 2014 face à la coalition de ses adversaires. L’histoire se renouvellera-t-elle ? J’espère que non, mais l’essentiel est de voir que la forme est là, et qu’il a bien travaillé cet hiver et au printemps. En tout cas, comme Valverde, le poids des ans ne semble pas avoir de prise sur lui, ce qui montre que ces deux champions ont bien travaillé au cours de leur carrière pour en arriver à obtenir les résultats qui furent et sont encore les leurs.

Un dernier mot enfin sur les Français, en nets progrès depuis quelques années avec la progression de Pinot et de Bardet, mais encore un cran en dessous des meilleurs. Cela étant, je suis rassuré pour Pinot dans la mesure où il semble en constante amélioration dans les contre-la-montre, ce qui signifie que ce coureur a vraiment de la classe. Sera-telle suffisante pour lui faire passer un palier vers les sommets à partir de l’âge de 26-27 ans, un peu comme l’avait fait Louison Bobet en son temps ou même Pingeon ? Nous verrons bien, mais je suis assez confiant, justement parce que Louison Bobet monta sur le podium du Tour en 1950, à l’âge de 25 ans, derrière Kubler et Ockers. Un Tour où il fut favorisé par l’absence de Coppi, Koblet et le retrait de toute l’équipe italienne emmenée par Bartali et Magni à mi-course. Pour sa part, Thibaut Pinot est déjà monté sur le podium du Tour en 2014, à 24 ans, derrière Nibali et Péraud, mais en l’absence dès le début du Tour des deux supers cracks, Froome et Contador. Souhaitons à Pinot de suivre la même trajectoire que Louison Bobet, et les Français tiendront enfin le grand champion qu’ils attendent depuis tellement longtemps.

Michel Escatafal


Dans le sport aussi, « il ne faut jamais vendre la peau de l’ours qu’on ne l’ait mis par terre »

FDCe devait être un remake de l’année 1991, et ce fut un « bide » presque total ! Telle est la conclusion que l’on peut tirer de cette finale de Coupe Davis à Lille, dimanche dernier. Et pourtant nombre de supporters y ont cru après le premier match, où un super Monfils a écrasé un  petit  Federer, manifestement inquiet pour la suite de la compétition en raison de sa blessure récente, qui l’avait empêché de défendre ses chances en finale du Masters. Et, compte tenu de la supériorité supposée des Français en double, ces mêmes supporters se disaient qu’on allait revivre l’édition de 1991, avec une énorme victoire d’Henri Leconte au premier match contre Sampras, puis une défaite somme toute normale de Forget contre Agassi, pour se retrouver avec une égalité au score à la fin de la première journée. C’est là que la belle histoire s’arrête, parce que les Français n’avaient pas réalisé que les Suisses avaient une équipe aussi forte. Certains même s’étaient carrément montrés condescendants en affirmant qu’il fallait à tout prix que Federer joue…pour que la victoire ait une saveur vraiment agréable. Bref, on faisait fi des chances de Wawrinka, lequel devait se faire laminer par les Français. Enorme erreur de jugement, dû essentiellement au chauvinisme franchouillard qui anime à la fois les supporters et, plus grave encore, les journalistes, spécialisés ou non.

Résultat, une terrible déception à l’issue de cette finale, laquelle aura laissé un goût amer aux joueurs, aux spectateurs et aux téléspectateurs français, lesquels pensaient que la finale était gagnée avant de l’avoir joué. Et oui, les joueurs suisses sont tout simplement meilleurs que les joueurs français, comme en témoigne leur classement, Federer n°2 mondial et Wawrinka n°4, alors que Tsonga et Monfils naviguent largement au-delà de la dixième place (Tsonga 12è et Monfils 18è). En outre, ce n’est pas au niveau de l’expérience que l’on pouvait espérer quelque chose de plus, car, sur ce plan, Federer et ses 17 succès en tournois du Grand Chelem, et même Wawrinka, vainqueur de l’Open d’Australie en début d’année, savent ce que la pression d’une finale veut dire.

Et cela s’est vu pendant cette finale de Coupe Davis, notamment pendant le double, où les Suisses ont joué leur meilleur tennis, alors que les Français ont été plutôt décevants. Cela étant, et on l’avait oublié dans notre pays qui ne s’intéresse absolument pas à l’histoire du sport, il faut quand même se rappeler que Federer et Wawrinka sont capables de former une excellente équipe de double. Qu’on en juge à travers cette performance : un titre olympique en 2008, en battant en demi-finale les rois de la discipline depuis plus de 10 ans, les frères américains Bryan (700 victoires et 103 titres remportés sur le circuit, dont 16 en grand chelem, plus un titre olympique en 2012). Rien que cela aurait dû convaincre les supporters français que la victoire en double était loin, très loin, d’être assurée.

Mais le pire était à venir, avec les tensions entre les joueurs après le quatrième match et la victoire de Federer sur Gasquet qui donnait la Coupe à la Suisse. Là aussi que n’a-t-on pas lu à droite et à gauche sur la supposée morgue suisse, notamment celle de Wawrinka, lequel ne semble pas très bien tenir l’alcool. Mais est-ce tellement étonnant que Wawrinka ait quelque peu chambré les Français? Que n’avait-on pas dit sur la soi-disant brouille entre Federer et Wawrinka, après leur extraordinaire demi-finale du Masters. Certains parlaient de l’inévitable mauvaise ambiance qu’il allait y avoir entre les deux joueurs, alors que l’équipe de France formait une vraie famille. Je ne dis pas, en écrivant cela, que les joueurs français ne s’estiment pas. D’ailleurs je n’en connais aucun, pas plus d’ailleurs que Federer et Wawrinka. Je ne sais pas davantage si ces derniers sont amis ou ennemis, mais ce que j’ai vu samedi et dimanche, c’est une équipe suisse soudée, y compris les remplaçants inconnus. Manifestement Wawrinka voulait remporter son second grand trophée de l’année, et Federer rentrer encore un peu plus dans la légende du tennis, en gagnant le seul trophée qu’il lui manquait, en dehors de la réalisation du grand chelem.

