Rosberg comme Hawthorn, Stewart et Prost

rosberg-nicoEn 2017 la Formule 1 s’apprête à faire un nouveau saut dans l’inconnu, et même plusieurs si l’on prend en compte le départ de Bernie Ecclestone (86 ans et presque 40 ans de pouvoir absolu sur la discipline) remplacé par les gens de Liberty Média (Chase Carrey aidé par Ross Brawn et Sean Bratches) le nouveau propriétaire, cela s’ajoutant à un énième changement de reglementation, pour favoriser le spectacle, qui concerne cette fois le châssis (ailerons plus larges, pneus passant de 245 mmm à 305 mm, largeur du fond plat etc.). Un changement qui non seulement va nettement augmenter la performance (certains parlent de 5 secondes au tour sur plusieurs circuits), mais aussi l’apparence des voitures, surtout si, en plus, l’horrible halo finit par apparaître sur les bolides (prévu pour 2018), et même nous dit-on le bruit, plus proche des standards adorés par les fans de la discipline. On notera au passage que le halo a déjà été rejeté par l’Indycar, qui considère que ce n’est pas une bonne solution aux yeux de ses dirigeants à cause des ovales et de leurs virages relevés, ce qui pourrait poser des problèmes de visibilité. Fermons cette parenthèse pour noter aussi et surtout, que ces voitures pèseront plus lourd de 22 kg que celles de l’an passé, ce qui va nécessiter une nouvelle approche du pilotage, et qui rend encore plus grandes les incertitudes pour savoir lequel ou lesquels parmi les pilotes sauront le mieux s’adapter au style de pilotage nécessaire pour dompter au mieux ces nouveaux bolides. Peut-être même assistera-t-on à des surprises quand il s’agira de comparer les pilotes entre eux, les certitudes d’aujourd’hui pouvant être très différentes de celles qui prévaudront lors des prochains grand prix.

Pour ne prendre qu’un exemple, j’ai hâte de voir comment se comportera un pilote comme Kimi Raikkonen, imbattable avec une voiture qui lui convient, mais aussi beaucoup moins performant si la voiture ne répond pas entièrement à ses désirs. On a connu en effet un Kimi super performant avec la Lotus 2012 qui lui convenait parfaitement et beaucoup moins à l’aise quand la Lotus 21 disposait d’un epattement plus long de 10 cm. Chez Ferrari, à partir de 2014, on retrouve un peu la même situation avec un Kimi largement dominé par Alonso sur une Ferrari qui ne convenait absolument pas à son style de pilotage, et en net retrait par rapport à Sebastian Vettel en 2015. En revanche, en 2016, on a retrouvé à partir du mois d’août un Kimi beaucoup plus à l’aise, au point de dominer régulièrement en qualifications ce même Sebastian Vettel. Alors question : en 2017 Raikkonen saura-t-il régler sa monoplace, auquel cas Ferrari disposera de deux pilotes de top niveau avec Vettel, ou bien rencontrera-t-il les problèmes qu’il a parfois connus par le passé, notamment avec son train avant? Tout cela pour dire que si Raikkonen doit avoir une voiture faite pour lui pour en tirer la quintessence, alors on imagine les difficultés que pourraient rencontrer les plus jeunes pilotes qui n’ont ni la talent inné d’Iceman, ni évidemment son expérience.

Après ce long préambule sur la saison 2017, je voudrais aussi m’interroger sur le devenir d’une discipline que tout le monde sent en proie au doute même si on ne nous le dit pas. D’abord parce que cette discipline n’est plus réservée, dans nombre de pays ayant une vraie et grande tradition en termes de sport automobile, qu’aux abonnés des chaînes payantes (Canal+ en France) ce qui, fatalement, limite son audience notamment auprès des jeunes. On rappellera simplement qu’en 2016 on évalue à 400 millions de téléspectateurs le nombre de fans qui ont suivi la saison de grands prix, soit 33% de moins qu’en 2008, et même si le chiffre ne baisse plus, il n’y a quand même pas de quoi pavoiser. Ensuite parce que les tarifs des week-end de grand prix sont tout à fait hors de portée de la bourse de nombreux fans, et enfin parce que si cela continue les grands prix historiques finiront par disparaître, malgré le retour au calendrier 2018 du Grand prix de France (au Castellet). En écrivant cela je pense tout particulièrement aux difficultés rencontrées par le mythique circuit de Monza et le non moins mythique circuit de Silverstone, lieu où se situa le premier grand prix de Formule 1 de l’histoire, le 13 mai 1950, avec une victoire de Farina sur Alfa-Romeo.

Certes je veux bien que le championnat du monde visite un grand nombre de pays ayant construit des circuits modernes, mais le sport automobile c’est quand même en plus du Castellet, Silverstone, Monza, Spa Francorchamp, le Nurburgring ou encore Zandvoort, pour ne citer que les circuits les plus prestigieux. Si je cite ces places fortes du sport auto et de la F1, c’est parce que tous ces circuits, à part le Castellet à partir de 2018 pour cinq ans, sont tous en danger en raison des coûts, ou ont tout simplement disparu. Pour ce qui concerne Silverstone, comme évoqué précédemment, le British Racing Drivers’ Club (BRDC), propriétaire du circuit, semble de plus en plus enclin à faire jouer une clause de sortie de son contrat d’organisateur du Grand Prix de Grande-Bretagne pour ne plus l’organiser à partir de 2019, malgré une affluence encore très importante, même si elle n’est plus ce qu’elle fut autrefois, et malgré aussi le souhait de Formula 1 Group (Liberty Media) de voir ces monuments continuer à faire l’histoire de la discipline.

En parlant d’autrefois et du passé de la Formule 1, je voudrais souligner combien j’ai été surpris d’apprendre la retraite prématurée de Rosberg, tout juste sacré champion du monde 2017 (deuxième pilote après Damon Hill à avoir été détenteur d’un titre mondial comme son père), à l’issue d’une lutte sans merci avec son coéquipier Hamilton, qui a atteint des sommets d’indignité lors du dernier grand prix de la saison 2016 à Abu Dhabi, où l’on a vu ce spectacle pitoyable d’Hamilton, leader de la course, roulant presque au ralenti pour que son coéquipier, en tête du championnat, soit contraint de prendre des risques pour défendre sa seconde place, celle-ci étant vitale pour obtenir enfin ce titre ce champion du monde qu’il convoitait depuis plusieurs saisons. Voilà un comportement comme on n’en voyait pas en Formule 1 à ses débuts, et même jusque dans les années 70. Il est vrai qu’à cette époque il y avait beaucoup moins d’argent en jeu et, plus encore, la sécurité était très loin d’être assurée comme de nos jours, le nombre de pilotes morts en course étant effrayant.

