Kopa restera à jamais le Napoléon du football

kopaStanley Matthews en 2000, Di Stefano en 2014, George Best en 2005, Josef Masopust en 2015, Lev Yachine en 1990, Eusebio en 2014, Omar Sivori en 2005, Ferenc Puskas en 2006, Sandor Kocsis en 1979, Johan Cruyff en 2016, et Raymond Kopa en 2017. Voilà un bien beau panel d’immenses footballeurs, avec l’année de leur disparition, qui, en plus d’avoir accumulé les trophées nationaux, européens ou mondiaux, ont en commun d »avoir été Ballon d’Or, plus prestigieuse distinction personnelle pour un footballeur, sauf pour les deux Hongrois (Puskas et Kocsis), que j’ai tenu à inclure dans cette liste tellement ces deux joueurs auraient mérité d’y figurer. Donc si j’écris cela, c’est aussi et surtout parce que hier matin ils ont été rejoints au paradis des footballeurs par Raymond Kopa, un des plus grands joueurs de l’histoire du football mondial, mais aussi un précurseur dans ce monde du ballon rond par son sens des affaires. Kopa n’était pas qu’un génie du jeu qui l’a amené au firmament de son sport, c’était aussi un précurseur de ce qu’allait devenir le football des années 2000, où l’argent est devenu le symbole du sport le plus connu et pratiqué dans le monde. Et de l’argent il a su en gagner…et en gagnerait encore plus aujourd’hui s’il avait 25 ans.

Parlons donc aujourd’hui de Raymond Kopa footballeur, qui est considéré par tous ceux qui connaissent l’histoire du football comme un des trois plus grands joueurs français de tous les temps avec Platini et Zidane. Bien entendu je ne vais pas faire une hiérarchie entre les trois, parce que les plus jeunes diront que c’est Zidane qui fut le meilleur, les moins anciens voteront Platini, et les plus anciens Kopa. Cependant, à défaut de désigner le meilleur, chacun sait bien que ces trois joueurs représentent ce que notre football a produit de meilleur, chacun d’eux symbolisant aussi une des plus belles périodes de l’équipe de France.

Kopa, c’est l’équipe de 1958 qui termina troisième de la Coupe du Monde, avec le titre de meilleur joueur pour son meneur de jeu. Platini, c’est l’équipe de France qui remporta le championnat d’Europe des Nations en 1984, en étant à la fois le meilleur joueur et le meilleur buteur de la compétition (9 buts en 5 matches). Quant à Zidane, c’est la France championne du Monde 1998 (avec ses deux buts en finale) et championne d’Europe 2000. Enfin pour bien montrer que le choix des amateurs de football n’est pas subjectif, il faut se rappeler, comme je l’ai dit précédemment, que Kopa fut avec Di Stefano le meilleur joueur du Real Madrid entre 1956 et 1959, qui dominait à cette époque le monde du football de club, que Platini a été élu meilleur joueur de la Juventus toutes époques confondues, en plus d’avoir obtenu trois fois consécutivement le Ballon d’Or, et que Zidane fut avec Ronaldo (le Brésilien) le joueur qui symbolisa le Real du début des années 2000.

La véritable carrière de Raymond Kopa, qui a démarré dans la vie comme mineur, commença en avril 1951, avec le match nul du SCO d’Angers (à l’époque en D2) dans un match amical contre le Stade de Reims, qui avait remporté la Coupe de France l’année précédente, et qui comptait dans ses rangs des joueurs comme le gardien Sinibaldi, ou encore Jonquet et Penverne qui seront de la campagne de Suède en 1958, sans oublier le Hollandais Appel. Peu importe le résultat (match nul 4-4), mais ce jour-là un homme allait éclabousser le match de tout son talent, notamment par ses dribbles extraordinaires, Raymond Kopazewski. Il était tellement doué ce jeune joueur de 20 ans, fils de Polonais, qu’Albert Batteux, l’entraîneur du club champenois, s’empressa de le faire signer au Stade de Reims. Voilà comment Raymond Kopa, comme on l’appellera désormais, s’est retrouvé propulsé dans un des meilleurs clubs européens, parce que le Stade de Reims dans les années 50, c’était au minimum le top 5 du foot mondial, comme nous dirions de nos jours, avec comme différence que les les plus grands clubs avaient une équipe comportant en majorité ou presque totalement des joueurs nationaux.

Fermons la parenthèse et revenons à Kopa pour dire qu’à partir de son arrivée à Reims, sa carrière va suivre une trajectoire rectiligne qui va le mener en équipe de France à l’âge de 21 ans, sitôt après qu’il fût naturalisé français. Il honorera la première de ses 45 sélections contre l’Allemagne, le 5 octobre 1952, à Colombes devant 56.000 spectateurs. C’était une équipe très jeune qui avait été composée à cette occasion, avec Roger Marche comme capitaine et doyen d’âge (28 ans). Parmi les jeunes de cette équipe figuraient Penverne, mais aussi Cisowski qui deviendra un des meilleurs buteurs de l’histoire de notre football, l’ex-Hongrois Joseph Ujlaki qui aura eu le malheur d’arriver au sommet en même temps que Kopa, ou encore le gardien Ruminski et le défenseur Gianessi. Cette équipe allait réussir une très belle performance en l’emportant par 3 buts à 1, avec des buts d’Ujlaki, Cisowski et Strappe.

Ensuite Kopa allait devenir très vite le patron sur le terrain du Stade de Reims, avec qui il deviendra à quatre reprises champion de France, et de l’équipe de France, au point d’être appelé le 17 mars 1955 le « Napoléon du football » par les Espagnols, à l’issue d’une victoire au stade Santiago Bernabeu (où jouait le Real Madrid), contre l’Espagne (2-1), avec un but de Kopa qui fut véritablement exceptionnel ce jour-là. Cette performance du meneur de jeu français allait donner évidemment des idées au Real qui le recrutera un an plus tard, en 1956. Auparavant Kopa et le Stade de Reims avaient remporté la Coupe Latine (1953), ancêtre de la Coupe d’Europe, en battant l’AC Milan à Lisbonne (3-0) avec des buts de Jonquet, Kopa et un remarquable jeune joueur, Francis Meano, qui hélas allait trouver la mort accidentellement quelques jours plus tard à l’âge de 22 ans.

Ensuite pour Kopa ce sera l’épopée européenne avec le Stade de Reims, qui arriva en finale de la première Coupe d’Europe contre le Real Madrid (1956), après avoir notamment éliminé en quart de finale le club hongrois de Voros Lobogo, où opéraient Hidegkuti, Sandor, Sipos ou Zakarias, tous membres de la grande équipe de Hongrie de Puskas et Kocsis. Le Real Madrid remportera cette finale sur le score de 4-3, à l’issue d’un match que les Rémois n’auraient jamais dû perdre, ayant mené 2-0 après dix minutes de jeu. Ce n’était que partie remise pour Kopa, puisqu’il allait remporter les trois Coupes d’Europe suivantes en 1957, 1958, et …contre le Stade de Reims en 1959, finale qu’il finit blessé suite à un choc avec Vincent, je devrais plutôt dire une agression. Cette blessure, à la cheville droite, n’allait pas être sans conséquence, puisque cette cheville ne le laissera plus jamais tranquille jusqu’à la fin de sa carrière, malgré plusieurs opérations.

En tout cas à cette époque Raymond Kopa était considéré comme le meilleur joueur de la planète avec Di Stefano, son coéquipier du Real, un peu comme de nos jours le duel Messi-Ronaldo, sauf que les deux joueurs opéraient dans la même équipe. Pendant sa période madrilène (1956-1959) où il conquit aussi le titre de champion d’Espagne à deux reprises (1957 et 1958), Raymond Kopa joua ailier droit la plupart du temps, le poste de meneur de jeu étant réservé à Di Stefano. Pour l’anecdote je rappellerais une phrase attribuée à Raimundo Saporta, véritable bras droit du président Santiago Bernabeu, répondant à Raymond Kopa qui regrettait de ne pas pouvoir s’exprimer à son meilleur poste : « Ecoute, tu es payé, et même très bien payé. Alors tu dois savoir qu’ici le numéro un c’est Di Stefano, et le numéro deux c’est toi ! ». Néanmoins, ce poste excentré ne l’empêchera pas de marquer 48 buts en 158 matches. En outre il remportera le ballon d’Or en 1958 (accompagné par Fontaine sur le podium) et sera deuxième en 1959, derrière Di Stefano. Kopa sera aussi sacré en 1958 meilleur joueur de la Coupe du monde, comme je l’ai écrit précédemment, devant des joueurs comme les Brésiliens Didi et Pelé, remportant la troisième place avec l’équipe de France, une performance qui aurait pu être plus belle encore sans la blessure de Jonquet contre le Brésil, alors que le score était nul (1-1). Kopa, meilleur joueur, et Fontaine, meilleur buteur (13 buts), étaient au firmament du football mondial, et allaient se retrouver au Stade de Reims au début de la saison 1959-1960.