C’est d’autant plus méritoire pour Federer et Wawrinka de soulever le fameux Saladier d’Argent, que la Suisse n’est quand même pas un grand pays de tennis, malgré ses succès ces dernières années. N’oublions pas qu’il aura fallu attendre l’avènement de Federer, pour que la Suisse enlève un tournoi du Grand Chelem (Wimbledon 2003). Et il aura fallu l’arrivée au plus haut niveau de Stan Wawrinka, pour que la Suisse puisse postuler pour une victoire en Coupe Davis, cette épreuve exigeant d’avoir au moins deux joueurs dans les meilleurs mondiaux pour pouvoir s’imposer. Cela explique d’ailleurs pourquoi les Français dans les années 20 et 30, les Australiens dans les années 50 et 60, mais aussi les Américains a toutes les époques, sauf depuis 1995 (une seule victoire en 2007) ont trusté les titres, grâce à un réservoir important de champions…que la France n’a plus jamais eue depuis l’époque des « Mousquetaires » avec Lacoste, Cochet, Borotra et Brugnon. Sauf, à un degré moindre, avec Noah, Leconte et Forget, ce qui a permis à Leconte et Forget de s’imposer en 1991 contre Sampras et Agassi. A ce moment Forget était septième mondial et venait de réaliser sa meilleure saison en simple. Quant à Leconte, son classement ne voulait rien dire (cent-cinquante neuvième à l’ATP parce que longtemps blessé au dos), car chacun savait bien qu’il était toujours capable, sur un match, de battre n’importe qui. En outre, son entente avec Forget lui a permis de former la seule équipe de double invaincue en Coupe Davis (11 victoires en autant de matches).

Et puisque je suis dans l’histoire de la Coupe Davis, je voudrais terminer en disant à tous ceux qui comparent les joueurs à des époques différentes, que si Federer figure bien évidemment dans les tous meilleurs joueurs de l’histoire du tennis, personne n’a le droit d’affirmer qu’il est le plus grand de tous. Certes, son palmarès compte 17 victoires en tournois du Grand Chelem, mais il n’a pas réalisé le Grand Chelem, comme Rod Laver à deux reprises. Combien de tournois majeurs ce dernier aurait-il remporté s’il n’avait pas été dans les rangs des professionnels entre 1962 et 1968 ? Et Rosewall ? Et Gonzales ? Et Kramer ? Et Borg, qui a arrêté sa carrière à 25 ans après avoir gagné 6 fois Roland-Garros et 5 fois Wimbledon dans les années 70 et 80 ?

Certes, on me rétorquera que si Nadal avait eu l’idée de naître cinq ou six ans plus tard, Federer aurait réalisé au moins deux fois le Grand Chelem, mais il y avait Nadal, lui-même vainqueur de 14 tournois du Grand Chelem, dont 9 victoires à Roland-Garros, sans oublier son titre olympique en 2008 et ses 4 victoires en Coupe Davis. Cela étant, qui pourrait dire qu’il aurait battu Borg à Roland-Garros ? Personne, parce que chaque génération a son ou ses superchampions, et, il n’est même pas possible de faire la comparaison au niveau du palmarès pour les joueurs de tennis, parce que, comme je l’ai écrit précédemment, les meilleurs professionnels ne pouvaient pas affronter les amateurs jusqu’en 1968. Bref, on tourne en rond, comme si l’on voulait savoir si Coppi aurait réussi à décrocher Contador dans le Stelvio, ou si Fangio aurait pu battre Prost, Senna ou Schumacher à Spa Francorchamps.

Michel Escatafal

 


La Coupe Davis n’est plus ce qu’elle était

Coupe DavisIl y a quelque temps (mars 2011) j’avais écrit un article sur le tennis et la Coupe Davis (1991, année magique pour le tennis français), en notant que cette épreuve était loin, très loin même d’avoir son lustre d’antan. C’est pour cela que j’ai écrit en titre que « la Coupe Davis n’est plus ce qu’elle était » et si je n’avais eu peur que le titre soit trop long, j’aurais ajouté que « c’est pour cela que la France peut la gagner cette année ». En fait il y a longtemps qu’elle ne figure plus au rang des priorités des meilleurs joueurs, ceux-ci étant autrement plus préoccupés par leur classement mondial, lui-même étant fortement impacté par les tournois du grand chelem, les seuls qui vaillent dans l’esprit du public. Et s’il en fallait une preuve supplémentaire, nous l’aurions dans le fait que Marion Bartoli est devenue une grande vedette dans notre pays, pour avoir remporté le tournoi de Wimbledon l’an passé…après que 17 des 32 têtes de série aient été éliminées avant le second tour, ce qui lui a permis de remporter le tournoi en ayant battu Elina Svitolina, Christina Mc Hale, Camila Giorgi, Karin Knapp, Sloane Stephens, Kristen Flipkens et l’Allemande Sabine Lisicki. Bref, pour remporter son huitième titre sur le circuit WTA, sur le plus prestigieux des tournois, elle a quand même eu une certaine réussite, même si sa victoire ne doit rien à personne.

En écrivant cela, qu’on me pardonne, mais il faut être objectif même si j’ai été très heureux de la réussite de Marion Bartoli sur le gazon de Wimbledon, sur lequel elle avait déjà atteint la finale en 2007. En outre, on aimerait bien qu’un Français obtienne les mêmes résultats qu’elle dans les tournois du grand chelem, même si pour cela il faudrait qu’un Gasquet ou un Tsonga évite à la fois, Nadal, Djokovic, Federer, Murray ou Wawrinka…ce qui est impensable vu la densité du tennis masculin, autrement plus forte que celle du tennis féminin. Désolé de dire pareilles choses qui vont m’attirer les foudres de mes lectrices ! Toutefois, que celles-ci se rassurent : je ne ferais jamais pareille remarque en ce qui concerne le 100m ou le 400m en athlétisme, le 400m ou le 200m en natation, la descente ou le slalom en ski. Le sport féminin a cette particularité d’avoir des niveaux très élevés dans certains sports, et d’être loin de celui des hommes dans quelques autres, voire à des années-lumière pour quelques uns d’entre eux. Il faut appeler un chat un chat, et c’est la raison pour laquelle je regrette qu’on ait voulu la parité dans le cyclisme sur piste aux Jeux Olympiques, ce qui nous a privé de la poursuite individuelle, du kilomètre et de la possibilité d’aligner trois athlètes par nation en vitesse…pour avoir le même nombre d’épreuves chez les femmes et les hommes. C’est ridicule, mais c’est ainsi !