En tout cas, même s’il n’est peut-être pas tout à fait aussi rapide en valeur absolue qu’Hamilton, ce dernier ayant beaucoup souffert pour le battre, le fils de Keke fait quand même partie des grands champions de la Formule 1, lui qui aura eu à affronter coup sur coup Schumacher, quand il sortit de sa retraite, et ces trois dernières années Hamilton…qui lui aura fait nombre de misères sur la piste et ailleurs, ce dernier ayant beaucoup de mal à accepter une concurrence féroce, comme lui-même en a connu par le passé avec un autre fauve du même acabit, Alonso. Pour clore ce chapitre, il faudra peut-être attendre le livre que veut écrire Rosberg sur « tout ce qui n’a pas été dit sur ces années Mercedes avec Hamilton », lequel va devoir se coltiner cette année un coéquipier loin d’être facile, Bottas, finlandais comme Rosbeg, qui n’arrive pas en victime expiatoire.

Mais au fait quels sont les pilotes de Formule 1 qui ont quitté la compétition après l’acquisition d’un titre de champion du monde? En fait ils ne sont pas nombreux, puisque j’en ai compté quatre en tout avec Rosberg, à savoir Mike Hawthorn en 1958, Jackie Stewart en 1973 et Alain Prost en 1993. Si je devais faire la comparaison la plus fine avec un de ces trois champions ce serait avec Mike Hawthorn, pilote très doué, qui a la particularité d’avoir été le premier champion du monde de Formule 1 de nationalité britannique. Il était très jeune puisqu’il n’avait à cette époque (1958) que 29 ans. Evidemment pour ceux qui ont découvert la Formule 1 dans les années 2000, je pense notamment aux multiples forumers qui dissertent doctement sur les forums des sites parlant de la discipline, 29 ans n’est pas très jeune, surtout quand on pense à l’âge de Verstappen (19 ans), qui est déjà parmi les tous meilleurs drivers. Mais, dans les années 50, les plus grands champions (Fangio, Farina, Ascari) avaient tous plus de 35 ans, sauf Stirling Moss qui avait 29 ans en 1958.

Hawthorn était aussi un remarquable pilote des 24 Heures du Mans, qu’il gagna (avec Bueb sur Jaguar) de la plus triste des manières en 1955, puisqu’il fut jugé partiellement responsable du terrible accident qui endeuilla la course avec, outre la mort de Levegh, celle de plus de 80 spectateurs. Cela lui valut de passer de tristes moments d’autant qu’il perdit son père juste avant l’épisode manceau. Mais il sut se relever de tous ces malheurs et remporta le titre mondial trois ans plus tard avec une Ferrari, en gagnant à Reims et en obtenant cinq deuxièmes places, tout cela en dix grands prix. Chanceux cette année-là , il profita de l’explosion du moteur de Tony Brooks sur Vanwall au Portugal, pour s’emparer de la deuxième place suffisante pour l’obtention du titre mondial, malgré les trois victoires remportées par Moss. Et c’est à la fin de cette saison victorieuse que Mike Hawthorn annonça sa retraite après avoir disputé 45 grands prix pour trois victoires. Il ne savoura pas longtemps cette retraite prématurée, puisqu’il trouva la mort, non pas en course comme hélas c’était souvent le cas à l’époque, mais au volant de sa Jaguar, enroulée autour d’un arbre, sur une petite route de campagne, le matin du 22 janvier 1959. Pour l’histoire on notera que cette année 1958 fut horrible pour la discipline car Luigi Musso (Ferrari) se tua à Reims pendant le Grand Prix de France, puis quinze jours plus tard ce fut au tour de Peter Collins (Ferrari) de succomber lors du Grand Prix d’Allemagne, et enfin Lewis-Evans (Vanwall) lors du Grand Prix du Portugal. Merci à J.M. Balestre pour avoir tellement combattu pendant plus d’une décennie (1978-1991) pour la sécurité des pilotes!

En 1973 ce fut au tour de Jackie Stewart d’abandonner la compétition aussitôt après avoir acquis son troisième titre de champion du monde. Il l’obtint avec brio au volant de sa Tyrell-Ford en s’imposant très largement au championnat du monde avec cinq victoires, devançant celui qui avait remporté la couronne l’année précédente, Emerson Fittipaldi sur Lotus. Il aurait même pu obtenir une sixième victoire à Watkins Glen (Etats-Unis) s’il avait disputé son centième grand prix personnel. Hélas pour lui, son coéquipier François Cevert perdit la vie pendant les essais, et Stewart et Tyrell décidèrent de ne pas participer à la course. Au passage, on notera que ce décès fut le deuxième de l’année après celui de Roger Williamson à Zandvoort, qui participait à son second grand prix. Il aurait pu y en avoir un troisième si Hailwood n’avait pas sauvé Regazzoni, alors que sa BRM était en feu. Fermons cette triste parenthèse pour revenir à Jackie Stewart, considéré par nombre de connaisseurs comme un des tous meilleurs pilotes de l’histoire. Il a d’ailleurs longtemps été le recordman des victoires en grand prix avec 27 succès sur 99 disputés. C’était un pilote à la fois très sûr, au style facile et précis, que la Formule 1 ne met plus en valeur comme autrefois. C’était aussi un gentleman dans tous les sens du terme, comme ont pu le constater tous ses équipiers, à commencer par le regretté F. Cevert qui aurait été sans nul doute le premier champion du monde français, avant Prost, si la mort ne l’avait pas frappé à Watkins Glen.

Alain Prost justement, qui est le troisième pilote à avoir arrêté la compétition après un titre mondial en 1993, le quatrième pour ce qui le concerne. On ne présente plus le pilote français, qui laissera à jamais une énorme empreinte dans le sport automobile, empreinte magnifiée par son duel avec Ayrton Senna. Qu’on veuille bien m’excuser, mais le duel Prost-Senna, c’est l’équivalent d’Ali-Frazier en boxe ou Coppi-Bartali en cyclisme ou encore Borg-Connors, voire Federer-Nadal en tennis. Ce fut sans doute le plus bel affrontement dans la discipline de toute l’histoire du championnat, parce que ces deux pilotes ont eu pour particularité d’avoir toujours broyé tous leurs équipiers jusqu’à ce qu’ils soient dans la même écurie. Pour mémoire on rappellera que Prost domina des pilotes comme René Arnoux, Lauda, Keke Rosberg ou Nigel Mansell. Malgré ce fantastique duel, avec ou sans la même voiture, les deux hommes ont remporté respectivement quatre titres pour Prost et trois pour Senna, la mort arrêtant la carrière du funambule brésilien à Imola le 1er mai 1994. Tout cela pour dire que Prost figure bien parmi les quatre ou cinq plus grands champions de l’histoire tant par son palmarès que par sa rapidité et sa science de la course, ce qui lui valut d’être appelé « le professeur ». En outre Prost eut l’intelligence suprême d’arrêter la compétition alors qu’il commençait à ne plus être aussi performant qu’il le fût auparavant. La preuve, quelle que soit la qualité de Damon Hill, excellent pilote, il eut quelques difficultés à battre ce dernier lors de sa dernière année de compétition chez Williams.

Bonne année à tous, et désolé chers lecteurs de ne pas écrire plus souvent parce que je consacre beaucoup de temps à la littérature.

