Quelques considérations sur le sport en ce début d’année 2013…

C’est demain mardi que les organisateurs du Tour d’Italie, ou si l’on préfère du Giro, vont donner le nom des équipes invitées à leur épreuve…et il y aura nécessairement des déçus, dans la mesure où trois équipes seront élues pour onze candidatures. En outre, il y aussi le problème Katusha, l’équipe de Rodriguez, dont personne ne sait si elle sera oui ou non admise dans le World Tour, ce qui promet par parenthèse une belle pagaille si le Tribunal Arbitral du Sport (le fameux TAS) donne raison à l’équipe russe. Qui vont-ils remettre en Continental parmi les équipes actuellement désignées, puisqu’il est dit qu’on n’augmentera pas le nombre d’équipes ayant le label World Tour…ce qui serait trop simple ? En effet, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? On le voit, si cela continue, et j’en suis le premier à être attristé compte tenu de ma passion pour ce sport, le vélo commence à se rapprocher de la boxe en termes de gestion de ses épreuves et de désordre organisationnel. En fait il ne manque plus que l’organisation d’une fédération dissidente, et l’on sera tout près de revoir dans le cyclisme l’évolution de la boxe depuis les années 60. Espérons quand même que l’on n’en arrivera pas à ces extrémités, car si la boxe survit plus ou moins, je ne suis pas certain que le vélo y parviendrait.

Certains vont me trouver bien pessimiste en cette douce journée de janvier, mais le vélo est un sport qui est passé maître dans l’art de tout compliquer….au nom de l’éthique, alors que c’est le sport le plus contrôlé. Certes les contrôles existent partout, comme l’a rappelé hier le pilote de F1 Romain Grosjean sur le plateau de France 2, mais le vélo est sans doute le seul sport qui anticipe à ce point les éventuelles fraudes, comme on a pu le voir sur cette même chaîne avec la recherche de l’AICAR, un produit aujourd’hui indétectable dont on parle de plus en plus, parce qu’il permet de perdre du poids tout en augmentant la performance des utilisateurs. Et bien entendu on a surtout évoqué les coureurs cyclistes avec des images de coureurs en peloton, comme si ces derniers étaient les seuls utilisateurs potentiels de cette nouvelle « potion magique ». Cela dit, grâce au vélo, cette médication, ô combien dangereuse si l’on en croit les spécialistes, devrait être identifiée par les laboratoires dans les mois qui viennent, ce qui pourrait de nouveau chambouler les palmarès. Les palmarès du cyclisme bien sûr, puisque ce sport n’hésite pas à destituer les coureurs de leurs titres, y compris d’ailleurs quand le dopage n’est pas réellement prouvé, quitte à voir un tribunal redonner ce titre à un coureur quelques années après qu’il ait été attribué à un autre (cas Heras).

Reconnaissons que tout cela fait désordre, ce qui explique la nostalgie de ceux qui ont connu le vélo (sur route et sur piste) dans les années 50 ou 60, avec ses excès, ses abus, mais aussi ses règles infiniment plus simples que de nos jours. Aurait-on imaginé interdire de Tour de  France un Coppi, un Bartali, un Magni, un Gaul, un Bahamontes,  s’ils avaient désiré y participer ? Idem pour le Giro et la Vuelta avec les meilleurs Français, Suisses ou Belges, alors qu’aujourd’hui Contador, Valverde, Rodriguez, Menchov ou un autre, pourraient très bien se voir refuser la possibilité de participer aux plus grandes épreuves du calendrier parce que leur équipe n’a pas assez de points UCI, ou parce qu’elle a été privée de la licence World Tour. Ainsi Rolland ou Voeckler, bien que leur équipe ne soit pas en World Tour,  sont sûrs et certains de courir le Tour de France, mais pas Rodriguez qui est, rappelons-le, le dernier numéro un au ranking UCI. Aberrant, idiot, stupide, les mots manquent devant pareille absurdité.

C’est pour cette raison que j’ai fait précédemment la comparaison avec la boxe, qui organise des championnats dits du monde, après avoir destitué le détenteur unique d’un titre mondial. Et oui, nous en sommes là…pour le plus grand plaisir des pourfendeurs du vélo, lesquels prennent de plus en plus le pas sur les vrais amoureux de ce sport. Au fait, pourquoi avoir destitué Armstrong, et pas les autres coureurs ayant avoué avoir amélioré leurs performances en prenant des produits destinés à les rendre plus forts ? Désolé, j’ai l’air de ressasser les mêmes choses, mais je ne supporte plus toute cette hypocrisie dans le vélo et ailleurs. Les performances des sportifs est-allemands dans les années 70 ou 80, mais aussi d’autres pays, étaient-elles réalisées à l’eau claire ? Personne ne le croit, et pourtant certains noms figurent toujours au palmarès des records du monde…sans que cela ne pose problème, sauf pour des athlètes qui ont réalisé des performances légèrement inférieures sans emploi de substances illégales.

Toujours parmi les sujets qui me fâchent, il y a le racisme de plus en plus présent dans et autour des stades, au point que certains joueurs n’en pouvant plus de cette horrible méchanceté, en arrivent à quitter le terrain tellement ils sont dégoûtés. En écrivant cela je pense évidemment à Kevin-Prince Boateng, joueur ghanéen de l’AC Milan, qui a pris la décision d’abandonner le match auquel il participait contre une petite équipe italienne, tellement il endurait des injures racistes. Certains Français n’hésiteront pas à dire que c’était en Italie, oubliant que chez nous aussi il y a des crétins racistes, et ils sont nombreux. D’autres affirment que c’est la faute de la FIFA qui ne prend pas des sanctions assez dures. A ce propos, il est amusant de constater combien chez nous, en France, on est pour des sanctions sévères…si celles-ci touchent les autres pays, parce que ces pays aux yeux des Français ne savent pas traiter les problèmes. Ainsi pour nombre de Français, les Espagnols, pour ne citer qu’eux, sont les champions en termes de dopage, ce qui explique la ridicule fureur de certains contre Contador, Nadal ou Alonso, alors que si ces sportifs étaient français on les adorerait. Plus généralement, pour revenir sur le problème du racisme dans le football, c’est le niveau général des supporters qu’il faut souligner et non tel ou tel discours de dirigeant, comme celui de Blatter, le président de la FIFA, qui a dit que Boateng avait eu tort de quitter le terrain.

Un dernier mot enfin, beaucoup plus rassurant, pour remarquer hier soir sur Eurosport cette effervescence aux alentours du vestiaire du Paris Saint-Germain, avec des joueurs de l’équipe d’Arras faisant en sorte de récupérer un maillot des joueurs parisiens. Au moins ceux qui s’intéressent au football en tant que jeu, comme ceux qui y jouent à un bon niveau (cas des joueurs de l’équipe d’Arras), savent reconnaître que le PSG est devenu un grand club, d’où l’engouement des adversaires des Parisiens pour garder un souvenir de ce match. Et pourtant certaines des grandes stars du club entraîné par Carlo Ancelotti n’avaient pas fait le déplacement (Ibrahimovic, Sirigu, Thiago Silva, Thiago Motta, Lucas, Menez) ! Qu’est-ce que cela aurait été si tous ces joueurs avaient été là ? Preuve que le PSG suscite la passion partout où il se déplace, n’en déplaise aux supporters imbéciles qui n’ont que l’invective à la bouche pour le premier club français de l’histoire ayant atteint une dimension économique internationale. Merci aux Qataris de nous avoir fait ce cadeau, et bravo pour le beau geste d’avoir laissé la recette aux amateurs du club d’Arras !