Kopa en effet, ne pouvant être libéré à sa guise pour jouer avec la sélection nationale, décide de revenir à Reims pour une durée de six ans. Ce fut le premier joueur à disposer d’un contrat à temps, pour lequel il s’était beaucoup battu, et qui allait lentement devenir la règle pour tous les joueurs (1968) qui, auparavant, appartenaient à vie à leur club, au point d’être transférés dans un autre club sans être mis au courant du transfert (cas de Penverne transféré au Red Star en 1959). Il allait aussi être le premier à devenir une icône en termes de marques avec des chaussures, des vêtements ou encore des jus de fruits à son nom. Cela dit, et pour revenir au jeu proprement dit, Kopa et Fontaine n’auront pas, hélas, l’occasion de beaucoup jouer ensemble sous le maillot rouge (Reims) ou bleu (équipe de France), car Kopa n’en finissait plus d’avoir des problèmes à sa cheville, et Fontaine devant arrêter le football à 28 ans (1962), après avoir marqué 165 buts en 200 matches de championnat et 30 buts en 21 sélections (statistiques hallucinantes, supérieures à celles de Messi et Ronaldo), suite à deux fractures de la jambe (1960 et 1961).

Kopa, pour sa part, disputera son dernier match avec l’équipe de France le 11 novembre 1962 (défaite contre la Hongrie 3 buts à 2), avant de refuser toute sélection suite à un différend avec le sélectionneur de l’époque G. Verriest, qui s’obstinait à vouloir le faire jouer ailier droit. Malgré tout, l’empreinte que laisseront les duettistes Kopa et Fontaine restera indélébile dans l’histoire du football français, et ils symboliseront à jamais le jeu à la rémoise des années 50 avec Piantoni, au point qu’on parlait à l’époque du trio Fo-Ko-Pi comme on avait parlé quelques années auparavant du trio suédois du Milan AC Gre-No-Li qui voulait dire Gren-Nordhal-Liedholm. Voilà un tout petit résumé de la carrière de Raymond Kopa, qui restera à jamais le « Napoléon du football », excellente comparaison en faisant référence au génie militaire du vainqueur d’Austerlitz .

Michel Escatafal


Les grandes équipes de club du football français depuis 1950 (1)

reims 1959ASSEOM 1993Partie 1

Voilà le type de question qui a priori n’a pas grand intérêt, pour la simple raison qu’il est très difficile de comparer les époques entre elles. Le football change beaucoup d’une période à l’autre, et l’adversité n’est évidemment pas la même. Qui oserait dire qu’il est plus facile d’aller en finale de la Ligue des Champions de nos jours que dans les années 50 ou 60, quand cela s’appelait la Coupe d’Europe des clubs champions ? Déjà la compétition n’était pas la même. Il n’empêche, on peut quand même faire une comparaison…à travers les effectifs, seul critère réellement objectif. Je vais donc prendre quelques équipes qui ont réellement marqué le football français, à savoir le grand Stade de Reims des années 50, l’Olympique de Marseille du début des années70, l’AS Saint-Etienne du milieu de cette décennie 70, l’Olympique de Marseille de 1990 à 1993, le FC Nantes de 1995, le PSG du milieu des années 90, l’Olympique Lyonnais des années 2000 et le PSG de nos jours sur lequel je n’insisterai pas outre mesure, pour avoir souvent évoqué ce club sur ce site. Cela fait 8 équipes qui, à des titres divers ont comblé les supporters français du football, pour leurs résultats français ou européens.

Comme je l’ai expliqué dans un article écrit il y a deux ans, le Stade de Reims des années 50 a longtemps été la référence absolue du football français. Son palmarès en témoigne, puisqu’il est le plus brillant au niveau européen, même si le niveau des coupes européennes dans les années 50 était très en deçà de celui d’aujourd’hui, où des sommes folles sont dépensées pour remporter la Ligue des Champions, pour laquelle sont qualifiées plusieurs équipes issues des principaux championnats européens. Il n’empêche, dans la décennie 50, le Stade de Reims pouvait se flatter d’avoir une des deux ou trois meilleures équipes européennes. La preuve, il remporta la Coupe Latine (ancêtre de la C1) en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Mieux encore, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, le Stade de Reims passa très près de la victoire face au Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes, sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. Cette défaite était d’autant plus cruelle pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des meilleures équipes de club de tous les temps, avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Verrati, Di Maria et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective, ce qui leur permit de s’imposer cinq fois de suite dans cette Coupe d’Europe des clubs champions (son appellation à l’époque) entre 1956 et 1960. Ce rappel historique s’adresse aux amateurs de football, fils d’internet, lesquels ne réalisent pas que le football a existé avant l’an 2000.

Ils ne savent pas non plus que dans cette équipe rémoise, il y avait nombre de joueurs de classe internationale tels, dès 1953, les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui aurait pu être le Messi de cette époque, qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959 (défaite 2-0). Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait même tomber en deuxième division à la fin de la saison 1963-1964. En France, surtout dans le sport et plus particulièrement dans le football, il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. Si j’écris cela c’est tout simplement parce que notre pays est le seul où les grands clubs peuvent devenir aussi moribonds qu’ils furent brillants dans le passé.

Je passerai beaucoup plus vite sur l’Olympique de Marseille du début des années 70, parce que sa domination fut exclusivement nationale, même si l’ équipe comptait dans ses rangs quelques très grands joueurs, comme les Français Carnus, Bosquier, Novi, Gress, Bonnel ou Loubet, tous internationaux, et surtout le Suédois Magnusson et plus encore le Zlatan de l’époque, le Yougoslave Croate Skoblar, qui est le recordman des buteurs de l’histoire de la Ligue 1 (ça s’appelait à ce moment la Division 1) avec 44 buts ! Hélas pour cet OM, il affronta en 1971 dès les huitièmes de finale de la Coupe d’Europe le grand Ajax d’Amsterdam de Cruyff, Keizer, Haan et Neeskens, quasiment imbattable à l’époque. L’année suivante, ce même OM fut éliminé dès les seizièmes de finale par la Juventus de Turin de Zoff (gardien), Capello, Bettega, Anastasi et Altafini, qui ne s’inclina qu’en finale face à l’Ajax. Là aussi, les pourfendeurs imbéciles du PSG de nos jours devraient réviser un peu leurs classiques, et cesser leurs stupides jugements péremptoires sur la valeur de l’équipe parisienne depuis 2013 sous le prétexte que sa carrière s’arrête aux quarts de finale de la Ligue des Champions, en rappelant que la chance au tirage aide parfois à réussir un magnifique parcours, en évitant par exemple de rencontrer le futur lauréat. Pour revenir à l’OM de Leclerc du début de la décennie 70, ils avaient largement les moyens d’atteindre les quarts ou même les demi-finales s’ils avaient rencontré des adversaires comme les Hongrois de Ujpest ou les Slovaques de Trnava, de même que le PSG aurait pu l’an passé réaliser le même parcours que la Juventus…avec le même tirage (Borussia Dortmund en 1/8è et Monaco en ¼ de finale).

Un peu plus tard, un autre club français allait dominer le football français et faire peur à toute l’Europe, l’AS Saint-Etienne. Voilà une histoire qui mérite d’être contée, avec cette phalange verte composée essentiellement de footballeurs formés au club tels que Janvion, Lopez, Farison Repellini, Bathenay, Synaeghel, Larqué, les frères Revelli, Sarramagna, Rocheteau et deux étrangers de grande classe, le gardien yougoslave Curkovic et l’arrière central argentin Piazza. Quelle magnifique équipe, qui, outre sa domination sur le plan national (triple champion de France en 1974-1975-1976 plus la Coupe de France en 1974-1975 et 1977), atteignit les demi-finale de la Coupe d’Europe en 1975, battue par le futur vainqueur, le Bayern Munich de Maier, Schwarzenbeck, Beckenbauer, Kappelmann, Roth, Hoeness et l’extraordinaire buteur que fut Muller, avant de s’incliner 1-0 contre ce même Bayern en finale à Glasgow en 1976, après avoir tiré sur la barre (histoire des poteaux carrés). Et comme si l’histoire n’était pas assez belle, les Stéphanois atteignirent les quarts de finale en 1977, après avoir perdu, bêtement, contre le futur champion d’Europe, le Liverpool de Clemence (gardien), Kennedy, Mac Dermott, Callghan et le meilleur joueur de l’époque, Kevin Keegan. Qui sait, peut-être qu’en se rappelant ces heures de gloires, les Verts iront très loin en Ligue Europa (C3) ce printemps?

