Les naturalisations dans le sport

S’il y a un sport où l’on naturalise beaucoup c’est bien le football, mais sur ce plan le rugby n’est pas en reste, puisqu’il n’est même pas nécessaire d’être naturalisé pour pouvoir porter les couleurs d’un pays (3 ans de présence). Toutefois, pour le rugby, l’essentiel du phénomène ne concerne réellement qu’une nation, la Nouvelle-Zélande. En outre dans le cas des Iliens portant le maillot des All Black, c’est le seul moyen pour eux de pouvoir espérer faire une belle carrière internationale. Quand je dis Iliens, je veux parler des Samoa, de Tonga et des Fidji. Il faut dire que les meilleurs joueurs issus de ces petits pays ont été parmi les plus grands rugbymen de la planète.

Je ne vais ici en citer que quelques uns et ce, pour les deux dernières décennies. Tout d’abord ceux originaires des Samoa. Le premier qui me vient à l’idée, Michael Jones, est certainement un des tous meilleurs 3è lignes de l’histoire, qui n’avait qu’un seul défaut…ne pas vouloir jouer le dimanche parce que sa religion le lui interdisait. Cela dit il avait tout pour pouvoir marquer l’histoire de son sport, à savoir la vitesse, l’habileté balle en main, et un remarquable sens du jeu. Cela lui a permis de collectionner, après son unique sélection avec les Iles Samoa, 55 sélections pour la Nouvelle-Zélande, et surtout de devenir champion du monde en 1987…contre la France en finale.

Le deuxième que je citerais est moins connu, mais était quand même un très grand joueur, Thomas Bachop. Il n’a pas la notoriété de Michael Jones, mais il totalise quand même à son poste de demi de mêlée 31 sélections pour les All Blacks, entre 1989 et 1995…et 8 pour le Japon en 1999, le règlement autorisant cette possibilité à l’époque. Tuigamala a également porté deux maillots dans sa carrière, en commençant bien sûr par celui tout noir de la Nouvelle-Zélande, et ce à 19 reprises entre 1991 et 1993 au poste de ¾ aile, avant de porter le maillot samoan (21 sélections), avec lequel il disputa la Coupe du Monde 1999. Il fut même international à XIII pour son pays.

Les Iles Tonga ont aussi constitué un bon réservoir pour l’équipe de Nouvelle-Zélande, avec en figure de proue celui qui a été longtemps considéré comme le meilleur centre du monde, Tana Umaga (photo), avant de devenir joueur puis entraîneur de l’équipe du R.C. Toulon. D’ailleurs, ceux qui l’ont vu rechausser les crampons en fin de saison 2009 pour permettre à Toulon de sauver sa place en Top 14, ont pu constater qu’il avait encore de beaux restes à 36 ans, ce qu’il a continué de démontrer à son retour en Nouvelle-Zélande avec les Waikato Chiefs (comme Sivivatu). Il est vrai qu’un joueur qui compte 74 sélections  chez les All Blacks est nécessairement un immense joueur.  Le 3è ligne centre So’oialo, lui aussi Tongien,  est un peu moins connu chez nous, mais il est le seul joueur à avoir disputé tous les tests des All Blacks entre 2005 et 2009. C’est dire !

Enfin restent les Iles Fidji, lesquelles ont donné ces dernières années au rugby néo-zélandais deux remarquables joueurs, Rokocoko, qui jouera lors de la prochaine saison à l’Aviron Bayonnais, et son cousin, Sivivatu, qui lui opèrera à Clermont. Rokocoko à 26 ans compte déjà 61 sélections, et a marqué 45 essais pour les All Blacks. Ce ¾ aile, très rapide (10s4 au 100m) et puissant, est un des meilleurs finisseurs que l’on ait connus dans l’équipe nationale néo-zélandaise. En revanche il n’a jamais porté que le maillot des All Blacks, tout comme Sivivatu (13 capes), presque aussi fort, opérant lui aussi au poste de ¾ aile.