Cela dit, revenons à présent sur le tennis et plus particulièrement sur la Coupe Davis, seule épreuve avec Roland-Garros qui intéresse France Télévision…et encore, à condition que la France soit qualifiée. Si l’on veut voir les grands ou même les petits tournois, il faut être câblé, à deux ou trois exceptions près. En France, sans joueurs ou joueuses françaises, en dehors des Internationaux de France, les autres tournois du Grand chelem n’existent pas, pas plus que la Coupe Davis ou sa petite sœur féminine la Fed Cup. C’est ainsi hélas, ce qui explique grandement que nous n’ayons eu aucun Français vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem chez les hommes depuis 1983 (Noah à Roland-Garros), l’avant dernier datant de 1946 (Bernard), année de gloire pour notre tennis puisque Petra gagna Wimbledon. En revanche la Suisse, qui compte infiniment moins de licenciés que notre pays, a eu comme figure de proue depuis les débuts de la décennie 2000 Roger Federer, et à présent Wawrinka, qui vient de battre à Melbourne Djokovic en demi-finale et Nadal en finale, deux des meilleurs joueurs de l’histoire du jeu. On comprend mieux pourquoi la Suisse, avec ces deux joueurs, a aussi remporté l’or au tournoi de double des Jeux Olympiques en 2008…ce qui n’est évidemment jamais arrivé à la France depuis que le tennis figure de nouveau au programme olympique. Pour mémoire, puisque ce site évoque surtout l’histoire du sport,  je rappellerais que la France avait obtenu l’or aux J.O. de 1912 et de 1920 chez les femmes, avec respectivement Marguerite Broquedis et Suzanne Lenglen, et en 1912 chez les hommes avec André Gobert. Ce dernier remportera aussi le double à ces mêmes J.O. 1912 avec Maurice Germot.

Cela étant, et là nous sommes meilleurs que les Suisses, la France a remporté 9 fois le fameux Saladier d’argent, dont 3 fois depuis la création du Groupe mondial, en 1991, 1996 et 2001. Pas mal comme bilan, surtout si on y ajoute les résultats de l’époque des Mousquetaires (entre 1927 et 1932 avec Borotra, Cochet, Brugnon et le meilleur de tous, Lacoste). C’était la belle époque pour le tennis français, lequel avait à sa disposition les meilleurs joueurs du monde en simple comme en double, cette discipline ayant toujours une grande importance en Coupe Davis entre les journées de simple. A noter aussi, pour ceux qui aiment l’histoire, qu’à cette époque il y avait ce qu’on appelait le Challenge Round, c’est-à-dire que le vainqueur de l’année précédente était automatiquement qualifié pour la finale de l’année suivante, ce qui était quand même un sacré avantage, sans compter l’avantage supplémentaire de jouer « à la maison ». Ce fut ainsi jusqu’en 1971, date à laquelle on décida de remettre toutes les équipes sur un pied d’égalité à partir de l’année suivante, ce qui redonna de la vigueur à l’épreuve, surtout à cause de l’apparition du tennis au plus haut niveau des joueurs des pays communistes, ceux-ci faisant de l’épreuve reine du tennis par équipes un vecteur de propagande politique. Ainsi, en 1972, la première finale de la Coupe Davis nouvelle version donna lieu à un combat épique entre la Roumanie de Nastase et Tiriac et les Etats-Unis de Stan Smith, les Etats-Unis finissant par l’emporter par 3 victoires à 2. Il faut dire qu’à ce moment nous étions au début d’une nouvelle grande époque du tennis américain, lequel allait voir éclore dans les années suivantes des joueurs comme Ashe, Connors, Mac Enroe et Gerulaitis.

Curieusement Jimmy Connors n’a jamais gagné la Coupe Davis, symbole du peu d’attrait à partir de l’ère open des meilleurs joueurs pour cette épreuve…faute d’y trouver un intérêt financier suffisant. En outre, à ce moment (dans les années 70), la politique était de plus en plus présente dans le tennis comme par exemple en 1974, quand l’Inde refusa d’affronter en finale l’Afrique du Sud en raison de l’apartheid. Décision parfaitement justifiable au demeurant sur le plan moral, mais décision qui finissait d’affaiblir une compétition qui était loin d’exercer la même fascination qu’elle avait du temps du tennis amateur, époque où il était impensable que les Australiens Sedgman, Hoad, Rosewall, Laver, ou les Américains Trabert Seixas, Olmedo, pour ne citer qu’eux, ne disputent pas l’épreuve avant de passer dans les rangs professionnels. Un peu plus tard, en 1981, la Coupe Davis finit par supprimer les zones éliminatoires géographiques, ce qui lui redonna un petit regain d’intérêt, mais plus jamais elle ne retrouvera son prestige de l’époque des Mousquetaires ou de celle des années 50 et 60, quand Australiens et Américains se battaient pour remporter le Challenge Round, les deux nations ayant à leur disposition les meilleurs joueurs du monde.

Jamais plus la Coupe Davis ne retrouvera son prestige d’antan, la finale, en fin de saison (fin novembre) étant devenue presque une corvée pour des joueurs éreintés par les exigences d’un calendrier démentiel. Elle l’est d’autant plus que les meilleurs joueurs du monde vont presque toujours dans les phases ultimes des tournois (Master 1000 et Grand chelem), et participent au Masters (mi-novembre), juste avant la finale de la Coupe Davis si leur pays est qualifié. Ainsi la Suisse, malgré Federer et Wawrinka, mais aussi la Grande-Bretagne malgré Murray, l’Argentine malgré Del Potro, n’ont jamais remporté l’épreuve. La Serbie, avec Djokovic, ne l’a emporté qu’en 2010. Quant à l’Espagne, malgré Nadal et plusieurs joueurs parmi les tous meilleurs (Ferrer, Robredo), elle n’a plus gagné depuis 2011, battue en finale 2012 par la République Tchèque, équipe qui a battu aussi la Serbie en finale 2013. A noter toutefois que, cette dernière année, la République Tchèque s’est qualifiée pour la finale en ayant vaincu la Suisse au premier tour, celle-ci ayant joué sans Federer, et l’Argentine en demi-finale, sans Del Potro. Pas la peine d’ajouter d’autres commentaires…ce qui laisse beaucoup d’espoirs à l’équipe de France en 2014, avec un tirage au sort a priori assez facile, parce que pour l’équipe de France la Coupe Davis est très, très importante. En plus avec Gasquet et Tsonga, elle dispose de deux excellents joueurs…même s’ils sont un ton en dessous des tous meilleurs (Nadal, Djokovic, Murray, Federer, Del Potro  et sans doute à présent Wawrinka). En fait, la vraie grande victoire de l’équipe de France en Coupe Davis depuis l’époque des Mousquetaires date de 1991, où Leconte et Forget battirent les Etats-Unis d’Agassi, Sampras et d’une paire de double composée de Flach et Seguso, considérée à l’époque comme la meilleure du monde. Et oui, c’était il y a 23 ans ! Décidément les grands exploits du sport français sont toujours historiques, hélas !