Michel Escatafal

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L’Inter de Milan : une riche histoire en bleu et noir

Après sa victoire au stade Vélodrome, il y a deux semaines, l’Olympique de Marseille a une bonne chance de se qualifier pour les1/4 de finales de la Ligue des Champions (une épreuve que l’OM est le seul club français à avoir remportée)  face à une équipe, l’Inter de Milan, classée actuellement à la 7è place du championnat d’Italie, à 11 points de la première place qualificative pour la Ligue des Champions. Au passage on notera que la situation des deux clubs est quasiment identique dans leur championnat respectif. Cela étant, le F.C.Internazionale Milano, plus connu sous le nom d’Inter de Milan, reste l’un des clubs les plus prestigieux dans le monde avec ses multiples trophées nationaux, européens et mondiaux. Par ailleurs on rappellera que le nom curieux que porte ce club est dû au fait que ses fondateurs (Suisses et Italiens) ne supportaient pas que l’on refuse aux étrangers la possibilité d’y jouer. Plus de cent ans après, ces mêmes fondateurs seraient heureux de constater que, de nos jours, il y a dans ce club (comme dans nombre de grands clubs en Italie et ailleurs) beaucoup plus de joueurs étrangers que nationaux.

L’Inter de Milan, « grand d’Europe » s’il en est, a connu dans son histoire deux époques où son équipe a dominé le monde. La première à l’époque d’Helenio Herrera comme entraîneur, vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions ( ancêtre de la Ligue des Champions) en 1964 et 1965, avec de surcroît une victoire ces deux années en Coupe Intercontinentale, remplacée en 2006 par l’actuelle Coupe du Monde des clubs. Au passage, il faut aussi noter que cet Inter avait pour président Angelo Moratti, père de l’actuel président Massimo Moratti, la famille Moratti ayant fait fortune dans l’industrie pétrolière. Le fils Moratti peut s’enorgueillir pour sa part d’une Ligue des Champions en 2010 et du titre de champion du monde des clubs la même année (en plus du doublé Coupe-championnat), ainsi que la Coupe de l’UEFA 1998, avec dans l’équipe cette année-là des joueurs comme le Brésilien Ronaldo, Roberto Baggio, le Néerlandais Bergkamp ou Youri Djorkaeff qui allait remporter cette même année la Coupe du Monde avec l’équipe de France. Bref, un palmarès extraordinaire pour ce club, auquel il faut ajouter 18 championnats d’Italie, dont 5 consécutivement entre 2006 et 2010, 7 Coupes d’Italie et 2 autres Coupes de l’UEFA entre 1991 et 1994.

Une des particularités de l’Inter à ses grandes époques, au milieu des années soixante et en fin de la décennie 2000, fut  d’avoir utilisé un système de jeu controversé, le « catenaccio » comme on disait autrefois, où l’efficacité défensive prime sur tout le reste. Jose Mourinho, l’emblématique entraîneur de l’équipe vainqueur de  la Ligue des Champions 2010,  avait en effet imposé un jeu extrêmement restrictif au point qu’on avait vu jouer lors de la finale contre le Bayern de Munich, Samuel Eto’o, grand chasseur de buts devant l’éternel…au pose d’arrière droit. Cela avait valu des commentaires acerbes de la part de nombreux commentateurs, y compris venant de personnalités extérieures au football, comme le basketteur vedette de la NBA, Steve Nash, qui avait estimé que l’Inter avait joué « avec 11 gardiens de but », ce qui lui avait  valu une forte réplique de Mourinho, ce dernier  lui disant qu’il ne connaissait rien au football.  Il est clair que sur ce plan, cet Inter-là, même en ayant tout gagné, était loin de faire l’unanimité comme par exemple le F.C. de Barcelone entraîné par Guardiola, avec ses Messi, Xavi, ou encore dans les années 2007 à 2009 avec Eto’o et Thierry Henry, tous ces joueurs et leurs coéquipiers formant une équipe portée vers l’offensive au jeu infiniment plus « léché ». Pour mémoire, au cours de la saison 2008-2009, le trio d’attaque Messi, Eto’o et Henry a inscrit 100 buts dans la saison dont 72 en Liga (record).

Cela rappelle aux plus anciens les querelles sur le jeu de l’Inter, version Helenio Herrera, irrésistible en 1964-1965 et battu en finale de la Coupe d’Europe 1967 par le Celtic de Glasgow de l’entraîneur Stein, avec des joueurs comme les arrières Mac Neil et  Gemmel, le milieu Murdoch, ou les attaquants Johnstone (ailier minuscule et redoutable) surnommé « La Puce du Celtic », Wallace ou Lennox. Cette victoire des Ecossais avait procuré un plaisir intense à ceux qui avaient suivi ce match, car le Celtic de Glasgow avait remporté  la victoire au prix d’une débauche de football offensif, qui contrastait tellement avec le « béton » milanais. Et ce « béton » fonctionnait d’autant mieux jusqu’à la 63è minute, que l’Inter avait ouvert le score sur pénalty (Mazzola) à la 8è minute.  Cela étant, si tous ceux qui aiment le football et qui ont vu cette finale se rappellent du Celtic de Glasgow, personne ne se rappelle du nom des finalistes de la Coupe d’Europe en 1964 et 1965. Et  pourtant, ces années-là, l’Inter avait battu deux grands clubs, à savoir le Real Madrid où jouaient encore Santamaria, Di Stefano, Puskas et Gento en plus du grand espoir qu’était à l’époque l’ailier Amancio et du Français (ancien rémois) Lucien Muller, et le Benfica de Costa Pereira, Cavem, Germano, Coluna, Augusto, Torres, Simoes et Eusebio, ces deux clubs ayant gagné à l’époque 7 Coupes d’Europe des clubs champions à eux seuls sur les 10 qui avaient été disputées !

Comme quoi, finalement, le résultat prime toujours sur la manière, même si les deux ensemble c’est encore mieux…ce qui est possible, comme en témoigne de nos jours le Barça, ou encore comme l’a prouvé le grand Real de Di Stefano, Puskas et Kopa au milieu et à la fin des années 50. Cela étant, il faut aussi reconnaître que si cet Inter de Milan du milieu des années 60 n’avait pas le jeu emballant qui était la marque de fabrique du  Real Madrid entre 1956 et 1960, il n’en avait pas non plus les joueurs. Donc, l’Inter jouait avec ses armes, qui n’étaient quand même pas des « pétards mouillés », où l’efficacité était mise au premier rang, avec une rigueur extrême dans le système de jeu imposé par l’entraîneur français Helenio Herrera, et auquel adhéraient pleinement des  joueurs de grand talent comme Sarti le gardien, Facchetti, premier arrière latéral à se comporter comme un ailier, mais aussi Guarneri, Picchi, Jaïr, Mazzola qui marqua deux buts dans la finale de 1964 comme Milito en 2010, sans oublier Suarez qui remporta le Ballon d’Or en 1960, et l’inimitable gaucher Mario Corso.

En 2010 aussi, la grande force de l’Inter, version José Mourinho, était de jouer avec un système à la fois rigoureux et parfaitement respecté par les joueurs qui composaient l’équipe. Toutefois celle-ci semblait moins brillante que ses devancières quant au nombre d’éléments de grande classe, seuls Maicon,  l’emblématique capitaine Zanetti, Sneijder, Eto’o et Milito, pouvant supporter la comparaison avec les joueurs cités auparavant. Et Mourinho avait d’autant plus de mérite d’avoir tiré le maximum de cette équipe, qu’elle n’arrivait jamais auparavant en finale, ni même en demi-finale de la Ligue des Champions. D’ailleurs depuis le départ de Mourinho, l’Inter s’est contenté de remporter la Coupe d’Italie en 2011, alors que l’année précédente elle avait tout gagné. Comme quoi, même si ce sont les joueurs qui sont sur le terrain, l’entraîneur a quand même un rôle important à jouer. D’ailleurs pourquoi certains entraîneurs réussissent partout, comme Herrera ou Mourinho, et d’autres non ?