On le voit, malgré leur richesse naturelle en rugbymen, les All Blacks doivent beaucoup à leurs immigrés des îles environnantes. Ils ne sont pas les seuls à bénéficier de l’apport des étrangers, notamment l’Italie qui essaie de trouver des ancêtres italiens chez tous les joueurs de rugby opérant en Europe (Craig Gower, Dominguez etc.). Tous les autres pays européens ont eux aussi des joueurs étrangers ou récemment naturalisés dans leur équipe nationale, mais très peu ont réussi à se faire une place durable dans leur nouvelle équipe nationale. En France, les deux seuls qui ont réellement réussi s’appellent Tony Marsh (australien), qui compte 21 sélections au poste de centre, et le pilier sud-africain Peter de Villiers qui a porté à 70 reprises le maillot bleu. Et c’est à peu près la même proportion pour les autres nations européennes.

En football ce type de sélection internationale n’existe pas, puisqu’il faut avoir la nationalité du pays pour y jouer. Cela étant de multiples joueurs ont la double nationalité, et choisissent l’équipe nationale de leur choix, même s’ils ont déjà porté chez les espoirs ou les juniors le maillot d’un autre pays. C’est le cas de nombreux joueurs franco-africains, par exemple, à propos desquels on a beaucoup parlé ces dernières semaines. En revanche la FIFA commence à s’inquiéter du nombre considérable de joueurs sud-américains qui obtiennent la nationalité de pays européens (Edson, Deco etc.), au point d’avoir peur de se retrouver avec une majorité de joueurs argentins et brésiliens pour disputer la Coupe du Monde en 2014, ce qui oblige Sepp Blatter (président de la FIFA) à envisager d’introduire un délai plus long que les 5 ans d’aujourd’hui, pour que les joueurs puissent représenter une sélection nationale autre que celle de leur pays d’origine. Cela étant le phénomène n’est pas réellement nouveau, car dans les années 50 ou 60 on pouvait changer de nationalité facilement, et porter le maillot de sa nouvelle équipe nationale sans condition d’âge, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui pour les joueurs ayant porté le maillot de l’équipe A nationale.

Di Stefano (international argentin, colombien et espagnol), l’emblématique joueur du Real des années 50, et plus encore Kubala (international hongrois, tchécoslovaque et espagnol), qui fit l’essentiel de sa carrière au Barça, sont les exemples les plus probants de ces internationaux « multipays ». Mais ils ne furent pas les seuls, surtout pour ceux jouant dans les clubs espagnols et italiens dans les années 50 et 60. Parmi ceux-ci, les Italo-Argentins Maschio, Angellilo, Sivori, les Italo-Uruguyayens Schiaffino et Ghiggia (champions du monde avec l’Uruguay en 1950), ou encore Santamaria qui joua pour l’Uruguay et l’Espagne, sans oublier Puskas le Hongrois qui joua ensuite pour l’Espagne quand il évoluait, avec Santamaria, au Real Madrid. En France le fait a été plus rare, mais Hector de Bourgoing (OGCNice et Girondins) fut à la fois international argentin à la fin des années 50, et international français entre 1962 et 1966.

Un dernier mot enfin, pour souligner qu’en athlétisme certains pays ont eu recours également à ce type de naturalisations, pour améliorer leurs chances de médailles aux J.O., notamment dans le demi-fond. Parmi ces naturalisés on peut citer Stephen Cherono, ex-kényan naturalisé qatari, et rebaptisé Saif Said Shaheen en échange d’un salaire à vie, qui fut champion du monde du 3000 steeple en2003. Il y aussi Kipketer, le meilleur coureur de 800m de la décennie précédente, kényan lui aussi et naturalisé danois, sans oublier l’ex-Kényan Bernard Lagat, double champion du monde américain sur 1500 et 5000 m (2007) après sa naturalisation américaine. Enfin, pour l’anecdote je citerais Ramzi, ex-marocain devenu bahreïni, qui fut double champion du monde (800-1500m en 2005) et double champion olympique sur les mêmes distances en 2008, mais déclassé de son or olympique…pour dopage.

Michel Escatafal


Le capitaine dans les sports collectifs

Le capitaine dans les sports collectifs reste généralement une figure emblématique de l’équipe qu’il commande. Force est de constater que son poids dans l’équipe est quand même important, même si cette importance n’est pas toujours en rapport avec ce qu’il apporte réellement à l’équipe. Pour ma part, et pour parler des deux plus importants sports d’équipe dans notre pays, j’en citerai deux qui auront marqué à jamais les équipes qu’ils ont eu l’honneur de commander : Jacques Fouroux pour le rugby, capitaine de la fameuse équipe de 1977 qui aurait à coup sûr gagné la Coupe du Monde si elle avait existé, et Didier Deschamp pour le football, capitaine de l’équipe qui a gagné la Coupe du Monde en 1998 et qui a réussi le doublé en remportant le Championnat d’Europe des Nations en 2000.