Michel Escatafal


Nadal plus fort que tous les autres avant lui ?

borgNadalComme d’habitude, chaque fois qu’un joueur de tennis domine tous les autres, on dit que c’est le meilleur de l’histoire…une histoire que peu connaissent réellement, ce qui leur fait dire des banalités. Et ce n’est pas ce qu’écrivent les internautes qui prouvent le contraire, et ce dans tous les sports. Cela dit, le fait que Nadal ait gagné 8 fois à Roland-Garros est un cas unique dans la longue histoire du tennis, et cela est indiscutable. Pour trouver trace d’une telle domination sur terre battue, il faut remonter à Bjorn Borg, le célèbre joueur suédois des années 70 et du début des années 80, avec 6 victoires à Roland-Garros.  Et si l’on regarde les autres surfaces, nous trouvons le joueur américain Sampras et le Suisse Roger Federer qui, l’un et l’autre, ont remporté à 7 reprises le tournoi de Wimbledon. Tout cela depuis les débuts de l’ère open (1968).

Avant cette date, seuls 4  joueurs ont remporté 7 fois le même tournoi majeur, à savoir l’Américain Bill Tilden entre 1920 et 1929 (7 fois vainqueur aux Internationaux des Etats-Unis qui ne s’appelaient pas encore l’US Open), l’Américain William Larned qui a remporté 7 fois les Internationaux des Etats-Unis entre 1901 et 1911, le Britannique William Renshaw qui l’a emporté à 7 reprises à Wimbledon entre 1880 et 1889, et un autre Américain, Richard Sears, qui a gagné ses 7 tournois majeurs aux Etats-Unis entre 1881 et 1887. Autant dire, pour les quatre derniers joueurs cités (avant l’ère open),  à une époque où le tennis était bien loin d’être ce qu’il est aujourd’hui, ce qui empêche toute comparaison.

A contrario, le fait que les professionnels n’aient pas pu jouer avec les amateurs ou considérés comme tels avant 1968, a fait que des joueurs comme Gonzales, Rosewall ou Laver n’avaient aucune chance de réaliser ce qu’ont réalisé Borg, Sampras, Federer ou Nadal à Roland-Garros ou Wimbledon. Or, ne l’oublions pas, Laver a fait le grand chelem à deux reprises en 1962 et 1969, ce qui indique que pendant tout ce laps de temps il aurait à coup sûr engrangé nombre de tournois du grand chelem, d’autant que 3 des 4 tournois majeurs se jouaient sur herbe. La remarque vaut aussi pour Pancho Gonzales, à qui j’ai consacré un article sur ce site. Voilà pourquoi il est prudent de ne pas faire de comparaisons trop rapides, même s’il n’est pas interdit d’avoir une opinion. Et beaucoup d’entre nous, anciens champions ou joueurs du dimanche, sont convaincus que Nadal est le joueur qui a le plus exercé sa domination sur la terre battue dans l’histoire du tennis, avec Bjorn Borg.

Effectivement, en voyant jouer Nadal, comme autrefois Borg, à la Porte d’Auteuil ou ailleurs (Monte Carlo, Rome ou Hambourg), on ressent comme une impossibilité pour l’adversaire de le battre à la régulière. Nadal, comme Borg dans les années 70, est capable de gagner en 3 sets secs une finale de Roland-Garros, en affrontant un des deux ou trois meilleurs sur cette surface. Ce fut le cas avec Federer à plusieurs reprises, comme avec Ferrer dimanche dernier, comme ce le fut pour Borg contre des joueurs comme Vilas ou Gerulaitis, lesquels étaient pourtant très forts sur cette surface. Oui, il y a quelque chose d’inexorable dans la réussite de Rafael Nadal à Roland-Garros, à tel point qu’on peut envisager froidement de le voir remporter « Roland » à 10 reprises. N’oublions pas qu’il n’a que 27 ans ! Certes il a subi de nombreux problèmes avec son genou gauche, mais rien ne dit qu’il ne jouera pas encore deux ou trois ans à son niveau d’aujourd’hui. Certes aussi, quand on a vu le match contre Djokovic en demi-finale du dernier Roland-Garros, on peut se dire que sa marge est moins importante qu’elle ne l’était en 2008 ou en 2010, mais Djokovic n’a-t-il pas atteint son apogée ?

Revenons maintenant sur deux joueurs qui ont marqué leur époque dans les 50 dernières années, à savoir Bjorn Borg, dont j’ai déjà évoqué le nom, et Roy Emerson, cet Australien que personne ou presque ne connaît alors qu’il a remporté 12 tournois du grand chelem, dont 6 fois les Internationaux d’Australie. Borg, dès son arrivée sur le circuit, a fait preuve de qualités physiques exceptionnelles, ce qui explique qu’il ait pu exprimer sans défaillance son jeu lifté, jeu qui nécessite une forte dépense physique. Elles lui ont aussi permis d’être un des joueurs qu’il est très difficile de déborder sur un court, comme Nadal aujourd’hui. Et comme Nadal, ces qualités physiques sont aussi au service d’une volonté, d’une obstination même, qui fait l’admiration de tous ceux qui s’intéressent à ce jeu. Vous me direz que le fait de ne jamais renoncer, de se battre jusqu’à l’extrême limite de ses forces, est le propre des très grands champions, mais Borg l’avait peut-être un tout petit peu plus que les autres.

La preuve en 1980, quand il remporta son cinquième Wimbledon (8-6 au cinquième set) face à Mac Enroe, avec un tie-break interminable (18-16), alors que l’Américain jouait sur sa surface favorite. Et puisqu’on parle de surface, c’est pour le moment la principale différence entre Nadal et Borg, à savoir que Borg était aussi le meilleur sur herbe à sa grande époque, ayant su adapter son jeu à cette surface sur laquelle on joue peu, notamment grâce à un puissant service et un jeu au filet, peut-être pas au niveau des meilleurs volleyeurs, mais tout de même efficace. Dommage qu’il ait échoué à plusieurs reprises en finale de l’US Open (4 fois entre 1976 et 1981), car il avait réellement la possibilité d’être le troisième joueur à enlever le grand chelem (après Donald Budge en 1938 et Rod Laver en 1962 et 1969).