Michel Escatafal


La comparaison entre pilotes n’est pas toujours raisonnable

Juan-Manuel-Fangio-MercedesMercedes 2016Cet après-midi, nous avons assisté au grand prix de Russie de Formule 1 (victoire de Rosberg devant Hamilton et Raikkonen), qui est déjà le quatrième de la saison, avec une hiérarchie qui se dessine de plus en plus nettement, à savoir que Mercedes reste intouchable pour la concurrence, y compris celle que représente Ferrari. La Scuderia, en effet, rencontre trop de problèmes, à commencer par la fiabilité, pour réellement concurrencer les voitures grises, qui dominent depuis trois ans, autant qu’elles ont dominé en 1954 et 1955. Et même peut-être encore plus qu’à cette époque, puisqu’en 1955 l’écurie Mercedes disposait, avec Fangio et Moss, des deux meilleurs pilotes du plateau, surtout depuis la mort en mai d’Alberto Ascari. Aujourd’hui je ne suis pas certain que ce soit le cas avec le duo Hamilton-Rosberg. Cela dit, Rosberg est quand même un excellent pilote…qui sera sans doute champion du monde cette année, surtout avec l’avance conséquente qu’il a déjà prise au championnat du monde (il totalise 100 points contre 57 à Hamilton et 43 à Raikkonen), ayant remporté toutes les courses disputées depuis le premier grand prix en Australie.

On me rétorquera que les comparaisons entre pilotes ne sont pas nécessairement pertinentes à travers le temps, les voitures d’aujourd’hui n’ayant strictement rien à avoir avec les anciennes, où le rôle du pilote était assurément plus important que de nos jours. D’ailleurs j’imagine aisément qu’Alonso à la place de Rosberg ferait au moins aussi bien que lui, tout comme Vettel, tout comme Ricciardo, Bottas où même Verstappen. J’y ajouterai Massa et Kimi Raikkonen, même si le Kimi 2016 n’est plus le Kimi du début des années 2000, mais il reste très fort en course, ce qu’il a démontré encore cet après-midi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est toujours chez Ferrari pour épauler Vettel, et, s’il continue à accumuler les podiums, il y sera encore en 2017, d’autant que les pilotes susceptibles de le remplacer ne seront pas sur le marché (Ricciardo et Verstappen étant liés à Red Bull). Reste à savoir ce que fera en fin de saison Hamilton, ce dernier en ayant peut-être assez d’accumuler les pépins sur sa Mercedes, ce qui pourrait changer la donne. Nous n’en sommes pas là, puisqu’il reste 17 grands prix à disputer.

Et puisque je parle d’Hamilton, je viens de découvrir (dans Sport 24) un classement des meilleurs pilotes de F1 (1950-2014), selon l’Université de Sheffield, très différent de celui que nous pourrions objectivement imaginer, avec la présence incongrue dans cette liste des Brésiliens Nelson Piquet et Emerson Fittipaldi, qui plus est devant Michael Schumacher. Voici les résultats de cette étude, avec le nombre de titres engrangés par chacun de ces pilotes :

1.Juan Manuel Fangio (ARG), 5 titres mondiaux

2.Alain Prost (FRA), 4 titres

3. Fernando Alonso (ESP), 2 titres

4. Jim Clark (GBR), 2 titres

5. Ayrton Senna (BRA), 3 titres

6. Jackie Stewart (GBR), 3 titres

7. Nelson Piquet (BRA), 3 titres

8. Emerson Fittipaldi (BRA), 2 titres

9. Michael Schumacher (GER), 7 titres

10. Sebastian Vettel (GER), 4 titres

11. Lewis Hamilton (GBR), 2 titres (3 aujourd’hui)

Désolé, mais je préfère de beaucoup mon propre classement, lequel se base sur des données beaucoup plus objectives, permettant de faire la part plus belle à des observations indiscutables, notamment en se basant sur la concurrence, sur les voitures dont ont disposé les pilotes, et sur des appréciations des grands champions eux-mêmes. Pour mémoire je rappellerai les titres des articles que j’avais écrit sur ce site le 30 novembre 2011 ( Peut-on désigner le meilleur pilote de l’histoire de la F1?) et le 27 mars 2011 (Quel est le meilleur pilote de l’histoire de la F1?) où je rappelais aussi combien il est difficile de comparer les pilotes de générations différentes. Cela étant ma petite étude m’avait permis de donner un classement très différent de celui-ci-dessus, à savoir :

1.Juan Manuel Fangio

2.Ayrton Senna

3.Jim Clark

4.Jackie Stewart

5.Alain Prost

6.Michael Schumacher

Ensuite en continuant, je mettrais dans l’ordre :

7.Alonso

8.Ascari

9.Hamilton

10.Lauda

11.Brabham

Certains vont me faire remarquer que je fais la part belle aux champions historiques, et peut-être pas assez aux pilotes du nouveau siècle. Mais, comme je le rappelais précédemment, qui peut affirmer que la part du pilote est aujourd’hui aussi prépondérante qu’entre 1950 et 1990 ? Personne évidemment, à part les internautes intervenant sur les forums et nés en 1990 et après. En outre, nombre de pilotes des années 1950, 60 ou 70 sont morts très tôt, ou ont arrêté la compétition après un titre mondial, parfois après n’avoir disputé que quelques grands prix, ce qui évidemment empêche de faire des comparaisons inter générations. En écrivant cela je pense à Mike Hawthorn, champion du monde en 1958, sans doute le plus proche rival de Fangio et Moss, qui se retira après son titre mondial, à l’âge de 29 ans. Je pense aussi à Wolfgang Von Trips, qui aurait dû être champion du monde en 1961, s’il n’avait perdu la vie le 10 septembre 1961 à Monza, dans un accident où il était impliqué avec Clark, qui provoqua le décès de 14 personnes. Je pense encore à Jochen Rindt, pilote hyperdoué, en qui tout le monde voyait le successeur de Jim Clark, non seulement chez Lotus, mais comme maître de la discipline, et qui a toujours été considéré comme un pilote fantastique. La preuve, après avoir dominé autant que faire se peut la Formule 2, la première fois dans sa carrière où il disposa d’une Formule 1 réellement compétitive et assez fiable, il fut champion du monde alors que 4 manches restaient à disputer. Il sera même un cas heureusement unique dans l’histoire du championnat du monde, puisqu’il sera sacré à titre posthume, sa femme Nina, à qui il avait promis d’abandonner la compétition dès que son titre mondial serait acquis, allant chercher pour lui son trophée au siège de la Fédération internationale, suite à son accident mortel le 5 septembre 1970, sa fragile (trop sans doute) Lotus s’encastrant dans les rails de la « Parabolique » sur le circuit de Monza.

Autre pilote décédé trop tôt, Gilles Villeneuve (père de Jacques), qui a écrit quelques unes des plus belles pages de l’histoire de la discipline, sans oublier son coéquipier et rival chez Ferrari, Didier Pironi, les deux hommes se disputant farouchement le titre mondial en 1982, au point que nombre d’observateurs attribuent la mort de Villeneuve à l’inimitié qu’il avait à l’égard de Pironi, depuis le Grand prix de San Marin, où ils s’étaient livrés à un duel épique, dont Pironi sortit vainqueur. Pironi aurait dû être champion du monde cette année-là, puisque Keke Rosberg (père de Nico) ne le dépassa que tout à la fin du championnat, alors que Pironi, accidenté lors des essais du Grand prix d’Allemagne, n’avait pas pu disputer les cinq derniers grands prix.