Autre très grande équipe, sans doute la meilleure après le PSG version qatari en valeur absolue, l’Olympique de Marseille du début de la décennie 1990, dont le palmarès national s’orne d’un titre de champion de France en 1989 (doublé avec la Coupe de France), 1990, 1991 et 1992. Les Marseillais remporteront même un cinquième titre consécutif en 1993…qui leur sera retiré suite à l’affaire VA-OM de triste mémoire, épisode ô combien douloureux pour le football français. Néanmoins, l’OM de Bernard Tapie peut se flatter, hélas, d’être à ce jour le seul club français vainqueur de la C1. L’OM de 1993 est d’ailleurs doublement entré dans l’histoire des compétitions européennes, parce qu’en plus d’être le premier vainqueur français de la C1, il fut le premier à remporter la Ligue des Champions (avec deux phases de groupe mais, détail très important, un seul club qualifié par pays), celle-ci ayant pris la place de la Coupe d’Europe des clubs champions, dont l’OM fut finaliste en 1991, battu à la surprise générale aux tirs au but (0-0 et 5-3) par l’Etoile Rouge de Belgrade, club phare de l’ex-Yougoslavie, aujourd’hui la Serbie. Cette équipe de 1991 était peut-être supérieure à celle qui devint championne d’Europe en 1993, car elle avait dans ses rangs un buteur de très haut niveau, Jean-Pierre Papin, Ballon d’Or 1991. Elle aurait déjà dû aller en finale en 1990, éliminé injustement par Benfica, les Portugais n’ayant dû leur salut qu’à une grossière erreur d’arbitrage (but marqué de la main par Vata) dans les dernières minutes de la partie. Encore une fois, on notera que la chance n’était pas du côté des Marseillais, preuve que Di Maria (vainqueur de la C1 avec le Real en 2014) a bien raison quand il affirme qu’il faut un minimum de chance pour gagner une épreuve telle que la Ligue des Champions !

Un dernier mot enfin, pour cette première partie en notant que l’on a tort de comparer le PSG de nos jours avec ses Aurier, Thiago Silva, David Luiz, Maxwell, Marquinhos, Verrati, Motta, Matuidi, Pastore, Ibrahimovic, Cavani, Lucas ou Di Maria, avec l’Olympique Lyonnais des années 2000 dont je parlerai dans la deuxième partie de cet article. Pourquoi dis-je cela ? Parce que si l’on doit faire la comparaison, à part pour faire vendre du papier ou des clics sur les sites web, elle doit être faite avec l’OM de 1990 à 1993 ou avec le Stade de Reims des années 1950, ces équipes ayant un effectif qui tenait la route face à l’armada parisienne d’aujourd’hui. Ayant déjà évoqué le Stade de Reims, je vais quand même citer les noms des Marseillais de ces années bénies, à savoir les gardiens Olmeta et Barthez, les arrières Mozer, Casoni, Boli, Amoros, puis en 1993 Angloma, Desailly et Di Meco, les milieux Germain, Stojkovic et en 1993 Sauzée, Eydellie et Deschamps, et les attaquants en 1991 Wadell, Papin et Abedi Pelé, puis Boksic et Voller en 1993. Reconnaissons que c’était quand même du très haut niveau, même si les individualités de classe mondiale du PSG 2014-2015 ou 2016 sont plus nombreuses.

Michel Escatafal


France-Brésil, une union presque fusionnelle dans le sport

senna

thiago silvaEntre la France et le Brésil il y a une union presque fusionnelle en sport. Les deux pays ont souvent été confrontés, notamment dans deux sports hyper médiatisés, le football et la Formule 1. Il se trouve que la France et le Brésil sont deux nations parmi les plus fortes du football. Le Brésil a remporté 5 fois la Coupe du Monde, la première en 1958 en battant en demi-finale l’Equipe de France emmenée par Kopa, mais aussi Fontaine, Piantoni, Vincent, Kaelbel et Jonquet. C’est d’ailleurs lui qui fut le véritable héros (malheureux) de cette fameuse demi-finale qui opposait les deux meilleures équipes de la compétition.

En effet, et cela on l’oublie très souvent, au moment de la blessure de Jonquet son arrière central, victime d’un choc avec Vava l’avant-centre brésilien, le score était de 1 à 1. Cela voulait dire que rien n’était fait, et la manière dont Fontaine avait marqué son but à Gilmar, le gardien brésilien, laissait penser que les Français auraient pu en marquer d’autres si elle avait pu jouer à égalité de chances. N’oublions pas qu’à l’époque, il n’y avait pas de remplacement possible, ce qui signifie que la France a joué à 10 pendant une heure. Imaginons que ce soit l’inverse qui se soit produit et que dans le choc, ce soit Vava qui ait été blessé. On peut penser que les Brésiliens auraient été beaucoup moins dangereux, et que les Français déjà très forts en attaque auraient eu encore plus de facilité pour défier la défense brésilienne. La France aurait sans doute gagné la Coupe du Monde…même si cette affirmation repose sur des si. D’ailleurs si la Hongrie n’avait pas été envahie par les troupes soviétiques en 1956, provoquant l’exil de ses meilleurs attaquants, c’est elle qui aurait gagné la Coupe du Monde en Suède en 1958.

Fermons la parenthèse et revenons à notre sujet pour noter que depuis cette époque, il y a eu de nombreux France-Brésil et la France l’a parfois emporté. Par exemple lors de la Coupe du Monde 1986, que nous aurions pu et dû gagner si Platini avait été en forme, la France avait éliminé le Brésil aux tirs au but. Qui ne se souvient, parmi les plus de 40 ans, du dernier tir de Luis Fernandez prenant à contre-pied le gardien brésilien, et propulsant la France en demi-finale où elle se fera éliminer par l’Allemagne, pourtant beaucoup moins forte. Parions que si la France n’avait pas joué sa prolongation contre le Brésil, elle l’eut emporté.

Bien entendu, nous ne pouvons pas éviter de parler de cette fameuse finale du Stade de France en 1998, où les Français l’emportèrent (3 à 0) avec deux buts de la tête de Zidane. Cette victoire qui fit chavirer tout un peuple dans le bonheur, fut un des deux plus grands succès d’une équipe bâtie par Aimé Jacquet à partir de 1996. Il est même permis de dire que l’équipe qui remporta deux ans plus tard le championnat d’Europe des Nations (en 2000) fut peut-être, au même titre que la Hongrie des années 50 ou le Brésil de 1970, la plus grande équipe de tous les temps.

Il faut noter enfin qu’en 2006, c’est encore une fois l’équipe de France, emmenée par un Zidane des grands jours qui élimina le Brésil de la Coupe du Monde en ¼ de finale, alors que les Sud-américains étaient comme d’habitude les grands favoris de l’épreuve. Au total, si nous regardons bien, il y a bien longtemps que le Brésil ne bat plus la France en compétition officielle. J’ai bien écrit en compétition officielle, puisque les Brésiliens ont battu l’équipe de France 1-0 en 2011 et 3-0 en 2013, lors de matches amicaux. Cela dit, même si l’écart s’est resserré ces dernières années entre les deux nations, les joueurs brésiliens demeurent très prisés des recruteurs européens et français. Parmi ceux-ci on citera les anciens Marseillais Paolo Cesar et Jairzinho, ce dernier étant considéré dans les années 70 comme un des tous meilleurs attaquants du monde, mais aussi Carlos Mozer qui appartenait à la grande équipe de 1991 (finaliste de la C1), les anciens parisiens des années 90 Rai, Ricardo, Valdo, Leonardo, plus Ronaldinho (2001 à 2003), qui fut Ballon d’Or en 2005, ou encore les Lyonnais, dans les années 2000, Anderson, Cris et Juninho. Enfin, depuis l’avènement du Paris Saint-Germain parmi les grands clubs de la planète, le Brésil nous a donné quelques uns de ses plus beaux joyaux actuels, lesquels sont de nos jours défenseurs pour la plupart. N’oublions que la ligne de défense du PSG qui vient d’éliminer Chelsea de la Ligue des Champions était composée de quatre défenseurs de la Seleçao, à savoir Thiago Silva, David Luiz, Marquinhos et Maxwell. A cette constellation on ajoutera Lucas, ailier virevoltant, sans doute un des plus grands espoirs du football mondial, qui fait penser à Garrincha par sa vitesse et ses dribbles déroutants, la finition en moins.

Et en formule 1, est-ce que la France a souvent battu le Brésil ? En fait les seuls vrais duels entre Français et Brésiliens se résument surtout à ceux ayant opposé Prost à Senna entre 1988 et 1990, c’est-à-dire avec des machines identiques ou très proches. Il y a bien eu des duels entre Prost et Piquet au début des années 1980, mais quelle que soit la qualité du pilote brésilien, il se situait un ton en dessous d’Alain Prost, même s’il fut quand même triple champion du monde. D’ailleurs quand il eut à affronter Mansell chez Williams, puis ensuite Schumacher, il eut beaucoup de difficultés. Or Mansell chez Ferrari avec Prost n’exista pas, le Français se montrant nettement supérieur.