Un dernier mot enfin : il y a quand même une énorme différence entre l’Inter de 1964-1965 et celui de 2010, à savoir que l’Inter des années 60 était d’abord une équipe italienne, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. En effet, en dehors du président (Moratti fils), qu’y-a-t-il d’Italien dans l’Inter de nos jours ? Par exemple en finale de la Ligue des Champions 2010, l’entraîneur était portugais (remplacé l’année suivante par le Brésilien Léonardo, actuel directeur sportif du PSG) et sur les 14 joueurs qui avaient foulé la pelouse, un seul était italien, Materazzi…entré en jeu à la 90è minute. Sinon il y avait 3 Brésiliens (Julio César le gardien, Lucio et Maicon), 4 Argentins (Samuel, Zanetti, Cambiasso, Milito), un Macédonien (Pandev), un Camerounais( Eto’o), un Néerlandais (Sneijder), un Roumain (Chivu), un Ghanéen (Muntari), un Serbe(Stankovic). Et dans l’équipe qui dispute le championnat cette année, les Italiens ne sont guère plus nombreux, même si le club a de nouveau un entraîneur originaire de la péninsule (Ranieri)…qui pourrait ne plus l’être très longtemps si l’OM élimine l’Inter.  En revanche, dans l’équipe type, le seul Italien qui soit vraiment titulaire est le buteur Pazzini.

C’est ce qui s’appelle la mondialisation du football, ou simplement renouer avec son histoire pour l’Inter. En revanche, comme je l’ai dit précédemment, dans les équipes de l’Inter en 1964 et 1965, il n’y avait que deux ou trois étrangers, les  Espagnols Suarez et Peiro et le Brésilien Jaïr. Ceux-ci avaient succédé à quelques grandes figures du football international comme le buteur néerlandais Servaas Wilkes (entre 1949 et 1952), l’attaquant hongrois (né en France) Itsvan Nyers (entre 1948 et 1954), le Suédois Nacka Skoglund, remarquable ailier gauche de l’équipe de Suède finaliste de la Coupe du Monde 1958, l’Argentin Angelillo, redoutable buteur (meilleur buteur du championnat d’Italie en 1959) surnommé « patte de velours » tellement il était fin techniquement, son compatriote Maschio qui, comme Angellilo,  joua par la suite avec la sélection italienne en devenant même le capitaine lors de la Coupe du Monde au Chili en 1962. Ces joueurs avaient  précédé les Allemands Rummenige (dans les années 80), un peu plus tard Matthaus ou encore Brehme de 1988 à 1992, et Klinsmann qui les rejoindra en 1989, en plus de ceux déjà cités ayant remporté la Ligue des Champions 2010 et la Coupe de l’UEFA en 1998.

Michel Escatafal


Le F.C. Porto, l’exemple à suivre pour l’Olympique Lyonnais

Alors que l’Olympique Lyonnais a disputé mardi soir le match aller des huitièmes de finale de la Ligue des champions, stade que l’O.L. a atteint pour la huitième fois consécutive, j’imagine déjà quelles seront les réactions de son président, J.M. Aulas, s’il ne parvient pas à passer ce premier obstacle dans la phase d’élimination directe de la compétition phare en Europe. Et si je parle ainsi, c’est parce que Lyon a dû se contenter d’un seul but d’avance face à l’Apoel de Nicosie, de loin l’équipe la plus faible de celles encore présentes à ce stade de la compétition, ce qui laisse pour le match retour un suspens auquel personne ne s’attendait pas. D’ailleurs, si l’O.L. ne s’était pas qualifié de manière miraculeuse face à Zagreb, l’O.L. ne serait plus aujourd’hui qu’un bon club français luttant pour arracher une place européenne.

Si j’évoque J.M. Aulas de cette manière, c’est parce qu’on l’entend moins aujourd’hui qu’à l’époque où l’O.L. remportait ses sept titres de champion de France consécutivement (entre 2002 et 2008), ce qui signifie que son club est rentré dans le rang, en se contentant de se qualifier pour la Ligue des Champions (douze fois de suite quand même !), et parce que l’Olympique Lyonnais, encensé et loué par la presse pour sa gestion sportive depuis bientôt deux décennies, n’a plus les moyens d’animer le marche français des transferts, après quelques échecs retentissants accumulés ces dernières années. On peut citer le duo Keita-Bodmer acheté à prix d’or au LOSC, ou encore Gourcuff payé au prix d’un joueur du Real Madrid ou du Barça…et qui n’est plus titulaire aujourd’hui. Cela ne signifie pas que je mésestime le rôle éminent de J.M. Aulas dans le football français, loin de là, qui a fait de son club une véritable référence au niveau national, et a fait connaître l’Olympique Lyonnais au niveau européen. En revanche, lui qui se veut un gagneur invétéré, n’arrive pas à faire de Lyon ce que le F.C.Porto, par exemple a fait avec des moyens plus faibles. J’y reviendrai.

 Les détracteurs de J.M. Aulas lui reprochent aussi, très souvent, d’en vouloir à tout le monde (ou presque) à chaque échec, allant même jusqu’à dénoncer le système, c’est-à-dire le manque de moyens dont disposent les clubs français à l’échelle européenne, pour expliquer le fait que, même au plus fort de sa domination du football français, l’Olympique Lyonnais n’a jamais été en mesure de remporter la Ligue des Champions, comme ce fut le cas autrefois pour le Stade de Reims, deux fois finaliste de la Coupe d’Europe en1956 et 1959 et vainqueur de la Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) en 1953, ou encore de l’Olympique de Marseille, vainqueur de la Ligue des Champions en 1993, sans oublier l’AS Saint Etienne et l’AS Monaco, finalistes respectivement en 1976 et 2004. Au passage on notera la difficulté qu’ont les clubs français pour se maintenir au plus haut niveau…ce qui n’est pas le cas des grands clubs dans les pays voisins.

En parlant du manque de moyens des clubs français, on peut supposer que J.M. Aulas met de côté aujourd’hui le Paris Saint-Germain, qui bénéficie des fonds des investisseurs qataris. Fermons la parenthèse, pour dire que l’on peut trouver cette attitude du président lyonnais d’autant plus curieuse que J.M. Aulas a presque toujours tout obtenu des instances sportives et politiques de son pays, jusques et y compris la possibilité d’introduire son club en Bourse…avec la réussite que l’on connaît (la valeur de l’action oscille en ce moment entre 4.20 et 4.25 euros contre 24 euros au moment de l’introduction du titre OL Groupe en bourse en février 2007), sans oublier l’introduction des paris sportifs dont il fut un ardent promoteur.

Peut-être J.M. Aulas aurait-il dû gérer son club de manière plus rationnelle, par exemple en faisant des efforts pour donner à son club une politique sportive…adaptée à ses moyens. Quoiqu’il fasse, l’Olympique Lyonnais ne suscitera jamais la ferveur qui est celle du Barça à Barcelone, du Real à Madrid, de Manchester United à Manchester, de l’AC Milan et l’Inter à Milan ou de la Juventus à Turin…ni même l’O.M. à Marseille ou le PSG à Paris. C’est ainsi et pas autrement, et les clubs étrangers que je viens de citer ont une histoire que n’a pas l’Olympique Lyonnais. Ils sont au sommet du football européen depuis beaucoup plus de 50 ans…alors que l’Olympique Lyonnais est au sommet du football français depuis une dizaine ou une douzaine d’années, avec un passé peu fourni sur le plan du palmarès avant la période 2002-2008, se limitant à quatre victoires en Coupe de France (1964,1967,1973,2008), plus une demi-finale en Coupe des Coupes en 1964 avec des joueurs comme Aubour, Djorkaeff, Mignot, Combin, Di Nallo, Rambert, peut-être en valeur absolue la plus belle équipe qu’ait eue le club.