Voilà deux joueurs qui étaient sans doute les moins talentueux de l’équipe qu’ils devaient commander, mais quand ils ont arrêté leur carrière internationale ils ont été finalement très difficiles à remplacer. Les moins de 40 ans se rappellent tous de Jacques Fouroux, que l’on appelait « le Petit Caporal », haranguant « les bestiaux du pack » qui tous faisaient deux têtes de plus que lui. Un pack qui, soit dit en passant, fut sans doute le meilleur que notre rugby ait possédé. De même,  et là les plus jeunes ou presque s’en souviennent, tous les amoureux de football revoient avec un immense plaisir Didier Deschamp invectiver ses coéquipiers, afin de ne pas accepter une défaite qui paraissait inéluctable jusqu’à la dernière minute. En disant cela je pense à la finale du Championnat d’Europe des Nations en 2000 contre l’Italie, où Wiltord a égalisé à la dernière minute du temps additionnel, ce qui donnait droit à une prolongation que le Onze de France ne pouvait pas perdre.

Parfois aussi, le capitaine occupe cette fonction sans être un vrai décideur sur le terrain. En clair c’est un joueur brillant, mais son influence sur les autres joueurs  est inversement proportionnelle à son talent. En disant cela je pense à Christian Darrouy, joueur de rugby du Stade Montois au début des années 60 à la grande époque des frères Boniface. Christian Darrouy fut un de nos plus grands ailiers, qui a longtemps détenu le record français du plus grand nombre d’essais marqués en match international, mais son capitanat à la tête du Quinze de France est loin d’avoir laissé un souvenir impérissable.

En revanche, il arrive aussi que le meilleur joueur de l’équipe soit le capitaine ce qui est parfois une forme de reconnaissance pour l’influence qu’a le joueur sur l’équipe dont il est, quoi qu’il en soit, le leader. Dans ce registre nous avons connu il y a un peu plus de 20 ans, Michel Platini à l’époque le meilleur joueur de la planète, capitaine de l’Equipe de France championne d’Europe en 1984 et joueur emblématique de la Juventus de Turin. Plus près de nous, pendant la Coupe du Monde 2006, Zinédine Zidane fut également capitaine de l’équipe qui atteignit la finale. Dans le rugby, les plus anciens se rappellent de Jean Prat, capitaine de la première Equipe de France à avoir remporté le Tournoi des 5 Nations en 1955, que les Anglais avaient surnommé « Monsieur Rugby ». Ceux qui sont un peu plus jeunes se rappellent aussi de Jean-Pierre Rives que la télévision et Roger Couderc ont magnifié.

Enfin, il y a le cas où le meilleur joueur de l’équipe, disons le vrai patron sur le terrain, n’est pas le capitaine. Parmi ceux-ci nous citerons pour le football celui que tout le monde considère comme le meilleur joueur français de tous les temps avec Platini et Zidane, à savoir Raymond Kopa. Par exemple à la Coupe du Monde en Suède en 1958, le capitaine était Robert Jonquet qui était certes un grand joueur, sélectionné dans l’Equipe d’Europe en 1954, mais la figure emblématique de l’équipe, celui qui donnait le tempo c’était Raymond  Kopa qui fut d’ailleurs sacré meilleur joueur de la Coupe du Monde 1958 devant des joueurs comme Pelé, Didi, Garrincha ou Rahn. Dans le rugby, Serge Blanco surnommé par ses pairs le Pelé du rugby ne connut quasiment jamais la joie d’être capitaine, à moins qu’il n’en ait pas manifesté l’envie. Cela ne l’a pas empêché d’être longtemps considéré comme le meilleur joueur du monde.

En résumé, le rôle du capitaine est certes très important, mais tout dépend de l’équipe qu’il dirige. Le meilleur des capitaines ne peut rien s’il n’est pas entouré par des joueurs de talent, mais son rôle en tant que  relais de son entraîneur sur le terrain peut s’avérer très important, surtout quand les choses ne tournent pas comme espéré. Cela étant, si un grand capitaine ne fait pas nécessairement une grande équipe, une grande équipe l’est rarement sans un grand capitaine ou à tout le moins sans un grand leader. Cela nous permet de dire que la nomination du capitaine n’a sans doute pas une importance aussi décisive que peuvent  le laisser imaginer les supputations relatives à sa nomination, que ce soit  à la tête du Onze de France ou du Quinze de France.