Enfin, ne pas oublier parmi les pilotes qui mériteraient de figurer parmi les meilleurs, le Finlandais Mika Hakkinen, double champion du monde en 1998 et 1999, considéré à ce moment comme le seul véritable rival de Michael Schumacher. Il mit très longtemps avant de remporter son premier grand prix (six ans), faute de disposer d’une bonne monture, avant d’exploser en 1998, avec 8 victoires à son actif chez Mac Laren. En tout il remportera 20 victoires (26 pole position), ce qui situe l’étendue de son talent. Et Vettel, me direz-vous, le quadruple champion du monde, et roi des années 2010 à 2013 ? Lui aussi figure parmi les meilleurs pilotes du nouveau siècle, même s’il a eu des difficultés en 2014 face à son coéquipier chez Red Bull, Daniel Ricciardo. Il est vrai que le passage du V8 atmosphérique de 2.4 l au profit du V6 turbo 1.6 l hybride a déboussolé beaucoup du monde, et pas que les pilotes…les fans ne s’y retrouvant plus du tout non plus.

En résumé, je redis encore une fois la difficulté de comparer les pilotes de diverses générations, car les courses et les voitures sont très différentes d’une époque à une autre. Il y a aussi les évolutions technologiques qui prennent une place très importante, sans parler du rôle des ingénieurs, avec lesquels les pilotes se sentent plus ou moins à l’aise. Raikkonen, par exemple, aurait un palmarès encore plus fourni s’il avait toujours travaillé avec Allison. En fait, la Formule1 recèle en elle tellement de complexités, qu’elle rend presque impossible de faire un classement des meilleurs dans l’histoire, mais ce n’est pas pour cela que l’on va y renoncer.

Michel Escatafal


Senna était déjà un demi-dieu avant sa mort

Ayrton SennaAlors que la Formule 1 semble avoir quelques difficultés à faire sa mue, comme en témoignent celles qu’elle rencontre depuis le début de la saison avec le changement de règlement, notamment en termes d’audience et de visibilité, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à ce tristement célèbre 1er mai 1994, où disparut un demi-dieu, à peine âgé de 34 ans, et qui avait déjà atteint le statut de divinité bien avant sa mort. Ce demi-dieu s’appelle Ayrton Senna, et si j’emploie à dessein le présent, c’est tout simplement parce que ces personnages, mortels à l’origine, ont pris tellement d’importance dans l’imaginaire des gens, qu’ils sont presque devenus des dieux, donc immortels par nature, du moins tant qu’ils ont des fidèles.

Et oui, vingt ans déjà qu’Ayrton Senna a quitté les circuits victime des aléas de la course et de sa passion, ce qui signifie que nombre de fans de Formule 1 ne l’ont jamais vu courir. Et pourtant, tous ceux qui s’intéressent à la course automobile connaissent son nom, à défaut d’avoir vu ses exploits. Pour certains, ces exploits c’était il y a déjà très longtemps, pour d’autres c’était hier, mais une chose est sûre : Ayrton Senna n’aura jamais été vieux à l’image de tous ces héros du sport automobile qui sont tombés sur leur champ d’honneur. D’autres avant lui, figurant parmi les plus grands champions de leur discipline, ont connu cette horreur, notamment Alberto Ascari, Jim Clark, Gilles Villeneuve, sans oublier un Français très doué du nom de François Cevert, qui aurait pu être le premier champion du monde français, d’autant qu’il était le coéquipier d’un monstre sacré, Jacky Stewart, lequel allait prendre sa retraite peu de temps après. Si j’ai cité ces quelques noms, j’aurais hélas pu en citer beaucoup d’autres, c’est parce qu’Ayrton Senna da Silva appartenait à une catégorie à part parmi les pilotes de Formule1, celle des très grands champions. Beaucoup disent même qu’il fut avec Fangio et Clark, le plus grand de tous, et sans doute le plus doué.

Et si les gens disent cela, c’est parce qu’il a toujours été considéré comme un surdoué pour les engins à quatre roues, qu’il s’agisse du kart ou des différentes voitures qu’il a eues dans les mains. Il est simplement dommage qu’il n’ait pas vécu quelques années de plus, car je suis persuadé qu’il aurait pu, comme Graham Hill, être champion du monde F1, gagner les 500 miles d’Indianapolis, et un peu plus tard les 24 Heures du Mans. Hélas le destin allait se montrer cruel avec lui, après que Dame Nature lui ait offert tous les talents que puisse recevoir un pilote. Mais avant de parler de sa mort, il faut surtout parler de sa vie, une vie très courte mais ô combien intense, où la réussite ne pouvait que s’offrir à lui tellement il faisait des efforts pour qu’il en fût ainsi.

Déjà, il fallait un certain courage pour quitter le cocon familial au Brésil et s’installer en Grande-Bretagne, pour courir en formule Ford 1600 en 1981, passage obligé estimait-il pour attirer les regards des grandes écuries. Il est vrai que la Grande-Bretagne fut de tout temps la patrie de la Formule 1, et à ce propos ce n’est pas pour rien que le premier grand prix de F1 ait eu lieu à Silverstone le 13 mai 1950. Fermons la parenthèse pour noter que les résultats ne se firent pas attendre pour Ayrton Senna, puisqu’il ne lui fallut que trois courses pour remporter sa première victoire. Ensuite il gagna les titres britannique et européen de Formule Ford 2000 et, en 1983, le championnat britannique de Formule3. Cette victoire dans ce championnat réputé lui permit de commencer à réaliser son rêve, piloter une Formule1, en participant à des tests dans les deux grosses écuries britanniques de l’époque, Mac Laren et Williams, lesquelles quelques années plus tard allaient l’arracher à la concurrence des autres grandes écuries.

Je dis plus tard, parce que si Senna avait fait la preuve de ses capacités au cours de ces tests, il ne fut pas retenu par ces deux équipes. Il est vrai qu’elles  étaient déjà bien pourvues en pilotes de talent puisque le tandem de Mac Laren était formé de Lauda et Prost, et celui de Williams de Rosberg et Laffite. Cependant  ses prestations furent remarquées, et il trouva une place dans une petite écurie, Toleman, tremplin idéal pour montrer son talent. Et de fait il le montra tellement bien qu’il fut volé de la victoire au grand prix de Monaco 1984, les organisateurs arrêtant la course au moment où il allait prendre la tête, devant Prost, tellement la pluie tombait drue. Quand je dis que la victoire lui fut volée c’est l’exacte vérité.