Oui, J.M. Aulas aurait dû faire preuve à une certaine époque d’un peu plus réalisme quant à l’évolution de son club. Si une non-qualification pour les quarts de finale de la Ligue des Champions serait une catastrophe sportive, vu le standing de son adversaire en huitième de finale, en revanche une non qualification en fin de saison pour la Ligue des Champions ne devrait pas être le drame que cela représenterait aux yeux de J.M. Aulas, notamment sur le plan financier. Il est vrai que, s’il parait normal qu’en juin le nouveau PSG, version qatarie, remporte le championnat, et que l’OM se qualifie pour la Ligue des Champions au vu de son passé et parce que l’OM marche fort après un début de saison difficile, voir Montpellier La Paillade se qualifier pour cette même Ligue des Champions au détriment de l’Olympique Lyonnais, avec une équipe composée uniquement de bons joueurs de Ligue 1, serait une forme d’humiliation pour un club ayant régné presque sans partage pendant sept ans sur le football français.

Une équipe qui a encore quelques grands noms dans ses rangs (Lloris, Bastos, Lisandro etc.), mais qui n’a plus rien gagné depuis la fin de la saison 2007-2008, où l’O.L. avait réalisé pour la première fois le doublé Coupe-Championnat. Et qu’arriva-t-il à la fin de cette saison glorieuse? Tout simplement, J.M. Aulas décida de remplacer son entraîneur, Alain Perrin, par un autre, Claude Puel, qui avait bien réussi…à Lille, et qui, d’après J.M. Aulas, allait permettre à son O.L. de franchir la dernière marche de son ascension, celle qui allait le conduire à une victoire en Ligue des Champions. Hélas pour J.M. Aulas, si Alain Perrin ne pouvait être comparé à Mourinho, Puel ne pouvait pas davantage soutenir la comparaison avec un Guardiola, un Lippi ou un Ancelotti. Et au lieu de poursuivre sa progression et de continuer à régner sur le football français, l’Olympique Lyonnais n’allait cesser de régresser dans la hiérarchie de la Ligue 1, malgré une place de demi-finaliste en Ligue des Champions en 2010, en ayant battu les Girondins de Bordeaux en quart de finale après avoir éliminé le Real en huitième.

Exploit sans lendemain, comme si c’était trop beau pour être vrai. Sans lendemain aussi parce que certains joueurs cadres sont partis, comme Juninho ou Benzema, ou avaient vieilli, comme Cris. Et comme on s’était trompé sur les remplaçants, il arriva inéluctablement ce qui devait arriver, à savoir l’échec, un échec qui rappelle un peu celui du grand Stade de Reims au début des années 60, lequel ne s’en remit jamais. Espérons que l’Olympique Lyonnais n’imite pas son glorieux prédécesseur, ou plutôt devrais-je dire ses glorieux prédécesseurs, car on peut mettre dans le lot l’AS Saint-Etienne, qui n’est plus que l’ombre du club qui menaçait le Bayern  de Munich dans les années 70, et faisait peur à tous les plus grands clubs européens. En parlant du Bayern, comme du reste je pourrais le faire d’Arsenal, je ne suis pas sûr que ces clubs aient des moyens tellement plus considérables que ceux de l’Olympique Lyonnais il y a quatre ou cinq ans. Et je pourrais surtout ajouter dans le lot le F.C. Porto, champion incontesté des clubs portugais avec le Benfica de Lisbonne, à qui l’Olympique Lyonnais aurait dû essayer de ressembler.

Au fait, est-ce que l’effectif de Porto a été tellement supérieur à celui de l’Olympique Lyonnais dans ses meilleures années? Sans doute pas. Est-ce que le F.C. Porto dispose de moyens financiers aussi conséquents que ceux des grands clubs européens? Non, et pourtant le F.C. Porto rivalise depuis bien longtemps avec les grands d’Europe. N’oublions pas que le F.C. Porto a remporté 2 fois la Ligue des champions anciennement appelée Coupe d’Europe des clubs champions (1987 et 2004), la Coupe Intercontinentale (1987 et 2004) devenu le championnat du monde des clubs, et la  Coupe de l’UEFA (2003) devenue la Ligue Europa dont le F.C. Porto est tenant du titre, sans parler de ses vingt cinq titres de champion du Portugal. Bref, un grand d’Europe sur le plan des résultats, pour ne pas dire un très grand, puisqu’il soutient la comparaison avec les plus grands clubs du continent (12e meilleur club de tous les temps d’après l’actualisation annuelle du classement historique de la FIFA).

 C’est donc bien cet exemple que l’Olympique Lyonnais aurait dû suivre, et non pas s’imaginer qu’il allait pouvoir rivaliser avec les monstres sacrés du football européen…qui sont nombreux à avoir des cadres techniques ou des joueurs en provenance du F.C. Porto, Mourinho et Villas Boas les entraîneurs aujourd’hui au Real et à Chelsea, mais aussi des joueurs comme Falcao, vendu l’an passé plus de 40 millions d’euros à l’Atletico de Madrid, mais aussi Luis Fabiano qui fit les beaux jours du F.C. Séville, ou encore Pepe qui joue au Real, sans oublier Lisandro Lopez qui joue…à l’Olympique Lyonnais, autant d’entraîneurs et de joueurs arrivés au club sans être les stars qu’ils sont devenus. En tout cas, cela montre que la cellule de recrutement de Porto se trompe rarement dans ses choix, tant sur les techniciens que sur les joueurs…lesquels sont revendus cinq ou dix fois leur prix d’achat aux plus grands clubs européens. Mais ces ventes n’affaiblissent pas pour autant la valeur de l’équipe qui sait parfaitement se renouveler.

 Un simple exemple suffit à illustrer la différence entre Porto et Lyon : Aly Cissokho, acheté par l’O.L. plus de 10 millions d’euros à Porto en 2010, était un joueur opérant en 2007-2008 à…Gueugnon, club de Ligue 2 française. Mais là où la différence est criante, c’est quand on voit le nombre de joueurs vendus par l’Olympique Lyonnais, notamment Diarra, Tiago, Essien, Abidal et Malouda, sans parler de Ben Arfa et surtout Benzema, qui ont dû rapporter ensemble (dans les années allant de 2006 à 2010) entre 100 et 150 millions d’euros. Et par qui les a-t-on remplacés ? Réponse, par des joueurs loin de valoir les partants, à part Lisandro et encore, alors que le F.C.Porto ne cesse de recruter des joueurs qui deviennent par la suite des grandes vedettes, comme par exemple le Brésilien Hulk que l’on va s’arracher l’été prochain avec des offres allant de 50 à 80 millions d’euros. Qui voudrait mettre plus de 20 millions d’euros pour un seul joueur de l’O.L. ? Personne, je dis bien personne !

Et cela me fait dire qu’au lieu de vendre des joueurs pour les remplacer par d’autres presque aussi chers, ou changer d’entraîneur après un doublé, peut-être que l’Olympique Lyonnais aurait dû essayer de travailler dans la durée tant pour ses joueurs cadres que pour ses techniciens, ce qui ne l’aurait pas empêché pas de réaliser quelques belles opérations financières. Et surtout insister davantage encore sur la formation maison qui lui a déjà donné des joueurs comme Ben Arfa et surtout Karim Benzema, aujourd’hui un des meilleurs joueurs du monde, titulaire au Real Madrid, sans parler de Gonalons ou Lacazette, jeune joueur qui, mardi soir, a marqué le but vainqueur contre Nicosie. Dans le même ordre d’idées, peut-être aussi que J.M. Aulas aurait dû comprendre que dans son club la partie sportive doit être séparée de la partie administrative, par exemple comme à Barcelone où Guardiola a les pleins pouvoirs sur la gestion de l’effectif qui lui est attribué.