Parlons à présent de Roy Emerson, joueur atypique s’il en était, dont on disait de lui qu’il était quasiment toujours au top de sa forme. Ce fils de fermier, qui avait un poignet de fer acquis selon ses dires en faisant la traite des vaches, à qui on avait construit un court dans le ranch familial,  était le type même du grand joueur australien, avec d’énormes qualités athlétiques, une technique complète, un grand service et une belle volée. Certains de ses contemporains lui ont  reproché de s’être forgé un extraordinaire palmarès à bon marché (en préférant rester un amateur marron) grâce au passage des meilleurs amateurs au professionnalisme, mais ce jugement était injuste dans la mesure où il était très dangereux même pour un Rod Laver.

Ainsi, en 1961, après avoir battu Fraser et Laver, blessés, ce qui lui avait permis de s’imposer aux internationaux d’Australie, il allait l’emporter  à Forest-Hills, où se déroulaient les internationaux des Etats-Unis, en battant en finale Laver en 3 sets. En outre nul n’oubliera qu’il n’a perdu qu’un seul simple en finale de la Coupe Davis (contre Santana en 1965), alors qu’il a participé à 9 finales. Enfin, c’était aussi, comme tous les cracks australiens, un remarquable joueur de double, avec notamment 10 finales consécutives à Roland-Garros et 6 victoires avec des partenaires différents. Et à l’époque, les meilleurs jouaient le double ! Bref, un immense joueur qui a inscrit 26 fois son nom au palmarès des 4 grands tournois (simple et double). A la fin de sa carrière il deviendra un entraîneur réputé, coachant notamment l’ex-joueuse prodige américaine, Tracy Austin.

Michel Escatafal


Année de tennis 2012 : Une femme et quatre hommes

Le tournoi des Masters, dont j’ai déjà parlé sur ce site, est le dernier tournoi de l’année, une année de tennis d’ailleurs très longue, trop longue. Il y a, en effet, tellement de tournois à travers le monde qu’on finit par ne plus s’intéresser qu’à ceux comptant pour le grand chelem, c’est-à-dire Melbourne, Roland-Garros, Wimbledon et Flushing-Meadow. Reste le Masters, censé désigner le meilleur joueur de l’année, puisqu’il  oppose les huit premiers joueurs mondiaux…qui ne sont pas nécessairement tous présents au rendez-vous, parce que très fatigués par une saison harassante ou blessés. Elle est d’autant plus harassante pour ces joueurs, qu’ils arrivent presque toujours en finale ou en demi-finales des tournois auxquels ils participent, ce qui d’ailleurs les oblige à lever parfois le pied avant un rendez-vous important.

C’est le cas précisément du Tournoi de Bercy, qui figure parmi les Masters 1000, c’est-à-dire juste derrière les tournois du Grand chelem, mais qui a beaucoup de mal à faire venir les meilleurs (du moins pour gagner)…parce que ceux-ci se préservent pour le Masters. En fait, à Bercy depuis quelques années, certains des  meilleurs sont soient forfaits, soient éliminés au premier ou au second tour (cas cette année de Murray et Djokovic), ce qui explique par parenthèse que les organisateurs veuillent changer la date de ce tournoi, pour l’inscrire en février. On est loin du rendez-vous souhaité par Philippe Chatrier, qui voulait faire de ce tournoi en salle, l’équivalent de Roland-Garros, ce qui n’a jamais été le cas depuis sa création en 1986, même si son palmarès compte quand même quelques très grands noms. Parmi ceux-ci il y a Boris Becker (3 fois), Stefan Edberg, Goran Ivanisevic, André Agassi  (2 fois), Pete Sampras (2 fois), Marat Safin (3 fois), Novak Djokovic et Roger Federer.  Pas mal, quand même ! On notera aussi que les Français y brillent assez souvent,  puisqu’en 27 éditions ils en ont remporté 3 avec Forget en 1991, Sébastien Grosjean en 2001 et Jo-Wilfried Tsonga en 2008, ce qui contraste avec leurs résultats à Roland-Garros et ailleurs en grand chelem, infiniment moins brillants, sauf à considérer Federer comme un des nôtres, puisque sa mère a des ascendances françaises. On se console comme on peut !

Fermons cette longue parenthèse sur Bercy, pour revenir au bilan de l’année 2012. Disons tout de suite, qu’il est très différent en ce qui concerne les femmes et les hommes. Chez les femmes, il y a une joueuse, Serena Williams, à coup sûr une des meilleures de l’histoire (15 victoires en simple en grand-chelem et 13 en double) qui plane au-dessus de toutes les autres depuis des années…quand elle n’a pas de soucis de santé. Ce fut le cas depuis le mois de juillet, ce qui lui a permis de gagner coup sur coup Wimbledon pour la cinquième fois, la médaille d’or des J.O., Flushing-Meadow pour la quatrième fois et son troisième  Masters. Autant de succès qui, curieusement, ne lui valent que la troisième place au classement WTA, mais chacun sait bien que c’est elle la meilleure joueuse du monde, loin devant ses rivales  Victoria Azarenka et Maria Sharapova, totalement impuissantes face à Serena Williams quand celle-ci joue à son meilleur niveau.

Chez les hommes en revanche, la hiérarchie est beaucoup plus floue entre les quatre meilleurs joueurs, Djokovic, qui vient de remporter le Masters après avoir gagné au début de l’année en Australie, Federer, qui était son adversaire en finale du Masters, et qui s’est imposé pour la septième  fois à Wimbledon, le Britannique Andy Murray qui a gagné l’or olympique et Flushing-Meadow, et l’imbattable Rafaël Nadal sur la terre-battue de Roland-Garros (septième  titre), mais blessé le reste de la saison. Difficile dans ces conditions de déterminer quel est le véritable numéro un mondial sur l’ensemble de l’année, même si  Djokovic et Murray ont été les plus constants…avec l’incontournable Roger Federer. Celui-ci  a  quand même de beaux restes, même s’il n’est plus le numéro un absolu comme il le fut très souvent depuis 2003, date de son premier titre en grand chelem (Wimbledon).  En fait nous sommes aujourd’hui dans une période de transition, comme cela arrive fréquemment après l’intense domination d’un joueur pendant plusieurs années.