Certes chacun sait qu’il est extrêmement difficile de conduire une Formule 1 sous un véritable déluge, mais la course fut interrompue au moment où Senna allait avaler Alain Prost lui-même, à qui le prodige brésilien reprenait cinq secondes au tour. Sa démonstration fut d’ailleurs éblouissante durant toute la course puisque, parti en neuvième position, il se retrouvait en deuxième position après 19 tours, le dernier à céder sous ses assauts étant le futur champion du monde Niki Lauda. A ce moment Senna comptait trente quatre secondes de retard sur Prost qui menait la course. Mais treize tours plus tard il n’y en avait plus que quatre, et c’est à ce moment que Jacky Ickx, directeur de la course, brandit le drapeau à damier pour signifier l’arrêt de la course. Bien entendu une telle prestation avait frappé les esprits, d’autant que Senna avait réalisé le meilleur tour sur sa modeste Toleman. En fait une nouvelle étoile était née, qui allait très vite se révéler plus brillante que toutes les autres, surtout dès que les conditions devenaient plus difficiles.

L’année suivante, au volant d’une Lotus, Senna allait remporter sa première victoire…sous la pluie évidemment. Ensuite il l’emporta en Belgique, sur le mythique circuit de Spa Francorchamp, et termina quatrième du championnat du monde. Il récidiva en 1986, ajoutant deux nouvelles victoires à son jeune palmarès. En 1987, il l’emporta de nouveau à deux reprises et se classa troisième du championnat. C’est le moment qu’il choisit pour rejoindre Mac Laren et un certain Alain Prost, considéré à ce moment comme l’incontestable numéro un dans les paddocks. Pour un challenge, c’en était un, ce qui mit fin aux critiques qu’on lui avait adressées parce qu’il avait refusé précédemment l’arrivée dans son écurie de Derek Warwick. En fait Senna n’a jamais eu peur de Warwick, mais craignait que l’écurie Lotus qui n’était ni Mac Laren , ni Williams, ni Ferrari, ne se dispersât.

Chez Mac Laren, il donna toute sa mesure, et finit par s’imposer au championnat du monde 1988, avec huit victoires contre sept à Prost. L’année suivante ce dernier prendra sa revanche au championnat bien que Senna se fût imposé six fois contre quatre à son rival, auquel il faut ajouter treize poles position sur seize grands prix. Ensuite, en 1990, le duel entre les deux hommes se poursuivit mais dans deux écuries différentes, ce qui ne les empêcha pas d’écraser la concurrence et leurs coéquipiers respectifs, Berger pour Senna et Mansell pour Prost. Le duel entre les deux hommes atteignit sans doute son paroxysme cette année-là, avec deux machines très proches l’une de l’autre, duel qui se termina en 1990 par un accrochage resté célèbre lors du grand prix du Japon, à l’endroit même où ils s’étaient accrochés en 1989. Les deux fois cet accrochage laissa les deux hommes sur le carreau, Prost devenant champion du monde en 1989, et Senna en 1990.

Senna sera de nouveau champion du monde en 1991, toujours sur Mac Laren, mais pas devant Prost, le Français et son jeune coéquipier Alesi n’ayant pas une monture à la hauteur de leurs ambitions. Ce fut aussi le cas de Senna en 1992 de ne pas disposer d’une machine pour gagner, se contentant cette année-là d’une pole position et de trois victoires, avec une place de quatrième au championnat du monde. En 1993, la Mac Laren n’avait pas retrouvé la superbe qu’elle avait affichée entre 1988 et 1991, et Senna se retrouva en nette infériorité par rapport à Prost, qui après avoir pris une année sabbatique en 1992, avait signé chez Williams-Renault pour ce qui sera sa dernière saison. Ayrton Senna aura beau réussir des miracles, notamment à Donington sous une pluie battante, où il signa un premier tour d’anthologie, il devra se contenter de la deuxième place au championnat du monde.

A ce moment on évoqua la possibilité de voir Prost et Senna réunis de nouveau dans la même écurie, mais les cicatrices de la cohabitation difficile de 1989 n’étaient pas refermées, et Prost, à près de quarante ans, ne voulait pas de nouveau avoir à affronter un rival au sommet de sa forme. Prost arrêta la compétition en Formule1, et tout naturellement Senna prit sa place. Mais la Williams de 1994 était loin de valoir celle de l’année précédente, et Senna ne se sentait pas à l’aise dans sa machine. Certes, cela ne l’empêcha pas de réussir deux poles position au cours des trois courses dont il prit le départ, mais la Williams-Renault  n’était vraiment pas souveraine. Résultat, Senna abandonna au Brésil, laissant la victoire à Schumacher qui l’avait dépassé dans les stands. En plus il fut malchanceux au Japon, lors du deuxième grand prix, Senna se faisant accrocher par Hakkinen.

Enfin arriva le grand prix de San Marin fatal où, après avoir fait la pole position, et à l’issue du second départ donné suite à un accrochage sur la grille entre Lehto et Lamy, Senna en tête de la course perdit le contrôle de sa Williams dans la courbe de Tamburello, et s’écrasa contre un mur à plus de 200 km/h. C’était la triste fin d’un pilote véritablement exceptionnel, qui se croyait parfois immortel, tellement il savait flirter avec  les limites humaines, comme aux essais officiels à Monaco en 1989. Heureusement pour Ayrton Senna, la postérité retiendra qu’il perdit la vie sur un circuit en étant à la seule place qui comptait pour lui, la première. En tout cas ce week-end fut un des plus dramatiques qu’ait connu le sport automobile avec la mort d’une icône de la F1, et celle d’un jeune Autrichien inconnu, Ratzenberger, qui se crasha aux essais à plus de 300 km/h.

Un dernier mot enfin pour dire qu’Ayrton Senna n’était pas un ange, comme en témoignent son accrochage volontaire avec Prost au Japon en 1990, son face à face avec Mansell au grand prix du Portugal en 1989, qui se termina dans la poussière hors de la piste pour les deux hommes, ou encore un an plus tôt  à Estoril, quand Prost essayant de récupérer la première place fut contraint de raser le mur ( à peine une quinzaine de centimètre si l’on en croit Prost) pendant plusieurs centaines de mètres interminables, épisode qui laissa pantois Capelli qui suivait les deux fauves en se demandant ce qui allait arriver. Mais il n’était pas non plus une bête, un monstre froid comme ses contempteurs se plaisaient à le décrire. C’était un fils délicat et correct, un frère attentionné, un bon parrain pour son neveu qu’il adorait, un bon camarade aussi dès qu’il était sorti du cockpit de sa voiture.

Tout le monde a en mémoire le fameux « Alain tu nous manques à tous » qu’il avait adressé à Prost qui commentait pour TF1, au cours d’un reportage en caméra embarquée sur un tour du circuit d’Imola, deux jours avant sa mort. Pour quelqu’un comme moi, qui aime l’histoire, Senna me faisait penser à l’Empereur Titus, dont on dit qu’il fut le plus fortuné des souverains, parce qu’il mourut avant d’avoir le temps de commettre des erreurs, la postérité ne retenant que son sentiment de l’honneur et sa générosité. D’autres diront, comme le directeur d’Honda à l’époque, que pour les ingénieurs de la marque japonaise, Senna symbolisait pour eux le samouraï, alors que Prost était plutôt l’ordinateur. Prost-Senna, Senna-Prost, que de belles années ces deux-là nous ont fait vivre ! Et si c’était avec Coppi-Bartali le plus beau duel que le sport nous ait offert depuis le début du vingtième siècle ?