D’ailleurs aucun équipier ne résista à Prost durant sa carrière sauf un : Ayrton Senna. Là ce fut un duel atteignant des sommets extraordinaires entre deux des 5 ou 6 plus grands champions de tous les temps. Résultat ? Senna prit nettement le dessus en qualifications, preuve si besoin en était qu’il fut sans doute le pilote le plus rapide qui ait jamais existé (avec peut-être Jim Clark dans les années 60), mais en course en revanche de domination franche il n’y eut pas. Prost était en effet très rapide sur la durée d’une course, et l’écart avec Senna diminuait au fil des tours, sauf si la piste était mouillée. En tout cas, entre 1988 et 1990, Prost fut champion en 1989, Senna en 1988 et 1990, et chaque fois avec un écart de points très minime. Depuis cette époque bénie pour la Formule 1, en nette perte d’audience, nous n’avons jamais retrouvé de duels de cette intensité et de ce niveau, n’en déplaise à ceux qui, ignorant l’histoire, ont trouvé beaucoup de vertus au duel de l’an passé entre Hamilton et Rosberg.

Michel Escatafal


Parker et Diaw, ces merveilleux ambassadeurs du sport français!!!

parker et diawEn pleine Coupe du Monde de football il faut un certain courage pour parler d’autre chose que football, mais c’est cela l’avantage d’avoir un site puisqu’on peut y écrire ce que l’on veut. Je vais toutefois dire deux mots de cette Equipe de France de football qui réalise un début de Coupe du Monde ébouriffant. Pour les plus anciens, cela leur rappelle le début de la Coupe du Monde en Suède (1958) avec beaucoup de buts marqués sous l’impulsion du duo Kopa-Fontaine. Certes nous n’avons pas dans cette équipe un pareil duo, mais notre équipe nationale dispose d’un collectif comme elle en a rarement eu, au point que le sélectionneur suisse et ancien entraîneur du Bayern, Hitzfeld, estime que la France est « l’une des équipes qui peuvent aller très loin dans ce tournoi », les Français étant pour lui « supérieurs à des équipes comme l’Angleterre et l’Italie ».

Il aurait pu ajouter qu’en fait notre équipe a été supérieure à toutes les autres à ce jour, sauf peut-être l’Allemagne, ce que confirme David Trezeguet en affirmant que « la France a été l’équipe la plus forte » jusque-là. On notera au passage que Benzema aurait pu être l’incontestable héros de la soirée s’il avait converti le pénalty accordé par l’arbitre en première mi-temps, et si ce même arbitre avait validé son but inscrit à la dernière seconde du match. Cela me fait penser au but refusé à Cisowski en 1956 contre la grande Hongrie de Puskas, Kocsis et Csibor, l’arbitre ayant sifflé la fin du match au moment où le ballon allait franchir la ligne de but. Dommage au passage qu’il n’y ait pas eu la Goal-Line Technology, parce que certains témoins pensaient que le but était valable ! Voilà pour la partie football, à la fois très actuelle et historique.

Et pour bien montrer qu’il n’y a pas que le football, je vais aussi écrire quelques mots sur le vélo, la saison de cyclisme battant son plein à l’approche du Tour de France. Un Tour de France où cette année on pourrait peut-être avoir un scénario très différent de celui de l’an passé, tant Alberto Contador semble avoir retrouvé de sa superbe. Le Pistolero est de retour, et c’est tant mieux pour le spectacle ! Cela dit, outre cette confirmation, il y a quand même eu les problèmes d’allergie de Froome qui ont fait couler beaucoup d’encre, parce que ce problème de santé au Tour de Romandie (qu’il a gagné) a été réglé avec diligence grâce à une Autorisation à usage thérapeutique (AUT) délivrée avec l’aval de l’UCI, et par la suite de l’AMA, sans que les règles écrites par l’UCI aient été vraiment respectées. C’est du moins ce que j’ai cru lire un peu partout.

Et cela me gêne énormément, parce qu’un coureur comme Franck Bouyer a été interdit de course pendant plus de deux ans, faute d’obtenir une AUT pour traiter la narcolepsie dont il souffre, le traitement figurant sur la liste des produits interdits. Comprenne qui pourra ! Je pourrais dire la même chose du contrôle positif de Contador pendant le Tour de France 2010, où l’on avait découvert une quantité infime de clembutérol dans ses urines le second jour de repos, tellement infime que les coureurs ou sportifs assurant avoir mangé de la viande contaminée après cet incident ont été blanchis. Contador lui a été suspendu deux ans suite à la demande de l’UCI et de l’AMA, et privé (sur les tablettes de l’UCI) de ses victoires notamment au Giro 2011, malgré aucun contrôle positif dans l’épreuve, et au Tour de France 2010. Comprenne qui pourra, là aussi ! Cela étant, pour les aficionados du vélo, Contador a remporté sept grands tours dont les deux épreuves que l’UCI et l’AMA lui ont retirés, alors que Riis, par exemple, a conservé le bénéfice de sa victoire dans le Tour de France 1996…malgré ses aveux de dopage. Comprenne qui pourra !

Comprenne qui pourra aussi, que les médias et ceux qui disent aimer le sport de compétition dans notre pays ne considèrent pas Tony Parker comme le sportif français numéro un. Que faut-il de plus pour admettre que ce qu’a fait Tony Parker, depuis bientôt 15 ans, est tout simplement extraordinaire? Et en plus c’est un fanatique du maillot bleu frappé du coq, allant même jusqu’à payer pour jouer dans notre équipe nationale. Qui peut en dire autant à part deux ou trois basketteurs comme Nicolas Batum ou Boris Diaw, ce dernier étant le complice de TP depuis 1998 ? Ce n’est pas la peine de donner la réponse, tellement nous la connaissons, sauf évidemment pour des sports peu ou pas du tout médiatisés, donc pour des champions totalement inconnus. Au passage, j’en profite pour souligner le remarquable état d’esprit de nos basketteurs vedettes, parce que même s’ils gagnent beaucoup d’argent rien ne les oblige à porter le maillot de l’Equipe de France, surtout au sortir d’une saison harassante dans un des championnats les plus importants du monde, tous sports collectifs confondus, plus particulièrement si leur franchise NBA est allée loin dans la course aux playoffs.

Tout cela pour dire que j’ai regardé les finales NBA, et que je me suis régalé, même si je ne connais pas ce sport sur le plan technique. J’ai notamment regardé les tous derniers matches sur beIN Sport en différé, parce que Parker et Diaw figuraient dans l’équipe, qui plus est en étant titulaires. A ce propos j’en profite pour écrire que, parmi la douzaine de Français en NBA, il y en a quatre ( Parker, Diaw, Noah, Batum) qui ont un temps de jeu important et sont de vrais stars, et un cinquième, Fournier, qui commence à se faire une place de choix dans son équipe (Nuggets de Dever). Pas mal pour un sport qui, en France, fait figure de parent pauvre dans les médias ! En tout cas, quelle magnifique Equipe de France si ces joueurs décident de jouer le prochain championnat d’Europe, peut-être en France, et ensuite les Jeux Olympiques à Rio de Janeiro ! Cependant il faut déjà savoir si Noah consentira à porter de nouveau le maillot bleu, comme en 2011, ce qui n’est pas sûr du tout, le fils de Yannick étant loin de faire de l’Equipe de France une priorité. Comme disent certains : « Plus américain que lui, tu meurs » ! Heureusement que les quatre autres ne sont pas comme lui, Parker, Diaw et Batum ayant été de toutes les dernières batailles de notre équipe nationale, laquelle, rappelons-le, sera en lice pour une médaille à Rio en 2016, au complet ou pas. Après tout elle a bien remporté le titre européen sans Noah, et Fournier cette année a semble-t-il franchi un cap avec les Nuggets en ayant marqué à deux reprises plus de 25 points…ce qui ne nous empêche pas de souhaiter que Joakim Noah participe aux Jeux Olympiques dans deux ans.

Cette projection sur l’avenir me permet de faire la transition avec ce que je voulais écrire à propos de Parker et Diaw. D’abord si, comme c’est vraisemblable, la France se qualifie pour les J.O. de 2016, elle sera très forte, je le répète, avec une motivation encore exacerbée de la part de Tony Parker et Boris Diaw, pour qui ce sera sans doute la fin de leur carrière internationale. Ensuite Batum et Fournier auront deux ans de plus et donc plus d’expérience. Donc on peut imaginer, sans trop rêver, que la France 2016 égale au moins celle de 2000 avec ses Rigaudeau, Sciarra, Sonko, Foirest, Bilba, Weis ou Julian. Notre équipe, en effet, surtout avec Noah, sera meilleure sur le papier que celle de 2000, alors que rien ne dit que les Américains de 2016 seront aussi forts que ceux de 2000. N’oublions pas qu’à un peu plus de 4 minutes de la fin de la finale des J.O. en 2000, les Français n’étaient menés que de 4 points, avant de s’incliner finalement de 10 points (85-75) ! N’oublions pas aussi que les Argentins, avec Ginobili (coéquipier aux Spurs de San Antonio de Parker et Diaw), ont été champions olympiques, les Américains terminant troisièmes après avoir été battus en demi-finale par les Argentins (89-81). N’oublions pas non plus que les Espagnols, en 2012 aux J.O. de Londres, ont fait mieux que résister (100-107) aux cracks américains que sont LeBron James, Kobe Bryant, Carmelo Anthony, Chris Paul ou Kevin Durant, après avoir perdu de 11 points en 2008. Bref, l’armada française à Rio sera très forte et qui sait ?