Voilà quelques réflexions qui me viennent à l’idée sur un club qui a énormément progressé au début des années 2000, et là on peut dire un grand merci à J.M. Aulas, mais qui semble plafonner depuis quelques années, et surtout depuis le départ de Perrin, dernier entraîneur titré du club. Cela dit, et c’est sans doute ce qui est le plus rassurant, les évènements vont contraindre J.M. Aulas à réduire de plus en plus la voilure en ce qui concerne les investissements de joueurs, et à faire davantage confiance à sa formation. A ce propos, on observe qu’il a préféré un entraîneur « maison », Rémy Garde, qui, pour le moment, obtient d’aussi bons résultats que Claude Puel. En outre l’équipe est composée avec de nombreux jeunes joueurs (Gonalons, Fofana, Lovren, Lacazette) qui devraient atteindre leur meilleur rendement dans les années à venir. Et qui sait si ce n’est pas la meilleure façon pour franchir ce cap…jusqu’alors infranchissable. Après tout, y-avait-il tellement plus de joueurs de grande notoriété à l’AS Monaco en 2004, quand ce club atteignit la finale de la Ligue des Champions…battue par le F.C. Porto. Porto et Monaco plus riches que Lyon à l’époque et même aujourd’hui ? Cela m’étonnerait. Raison de plus pour prendre le F.C. Porto pour exemple, et non les grands clubs ayant une riche histoire.

Escatafal


Kubala nous permet d’évoquer l’histoire du football hongrois

Hier soir, il s’est passé un évènement très important en Catalogne, non seulement avec la nette victoire (5-0) du Barça sur le club biélorusse de Bate Borisov, mais aussi avec le fait qu’en marquant deux buts, Leo Messi, le merveilleux joueur argentin et actuellement meilleur joueur du monde, a égalé un joueur qui a lui aussi a laissé une empreinte indélébile dans ce club, Ladislao Kubala. Pour mémoire, je rappellerais que cet immense joueur a la particularité d’avoir porté le maillot de trois équipes nationales différentes, la Hongrie qui est sa patrie d’origine, la Tchécoslovaquie et l’Espagne, sa patrie d’adoption, dans laquelle il a fait l’essentiel de sa carrière. Au total Kubala avait marqué 194 buts en 256 matches avec le Barça, ce qui permet de faire la comparaison avec Messi qui a marqué le même nombre de buts pour son club en 279 rencontres, dans un rôle assez similaire. Bien entendu, compte tenu de son jeune âge (24 ans), Messi va encore augmenter ce chiffre et battre très rapidement les 235 buts (en 351 matches) marqués par le meilleur buteur de l’histoire du club catalan, Cesar Rodriguez.

Fermons la parenthèse Messi et Barça, pour évoquer ce football hongrois qui a donné à ce sport une équipe nationale d’une qualité inégalée, à part peut-être le Brésil 1970 de Pelé, Tostao, Gerson, Rivileno, Jairzinho ou Carlos Alberto.  J’avais évoqué dans un article précédent la grande équipe nationale de Hongrie, championne olympique 1952 et finaliste malheureuse de la Coupe du Monde 1954, victorieuse aussi en novembre 1953 de l’Angleterre (6-3) à Wembley (une première), à laquelle Kubala n’a jamais appartenu parce qu’il opérait chez les professionnels (depuis 1951), ce qui était incompatible avec une sélection dans un pays communiste, d’autant qu’en 1949 il avait quitté la Hongrie illégalement.

Il n’empêche, même si Kubala n’a jamais joué dans cette « dream team », il n’en était pas moins issu de cette école hongroise tellement riche de talents à cette époque, grâce il faut bien le dire à la politique sportive suivie dans le pays. En revanche, si l’éclosion de la grande équipe de Hongrie été largement favorisée par le régime communiste qui sévissait en Hongrie depuis 1947, la politique décapita cette équipe en 1956 avec l’entrée des troupes soviétiques en novembre, suite à de grandes manifestations de masse à Budapest pour libéraliser le régime. Cela marqua la fin de l’âge d’or du football hongrois, en raison de l’exil vers l’Espagne de ses plus grandes vedettes, Puskas qui jouera au Real Madrid avec Di Stefano et Kopa, mais aussi Kocsis et Czibor qui retrouveront au FC Barcelone leur ex-compatriote Kubala.

Faisons un peu plus d’histoire à présent en précisant de nouveau que, dans un premier temps, le football hongrois allait bénéficier de l’aide du régime en place, partisan d’une concentration des meilleurs joueurs dans un club phare, ces derniers opérant aussi dans l’équipe nationale. Et pour cela il fallait trouver un club déjà structuré, et ce fut le Kispest FC qui fut choisi, club où avait opéré un certain Ferenc Puskas, père de la future star du football hongrois, lequel portait le même prénom que lui et qui débuta dans cette équipe avec Joszef Bozsik, qui allait devenir un des meilleurs milieux de l’histoire du football. Dans le cadre de la réorganisation du club, le FC Kispest allait être renommé Budapest Honved SE, dérivé du nom de l’armée hongroise, Honved signifiant défenseur de la patrie.

Ce nouveau club allait également avoir pour entraîneur Gustav Sebes, lequel allait aussi être l’entraîneur de la fameuse équipe nationale qui allait dominer la planète football entre 1950 et 1956, qui remplaçait un autre grand entraîneur hongrois (inventeur du 4-2-4), Bela Guttman qui, ironie du sort, remportera plus tard deux Coupes d’Europe consécutives  avec Benfica, dont la première en 1961 à Berne…contre le F.C. Barcelone de Kocsis, Czibor et Kubala qui, ce jour-là, eut tous les malheurs. Décidément Berne n’aura jamais réussi à Kocsis et à Czibor, déjà vaincus injustement en finale de la Coupe du Monde en 1954!

Le fait de devenir le club de l’armée allait permettre à Honved de recruter les attaquants Kocsis, Budaï et Csibor qui jouaient à Ferenvaros, Lorant de Vasas SC, et le gardien Grosics qui jouait dans un autre club de Budapest. En ajoutant Puskas et Bozsik, cela nous donne en gros l’épine dorsale de la grande équipe de Hongrie, un peu comme le Stade de Reims à l’époque en France (Jonquet, Leblond, Hidalgo, Glovacki, Kopa, Bliard), lequel avait éliminé l’autre grande équipe hongroise de ce moment en 1956, MTK Budapest dénommé Voros Lobogo, qui comptait dans ses rangs le reste (ou presque) de l’équipe de Hongrie, à savoir Hidegkuti, Lantos, Sipos et Sandor.

Tout cela allait permettre à Honved d’accumuler les titres dans le championnat de Hongrie (cinq entre 1949 et 1955), tout en parcourant le monde en faisant nombre de matches amicaux. Et puis, en 1956, le club hongrois participa à la toute nouvelle Coupe d’Europe des clubs champions, mais il n’y fera pas carrière, car après avoir perdu en Espagne contre l’Atletico Bilbao (3-2) en match aller des 1/8è de finale, il ne pourra pas jouer le match retour à domicile en raison des évènements de Budapest. Honved jouera finalement à Bruxelles, où il fit match nul (3-3) malgré la blessure de son gardien Grosics en début de match…remplacé par Czibor (pas de remplacement autorisé à l’époque).

A noter que les joueurs ne retournèrent pas en Hongrie, malgré les tracas subis par leurs familles, allant faire une tournée en Europe et au Brésil, et si certains revinrent ensuite au pays, d’autres comme Puskas, Kocsis et Csibor s’expatrièrent  pour faire une magnifique seconde carrière. En revanche Honved, l’équipe nationale et le football hongrois ne s’en remirent jamais. Et c’est bien dommage, comme je ne cesse de le répéter, car le football hongrois aurait incontestablement mérité de remporter une Coupe du Monde et une Coupe d’Europe des clubs champions.