Michel Escatafal


Le gros problème de Grosjean : suite…et fin ?

CevertGrosjeanAujourd’hui je vais parler de Formule 1, mais avant je veux évoquer le match d’hier soir entre l’OM et le PSG qui, évidemment, a permis au club parisien de rejoindre l’AS Monaco en tête du championnat, en battant son rival marseillais sans trop de difficultés, même en jouant à 10 les deux tiers de la partie. Un match une nouvelle fois gâché par l’arbitre, dont on avait l’air de dire qu’il figurait parmi les tous meilleurs du championnat de Ligue 1. On imagine ce que cela peut donner avec ceux qui sont moins bons, ou plutôt on sait ce que cela donne en repensant à l’expulsion de Thiago Silva au printemps dernier, laquelle a alimenté la polémique avec l’affaire Leonardo tout au long de l’été. Au fait, y-avait-il seulement penalty sur l’action qui a valu son expulsion à Thiago Motta ? Oui, si l’on regarde cela très vite, surtout en voyant Valbuena se rouler par terre de façon ridicule, mais sans doute non si on voit l’action deux ou trois fois au ralenti. Cela dit, passe encore pour le penalty accordé à l’OM, mais franchement expulser Thiago Motta dans la foulée est aberrant, aussi aberrant que mettre un carton jaune à Ibrahimovic et Cavani pour ne pas être sortis du terrain en courant, et aussi aberrant que n’avoir pas fini de mettre la main à la poche pour un tacle par derrière de Rod Fanni sur Cavani, action qui valait largement un carton jaune…mais qui aurait valu un rouge car le défenseur de l’OM avait déjà un jaune.

Bref, il va falloir que la Ligue se penche sérieusement sur l’arbitrage, au moment où notre championnat prend de la valeur avec deux équipes de calibre européen, ce qui ne lui était pas arrivé depuis une vingtaine d’années, sauf que désormais il y a le PSG et l’AS Monaco très au-dessus des autres, à commencer par l’Olympique de Marseille. Néanmoins, même si les Phocéens ne tirent pas dans la même catégorie que Parisiens et Monégasques, ils sont quand même les meilleurs des autres, contrairement à l’Olympique Lyonnais qui est en train de sombrer…comme c’était hélas à prévoir. Une trajectoire qui me fait irrésistiblement penser à celle du Stade de Reims au début des années 60, et à celle de l’AS Saint-Etienne vingt ans plus tard. Quand on pense au temps qu’il a fallu à ces deux équipes pour retrouver un peu de leur lustre passé, il y a de quoi être inquiet pour l’Olympique Lyonnais…et son futur nouveau stade.

Fermons cette longue parenthèse de football et passons à la Formule 1, pour là aussi évoquer l’histoire de ce sport à travers la tragédie que fut le 6 octobre 1973, la mort de François Cevert, lequel eut été à coup sûr le premier pilote français champion du monde, si le sort n’en avait pas voulu autrement. Quel champion fut ce jeune homme bien sous tous rapports, sur qui les dieux s’étaient penchés avec bienveillance en lui donnant talent, gloire, intelligence et beauté, sans oublier cette détermination qui est la marque des grands ! Avec lui, point de jérémiades, point de ridicules polémiques pour tout et rien, mais un professionnalisme exacerbé, qui lui avait permis de s’imposer comme le successeur naturel dans son équipe d’un triple champion du monde qui se retirait de la compétition.

Bien que très rapide et très ambitieux, il avait appris la patience auprès de Jackie Stewart, copiant son instinct de chasseur, sachant que ce dernier finirait par lui laisser la place un jour ou l’autre. Et, fin 1973, il était près à lui succéder, mais la mort en décida autrement. Il est vrai qu’à cette époque il fallait être prudent en anticipant sur l’avenir, car la sécurité était loin d’être optimale en Formule 1, malgré des progrès par rapport à quelques années auparavant. L’accident qui coûta la vie à François Cevert lors des essais qualificatifs du grand prix des Etats-Unis à Watkins Glen allait en témoigner, hélas. C’est dans un virage à la sortie d’un raidillon que François Cevert perdit le contrôle de sa voiture tapant le rail à droite puis à gauche, avant d’aller s’empaler sur la tranche d’une barrière de protection, qui n’avait de réelle protection que le nom. Heureusement un tel accident n’aurait pas les mêmes conséquences de nos jours, et j’en profite une nouvelle fois pour saluer les efforts faits à son époque par le président de la Fédération Internationale du Sport automobile (entre 1978 et 1991), J.M. Balestre (décédé en 2008).

Fermons cette nouvelle parenthèse douloureuse pour les fans de F1 qui n’ont plus 20 ans, pour reparler de Romain Grosjean, pilote franco-suisse de Lotus. Ce dernier, malgré des progrès évidents, est une sorte d’anti-Cevert, plus particulièrement en ce qui concerne l’amour que le public lui porte. Grosjean, en effet, agace nombre de personnes qui ne pensent qu’à devenir des supporters…à condition de cesser ses supplications ou lamentations à destination de ceux qui travaillent avec lui. Si j’écris cela c’est en raison de son attitude sur le podium du Grand Prix de Corée qu’il venait de terminer à la troisième place, estimant que la deuxième lui revenait de droit aux dépens de son équipier Kimi Raikkonen. Certes, ce dernier s’était manqué en qualification dans son tour rapide, certes, sans l’intervention de la voiture de sécurité, Romain Grosjean aurait certainement terminé deuxième derrière l’intouchable duo que forment Vettel et sa Red Bull, mais la voiture de sécurité fait partie de la course, et, au moment du redépart, Raikkonen était troisième et Grosjean deuxième. Problème pour ce dernier, il a fait une erreur…et celle-ci a été immédiatement exploitée par Raikkonen, lequel est peut-être en valeur absolue le plus fort en course.

A ce propos, plus ça va et plus le remarquable pilote finlandais me fait penser à Alain Prost, qui n’était peut-être pas un avion à réaction en qualifications, comme Raikkonen, mais qui était imbattable en course, sauf peut-être par Senna et encore, comme en témoigne l’intensité de leurs duels à la fin des années 80 chez Mac Laren. Cela dit, pour revenir à Romain Grosjean, ce dernier doit savoir qu’avoir Raikkonen derrière soi est la certitude qu’équipier ou pas, Raikkonen cherchera à gagner ou en tout cas à être le mieux placé possible, sauf en cas de titre mondial en jeu, ce qui n’est pas le cas. Et j’ai trouvé pitoyable son mécontentement vis-à-vis de tout le monde pour n’avoir pas pu récupérer sa seconde place perdue, je le répète, sur une erreur de sa part. Si Grosjean avait fait la même chose à Raikkonen, je suis certain qu’Iceman n’aurait pas eu besoin de message de son directeur des opérations sur piste pour afficher une certaine bonne humeur sur le podium.