Justement, si Parker et Diaw pouvaient être médaillés d’or aux J.O., ou au minimum médaillés, quel extraordinaire parcours pour les deux complices de l’INSEP en 1998! Eux qui ont été ensemble champions d’Europe junior en 2000, puis médaillés de bronze aux championnat d’Europe en 2005, puis médaillés d’argent à ces mêmes championnats d’Europe en 2011 et enfin champions d’Europe en 2013. A cela s’ajoutent pour Parker quatre bagues de champion NBA (2003-2005-2007-2014) et une bague pour Diaw cette année avec les Spurs de San Antonio. Fantastique carrière pour l’un, devenu huitième passeur de l’histoire des playoffs NBA devant M. Jordan et douzième scoreur devant Magic Johnson et Pippen, et magnifique pour l’autre. Et ce n’est pas fini, car ils n’ont que 32 ans ! A ce propos, je suis très heureux que Parker fasse l’impasse cette année pour le championnat du monde, car son corps a grand besoin de repos, à force d’aligner les doubles saisons NBA et Equipe de France, surtout en jouant minimum 25 à 30 mn à chaque match en NBA et un peu plus en Equipe de France. Comment a-t-il pu tenir autant de saisons avec un tel régime de stakhanoviste ! Qu’il se repose cette année, en attendant les deux grosses échéances qui l’attendent en 2015 et 2016.

En évoquant les J.O. de 2016, j’espère que ce sera lui le porte-drapeau de la délégation française, et qu’on lui offrira cet ultime témoignage de reconnaissance, témoignage qu’on lui a refusé injustement en 2012. Quel autre star de notre pays passe sa vie à crier sa fierté d’être français, capable de faire des heures d’avion pour aller encourager ses copains de l’Equipe de France, comme il a annoncé qu’il le ferait au mois de septembre prochain lors de la Coupe du Monde en Espagne ? Certes en écrivant ces lignes je sais bien que je suis à contre-courant de tout ce qui s’écrit en ce moment sur le sport, puisqu’il n’y a que le football qui compte dans notre pays, mais je trouve injuste qu’on ne parle pas suffisamment des exploits de nos basketteurs, comme j’avais trouvé injuste que personne ou presque ne s’intéresse à la victoire d’Amélie Mauresmo à Wimbledon en 2006…en pleine Coupe du Monde de football, où la France fut finaliste contre l’Italie, Zidane terminant sa carrière sur un coup de tête aussi inutile que dévastateur pour l’équipe dont il était le capitaine et la figure emblématique. Ah ce « coup de boule » ! Combien de fois l’a-t-on passé et repassé sur les chaînes de télévision ? Triste constat des aberrations de notre système médiatique ! J’arrête là mon propos, car certains de mes lecteurs vont trouver que l’âge me rend aigri, ce qui n’est pas vrai. Cela dit, personne ne m’empêchera d’affirmer que Tony Parker et Boris Diaw sont les deux sportifs français qui méritent le plus d’être cités en exemple aux yeux de la jeunesse de notre pays, pour l’ensemble de l’œuvre qu’ils accomplissent depuis 2002. Et en plus, ils ont trouvé un successeur en la personne de Nicolas Batum !

Michel Escatafal


C’était il y a bientôt 56 ans…et il n’en reste plus beaucoup

Brésil 1958Alors que tout le monde en France et en Europe ne parle que du tirage au sort de la Ligue des Champions, et plus particulièrement chez nous de celui du Paris Saint-Germain qui sera opposé à Chelsea, tirage a priori très difficile pour le club parisien, alors aussi que l’on vient d’apprendre le décès, à l’âge de 100 ans, de l’ancien gardien de but René Llense, doyen des joueurs internationaux français, qui a participé aux Coupes du mondes 1934 et 1938, je voudrais évoquer aujourd’hui l’équipe nationale du Brésil 1958, une des quatre ou cinq plus fortes de l’histoire du football, qui vient de voir disparaître son capitaine lors de la Coupe du monde 1958, Bellini. Evidemment, pour nombre d’internautes dont l’histoire commence à l’an 2000, cette équipe ne présente plus guère d’intérêt, mais dans cette équipe il y avait quand même des joueurs qui s’appellent ou s’appelaient Pelé, que tout le monde ou presque considère comme le meilleur footballeur de tous les temps, mais aussi Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Bellini, Orlando, Zito, Didi, Garrincha, Vava, Zagalo, sans oublier De Sordi, Altafini, Mauro, Zozimo et Pepe. Que des noms de joueurs qui étaient tous les meilleurs ou parmi les meilleurs à leur poste. Bref, une constellation d’étoiles qui valait bien celle de l’équipe d’Espagne 2008-2010, qui fait référence de nos jours. En fait, pour nombre d’amateurs de football, il n’y a guère que la Hongrie de période 1952-1956 ou le Brésil 1970, qui puisse soutenir réellement la comparaison avec les champions du monde 1958.

Si j’évoque cette équipe aujourd’hui, c’est parce que la « grande faucheuse », comme on disait à l’époque du Moyen Âge ou de la Renaissance, continue son œuvre macabre et envoie au paradis des footballeurs les derniers rescapés de cette formation qui avait enfin délivré tout un peuple, surtout après la terrible déconvenue du Maracana contre l’Uruguay en 1950. Elle aurait pu attendre quand même un peu plus longtemps, car trois d’entre eux étaient décédés entre les mois de juillet et août dernier, à savoir Djalma Santos (23 juillet), De Sordi (24 août) et Gilmar (25 aout). Elle avait d’ailleurs opéré de la même manière en 2002, avec les décès de Mauro, Vava et Dida. Au total, ils ne sont plus que sept encore en vie (Zito, Pepe, Zagallo, Pelé, Dino Santi, Moacir et Altafini qui était surnommé à l’époque Mazzola (en souvenir de Valentino Mazzola, père de Sandro, super joueur décédé en 1949 dans un accident d’avion à Superga avec l’équipe du Torino), ce qui signifie que quinze footballeurs sur les vingt-deux qui ont remporté la Coupe du Monde 1958 ont disparu, dont huit qui ont disputé la finale le 29 juin 1958 à Stockholm contre l’équipe de Suède qui, elle, compte cinq rescapés parmi ceux qui disputèrent cette finale (Parling, Gustavsson, Borjesson, Hamrin, Simonsson), les six autres (Svensson, Bergmark, Axbom, Liedholm, Gren et Skoglund) ayant eux aussi rejoint leur paradis.

Reprenons à présent un à un les joueurs qui nous ont quittés depuis 1958, en commençant par le gardien remplaçant Castilho, décédé en 1987. Autre remplaçant, l’arrière gauche Oreco, mort en 1985, alors que le défenseur central, Zozimo, remplaçant en 1958 mais titulaire lors de la finale en 1962, est décédé en 1977. Un autre champion du monde remplaçant en 1958, titulaire en défense centrale en 1962 en étant devenu le capitaine de l’équipe, Mauro, est mort en 2002. Un an plus tard ce sera au tour de Martins, demi remplaçant en 1958, de disparaître. Par parenthèse, ce joueur a fait partie des rares joueurs brésiliens qui s’expatriaient à l’époque en jouant au Valence FC de 1958 à 1961. Enfin, dernier remplaçant à décéder (en 2002), l’attaquant Dida (6 sélections et 4 buts), qui aurait eu sa place partout ailleurs, mais barré par meilleur que lui à l’époque, notamment un certain Garrincha.

L’évocation de ce nom, ô combien prestigieux, me permet de faire la transition toute trouvée avec les joueurs décédés qui ont le plus largement participé à remporter la Coupe du Monde en 1958, en commençant par Bellini, décédé la semaine dernière, qui était un excellent arrière central dans le système en 4-4-2 du Brésil. Ce n’était pas le meilleur joueur de cette équipe mythique, mais comme ce sera le cas pour Didier Deschamps quarante ans plus tard pour la France, il restera à jamais dans l’histoire comme le premier footballeur brésilien à avoir brandi le trophée récompensant l’équipe vainqueur d’une Coupe du Monde, mais aussi comme un de ceux qui ont largement participé à la victoire en se comportant avec calme et précision au moment où l’équipe en avait besoin. Bellini gagnera aussi la Coupe du Monde suivante au Chili, mais, en 1962, il n’était plus titulaire. Autre défenseur emblématique de cette fameuse équipe du Brésil 1958, Nilton Santos, arrière gauche de grand talent, peut-être le meilleur à son poste à l’époque, décédé le 27 novembre dernier.