Ce fut le cas depuis le début de l’ère open, entre 1970 et 1973, après le second grand chelem de Rod Laver, avec des victoires dans les grands tournois du Tchèque Kodes (2  Roland-Garros et 1 Wimbledon), un des grands joueurs du passé les plus méconnus, du Roumain Illie Nastase ( Roland-Garros et Forest-Hills), de l’Australien Newcombe (Wimbledon, Forest-Hills et Melbourne), de Stan Smith (Wimbledon et Forest-Hills), Arthur Ashe (Australie), sans oublier le vétéran Rosewall (Australie 2 fois).  Quand autant de joueurs se partagent les grands succès, cela signifie clairement qu’il n’y a plus de véritable patron dans le tennis mondial, en attendant d’en retrouver un. Celui-ci fut en 1974 Jimmy Connors, et ensuite le Suédois Bjorn Borg qui entre 1974 et 1981 remporta six fois Roland-Garros et cinq fois Wimbledon.

Et quand la succession du Suédois fut ouverte, on eut de nouveau une domination exercée par plusieurs joueurs, à savoir Connors  en 1982 (Wimbledon et Flushing-Meadow), puis le duo Lendl-Mac Enroe qui domina  la décennie 1980, avec  quinze titres en grand chelem à eux deux, dont huit pour Lendl et sept pour Mac Enroe, sans compter leur présence constante en tête du classement mondial, Mac Enroe occupant cette place sans discontinuer entre 1981 et 1984 et Lendl entre 1985 et 1987. En fait il fallut attendre l’arrivée de Sampras au plus haut sommet, pour retrouver un joueur écrasant (seul) la concurrence, avec ses quatorze titres en grand chelem entre 1990 (US Open) et 2002, et surtout ses six années consécutives en tête du classement mondial à la fin de l’année (1993-1998), performance qu’il est seul à avoir réussi à ce jour.

Alors qui sera le nouveau dominateur du tennis masculin dans les années à venir ? Compte tenu de l’âge de Federer, même s’il n’a que 31 ans, des blessures récurrentes de Nadal depuis 2009, on peut penser que Murray et plus encore Djokovic sont les deux candidats désignés pour être le futur numéro un pour un certain temps. Djokovic, parce que son palmarès et son classement attestent de sa constance au plus haut niveau depuis deux ans (numéro un mondial à la fin des années 2011 et 2012), et parce qu’il semble plus doué naturellement que Murray, ayant tous les coups dans sa raquette, notamment un grand service et des retours fulgurants dignes du meilleur Connors. De plus,  c’est une « personnalité » comme on dit, à la fois polyglotte et ne manquant pas d’humour, sans parler de son activité sur le plan humanitaire. Bref, un numéro un mondial qui peut être un magnifique ambassadeur de son sport…comme l’est toujours Roger Federer.

Cela étant,  je n’ai rien contre Murray qui, lui aussi, possède tous les coups du tennis, mais à un niveau légèrement inférieur à celui de Djokovic, ce dernier étant plus puissant ce qui fait la différence notamment sur terre battue. Néanmoins, Murray aura eu le grand mérite de corriger une anomalie historique, en étant le premier joueur britannique à avoir remporté un tournoi du grand-chelem  (Flushing-Meadow 2012) depuis  Fred Perry en 1936. Anomalie historique, parce que le tennis est né en Grande-Bretagne, même si l’origine de ce mot anglais vient du vieux français « tenetz », que l’on a appelé aussi jeu de paume, dont le tennis est dérivé, et dont il a adopté certains termes et le décompte des points. Pour mémoire, je rappelle que le jeu de paume est très ancien, puisque certains le font remonter jusqu’à l’antiquité. Très en vogue en France, il fut même la cause de la mort du roi Louis X le Hutin, le 5 juin 1316 à Vincennes, qui avait bu de l’eau glacée après une partie de jeu de paume.

Michel Escatafal


Le Masters arrive trop tard dans la saison

Le tournoi des Masters qui vient d’avoir lieu à Londres est devenu au fil des ans une institution du tennis, au point de concurrencer un temps les tournois de Grand chelem, notamment Melbourne, ce qui aurait été une injustice, car c’est une chose de gagner trois ou quatre matches, et c’en est une autre d’en remporter sept. Certes cette Coupe des Maîtres, comme on l’appelle en Espagne, réunit théoriquement chaque année depuis 1970 (premier vainqueur l’Américain Stan Smith), les huit meilleurs joueurs de l’année, mais cette épreuve ne désigne pas nécessairement le meilleur joueur de la saison.

En fait, pour être franc, je considère comme presque tout le monde que le meilleur joueur de l’année est celui qui a remporté le plus nombre de tournois du grand chelem. Cette année le meilleur a incontestablement été le Serbe Novak Djokovic, lequel a remporté le petit chelem, avec une victoire à Melbourne, une à Wimbledon et une autre à Flushing Meadow. Et n’oublions pas non plus qu’il fut demi-finaliste à Roland-Garros, ne s’inclinant qu’en demi-finale après un match magnifique contre Federer. Enfin, sur l’ensemble de l’année, Djokovic a remporté dix titres et n’a subi que six défaites en soixante seize matches officiels, un bilan digne des meilleurs joueurs de l’histoire, par exemple Roger Federer.

Federer qui termine cette année en boulet de canon, après être descendu à la quatrième place mondiale, presque infamante pour lui, puisqu’il vient de remporter coup sur coup le tournoi de Bâle, plus celui de Bercy et enfin le Masters, ce qui porte son total à quatre pour cette saison. Surtout, c’est la première fois depuis 2002 qu’il ne remporte pas un tournoi du grand chelem, ce qui a fait dire à de nombreux observateurs que son déclin était consommé…ce qui reste à confirmer après cette fin de saison. En tant que fan de tennis je m’en réjouis, même si hier soir j’aurais bien aimé que Tsonga remporte le Masters, une compétition qui, comme toutes les autres, sourit rarement aux tennismen français, puisque Tsonga est seulement le second joueur français a avoir été jusqu’en finale de l’épreuve, après Sébastien Grosjean en 2001 (battu par Hewit). En revanche cette victoire à Londres a permis à Roger Federer de battre un nouveau record, en remportant le Masters pour la sixième fois, effaçant des tablettes le Tchèque devenu Américain, Ivan Lendl, qui l’avait emporté à cinq reprises entre 1981 et 1987.