Le plus grave est que Romain Grosjean semble oublier que Kimi Raikkonen est troisième du championnat, et qu’il a une centaine de points d’avance sur lui au classement. Grosjean oublie aussi qu’il revient de très loin, compte tenu des nombreuses bourdes qui ont émaillé sa carrière depuis deux saisons. Alors, bien qu’il soit en progrès et qu’il n’ait pas fait d’erreurs grossières depuis quelques courses, pourquoi aurait-il eu droit à la deuxième place au détriment de Raikkonen, en rappelant que ce dernier s’arrange toujours pour amener de gros points à son équipe, quelles que soient les circonstances. D’ailleurs j’ai apprécié le fait que le directeur de l’équipe Lotus, Bouiller, ait précisé que Grosjean « était libre de l’attaquer (Raikkonen). En revanche je n’ai pas du tout aimé, et je ne suis pas le seul, quand j’ai lu les misérables explications de Grosjean, affirmant qu’il n’avait pas entendu ce qu’on lui avait dit à la radio, et surtout qu’il « est quasiment impossible de dépasser sur ce circuit »…ce que Raikkonen a bien réussi à faire avec lui. Enfin, pourquoi dire aussi : « La voiture de sécurité nous a encore empêchés de gagner une course », alors que Vettel a pris une seconde à Raikkonen et à Grosjean lui-même en un seul tour, après le second redémarrage de la voiture de sécurité.

Voilà pourquoi Romain Grosjean n’a pas la côte auprès des fans de Formule 1, en France et ailleurs. Souhaitons-lui l’an prochain, délivré de la pression que lui a imposé Raikkonen ces deux dernières saisons, de se comporter en vrai champion, et de se battre autant qu’il est nécessaire…sans attendre un traitement de faveur, qu’on ne lui donnera pas nécessairement. Quant à son futur équipier, sans doute Hulkenberg, il est d’ores et déjà certain qu’il ne lui fera aucun cadeau, d’autant qu’il l’a dominé en 2009 en GP2, puisque Grosjean avait 15 points de retard sur le pilote allemand au championnat, quand il remplaça Nelsinho Piquet chez Renault. Et sur une voiture qui ne vaut pas la Lotus, Hulkenberg a fait la démonstration chez Sauber qu’il était à la fois fiable et rapide. Attention Grosjean, Kimi s’en va chez Ferrari, mais celui qui arrive est très bon !

Michel Escatafal


Monza, temple des croyants et des pratiquants de la F1

monzaDemain va avoir lieu à Monza le Grand Prix d’Italie, un grand prix où Alonso va affronter, sur les terres ou presque de Ferrari, ses principaux rivaux au championnat du monde (Vettel, Hamilton, Raikkonen), mais aussi un grand prix ayant lieu sur un circuit mythique à bien des égards. Tout d’abord parce que Monza c’est le temple de la vitesse, comme disent les observateurs. Ensuite parce que c’est une course qui a perduré depuis les débuts du championnat du monde en 1950, et même bien avant si l’on regarde la compétition automobile de près, puisque l’inauguration du circuit eut lieu en 1922. Enfin parce que ceux qui ont eu la chance d’aller assister à ce grand prix en sont tous revenus comme s’ils avaient participé à un pèlerinage. Oui, c’est le mot qui convient pour qui a fait le voyage jusqu’à ce chef-lieu de province en Italie, grand comme Besançon ou Perpignan. En effet, contrairement à d’autres lieux beaucoup plus impersonnels, surtout sur certains nouveaux circuits, à Monza il n’y a que des croyants et des pratiquants, dans le sens où il n’y a que des passionnés qui assistent à ce grand prix. A Monza chacun a ses préférences tant au niveau des voitures que des pilotes, souvent les mêmes d’ailleurs, mais il y a toujours du respect quand on parle de ceux qui font la compétition. Point d’injures, ni d’invectives comme dans le football ou le vélo !

C’est en cela que l’on peut employer un mot qui touche à la religion, comme pèlerinage. Je trouve aussi  bien adapté le nom de  Temple de la vitesse  à propos du circuit de Monza, et pas seulement parce qu’on y atteint des moyennes hallucinantes pour la Formule 1 (autour de 250 km/h en qualifications de nos jours). Cela dit, on a toujours tourné très vite sur ce circuit puisqu’en 1950 Farina, qui fut le premier à l’emporter sur ce circuit, s’imposa à la moyenne extraordinaire de 176,5 kmh. L’année suivante, Ferrari y remporta sa première victoire en allant plus vite encore, Ascari terminant premier avec une moyenne de 185,927 km/h, le meilleur tour accompli par Farina indiquant une moyenne de 194,681 km/h. Oui, j’ai bien dit 194, 681 kmh, il y a 61 ans ! On dépassa même les 200km/h de moyenne en 1954 avec Fangio sur Mercedes (206,791 km/h), Stirling Moss, lui aussi sur Mercedes, battant le record du tour à plus de 215 km/h. Ahurissant!

Certes depuis le circuit a été modifié, puisqu’on n’utilise plus que le tracé dit routier, et non plus la partie de l’anneau de vitesse, mais il y a une constante à Monza : on va très, très vite, comme en témoigne la moyenne réalisée par Lewis Hamilton sur sa Mac Laren l’an passé (248,242 km/h en qualifications). Et si l’on en croit les pilotes, c’est aussi cela qui rend tellement spécial ce circuit, à propos duquel le champion du monde en titre, Sebastian Vettel, affirme qu’il est « le berceau du sport automobile » et que piloter là-bas « lui donne la chair de poule », et ce d’autant plus qu’il y a remporté sa première victoire sur une Toro Rosso qu’il avait menée avec maestria sous la pluie, ce qui faisait de lui le plus jeune vainqueur de grand prix de l’histoire (21 ans). A sa façon, Kimi Raikkonen expliquait lui aussi l’an passé le plaisir qu’il y a à évoluer à Monza, en disant que « venir ici quand tout marche bien et voir à quel point vous pouvez aller vite, c’est formidable ». Oui, tout est formidable à Monza, pour les pilotes, les ingénieurs, les mécaniciens, et les spectateurs…quand tout marche bien.

Et si j’ajoute cette restriction de Kimi Raikkonen, c’est parce que Monza est un circuit où se sont côtoyés de nombreux hauts faits d’armes, mais aussi hélas de terribles drames. Il n’y a jamais rien de banal sur le circuit de Monza, car tout ce qui s’y passe se transforme en légende du sport automobile, sans doute parce que tout ce qui s’y fait confine à l’excès. Il suffit de regarder les statistiques pour s’en rendre compte, ne serait-ce hélas qu’en comptabilisant le nombre de pilotes qui y ont trouvé la mort (52 en tout), mais aussi 35 spectateurs. Heureusement  cette époque apparaît révolue, même si quelques accidents spectaculaires, notamment des crevaisons à grande vitesse comme cette année à Siverstone, rappellent que la Formule 1 reste  un sport dangereux. Fermons la parenthèse sur cette longue période où la sécurité était totalement absente sur les voitures, et même en partie pour les spectateurs, pour évoquer quelques unes des nombreuses anecdotes qui ont participé à faire de Monza un des hauts lieux de la F1.