Cela étant, pour ceux qui ont lu l’épopée brésilienne de 1958, il y avait deux grandes vedettes, comme on disait à l’époque, Didi le meneur de jeu et Garrincha. Ce dernier fut peut-être le meilleur ailier que le football ait connu jusqu’à son époque, voire après. Avec ses jambes torses, son dribble, toujours le même, était irrésistible. Rares, très rares furent les défenseurs à savoir le contenir, au point pour certains de devenir fous à force de voir ce diable de joueur leur échapper, malgré leur attention à surveiller le côté où il enclenchait son dribble. Il fut sélectionné à 50 reprises dans la Seleçao, marquant 12 buts dont 4 pendant la Coupe du Monde 1962, où il remplaça plus qu’avantageusement Pelé blessé, marquant 2 buts très importants contre l’Angleterre en poules éliminatoires et 2 en demi-finale contre le Chili, pays organisateur. C’était d’ailleurs un excellent buteur malgré son poste excentré, puisqu’il marqua 232 buts en 531 matches avec Botafogo, où il fit l’essentiel de sa carrière avant de se perdre dans l’alcool et les déboires conjugaux, finissant sa vie sportive complètement ruiné. Il mourra en 1983 à l’âge de 50 ans.

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site de Didi, pour souligner qu’il nous a quittés en 2001, après avoir été deux fois champion du monde pendant ses 68 sélections dans l’équipe du Brésil. En revanche je n’ai jamais évoqué le nom de De Sordi, mort le 24 août 2013. De Sordi était arrière droit et a compté 22 sélections pour la Seleçao, et son rôle ne fut pas négligeable dans la Coupe du Monde 1958. Rappelons que c’était lui l’arrière droit lors du fameux match contre la France, où il était chargé de marquer un autre grand joueur disparu quelques jours auparavant (le 13 août), Jean Vincent.

Un autre défenseur, arrière central titulaire aux côtés de Bellini pendant la Coupe du Monde en Suède, est mort en 2010. Il s’agit d’Orlando (30 sélections), qui a longtemps joué à Vasco de Gama où il a fini sa carrière, après avoir aussi opéré en Argentine (Boca Junior) de 1961 à 1965, et au F.C. Santos jusqu’en 1969. A propos de Santos, c’est le moment de parler du plus grand gardien brésilien de l’histoire de la Seleçao, Gilmar, lequel a joué pendant sept ans (1962-1969) dans ce club que Pelé a rendu célèbre, après avoir opéré aux Corinthians entre 1951 et 1961. Gilmar, qui est mort le 25 août 2013, était un très grand gardien, calme, brillant sur sa ligne, qui a maintes fois sauvé son équipe.

On n’oubliera pas que le premier à lui avoir inscrit un but dans la Coupe du Monde 1958 était…Just Fontaine, meilleur buteur de cette Coupe du monde avec l’invraisemblable total de 13 buts, sur une magistrale ouverture de Kopa. Gilmar sera tout aussi brillant lors de la Coupe du Monde 1962, participant lui aussi largement à la deuxième victoire consécutive du Brésil, comme Djalma Santos (aucun lien de parenté avec Nilton), disparu le 23 juillet dernier, remarquable arrière droit, sélectionné à 98 reprises dans l’équipe du Brésil. Enfin, parmi ces champions du monde 1958, il y a un joueur qui mérite à lui seul, surtout pour nous Français, un chapitre à part, l’avant-centre Vava, mort en 2002.

Certes ce n’est pas un des joueurs qui ont le plus porté le maillot du Brésil, car il ne compte qu’une vingtaine de sélections, ce n’était pas non plus un technicien comme les Brésiliens en découvrent des dizaines chaque année, mais c’était un redoutable buteur, puisqu’il a marqué 15 buts dans sa carrière internationale, dont 9 en Coupe du Monde (5 en 1958 et 4 en 1962). Sur bien des plans Vava aura été un joueur très particulier. En effet, cet ancien demi ou comme nous disons aujourd’hui milieu de terrain, est devenu avant-centre lors de son arrivée à Vasco de Gama. Il ne fut sélectionné la première fois qu’en 1958, juste avant la Coupe du Monde, commençant l’épreuve comme remplaçant d’Altafini avant de prendre sa place. Il sera deux fois champion du monde en 1958 et en 1962, marquant le premier but en demi-finale contre la France en 1958, puis deux buts en finale. Quatre ans plus tard, il scellera la victoire en finale contre la Tchécoslovaquie. Autre particularité, il jouera avec succès en Espagne, précisément à l’Altlético de Madrid entre 1958 et 1961.

Cela dit, pour nous Français, ce qu’on retient d’abord de Vava, c’est d’avoir blessé Robert Jonquet (décédé en 2008), notre arrière central en demi-finale de la Coupe du Monde 1958, alors que les deux équipes étaient à égalité. Que se serait-il passé si Vava n’avait pas blessé Jonquet ? Nul ne peut le dire, car contrairement à tout ce qu’on peut lire un peu partout, nos Français avaient fait jusque-là jeu égal avec les Brésiliens, et si ces derniers l’emportèrent finalement (5-2), c’était parce que notre équipe a joué à 10 la totalité de la deuxième mi-temps, le remplacement d’un joueur blessé étant interdit à cette époque. Je ne sais pas si au paradis des footballeurs Vava a retrouvé Jonquet, mais sûrement que si l’un prétend que sans cette blessure du défenseur français le sort du match n’en aurait pas été changé, l’autre répliquera que sans ce fait de jeu le nom du vainqueur aurait pu être différent. C’était il y a presque 56 ans, mais pour nombre d’amateurs de football en France nés dans l’immédiat après-guerre, la question reste posée.

Michel Escatafal


Le Stade de Reims et le FC Nantes renouent (un peu) avec leur passé

SRFCNAujourd’hui, comme beaucoup, je pourrais de nouveau évoquer ce fameux Ballon d’Or qui va enfin (ouf !) être attribué ce soir, sans doute à Cristiano Ronaldo, ce qui n’est que justice aux yeux de tous les observateurs avertis et dénués de tout chauvinisme. Cela dit, je vais plutôt parler ce matin du classement de notre Ligue 1 où, plus que jamais, le PSG et l’AS Monaco sont les favoris pour la première et la deuxième place à la fin de la saison, ce qui est normal compte tenu de l’effectif de ces deux clubs, lesquels ont permis de donner du lustre et de la visibilité à notre championnat en attirant en nombre des vedettes du football mondial (Ibrahimovic, Cavani, Thiago Silva, Thiago Motta, Falcao, James Rodriguez, Moutinho).

Mais ce classement m’interpelle aussi parce que j’observe avec beaucoup d’attention les résultats de deux clubs, le Stade de Reims et le FC Nantes, qui furent avec les deux cités précédemment auxquels il faut ajouter l’Olympique de Marseille, l’AS Saint-Etienne et l’Olympique Lyonnais, les plus prestigieux de nos clubs de football. Dans le cas du Stade de  Reims, on peut même dire que seul l’OM a un palmarès qui puisse se comparer au sien, dans la mesure où le Stade de Reims ne s’est pas contenté d’être le meilleur de France dans la décennie 50, car il avait aussi une des deux ou trois meilleures équipes d’Europe pendant cette période, juste derrière le grand Real Madrid.  N’oublions pas que le Stade de Reims c’est six titres de champion de France entre 1949 et 1962, plus deux Coupes de France, et surtout une Coupe Latine (ancêtre de la C1) et deux finales de Coupe d’Europe des clubs.

Les Rémois furent d’ailleurs les pionniers de la réussite des clubs français dans les différentes coupes européennes, réussite au demeurant peu importante en comparaison avec celle de nos voisins anglais, espagnols, italiens, allemands ou même portugais. Cela étant, dans les années 50, la France avait la chance d’avoir dans son championnat une équipe qui rivalisait avec bonheur avec les meilleures des pays qui nous entourent. La preuve, comme je l’ai écrit précédemment, le Stade de Reims remporta la Coupe Latine en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Hélas, le Stade de Reims ne réussira pas à se venger l’année suivante, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, car il fut battu par le Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. C’était d’autant plus rageant pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des deux ou trois plus grandes équipes de club de tous les temps avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Cavani et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective.