Le tournoi des Masters n’a plus tout à fait le prestige qu’il avait dans les années 70 ou 80. Ce tournoi en effet, pour prestigieux qu’il soit, vient trop tard dans la saison, une saison au demeurant beaucoup trop longue, puisqu’elle commence au tout début de l’année pour s’achever fin novembre, voire début décembre avec la finale de la Coupe Davis. Certes les meilleurs joueurs s’octroient des plages de repos, disputant essentiellement les Masters Séries, ce qui laisse la possibilité à ceux qui sont juste en dessous des meilleurs de remporter çà et là quelques tournois, mais le tennis perd en crédibilité à multiplier les épreuves de janvier à novembre. En fait la vraie saison s’arrête à l’US Open (début septembre), et il serait logique que le Masters soit disputé dans les deux ou trois semaines qui suivent la finale du dernier tournoi du grand chelem.

Cela étant,  il y a aussi une autre solution, à savoir faire disputer le Masters au tout début de l’année suivante, comme ce fut le cas pendant quelques années à partir de 1978. Cependant il faut ajouter pour être juste, qu’à cette époque les Internationaux d’Australie (qui avaient lieu au moment des fêtes de fin d’année) étaient loin de jouir du même prestige qu’aujourd’hui, ce qui incitait les meilleurs joueurs, donc les qualifiés pour le Masters,  à se préparer pour cette épreuve au détriment du tournoi australien disputé sur herbe…qui n’intéressait plus personne ou presque.  D’ailleurs la simple lecture du palmarès des deux tournois entre 1978 et 1980 donne une idée de l’intérêt manifesté par les meilleurs joueurs.

En effet en janvier 1978, donc comptant comme Masters 1977, c’est Jimmy Connors qui l’emporta, puis en janvier 1979, ce fut John Mac Enroe, avant que Bjorn Borg ne l’emporte en janvier 1980 et en janvier 1981. En revanche pendant la même période (entre 1977 et 1980), les champions d’Australie ont été l’Américain Vitas Gerulaitis (son seul titre du grand chelem), puis l’Argentin Vilas en 1978 et 1979 alors qu’il n’était pas du tout un joueur de gazon…et un autre Américain, Brian Teacher  en 1980, dont ce fut le seul grand succès. Dommage que Borg n’ait pas gagné pendant cette période l’US Open, ce qui l’aurait obligé à aller en Australie pour conquérir le grand chelem !

Comme ce ne fut point le cas, nombre de personnes  se sont interrogées  à l’époque pour savoir s’il ne fallait pas remplacer les Internationaux d’Australie par le tournoi des Masters pour le grand chelem. La question s’est aussi posée chez les féminines puisqu’entre 77 et 80, le Masters féminin a été remporté par Chris Evert (1977 et 1978), puis Martina Navratilova (1979) et Tracy Austin en 1980, alors que les gagnantes à Melbourne ont été respectivement Evone Goolagong (qui était en fin de carrière) en 1977, puis Christine O’Neil en 1978, Kathy Jordan en 1979 et Hanna Mandlikova en 1980.

Heureusement cette idée de changer les épreuves comptant pour le grand chelem fut abandonnée, et quelques années plus tard le tournoi australien retrouva tout son lustre en changeant de date, passant de la période des fêtes de fin d’année à la fin janvier, et de surface, puisqu’on remplaça le  gazon par une surface synthétique. Du coup, plus personne de nos jours ne s’imagine vouloir inclure le Masters dans le grand chelem d’autant, comme je l’ai dit précédemment, que les joueurs arrivent éreintés à ce tournoi, alors que la participation aux Internationaux d’Australie est identique à celle des trois autres tournois majeurs. Quant au tournoi des Masters, il n’est ni plus ni moins que la Super finale des tournois appelés Masters 1000.

Pour autant cette année encore la participation au tournoi des Masters fut exceptionnelle, car tous les meilleurs étaient à Londres cette semaine (Djokovic, Nadal, Federer, Ferrer, Tsonga, Berdych), à l’exception d’Andy Murray qui blessé a dû laisser sa place au Serbe Tipsarevic. Par parenthèse on comprend pourquoi l’équipe de France de Coupe Davis, privée de Tsonga, n’avait l’an passé aucune chance face à l’équipe de Serbie.  Et puisque je parle de Coupe Davis, est-il normal de faire disputer une finale de Coupe Davis début décembre ? Ne pourrait-on pas trouver une date en septembre ? Décidément  en tennis, comme dans beaucoup d’autres sports, les saisons n’en finissent pas…au détriment de la santé des joueurs et des joueuses. Est-ce bien raisonnable ?

Michel Escatafal


Federer dans la grande histoire du tennis

Roger Federer éliminé en quart de finale à Wimbledon, mais battu en finale à Roland-Garros. Voilà le type de nouvelle presque banale cette année, alors que quelque temps auparavant cela aurait fait les gros titres, parce qu’il était parvenu à 23 reprises consécutivement en demi-finale des tournois du grand chelem. Il est vrai que si l’on ne compte plus le nombre de défaites de l’encore numéro trois mondial depuis le début 2011, auparavant on les comptait sur les doigts de la main ou presque (entre 4 et 7 par saison), ce qui était normal pour un joueur qui faisait régulièrement le petit chelem,  et à qui il manquait simplement Roland-Garros pour réaliser  le grand. D’ailleurs il fut tout près de le réaliser (à cheval sur deux ans en 2009-2010) après avoir enfin remporté Roland-Garros, pour une balle comptée faute à l’US Open en septembre 2009 à la fin du second set,  ce qui enraya tellement sa belle mécanique qu’il fut battu par Del Potro en cinq sets.

Désormais cela appartient à l’histoire, celle-ci ayant commencé en 2004, année de la confirmation du grand talent qu’il avait démontré notamment à Wimbledon,  où il avait ouvert sa série de victoires dans les tournois majeurs (16 en tout). Rappelons  qu’il précède au nombre de victoires en grand chelem des joueurs comme Sampras (14),  Roy Emerson (12), joueur australien des années 60, Laver et Borg (11). Et c’est pour cela que nous aurions le droit de dire : « plus dure est la chute ». D’ailleurs son attitude après chaque revers indique bien son agacement de ne pouvoir changer le cours des choses lui qui, pendant si longtemps, remportait ses victoires grâce à la confiance inébranlable qui l’habitait. Combien de tie-break a-t-il perdu durant toutes ces années de 2003 à 2007 ? Très peu, parce que se sentant le plus fort il arrivait toujours à s’en sortir grâce, le plus souvent, à des coups venus d’ailleurs. C’était cela Roger Federer.