Michel Escatafal


Quelques grandes surprises dans le sport

Alors que l’on s’interroge pour savoir si Thomas Voeckler peut remporter le Tour de France 2011, ce qui constituerait une énorme surprise compte tenu de la participation à ce Tour de France, où il ne manque que les Italiens Nibali et Scarponi ainsi que le Russe Menchov, il est sans doute intéressant de se pencher sur quelques grandes surprises qui ont émaillé l’histoire du cyclisme en particulier, et plus généralement l’histoire du sport. Parmi celles-ci la première qui me vient à l’idée est la victoire d’un coureur comme Walkowiak (photo) dans le Tour de France 1956, devant des grands champions comme Bahamontes, Brankart et Charly Gaul. A ce propos, bien qu’étant un petit garçon à l’époque, je me souviens très bien de ce Tour de France où chaque jour, comme pour Voeckler, on attendait la défaillance de Walkowiak qui, finalement, n’est jamais venue. Du coup, le coureur de Montluçon a remporté la plus prestigieuse des épreuves cyclistes, alors que c’est pratiquement sa seule victoire professionnelle à part 2 étapes du Tour d’Espagne, et son nom figure au palmarès de la Grande Boucle entre ceux de Louison Bobet et de Jacques Anquetil, deux des plus grands champions de tous les temps.

Autre coureur cycliste à avoir gagné le Tour de France à la surprise générale, le Français Lucien Aimar en 1966. Un Tour de France dans lequel il a bénéficié d’une suite de circonstances favorables qui lui ont permis de monter sur la plus haute marche du podium au nez et à la barbe de coureurs comme Anquetil, Poulidor, mais aussi Rudi Altig, Jan Janssen ou Roger Pingeon. Dans les Pyrénées, les deux grands favoris (Anquetil et Poulidor) sont relégués à sept minutes par une échappée dans laquelle s’est glissé Janssen, mais aussi Lucien Aimar, équipier de Jacques Anquetil. Et malgré une belle remontée de Raymond Poulidor, à la faveur d’une victoire contre-la-montre à Vals-lesBains, puis d’un exploit dans la descente du col d’Ornon où sous l’orage il relégua Anquetil et Aimar à plus d’une minute, auquel il faut ajouter un exploit dans la Forclaz où il laissa sur place tous les grimpeurs, tout cela sera insuffisant pour que le Limousin puisse refaire la totalité de son retard sur Aimar. Poulidor, en effet, terminera troisième de ce Tour à 2mn 02s de Lucien Aimar et 1 mn 07s derrière Jan Janssen, le second. En dehors d’un titre de champion de France, ce sera la seule grande victoire de Lucien Aimar, avec accessoirement les Quatre Jours de Dunkerque.

Un autre coureur français avait créé la sensation dans le Tour d’Espagne en 1984, Eric Caritoux. Certes, tout comme Aimar, il a gagné un peu plus que Walkowiak avec ses deux titres consécutifs de champion de France (1988 et 1989), plus deux Tours du Haut-Var, mais personne n’aurait imaginé qu’il fût capable de gagner une Vuelta. Et pourtant il l’a fait en 1984, et sa victoire restera d’autant plus historique qu’il l’a emporté par la plus infime des marges sur Alberto Fernandez (6 secondes). Et au palmarès du Tour d’Espagne son nom figure entre ceux de Bernard Hinault (1983) et Pedro Delgado (1985). Cela dit de telles victoires, comme celles de Tamames en 1975, de Pessarodona en 1976, ou plus près de nous de Casero en 2001 et Aitor Gonzales en 2002 sont de plus en plus rares, mais pas impossibles.

Autre victoire remportée contre toute attente, celle de Carlo Clerici, le Suisse, au Tour d’Italie 1954, où il l’emporta avec 24 mn d’avance sur son ami Koblet, qui n’avait rien fait pour l’empêcher de gagner, bien au contraire. Clerici avait bénéficié d’une échappée où tous les favoris (Coppi, Koblet, Magni) terminèrent avec un retard frisant les 40 mn. Et puisque j’évoquais Fiorenzo Magni, le troisième crack italien de l’après-guerre, celui-ci aurait dû être champion du monde en 1952 sans un incident mécanique tout près de l’arrivée, qui allait bénéficier à un certain Heinz Muller, un Allemand qui n’a jamais rien gagné d’autre que ce titre mondial. On pourrait aussi ajouter dans cette galerie des vainqueurs-surprises l’Espagnol Oscar Pereiro, vainqueur du Tour de France 2006, mais cette victoire ne fut définitive qu’après le déclassement pour dopage de Floyd Landis.

En athlétisme, encore en 1952, nous avons enregistré une énorme surprise, au Jeux Olympiques d’Helsinki,  avec la victoire de Josy Barthel le coureur de 1500m luxembourgeois. Lui aussi n’a pas remporté d’autres titres majeurs que celui-là, mais personne ne lui enlèvera sa médaille d’or olympique. Cela étant en athlétisme, dans les grands championnats, il est rare, pour ne pas dire très rare, que le vainqueur ne soit pas un des meilleurs. Mais cela est arrivé en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes, avec la victoire sur 100m d’une athlète biélorusse totalement inconnue, Youlia Nesterenko, dont la progression apparut d’autant plus stupéfiante aux yeux de certains, qu’elle disparut des couloirs mondiaux aussi vite qu’elle y était arrivée.

En football, il y a eu la victoire d’un club de la banlieue d’Alger, le Sporting Club Union El Biar, en 1/16è de finale de la Coupe de France 1957 contre le Stade de Reims. Ce club, qui végète aujourd’hui en Ligue 2 après un long purgatoire en National, était à l’époque une très grande équipe qui, quelques mois auparavant, avait disputé et perdu la finale de la Coupe d’Europe. Le Stade de Reims comptait dans ses rangs quelques uns des meilleurs joueurs européens (Jonquet, Penverne, Vincent, Fontaine) et, bien entendu, personne n’aurait imaginé qu’une telle armada puisse être éliminée par un club aussi modeste. Et pourtant El Biar a gagné par 2 à 0 et s’est qualifié pour les 1/8è de finale. Evidemment nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples, mais ceux-ci figurent parmi les plus belles anomalies du sport, avec la place de finaliste de la Coupe de France du club de CFA, Calais RUFC en 2000, après avoir sorti les Girondins de Bordeaux, ou encore la place de finaliste à Roland-Garros de Ginette Bucaille en 1954, ce qui fut sa seule performance notable avec un titre de championne internationale de Paris en 1956.

Michel Escatafal


Le roi Pelé a réalisé l’idéal du footballeur

Alors que nous sommes dans les phases finales de la Copa America (équivalent du championnat d’Europe des Nations en Amérique),  je vais parler d’un  footballeur d’origine sud-américaine, à coup sûr le meilleur de tous, le roi Pelé lui-même. Pelé avait tous les dons qu’un footballeur puisse espérer avoir. Il n’y avait pas un domaine où on puisse lui trouver un défaut sur un terrain de football. Il paraît même qu’à l’entraînement il lui arrivait de se muer en gardien de buts, et il y était fort brillant. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, Pelé reste la référence absolue en matière de football, même si nombre de jeunes ne l’ont jamais vu jouer ailleurs que sur des vidéos, et encore. Pour les plus jeunes, Zidane est déjà dépassé par Messi ou Cristiano Ronaldo, alors on imagine pour Pelé ! Et pourtant, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, plus communément appelé le roi Pelé, a quand même marqué 767 buts en 831 matches officiels, beaucoup plus que tous ceux que l’on peut considérer comme ses rivaux pour le titre officieux de plus grand footballeur de l’histoire.