Ce fut d’ailleurs le grand drame du Stade de Reims que d’être confronté à cette constellation mythique, d’autant que les Rémois n’avaient pas pour se consoler la possibilité de se rabattre sur la Coupe de l’UEFA ou la Coupe des Coupes qui ne sont apparues respectivement qu’en 1958  (Coupe des villes de foires) et 1961. Si je dis cela c’est parce qu’ils auraient pu en gagner quelques unes dans la mesure où le Real était occupé par la C1 qu’il remporta cinq fois de suite entre 1956 et 1960. Il faut dire que le grand Stade de Reims avait de nombreux atouts qui lui permirent en 1955-56 de ne pas subir la moindre défaite jusqu’à la finale, battant au passage en quart de finale le Voros Lobogo (4-2,4-4), club hongrois qui comptait dans ses rangs plusieurs joueurs (Hidegkuti, Sandor, Sipos, Lantos) de la fameuse équipe qui enchanta le monde du football du début des années 50 jusqu’en 1956.

Parmi les grands joueurs qui composaient cette équipe rémoise, il faut citer en 1953 les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959. Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait être remplacé à partir de 1962 par le F.C. Nantes comme club phare du football français.

C’est surtout au niveau de la qualité du jeu que Nantes allait s’imposer comme le successeur de Reims sous l’impulsion d’un grand entraineur José Arribas, et avec des joueurs comme Eon (gardien), Buszinski, Le Chenadec, De Michele, Suaudeau, Simon, Blanchet, Gondet, l’Argentin Ramon Muller et Touré. Une équipe qui gagnait et qui jouait bien, au point que l’on allait parler de « jeu à la nantaise ». Cela dit, il manquait à cette belle équipe des victoires significatives dans les coupes européennes pour que nous puissions la comparer à la grande équipe rémoise.  En revanche, contrairement au Stade de Reims, grâce à un centre de formation de grande qualité, avec l’apport dans l’organigramme technique du club de joueurs comme Suaudeau et Budzinski, encadrés par Arribas, le FC Nantes va rester très longtemps une place forte du football français.

En outre les Nantais sauront aussi recruter quelques grands joueurs étrangers, comme le Polonais Gadocha qui fut une des vedettes de la Coupe du Monde 1974, mais surtout de préférence argentins comme Marcos ou Bargas, lesquels participèrent activement au titre obtenu en 1973, ce qui s’accordait totalement avec la qualité technique qui était la marque de fabrique du club. Plus tard, à la fin des années 70, avec Vincent comme entraîneur,  le F.C. Nantes « sortit » une nouvelle génération exceptionnelle qui remporta la Coupe de France en 1979 et le championnat en 1980, tout en atteignant les demi-finales de la Coupe des Coupes (éliminé par le F.C. Valence). Dans cette équipe on retrouvait de nombreux joueurs issus du centre de formation, notamment Bossis, Rio, Tusseau, Rampillon, Baronchelli, Pécout et Amisse, ainsi qu’Oscar Muller, fils de Ramon, et aussi doué que lui, tout ce joli monde encadré par les deux Trossero (Enzo et Victor) et Henri Michel,  qui sera resté en tout 16 ans dans le club(1966-1982).

Ensuite le F.C. Nantes continuera cahin-caha à alterner les bonnes années et les moyennes, avec dans ses rangs des joueurs comme Burruchaga (entre 1985 et 1991) qui fut champion du monde avec l’Argentine en 1986, avant de retrouver de nouveau une génération de jeunes joueurs qui allaient faire leur chemin sur tous les terrains d’Europe et du monde. Et pas n’importe lesquels, puisqu’ils s’appelaient Deschamps (parti en 1989), Karembeu, Desailly (parti en 1992), Makelele, mais aussi Pedros ou encore Loko et N’Doram. Ces joueurs formés sous la direction de Suaudeau et Denoueix, donc à la meilleure école, ne resteront pas très longtemps dans le club pour la plupart d’entre eux, mais le F.C. Nantes aura le temps d’empocher un nouveau titre de champion en 1995 avec deux des trois meilleurs buteurs du championnat dans ses rangs (Loko et Ouedec), et surtout d’aller en demi-finale de la Ligue des Champions en 1996, battu par la Juventus de Vialli, R. Baggio, Ferrara ou Del Piero (0-2,3-2).

Pour nombre de techniciens, l’équipe nantaise méritait d’aller en finale…parce qu’elle était sans doute la meilleure équipe européenne du moment. Elle l’aurait été encore davantage si le club n’avait pas laissé partir à l’intersaison Loko et Karembeu. Malgré tout, telle qu’elle était, avec Casagrande (gardien), Makelele, Ferri, Cauet, N’Doram, Ouedec, Gourvennec ou encore Pedros, cette équipe avait fière allure.  Hélas, jamais le F.C. Nantes n’allait retrouver une telle équipe, même si avec une équipe de jeunes joueurs comme Landreau, Monterrubio, Da Rocha, Carrière, Stéphane Ziani ou Vahirua, Raynald Denoueix (qui avait succédé à Suaudeau comme entraîneur) réussira des miracles en gagnant deux Coupes de France en 1999 et 2000 et le championnat 2001, avant que cette équipe ne se disloque pour son plus grand malheur, au point de se voir engluer jusqu’à l’an passé dans les affres de la Ligue 2.

Mais cette année, malgré des moyens très limités, semble être celle du redressement pour les « Canaris », lesquels sont aujourd’hui installés à la sixième place de la Ligue 1, avec 32 points, après leur victoire ce dernier week-end contre Lorient. Cela signifie qu’il ne leur manque plus que 10 points pour être certains de se maintenir, objectif affiché du club en début de saison. Au passage on soulignera que le F.C. de Nantes a appartenu sans discontinuer à la Ligue 1 (autrefois Division 1) de 1963 à 2007, avec à la clé huit titres de champions de France, auxquels il faut ajouter trois Coupes de France. Une Ligue 1 dont fait aussi partie depuis le début de la saison dernière le Stade de Reims, qui lui-même occupe cette année la septième place…à égalité de points avec le FC Nantes. Quelle magnifique coïncidence ! Et pour couronner le tout, ce Stade de Reims en plein renouveau enchante souvent les spectateurs du Stade Auguste Delaune par la qualité du football pratiqué, même si hier soir les Champenois ont fait subir au LOSC une défaite qui rappelle celle que les Lillois ont infligé à nombre de leurs adversaires depuis le début de la saison, en jouant de manière très défensive. Alors, jusqu’où iront dans l’avenir le Stade de Reims et le FC Nantes ? Nul ne peut le dire, sauf à considérer qu’il ne faut pas trop rêver quand même : jamais sans doute les Rémois et les Nantais ne reviendront avoir une équipe comme celles qu’ils avaient respectivement dans les années cinquante et les années 90.

Michel Escatafal


Du mercato à l’Allianz Riviera en passant par l’histoire de l’OGC Nice…

Stade du RayOuf, nous allons être tranquilles pour trois mois en attendant le prochain mercato de football! Que retenir de celui qui vient de se terminer ? Le transfert record de Bale (plus ou moins 100 millions d’euros) au Real Madrid, en partie compensé par le départ d’Ozil (Arsenal pour à peu près 50 millions), le meneur de jeu allemand…ce qui ne réjouit guère nombre d’aficionados madrilènes, peu convaincus par le fait que Bale soit, théoriquement, deux fois meilleur qu’Ozil. Un dernier mot enfin, le Paris SG est en train de devenir un grand club : la preuve, le club parisien malgré tous ses moyens, à coup sûr plus importants que ceux du Real, s’est « contenté » de son recrutement de juillet, ce qui est une bonne chose.

Il faudra simplement que ses supporters grandissent, et ne tirent pas constamment sur Laurent Blanc, dont on rappellera que, pour le moment, il fait mieux que Carlo Ancelotti en termes de points, en attendant de démontrer qu’il peut faire beaucoup mieux en ce qui concerne la manière de jouer. En ne tirant pas non plus sur Pastore, voué pour le moment au destin de Didi au Real à l’époque de Di Stefano, Kopa et Puskas. Comme quoi, même avec un talent extraordinaire on peut avoir du mal à faire l’unanimité ! C’est le football, et comme dit le musicien et compositeur espagnol Luis Eduardo Aute : « un monde sans football serait terrible. Je ne peux l’imaginer ! »

Et puisqu’on parle de talent, une question me vient à l’esprit : Ribéry est-il oui ou non un joueur capable d’être au niveau des plus de l’histoire ? N’ayant joué au football que dans les cours de récréation ou dans une équipe de lycée, j’avoue que je ne saurais répondre par moi-même à cette question. Cela dit, ayant la possibilité de regarder la télévision, et ayant de la mémoire, je n’arrive pas à imaginer Ribéry au niveau de Messi ou de Ronaldo, pour ne parler que des attaquants contemporains. Certes il ne joue pas tout à fait au Bayern le même rôle que les deux autres dans leur équipe respective, mais il me semble que Ribéry est loin d’avoir la même influence dans le collectif du Bayern que Messi dans celui du Barça ou C. Ronaldo dans celui du Real.