Certains vont me reprocher de parler déjà au passé, alors qu’il va peut-être remporter l’US Open en septembre prochain. Il faut aussi se rappeler qu’en 2009, alors que certains parlaient de déclin, Federer fit une de ses meilleures années, profitant il est vrai des ennuis physiques de Nadal qui avait largement dominé l’année 2008, remportant même le titre olympique après son doublé Roland-Garros-Wimbledon. Cependant, et je ne suis pas le seul, je n’y crois guère. Non pas que ce soit le déclin qui ait frappé ce merveilleux joueur, mais de la même manière que Borg après sa défaite en 1981 à Wimbledon contre Mac Enroe, il semble qu’aujourd’hui un Nadal, et plus encore un Djokovic, soient plus forts que lui. Pour revenir à Borg, il suffit de se rappeler qu’en 1980 déjà, sur les mêmes courts de Wimbledon,  il aurait très bien pu être battu par ce même Mac Enroe qui l’avait poussé à jouer cinq sets (8-6 au 5è set), après un tie-break d’anthologie au quatrième remporté 18-16. Ce fut en quelque sorte son chant du cygne, même s’il gagna une dernière fois Roland-Garros en 1981, puisque Borg fut battu ensuite par ce même Mac Enroe à l’US Open, encore en cinq sets.

Tout cela ressemble beaucoup à ce qui se passe avec le duel que se livrent Federer et Nadal  depuis 2005. Jusqu’en 2008 le joueur suisse avait toujours pris le dessus, sauf sur terre battue, mais même si Nadal était le plus fort sur cette surface, il est arrivé que ce dernier soit poussé dans ses derniers retranchements, voire même battu comme à Hambourg en 2007. En revanche sur herbe ou sur dur, Federer semblait intouchable. Ce n’est plus le cas depuis trois ans. En fait, l’ascension de Nadal a coïncidé avec les meilleures années de Federer, un peu comme à l’époque Mac Enroe – Borg. Sur ce plan la comparaison pourrait s’arrêtera  là car,  du temps de Borg,  il y avait un troisième larron qui venait se mêler à la lutte, Jimmy Connors, celui-ci ayant battu Borg deux fois  en 1976 et 78 à Flushing Meadow, sur une surface qui convenait parfaitement à son jeu. J’ai employé le conditionnel, car le troisième larron s’appelle à présent Djokovic, vainqueur de deux des trois grands tournois cette année, avec un seule défaite à son compteur…contre Federer, en demi-finale de Roland-Garros, ce qui lui vaut d’être premier au classement mondial.

Cette évocation qui nous ramène presque trente ans en arrière tout en étant d’une brûlante actualité, nous permet de dire que faute de parler de déclin, la chute est plus rapide pour  les grands dominateurs que pour les autres. Je m’explique : qu’il s’agisse de Newcombe, Connors, Lendl, Mac Enroe, Wilander, Edberg, Becker, Sampras  ou Agassi, tous ont eu des périodes de domination plus ou moins marquées entrecoupées  aussi de périodes un peu plus difficiles. En revanche, Borg comme Federer et même Laver, ont archi dominé leur époque en ne laissant que des miettes aux autres pendant une période donnée, assez longue (quatre ou cinq ans) pour Borg et Federer,  plus courte pour Laver mais pour d’autres raisons. Et chaque fois la chute fut sans retour…face à des adversaires plus jeunes.

A noter que celui qui est considéré, au même titre que Federer, comme un des plus grands joueurs de tous les temps, n’a pas pu jouer de tournoi entre 1962 et 1967, parce qu’il était professionnel. Et en  1968, au début de l’ère du tennis open, il avait déjà 30 ans, ce qui ne l’empêcha pas de réaliser en 1969 son second grand chelem. Mais une fois cet exploit réalisé, il ne remportera plus un seul tournoi majeur. Alors pour revenir à mon propos initial, est-ce que 2011 sera pour Federer  l’inexorable fin de sa domination ? Sans doute, même si j’aimerais bien me tromper, car j’aime beaucoup le jeu de ce joueur, mais Djokovic semble de nos jours tellement fort…comme Federer en 2005, ou Borg en 1976, ou Laver en 1962, qu’il semble parti pour dominer le tennis mondial dans les quatre ou cinq années à venir si, toutefois, il confirme dans les prochains mois ses énormes progrès. Sinon Nadal reprendra son leadership pour peu que son corps le laisse en paix, tellement il met d’intensité dans son jeu. A cet égard l’année 2012 sera vraiment intéressante.

Un dernier mot enfin, pour dire qu’il est absolument impossible, comme dans d’autres sports de parler du meilleur joueur de l’histoire, car ce serait faire fi de trop de joueurs qui ont marqué leur époque. En outre, il y a aussi ceux qui dans les années 40 passèrent très tôt professionnels, donc furent interdits de tournois du grand chelem alors qu’ils étaient très jeunes. Parmi ceux-ci il faut citer Jack Kramer (Etats-Unis) qui quittera les rangs des amateurs à peine un an après avoir réellement commencé sa carrière, ce qui ne l’empêchera pas pendant ce laps de temps de remporter deux Forest-Hills (Internationaux des Etats-Unis à l’époque) en 1946 et 1947, plus un Wimbledon en 1947. Peu après il deviendra le patron de la ligue professionnelle qui, après quelques années difficiles, deviendra un circuit où évolueront tous les meilleurs joueurs amateurs passant professionnels.

Ainsi il fera évoluer dans ses circuits des joueurs comme l’Américain Riggs, et surtout son compatriote Pancho Gonzales, de la fin des années 40 jusqu’à l’ère open (1969), dont certains ont dit (Tilden, Kramer et Laver) que ce fut lui le plus grand joueur de tous les temps, parce qu’il domina tout le monde dans le circuit professionnel y compris Laver. A ces deux joueurs il faut ajouter Lewis Hoad et Ken Rosewall au milieu des années 50, les célèbres « wonder kids » australiens nés à quelques jours d’intervalle,  aussi bons en simple qu’en double, ou encore Frank Sedgman qui est passé pro juste avant eux en 1953, sans oublier un autre Américain Tony Trabert en 1955.

Michel Escatafal