En effet , en regardant de près les statistiques, on s’aperçoit que l’Hispano-Argentin Di Stefano, meilleur joueur de la décennie 50, a marqué 502 buts en 658 matches officiels, que Cruyff, le roi de la décennie 70, en a marqué  330 en 579 matches, et que Platini et Maradona qui se sont partagés le titre de meilleur joueur dans la décennie 80 en ont marqué respectivement  356 (665 matches) et 353 (679matches).  En fait parmi les joueurs du 20è siècle qui peuvent être comparés à Pelé en terme de rayonnement sur le terrain, un seul a des statistiques se rapprochant de celles de l’artiste brésilien, Ferenc Puskas, qui fut la figure de proue de la grande équipe de Hongrie des années 50, dont certains disent qu’elle est la seule qui puisse être comparée aux équipes du Brésil de 1958 et plus encore sans doute de 1970. Des joueurs actuels, seul Lionel Messi peut espérer rejoindre en termes de statistiques la plupart de ces grands anciens, à l’exception toutefois de Puskas et Pelé bien sûr. A ce propos, on peut penser que Messi sera bien à la fin de sa carrière un monstre sacré comme les joueurs que je viens de citer, plus encore que Cristiano Ronaldo. 

Et cela nous ramène à Pelé et à sa carrière en rappelant qu’en plus de tous les buts qu’il a marqué, il a gagné trois Coupes du Monde (1958,1962 et 1970), plus de multiples titres au Brésil et aux Etats-Unis. Il aurait même pu remporter une quatrième Coupe du Monde, si les défenseurs chargés de le marquer ne l’avaient pas maltraité, au point de le blesser gravement lors de la Coupe du Monde 1966 en Angleterre. Pour mémoire on rappellera que le Brésil fut éliminé en poule éliminatoire lors de cette épreuve, mais Pelé n’avait pu disputer le deuxième match, et avait été sérieusement blessé contre le Portugal par un certain Morais, qui avait achevé le travail du Bulgare Jetchev. Voilà deux joueurs qui sont passés tristement dans l’histoire de la Coupe du Monde ! Cela dit, sans leur chercher la moindre excuse, Pelé était tellement fort qu’il était le plus souvent inarrêtable à la régulière.  En outre à l’époque on était moins sévère avec les défenseurs, et les cartons jaunes n’existaient pas encore, puisqu’ils ont été utilisés pour la première fois à la Coupe du Monde 1970.

Cette Coupe du Monde fut aux dires des observateurs sans doute la plus belle de toutes celles qui furent jouées jusque-là, et peut-être même après. Cette équipe du Brésil était vraiment flamboyante avec ses Carlos Alberto, Brito, Everaldo, Clodoaldo, Gerson, Jairzinho (qui jouera plus tard à l’OM), Tostao, Rivelino et Pelé. Elle battit d’ailleurs en finale une grande équipe d’Italie sur un score sans appel (4-1). Je dis grande équipe d’Italie, car la Squadra azzura comptait dans ses rangs un excellent gardien, Albertosi, mais aussi Burgnich, Faccheti, Mazzola, Domenghini, Rivera, et deux buteurs de grand talent Boninsegna et Riva. Autant de joueurs qui figurent parmi les légendes du Calcio. Cette équipe d’Italie avait d’ailleurs éliminé l’Allemagne de Beckenbaueur, lequel joua une partie du match avec le bras en écharpe, Seeler, Overath, Grabowski et le jeune Muller qui deviendra un buteur de légende (701 buts en 763 matches officiels). A ce propos je ne connais que Kocsis et Fontaine pouvant offrir un rapport de buts aussi impressionnant comme buteur.

Cela dit le Brésil était-il réellement plus fort qu’en 1958, où il avait pulvérisé en finale (5-2) la Suède de Gren, Hamrin, Liedhom, Skoglund et  Gustavsson ? Je crois pouvoir répondre oui sans réserves, dans la mesure où le Brésil 1970 n’avait jamais été réellement inquiété pendant cette Coupe du Monde, ce qui ne fut pas le cas en 1958, où il avait été tenu en échec en matches de poule par l’Angleterre (0-0), où il avait battu petitement en quart de finale le Pays de Galles, et surtout où il avait pleinement bénéficié de la blessure de Jonquet avant la mi-temps dans son match en demi finale contre la France, alors que le score était à parité à ce moment (1-1). Que se serait-il passé si la France avait pu jouer au complet toute la partie ? Nul ne le sait, car à cette époque l’attaque française avec Fontaine, Kopa et Piantoni ( le fameux trio Fo Ko Pi) marquait but sur but. En tout cas, réduits à 10 (remplacement à l’époque non autorisé), nos Bleus ont succombé sous les assauts de Didi, Garrincha et Pelé qui, ce jour-là (24 juin à Stockhom), marqua 3 buts. Il récidivera presque en finale contre la Suède, puisqu’il inscrira deux des cinq buts brésiliens.

Cette Coupe du Monde 1958 venait en effet de voir l’avènement d’un prodige de 17 ans, qui allait très rapidement surpasser les plus grands talents de l’époque (Di Stefano, Kopa, Puskas, Didi, etc.). Je ne parlerai pas beaucoup de la Coupe du Monde 1962, même si Pelé l’a gagnée, parce qu’il n’a participé qu’à un match et un peu plus, s’étant blessé lors du second match contre la Tchécoslovaquie… que le Brésil retrouvera et battra en finale (3-1). Ce jour-là Pelé n’était pas présent sur le terrain, mais le football brésilien était tellement riche en grand talents que le remplaçant de Pelé, Amarildo, fit des merveilles, la formation carioca pouvant compter en outre sur l’ossature de l’équipe 1958 avec Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Zito, Didi, Vava, Zagalo et l’extraordinaire Garrincha, sans doute un des plus fameux dribbleurs de l’histoire du football. Et oui, en évoquant Pelé c’est toute une partie de la grande histoire du football qui défile sous nos yeux, d’autant que sa vraie carrière a duré une vingtaine d’années, période pendant laquelle il a aussi fait les beaux jours de Santos (963 buts en 659 matches), son club de toujours, du moins pendant sa vraie carrière, avant de s’exiler aux Etats-Unis au Cosmos de New-York.

Michel Escatafal


Cruel pour l’équipe de Hongrie 1954 : le miracle de Berne n’en était sans doute pas un!

Alors que le dopage est en train d’accaparer les pages des journaux de sport…et des autres, je repense à une nouvelle que nous avons apprise il y a quelques mois, relative à la Coupe du Monde 1954. Et oui, il y a 57 ans, l’Allemagne avait battu la Hongrie, nous dit-on, parce que des joueurs allemands étaient dopés. Va-t-on rendre justice à la Hongrie pour autant ? Sans doute pas, ne serait-ce que pour la simple raison que les contrôles anti dopages n’existaient pas à l’époque. En outre depuis 57 ans on va considérer qu’il y a prescription, ce qui signifie que la plus belle équipe nationale de l’histoire du football, avec le Brésil 1970, n’aura jamais été championne du monde. Cruelle injustice ! C’est curieux d’ailleurs, j’ai souvent pensé qu’il avait dû se passer quelque chose d’anormal pour que l’équipe d’Allemagne puisse battre la grande équipe de Hongrie qui, ne l’oublions pas, avait en poule 1/8è de finale écrasé cette même équipe d’Allemagne par 8 buts à 3…parce que l’entraîneur de cette dernière (Sepp Herberger) avait choisi de se passer de quelques uns de ses meilleurs joueurs, considérant que ses chances de succès étaient nulles. Et je me demandais comment en un peu plus de deux semaines de compétition l’équipe d’Allemagne avait pu progresser à ce point.