En fait, en évoquant le mot collectif, c’est surtout le collectif du Bayern de Munich qui sert Ribéry et, pour ceux qui n’en seraient pas convaincus, il suffit de voir ses statistiques et même le poids de son influence en Equipe de France (12 buts en 74 sélections). On me fera remarquer que Messi comme Ronaldo sont loin d’avoir le même rayonnement  en équipe nationale que dans leur club respectif, mais il est quand même supérieur à celui de Ribéry, même si ce dernier est un grand joueur, le meilleur français en tout cas. Cela étant s’il décroche le Ballon d’Or 2013, ce qui est vraisemblable après avoir été élu joueur européen de l’année, il fera partie des lauréats comme le furent Belanov, Simonssen, Papin ou Sammer plutôt que comme l’ont été les trois autres Français à l’avoir, Kopa, Platini et Zidane ou comme aurait dû l’être Thierry Henry, battu par Nedved en 2003.

Autre réflexion qui me vient à l’esprit, la capacité des clubs français à évoluer au niveau européen. Tous les joueurs, y compris les meilleurs, qui opèrent en France, affirment que notre championnat est très difficile. Carlo Ancelotti, dont l’expérience n’est plus à démontrer, s’en est aussi rendu compte, comme en témoigne son échec lors de sa première année au PSG, où le club francilien, malgré un effectif infiniment supérieur quantitativement et qualitativement, a dû s’incliner contre la modeste équipe de Montpellier. Et l’an passé, l’OM a menacé jusqu’au bout les Parisiens, la différence ne se faisant que dans les tous derniers matches. Et pourtant nos clubs sont inexistants dans le concert européen, sauf le PSG la saison dernière.

Cependant en termes de budget, malgré les récriminations des présidents de certains clubs, nos équipes françaises ne sont pas plus mal loties que dans nombre de pays, à commencer par le Portugal qui devance largement la France à l’indice UEFA, sans parler du Danemark ou Chypre aux moyens infiniment moindres. Si j’écris cela c’est parce qu’un club danois (Ejsberg) et un autre qui est chypriote (Apollon Limassol) ont éliminé l’AS Saint-Etienne (actuel troisième de Ligue1) et l’OGC Nice du tour préliminaire de la Ligue Europa, tout comme l’OM battu l’an passé par un autre club chypriote, l’AEL Limassol, en Ligue Europa (3-0 au match retour). Ahurissant !

En revanche les clubs des grands championnats ont tous, ou presque, réussi à se qualifier pour la suite de cette Ligue Europa, ce qui n’améliorera pas notre classement européen, lequel détermine le nombre de clubs engagés directement dans les compétitions européennes. Et, malgré son « recrutement malin », on ne se fait guère d’illusions sur le sort de l’Olympique de Marseille dans sa poule de Ligue des Champions, avec comme opposants le Borussia Dortmund, Arsenal et Naples. Rien que du lourd, du trop lourd sans doute, comme on a pu le voir dimanche soir, où l’OM a été battu par le nouvel ogre de notre championnat, l’AS Monaco, seule équipe à pouvoir rivaliser avec le PSG cette année. Un PSG qui en revanche a bénéficié d’un tirage beaucoup plus clément avec l’Olympiakos, Benfica et Anderlecht, ces deux derniers clubs ayant un présent très inférieur à leur passé.

Enfin pour terminer ce petit tour d’horizon, je vais évoquer la fin d’un stade qui a servi de terrain de jeux à un des dix meilleurs clubs de l’histoire du football français, l’Olympique Gymnase Club de Nice. Ce club en effet a été quatre fois champion de France en 1951, 1952, 1956 et 1959, et trois fois vainqueur de la Coupe en 1952 (doublé), 1954 et 1997. Mais l’OGC Nice a été aussi trois fois deuxième du championnat en 1968, 1973 et 1976, deux ans avant d’aller en finale de la Coupe de France, battu par l’AS Nancy de Michel Platini, sorte de chant du cygne du club de la Côte d’Azur. Certes les Niçois remportèrent par la suite la Coupe de France, en 1997, et furent finalistes de la Coupe de la Ligue en 2006, mais il s’agit surtout dans ces deux derniers cas de performances sans lendemain. Sur le plan européen, là aussi il faut remonter aux années 50 pour trouver trace de performances significatives, avec deux quarts de finale en 1957 et 1960, et une finale de Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) où les Niçois furent battus par le F.C. Barcelone (1952).

Evidemment comme on peut le constater à travers cette énumération de titres, l’essentiel de la gloire niçoise se situa dans la décennie 50, où l’OGC Nice fut le seul club à pouvoir rivaliser avec le grand Stade de Reims de Kopa, Fontaine, Piantoni, Vincent, Penverne et Jonquet. Ces Niçois s’appelaient en 1952, l’année de leur doublé, Domingo leur excellent gardien, Firoud, Poitevin, l’Argentin Gonzales, Belver, le Luxembourgeois Nuremberg, un autre Argentin, Carniglia, qui deviendra entraîneur du grand Real (1957 à 1959), Coutreux, Cesari, Ben Tifour, sans oublier Antoine Bonifaci, seul joueur français avec Kopa à s’expatrier dans la décennie 50, lui aussi avec succès (champion d’Italie en 1954 avec l’Inter de Milan). Mais l’équipe de 1954 n’était pas mal non plus avec le renfort de joueurs comme Mahjoub, Just Fontaine et le surdoué ex-Hongrois Joseph Ujlaki, lequel aura eu la malchance d’arriver à son sommet au même moment que Raymond Kopa.

Cela dit, l’équipe qui remporta son dernier titre en 1959 était aussi remarquable tant par son jeu que par ses individualités, avec Lamia dans les buts, les arrières Gonzales et Chorda, les demis Cornu et Milazzo, et devant Foix, Barrou, Alba, l’inusable Nuremberg et le meneur de jeu argentin de grande classe Alberto Muro. Quelle équipe là aussi ! Elle arrivera jusqu’en quart de finale de la Coupe d’Europe, éliminée seulement par le Real Madrid de Di Stefano et Puskas, après avoir battu ce même Real au stade du Ray lors du match aller (3-2).

La deuxième belle période de l’OGC Nice aura lieu dans les années 70, mais à un niveau nettement inférieur. Et pourtant il y avait du beau monde dans l’équipe de 1978, battu en finale de la Coupe, avec Baratelli dans les buts, mais aussi les arrières Zambelli, Katalinski l’international yougoslave bosniaque, les milieux Guillou et Jouve, ou les attaquants Toko, Huck et Bjekovic, autre international yougoslave (serbe), qui était un excellent buteur (85 buts en 143 matches avec l’OGCN). Evidemment l’équipe qui remporta la Coupe de France en 1997, face à Guingamp, n’avait rien à voir avec celle de 1978 et encore moins avec celles des années 50. Qui se rappelle de Valencony le gardien, des arrières Savini, Salimi, Tatarian et Gomis, des milieux Fugen, De Neef, Gioria, Onorati ou des attaquants Chaouch et Kubica ? Peu de monde en dehors peut-être des supporters niçois. En tout cas, une finale entre cet OGC Nice et l’En Avant Guingamp, montre à quel point la Coupe de France peut réserver des surprises, surtout quand on pense que cette année-là il y avait parmi les huit quart de finalistes deux clubs de National (Créteil et Clermont Foot), et deux clubs de deuxième division (Laval et Troyes), comme on disait à l’époque.

Fermons la parenthèse pour dire que le stade du Ray était vraiment indigne de nos jours d’une ville comme Nice avec sa vétusté et ses 18 ou 19.000 places. Il sera remplacé à partir de ce mois par une enceinte très moderne de 35.000 places (l’Allianz Riviera), en espérant que l’équipe de l’OGC Nice se maintienne en Ligue 1, et redevienne une des meilleures de notre championnat. Combien d’équipes ont vu refaire leur stade depuis une vingtaine d’années et ont sombré par la suite ? Le RC de Lens est en Ligue 2, le FC Nantes vient tout juste de remonter en Ligue 1 après un long purgatoire en Ligue 2, le RC Strasbourg est en National, Le Mans FC vient d’être relégué en Divion d’Honneur avec son stade flambant neuf de 25.000 places, tout comme le Grenoble Foot 38 avec son beau stade des Alpes de 20.000 places. Cela dit, il y a au moins des gens qui sont heureux de pouvoir disposer de pareilles enceintes : les rugbymen. Ceux du F.C. Grenoble, club en plein renouveau depuis son accession en Top 14, et à un degré moindre le RC Toulon qui va jouer ses matches de gala à l’Allianz Riviera de Nice. Et avec le RCT, champion d’Europe, des matches de gala il y en aura fatalement lors de la venue du Stade Toulousain, de Clermont-Auvergne ou encore du Racing Métro, sans oublier les matches de H Cup.

Michel Escatafal