La première qui me vient à l’idée, même si j’étais trop jeune pour m’en souvenir, mais que j’ai assimilé totalement parce que cela avait beaucoup marqué mon père, lui aussi fan de Formule 1, fut le fait de voir Stirling Moss finir sa course en poussant courageusement sa voiture pour être classé (septembre 1954). Image que l’on devine d’une manière pathétique d’autant que, de l’aveu même de Fangio, l’as britannique aurait dû l’emporter à l’issue d’une course où il était en état de grâce, et qu’il avait dominée de la tête et des épaules. Cela montre qu’en Formule 1, et c’est toujours le cas de nos jours, il ne faut pas croire que pour gagner une course il suffit d’être le plus fort ou d’avoir une voiture parfaite. Il y a parfois des impondérables qui prennent une importance que l’on ne peut pas mesurer à l’avance, et ils en prennent d’autant plus à Monza que ce grand prix se situe en fin de saison, voire même la clôturait, par exemple dans les années cinquante, et détermine souvent le vainqueur du championnat du monde.

Autre incident notable à Monza, lié cette fois à son tracé. En 1960 les équipes britanniques boycottèrent le grand prix pour des raisons de sécurité, refusant de courir sur la piste inclinée. Cela n’eut aucune influence sur le championnat, puisque cette année-là Jack Brabham écrasa le championnat du monde avec sa Cooper-Climax. L’année suivante en revanche, les équipes britanniques ne firent pas objection à courir sur le plan incliné de Monza, mais la course fut endeuillée par un drame épouvantable, les voitures de Clark et Von Trips s’accrochant en début de course, ce qui provoqua la mort du pilote allemand et celle de 12 spectateurs. En 1962 il n’y eut heureusement ni accident, ni incident, mais ce grand prix de Monza fut quand même mémorable, parce qu’il fut le théâtre de la première victoire d’un des tous meilleurs pilotes de l’histoire, l’Ecossais Jackie Stewart. Celui de 1963, qui eut lieu comme cette année un 8 septembre, le fut tout autant, mais parce qu’il provoqua le désespoir des dizaines de milliers de tifosi, aucun pilote Ferrari ne figurant dans les 15 premiers (victoire de Clark), Surtees étant obligé de s’arrêter à cause d’un piston et le jeune Bandini devant se retirer à cause de sa boîte de vitesses. En 1970, hélas, c’est la mort qui allait de nouveau roder sur le circuit de Monza. Cette fois c’est le futur champion du monde, l’Autrichien Jochen Rindt (seul champion du monde sacré à titre posthume), qui allait trouver la mort après une panne d’origine mécanique. Rindt a été sans doute un des pilotes les plus rapides qu’ait connu la Formule1, et sa disparition laissa un grand vide, d’autant qu’elle nous a privé de sacrés duels entre lui et Jackie Stewart. L’accident de Rindt eut lieu dans la célèbre Parabolique, un virage où la vitesse des voitures retombe de plus de 300 à 120 kmh. Après avoir zigzagué (peut-être pour un problème de frein) la Lotus-Ford percuta violemment le rail avant de s’encastrer sous celui-ci. La mort fut presque instantanée, le plexiglas du saute vent ayant tranché la gorge du malheureux pilote autrichien.

L’année 1975 ne fut pas marquée par une catastrophe, mais par le plus heureux des dénouements pour Ferrari avec un double succès pour la Scuderia, Lauda remportant le premier de ses trois titres de champion du monde à Monza à la faveur d’une troisième place, son coéquipier, Reggazzoni, s’imposant très tranquillement…si j’ose dire. Malheureusement une nouvelle tragédie allait endeuiller le circuit emblématique des Italiens en 1978, lors de l’accident qui coûta la vie à Ronnie Peterson, dont j’ai parlé dans un précédent article (Romain Grosjean victime expiatoire des errements du passé ?).  En revanche, l’année suivante, les évènements rendirent heureux les supporters italiens, car Scheckter  conquit à Monza le titre de champion du monde avec la complicité active de Gilles Villeneuve, ce dernier ayant été victime de la malchance dans la course au titre alors qu’il avait quasiment toujours dominé son coéquipier. En 1981 ce fut au tour du jeune Alain Prost (sur Renault) de mener la course de bout en bout et de triompher pour la première fois à Monza. Plus tard, en 1988, ce fut le grand bonheur pour Ferrari, puisque ce Grand Prix d’Italie permit à la Scuderia (victoire de Berger devant son coéquipier Alboreto) de mettre fin à l’outrageante domination des Mac Laren de Prost et Senna. Il faut dire que le sort aida Ferrari, pour la plus grande joie des tifosi, dans la mesure où Prost connut une panne de moteur, tandis que Senna fut accroché par la Williams de J.L. Schlesser, qui avait remplacé Mansell malade.

En 2000, nouveau drame à Monza, mais cette fois ce fut un commissaire de piste qui trouva la mort, suite à un accident impliquant sept voitures dans le premier tour. Quatre ans plus tard, en 2004, le Grand Prix d’Italie mettait en liesse les tifosi, parce que d’une part la Scuderia fit le doublé avec Barrichello et Schumacher, et parce que ce grand prix marquait la 180è victoire de Ferrari comme constructeur. Enfin en 2008, comme je l’ai écrit précédemment, l’histoire retiendra que ce fut à Monza que le très probable quadruple champion du monde,  Sebastian Vettel, remporta sa première victoire en F1, avec un moteur Ferrari pour propulser sa Toro-Rosso. Voilà quelques uns des moments les plus heureux et hélas les plus malheureux vécus sur ce circuit mythique, qui fait encore de nos jours la fierté et la joie du public italien. Aucun autre endroit, sauf peut-être le Mans, n’est autant le symbole de la course automobile, mais Monza est aussi synonyme de Formule 1, discipline reine du sport automobile. Et ce n’est pas un hasard si Monza est situé tout près de Maranello (à peine 200 km), siège de Ferrari, un court voyage que je recommande à tous les amateurs de F1…qui risquent de voir cette année triompher une nouvelle fois la Red Bull de Sébastian Vettel, ce qui mettrait fin à tout suspens pour le championnat du monde. Cela dit, au vu du classement à ce jour, qui peut imaginer que Fernando Alonso (Ferrari), Lewis Hamilton (Mercedes) ou Kimi Raïkkonen (Lotus) puissent encore décrocher le titre?

Michel Escatafal


Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal


Ratios de la Formule 1 (mise à jour)

fangioNombreux sont ceux qui voudraient pouvoir désigner le meilleur pilote de Formule 1 de l’histoire, même si l’exercice relève de la gageure. Cela dit, le tableau que je propose peut contribuer à se faire une idée de la place des plus grands pilotes depuis la création du championnat du monde en 1950. Il est mis à jour à la fin de la saison 2012.

Cliquer ici ->Pilotes F1 – ratios