C’était une interrogation qui m’était venue à l’idée en lisant les journaux que mon arrière grand-mère gardait depuis des années, et j’avais lu tout ce qui concernait la Coupe du Monde 1954 juste avant la Coupe du Monde 1958. En même temps je regrettais la saignée qu’avait subie cette équipe hongroise en 1956, après les évènements de Budapest (entrée des troupes soviétiques pour écraser l’insurrection hongroise), en perdant trois de ses plus grandes stars, à savoir Puskas (photo centre), Kocsis(photo gauche) et Csibor (photo droite), lesquels formaient avec Hidejkuti et Toth ou Sandor la plus belle ligne d’attaque jamais alignée en compétition internationale. Personnellement j’avais un peu moins de 10 ans en 1956, mais je me souviens très bien avoir écouté en intégralité à la radio le match à Colombes entre la France de Jonquet, Marche, Kaelbel, Marcel, Fontaine, Piantoni, Vincent et Cisowski qui avait marqué le but français, et la Hongrie en configuration Coupe du Monde 1954 avec toutes ses vedettes. A noter pour l’anecdote, que la France aurait dû obtenir le match nul si l’arbitre n’avait sifflé la fin de la partie juste au moment ou Cisowski marquait un deuxième but. Que ne dirait-on pas de nos jours devant pareille injustice, alors qu’à l’époque on trouvait cela (presque) normal !

Mais revenons à la Coupe du Monde 1954 qui avait lieu en Suisse, avec une phase finale à 16 pays, dont la France qui se trouvait dans ce que l’on appellerait aujourd’hui le groupe de la mort, avec le Mexique, le Brésil (deuxième quatre ans auparavant) et la Yougoslavie qui était une des toutes meilleures équipes européennes, avec son gardien Beara, son arrière Stankovic, son demi Bojkov, et ses attaquants Milutinovic et Zebec. C’est elle qui éliminera l’équipe de France en battant cette dernière sur le plus petit des scores (1-0). Un peu plus tard cette équipe yougoslave fera match nul avec le Brésil (1-1 après prolongations) ce qui qualifiait les deux équipes pour les ¼ de finales. Cela dit la France du jeune Raymond Kopa n’avait pas déméritée, car d’une part elle aurait dû battre la Yougoslavie sans la malchance ou la maladresse ce jour-là de Glovacki, et d’autre part elle avait battu le Mexique dans son deuxième match par 3 buts à 2. Notre équipe se rattrapera quatre ans plus tard en Suède, même si elle fut de nouveau battue par la Yougoslavie (3-2) en poule éliminatoire, ce que tout le monde a oublié.

Dans les autres groupes les qualifiés furent l’Uruguay, tenant du titre et l’Autriche (groupe 3), l’Angleterre et la Suisse (groupe 4) et l’Allemagne et la Hongrie dans le groupe 2. La Hongrie n’avait pas fait de détail pour son premier match, puisqu’elle avait battu la Corée très facilement (9-0), avant de pulvériser l’Allemagne (8-3) qui venait de battre la Turquie (4-1), cette dernière ayant auparavant vaincu la très faible Corée (7-0). Résultat, il fallut un match d’appui pour départager Turquie et Allemagne en vue de l’accession aux ¼ de finale, et ce fut l’Allemagne qui l’emporta par 7 buts à 2. L’Allemagne commençait à monter en puissance, et elle confirmera cette ascension vers les sommets en battant en ¼ de finale la Yougoslavie par 2 buts à 0. D’un autre côté la Hongrie battait le Brésil (4-2) après un match très dur, alors que l’Autriche battait la Suisse sur un score de rugby à XIII (7-5), ce qui prouve qu’en ce temps-là on savait marquer des buts, même si l’on pouvait aussi dire que les défenses étaient très perméables. Enfin, dans le dernier ¼ de finale, l’Uruguay défendait vaillamment son titre en battant l’Angleterre par 4 buts à 2.

Bien entendu, à ce stade de la compétition, personne n’imaginait que la grande Hongrie puisse être battue. Et pourtant, en demi-finale, l’équipe d’Uruguay poussa les Hongrois à la prolongation (4-2 et 2-2 à la fin du temps règlementaire). Les Hongrois étaient fatigués après leur match très difficile contre le Brésil, qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour empêcher les virtuoses hongrois de s’imposer. En outre les Hongrois étaient toujours privés de Puskas depuis le match de groupe contre l’Allemagne, qui avait finalement laissé des traces, car la Hongrie sans Puskas n’était plus tout à fait la Hongrie. En revanche l’Allemagne ne souffrit guère pour battre, et même écraser (6-1), une équipe d’Autriche valeureuse qui joua à la perfection son rôle d’outsider…jusqu’à ce match contre l’Allemagne où la défense accumula en deuxième mi-temps les fautes grossières (mi-temps 2-1), avec quelques excellents joueurs comme Hannapi, Happel qui joua au Racing de Paris, Ocwirk, Koller ou encore Stojaspal, qui allait s’illustrer longtemps dans notre championnat de France (Strasbourg, Monaco, Troyes, Metz…). Ce dernier allait même marquer un but sur pénalty dans le match pour la troisième place gagné contre l’Uruguay, qui avait craché tous ses feux contre la Hongrie.

Tout cela nous amenait à la grande finale le 4 juillet à Berne, avec un match qui a priori restait joué d’avance. Comment les Turek (gardien), Posipal, Liebrich, Eckel, Rahn, Morlock, Ottmar et Fritz Walter ou encore Schaefer, etc. allaient-ils s’y prendre pour dominer une équipe ou 6 joueurs au moins (Grosics le gardien, le demi Boszik, et les attaquants Csibor, Kocsis surnommé « Tête d’Or » pour son extraordinaire jeu de tête, Hidegkuti et Puskas) n’avait quasiment pas d’équivalent dans le monde ? Oui comment contenir cette invincible armada hongroise dirigée par un entraîneur de grande classe, Gustav Sebes, championne olympique en 1952…et invaincue depuis 4 années. Inimaginable d’autant que les autres joueurs, les arrières Buzansky, Lorant, Lantos, mais aussi l’autre demi Zakarias et l’ailier gauche Toth étaient d’excellents joueurs de valeur internationale. Qui pouvait soutenir la comparaison dans les rangs allemands contre ces « monstres sacrés », à part peut-être Rahn, Fritz Walter ou Morlock ? Personne, et même les trois que j’ai cités n’opéraient pas sur la même planète que Puskas, Kocsis qui fut le meilleur buteur de cette Coupe du Monde avec 11 buts, Csibor ou Hidegkuti.

Le début de match allait donner raison à tous les pronostiqueurs, car malgré la pluie qui n’avantageait pas le jeu hongrois, ces derniers menaient 2-0 (Puskas, Csibor) après 9 minutes de jeu. Mais les Allemands allaient vite montrer qu’ils avaient énormément de ressources en remontant très vite ces deux buts par Morlock et Rahn, si bien qu’après 18 minutes de jeu le score était à égalité (2-2). La suite du match allait voir les artistes hongrois être victimes d’une malchance inouïe avec plusieurs frappes sur les poteaux ou la barre, notamment sur une tête de Kocsis qui aurait donné l’avantage à la Hongrie, un but en contre de Rahn à six minutes de la fin, et un but refusé pour un hors-jeu discutable à Puskas juste avant la fin du match.

Bref, l’équipe de Hongrie avait eu tous les malheurs possibles dans cette finale, et par-dessus le marché elle avait affronté des hommes capables d’accomplir des exploits…stupéfiants, après avoir bénéficié d’injections d’amphétamine que l’on donnait aux troupes allemandes pendant la deuxième guerre mondiale, si l’on en croit une étude allemande qui a fait le tour du monde l’an passé, confirmant certains soupçons liés notamment à une curieuse épidémie de jaunisse ayant frappé les joueurs de la RFA quelques semaines après la finale de la Coupe du Monde. Le malheur, c’est que cette constellation hongroise n’a même pas pu se rattraper en 1958 en Suède. Toutefois il y a quand même une morale à cette histoire, car à part F. Walter ou Rahn (et encore) personne ne connaît les noms des champions du monde 1954. En revanche tous les amoureux du football connaissent ou ont entendu parler des merveilleux artistes hongrois. Dommage que Boszik, Hidegkuti, Csibor, Kocsis et Puskas aient rejoint trop tôt le paradis des footballeurs, car ils auraient su que « le miracle de Berne »n’en était sans doute pas un !

Michel Escatafal