Michel Escatafal


Un coucher de soleil fatal à Berne

Il y a des images dans la vie qui nous marquent plus que d’autres  et le sport, pour ceux qui l’aiment évidemment, est un vivier extrêmement riche à ce sujet. Par exemple, chaque fois que j’ai des difficultés à voir devant moi à cause du soleil couchant, je ne cesse de penser à la finale de la Coupe d’Europe de 1961 à Berne opposant le F.C. Barcelone au Benfica de Lisbonne. Pour mémoire, je rappellerai que le club catalan était archi favori de cette finale, ne serait-ce que parce qu’il avait éliminé le grand Real Madrid (déjà 5 victoires en finale). Ce dernier, il faut bien le dire, arrivait en fin de cycle parce que ses meilleurs joueurs étaient soient partis, soient surtout trop âgés, ce qui ne l’avait pas empêché d’avoir pulvérisé en finale l’année précédente l’Eintracht Francfort, le champion d’Allemagne (7 à 3).

Par parenthèse, je dis cela pour les plus jeunes, à l’époque la Ligue des Champions n’existait pas, et seul le champion du pays avait le droit de représenter sa ligue, la seule exception étant que le vainqueur de la Coupe d’Europe était automatiquement qualifié pour l’année suivante. Aujourd’hui, depuis 1992 il peut y avoir jusqu’à 4 clubs par pays, ce qui dénature quelque peu la compétition et empêche certains pays d’y participer, malgré les efforts faits par Michel Platini pour essayer d’aménager le système. Pas facile car les grands clubs connaissent leur pouvoir.

Mais revenons donc à ce soleil couchant du 31 mai 1961. S’affrontaient le champion d’Espagne et le champion du Portugal, deux équipes dont l’une (le FC Barcelone) regroupait 5 ou 6 des meilleurs joueurs de la planète à savoir, le gardien Ramallets qui devait avoir 40 ans, plus un grand joueur brésilien Evaristo (avant-centre), le meilleur joueur espagnol et européen de l’époque, Luis Suarez, un joueur ayant eu la particularité de porter le maillot de 3 équipes nationales différentes, Kubala, et deux attaquants, Kocsis (photo) et Czibor, ex-membres de ce que beaucoup considèrent encore de nos jours comme la plus grande équipe de tous les temps, la grande Hongrie des années 50 avec ses Grosics, Boszik, Lorant, Hidejkuti, ou Puskas.

En face, il y avait Benfica avec certes des grands joueurs, mais pour la plupart encore inconnus du grand public (Costa Pereira, Neto, Cruz, Coluna, Cavem, Aguas) à l’exception de l’ailier droit Augusto. Ils devaient donc se faire manger par l’ogre catalan, mais il n’en fut rien bien au contraire. En effet, alors que Kocsis, le meilleur joueur de tête que le football ait connu, avait ouvert le score, les Portugais égalisèrent avant que Ramallets, pourtant un très grand gardien, ne soit gêné par le soleil couchant et encaisse un but  « casquette » qui allait décider du sort du match.

En effet, malgré les efforts des Catalans qui en outre tirèrent plusieurs fois sur les poteaux ou la barre, Benfica l’emporta par 3 buts à 2. Il récidivera d’ailleurs l’année suivante en battant le Real en finale par 5 buts à 3. Le FC Barcelone en revanche ne se remettra pas avant de longues années de cette défaite qui marquera la fin de la génération dorée des ex-Hongrois. Il remportera sa première victoire en 1992.

Voilà ce que me rappelle constamment un coucher de soleil, que je sois à pied ou en voiture : l’erreur de Ramallets à Berne, terrain maudit pour les Hongrois présents sur le terrain qui avaient perdu à la surprise générale la finale de la Coupe du Monde 1954 contre l’Allemagne. Cela dit, je suis persuadé que sans les évènements de Budapest en 1956, et l’exode de leurs meilleurs joueurs, ils auraient gagné celle de 1958 en Suède.

Michel Escatafal